COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

C’est à bord d’un train au départ d’Oulan-Oudé que nous contemplons pour la première fois les eaux bleu profond du lac Baïkal. Cette immensité tranquille, qui constitue la plus grande réserve d’eau douce du monde, nous en rêvions depuis plusieurs semaines déjà. Maintenant que ses berges se dessinent enfin derrière les vitres du train et que nous apercevons les pics décharnés des montagnes sibériennes qui le bordent, nous savons que nous touchons au but.

Voyager en Sibérie ne paraît pas chose aisée, pourtant nous l’avons fait sans rencontrer de difficultés particulières. Après avoir quitté la Mongolie et traversé la frontière, c’est en bus que nous avons rejoint Oulan-Oudé, la capitale de la Bouriatie située à une centaine de kilomètres à l’est du Baïkal. Avec un visa de trente jours seulement, nous sommes obligés de faire des choix et la capitale bouriate ne fait pas partie des villes que nous allons visiter. C’est malheureux, mais c’est seulement après une nuit et un passage rapide à la tête monumentale de Lénine que nous reprenons la route. Irkoutsk, située de l’autre côté du Baïkal, près de sa rive ouest, nous servira de point de départ vers le lac.

C’est donc depuis ce train qui nous emmène doucement de l’autre côté du mythique Baïkal que nous découvrons pour la première fois sa surface tranquille. La voie ferrée suit sa rive sud sur un peu plus de deux-cents kilomètres ; pour en profiter, nous avons choisi d’effectuer le voyage de jour. Si le temps se gâte au-dessus du lac, l’amoncellement de nuages noirs ne suffit pas à ternir ses couleurs ni l’impression de calme qui se dégage de ce paysage surréaliste – le Baïkal est en effet réputé pour la transparence de ses eaux. Captivés par sa beauté, nous ne voyons pas les heures passer.

Notre arrivée à Irkoutsk interrompt notre rêverie. Nous ne passerons que deux jours à visiter la ville ; c’est le lac qui captive notre attention, et tout particulièrement l’île d’Olkhon. Située au milieu du Baïkal, elle est le centre du monde sacré pour les chamans. S’y rendre n’est pas évident : le seul moyen est d’emprunter une route longue de plusieurs heures, puis un ferry.

Il nous faudra une journée entière pour rejoindre Khoujir, la ville principale de l’île. Entassés dans un mini-van, le paysage défile, monotone. Les tons bruns des steppes et les arbres dénudés nous rappellent que l’automne s’est installé sur ces terres désolées de Sibérie. Après la traversée en ferry, il n’y a plus de route goudronnée ; ce ne sont plus que des sentiers cahoteux qui jalonnent l’île et c’est au bout de l’un d’entre eux que se dessine enfin Khoujir. Avec moins de 2000 habitants et seulement quelques dizaines d’habitations, il faudrait parler d’un village plus que d’une ville.

Le village de Khoujir

Sur la plateforme Couchsurfing, nous avons pris contact quelques jours auparavant avec Sergeï, le sonneur de cloches. Sa maison est située juste à côté de l’église orthodoxe, en haut d’une colline qui surplombe les autres habitations et les rives du Baïkal. Son accueil est chaleureux et c’est avec surprise que nous emménageons dans une isba qui nous est réservée. Sergeï a la bonté de mettre à la disposition des voyageurs de passage une petite maison qu’il a construite en face de la sienne et qu’il a affectueusement baptisée Philoxenia, « amour de l’étranger » en grec.

Après les longues heures de route, poser nos sacs le temps d’une semaine est loin d’être déplaisant. La maison est confortable, composée de deux pièces pourvues de plusieurs lits, d’une cuisine équipée et d’une douche. Comble du bonheur, il y a même un lave-linge ! Les toilettes sont situées à l’extérieur, au fond d’un terrain où vivent les chèvres élevées par la famille. Pour nous qui venons de passer près d’un mois au beau milieu des steppes mongoles sans aucun confort, c’est le grand luxe.

Les premiers jours, nous prenons le temps de découvrir le village et ses isbas, les maisons en bois traditionnelles russes. Le paysage environnant ressemble justement à la Mongolie que nous venons de quitter. D’un côté, ce sont les steppes dénudées qui s’étendent à perte de vue, de l’autre c’est ce lac omniprésent qui emprisonne la baie de Khoujir. De toute part, la vue est dégagée et nous offre un panorama à couper le souffle. Le village donne une impression d’inachevé : ses maisons inclinées de part et d’autre des chemins de poussière pourraient s’effondrer sans que personne ne s’en étonne.

Il n’y a qu’un supermarché et quelques commerçants ; l’approvisionnement est difficile, et le trajet long pour rejoindre le continent. L’omoul, le poisson endémique du Baïkal en voie d’extinction, est présent sur toutes les tables.

Si le sentiment d’isolement est déjà fort en automne, il faut s’imaginer la vie sur l’île en plein hiver, alors que le lac est prisonnier des glaces. Cette étendue mouvante, impressionnante, rythme la vie du village ; ses cycles alternant gel et dégel montrent le passage des saisons. Le climat, encore doux en ce mois d’octobre, refroidit à mesure que l’hiver se rapproche. Bientôt, les habitants n’arpenteront plus les chemins de terre qu’emmitouflés. Bientôt, les flaques de boues qui recouvrent les allées se figeront en plaques de verglas. Bientôt, les cristaux de glace prendront l’assaut du plus grand lac de Russie.

Pour notre hôte, qui a vécu plusieurs années à Paris, la vie sur Olkhon permet de se ressourcer et de retourner à l’essentiel. Cette vie, il l’a choisie. De ses mains, il a bâti la maison dans laquelle il a installé sa famille. Il travaille d’arrache-pied, tous les jours, pour améliorer leur confort et pour aider la communauté de Khoujir.

Ce n’est que notre deuxième expérience de Couchsurfing, et nous ne pouvions pas espérer mieux ! Sergeï est en effet un homme hors du commun. Ce polyglotte a beaucoup voyagé, et c’est d’ailleurs à Paris qu’il a rencontré sa femme Anastasia. Il maîtrise parfaitement le français, tout comme l’anglais, l’allemand, le grec et le russe. La théologie et la foi occupent une place prépondérante dans sa vie, et c’est après des études de philosophie qu’il a choisi de se retirer quelques temps dans un monastère orthodoxe du Mont-Athos, en Grèce.

Lors de notre première soirée en sa compagnie, Sergeï nous régale de ses récits de voyage à travers le monde et de sa soif de découvertes et de connaissances. Après plusieurs années de vadrouille et sa retraite monacale, il retourne à Moscou avec sa femme, Anastasia, et apprend l’existence de l’île d’Olkhon. Une veuve d’Irkoutsk a entrepris d’y construire une petite église orthodoxe. Intrigués, ils décident de s’y rendre.

A leur arrivée sur l’île, l’électricité venait tout juste d’être installée. Les conditions de vie étaient rudes, dignes de la vie qu’on peut se représenter en Sibérie. Sergeï s’est rapidement mis au travail et a construit une isba russe tout en bois, spacieuse et confortable. Après plusieurs années de labeur, il a même installé à l’étage deux chambres d’hôtes pour accueillir les touristes qui souhaitent visiter l’île. Doué de ses mains, il a également construit une aire de jeux près de l’église, sur les falaises qui surplombent l’eau. Si le plus gros est terminé, il reste néanmoins quelques menus travaux à réaliser.

Lors de notre semaine auprès de Sergeï et des siens, nous essayons d’aider du mieux que nous pouvons. Goudronner un toit pour le rendre hermétique, repeindre un mur, isoler les citernes d’eau situées en contrebas de la maison, les petites tâches sont nombreuses. Nous cuisinons aussi pour nos hôtes, pour leur rappeler la cuisine française qu’ils connaissent déjà. Sergeï a une nouvelle obsession : transformer le terrain aride qui entoure sa maison en jardin agréable et verdoyant. La tâche ne s’annonce pas simple considérant la rudesse du climat et la dureté du sol. Il faut commencer par aplanir le dénivelé et préparer la terre, pour l’instant stérile. Ce travail lui prendra plusieurs années, mais nous ne doutons pas qu’il réussira.

Pour nous remercier, nous sommes invités à passer plusieurs soirées dans le banya que Sergeï a, encore une fois, construit de ses mains. Au bout du terrain, il vient de terminer l’installation de l’électricité dans le petit cabanon en bois. Apparus pour la première fois au XVIe siècle, les banyas restent une tradition importante dans la vie des russes. Si ces bains sont censés être publics, il n’est pas rare aujourd’hui que des particuliers – comme Sergeï – possèdent leur propre banya. C’est la première fois que nous découvrons cette sorte de sauna et que nous expérimentons le bain russe !

