Cat Ba : une déception ?

Cat Ba : une déception ?

Il est 8h du matin lorsque nous accostons enfin dans le port de Cat Ba. Le trajet a été long depuis notre départ de Cao Bang la veille, jusqu’à Haiphong où nous avons pris le bateau. On y est enfin, la plus célèbre baie du monde nous attend. Notre excitation ne tarde pourtant pas à retomber dès le premier pied posé sur l’embarcadère. Des immeubles, des chantiers, des touristes… On se retrouve au milieu d’un flot humain qu’on n’attendait pas sur cette île de la baie d’Along. 

La ville de Cat Ba et son port

 « Ah… Il y a du monde… » murmure Thibaut à côté de moi, les yeux écarquillés face à l’ampleur de la ville. En nous baladant, on se rend vite compte qu’on a atterri dans un Disneyland géant. Des hôtels, des restaurants, des spas… La ville entière semble avoir été conçue uniquement pour accueillir des touristes. Notre marche est ponctuée ici et là des « motorbike ! » que nous lancent les Vietnamiens désireux de nous emmener faire un tour sur leurs motos. 

Les immeubles de Cat Ba

 Ce n’est pas vraiment l’image qu’on se faisait de la plus grande île de la baie d’Along. Classé Réserve mondiale de biosphère en 2004 par l’UNESCO, l’archipel de Cat Ba abrite plus de 3860 espèces animales et végétales, dont certaines en voie d’extinction. Notre déception est donc grande alors que nous découvrons une île en construction.Partout poussent d’immenses hôtels en béton. Il est difficile de trouver un endroit où dormir au calme, sans le bruit des marteaux piqueurs qui vient résonner de bon matin dans toute la ville. A mesure que nous prenons le temps de partir à la découverte de l’île, notre sentiment s’accroît. 

L’hôtel en construction sur Cat Co 3

 On ne tarde pas à comprendre que les chantiers ne se cantonnent pas à la ville seule. Sur les plages, la côte ou même à l’intérieur du parc national, d’immenses resorts vont voir le jour. Des projets de grande ampleur destinés aux touristes. Et pour cause, plus d’un million de visiteurs se rendent chaque année sur Cat Ba. En 2011, l’île a accueilli 1,1 million de visiteurs, dont 30 % d’étrangers.Face à l’essor touristique qui s’empare de l’île, la ville de Haiphong et le groupe vietnamien Sun Group se sont unis autour d’un projet de développement touristique de Cat Ba. L’objectif est, d’ici 2020, de transformer l’île en zone d’écotourisme. L’éco-projet vise notamment à améliorer le réseau routier, le réseau d’égouts et à installer un téléphérique d’une vingtaine de kilomètres de long afin de relier les villes de Cat Ba et Cat Hai. De même, seuls des véhicules électriques seront autorisés. Le projet inclut également la construction d’un parc d’attraction, d’une gare, de trois terrains de golfe et du resort situé dans le parc national. 

Une file de véhicules électriques

 Le but poursuivi par Haiphong et Sun Group est de faire de Cat Ba un centre touristique international, attractif et pratique.Un grand centre touristique, c’est précisément ce que nous voulions éviter en choisissant Cat Ba plutôt que la classique croisière sur la baie d’Along. Accessible depuis l’île, la baie de Lan Ha est réputée moins touristique que son aînée, plus calme et authentique. Si environ 600 jonques jalonnent la baie d’Along, seulement 100 bateaux parcourent celle de Lan Ha chaque jour.Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994, la baie d’Along est considérée comme le site incontournable à visiter au Vietnam. Revers de la médaille, la baie est prise d’assaut par les touristes, accueillant jusqu’à 3 millions de visiteurs par an. Les jours d’affluence, il peut y avoir plus de 20 000 touristes dans la baie.Son succès s’explique par son paysage féérique. Constituée de plus de 1600 îles et îlots disséminés sur une eau tirant sur le vert et le turquoise, la baie d’Along a été nommée parmi les sept nouvelles merveilles de la nature en 2011. Même si ce paysage presque mystique nous faisait rêver, nous avions entendu parler d’une véritable « usine à touristes » et avons préféré opter pour la baie de Lan Ha, dont les paysages sont tout à fait similaires à Along.Depuis notre barque de pêcheur, nous avons la sensation que la baie nous appartient. Nous ne croisons qu’une poignée de bateaux pendant la journée. Notre pêcheur, avec sa petite embarcation, a aussi accès à des endroits plus reculés et isolés de la baie. Contemplatifs, nous passons plusieurs heures à observer les formations rocheuses spectaculaires posées sur l’eau calme. Sculptés par l’eau et le vent, les monts karstiques caractéristiques de la baie nous envoûtent, embrumés de leur voile de mystère. Nous dirigeons tranquillement le pêcheur, lui demandant de nous emmener dans de petits recoins formés par les rochers, et même sur une plage déserte au milieu de la baie qui sera nôtre pendant quelques heures l’après-midi. 

