Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot

Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot

 

Kep et Kampot sont deux villes situées sur la côte sud du Cambodge, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière vietnamienne.

Leur réputation tient à deux produits locaux : le poivre et le crabe. Le poivre de Kampot, cultivé dans la région, est considéré comme l’un des meilleurs du monde. Quant à Kep, elle est réputée pour son crabe bleu, et son marché aux crabes propose d’ailleurs une spécialité alliant ces deux produits : le fameux crabe bleu cuisiné dans la sauce au poivre de Kampot. Un pur régal !

Outre ses spécialités culinaires, la région nous a attirés aussi pour son patrimoine bâti, qui n’est que peu mentionné. Et pour cause, il a totalement été abandonné !

 

 

 

Kep, station balnéaire déchue

La ville de Kep est très particulière dans le sens où elle porte encore les stigmates de l’histoire.

Lors de la colonisation, en 1908, les Français créent la petite ville de Kep-sur-Mer. D’immenses villas y sont bâties pour que les colons puissent s’y reposer loin de l’agitation de Phnom Penh. Dans les années 1950, cette élite française se réunit pour faire de Kep la plus prestigieuse station balnéaire du Cambodge. Cette dernière est rénovée dans les années 1960 par le roi Norodom Sihanouk. Cependant, après la décolonisation de l’Indochine, les villas sont abandonnées. Les Français quittent le Cambodge en laissant derrière eux tout ce qu’ils y avaient bâti.

 

 

Une villa délabrée de Kep

 

 

Quelques années plus tard, en 1975, la ville est prise par les Khmers Rouges. L’un de leurs objectifs est d’effacer tout ce qui se rapporte au souvenir de la colonisation française. A l’instar des bâtiments coloniaux rasés dans les grandes villes, comme la Banque nationale du Cambodge à Phnom Penh, le quartier des villas de Kep est entièrement détruit.

La ville offre aujourd’hui une impression des plus singulières. Le quartier des villas reprend le plan de la plupart des villes coloniales créées ex-nihilo : des rues en quadrillage régulier et géométrique avec de très grandes avenues bien larges et de nombreux terrains entourés de murs avec portails majestueux donnant sur les avenues. Sauf qu’aujourd’hui, derrière les palissades, il ne reste plus rien. Nous déambulons dans ces rues désertiques à l’allure de ville fantôme.

 

 

 

Les palissades devant des terrains vides

 

 

Dans d’autres parties de Kep, certaines villas n’ont pas été détruites et sont aujourd’hui occupées par des squatteurs qui vivent dans ces quasi ruines. D’autres sont recouvertes de graffitis au milieu de la végétation et n’engagent pas vraiment à l’exploration. Au sein du parc national de Kep, on peut aussi trouver le long du chemin de randonnée un petit hôtel laissé là à la mort de son propriétaire.

 

 

Une villa habitée mais non restaurée…

 

 

Depuis quelques années, Kep se réveille doucement, ses nouveaux habitants ayant investi une sorte de petit centre-ville sur le bord de mer. Les élégantes villas côtières abandonnées sont cependant les témoignages de la décolonisation et de la fureur destructrice de la dictature. En s’y baladant, l’impression qui se dégage est tout de même celle d’une ville de film d’horreur à moitié habitée.

 

 

Des graffitis sur une villa abandonnée

 

 

Kampot et le parc national du Bokor

A quelques dizaines de kilomètres de là, un scénario similaire s’est joué sur le plateau du Bokor. Le plateau est situé à une quarantaine de kilomètres de Kampot, il faut parcourir une longue route de montagne pour y accéder.

En arrivant au sommet, on peut encore voir debout les restes d’un petit village français comportant notamment une église catholique. Le Bokor devait, dans les années 1910, accueillir une station de santé.

 

 

Quelques bâtiments abandonnés sur le plateau

 

 

C’est le Résident supérieur Baudouin qui est à l’initiative du projet de sanatorium, qu’il modifie finalement au profit de la construction d’un hôtel, véritable palace art Déco. Le problème est qu’à cette époque, le plateau de Bokor est inhabité et aucune route ne permet d’y accéder. Les travaux de construction débutent en 1917, et la route est achevée en 1919. L’hôtel, appelé Bokor Palace, est inauguré en 1925. On estime le nombre de morts pour achever les travaux compris entre 900 et 2000 forçats, ce qui provoque un véritable scandale.

La station climatique est toutefois un échec commercial. Les températures basses – le plateau est souvent plongé dans le brouillard – devaient permettre aux colons français de profiter d’un climat plus doux sans avoir à rentrer en métropole. Cependant, les bâtiments sont à rénover régulièrement en raison des intempéries. La station comporte, en plus du Bokor Palace, un hôtel plus modeste, une usine, un bureau de poste et de télégraphe, ainsi que la villa du Résident supérieur.

 

 

 

Les ruines de la demeure du Résident supérieur

 

 

L’église catholique est consacrée en 1928. En 1936 est construite en briques et en bois noir une résidence pour le roi du Cambodge Sisowath Monivong.

 

La demeure du roi

 

Un bâtiment faisant partie du domaine du roi ?

 

 

La station est abandonnée une première fois dans les années 1940, pendant la guerre d’Indochine. Elle est complètement incendiée et la villa du Résident supérieur du Cambodge est détruite.

Le Bokor est reconstruit par le roi Norodom Sihanouk après l’indépendance du pays. La nouvelle station est inaugurée en 1962. La demeure du roi Monivong est transformée en mairie, un château d’eau et un hôtel comprenant une salle de jeux sont construits en 1962. C’est la première fois que le plateau accueille un casino. Une rumeur voudrait que le Bokor Palace ait été un casino, mais elle est en fait infondée. Une police des jeux est installée à cette occasion.

En 1970, la station est fermée après le coup d’Etat qui renverse Norodom Sihanouk. Les Khmers Rouges s’emparent du site en 1972. En 1979, les troupes vietnamiennes entrent pour libérer le pays de l’oppression et s’emparent du Bokor Palace tandis que les partisans de Pol Pot se retranchent dans l’église catholique durant plusieurs mois. Ce n’est qu’en 1993 que sont finalement chassés les derniers rebelles du site, en faisant l’un des derniers bastions khmers rouges.

Aujourd’hui, on peut visiter la plupart des bâtiments historiques, en mauvais état mais toujours debout.

 

 

Maison abandonnée

 

 

L’église dissimulée dans la brume offre une impression particulière, un peu glauque. On peut rentrer dans certaines maisons recouvertes par la végétation, et même dans l’un des anciens hôtels. Lorsque la brume se dissipe, une vue magnifique sur le littoral s’offre à nos pieds.

 

 

La vieille église

 

 

La vue depuis le sommet du plateau

 

 

En ce qui concerne le Bokor Palace, il est longtemps resté tel quel, soumis aux intempéries et au temps qui passe avant d’être finalement restauré dans les années 2010. La station du Bokor a en effet été concédée au groupe Sokimex par le gouvernement cambodgien pour 99 ans. L’objectif de cette société est de créer un nouveau Bokor. L’hôtel a donc été entièrement rénové et a accueille dorénavant de nouveaux touristes. Malheureusement, tout le cachet de ce vieux bâtiment Art Déco a été enseveli sous les couches de ciment. Il ne reste plus grand chose de ce qui faisait le prestige de la station climatique française.

 

 

Le nouveau « Bokor Palace »

 

 

L’atmosphère surannée et mystérieuse qui entourait les ruines de la station d’altitude et faisait son charme n’est plus. Une ville nouvelle est en construction, comprenant aussi des hôtels et un casino, et devant faire du Bokor le nouveau lieu touristique « à la mode ».

 

 

La ville en construction

 

Le château d’eau, un vieil hôtel abandonné et un nouvel hôtel en face

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

Le Vietnam est un pays multiethnique et multiconfessionnel complexe. Il compte 54 ethnies reconnues par le gouvernement, mais on en inventorie environ 75. Les Viêt, également appelés Kinh, constituent l’ethnie majoritaire du pays et représentent 86 % de la population totale du Vietnam. Les 53 autres sont donc minoritaires, et 30 à 40 % d’entre elles vivent dans les montagnes du nord.

Aujourd’hui, toutes ces ethnies cohabitent en harmonie. Les minorités ne représentent que 14 % de la population totale du Vietnam, mais elles occupent les deux tiers de la superficie du pays. Si les Viêt vivent principalement sur les côtes et les plaines, les ethnies minoritaires occupent les montagnes et toute la frontière ouest du pays. En s’éloignant des villes côtières et en partant à moto dans les provinces de Hà Giang et Cao Bang, nous avions toutes les chances de découvrir ce large éventail d’identités culturelles puisque les minorités y représentent 80 % de la population.

 

 

PARTIE 1 : PREMIER APERÇU GRÂCE AU MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DU VIETNAM

 

Notre premier arrêt à la découverte des ethnies du Vietnam s’est fait à Hanoï. Le musée d’ethnographie du Vietnam y a en effet été inauguré en 1997, en présence de Jacques Chirac. La France a participé activement au financement du musée à hauteur de 2,4 millions de francs et l’architecture intérieure a été réalisée par une architecte française.

Le musée se divise en trois parties. La première que nous ayons visitée est l’espace d’exposition permanent, qui présente les 54 ethnies du Vietnam. C’est bien sûr la partie qui nous intéressait le plus et qui justifiait notre venue. Des objets de la vie quotidienne sont exposés ainsi que des habits traditionnels, des outils, des portraits et même des maisons reconstituées. L’espace est très beau, mais on s’y perd vite : chaque ethnie est présentée de manière détaillée, il est impossible de tout retenir ! Les informations sont indiquées en trois langues : vietnamien, anglais et français. Sont présentées les façons de vivre, de pêcher, cultiver, l’architecture, les vêtements, etc., mais aussi les origines ethniques, les dialectes parlés, la répartition géographique, la population… Le musée est très complet.

On peut donc retenir que les ethnies du Vietnam sont divisées en cinq groupes linguistiques : les Austronésiens, les Austroasiatiques, les Tay-Kadaï, les Sino-Tibétains et les Miao-Yao. Certaines minorités sont très faciles à identifier en raison de leurs vêtements, mais pour beaucoup la tâche n’est pas forcément évidente. La plupart des hommes que nous avons vu portaient des vêtements occidentaux, alors que les femmes étaient souvent en habits traditionnels.

En général, les vêtements sont confectionnés à la main. Une femme peut passer plusieurs mois voire plusieurs années à les réaliser, comme c’est le cas des femmes Lo Lo qui mettent des mois à broder des motifs sur leurs vestes. Ces habits permettent de montrer l’appartenance au clan et de préserver leur identité culturelle. D’ailleurs, la plupart des minorités sont connues sous des noms désignant la couleur de leurs vêtements, comme les Hmong noirs ou fleur, les Dao rouges, les Lo Lo noirs ou bariolés, etc. Les techniques de fabrication ne sont pas les mêmes d’une ethnie à une autre, tout comme les couleurs et les motifs utilisés.