Constitué de deux salles, le banya construit par Sergeï a beaucoup de charme. Il nous rappelle les petits chalets de bois qu’on trouve à la montagne. La première pièce est une sorte d’antichambre. Elle est pourvue d’un banc pour se relaxer ainsi que d’une petite table où est servi le thé. Il y fait déjà très chaud étant donné que le poêle en brique s’alimente de ce côté. Une pile de bûches est ainsi stockée dans un coin. Le sauna en lui-même est situé dans la seconde salle. Après avoir versé une louche d’eau froide sur le poêle, il s’en dégage un nuage de vapeur très agréable. Pour en profiter, nous nous asseyons sur les bancs de bois et attendons, détendus. On se délasse tandis qu’au-dessus de nous l’aiguille du thermomètre avance doucement pour dépasser les 60°C.

Traditionnellement, le banya russe consiste non seulement à prendre un bain de vapeur, mais aussi à se fouetter la peau à l’aide de branches de bouleau. Les propriétés de ce « massage » énergique sont nombreuses ; il doit activer la sudation et la circulation sanguine tout en nettoyant la peau. Sceptiques, nous n’osons pas nous servir du venik, le balai de bouleau séché. La coutume veut aussi, après le bain, qu’on crée un choc thermique en se roulant dans la neige. Il y a effectivement un seau d’eau froide qui nous attend. Frileuse, je n’ose pas y plonger ne serait-ce qu’un doigt tandis que Thibaut se le verse entièrement dessus…

Il arrive que les habitants de Khoujir se jettent dans les eaux glacées du Baïkal pour achever leur bain russe en beauté. Sergeï nous montre ainsi, à l’occasion d’un goûter, des photos de lui en train de s’immerger dans un trou creusé dans la couche de glace. D’après la légende, se baigner dans le lac porterait chance. Au mois d’octobre, la température de l’eau dépasse rarement les 5°C, nous passerons donc notre tour.

Notre hôte n’a pas fini de nous étonner. Alors que les soirées en sa compagnie s’enchaînent, c’est tout naturellement qu’il nous invite à la messe qui aura lieu dans l’église si chère à son coeur. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir l’intérieur de la petite bâtisse, ni d’entendre les cloches. Le lieu de culte, entouré d’une palissade, est surmonté d’un toit bleu et de deux clochers à bulbes caractéristiques, couronnés de deux croix dorées. Sergeï a demandé à un de ses amis peintres de décorer l’intérieur de fresques tandis que lui-même a fait venir des icônes du Mont-Athos.

Ce matin-là, le vent s’est levé sur l’île d’Olkhon et c’est transis de froid que nous arrivons aux abords de l’église. Sergeï est déjà là pour nous accueillir. Sous sa barbe noire, il ne se départit pas de son sourire. Les cloches, au nombre de six, sont situées juste à l’extérieur de l’église et retenues par trois poteaux en bois. Bientôt, Sergeï s’empare des cordes et le tintement métallique retentit. Du haut de la colline, le son descend vers le village et résonne dans les allées poussiéreuses. Les notes s’élèvent et s’emmêlent pour se perdre sur l’étendue d’eau. Derrière nous, les fidèles se rejoignent dans la paroisse.

Quelques minutes plus tard commence l’office. Le chœur s’emplit rapidement de la ferveur des croyants et tous joignent leur voix à celle du prêtre. Nous nous éclipsons après un moment pour laisser la place aux pratiquants. L’église est très petite et ne peut pas accueillir plus d’une douzaine de personnes. Comme tous les lieux de culte orthodoxes, elle possède une iconostase derrière laquelle se tient le prêtre et qui est décorée d’icônes. D’autres ont aussi été rassemblées sur des étagères. L’Eglise orthodoxe russe fait en effet la part belle aux icônes, qui sont à la fois des représentations des saints et des objets de vénération. Après la chute de Constantinople en 1453, la Russie est devenue le principal foyer de production de peintures d’icônes dans le monde orthodoxe. Très croyant, Sergei nous a par ailleurs offert une carte représentant la mère de Dieu souveraine, Derjavnaïa, enroulée dans son châle rouge. L’église de Khoujir lui est dédiée et, d’après Sergeï, elle protège l’île.

C’est sa foi qui l’a conduit jusqu’ici. Il a su apprivoiser la terre aride de l’île enserrée par le lac pour en faire son foyer. Pendant une semaine, nous avons eu la chance de partager son quotidien et de profiter du calme d’Olkhon. Nous restons néanmoins curieux de la vie au milieu du Baïkal gelé en hiver. « C’est un miracle » répond Sergei. « Se lever et découvrir une étendue de glace à ses pieds, c’est un vrai miracle » ajoute-il.

Un jour, nous reviendrons voir ce spectacle de nos propres yeux.

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Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot

Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot

 

Kep et Kampot sont deux villes situées sur la côte sud du Cambodge, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière vietnamienne.

Leur réputation tient à deux produits locaux : le poivre et le crabe. Le poivre de Kampot, cultivé dans la région, est considéré comme l’un des meilleurs du monde. Quant à Kep, elle est réputée pour son crabe bleu, et son marché aux crabes propose d’ailleurs une spécialité alliant ces deux produits : le fameux crabe bleu cuisiné dans la sauce au poivre de Kampot. Un pur régal !

Outre ses spécialités culinaires, la région nous a attirés aussi pour son patrimoine bâti, qui n’est que peu mentionné. Et pour cause, il a totalement été abandonné !

 

 

 

Kep, station balnéaire déchue

La ville de Kep est très particulière dans le sens où elle porte encore les stigmates de l’histoire.

Lors de la colonisation, en 1908, les Français créent la petite ville de Kep-sur-Mer. D’immenses villas y sont bâties pour que les colons puissent s’y reposer loin de l’agitation de Phnom Penh. Dans les années 1950, cette élite française se réunit pour faire de Kep la plus prestigieuse station balnéaire du Cambodge. Cette dernière est rénovée dans les années 1960 par le roi Norodom Sihanouk. Cependant, après la décolonisation de l’Indochine, les villas sont abandonnées. Les Français quittent le Cambodge en laissant derrière eux tout ce qu’ils y avaient bâti.

 

 

Une villa délabrée de Kep

 

 

Quelques années plus tard, en 1975, la ville est prise par les Khmers Rouges. L’un de leurs objectifs est d’effacer tout ce qui se rapporte au souvenir de la colonisation française. A l’instar des bâtiments coloniaux rasés dans les grandes villes, comme la Banque nationale du Cambodge à Phnom Penh, le quartier des villas de Kep est entièrement détruit.

La ville offre aujourd’hui une impression des plus singulières. Le quartier des villas reprend le plan de la plupart des villes coloniales créées ex-nihilo : des rues en quadrillage régulier et géométrique avec de très grandes avenues bien larges et de nombreux terrains entourés de murs avec portails majestueux donnant sur les avenues. Sauf qu’aujourd’hui, derrière les palissades, il ne reste plus rien. Nous déambulons dans ces rues désertiques à l’allure de ville fantôme.

 

 

 

Les palissades devant des terrains vides

 

 

Dans d’autres parties de Kep, certaines villas n’ont pas été détruites et sont aujourd’hui occupées par des squatteurs qui vivent dans ces quasi ruines. D’autres sont recouvertes de graffitis au milieu de la végétation et n’engagent pas vraiment à l’exploration. Au sein du parc national de Kep, on peut aussi trouver le long du chemin de randonnée un petit hôtel laissé là à la mort de son propriétaire.

 

 

Une villa habitée mais non restaurée…

 

 

Depuis quelques années, Kep se réveille doucement, ses nouveaux habitants ayant investi une sorte de petit centre-ville sur le bord de mer. Les élégantes villas côtières abandonnées sont cependant les témoignages de la décolonisation et de la fureur destructrice de la dictature. En s’y baladant, l’impression qui se dégage est tout de même celle d’une ville de film d’horreur à moitié habitée.

 

 

Des graffitis sur une villa abandonnée

 

 

Kampot et le parc national du Bokor

A quelques dizaines de kilomètres de là, un scénario similaire s’est joué sur le plateau du Bokor. Le plateau est situé à une quarantaine de kilomètres de Kampot, il faut parcourir une longue route de montagne pour y accéder.

En arrivant au sommet, on peut encore voir debout les restes d’un petit village français comportant notamment une église catholique. Le Bokor devait, dans les années 1910, accueillir une station de santé.