La baie de Lan Ha

 Malgré la beauté des lieux, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les effets bel et bien visibles du tourisme.L’impact environnemental, d’abord. Si l’on est très satisfait d’être les seuls touristes, de pouvoir prendre des photos « authentiques » et de nous sentir aventuriers sur une petite plage déserte, le constat est tout de même amer : la baie est complètement polluée. Déjà dans le port nous avions pu le voir : des déchets plastiques, des morceaux de polystyrène, des bouteilles en plastique et autres canettes de soda qui flottent, ballottés par les vagues, ou encore des flaques d’essence qui brillent dans l’eau.  

Les déchets dans l’eau du port

 Le reste de la baie n’est pas mieux. Lors de notre virée sur la plage, nous n’hésitons pas à rassembler les détritus qui y ont échoué, nombreux. Lors de notre repas au restaurant, nous voyons le serveur ouvrir un paquet de cigarettes et jeter nonchalamment l’emballage plastique dans l’eau. Impuissants, nous ne pouvons que contempler le désastre. Les bateaux de croisières et les hôtels rejettent déchets et essence dans l’eau de la baie, perturbant les écosystèmes fragiles. A Along, il faut compter en plus avec les rejets des mines de charbon situées à proximité qui viennent contaminer l’eau[1].Alors que notre journée dans la baie touche à sa fin, notre pêcheur nous guide vers l’un des villages flottants installés dans la baie. C’est l’une des particularités de la baie de Lan Ha. La petite embarcation se faufile dans les canaux formés par les rangées de maisons flottantes et nous entrons pour quelques minutes dans le quotidien de ces gens. Les enfants nous saluent depuis les petites terrasses flottantes. Une dame étend son linge à sécher. Une autre saute dans sa barque et dirige son embarcation à l’aide d’une longue rame. Les maisons sont dominées par les monts karstiques dont l’ombre commence à s’allonger à mesure que le soleil termine sa course dans le ciel. 

Un village flottant de la baie de Lan Ha

 Dans la baie d’Along, c’est un spectacle dont on ne peut presque plus profiter. En 2012, la province de Quang Ninh a pris la décision de déplacer progressivement les habitants des villages flottants vers la terre ferme. A l’origine au nombre de sept, ces villages, constitués d’environ six cents maisons flottantes, étaient habités par des pêcheurs et leurs familles. En raison de leur impact sur l’environnement et l’écosystème marin, ainsi qu’aux risques liés à leur sécurité pendant la saison des typhons, les autorités ont décidé de les retirer de la baie. Les habitants ont été déplacés sur le continent, dans une zone conçue spécialement pour eux appelée Cai Xa Cong, à environ 10 km de la ville d’Halong[2]. Le problème qui se pose est que les pêcheurs vivaient depuis des décennies sur la mer et dépendaient d’elle pour survivre. Loin de la mer et sans aucun soutien des autorités, la vie de ces gens a complètement changé.Ces dernières années, la province a cependant réalisé que le mode de vie des habitants des villages flottants présentait un caractère unique et original, qu’il fallait conserver. Les villages constituaient aussi une destination touristique attractive. Certains sont donc restés en place dans la baie d’Along, mais uniquement pour le tourisme. L’objectif est là encore de faire de ces derniers villages un pôle touristique[3].Notre impression est mitigée. Après quatre jours passés sur l’île de Cat Ba, on peut dire que le conflit entre protection et développement du tourisme est bien palpable. Dans un pays émergent comme le Vietnam, le tourisme est un pôle économique important. Mais jusqu’où ira cette course au développement ?La surfréquentation des lieux touristiques comme la baie d’Along, la construction d’infrastructures inopportunes, ou encore la mauvaise gestion des déchets finiront par poser de graves problèmes à ces sites surexploités.L’attrait principal de Cat B, outre sa proximité immédiate avec la baie d’Along, c’est aussi son parc national. Pour s’extraire un moment de l’agitation de la ville et du port, c’est l’endroit idéal où se balader. La randonnée qui serpente au sein du parc offre des points de vue éblouissants sur le reste de l’île et les montagnes de verdure qui la composent. Du haut du belvédère, un léger vent nous rafraîchit après l’heure de marche passée dans la forêt chargée d’humidité. Un énorme rocher nous permet de nous asseoir quelques minutes pour récupérer et admirer la vue qui s’étend jusqu’à la mer au dessus des monts verdoyants. 