Le deuxième espace d’exposition est situé à l’extérieur : il s’agit d’un immense parc dans lequel sont exposées dix maisons aux architectures différentes. Certaines minorités privilégient les maisons sur pilotis, d’autres les habitations de plain-pied ou encore avec des murs en terre battue, des toits de tuiles ou de chaume, etc. Selon la région et le type de terrain, chacune s’adapte et crée ses spécificités. Les maisons présentées sont toutes très impressionnantes, et on peut entrer dans toutes pour visiter l’intérieur à condition d’enlever ses chaussures.

 

Une maison traditionnelle dans le jardin du musée

 

Enfin, le troisième espace est dédié à l’Asie du Sud-Est de manière plus générale. Cet espace a été construit plus tardivement que le reste du musée puisqu’il a été inauguré en 2013. Ce n’est pas la partie qui nous intéressait le plus, nous n’y avons fait qu’un tour rapide, le reste étant déjà très long à visiter.

En plus du musée en lui-même, il faut souligner que l’établissement est également un centre de recherches.

 

Notre road trip nous a mené dans la région nord, à la frontière de la Chine, où vivent principalement les minorités Hmong, Dao, Nung, Tay, Lo Lo et La Chi. On l’a vite compris, les ethnies du Vietnam sont nombreuses et chacune a une façon de vivre et un dialecte qui lui sont propres, mais aussi des traits communs avec les autres. Leurs différences contribuent à la diversité culturelle du pays. Aujourd’hui, les particularités de chaque groupe ethnique sont considérées par le gouvernement vietnamien comme un faire-valoir permettant de développer le tourisme. Il faut donc faire preuve de prudence lorsque l’on souhaite aller dans les villages des minorités, comme on l’expliquera en racontant notre expérience chez les Lo Lo !

 

Les Hmong

Les Hmong vivent principalement dans les hauteurs et forment un peuple de montagnards. Leurs ressources principales proviennent de l’agriculture. Les Hmong pratiquent notamment la technique du brulis et cultivent le riz et le maïs ainsi que des légumes. Ils possèdent également des animaux d’élevage, notamment des buffles et des chevaux pour le travail dans les cultures. L’artisanat est très présent dans les communautés, et les Hmong sont notamment réputés pour le travail du chanvre.

 

Des Hmong dans un champ de maïs avec un buffle et une charrue

 

On compte plusieurs groupes de Hmong, qui se distinguent selon la couleur de leurs vêtements : Hmong blanc, noir, vert, fleuri, rouge… Les femmes portent une jupe ample assorti d’un corsage ouvert. Chaque groupe a ses propres codes vestimentaires.

 

Une jeune Hmong sur le marché de Dong Van

 

Une Hmong Fleur au marché de Vinh Quang

 

Les Hmong croient aux génies et obéissent à plusieurs hiérarchies. La hiérarchie du lignage veut que chaque lignée soit soumise à l’autorité d’un chef. Les Hmong ne sont d’ailleurs pas autorisés à se marier s’ils appartiennent à la même lignée. La seconde hiérarchie est liée au lieu d’habitation, chaque Hmong faisant partie d’un hameau doit respecter les règles de celui-ci mises en place par le chef du village.

Au cours de l’histoire, le peuple Hmong a souvent été amené à se révolter contre le gouvernement vietnamien ainsi que les autorités coloniales, mais il s’est aussi régulièrement associé aux occidentaux. Lors de la colonisation, les Français ont encouragé les Hmong à produire de l’opium qu’ils taxaient afin de financer l’administration française. De nombreux Hmong se sont aussi engagés dans l’armée française pour partager leur connaissance des régions montagneuses du Vietnam. Pendant la guerre du Vietnam, des Hmong ont été également recrutés par la CIA pour combattre les Viet Minh.

 

Des Hmong sur le marché de Dong Van

 

 

Les Dao

Venus de Chine, les Dao se divisent en de nombreux groupes locaux ayant chacun leurs particularités culturelles. C’est l’ethnie des Dao rouges que nous avons rencontrée. Nous avons séjourné dans leur petit village situé dans les hauteurs près de la commune de Thong Nguyen, dans le district d’Hoang Su Phi.

Les Daos vivent principalement dans les localités montagneuses du nord du Vietnam. On y dénombre quelque 700 000 individus. Ils vivent de la culture de céréales, principalement le millet, le maïs et le manioc, et pratiquent également la pêche, la chasse et l’élevage d’animaux.

Les femmes Dao rouges portent un pantalon et une tunique teints à l’indigo, serrés par une ceinture, avec des bordures rouges. Pour les hommes, un pantalon teint à l’indigo retenu par une ceinture ainsi qu’une veste courte et ouverte pour le haut constituent les habits traditionnels, mais il faut savoir que les vêtements varient là encore selon les groupes.

 

Une dao à tunique longue

 

Une dao au marché de Dong Van

 

Les Dao pratiquent le culte des ancêtres mais sont fortement influencés par le Taoïsme. Ils possèdent également leurs propres coutumes matrimoniales. C’est la femme qui, une fois mariée, vient rejoindre la famille de son mari. Ce dernier doit, avant le mariage, séjourner dans la famille de sa fiancée pour y travailler gracieusement.

La maison dao dans laquelle nous avons dormi n’avait rien de traditionnel puisque toute en béton. Elle était néanmoins située au sommet de magnifiques rizières en terrasses. En temps normal, les maisons dao sont construites soit sur pilotis, soit à même le sol, dépendant du terrain.

Malheureusement, nous avons passé une nuit dans un village dao rouge mais nous n’avons vu personne en tenue traditionnelle.

 

 

Les Lo Lo

Les Lo Lo constituent une toute petite minorité du Vietnam comptant environ 4000 personnes. Ils vivent principalement dans les provinces d’Hà Giang et de Cao Bang. Nous avons vu les Lo Lo bariolés près de la commune de Lung Cu, le point le plus septentrional du Vietnam, et les Lo Lo noirs près de Bao Lac. Seuls leurs costumes les distinguent, autrement ils parlent la même langue et ont les mêmes croyances. Ce sont d’ailleurs les autres ethnies qui les appellent noirs ou bariolés, en référence à leurs vêtements.

Les femmes Lo Lo noires portent une jupe noire et une veste noire aux manches colorées, appelée lolo. C’est cet habit traditionnel qui a donné son nom à la minorité. Les Lo Lo bariolés portent quant à eux des pantalons indigos et des vestes de couleurs vives.

 

Des femmes Lo Lo à la source du village

 

Le village des Lo Lo noirs où nous avons eu la chance d’être accueillis était constitué de maisons en bambou sur pilotis. Sous la maison, à même le sol, se trouvaient les animaux et de gros sacs de riz. C’est l’espace qui semble servir de lieu de stockage. L’étage est une vaste pièce dans laquelle on trouve le foyer, un autel dédié aux esprits et à Hô Chi Minh ainsi que deux petites chambres à l’arrière. A l’avant, chaque maison est pourvue d’une grande terrasse.

Les Lo Lo vivent de la culture du riz et du maïs, et ils élèvent également des animaux. Lors de notre passage, nous avons vu notamment des poules, des vaches et des cochons.

Les jeunes Lo Lo sont libres de décider avec qui ils souhaitent se marier. Il est de bon augure de demander à un couple d’entremetteurs d’arranger le mariage, pour que la présence d’un couple déjà marié assure le bonheur familial. C’est l’oncle de la future mariée qui reçoit les offrandes apportées par le jeune homme. La tradition veut que ce soit toujours l’oncle qui ait un pouvoir de décision dans la famille Lo Lo.

Lors de rites importants dédiés aux ancêtres et aux obsèques, les Lo Lo utilisent des tambours de bronze, censés connecter le monde des vivants et celui des esprits. Après un décès, la famille du défunt organise la danse de l’esprit afin de guider son âme vers ses ancêtres.

 

 

Les La Chi

C’est tout au nord du Vietnam, dans le petit village appelé Ban Phung, que nous avons découvert cette minorité. Le village est situé à quelques kilomètres seulement de la Chine, et nous a paru très isolé, enfoncé comme il l’est dans les montagnes. Pour y accéder, il faut conduire sur une route en terre à flanc de montagnes et de rizières en terrasses magnifiques pendant une quinzaine de kilomètres. Le village est situé tout au bout. Il est divisé en huit petits hameaux, soit perchés soit nichés en contrebas des rizières. Tout comme les Hmong et les Dao, les La Chi sont les auteurs de magnifiques rizières en terrasse, ils façonnent les montagnes pour cultiver le riz.

 

Vues sur les rizières en terrasses et les maisons des La Chi

 

Le paysage est très impressionnant, malheureusement les La Chi, nous l’avions déjà évoqué ici, ne nous ont pas réservé un accueil des plus chaleureux. Timides voire méfiants, nous n’avons pu parler qu’à quelques personnes dans le village. Les autres, y compris les enfants, ne voulaient pas vraiment nous regarder ni être pris en photo.

On a pu immédiatement remarquer leurs habits sobres. Les La Chi portaient tous un vêtement de couleur indigo constitué d’une longue tunique, d’une ceinture, d’un pantalon et d’une coiffe pour les femmes. Les hommes portent eux aussi des habits foncés.

 

Une jeune La Chi dans les rizières

 

D’une population dépassant à peine les 11 000 individus au Vietnam, les La Chi forment une toute petite ethnie, mais ils se distinguent par leurs pratiques funéraires. Sur les flancs des montagnes entourant les hameaux, il est possible de voir des tiges de bambou plantés à la verticale dans le sol et surmontés d’une tête de buffle. Ces cannes marquent en réalité les tombes des La Chi. Lorsqu’un membre de la communauté meurt, sa famille se doit de lui offrir un buffle en sacrifice. La tête du buffle est plantée sur une tige de bambou et placée devant la tombe. Cette tradition provient d’une croyance particulière : pour les La Chi, le défunt part dans un autre monde, où il aura besoin d’un buffle pour labourer la terre et s’enrichir. En se promenant autour des hameaux, il est possible d’apercevoir de nombreuses cannes surmontées de têtes de buffles.

 

Les cannes surmontées de têtes de buffles

 

 

Les Nung

Là encore, nous avons déjà mentionné les Nung et leur incroyable artisanat dans cet article. Nous nous sommes arrêtés voir leurs villages dans la province de Cao Bang et les fameux couteaux et autres outils agricoles fabriqués par leurs soins alors que nous nous rendions aux chutes de Ban Gioc.

Les villages des Nung sont généralement divisés en petits hameaux. Chaque hameau comporte quelques dizaines de maisons. La plupart de celles que nous avons vu avaient des toits de tuiles et ne comportaient qu’un étage. Autour s’étendaient des champs à perte de vue, surtout de maïs. Les Nung sont en effet de grands agriculteurs, vivant principalement de la culture du riz, du maïs, du millet, de fruits et légumes variés, ainsi que d’artisanats divers.