 

 

Quelques bâtiments abandonnés sur le plateau

 

 

C’est le Résident supérieur Baudouin qui est à l’initiative du projet de sanatorium, qu’il modifie finalement au profit de la construction d’un hôtel, véritable palace art Déco. Le problème est qu’à cette époque, le plateau de Bokor est inhabité et aucune route ne permet d’y accéder. Les travaux de construction débutent en 1917, et la route est achevée en 1919. L’hôtel, appelé Bokor Palace, est inauguré en 1925. On estime le nombre de morts pour achever les travaux compris entre 900 et 2000 forçats, ce qui provoque un véritable scandale.

La station climatique est toutefois un échec commercial. Les températures basses – le plateau est souvent plongé dans le brouillard – devaient permettre aux colons français de profiter d’un climat plus doux sans avoir à rentrer en métropole. Cependant, les bâtiments sont à rénover régulièrement en raison des intempéries. La station comporte, en plus du Bokor Palace, un hôtel plus modeste, une usine, un bureau de poste et de télégraphe, ainsi que la villa du Résident supérieur.

 

 

 

Les ruines de la demeure du Résident supérieur

 

 

L’église catholique est consacrée en 1928. En 1936 est construite en briques et en bois noir une résidence pour le roi du Cambodge Sisowath Monivong.

 

La demeure du roi

 

Un bâtiment faisant partie du domaine du roi ?

 

 

La station est abandonnée une première fois dans les années 1940, pendant la guerre d’Indochine. Elle est complètement incendiée et la villa du Résident supérieur du Cambodge est détruite.

Le Bokor est reconstruit par le roi Norodom Sihanouk après l’indépendance du pays. La nouvelle station est inaugurée en 1962. La demeure du roi Monivong est transformée en mairie, un château d’eau et un hôtel comprenant une salle de jeux sont construits en 1962. C’est la première fois que le plateau accueille un casino. Une rumeur voudrait que le Bokor Palace ait été un casino, mais elle est en fait infondée. Une police des jeux est installée à cette occasion.

En 1970, la station est fermée après le coup d’Etat qui renverse Norodom Sihanouk. Les Khmers Rouges s’emparent du site en 1972. En 1979, les troupes vietnamiennes entrent pour libérer le pays de l’oppression et s’emparent du Bokor Palace tandis que les partisans de Pol Pot se retranchent dans l’église catholique durant plusieurs mois. Ce n’est qu’en 1993 que sont finalement chassés les derniers rebelles du site, en faisant l’un des derniers bastions khmers rouges.

Aujourd’hui, on peut visiter la plupart des bâtiments historiques, en mauvais état mais toujours debout.

 

 

Maison abandonnée

 

 

L’église dissimulée dans la brume offre une impression particulière, un peu glauque. On peut rentrer dans certaines maisons recouvertes par la végétation, et même dans l’un des anciens hôtels. Lorsque la brume se dissipe, une vue magnifique sur le littoral s’offre à nos pieds.

 

 

La vieille église

 

 

La vue depuis le sommet du plateau

 

 

En ce qui concerne le Bokor Palace, il est longtemps resté tel quel, soumis aux intempéries et au temps qui passe avant d’être finalement restauré dans les années 2010. La station du Bokor a en effet été concédée au groupe Sokimex par le gouvernement cambodgien pour 99 ans. L’objectif de cette société est de créer un nouveau Bokor. L’hôtel a donc été entièrement rénové et a accueille dorénavant de nouveaux touristes. Malheureusement, tout le cachet de ce vieux bâtiment Art Déco a été enseveli sous les couches de ciment. Il ne reste plus grand chose de ce qui faisait le prestige de la station climatique française.

 

 

Le nouveau « Bokor Palace »

 

 

L’atmosphère surannée et mystérieuse qui entourait les ruines de la station d’altitude et faisait son charme n’est plus. Une ville nouvelle est en construction, comprenant aussi des hôtels et un casino, et devant faire du Bokor le nouveau lieu touristique « à la mode ».

 

 

La ville en construction

 

Le château d’eau, un vieil hôtel abandonné et un nouvel hôtel en face

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

Le Vietnam est un pays multiethnique et multiconfessionnel complexe. Il compte 54 ethnies reconnues par le gouvernement, mais on en inventorie environ 75. Les Viêt, également appelés Kinh, constituent l’ethnie majoritaire du pays et représentent 86 % de la population totale du Vietnam. Les 53 autres sont donc minoritaires, et 30 à 40 % d’entre elles vivent dans les montagnes du nord.

Aujourd’hui, toutes ces ethnies cohabitent en harmonie. Les minorités ne représentent que 14 % de la population totale du Vietnam, mais elles occupent les deux tiers de la superficie du pays. Si les Viêt vivent principalement sur les côtes et les plaines, les ethnies minoritaires occupent les montagnes et toute la frontière ouest du pays. En s’éloignant des villes côtières et en partant à moto dans les provinces de Hà Giang et Cao Bang, nous avions toutes les chances de découvrir ce large éventail d’identités culturelles puisque les minorités y représentent 80 % de la population.

 

 

PARTIE 1 : PREMIER APERÇU GRÂCE AU MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DU VIETNAM

 

Notre premier arrêt à la découverte des ethnies du Vietnam s’est fait à Hanoï. Le musée d’ethnographie du Vietnam y a en effet été inauguré en 1997, en présence de Jacques Chirac. La France a participé activement au financement du musée à hauteur de 2,4 millions de francs et l’architecture intérieure a été réalisée par une architecte française.

Le musée se divise en trois parties. La première que nous ayons visitée est l’espace d’exposition permanent, qui présente les 54 ethnies du Vietnam. C’est bien sûr la partie qui nous intéressait le plus et qui justifiait notre venue. Des objets de la vie quotidienne sont exposés ainsi que des habits traditionnels, des outils, des portraits et même des maisons reconstituées. L’espace est très beau, mais on s’y perd vite : chaque ethnie est présentée de manière détaillée, il est impossible de tout retenir ! Les informations sont indiquées en trois langues : vietnamien, anglais et français. Sont présentées les façons de vivre, de pêcher, cultiver, l’architecture, les vêtements, etc., mais aussi les origines ethniques, les dialectes parlés, la répartition géographique, la population… Le musée est très complet.

On peut donc retenir que les ethnies du Vietnam sont divisées en cinq groupes linguistiques : les Austronésiens, les Austroasiatiques, les Tay-Kadaï, les Sino-Tibétains et les Miao-Yao. Certaines minorités sont très faciles à identifier en raison de leurs vêtements, mais pour beaucoup la tâche n’est pas forcément évidente. La plupart des hommes que nous avons vu portaient des vêtements occidentaux, alors que les femmes étaient souvent en habits traditionnels.

En général, les vêtements sont confectionnés à la main. Une femme peut passer plusieurs mois voire plusieurs années à les réaliser, comme c’est le cas des femmes Lo Lo qui mettent des mois à broder des motifs sur leurs vestes. Ces habits permettent de montrer l’appartenance au clan et de préserver leur identité culturelle. D’ailleurs, la plupart des minorités sont connues sous des noms désignant la couleur de leurs vêtements, comme les Hmong noirs ou fleur, les Dao rouges, les Lo Lo noirs ou bariolés, etc. Les techniques de fabrication ne sont pas les mêmes d’une ethnie à une autre, tout comme les couleurs et les motifs utilisés.

Le deuxième espace d’exposition est situé à l’extérieur : il s’agit d’un immense parc dans lequel sont exposées dix maisons aux architectures différentes. Certaines minorités privilégient les maisons sur pilotis, d’autres les habitations de plain-pied ou encore avec des murs en terre battue, des toits de tuiles ou de chaume, etc. Selon la région et le type de terrain, chacune s’adapte et crée ses spécificités. Les maisons présentées sont toutes très impressionnantes, et on peut entrer dans toutes pour visiter l’intérieur à condition d’enlever ses chaussures.

 

Une maison traditionnelle dans le jardin du musée

 

Enfin, le troisième espace est dédié à l’Asie du Sud-Est de manière plus générale. Cet espace a été construit plus tardivement que le reste du musée puisqu’il a été inauguré en 2013. Ce n’est pas la partie qui nous intéressait le plus, nous n’y avons fait qu’un tour rapide, le reste étant déjà très long à visiter.

En plus du musée en lui-même, il faut souligner que l’établissement est également un centre de recherches.

 

Notre road trip nous a mené dans la région nord, à la frontière de la Chine, où vivent principalement les minorités Hmong, Dao, Nung, Tay, Lo Lo et La Chi. On l’a vite compris, les ethnies du Vietnam sont nombreuses et chacune a une façon de vivre et un dialecte qui lui sont propres, mais aussi des traits communs avec les autres. Leurs différences contribuent à la diversité culturelle du pays. Aujourd’hui, les particularités de chaque groupe ethnique sont considérées par le gouvernement vietnamien comme un faire-valoir permettant de développer le tourisme. Il faut donc faire preuve de prudence lorsque l’on souhaite aller dans les villages des minorités, comme on l’expliquera en racontant notre expérience chez les Lo Lo !