Vue sur le parc national de Cat Ba

 Difficile d’imaginer qu’un lieu aussi préservé puisse devenir le terrain de jeu de Sun Group. Certaines parties de Cat Ba comme celle-ci sont encore empruntes de sérénité. Pourquoi venir y construire un parc d’attraction ? Ce projet ne va-t-il pas dénaturer le paysage et transformer un lieu qui se voulait calme et reposant au milieu de la baie d’Along en un temple du tourisme de masse ? Construire un hôtel dans les limites du parc national ne risque-t-il pas de mettre à mal les habitats naturels ? 

Vue sur la baie de Lan Ha et les chantiers de construction

 Autant de questions que l’on se pose et qui n’obtiendront réponse que dans quelques années après l’aboutissement des différents chantiers. Même si le projet de Sun Group et d’Haiphong se veut écologique, il semble illusoire de penser qu’un ouvrage de si grande ampleur n’aura pas d’impact sur la faune et la flore, aussi bien marines que terrestres de l’île. A titre d’exemple, l’île de Cat Ba est le refuge d’une espèce de singe en danger critique d’extinction, le semnopithèque de Cat Ba. Chassés massivement dans les années 1970 et 1980 pour la médecine traditionnelle, on ne compte aujourd’hui plus qu’une cinquantaine d’individus[4]. Refaire le réseau routier à proximité du parc national pourrait bien attirer plus de chasseurs de singes de Cat Ba et leur faciliter la tâche… BILANCat Ba, une déception ? Je pense que oui. Le bilan est quelque peu paradoxal. D’un côté, la beauté exceptionnelle de la baie de Lan Ha n’est plus à prouver. Nous avons adoré notre journée en bateau dans la baie et en avons profité d’autant plus que les bateaux de touristes n’étaient que peu nombreux. D’un autre côté, le sentiment de gâchis a tout de même été présent. Les constructions en béton qui poussent partout et viennent détruire l’environnement, les déchets qui s’accumulent sur l’eau et les plages ne permettent pas d’apprécier pleinement l’île de Cat Ba. La volonté du gouvernement de transformer l’archipel en un centre touristique ne va probablement rien arranger à ces problèmes, qui vont se multiplier avec le nombre de touristes.    [1] http://whc.unesco.org/fr/soc/1144[2] https://www.indochina-junk.com/fr/baie-halong-village-flottant-passe-aujourd-hui/[3] https://www.lecourrier.vn/danciens-villages-flottants-ouverts-aux-touristes/451173.html[4] https://tuoitrenews.vn/business/40995/vietnams-cat-ba-archipelago-faces-threats-from-mammoth-tourism-project
The Road is Home : la vie en van

The Road is Home : la vie en van

Cet article s’adresse à toutes les personnes qui nous ont questionnés sur notre quotidien dans le van. « Mais alors, comment ça se passe ? Vous dormez dedans ? Et vous pouvez cuisiner aussi ? Et comment vous faites pour vous laver ? »

Après un an passé sur les routes australiennes, je crois qu’on peut enfin répondre de manière éclairée.

L’article étant extrêmement long, j’ai pris la liberté de faire un sommaire qui, je l’espère, vous aidera à mieux vous repérer et naviguer dans ce retour d’expérience.

 

PARTIE 1 : GÉNÉRALITÉS

Pourquoi un van ?

 

Dans notre cas, la question ne s’est pas vraiment posée. Avant même de mettre les pieds en Australie, on savait déjà qu’on achèterait un campervan pour voyager. Il faut dire que la plupart des backpackers optent pour ce moyen de transport et que ça nous a paru être l’option la plus logique, celle qui offrait la liberté dont on rêvait.

En arrivant à Sydney, on savait que notre objectif principal allait être de trouver la perle rare, le van qui allait à la fois devenir notre petit chez-nous et notre moyen de voyager à travers l’Australie. On a pas mal douté, on pensait que ce serait plus facile. On avait cru comprendre que tous les backpackers revendaient leurs véhicules à Sydney et qu’on n’aurait aucune difficulté à en trouver un bien rapidement. Finalement, il a fallu qu’on en voie neuf en cinq jours avant de trouver le nôtre. Gumtree.com (le Ebay local) a été notre meilleur ami cette semaine-là, et on n’a pas arrêté de parcourir les offres à la recherche du van parfait.