 

Une ruelle du village des Nung près de Cao Bang

 

La langue parlé par les Nung appartient au groupe linguistique Tay-Thai. C’est le troisième langage le plus parlé de ce groupe, derrière les langues des Tay et des Thai. On dénombre environ 1 million de Nung au Vietnam. En Chine, les Nung sont reconnus sous le nom de Zhuang avec l’ethnie Tay dont ils sont très proches.

L’habit traditionnel des Nung est fabriqué à partir d’indigo, symbolisant la loyauté. Il a été rendu célèbre par Hô Chi Minh qui le portait lors de son retour au Vietnam en 1941. Nous n’avons vu aucun Nung le porter lors de notre passage dans les villages de Cao Bang.

 

Des femmes Nung au marché de Vinh Quang

 

 

Les San Chay

Les San Chay sont moins de 200 000 individus vivant principalement au nord-est du Vietnam. Ils se divisent en deux groupes parlant deux langues différentes, l’une proche du dialecte Han et l’autre similaire au Tay.

Ils vivent dans des régions montagneuses très reculées et pratiquent la culture sur brulis. Leurs habits traditionnels sont sobres. Les femmes portent une longue tunique ainsi qu’une coiffe de couleur noire avec des bordures rouges.

 

Des femmes San Chay au marché de Bao Lac

 

Les San Chay pratiquent le culte des ancêtres. Chaque lignage a ses propres coutumes et vénère un génie spécifique. C’est le père qui est le chef de famille. Les règles matrimoniales sont particulières. C’est la famille du marié qui doit organiser le mariage, mais la mariée vit avec ses parents. Elle ne part s’installer chez son mari qu’après avoir eu des enfants.

 

 

 

PARTIE 2 : LES MARCHÉS INTERETHNIQUES

 

Les marchés du nord du Vietnam sont hauts en couleurs. Certains sont très touristiques, d’autres moins voire pas du tout. Dans tous les cas, ils réunissent des minorités descendues des montagnes dans le but d’acheter et de vendre. La plupart sont fièrement parées de leurs habits traditionnels, qui se mélangent joyeusement. Ces moments passés à nous balader dans les marchés, au milieu des étals et des négociateurs, nous ont semblé presque hors du temps.

Nous avons eu l’occasion d’aller à trois marchés : celui de Dong Van, celui de Vinh Quang et celui de Bao Lac. Ils n’ont pas tous lieu les mêmes jours de la semaine, il faut donc se renseigner.

Le troisième, celui de Bao Lac, est celui qui nous a le moins plu. Certes, il y avait les fameux Lolos noirs, descendus de leurs petits villages perchés dans les montagnes, mais nous avons trouvé le marché petit, moins coloré que celui de Dong Van et moins agréable parce que situé de part et d’autre d’une large route. Le marché de Bao Lac se tient tous les cinq jours selon le calendrier lunaire. Notre tour en a été assez rapide.

 

Des Lo Lo au marché de Bao Lac

 

En revanche, aller voir les marchés de Dong Van et de Vinh Quang a été une expérience incroyable et hors du commun. Ces marchés se tiennent tous les dimanches matins.

Le marché de Dong Van est le lieu de rassemblement de nombreuses ethnies, notamment les Hmong, pour la plupart habillés en vêtements traditionnels. Nous n’avons croisé qu’une petite poignée de touristes venus comme nous se perdre dans les étals. Le marché est immense, en faire le tour nous a pris environ deux heures, surtout que nous nous sommes arrêtés souvent pour prendre des photos des étals et parfois des locaux s’ils étaient d’accord. La plupart ne prêtait pas vraiment attention à nous, on est bien loin des marchés touristiques où on se fait alpaguer toutes les minutes. Nous avons plutôt croisé des regards curieux à notre égard, ce qui nous a montré qu’on était vraiment hors des sentiers battus. A Vinh Quang, c’était pareil, sauf que nous n’avons croisé qu’un seul couple de touristes comme nous. Les minorités étaient également bien présentes, notamment les Hmong Fleuris qui nous ont captivé avec leurs vêtements roses.

 

Une Hmong Fleur sur le marché de Vinh Quang

 

 

Récit : Dong Van et les animaux

Partout, des petits groupes négocient pour acheter ou échanger des produits. Contemplatifs, on s’arrête souvent les regarder et on assiste à des scènes plus ou moins étranges. Ici, cinq femmes en tenue traditionnelle de couleur bleue tiennent une conversation animée avec un vieux monsieur qui vend des bijoux. Là, un homme échange deux poules qu’il tenait par les pattes à une femme qui lui tend un petit chiot en échange. L’opération ne dure pas plus d’une minute et chacun repart rapidement de son côté sans un regard en arrière.

 

L’échange du chiot contre les poules

 

Les étals mêlent fruits et légumes, jouets en plastique, outils de jardinage, street food, viande, poissons et fruits de mer… Nous nous laissons tenter par quelques beignets frits dans l’huile. C’est bien gras mais terriblement bon, avec un goût de riz.

La partie probablement la plus exotique pour nous est celle située en extérieur, là où sont vendus les animaux. Bétail, poulets, petits chiens, canards, cochons… Tous les animaux sont rassemblés là dans des tourbillons d’odeur nauséabonde et de cris en tous genres. Se promener dans cette section est moins agréable : on marche dans la fange et la boue, il faut éviter les vaches, et les effluves qui se dégagent sont pour le moins fortes et dérangeantes. C’est pourtant là qu’on passe le plus de temps, fascinés que nous sommes devant ce spectacle.

 

Quelques cochons sur le marché de Dong Van

 

A nos pieds, des dizaines de petits canards se dandinent près de poules attachées les unes aux autres par les pattes. On les regarde longuement. On n’a jamais vu de poules entravées de cette façon. Par groupe de cinq ou six, elles sont étendues sur le ventre et forment un cercle au milieu duquel toutes leurs pattes sont réunies. On les appelle gentiment des « bouquets » de poules, mais au fond on a mal pour elles, les pauvres.

En pataugeant un peu dans la boue, on s’approche d’un vieux monsieur un peu plus loin qui est entouré de petits chiots attachés en laisse. J’essaye de discuter avec lui pour savoir combien coûte un chiot. On sait à quoi ils sont destinés, et malheureusement ils ne deviendront pas de bons petits animaux de compagnie, mais plutôt du ragoût. J’aimerais en sauver un, mais une fois acheté il faudrait le garder avec nous. Evidemment, ce n’est pas possible. Le monsieur ne parle pas un mot d’anglais. Il lève la main et me montre quatre doigts. Je n’arrive pas à saisir s’il me dit qu’un chien vaut 40 000 ou 400 000 dôngs. J’allume mon téléphone et lui désigne la calculatrice, mais il ne semble pas comprendre. Je repars frustrée de l’échange, et je ne sais toujours pas combien vaut un chiot…

Derrière les chiots sont vendus des vaches, des veaux et des buffles. Ce sont de jeunes garçons qui s’en occupent. Ils les tirent ça et là par des cordes pour les montrer à de potentiels clients.

 

La vente d’une vache – Dong Van

 

La section réservée aux animaux se termine avec les cochons allongés dans la boue, dans une cage en métal toute tordue posée à même le sol. Un homme s’approche et désigne le plus gros. On comprend qu’il souhaite l’acheter. Intrigués, nous nous plaçons sur le côté de manière à voir comment l’échange va se passer. C’est une scène dont on se souviendra longtemps tant elle nous aura fendu le cœur. L’acheteur possède une cage en fer, qu’il pose par terre quelques mètres plus loin. Le vendeur sort le cochon de la cage commune en le tirant par les oreilles et en lui donnant des coups de pied pour le forcer à avancer. Le cochon hurle, ses cris aigus nous percent les oreilles. Après d’interminables minutes, l’animal est mené devant la cage de l’acheteur. Là, une autre partie de l’opération débute : il faut le faire rentrer dans cette nouvelle cage, qui nous semble beaucoup trop petite. Là encore, des coups et des cris. Le cochon est frappé sans cesse jusqu’à ce qu’il soit complètement rentré dans la cage. On ne sait pas comment il respire, il a l’air tellement à l’étroit dedans. On pensait en avoir fini mais non, l’impensable se produit : l’acheteur désigne un autre porc. On regarde attentivement, on a du mal à y croire. Comment vont-ils en faire rentrer un deuxième ? On a déjà tellement mal au cœur en voyant ce pauvre cochon tout serré dans sa petite cage métallique… L’acheteur n’a visiblement pas peur d’en faire rentrer un second. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ça a été physiquement possible. Les deux hommes sont bien décidés à les placer ensemble dans la même cage. L’un se met devant le cochon et lui attrape les oreilles tandis que le second se place derrière pour le pousser avec ses pieds. Le porc hurle de toutes ses forces, il se débat. Mais la force unie des hommes finit par l’emporter et, petit à petit, il est poussé à l’intérieur de la cage aux côtés du premier porc. On regarde jusqu’au bout, entre horreur et hébétude.

Une fois que les deux cochons sont dans la cage, vient le moment de les transporter. L’acheteur revient quelques instants plus tard avec sa moto, qu’il gare juste devant. Les bourrelets des porcs dépassent des barreaux, on se demande s’ils ne vont pas suffoquer avant d’arriver à destination. La cage est tellement lourde qu’il faut plusieurs hommes pour la hisser sur l’arrière de la moto, et celle-ci manque de tomber plusieurs fois avant d’être enfin stabilisée. Comment va-t-il réussir à conduire dans les montagnes avec tout ce poids à l’arrière ? Il n’a pas l’air de s’en inquiéter, il doit être habitué. C’est vrai que nous avons vu souvent passer des motos avec des cochons vivants harnachés derrière le conducteur…

Cette scène pour le moins cruelle nous a permis de comprendre que les Vietnamiens ont peu de considération pour les animaux vivants. Pour eux, ce sont des vivres, de la nourriture et rien de plus. D’ailleurs, nous avons aussi vu une vieille dame acheter un porcelet et le placer directement dans un sac de jute pour le transporter. Une autre culture et une façon différente de voir les choses…

 

 

Vinh Quang

Dans le district de Hoang Su Phi, le marché de Vinh Quang a été une belle découverte. Différent de celui de Dong Van, il réunit d’autres ethnies, toujours vêtues de leurs vêtements traditionnels. Cette fois, on peut y croiser les Hmong Fleurs avec leurs habits roses magnifiques, ou encore les Dao Rouges, tout de noir et de rouge vêtus.