 

Les Hmong

Les Hmong vivent principalement dans les hauteurs et forment un peuple de montagnards. Leurs ressources principales proviennent de l’agriculture. Les Hmong pratiquent notamment la technique du brulis et cultivent le riz et le maïs ainsi que des légumes. Ils possèdent également des animaux d’élevage, notamment des buffles et des chevaux pour le travail dans les cultures. L’artisanat est très présent dans les communautés, et les Hmong sont notamment réputés pour le travail du chanvre.

 

Des Hmong dans un champ de maïs avec un buffle et une charrue

 

On compte plusieurs groupes de Hmong, qui se distinguent selon la couleur de leurs vêtements : Hmong blanc, noir, vert, fleuri, rouge… Les femmes portent une jupe ample assorti d’un corsage ouvert. Chaque groupe a ses propres codes vestimentaires.

 

Une jeune Hmong sur le marché de Dong Van

 

Une Hmong Fleur au marché de Vinh Quang

 

Les Hmong croient aux génies et obéissent à plusieurs hiérarchies. La hiérarchie du lignage veut que chaque lignée soit soumise à l’autorité d’un chef. Les Hmong ne sont d’ailleurs pas autorisés à se marier s’ils appartiennent à la même lignée. La seconde hiérarchie est liée au lieu d’habitation, chaque Hmong faisant partie d’un hameau doit respecter les règles de celui-ci mises en place par le chef du village.

Au cours de l’histoire, le peuple Hmong a souvent été amené à se révolter contre le gouvernement vietnamien ainsi que les autorités coloniales, mais il s’est aussi régulièrement associé aux occidentaux. Lors de la colonisation, les Français ont encouragé les Hmong à produire de l’opium qu’ils taxaient afin de financer l’administration française. De nombreux Hmong se sont aussi engagés dans l’armée française pour partager leur connaissance des régions montagneuses du Vietnam. Pendant la guerre du Vietnam, des Hmong ont été également recrutés par la CIA pour combattre les Viet Minh.

 

Des Hmong sur le marché de Dong Van

 

 

Les Dao

Venus de Chine, les Dao se divisent en de nombreux groupes locaux ayant chacun leurs particularités culturelles. C’est l’ethnie des Dao rouges que nous avons rencontrée. Nous avons séjourné dans leur petit village situé dans les hauteurs près de la commune de Thong Nguyen, dans le district d’Hoang Su Phi.

Les Daos vivent principalement dans les localités montagneuses du nord du Vietnam. On y dénombre quelque 700 000 individus. Ils vivent de la culture de céréales, principalement le millet, le maïs et le manioc, et pratiquent également la pêche, la chasse et l’élevage d’animaux.

Les femmes Dao rouges portent un pantalon et une tunique teints à l’indigo, serrés par une ceinture, avec des bordures rouges. Pour les hommes, un pantalon teint à l’indigo retenu par une ceinture ainsi qu’une veste courte et ouverte pour le haut constituent les habits traditionnels, mais il faut savoir que les vêtements varient là encore selon les groupes.

 

Une dao à tunique longue

 

Une dao au marché de Dong Van

 

Les Dao pratiquent le culte des ancêtres mais sont fortement influencés par le Taoïsme. Ils possèdent également leurs propres coutumes matrimoniales. C’est la femme qui, une fois mariée, vient rejoindre la famille de son mari. Ce dernier doit, avant le mariage, séjourner dans la famille de sa fiancée pour y travailler gracieusement.

La maison dao dans laquelle nous avons dormi n’avait rien de traditionnel puisque toute en béton. Elle était néanmoins située au sommet de magnifiques rizières en terrasses. En temps normal, les maisons dao sont construites soit sur pilotis, soit à même le sol, dépendant du terrain.

Malheureusement, nous avons passé une nuit dans un village dao rouge mais nous n’avons vu personne en tenue traditionnelle.

 

 

Les Lo Lo

Les Lo Lo constituent une toute petite minorité du Vietnam comptant environ 4000 personnes. Ils vivent principalement dans les provinces d’Hà Giang et de Cao Bang. Nous avons vu les Lo Lo bariolés près de la commune de Lung Cu, le point le plus septentrional du Vietnam, et les Lo Lo noirs près de Bao Lac. Seuls leurs costumes les distinguent, autrement ils parlent la même langue et ont les mêmes croyances. Ce sont d’ailleurs les autres ethnies qui les appellent noirs ou bariolés, en référence à leurs vêtements.

Les femmes Lo Lo noires portent une jupe noire et une veste noire aux manches colorées, appelée lolo. C’est cet habit traditionnel qui a donné son nom à la minorité. Les Lo Lo bariolés portent quant à eux des pantalons indigos et des vestes de couleurs vives.

 

Des femmes Lo Lo à la source du village

 

Le village des Lo Lo noirs où nous avons eu la chance d’être accueillis était constitué de maisons en bambou sur pilotis. Sous la maison, à même le sol, se trouvaient les animaux et de gros sacs de riz. C’est l’espace qui semble servir de lieu de stockage. L’étage est une vaste pièce dans laquelle on trouve le foyer, un autel dédié aux esprits et à Hô Chi Minh ainsi que deux petites chambres à l’arrière. A l’avant, chaque maison est pourvue d’une grande terrasse.

Les Lo Lo vivent de la culture du riz et du maïs, et ils élèvent également des animaux. Lors de notre passage, nous avons vu notamment des poules, des vaches et des cochons.

Les jeunes Lo Lo sont libres de décider avec qui ils souhaitent se marier. Il est de bon augure de demander à un couple d’entremetteurs d’arranger le mariage, pour que la présence d’un couple déjà marié assure le bonheur familial. C’est l’oncle de la future mariée qui reçoit les offrandes apportées par le jeune homme. La tradition veut que ce soit toujours l’oncle qui ait un pouvoir de décision dans la famille Lo Lo.

Lors de rites importants dédiés aux ancêtres et aux obsèques, les Lo Lo utilisent des tambours de bronze, censés connecter le monde des vivants et celui des esprits. Après un décès, la famille du défunt organise la danse de l’esprit afin de guider son âme vers ses ancêtres.

 

 

Les La Chi

C’est tout au nord du Vietnam, dans le petit village appelé Ban Phung, que nous avons découvert cette minorité. Le village est situé à quelques kilomètres seulement de la Chine, et nous a paru très isolé, enfoncé comme il l’est dans les montagnes. Pour y accéder, il faut conduire sur une route en terre à flanc de montagnes et de rizières en terrasses magnifiques pendant une quinzaine de kilomètres. Le village est situé tout au bout. Il est divisé en huit petits hameaux, soit perchés soit nichés en contrebas des rizières. Tout comme les Hmong et les Dao, les La Chi sont les auteurs de magnifiques rizières en terrasse, ils façonnent les montagnes pour cultiver le riz.

 

Vues sur les rizières en terrasses et les maisons des La Chi

 

Le paysage est très impressionnant, malheureusement les La Chi, nous l’avions déjà évoqué ici, ne nous ont pas réservé un accueil des plus chaleureux. Timides voire méfiants, nous n’avons pu parler qu’à quelques personnes dans le village. Les autres, y compris les enfants, ne voulaient pas vraiment nous regarder ni être pris en photo.

On a pu immédiatement remarquer leurs habits sobres. Les La Chi portaient tous un vêtement de couleur indigo constitué d’une longue tunique, d’une ceinture, d’un pantalon et d’une coiffe pour les femmes. Les hommes portent eux aussi des habits foncés.

 

Une jeune La Chi dans les rizières

 

D’une population dépassant à peine les 11 000 individus au Vietnam, les La Chi forment une toute petite ethnie, mais ils se distinguent par leurs pratiques funéraires. Sur les flancs des montagnes entourant les hameaux, il est possible de voir des tiges de bambou plantés à la verticale dans le sol et surmontés d’une tête de buffle. Ces cannes marquent en réalité les tombes des La Chi. Lorsqu’un membre de la communauté meurt, sa famille se doit de lui offrir un buffle en sacrifice. La tête du buffle est plantée sur une tige de bambou et placée devant la tombe. Cette tradition provient d’une croyance particulière : pour les La Chi, le défunt part dans un autre monde, où il aura besoin d’un buffle pour labourer la terre et s’enrichir. En se promenant autour des hameaux, il est possible d’apercevoir de nombreuses cannes surmontées de têtes de buffles.