On est tombé sur pas mal d’arnaques pendant ces cinq jours. En général, la démarche est simple : on voit une offre qui nous plaît, on contacte le propriétaire et on se donne rendez-vous pour voir le van et le conduire un moment. On a eu quelques mauvaises surprises : on arrive sur le lieu du rendez-vous pour constater que le van – qui était impeccable sur toutes les photos de l’annonce – n’a plus de phares ni de pare-choc suite à un accident malencontreux. « Ce sera à vous de payer les réparations si vous l’achetez, et vous devez vous décider maintenant parce que nous quittons l’Australie demain ». Non merci.

On est tombé sur des vendeurs « très occupés » durant la journée, qui ne pouvaient nous recevoir qu’après la nuit tombée… ce qui n’est pas l’idéal quand on veut inspecter un van avant de l’acheter, on préfère pouvoir l’examiner sous toutes les coutures à la lumière du jour.

On a rencontré aussi des vendeurs très zélés, qui nous ont assuré que leur van avait été contrôlé régulièrement par leur ami mécanicien, qui du coup ne leur avait pas fait de factures…

Ou encore ce gars qui avait mis en vente son van immatriculé dans le Victoria sans avoir fait de contrôle technique alors que c’est obligatoire, et qui a essayé de nous convaincre de faire l’aller-retour Sydney-Melbourne pour faire valider le changement de propriétaire… « Il n’y a que six heures de route, ça vous prendra maximum trois jours, c’est pas grand chose quand on a un an de visa ». On s’est rendus compte plus tard qu’il avait dû être mal renseigné parce que visiblement il n’y avait pas besoin d’aller à Melbourne pour valider la vente.

On a fini par avoir le coup de cœur pour le 9e van que nous avons vu. On avait en tête des critères assez précis que le van de nos rêves devait remplir :

  • Un aménagement confortable : on n’est pas des personnes vraiment manuelles et douées en bricolage, donc on n’avait pas envie de prendre un van vide ou peu aménagé et de nous débrouiller ensuite. On voulait au moins un lit et une cuisine aménagée à l’arrière, ce qui nous paraissait le minimum.
  • Une seconde batterie : indispensable pour pouvoir recharger ordinateurs, appareils photos, et tous nos appareils électriques comme tondeuse ou épilateur
  • Pas plus de 300 000 km au compteur : il est dit que les vans en Australie peuvent tenir jusqu’à 500 000 km. On savait qu’on partait pour un an et qu’on allait ajouter au moins 30 000 km au compteur. Pour pouvoir revendre notre van à la fin sans trop de difficultés, on a pensé que moins de 300 000 km ce serait mieux. Les vieux vans se revendent, mais pour moins cher évidemment, et ils inspirent moins confiance.
  • Une registration Western Australia : dite « rego », la registration est en quelque sorte l’immatriculation du van. Sans elle, on n’a pas le droit de rouler. Chaque Etat a sa propre registration, qui va de pair avec ses propres règles. La moins chère et la plus simple à renouveler, administrativement parlant, c’est celle du Western Australia. On peut la renouveler pour 3, 6, 9 ou 12 mois, dépendant de combien de temps on souhaite garder son véhicule, et on peut le faire en ligne depuis n’importe où. Et il n’y a pas besoin de passer un contrôle technique.
  • Un budget raisonnable : on ne voulait pas mettre plus de 5 000 dollars dans un van. En Australie, on peut trouver de tout sur le marché : des vans à 2000 dollars pas vraiment équipés, jusqu’à des vans hyper spacieux et confortables, de véritables petites maisons roulantes avec four, évier, etc., à 10 000 dollars.

 

Notre van, Mitch de son petit nom, remplissait tous ces critères et dès qu’on l’a vu, on a su que c’était le bon !

 

 

La « vraie » liberté

Vivre dans un van, ça rime avec aventure, vie nomade, liberté… On a l’impression qu’on va pouvoir aller où on veut, quand on veut, sans rien demander à personne. Qu’on va pouvoir partir à l’aventure sur les routes, trouver des coins magiques connus de nous seuls, se poser sur des spots déserts dont on est les seuls à profiter. Mener une vie simple, réduite au minimum de possessions matérielles. Découvrir un pays de manière économique.

Tout ça est vrai. On a eu de beaux moments à pique-niquer sur des plages désertes. On a parfois trouvé des coins où dormir où nous étions complètement seuls, à des kilomètres de toute civilisation. On a passé des soirées assis dans nos chaises de camping à regarder les étoiles. On a regardé la carte de l’Australie et dit « on ira là demain ». Et on y est allé.