 

Le marché de Vinh Quang

 

Dans l’ensemble, le marché était assez similaire à celui de Dong Van au niveau des produits vendus. On retrouve les fruits et légumes, la viande, les jouets et outils de jardinage… mais pas de bétail. Tout au fond du marché, il y avait quelques cages remplies de poussins et de canetons, mais pas de porcs ou de chiens. Quelques buffles se promenaient en liberté mais on n’a pas vraiment compris s’ils étaient à vendre ou non.

 

Scène de vie sur le marché de Vinh Quang

 

Visiter ce marché a été particulièrement agréable, on a beaucoup aimé l’ambiance et ces vêtements traditionnels qu’on n’avait encore jamais vus du côté de Dong Van et Bao Lac. Peu habitués aux étrangers, les gens ont pour la plupart refusé qu’on les prenne en photo. Une dame m’a fait cadeau de deux concombres. Elle me les a tendus et a refusé que je les lui paye, ce qui m’a beaucoup émue.

 

Des Nung sur le marché de Vinh Quang

 

Cette générosité, on l’a retrouvée à de nombreuses reprises dans le nord.

 

 

 

PARTIE 3 : HOSPITALITÉ DU NORD

 

Notre road trip à moto nous a permis d’accéder à des villages vraiment pauvres et reculés. Parfois, les gens qu’on y a rencontrés se montraient méfiants envers nous, et d’autres fois ils semblaient curieux et contents de nous voir. Jusqu’à nous inviter à boire le thé, manger ou même dormir chez eux.

 

Sur la route

On a eu le droit à des petites attentions tout le long de la route. On s’arrête prendre une photo, et c’est toute une petite famille qui sort soudain d’une voiture à l’arrêt un peu plus loin et qui s’approche de nous pour nous offrir du maïs. Nous avons mangé les épis sur le bord de la route, en regardant la vallée qui s’étendait à nos pieds.

La famille s’est montrée très intriguée par les cheveux crépus de la française d’origine rwandaise qui nous accompagnait à ce moment-là. Ils se sont tous regroupés autour d’elle pour la toucher et prendre des mèches de ses cheveux entre leurs doigts. Amusée, elle les a laissés faire un moment.

Voyager à moto nous a aussi permis de suivre de petites routes et d’atteindre des villages reculés. Les enfants se montraient en général très enthousiastes et on a eu droit à beaucoup de « hello » de leur part et de coucous de la main.

 

De jeunes Hmong dans un village

 

Dans les homestays

Pendant ce road trip, nous avons privilégié les nuits chez l’habitant. Appelées « homestays », ce sont tout simplement des locaux qui louent des chambres dans leurs maisons. Parfois, ils se montrent distants avec leurs visiteurs, et souvent ils nous ont accueillis chaleureusement.

La première nuit que nous avons passée sur la route, nous nous sommes arrêtés devant une petite homestay située tout au bout d’un village. Nous étions six, trois couples de français. La dame qui nous a ouvert ne s’attendait pas à recevoir autant de monde d’un coup. Elle nous a montré les deux chambres du rez-de-chaussée et s’est empressée de monter à l’étage en préparer une troisième. Depuis la terrasse, elle nous a crié « I love you! » tellement elle était contente d’accueillir autant de personnes d’un coup et de pouvoir gagner un peu d’argent. Le soir, nous nous sommes installés autour d’une table à l’extérieur, et elle est partie nous chercher des bières. Les deux petites filles de la maison semblaient au départ très impressionnées de voir autant d’étrangers chez elles. Bien vite, elles ont perdu toute timidité et ont passé la soirée à jouer avec nous avec un tableau et des craies. Elles ont dessiné et nous avons essayé de leur apprendre quelques mots d’anglais et de français. Le papa les a finalement rejoint en riant et est resté un long moment avec nous. Une belle soirée passée en leur compagnie…

Dans le village de Thong Nguyen, nous avons vécu une expérience similaire. Notre hôte dao rouge a eu la gentillesse de nous inviter à dîner avec sa famille et lui. Un repas de fête qu’on a pris au-dessus d’un magnifique paysage de rizières en terrasses qui s’étendait au pied de la maison.

 

La vue depuis la maison de M. Kinh près de Thong Nguyen

 

Dormir chez les gens ?

Nous avions entendu beaucoup de choses sur le fait d’être accueillis pour la nuit chez des Vietnamiens. Apparemment, ce n’est pas possible à moins que l’hôte enregistre le visiteur étranger au commissariat le plus proche. Nous avons passé plusieurs nuits chez des gens sans être enregistrés et nous n’avons pas eu de problèmes. Norme ou coup de chance ? On ne sait pas mais l’expérience a été incroyable.

Lors de notre balade dans le village des Lo Lo noirs avec un autre couple de français rencontré la veille, nous avons été invités par plusieurs villageois à prendre le thé dans leurs maisons. Après avoir vu l’intérieur de plusieurs habitations en bambou et bu beaucoup de ce thé très amer, une femme nous a invité à venir chez elle. Elle nous a offert à déjeuner, puis à dîner et a fini par nous proposer de rester dormir.

Nous avons passé une partie de la soirée à jouer aux cartes avec son fils et, le lendemain, avons fait un arrêt dans son école. S’en est suivie une partie de volley avec quelques élèves et les professeurs. Après quelques minutes à écouter le cours, nous sommes finalement repartis pour ne pas gêner la classe. Nous étions assis tout au fond et les élèves n’arrêtaient pas de se tourner vers nous pour nous regarder !

 

La partie de volley avec les petits Lo Lo

 

Pour ceux qui ont regardé l’émission « Rendez-Vous en Terre inconnue », c’est bien dans ce village que le joueur de rugby Frédéric Michalak a eu la chance de séjourner.

 

C’est probablement du côté de Hoang Su Phi que nous avons vécu les rencontres les plus intenses et attachantes. Là encore, nous avons été invités à prendre le thé dans quelques maisons de villages reculés. En suivant une route chaotique en terre pendant deux heures, nous avons rencontré un jeune homme qui nous a invité chez lui nous reposer quelques instants et boire le thé. Il nous a même proposé de fumer le bang et nous a montré des photos de son bébé sur son téléphone. Il semblait vraiment content d’accueillir deux étrangers pour quelques instants.

Enfin, l’un des moments les plus forts de notre voyage a aussi été complètement inattendu. En conduisant sur une route qui longeait des rizières, on a décidé de s’arrêter prendre une photo. Nous n’étions qu’à quelques pas d’une grande maison traditionnelle en bambou, et nous avons aperçu deux dames qui nous observaient par la fenêtre. Après quelques échanges de sourires, elles nous ont fait signe de rentrer les voir. Le grand-père s’est chargé de la visite de la maison, il nous a montré quelques photos de famille. De fil en aiguille, ils nous ont invité à prendre une collation – du thé accompagné de concombres salés – puis à dîner avec eux et à passer la nuit.

On a passé une soirée très agréable en leur compagnie. Aucun ne parlait anglais bien sûr, mais avec des gestes on s’est compris. Il y avait les grands-parents, leur fille et son mari, et leur petite-fille. La fillette ne devait pas avoir plus de 3 ans, et elle avait l’air terrifiée par la grosse barbe de Thibaut. Elle a passé son temps à crier à chaque fois qu’elle le voyait. On lui a donné des gâteaux et ça a eu l’air d’aller mieux. Pour le dîner, on a eu droit à des bols de riz bien sûr, mais aussi du canard, tué spécialement pour l’occasion, et des sortes de courgettes. On a pu assister à toute la préparation du repas, et ils ont refusé tout net notre aide lorsqu’on a voulu les aider à faire la vaisselle.

Ces soirées passées en compagnie d’inconnus ont été pour nous les plus magiques. Même avec la barrière de la langue, il était tout à fait possible de communiquer. Le grand-père a bien rigolé alors que nous observions le moindre de ses gestes lorsqu’il préparait le canard. Nous avons pris des photos tous ensemble et essayé de dire nos âges respectifs en vietnamien. Nous avons montré des photos de nos maisons sous la neige et ils ont tous regardé en se faisant passer nos téléphones. Une bien belle soirée…

 

 

 

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Notre road trip dans le nord du Vietnam nous a conduit sur des sites dont l’histoire est très intéressante. Entre palais, prison ou encore artisanat local, nous avons découvert des petites merveilles cachées dans les régions d’Hà Giang et de Cao Bang. Petit tour d’horizon.

 

 

LE PALAIS DU ROI HMONG

Situé dans la vallée de Sà Phìn, le palais fortifié du roi Hmong est un ouvrage architectural à ne pas manquer.

La demeure est construite entre 1919 et 1928 et déclarée en 1993 vestige d’art architectural national pour ses valeurs historiques et culturelles remarquables.

 

L’entrée du palais

 

Histoire

A partir de la fin du XVIIIe siècle, l’ethnie Hmong établit sa domination sur le nord de la province vietnamienne, tout près de la frontière chinoise. C’est la famille Vương, du clan Huang, qui s’impose au pouvoir dans les districts de Dong Van et Meo Vac, position approuvée par la dynastie Nguyễn.

Durant la période coloniale, les Français souhaitent maintenir leur emprise sur ce territoire frontalier de la Chine. Pour s’allier avec cette ethnie, ils reconnaissent Vương Chính Đức roi des Hmong en 1900. Le roi se révèle un fidèle allié des Français, les aidant notamment à réprimer la rébellion d’une tribu locale. Il reçoit même le titre de Général de l’Armée française.

Alors que l’opposition du peuple vietnamien à la colonisation s’accroît, le roi est contraint d’adopter une position plus neutre. Suite à son décès en 1944, c’est son fils Vương Chú Sển qui lui succède et prend le pouvoir. Il change radicalement de position vis-à-vis de la collaboration avec les français puisqu’il décide de s’allier à Hô Chi Minh en faveur de l’indépendance du Vietnam.

 

Architecture

Sur une superficie totale de 1120 m2, le palais se compose de quatre bâtiments reliés par des ailes latérales, formant trois cours intérieures carrées. Chaque maison s’élève sur deux étages. On compte environ soixante pièces comprenant des chambres, des cuisines, des dépendances et la célèbre cave à opium. Le tout est entouré d’un mur d’enceinte de deux mètres de hauteur, conférant à la structure un air de forteresse.

 

Vue sur l’une des cours intérieures depuis le second étage

 

Le palais est un subtil mélange entre principes architecturaux chinois et ornements traditionnels des Hmong. Les matériaux qui ont servi à sa construction – principalement la pierre et le bois – proviennent des deux pays, à la fois du plateau de Dong Van ainsi que du Yunnan, la région située au sud de la Chine et frontalière du Vietnam.

 

Vue depuis l’intérieur de la cour

 

La demeure a été bâtie selon des principes de géomancie utilisés dans l’architecture chinoise, notamment durant la dynastie des Qing (1644-1911) et que l’on retrouve dans de nombreuses maisons du sud de la Chine. Ces principes visent à déterminer le meilleur emplacement et la meilleure orientation possibles pour un bâtiment. En l’occurrence, le géomancien a choisi un terrain entouré de montagnes, la chaîne située derrière le palais rappelant un mur destiné à protéger la demeure et les deux montagnes devant symbolisant la prospérité.