 

Les cannes surmontées de têtes de buffles

 

 

Les Nung

Là encore, nous avons déjà mentionné les Nung et leur incroyable artisanat dans cet article. Nous nous sommes arrêtés voir leurs villages dans la province de Cao Bang et les fameux couteaux et autres outils agricoles fabriqués par leurs soins alors que nous nous rendions aux chutes de Ban Gioc.

Les villages des Nung sont généralement divisés en petits hameaux. Chaque hameau comporte quelques dizaines de maisons. La plupart de celles que nous avons vu avaient des toits de tuiles et ne comportaient qu’un étage. Autour s’étendaient des champs à perte de vue, surtout de maïs. Les Nung sont en effet de grands agriculteurs, vivant principalement de la culture du riz, du maïs, du millet, de fruits et légumes variés, ainsi que d’artisanats divers.

 

Une ruelle du village des Nung près de Cao Bang

 

La langue parlé par les Nung appartient au groupe linguistique Tay-Thai. C’est le troisième langage le plus parlé de ce groupe, derrière les langues des Tay et des Thai. On dénombre environ 1 million de Nung au Vietnam. En Chine, les Nung sont reconnus sous le nom de Zhuang avec l’ethnie Tay dont ils sont très proches.

L’habit traditionnel des Nung est fabriqué à partir d’indigo, symbolisant la loyauté. Il a été rendu célèbre par Hô Chi Minh qui le portait lors de son retour au Vietnam en 1941. Nous n’avons vu aucun Nung le porter lors de notre passage dans les villages de Cao Bang.

 

Des femmes Nung au marché de Vinh Quang

 

 

Les San Chay

Les San Chay sont moins de 200 000 individus vivant principalement au nord-est du Vietnam. Ils se divisent en deux groupes parlant deux langues différentes, l’une proche du dialecte Han et l’autre similaire au Tay.

Ils vivent dans des régions montagneuses très reculées et pratiquent la culture sur brulis. Leurs habits traditionnels sont sobres. Les femmes portent une longue tunique ainsi qu’une coiffe de couleur noire avec des bordures rouges.

 

Des femmes San Chay au marché de Bao Lac

 

Les San Chay pratiquent le culte des ancêtres. Chaque lignage a ses propres coutumes et vénère un génie spécifique. C’est le père qui est le chef de famille. Les règles matrimoniales sont particulières. C’est la famille du marié qui doit organiser le mariage, mais la mariée vit avec ses parents. Elle ne part s’installer chez son mari qu’après avoir eu des enfants.

 

 

 

PARTIE 2 : LES MARCHÉS INTERETHNIQUES

 

Les marchés du nord du Vietnam sont hauts en couleurs. Certains sont très touristiques, d’autres moins voire pas du tout. Dans tous les cas, ils réunissent des minorités descendues des montagnes dans le but d’acheter et de vendre. La plupart sont fièrement parées de leurs habits traditionnels, qui se mélangent joyeusement. Ces moments passés à nous balader dans les marchés, au milieu des étals et des négociateurs, nous ont semblé presque hors du temps.

Nous avons eu l’occasion d’aller à trois marchés : celui de Dong Van, celui de Vinh Quang et celui de Bao Lac. Ils n’ont pas tous lieu les mêmes jours de la semaine, il faut donc se renseigner.

Le troisième, celui de Bao Lac, est celui qui nous a le moins plu. Certes, il y avait les fameux Lolos noirs, descendus de leurs petits villages perchés dans les montagnes, mais nous avons trouvé le marché petit, moins coloré que celui de Dong Van et moins agréable parce que situé de part et d’autre d’une large route. Le marché de Bao Lac se tient tous les cinq jours selon le calendrier lunaire. Notre tour en a été assez rapide.

 

Des Lo Lo au marché de Bao Lac

 

En revanche, aller voir les marchés de Dong Van et de Vinh Quang a été une expérience incroyable et hors du commun. Ces marchés se tiennent tous les dimanches matins.

Le marché de Dong Van est le lieu de rassemblement de nombreuses ethnies, notamment les Hmong, pour la plupart habillés en vêtements traditionnels. Nous n’avons croisé qu’une petite poignée de touristes venus comme nous se perdre dans les étals. Le marché est immense, en faire le tour nous a pris environ deux heures, surtout que nous nous sommes arrêtés souvent pour prendre des photos des étals et parfois des locaux s’ils étaient d’accord. La plupart ne prêtait pas vraiment attention à nous, on est bien loin des marchés touristiques où on se fait alpaguer toutes les minutes. Nous avons plutôt croisé des regards curieux à notre égard, ce qui nous a montré qu’on était vraiment hors des sentiers battus. A Vinh Quang, c’était pareil, sauf que nous n’avons croisé qu’un seul couple de touristes comme nous. Les minorités étaient également bien présentes, notamment les Hmong Fleuris qui nous ont captivé avec leurs vêtements roses.

 

Une Hmong Fleur sur le marché de Vinh Quang

 

 

Récit : Dong Van et les animaux

Partout, des petits groupes négocient pour acheter ou échanger des produits. Contemplatifs, on s’arrête souvent les regarder et on assiste à des scènes plus ou moins étranges. Ici, cinq femmes en tenue traditionnelle de couleur bleue tiennent une conversation animée avec un vieux monsieur qui vend des bijoux. Là, un homme échange deux poules qu’il tenait par les pattes à une femme qui lui tend un petit chiot en échange. L’opération ne dure pas plus d’une minute et chacun repart rapidement de son côté sans un regard en arrière.

 

L’échange du chiot contre les poules

 

Les étals mêlent fruits et légumes, jouets en plastique, outils de jardinage, street food, viande, poissons et fruits de mer… Nous nous laissons tenter par quelques beignets frits dans l’huile. C’est bien gras mais terriblement bon, avec un goût de riz.

La partie probablement la plus exotique pour nous est celle située en extérieur, là où sont vendus les animaux. Bétail, poulets, petits chiens, canards, cochons… Tous les animaux sont rassemblés là dans des tourbillons d’odeur nauséabonde et de cris en tous genres. Se promener dans cette section est moins agréable : on marche dans la fange et la boue, il faut éviter les vaches, et les effluves qui se dégagent sont pour le moins fortes et dérangeantes. C’est pourtant là qu’on passe le plus de temps, fascinés que nous sommes devant ce spectacle.

 

Quelques cochons sur le marché de Dong Van

 

A nos pieds, des dizaines de petits canards se dandinent près de poules attachées les unes aux autres par les pattes. On les regarde longuement. On n’a jamais vu de poules entravées de cette façon. Par groupe de cinq ou six, elles sont étendues sur le ventre et forment un cercle au milieu duquel toutes leurs pattes sont réunies. On les appelle gentiment des « bouquets » de poules, mais au fond on a mal pour elles, les pauvres.

En pataugeant un peu dans la boue, on s’approche d’un vieux monsieur un peu plus loin qui est entouré de petits chiots attachés en laisse. J’essaye de discuter avec lui pour savoir combien coûte un chiot. On sait à quoi ils sont destinés, et malheureusement ils ne deviendront pas de bons petits animaux de compagnie, mais plutôt du ragoût. J’aimerais en sauver un, mais une fois acheté il faudrait le garder avec nous. Evidemment, ce n’est pas possible. Le monsieur ne parle pas un mot d’anglais. Il lève la main et me montre quatre doigts. Je n’arrive pas à saisir s’il me dit qu’un chien vaut 40 000 ou 400 000 dôngs. J’allume mon téléphone et lui désigne la calculatrice, mais il ne semble pas comprendre. Je repars frustrée de l’échange, et je ne sais toujours pas combien vaut un chiot…

Derrière les chiots sont vendus des vaches, des veaux et des buffles. Ce sont de jeunes garçons qui s’en occupent. Ils les tirent ça et là par des cordes pour les montrer à de potentiels clients.