En se promenant dans le palais, on peut observer de nombreux motifs sculptés, notamment sur les colonnes : dragons, chauve-souris, phénix… Ces animaux symbolisent la longévité et la prospérité de la famille royale. Il a fallu dépenser 150 000 pièces d’argent, soit l’équivalent de 150 milliards de dôngs vietnamiens (environ 5,5 millions d’euros) pour construire le palais. Exceptés les murs porteurs qui sont en pierre, le reste est en bois précieux, des planchers aux cloisons en passant par les colonnes.

 

 

 

LA TOUR DU DRAPEAU DE LUNG CU

Il s’agit d’une tour emblématique dans la région de Hà Giang, tant pour sa position géographique – elle constitue le point le plus septentrional du Vietnam – que pour ce qu’elle symbolise : la souveraineté nationale du pays.

Elle culmine à 1700 m au sommet du mont le plus élevé de la commune de Lung Cu, la montagne Rông, qui signifie littéralement « dragon ». Plusieurs légendes se disputent l’origine de ce nom. Pour les Lolos, un dragon aurait atterri sur la montagne et aurait fait cadeau aux villageois de ses yeux, qui se seraient alors transformés en deux lacs. Il est dit que ces lacs ne s’assèchent jamais, et l’on peut les voir depuis le sommet de la tour.

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Pour les Hmong, « Lung Cuu » signifie « vallée de maïs », parce que le maïs est la seule plante cultivée dans la région.

Une autre légende prend racine au temps de la dynastie Tây Sơn. En 1789, après sa victoire contre la Chine, l’empereur Quang Trung aurait ordonné l’installation d’un tambour géant en bronze au sommet de la montagne. Toutes les deux heures, les soldats frappaient trois fois sur le tambour pour affirmer l’intégralité territoriale du pays. Ainsi, certains pensent que Lung Cu dérive de « Long Co », qui signifie littéralement « tambour du roi ».

Quelle que soit la légende que l’on retient, la tour est un symbole national sacré qui fait la fierté des Vietnamiens. Elle est un emblème de la souveraineté du Vietnam face au géant chinois. Le drapeau qui ondule tout en haut de son mât est gigantesque : 54 m2 (9 m x 6 m) pour représenter les 54 ethnies du Vietnam.

Historiquement parlant, il faut revenir au XIe siècle pour comprendre l’origine de la tour : le commandant en chef Lý Thường Kiệt est le premier à faire construire un mât pour marquer la souveraineté territoriale de son pays.

Le mât a été reconstruit à plusieurs reprises, la dernière datant de 2010. Pour y accéder, il faut d’abord grimper 389 marches jusqu’à la tour, puis les 140 marches de l’escalier en colimaçon à l’intérieur de celle-ci. Au sommet, une vue époustouflante sur les rizières en terrasse et les villages ethniques s’étend à perte de vue, jusqu’à la Chine.

 

La vue depuis le haut de la tour

 

 

 

L’ANCIENNE PRISON DE CANG BAC ME

Ce site, situé à quelques kilomètres de la commune de Yên Phù, était à l’origine un poste militaire français, construit pour contrôler la route reliant les trois provinces de Hà Giang, Cao Bang et Tuyen Quang. En 1938, les Français le convertissent en prison afin d’y enfermer les révolutionnaires vietnamiens qui luttent pour l’indépendance de leur pays. En 1942, la prison est abandonnée.

 

L’entrée de la prison

 

Aujourd’hui, on peut toujours voir la tour de guet et les différentes salles de la prison. Le tout est entouré d’un mur de pierre de 190 mètres de long. Si certains bâtiments ont été restaurés au début des années 2000, la majorité sont en ruines. Exceptées quelques plaques qui indiquent en vietnamien la fonction de certains bâtiments, il n’y a aucune explication, le site semble délaissé.

 

Bâtiments en ruine

 

Nous avons passé un bon moment à déambuler au milieu des ruines, et nous sommes même montés tout en haut de la tour de guet. Nous étions seuls sur le site, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’il est extrêmement difficile à trouver. Sur la route, il n’y a aucune indication, aucun panneau. L’ancienne prison est loin d’être mise en valeur, et c’est bien dommage parce qu’il se dégageait des ruines une atmosphère quelque peu romantique et mystérieuse.

 

Les anciennes cellules

 

 

 

LA STÈLE COMMÉMORATIVE DE MA PI LENG

Le col de Ma Pi Leng est l’un des quatre plus hauts cols du nord et surnommé « Roi des cols » du Vietnam. D’une longueur de 24 km, ce n’est pas le col le plus long mais il atteint les 2000 m d’altitude et appartient au Parc géologique du Plateau calcaire de Dong Van, reconnu depuis 2010 comme membre du Réseau global des parcs géologiques (GGN). La route de Ma Pi Leng a été classée site national en 2009.

Selon la langue locale, (le quan-hoa, qui est un idiome chinois), Ma Pi Leng signifie « nez du cheval », allusion aux flancs abrupts et périlleux des montagnes et au fait que les chevaux qui empruntaient le col arrêtaient de respirer. Jusque dans les années 1960, le seul moyen de transport possible pour passer le col est le cheval. La passe de Ma Pi Leng est réputée être ainsi la plus dangereuse du Vietnam.

Au centre du col se situe le canyon de Tu San, au fond duquel on peut voir couler la rivière Nho Qué. C’est le canyon le plus profond du Vietnam et de toute l’Asie du Sud-Est avec ses 800 mètres de profondeur pour une longueur de moins de deux kilomètres.

En 1959 commencent les travaux de la route. Plus de 20 000 volontaires des ethnies du nord du Vietnam unissent leurs efforts pendant cinq ans afin de relier sur 200 km la ville de Hà Giang aux districts de Dong Van et Meo Vac, en passant par le col de Ma Pi Leng sur une vingtaine de kilomètres. Après l’achèvement de cet ouvrage extraordinaire, la route du col de Ma Pi Leng prend le nom de Hanh Phuc, qui signifie « route du bonheur ». C’est un nom bien choisi car cette route permet d’améliorer grandement la vie des locaux, de faciliter la communication et les échanges entre les villes enfin reliées.

Pour commémorer le sacrifice des jeunes bâtisseurs, une stèle a été installée sur le col. Les conditions de vie durant la construction étaient en effet très précaires avec des températures parfois négatives, le manque d’eau, et la nécessité de se suspendre au-dessus du vide sur les parois rocheuses…

 

La stèle en haut du col

 

La stèle en pierre représente un groupe de cinq personnages en costume traditionnel. On peut voir deux femmes et trois hommes, chacun brandissant un outil : une pioche, une lanterne, un maillet, une pelle et une sorte de bouquet de fleurs. Ce sont des constructeurs dont les regards convergent tous vers le même point lointain. Au-dessus d’eux flotte un énorme drapeau gravé de la faucille et du marteau communiste. Sur la base de la stèle ont été gravées des scènes sur chacun des côtés, représentant des décors de montagnes avec des familles réunies et des animaux.

 

Vue de face

 

La route du col de Ma Pi Leng est l’une des plus belles que nous ayons empruntées au Vietnam. Avec ses lacets à flanc de montagne, elle est assurément très impressionnante et les paysages qu’elle offre sont splendides tout du long.

 

 

 

LES MONTAGNES JUMELLES DE QUAN BA

Ces monts ne sont situés qu’à une quarantaine de kilomètres de la ville de Hà Giang, ce qui en a donc fait notre premier arrêt. Il s’agit de deux montagnes calcaires qui constituent une caractéristique unique du plateau de Dong Van en ce qu’elles évoquent la forme de deux seins.

D’un point de vue géologique, ces montagnes jumelles résultent d’un processus d’érosion des roches calcaires ayant eu lieu il y a plusieurs millions d’années. Chaque mont occupe une surface de 3,6 hectares.

Selon les habitants de la région, ces montagnes sont issues d’une légende qui se transmet de génération en génération. La fée Hoa Dao tomba éperdument amoureuse d’un jeune homme Hmong qui jouait du Dan Moi, un instrument de musique en bambou traditionnel. Elle quitta alors le Ciel pour se marier avec lui, sans le dire à l’Empereur du Ciel. Le couple eut un fils, mais l’Empereur, furieux, envoya sa cour chercher la fée. Avant de partir, la fée Hoa Dao laissa ses seins sur terre pour s’assurer que son enfant ne manque pas de lait maternel. Grâce à elle, son fils a pu être bien nourri et s’est changé en un homme fort et vigoureux. Plus tard, les seins de la fée furent transformés en deux montagnes, appelés dorénavant « Montagne doublée de fée ». La légende dit que grâce à son lait, la région est devenue très fertile et possède des récoltes abondantes de céréales, de légumes et de fruits.

Il est dit aussi que les larmes que la fée Hoa Dao a versé au moment de quitter sa famille ont formé le fleuve Mien.

 

Les montagnes de Quan Ba (au centre)

 

Malheureusement pour nous, il ne faisait vraiment pas beau lorsque nous sommes passés voir les montagnes. Une brume opaque recouvrait le paysage et il pleuvait, d’où la photo de piètre qualité qui ne reflète en rien la beauté du lieu.

 

 

 

LES COUTEAUX DES NUNG

Dans la province de Cao Bang, la route qui mène aux célèbres chutes de Ban Gioc nous a conduit dans une série de petits villages appartenant à la commune de Phuc Sen. Ces hameaux sont réputés dans tout le nord du pays pour leurs ateliers de forgerons et leur production de couteaux d’excellente qualité. Plus de 150 familles vivent de la forge dans la commune de Phuc Sen. Elles sont réparties sur six hameaux, la commune en comptant dix. Leur savoir-faire se transmet depuis des centaines d’années. Si les couteaux sont les plus réputés et suffisamment tranchants pour couper les os des carcasses, les forgerons fabriquent également des outils agricoles tels que des marteaux ou des faucilles.

Nous nous sommes arrêtés le temps d’une après-midi pour les rencontrer et les observer travailler. Nos pas étaient rythmés par les coups de marteau frappés sur les enclumes qui résonnaient dans les ruelles. En nous baladant dans le hameau, nous avons trouvé une immense forge où tout le minerai est stocké.

 

Le minerai d’acier

 

L’acier est chauffé dans un four pour être transformé en lamelles de plusieurs mètres de longueur. La rumeur veut que les Nung utilisent des matériaux récupéré, notamment l’acier des ressorts de suspension de voitures d’occasion. Personnellement, nous n’en avons pas vu mais peut-être que c’est effectivement le cas dans d’autres hameaux que celui que nous avons visité.

 

Les lamelles de métal

 

Une fois les lamelles froides, elles sont de nouveau chauffées à blanc pour être passées à la presse et étirées. Un homme vient ensuite les charger sur sa moto pour les distribuer dans les différents ateliers du village.