 

La vente d’une vache – Dong Van

 

La section réservée aux animaux se termine avec les cochons allongés dans la boue, dans une cage en métal toute tordue posée à même le sol. Un homme s’approche et désigne le plus gros. On comprend qu’il souhaite l’acheter. Intrigués, nous nous plaçons sur le côté de manière à voir comment l’échange va se passer. C’est une scène dont on se souviendra longtemps tant elle nous aura fendu le cœur. L’acheteur possède une cage en fer, qu’il pose par terre quelques mètres plus loin. Le vendeur sort le cochon de la cage commune en le tirant par les oreilles et en lui donnant des coups de pied pour le forcer à avancer. Le cochon hurle, ses cris aigus nous percent les oreilles. Après d’interminables minutes, l’animal est mené devant la cage de l’acheteur. Là, une autre partie de l’opération débute : il faut le faire rentrer dans cette nouvelle cage, qui nous semble beaucoup trop petite. Là encore, des coups et des cris. Le cochon est frappé sans cesse jusqu’à ce qu’il soit complètement rentré dans la cage. On ne sait pas comment il respire, il a l’air tellement à l’étroit dedans. On pensait en avoir fini mais non, l’impensable se produit : l’acheteur désigne un autre porc. On regarde attentivement, on a du mal à y croire. Comment vont-ils en faire rentrer un deuxième ? On a déjà tellement mal au cœur en voyant ce pauvre cochon tout serré dans sa petite cage métallique… L’acheteur n’a visiblement pas peur d’en faire rentrer un second. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ça a été physiquement possible. Les deux hommes sont bien décidés à les placer ensemble dans la même cage. L’un se met devant le cochon et lui attrape les oreilles tandis que le second se place derrière pour le pousser avec ses pieds. Le porc hurle de toutes ses forces, il se débat. Mais la force unie des hommes finit par l’emporter et, petit à petit, il est poussé à l’intérieur de la cage aux côtés du premier porc. On regarde jusqu’au bout, entre horreur et hébétude.

Une fois que les deux cochons sont dans la cage, vient le moment de les transporter. L’acheteur revient quelques instants plus tard avec sa moto, qu’il gare juste devant. Les bourrelets des porcs dépassent des barreaux, on se demande s’ils ne vont pas suffoquer avant d’arriver à destination. La cage est tellement lourde qu’il faut plusieurs hommes pour la hisser sur l’arrière de la moto, et celle-ci manque de tomber plusieurs fois avant d’être enfin stabilisée. Comment va-t-il réussir à conduire dans les montagnes avec tout ce poids à l’arrière ? Il n’a pas l’air de s’en inquiéter, il doit être habitué. C’est vrai que nous avons vu souvent passer des motos avec des cochons vivants harnachés derrière le conducteur…

Cette scène pour le moins cruelle nous a permis de comprendre que les Vietnamiens ont peu de considération pour les animaux vivants. Pour eux, ce sont des vivres, de la nourriture et rien de plus. D’ailleurs, nous avons aussi vu une vieille dame acheter un porcelet et le placer directement dans un sac de jute pour le transporter. Une autre culture et une façon différente de voir les choses…

 

 

Vinh Quang

Dans le district de Hoang Su Phi, le marché de Vinh Quang a été une belle découverte. Différent de celui de Dong Van, il réunit d’autres ethnies, toujours vêtues de leurs vêtements traditionnels. Cette fois, on peut y croiser les Hmong Fleurs avec leurs habits roses magnifiques, ou encore les Dao Rouges, tout de noir et de rouge vêtus.

 

Le marché de Vinh Quang

 

Dans l’ensemble, le marché était assez similaire à celui de Dong Van au niveau des produits vendus. On retrouve les fruits et légumes, la viande, les jouets et outils de jardinage… mais pas de bétail. Tout au fond du marché, il y avait quelques cages remplies de poussins et de canetons, mais pas de porcs ou de chiens. Quelques buffles se promenaient en liberté mais on n’a pas vraiment compris s’ils étaient à vendre ou non.

 

Scène de vie sur le marché de Vinh Quang

 

Visiter ce marché a été particulièrement agréable, on a beaucoup aimé l’ambiance et ces vêtements traditionnels qu’on n’avait encore jamais vus du côté de Dong Van et Bao Lac. Peu habitués aux étrangers, les gens ont pour la plupart refusé qu’on les prenne en photo. Une dame m’a fait cadeau de deux concombres. Elle me les a tendus et a refusé que je les lui paye, ce qui m’a beaucoup émue.

 

Des Nung sur le marché de Vinh Quang

 

Cette générosité, on l’a retrouvée à de nombreuses reprises dans le nord.

 

 

 

PARTIE 3 : HOSPITALITÉ DU NORD

 

Notre road trip à moto nous a permis d’accéder à des villages vraiment pauvres et reculés. Parfois, les gens qu’on y a rencontrés se montraient méfiants envers nous, et d’autres fois ils semblaient curieux et contents de nous voir. Jusqu’à nous inviter à boire le thé, manger ou même dormir chez eux.

 

Sur la route

On a eu le droit à des petites attentions tout le long de la route. On s’arrête prendre une photo, et c’est toute une petite famille qui sort soudain d’une voiture à l’arrêt un peu plus loin et qui s’approche de nous pour nous offrir du maïs. Nous avons mangé les épis sur le bord de la route, en regardant la vallée qui s’étendait à nos pieds.

La famille s’est montrée très intriguée par les cheveux crépus de la française d’origine rwandaise qui nous accompagnait à ce moment-là. Ils se sont tous regroupés autour d’elle pour la toucher et prendre des mèches de ses cheveux entre leurs doigts. Amusée, elle les a laissés faire un moment.

Voyager à moto nous a aussi permis de suivre de petites routes et d’atteindre des villages reculés. Les enfants se montraient en général très enthousiastes et on a eu droit à beaucoup de « hello » de leur part et de coucous de la main.

 

De jeunes Hmong dans un village

 

Dans les homestays

Pendant ce road trip, nous avons privilégié les nuits chez l’habitant. Appelées « homestays », ce sont tout simplement des locaux qui louent des chambres dans leurs maisons. Parfois, ils se montrent distants avec leurs visiteurs, et souvent ils nous ont accueillis chaleureusement.

La première nuit que nous avons passée sur la route, nous nous sommes arrêtés devant une petite homestay située tout au bout d’un village. Nous étions six, trois couples de français. La dame qui nous a ouvert ne s’attendait pas à recevoir autant de monde d’un coup. Elle nous a montré les deux chambres du rez-de-chaussée et s’est empressée de monter à l’étage en préparer une troisième. Depuis la terrasse, elle nous a crié « I love you! » tellement elle était contente d’accueillir autant de personnes d’un coup et de pouvoir gagner un peu d’argent. Le soir, nous nous sommes installés autour d’une table à l’extérieur, et elle est partie nous chercher des bières. Les deux petites filles de la maison semblaient au départ très impressionnées de voir autant d’étrangers chez elles. Bien vite, elles ont perdu toute timidité et ont passé la soirée à jouer avec nous avec un tableau et des craies. Elles ont dessiné et nous avons essayé de leur apprendre quelques mots d’anglais et de français. Le papa les a finalement rejoint en riant et est resté un long moment avec nous. Une belle soirée passée en leur compagnie…

Dans le village de Thong Nguyen, nous avons vécu une expérience similaire. Notre hôte dao rouge a eu la gentillesse de nous inviter à dîner avec sa famille et lui. Un repas de fête qu’on a pris au-dessus d’un magnifique paysage de rizières en terrasses qui s’étendait au pied de la maison.

 

La vue depuis la maison de M. Kinh près de Thong Nguyen

 

Dormir chez les gens ?

Nous avions entendu beaucoup de choses sur le fait d’être accueillis pour la nuit chez des Vietnamiens. Apparemment, ce n’est pas possible à moins que l’hôte enregistre le visiteur étranger au commissariat le plus proche. Nous avons passé plusieurs nuits chez des gens sans être enregistrés et nous n’avons pas eu de problèmes. Norme ou coup de chance ? On ne sait pas mais l’expérience a été incroyable.

Lors de notre balade dans le village des Lo Lo noirs avec un autre couple de français rencontré la veille, nous avons été invités par plusieurs villageois à prendre le thé dans leurs maisons. Après avoir vu l’intérieur de plusieurs habitations en bambou et bu beaucoup de ce thé très amer, une femme nous a invité à venir chez elle. Elle nous a offert à déjeuner, puis à dîner et a fini par nous proposer de rester dormir.

Nous avons passé une partie de la soirée à jouer aux cartes avec son fils et, le lendemain, avons fait un arrêt dans son école. S’en est suivie une partie de volley avec quelques élèves et les professeurs. Après quelques minutes à écouter le cours, nous sommes finalement repartis pour ne pas gêner la classe. Nous étions assis tout au fond et les élèves n’arrêtaient pas de se tourner vers nous pour nous regarder !

 

La partie de volley avec les petits Lo Lo

 

Pour ceux qui ont regardé l’émission « Rendez-Vous en Terre inconnue », c’est bien dans ce village que le joueur de rugby Frédéric Michalak a eu la chance de séjourner.

 

C’est probablement du côté de Hoang Su Phi que nous avons vécu les rencontres les plus intenses et attachantes. Là encore, nous avons été invités à prendre le thé dans quelques maisons de villages reculés. En suivant une route chaotique en terre pendant deux heures, nous avons rencontré un jeune homme qui nous a invité chez lui nous reposer quelques instants et boire le thé. Il nous a même proposé de fumer le bang et nous a montré des photos de son bébé sur son téléphone. Il semblait vraiment content d’accueillir deux étrangers pour quelques instants.

Enfin, l’un des moments les plus forts de notre voyage a aussi été complètement inattendu. En conduisant sur une route qui longeait des rizières, on a décidé de s’arrêter prendre une photo. Nous n’étions qu’à quelques pas d’une grande maison traditionnelle en bambou, et nous avons aperçu deux dames qui nous observaient par la fenêtre. Après quelques échanges de sourires, elles nous ont fait signe de rentrer les voir. Le grand-père s’est chargé de la visite de la maison, il nous a montré quelques photos de famille. De fil en aiguille, ils nous ont invité à prendre une collation – du thé accompagné de concombres salés – puis à dîner avec eux et à passer la nuit.

On a passé une soirée très agréable en leur compagnie. Aucun ne parlait anglais bien sûr, mais avec des gestes on s’est compris. Il y avait les grands-parents, leur fille et son mari, et leur petite-fille. La fillette ne devait pas avoir plus de 3 ans, et elle avait l’air terrifiée par la grosse barbe de Thibaut. Elle a passé son temps à crier à chaque fois qu’elle le voyait. On lui a donné des gâteaux et ça a eu l’air d’aller mieux. Pour le dîner, on a eu droit à des bols de riz bien sûr, mais aussi du canard, tué spécialement pour l’occasion, et des sortes de courgettes. On a pu assister à toute la préparation du repas, et ils ont refusé tout net notre aide lorsqu’on a voulu les aider à faire la vaisselle.

Ces soirées passées en compagnie d’inconnus ont été pour nous les plus magiques. Même avec la barrière de la langue, il était tout à fait possible de communiquer. Le grand-père a bien rigolé alors que nous observions le moindre de ses gestes lorsqu’il préparait le canard. Nous avons pris des photos tous ensemble et essayé de dire nos âges respectifs en vietnamien. Nous avons montré des photos de nos maisons sous la neige et ils ont tous regardé en se faisant passer nos téléphones. Une bien belle soirée…

 

 

 

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Notre road trip dans le nord du Vietnam nous a conduit sur des sites dont l’histoire est très intéressante. Entre palais, prison ou encore artisanat local, nous avons découvert des petites merveilles cachées dans les régions d’Hà Giang et de Cao Bang. Petit tour d’horizon.

 

 

LE PALAIS DU ROI HMONG

Situé dans la vallée de Sà Phìn, le palais fortifié du roi Hmong est un ouvrage architectural à ne pas manquer.

La demeure est construite entre 1919 et 1928 et déclarée en 1993 vestige d’art architectural national pour ses valeurs historiques et culturelles remarquables.

 

L’entrée du palais

 

Histoire

A partir de la fin du XVIIIe siècle, l’ethnie Hmong établit sa domination sur le nord de la province vietnamienne, tout près de la frontière chinoise. C’est la famille Vương, du clan Huang, qui s’impose au pouvoir dans les districts de Dong Van et Meo Vac, position approuvée par la dynastie Nguyễn.

Durant la période coloniale, les Français souhaitent maintenir leur emprise sur ce territoire frontalier de la Chine. Pour s’allier avec cette ethnie, ils reconnaissent Vương Chính Đức roi des Hmong en 1900. Le roi se révèle un fidèle allié des Français, les aidant notamment à réprimer la rébellion d’une tribu locale. Il reçoit même le titre de Général de l’Armée française.

Alors que l’opposition du peuple vietnamien à la colonisation s’accroît, le roi est contraint d’adopter une position plus neutre. Suite à son décès en 1944, c’est son fils Vương Chú Sển qui lui succède et prend le pouvoir. Il change radicalement de position vis-à-vis de la collaboration avec les français puisqu’il décide de s’allier à Hô Chi Minh en faveur de l’indépendance du Vietnam.

 

Architecture

Sur une superficie totale de 1120 m2, le palais se compose de quatre bâtiments reliés par des ailes latérales, formant trois cours intérieures carrées. Chaque maison s’élève sur deux étages. On compte environ soixante pièces comprenant des chambres, des cuisines, des dépendances et la célèbre cave à opium. Le tout est entouré d’un mur d’enceinte de deux mètres de hauteur, conférant à la structure un air de forteresse.

 

Vue sur l’une des cours intérieures depuis le second étage

 

Le palais est un subtil mélange entre principes architecturaux chinois et ornements traditionnels des Hmong. Les matériaux qui ont servi à sa construction – principalement la pierre et le bois – proviennent des deux pays, à la fois du plateau de Dong Van ainsi que du Yunnan, la région située au sud de la Chine et frontalière du Vietnam.

 

Vue depuis l’intérieur de la cour

 

La demeure a été bâtie selon des principes de géomancie utilisés dans l’architecture chinoise, notamment durant la dynastie des Qing (1644-1911) et que l’on retrouve dans de nombreuses maisons du sud de la Chine. Ces principes visent à déterminer le meilleur emplacement et la meilleure orientation possibles pour un bâtiment. En l’occurrence, le géomancien a choisi un terrain entouré de montagnes, la chaîne située derrière le palais rappelant un mur destiné à protéger la demeure et les deux montagnes devant symbolisant la prospérité.

En se promenant dans le palais, on peut observer de nombreux motifs sculptés, notamment sur les colonnes : dragons, chauve-souris, phénix… Ces animaux symbolisent la longévité et la prospérité de la famille royale. Il a fallu dépenser 150 000 pièces d’argent, soit l’équivalent de 150 milliards de dôngs vietnamiens (environ 5,5 millions d’euros) pour construire le palais. Exceptés les murs porteurs qui sont en pierre, le reste est en bois précieux, des planchers aux cloisons en passant par les colonnes.

 

 

 

LA TOUR DU DRAPEAU DE LUNG CU

Il s’agit d’une tour emblématique dans la région de Hà Giang, tant pour sa position géographique – elle constitue le point le plus septentrional du Vietnam – que pour ce qu’elle symbolise : la souveraineté nationale du pays.

Elle culmine à 1700 m au sommet du mont le plus élevé de la commune de Lung Cu, la montagne Rông, qui signifie littéralement « dragon ». Plusieurs légendes se disputent l’origine de ce nom. Pour les Lolos, un dragon aurait atterri sur la montagne et aurait fait cadeau aux villageois de ses yeux, qui se seraient alors transformés en deux lacs. Il est dit que ces lacs ne s’assèchent jamais, et l’on peut les voir depuis le sommet de la tour.

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Pour les Hmong, « Lung Cuu » signifie « vallée de maïs », parce que le maïs est la seule plante cultivée dans la région.

Une autre légende prend racine au temps de la dynastie Tây Sơn. En 1789, après sa victoire contre la Chine, l’empereur Quang Trung aurait ordonné l’installation d’un tambour géant en bronze au sommet de la montagne. Toutes les deux heures, les soldats frappaient trois fois sur le tambour pour affirmer l’intégralité territoriale du pays. Ainsi, certains pensent que Lung Cu dérive de « Long Co », qui signifie littéralement « tambour du roi ».

Quelle que soit la légende que l’on retient, la tour est un symbole national sacré qui fait la fierté des Vietnamiens. Elle est un emblème de la souveraineté du Vietnam face au géant chinois. Le drapeau qui ondule tout en haut de son mât est gigantesque : 54 m2 (9 m x 6 m) pour représenter les 54 ethnies du Vietnam.

Historiquement parlant, il faut revenir au XIe siècle pour comprendre l’origine de la tour : le commandant en chef Lý Thường Kiệt est le premier à faire construire un mât pour marquer la souveraineté territoriale de son pays.

Le mât a été reconstruit à plusieurs reprises, la dernière datant de 2010. Pour y accéder, il faut d’abord grimper 389 marches jusqu’à la tour, puis les 140 marches de l’escalier en colimaçon à l’intérieur de celle-ci. Au sommet, une vue époustouflante sur les rizières en terrasse et les villages ethniques s’étend à perte de vue, jusqu’à la Chine.

 

La vue depuis le haut de la tour

 

 

 

L’ANCIENNE PRISON DE CANG BAC ME

Ce site, situé à quelques kilomètres de la commune de Yên Phù, était à l’origine un poste militaire français, construit pour contrôler la route reliant les trois provinces de Hà Giang, Cao Bang et Tuyen Quang. En 1938, les Français le convertissent en prison afin d’y enfermer les révolutionnaires vietnamiens qui luttent pour l’indépendance de leur pays. En 1942, la prison est abandonnée.