 

Les lamelles sont chauffées pour être passées à la presse à gauche

 

Là, le forgeron pèse ce dont il a besoin puis coupe sa lamelle pour obtenir les dimensions appropriées à la lame qu’il va fabriquer.

 

La pesée

 

L’acier est chauffé au rouge puis martelé sur une enclume à l’aide d’un marteau. Chez les Nung, le manche en bois est fabriqué en dernier.

 

Le martelage sur l’enclume

 

Les couteaux sont ensuite vendus tout le long de la route. Il est possible de s’arrêter pour étudier les différents modèles et tester les lames. Certains forgerons vendent directement leur production devant chez eux tandis que certains vendeurs n’ont pas d’atelier et semblent récupérer les couteaux ailleurs dans le hameau pour les revendre.

 

Les couteaux prêts à être vendus

 

 

 

En racontant notre expérience de road trip, nous avions surtout évoqué les paysages magnifiques dont regorge le nord du Vietnam. Il ne faut pas oublier que les régions frontalières de la Chine ne sont pas que paysages sublimes. Un road trip peut conduire sur de très beaux sites historiques ou dont l’identité culturelle est forte. Ces arrêts sont vraiment à ne pas manquer ! Les traditions, monuments et légendes des ethnies du Nord peuvent donner une tout autre vision du Vietnam.

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Après l’aventure en van en Australie, on rêvait d’Asie. Et d’un nouveau défi à relever. On a donc décidé de partir en road trip à moto dans le nord du Vietnam. C’est la région qui nous faisait le plus rêver et qui nous semblait la plus prometteuse en termes de paysages et de rencontres puisque c’est là que vit un grand nombre d’ethnies minoritaires du Vietnam.

 

Des Hmongs Fleurs au travail dans des rizières en terrasse

 

PARTIE 1 : CONDUIRE UNE MOTO AU VIETNAM

 

 

Acheter ou louer une moto ?

Au départ, on avait l’idée un peu folle d’acheter une ou deux motos à Hanoï et de partir à l’aventure. Avec le recul, on est bien content d’avoir changé d’avis et d’avoir préféré louer, pour plusieurs raisons :

  • On n’avait jamais conduit de scooter automatique ni de moto semi-automatique, sans parler d’une manuelle, donc acheter directement aurait été hasardeux voire dangereux dans notre cas ;
  • On n’avait pas assez de connaissances pour distinguer une moto en bon état d’une autre en mauvais état, sans compter les répliques chinoises répandues sur le marché des backpackers, réputées être de mauvaise qualité et souvent mal entretenues ;
  • La circulation à Hanoï est terriblement dense et, même si certains backpackers apprennent à conduire en ville, le trafic nous a fait peur et on n’a pas voulu prendre le risque d’avoir un accident. En plus de ça on a assisté à un accident en pleine rue. Deux conducteurs de scooters se sont rentrés dedans de plein fouet alors qu’il était 5h du matin et qu’il n’y avait personne d’autre sur la route… On a donc décidé de réfléchir à deux fois avant de nous lancer !
  • Voyager à moto est terriblement fatiguant, ce dont on ne se rendait pas compte avant d’entreprendre ce voyage. Pouvoir prendre un bus facilement entre deux villes et louer de nouveau nous paraissait plus simple que de devoir faire tous les jours de longues étapes à moto ;
  • Prévoir suffisamment de temps pour revendre après avoir acheté nous stressait étant donné qu’on venait de vivre cette situation avec notre van en Australie. On n’avait pas envie de se relancer dans l’achat et la vente aussi tôt.

 

Le trafic à Hô Chi Minh Ville !

 

Arrivés à Hanoï, on a donc revu nos plans et on a décidé de partir en bus jusqu’à la ville de Hà Giang, située à 7h de bus dans le nord. Une fois à Hà Giang, on s’est senti plus en sécurité pour tester des motos et apprendre la conduite d’une semi-automatique. C’est une ville plus petite que Hanoï, avec beaucoup moins de trafic. Finalement, on a opté pour la location d’une seule moto, comme la plupart des couples que nous avons rencontrés par ailleurs. On a laissé nos gros sacs à dos à la homestay, et on est parti avec le minimum pour ne pas être trop chargés.

 

On a fait énormément d’arrêts sur la route devant des paysages sublimes comme celui-là

 

Pour la location au Vietnam, on a payé entre 180 000 et 250 000 dôngs par jour, dépendant des villes et du type de moto, soit entre 6 et 10 dollars par jour.

 

 

Dangereux ou pas ?

Conduire au Vietnam est dangereux, on ne va pas mentir. Il ne suffit pas toujours de suivre les règles de prudence de base pour se sentir en sécurité, étant donné que ce sont souvent les autres conducteurs qui ont des comportements dangereux et imprévisibles.

Pour notre part on s’en est bien sorti, mais on l’avoue, on a eu quelques frayeurs…

 

#1 La loi du plus gros

Ce qu’il faut savoir, et qui peut être assez désarmant, c’est qu’au Vietnam, c’est le plus gros qui prime. A partir de là, on comprend qu’un piéton est situé tout en bas de l’échelle alors que les camions vont être prioritaires. Pour nous, occidentaux, cette loi du plus gros ne semble pas vraiment logique. A priori, on a tendance chez nous à faire attention aux plus faibles, donc aux piétons. Au Vietnam, ce n’est pas du tout la même façon de penser ! Un piéton n’aura jamais la priorité. Pour traverser une route, il ne sert à rien d’attendre que les véhicules s’arrêtent pour vous céder le passage, il faut s’engager sur la voie et prier pour que les dizaines de scooters vous voient suffisamment tôt et vous évitent.

Sur la route, c’est la même chose. A moto, on est quasi tout en bas de l’échelle. Les voitures, les mini-bus et les camions vont avoir la priorité. C’est donc à nous de leur céder le passage en nous rabattant sur le côté pour les laisser passer. Souvent, ils s’annoncent en klaxonnant – ce qui est très énervant quand on est dans un bus de nuit et que le chauffeur joue du klaxon toutes les deux minutes.

Jusque-là, il n’y a pas vraiment de problème, il suffit juste de savoir que les véhicules plus gros que nous ont la priorité. Le problème vient plutôt du terrain et du comportement des conducteurs de voitures et de camions.

Les routes du nord du Vietnam forment des lacets à flanc de montagne, comportent des virages parfois très serrés et peuvent être très étroites, parfois trop pour laisser passer deux véhicules de front. La visibilité peut être grandement réduite, surtout lorsque le beau temps n’est pas au rendez-vous et que le brouillard se lève. Les voitures et les camions prennent souvent leur priorité comme une chose acquise et n’hésitent pas à doubler en plein virage, ne klaxonnent pas toujours pour s’annoncer et roulent beaucoup trop vite sur de petites routes de montagnes, sans aucune prudence.

 

Les routes sont très impressionnantes dans les montagnes !

 

Il nous est arrivé plusieurs fois de nous faire surprendre, au détour d’un virage, par une voiture qui se trouvait au milieu de la voie et qui n’avait pas klaxonné alors qu’il n’y avait aucune visibilité. Rouler doucement est donc de mise, et il faut rester constamment attentif. Des virages peuvent cacher des voitures et des camions qui ne se décaleront pas pour une moto. La courtoisie au volant n’est pas chose commune au Vietnam… C’est à nous, motards, de faire attention.

Notre plus grosse frayeur s’est produite dans la région de Cao Bang. Alors que nous descendions tranquillement une petite côte, nous avons aperçu une voiture un peu plus loin devant nous en train de monter. Surgie de nulle part, une seconde voiture a déboulé derrière la première et a déboîté sur la file d’à côté – notre file donc – afin de la doubler, sans regarder. On était à deux doigts de lui rentrer dedans, et Thibaut a été obligé de donner un grand coup de guidon pour éviter ce chauffard. Quelques secondes à peine et on s’y encastrait de plein fouet. Notre moto est partie dans le fossé, sur le bas côté, et on a failli s’écraser sur la barrière qui nous séparait du vide. La voiture n’a pas ralenti, et ne s’est pas arrêté non plus pour vérifier que nous allions bien…

La loi du plus gros oblige les motos et scooters à être responsables de leur propre sécurité. Je ne compte même plus les fois où on a été frôlés de très près par des camions qui n’avaient pas la patience d’attendre que la route s’élargisse davantage pour leur permettre de passer sans prendre le risque de nous toucher. Les camions et les voitures n’ont quasiment aucune considération pour les petits scooters, c’est vraiment ce qu’il faut garder à l’esprit quand on prend la route !

 

#2 Les animaux sur la route

Si un virage peut cacher un énorme camion qui prend tout l’espace, il peut aussi cacher une basse-cour entière. Les animaux laissés en liberté sont loin d’être rares au Vietnam, il faut donc faire attention à eux aussi. Poules, cochons, vaches, buffles, chiens… Nous en avons croisé des centaines. Leur comportement peut être imprévisible aussi, d’où l’importance encore une fois de ne pas rouler trop vite.

Nous avons aussi croisé beaucoup de troupeaux gardés par des femmes, qui les faisaient avancer en plein milieu de la route. Spectacle dépaysant du bout du monde, nous nous sommes souvent arrêtés pour les regarder passer.

 

Un troupeau de vaches au milieu de la route

 

#3 L’état des routes

Comme en Australie, toutes les routes du Vietnam ne sont pas goudronnées ! Il est important de se renseigner sur l’état des routes avant de les emprunter. A Hà Giang, nous avons dû faire demi-tour en voulant rallier le petit village de Du Gia depuis Bac Me. La route était extrêmement mauvaise et on a abandonné après à peine un kilomètre pour finalement rentrer directement sur Hà Giang City. Prendre des routes complètement défoncées à moto est vraiment désagréable, chaque trou nous fait sauter sur la selle, c’est une horreur. Dès qu’il y a une flaque, il faut en vérifier la profondeur avant de rouler dedans.

La pire route que nous avons prise, c’était dans le district de Hoang Su Phi. On a voulu prendre un raccourci, une route d’une dizaine de kilomètres. Le début était goudronné, très lisse. Après plusieurs centaines de mètres, il n’y avait plus de goudron, seulement de la terre. Criblée d’énormes trous, constellée de rochers, la route est vite devenue infernale mais on a tout de même continué. On a dû descendre de la moto à certains moments tant c’était difficile de rester en équilibre dessus. On a dû franchir des cours d’eau, et on a fini dans une couche de plusieurs centimètres de boue… Il nous a fallu plus de deux heures pour en parvenir au bout. On en a eu des sueurs froides, persuadés qu’on allait devoir abandonner la moto à un moment ou à un autre et qu’on n’arriverait pas à la ramener sur l’asphalte. Après cette expérience, on n’a plus voulu jouer les aventuriers et on ne s’est plus risqués sur des routes de terre si on ne savait pas jusqu’où elles allaient exactement.