 

L’entrée de la prison

 

Aujourd’hui, on peut toujours voir la tour de guet et les différentes salles de la prison. Le tout est entouré d’un mur de pierre de 190 mètres de long. Si certains bâtiments ont été restaurés au début des années 2000, la majorité sont en ruines. Exceptées quelques plaques qui indiquent en vietnamien la fonction de certains bâtiments, il n’y a aucune explication, le site semble délaissé.

 

Bâtiments en ruine

 

Nous avons passé un bon moment à déambuler au milieu des ruines, et nous sommes même montés tout en haut de la tour de guet. Nous étions seuls sur le site, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’il est extrêmement difficile à trouver. Sur la route, il n’y a aucune indication, aucun panneau. L’ancienne prison est loin d’être mise en valeur, et c’est bien dommage parce qu’il se dégageait des ruines une atmosphère quelque peu romantique et mystérieuse.

 

Les anciennes cellules

 

 

 

LA STÈLE COMMÉMORATIVE DE MA PI LENG

Le col de Ma Pi Leng est l’un des quatre plus hauts cols du nord et surnommé « Roi des cols » du Vietnam. D’une longueur de 24 km, ce n’est pas le col le plus long mais il atteint les 2000 m d’altitude et appartient au Parc géologique du Plateau calcaire de Dong Van, reconnu depuis 2010 comme membre du Réseau global des parcs géologiques (GGN). La route de Ma Pi Leng a été classée site national en 2009.

Selon la langue locale, (le quan-hoa, qui est un idiome chinois), Ma Pi Leng signifie « nez du cheval », allusion aux flancs abrupts et périlleux des montagnes et au fait que les chevaux qui empruntaient le col arrêtaient de respirer. Jusque dans les années 1960, le seul moyen de transport possible pour passer le col est le cheval. La passe de Ma Pi Leng est réputée être ainsi la plus dangereuse du Vietnam.

Au centre du col se situe le canyon de Tu San, au fond duquel on peut voir couler la rivière Nho Qué. C’est le canyon le plus profond du Vietnam et de toute l’Asie du Sud-Est avec ses 800 mètres de profondeur pour une longueur de moins de deux kilomètres.

En 1959 commencent les travaux de la route. Plus de 20 000 volontaires des ethnies du nord du Vietnam unissent leurs efforts pendant cinq ans afin de relier sur 200 km la ville de Hà Giang aux districts de Dong Van et Meo Vac, en passant par le col de Ma Pi Leng sur une vingtaine de kilomètres. Après l’achèvement de cet ouvrage extraordinaire, la route du col de Ma Pi Leng prend le nom de Hanh Phuc, qui signifie « route du bonheur ». C’est un nom bien choisi car cette route permet d’améliorer grandement la vie des locaux, de faciliter la communication et les échanges entre les villes enfin reliées.

Pour commémorer le sacrifice des jeunes bâtisseurs, une stèle a été installée sur le col. Les conditions de vie durant la construction étaient en effet très précaires avec des températures parfois négatives, le manque d’eau, et la nécessité de se suspendre au-dessus du vide sur les parois rocheuses…

 

La stèle en haut du col

 

La stèle en pierre représente un groupe de cinq personnages en costume traditionnel. On peut voir deux femmes et trois hommes, chacun brandissant un outil : une pioche, une lanterne, un maillet, une pelle et une sorte de bouquet de fleurs. Ce sont des constructeurs dont les regards convergent tous vers le même point lointain. Au-dessus d’eux flotte un énorme drapeau gravé de la faucille et du marteau communiste. Sur la base de la stèle ont été gravées des scènes sur chacun des côtés, représentant des décors de montagnes avec des familles réunies et des animaux.

 

Vue de face

 

La route du col de Ma Pi Leng est l’une des plus belles que nous ayons empruntées au Vietnam. Avec ses lacets à flanc de montagne, elle est assurément très impressionnante et les paysages qu’elle offre sont splendides tout du long.

 

 

 

LES MONTAGNES JUMELLES DE QUAN BA

Ces monts ne sont situés qu’à une quarantaine de kilomètres de la ville de Hà Giang, ce qui en a donc fait notre premier arrêt. Il s’agit de deux montagnes calcaires qui constituent une caractéristique unique du plateau de Dong Van en ce qu’elles évoquent la forme de deux seins.

D’un point de vue géologique, ces montagnes jumelles résultent d’un processus d’érosion des roches calcaires ayant eu lieu il y a plusieurs millions d’années. Chaque mont occupe une surface de 3,6 hectares.

Selon les habitants de la région, ces montagnes sont issues d’une légende qui se transmet de génération en génération. La fée Hoa Dao tomba éperdument amoureuse d’un jeune homme Hmong qui jouait du Dan Moi, un instrument de musique en bambou traditionnel. Elle quitta alors le Ciel pour se marier avec lui, sans le dire à l’Empereur du Ciel. Le couple eut un fils, mais l’Empereur, furieux, envoya sa cour chercher la fée. Avant de partir, la fée Hoa Dao laissa ses seins sur terre pour s’assurer que son enfant ne manque pas de lait maternel. Grâce à elle, son fils a pu être bien nourri et s’est changé en un homme fort et vigoureux. Plus tard, les seins de la fée furent transformés en deux montagnes, appelés dorénavant « Montagne doublée de fée ». La légende dit que grâce à son lait, la région est devenue très fertile et possède des récoltes abondantes de céréales, de légumes et de fruits.

Il est dit aussi que les larmes que la fée Hoa Dao a versé au moment de quitter sa famille ont formé le fleuve Mien.

 

Les montagnes de Quan Ba (au centre)

 

Malheureusement pour nous, il ne faisait vraiment pas beau lorsque nous sommes passés voir les montagnes. Une brume opaque recouvrait le paysage et il pleuvait, d’où la photo de piètre qualité qui ne reflète en rien la beauté du lieu.

 

 

 

LES COUTEAUX DES NUNG

Dans la province de Cao Bang, la route qui mène aux célèbres chutes de Ban Gioc nous a conduit dans une série de petits villages appartenant à la commune de Phuc Sen. Ces hameaux sont réputés dans tout le nord du pays pour leurs ateliers de forgerons et leur production de couteaux d’excellente qualité. Plus de 150 familles vivent de la forge dans la commune de Phuc Sen. Elles sont réparties sur six hameaux, la commune en comptant dix. Leur savoir-faire se transmet depuis des centaines d’années. Si les couteaux sont les plus réputés et suffisamment tranchants pour couper les os des carcasses, les forgerons fabriquent également des outils agricoles tels que des marteaux ou des faucilles.

Nous nous sommes arrêtés le temps d’une après-midi pour les rencontrer et les observer travailler. Nos pas étaient rythmés par les coups de marteau frappés sur les enclumes qui résonnaient dans les ruelles. En nous baladant dans le hameau, nous avons trouvé une immense forge où tout le minerai est stocké.

 

Le minerai d’acier

 

L’acier est chauffé dans un four pour être transformé en lamelles de plusieurs mètres de longueur. La rumeur veut que les Nung utilisent des matériaux récupéré, notamment l’acier des ressorts de suspension de voitures d’occasion. Personnellement, nous n’en avons pas vu mais peut-être que c’est effectivement le cas dans d’autres hameaux que celui que nous avons visité.

 

Les lamelles de métal

 

Une fois les lamelles froides, elles sont de nouveau chauffées à blanc pour être passées à la presse et étirées. Un homme vient ensuite les charger sur sa moto pour les distribuer dans les différents ateliers du village.

 

Les lamelles sont chauffées pour être passées à la presse à gauche

 

Là, le forgeron pèse ce dont il a besoin puis coupe sa lamelle pour obtenir les dimensions appropriées à la lame qu’il va fabriquer.

 

La pesée

 

L’acier est chauffé au rouge puis martelé sur une enclume à l’aide d’un marteau. Chez les Nung, le manche en bois est fabriqué en dernier.

 

Le martelage sur l’enclume

 

Les couteaux sont ensuite vendus tout le long de la route. Il est possible de s’arrêter pour étudier les différents modèles et tester les lames. Certains forgerons vendent directement leur production devant chez eux tandis que certains vendeurs n’ont pas d’atelier et semblent récupérer les couteaux ailleurs dans le hameau pour les revendre.

 

Les couteaux prêts à être vendus

 

 

 

En racontant notre expérience de road trip, nous avions surtout évoqué les paysages magnifiques dont regorge le nord du Vietnam. Il ne faut pas oublier que les régions frontalières de la Chine ne sont pas que paysages sublimes. Un road trip peut conduire sur de très beaux sites historiques ou dont l’identité culturelle est forte. Ces arrêts sont vraiment à ne pas manquer ! Les traditions, monuments et légendes des ethnies du Nord peuvent donner une tout autre vision du Vietnam.

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