 

La route pour aller jusqu’à la tour du drapeau de Lung Cu était l’une des plus mauvaises que nous ayons empruntée !

 

 

PARTIE 2 : NOTRE ITINÉRAIRE

 

Nous sommes partis environ trois semaines dans le nord, le long de la frontière chinoise. On a pris notre temps, les routes sont extrêmement scéniques et parfois on avait envie de nous arrêter à chaque virage pour prendre des photos.

 

Le dernier kilomètre qui sépare le Vietnam de la Chine

 

 

Boucle d’Hà Giang

On a commencé par la boucle la plus connue, celle dite « de Hà Giang ». Elle démarre à Hà Giang, sans surprise. Pour l’instant, elle n’est pas encore très touristique mais je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que le tourisme dans la région ne prenne de l’essor.

Nous avons mis sept jours pour faire la boucle et revenir à notre point de départ, en passant par Tam Son, Dong Van, Lung Cu, Meo Vac, Bao Lac, Khuoi Khon et Bac Me.

C’est une boucle magnifique qui offre des paysages de montagnes à couper le souffle et qui fait passer par des formations naturelles impressionnantes telles que le plateau de Dong Van classé géopark UNESCO ou le col de Ma Pi Leng. C’est l’ethnie Hmong qui est la plus répandue dans la région, il est facile de se rendre dans leurs villages en suivant les petites routes de terre.

 

Un petit village dans la province d’Hà Giang

 

 

Hoang Su Phi

Là encore, c’est une boucle qui a nous a pris sept jours en partant de Hà Giang et en passant par Nam Ty, Vinh Quang, Ban Phung, Coc Pai, Quang Nguyen et Thong Nguyen.

Cette fois-ci, nous n’avons croisé peut-être qu’une poignée de touristes comme nous en une semaine. Le district de Hoang Su Phi n’est pas du tout visité, tout simplement parce que les touristes se concentrent non loin à Sapa. C’est une région magnifique pour voir des rizières en terrasse impressionnantes bâties sur les montagnes par les minorités. Les ethnies que l’on peut rencontrer de ce côté sont les Tay, les Nung, les Dzaos, les La Chi ou encore les Hmong.

 

Rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

 

Petite boucle à Cao Bang

C’est la dernière boucle à moto que nous ayons faite dans le nord, cette fois pendant quatre jours. Partis de Cao Bang, la capitale de la région, nous avons visité le lac Thang Hen, la cascade de Ban Gioc et les villages Nung connus pour la fabrication de couteaux.

Cette région est assez peu visitée également, et elle offre des paysages complètement différents de ce que nous avions pu voir précédemment. Ce sont surtout des rizières plates ponctuées de montagnes karstiques. C’est similaire à ce que l’on peut voir du côté de Ninh Binh, mais certainement plus rural et moins touristique.

 

La vue sur les monts karstiques de Cao Bang depuis une colline près des chutes de Ban Gioc

 

 

Pourquoi a-t-on évité Sapa ?

Dans le nord du Vietnam, Sapa est sur toutes les lèvres. On l’a rapidement constaté en arrivant à Hanoï, toutes les agences de voyage proposent des excursions et des treks dans les rizières en terrasses là-bas. Sapa est un haut lieu du tourisme, tout visiteur du nord du pays se doit d’y aller. La région est réputée abriter les plus belles rizières du Vietnam. Pour le coup, on ne saura pas si c’est vrai ou non, mais on a en tout cas vu de magnifiques rizières en terrasse dans la région de Hoang Su Phi, qui est proche de celle de Sapa.

 

Magnifiques rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

C’est principalement pour éviter le tourisme de masse que nous avons décidé de ne pas nous y rendre. On a vite compris que les rencontres avec les minorités ethniques risquaient d’être biaisées par les rapports à l’argent. Nous avions entendu beaucoup de rumeurs disant que les locaux en habits traditionnels réclamaient de l’argent pour être pris en photo, vendaient énormément de souvenirs conçus spécialement pour les touristes… On voulait essayer de sortir des sentiers battus et d’aller dans des régions moins prisées des touristes, plus authentiques. En étant motorisé, c’était parfaitement possible.

 

 

 

PARTIE 3 : LE QUOTIDIEN

 

 

Le voyage à moto : ce que nous avons fait et vu

Beaucoup de nos amis nous ont demandé comment nous avions fait pour nous débrouiller dans ces régions reculées. Nous avons traversé des villages ethniques, et effectivement personne ne parlait anglais. Parfois même, les habitants ne parlaient pas le vietnamien, juste leur propre dialecte.

La première boucle que nous avons faite nous a permis de réaliser l’ampleur des choses et de mettre en place une sorte de routine. On avait une carte, on nous avait recommandé des routes et des villages, donc on a suivi plus ou moins ce qu’on nous avait dit. Sur la route, nous avons rencontré d’autres voyageurs qui nous ont donné de nouveaux conseils venus s’ajouter aux premiers. Ils nous ont parlé de détours possibles, des bonnes routes ou au contraire des mauvaises, qu’il valait mieux ne pas emprunter.

Les premiers jours, nous sommes partis avec un autre couple de français, puis nous nous sommes séparés et nous avons rencontré d’autres couples avec qui nous avons partagé d’autres sections de route.

Le quotidien à moto, c’est principalement de la route. Dans le nord du Vietnam, les routes sont scéniques, il faut donc en profiter pour rouler, s’arrêter, prendre des photos, et recommencer.

 

Pour voir notre sélection de photos du Vietnam, suivez le lien !

 

Paysage de la province de Cao Bang

 

Les paysages sont absolument grandioses. Entre montagnes, rizières en terrasses, et monts karstiques, les routes sont très impressionnantes. Il fallait parfois compter deux heures pour parcourir seulement une vingtaine de kilomètres tellement on s’arrêtait pour prendre des photos. Lorsque l’on voyage à moto au Vietnam, ce n’est pas la destination qui compte mais bien le voyage !

 

Le plateau de Dong Van dans la province d’Hà Giang

 

Le seul bémol, c’est la pollution. Pendant plusieurs jours, on pouvait voir un voile gris recouvrir les montagnes au loin. La région du Yunnan, dans le sud de la Chine, est située non loin de la frontière vietnamienne et est exploitée pour ses mines. On en a déduit que ce nuage de pollution venait de là et on a entendu à plusieurs reprises des explosions provenant probablement des mines.

Au-delà des paysages sensationnels, on a aussi pu faire quelques visites plus culturelles. Il existe des sites historiques très intéressants, notamment dans la province de Hà Giang. On peut citer le palais du roi Hmong, la tour du drapeau de Lung Cu ou encore l’ancienne prison de Cang Bac Me. Un article viendra prochainement sur ces sites !

 

Edit : l’article sur les sites historiques et culturels d’Hà Giang et Cao Bang est disponible ici !

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Et bien évidemment, les villages ethniques constituent un autre attrait du voyage à moto. Nous n’avons pas hésité à suivre de petites pistes pour arriver jusqu’à des villages du bout du monde. Les enfants sur la route se montrent le plus souvent très enthousiastes en voyant des étrangers : coucous de la main, « hello » criés après nous, grands sourires…

 

Des enfants Hmong rencontrés sur la route !

 

Parfois, les adultes prenaient un air plus méfiant, et on comprenait alors qu’ils ne devaient pas voir d’occidentaux passer souvent dans leur village. Ça a été le cas à Ban Phung, le village des La Chi, une communauté très minoritaire au Vietnam. Perché sur les flancs des montagnes, non loin de la frontière chinoise, le village était niché dans un cadre grandiose, entouré de rizières en terrasses. Mais personne dans le village ne nous a rendu nos sourires… Les gens se sont montrés très méfiants, surtout en voyant notre appareil photo. Ils n’hésitaient pas à se tourner dos à nous pour que nous ne les photographiions pas. Nous n’avons pas insisté.

 

Un petit village près de la frontière chinoise

 

Voyager à moto a été un excellent moyen de nous rendre dans des villages isolés et de rencontrer des gens. Nous avons été invités à plusieurs reprises à boire le thé, manger et même dormir. Un article suivra bientôt sur nos rencontres avec les minorités.

 

Edit : Suivez ce lien pour lire notre article sur les minorités du nord du Vietnam

 

 

La communication sans parler anglais

 

#1 Manger

Pour manger, il ne faut pas être difficile. Il y a des enseignes au-dessus ou à côté des maisons. Les tables et chaises en plastique mettent aussi la puce à l’oreille. Il suffit de s’installer. En général, si on ne dit rien, le propriétaire va nous apporter du bouillon, le fameux phô.

Si on veut autre chose qu’une soupe, c’est tout de suite plus compliqué. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter soit à désigner directement ce qu’on veut du doigt, soit à utiliser un traducteur sur son téléphone. On avait appris les mots basiques en vietnamien tel que « riz », « bœuf », « poulet », « pas de piment », etc., et ça nous a servi. Parfois, la dame nous faisait signe de la suivre et nous emmenait directement dans sa cuisine, où elle attendait qu’on lui montre ce qu’on voulait. Il ne faut pas hésiter à faire de grands gestes pour bien se faire comprendre. La personne en face en fera tout autant pour vérifier qu’elle a bien compris.

Après une semaine à ne manger que des bouillons et du riz, on est arrivés dans la ville de Bac Me. On y a trouvé une petite épicerie, et la dame vendait des boîtes de Vache Qui Rit. On n’a pas pu résister à l’envie de nous faire des sandwichs avec le pain des traditionnels banh mi ! On a refait ça à plusieurs reprises quand on commençait à saturer des nouilles et du riz…

Pour connaître le coût du repas, soit on utilisait une calculatrice pour afficher le prix, soit la personne nous montrait directement le total avec des billets. Au marché, c’est le même principe. A chaque fois qu’on a voulu acheter des fruits, la vendeuse nous montrait les billets qu’on devait donner pour payer.

 

#2 Dormir

Pour dormir, on ne peut pas utiliser d’applications telles que Booking. Les Vietnamiens ne parlent pas anglais donc les homestays ou hôtels ne sont pas référencés sur internet. En arrivant en fin de journée dans un village, il faut juste s’y balader et chercher les enseignes « Nha Ngi », qui signifie « chambre d’hôtes ».

En entrant, il vaut mieux demander à voir la chambre avant d’accepter de s’y installer. Pour cela, rien de plus simple : on montre ses yeux avec ses doigts. Pour éviter les mauvaises surprises, il vaut mieux toujours s’accorder sur le prix avant de passer la nuit. C’est le même principe que pour manger, on utilise sa calculatrice pour demander le prix et éventuellement essayer de négocier.

En général, on n’a jamais payé plus de 200 000 dôngs la chambre, soit 8 dollars.

 

La salle commune de la maison où nous avons eu la chance d’être accueillis le temps d’une nuit dans la province d’Hoang Su Phi. C’est là que nous avons dormi !

 

Tous les hôtels et autres homestays sont obligés de prendre nos passeports pour enregistrer nos numéros de passeport et de visa. La loi vietnamienne les y oblige. Il faut donc donner son passeport dès l’arrivée. Certains vont juste prendre en photos les informations, d’autres vont garder les passeports jusqu’au check out. A Bao Lac, nous avons payé la nuit et le lendemain matin nous avons tout simplement oublié que la dame avait gardé nos passeports. C’est plus d’une heure plus tard, sur la route, qu’on a réalisé qu’on était partis sans. Heureusement, on allait juste voir le petit village des Lolos noirs situé à une dizaine de kilomètres et on savait qu’on allait forcément repasser par Bao Lac le jour même ou le lendemain.

En arrivant dans une petite homestay à Dong Van, on n’était pas encore habitués à devoir donner nos passeports directement. Ce n’était que notre deuxième nuit de road trip. La dame qui nous recevait ne parlait pas un mot d’anglais. Elle s’est mise à faire des gestes qu’on a mis beaucoup de temps à comprendre. Elle montrait son visage avec ses mains, puis mettait ces dernières en coupe qu’elle ouvrait et refermait. Elle essayait juste de mimer un passeport… Devant notre incompréhension, elle a fini par prendre un livre et a désigné son visage. On a enfin compris et on a été étonné, alors qu’elle devait recevoir des étrangers régulièrement, qu’elle n’ait pas juste appris le mot passport en anglais…

 

 

 

PARTIE 4 : QUELQUES ANECDOTES ?

 

#1 Inondation

Arrivés à Cao Bang, nous avons rapidement compris que l’attraction principale de la province était la cascade de Ban Gioc. Il s’agit d’une cascade qui marque la frontière entre la Chine et le Vietnam, elle est donc à cheval sur les deux pays ! C’est d’ailleurs la quatrième plus grande cascade située sur une frontière nationale après les chutes Victoria, du Niagara et d’Iguaçu. Nous avons donc décidé d’inclure les chutes dans notre road trip à Cao Bang. En arrivant dans un petit village à seulement 2 km de la cascade, nous nous sommes installés pour la nuit dans une petite homestay. Le village, enfoncé dans une vallée, était entouré d’une petite rivière et donc accessible uniquement par un pont.

En parlant avec les locaux, il apparaît que la homestay est en fait commune à l’ensemble du village. Les habitants se relaient pour s’occuper des visiteurs. Ainsi, nous étions les seuls à y passer la nuit, excepté un autre touriste coréen. Ce système nous a beaucoup plu parce qu’il incluait de prendre les repas dans la maison d’une famille du village.

Durant la nuit, un violent orage a éclaté. La pluie tombait tellement fort que l’eau ruisselait sur nous à travers le plafond ! C’était un véritable déluge, qui n’a pris fin qu’au matin. Lorsque je suis sortie sur la terrasse, j’ai eu la surprise de constater que le pont et la route que nous avions empruntés hier avaient complètement disparu ! Engloutis sous des trombes d’eau. La petite rivière qui coulait tranquillement la veille encore avait débordé et était sortie de son lit, créant un immense torrent puissant d’eau boueuse. La homestay était entourée d’eau, et le courant semblait si intense que nous n’avons pas tenté de traverser à pied. De l’autre côté, quelques villageois assemblés nous ont fait des signes de la main.

Les toilettes étaient en fait situées au rez-de-chaussée tandis que nous dormions à l’étage ; heureusement d’ailleurs ! Il était tout simplement impossible d’accéder aux toilettes, le niveau de l’eau avait tellement augmenté qu’elles étaient inondées jusqu’à environ 1,50 m de hauteur ! C’était la première fois que nous assistions à un tel spectacle et nous avons été impressionnés de voir à quel point les éléments pouvaient se déchaîner. Nous étions prisonniers de notre homestay.

 

Pendant la crue

 

Après la crue

 

Cette situation pour le moins inhabituelle a changé nos plans. Coincés par la crue, nous avons dû prendre notre mal en patience et attendre environ quatre heures que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir enfin rejoindre le reste du village, en pataugeant tout de même dans la boue. Sur notre petit îlot, nous avons été surpris de voir à quel point le paysage avait changé après seulement une nuit d’orage. Les dégâts n’ont pas eu l’air d’être trop conséquents, heureusement. La famille chez laquelle nous avons déjeuné avait pu mettre en sûreté les meubles du rez-de-chaussée au premier étage. Une fois que le niveau de l’eau a baissé, les villageois ont uni leurs efforts pour dégager le pont et la route de toute la boue accumulée.

On a pu finalement sortir en début d’après-midi et aller voir la fameuse cascade ! Sur les photos que nous avions vues, les chutes sont magnifiques. Il s’agit de la plus grande cascade du Vietnam, dont les eaux sont censées être d’un bleu presque surnaturel. Pour nous, le spectacle a été beaucoup moins photogénique que ce qu’on pensait… Les eaux de la cascade étaient marrons, boueuses, et il avait tellement plu que le flot était plus important que la normale. Une bruine s’échappait des chutes et rendait toute prise de photo quasiment impossible, ou alors il aurait fallu noyer son appareil dans l’opération. On aura vu cette cascade sous un jour que personne ne montre !

 

#2 Les freins qui lâchent

Voilà une histoire qui confirme le fait que conduire au Vietnam peut devenir vraiment dangereux ! Alors que nous roulions depuis plusieurs jours déjà, nous avons décidé d’emprunter une route à flanc de montagne. Après une longue montée, il a bien fallu redescendre et les freins de la moto ont été tellement sollicité qu’ils ont tout simplement arrêté de fonctionner alors que nous nous engagions dans une nouvelle pente. Heureusement, Thibaut a réussi à arrêter la moto grâce au frein au pied avant qu’on ne prenne trop de vitesse. On a eu une peur bleue, et par chance l’incident est survenu à quelques mètres seulement d’un garage situé au beau milieu de nulle part. Une chance pour nous !

Nous avons réussi tant bien que mal à expliquer au mécanicien qu’il devait vérifier les freins en les lui désignant du doigt. Personne ne parlait anglais, évidemment. Après quelques minutes, il a enfourché la moto et l’a conduite un peu pour vérifier que tout était en ordre, et nous avons pu repartir. Au Vietnam, il faut savoir que quasiment tout le monde a des connaissances en termes de mécanique. En cas de panne ou de pneu crevé, il est très facile de trouver de l’aide rapidement, même au milieu de nulle part !

 

#3 Aller en Chine pour une minute

Dans la province d’Hà Giang, la route principale passe parfois très près de la frontière de la Chine. Nous avons pu, à plusieurs reprises, apercevoir les montagnes de la Chine, qui sont tout à fait similaires à celles du Vietnam soit dit en passant ! Au détour d’un virage, Thibaut n’a pas pu résister : on ne se trouvait qu’à quelques mètres de la frontière ! Il a donc décidé d’aller voir de plus près, et de passer les quatre rangées de barbelés qui séparent les deux pays. Une fois de l’autre côté, il est tombé sur ce panneau très rassurant.

 

Le panneau du côté chinois…

 

Il était bien décidé à continuer, mais le bruit d’une voiture à l’approche l’a fait détaler de peur de se faire prendre. On ne plaisante pas avec les autorités chinoises…

 

#4 Conjonctivite et côte cassée

Oui, le road trip à moto a failli virer à la catastrophe !

Après trois jours de route, j’ai commencé à avoir mal à l’œil droit. Je ne portais pas de lunettes de soleil pour protéger mes yeux sur la moto, et c’est probablement ce qui a causé l’infection. Entre le vent, la poussière et la pollution, il est facile de se blesser, ce dont je n’avais pas conscience en partant évidemment. Lorsque la conjonctivite s’est déclarée, nous étions à Lung Cu, à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise et donc au beau milieu de nulle part ! Pas de médecin ni de pharmacie dans les environs… Avec un œil rouge et purulent, il fallait pourtant faire quelque chose. Il a donc fallu soigner ça de manière naturelle, à l’aide d’eau minérale, de sel et de jus de citron vert… Heureusement, en quelques jours c’était fini.

Pour Thibaut, ça a été une autre expérience. Après une chute malheureuse près de Cao Bang, il s’est carrément cassé une côte ! Nous avons malgré tout continué le road trip, parce qu’il n’y avait pas grand chose à faire à part attendre que l’os se ressoude de lui-même. Conduire avec une côte cassée, c’est possible ! Apparemment, c’est douloureux aussi, surtout quand la route n’est pas lisse…

 

#5 Rencontres sur la route

Le voyage à moto a grandement permis de faciliter les rencontres avec les locaux. Les arrêts photos ont souvent poussé les gens des abords à venir nous parler. C’est de cette façon que nous avons pu être invités à manger et dormir, ou juste à voir l’intérieur de maisons traditionnelles. Devant un paysage impressionnant, c’est toute une famille de Vietnamiens qui s’est arrêtée et nous a offert des épis de maïs fraîchement grillés. Un peu plus loin, nous avons croisé un groupe d’enfants qui avaient l’air d’attendre un bus… Ils se sont précipités vers nous, intrigués de nous voir là. Une petite fille a pointé du doigt notre bouteille d’eau, et nous la lui avons donnée. Elle a fait gentiment boire tous les enfants du groupe les uns après les autres.

Nous avons aussi croisé beaucoup de motards aux cargaisons parfois insolites… La moto reste un moyen rapide pour transporter des marchandises telles que des sacs de riz ou des animaux. Nous avons vu bon nombre de cochons vivants littéralement ficelés à l’arrière des motos ou encore des cages remplies de poules, de poussins ou de canards.

 

Une cargaison un poil déséquilibrée…

 

Certains villageois étaient aussi trop pauvres pour pouvoir acheter une moto et marchaient donc simplement sur le bord de la route. Parfois, les femmes portaient leurs bébés à l’aide d’un foulard noué dans le dos. D’autres fois, elles avaient une sorte de panier en rotin ou en plastique pour transporter des marchandises, notamment les jours de marché. Nous nous sommes souvent arrêtés pour les prendre en photo, toujours en demandant la permission.

 

Une Hmong avec son panier en plastique

 

 

BILAN

Ce road trip dans le nord du Vietnam reste l’un des souvenirs les plus forts de notre voyage. On a vu des paysages tous plus splendides les uns que les autres, on a rencontré des gens d’une générosité sans pareille, on a appris qu’on pouvait quasiment tout dire juste avec des gestes et des sourires… C’est une expérience que nous recommandons à tous ceux qui souhaitent vivre une expérience forte et sortir des sentiers battus. Être motorisé confère une liberté quasiment sans limites. Il faut juste garder une chose à l’esprit : ce n’est pas la destination qui importe, mais bien le voyage en lui-même !

 

 

Vue sur le col de Ma Pi Leng

 

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