 

Nullarbor

 

Sur la côte du South Australia

 

Mais il ne faut pas oublier que la vie en van c’est aussi des contraintes !

 

 

Les contraintes de la vie en van

Toute médaille a son revers. Certes, vivre et voyager dans son van apporte son lot d’avantages, mais aussi d’inconvénients, il faut en être conscient.

 

#1 Les routes bitumées et non bitumées

L’Australie a la particularité d’être un pays jeune. Ça, on l’a entendu encore et encore, on nous l’a dit et répété : « l’Australie n’a pas d’histoire ». Les Européens n’ont pris possession des terres il y a seulement 200 ans, et c’est alors qu’a débuté le processus de transformation et d’urbanisation du continent. Aujourd’hui, ce processus est loin d’être achevé dans le sens où un bon nombre de routes restent des « gravel roads », des routes en terre ou en gravier. Ces routes, notre petit van ne pouvait pas les emprunter. Lorsqu’elles sont bien lisses et sèches, ça peut être possible, mais il suffit d’un trou pour risquer de casser l’essieu du van ou d’une flaque pour finir embourbé. Le plus énervant, ce sont ces routes pleines de « corrugations », des vaguelettes formées par le passage des véhicules et qui sont un vrai cauchemar : le van vibre de partout, on est secoué dans les sens et on ne peut pas aller à plus de 20 km/h.

Dans l’outback et sur la côte ouest, ce sont des milliers de kilomètres de routes qui n’ont pas été bitumés, et d’ailleurs où que nous soyons passés sur la côte est, on a toujours croisé des « roadworks », des travaux sur les routes.

Il faut bien l’admettre : notre van est vieux et n’a que deux roues motrices. Pour ne pas prendre de risques, il faut rester sur les routes bitumées. Ce qui signifie qu’un certain nombre de parcs nationaux voire même de régions nous ont été inaccessibles. On s’y est confrontés plusieurs fois : en voulant aller dans les Barrington Tops, on s’est rendus compte que toutes les routes menant à ce parc classé au patrimoine mondial de l’UNESCO étaient gravel. Demi-tour, tant pis. Même problème pour visiter la péninsule du Cap York : après Cooktown, il n’y a plus de routes goudronnées.

 

Fin d’une route bitumée !

 

L’une de mes amies en Australie m’a dit un jour : « Nous on aimerait aller voir l’Uluru puis partir à Perth directement ». En van, c’est tout simplement impossible, la route reliant le Centre rouge à Perth n’est pas bitumée : il y a plus de 1 200 km de gravel road. Nous, on n’a pas voulu s’y essayer, on a fait plutôt un petit détour d’environ 8000 km pour rejoindre d’abord Darwin, puis on a rallié Perth en suivant la côte ouest.

Il ne faut pas dramatiser non plus. Certes, on n’a pas vu le Purnululu National Park, réputé pour être l’un des plus beaux parcs nationaux d’Australie. Mais il y a suffisamment de choses à découvrir en van en passant par les routes de bitume sans pour autant qu’on soit resté sur notre faim. Et des gravel roads, on a quand même fini par en emprunter un bon nombre, à chaque fois en nous disant « celle-ci c’est la dernière qu’on fait, on va vraiment finir par avoir un problème avec le van si on continue ». On a continué jusqu’en Tasmanie…

 

#2 Les coûts liés au van

Voyager de manière économique au quotidien grâce au van, c’est possible. On l’a fait pendant un an. Malgré tout, l’entretien du véhicule, l’essence, l’assurance et la registration ont un coût parfois élevé. Dans les coins reculés, le prix de l’essence augmente, jusqu’à 2 dollars le litre dans le centre du pays. Il est important de faire des contrôles réguliers du van, surtout si on roule beaucoup comme nous et surtout si on s’apprête à partir dans le désert. On ne veut pas tomber en panne au milieu de nulle part, n’est-ce pas ?

 

L’essence à plus de 2 dollars le litre

 

Il a fallu également toujours avoir un petit bidon d’huile de moteur. Le van était vieux (1996), il brûlait donc beaucoup d’huile et environ tous les 3 000 km il fallait en remettre. L’avantage était qu’on n’a jamais eu à faire de vidange… Mais il a toujours fallu acheter des bidons d’huile et prévoir aussi du liquide de refroidissement.

La fameuse « rego » (registration) apporte son lot de galères administratives aussi. Notre van était immatriculé en Western Australia, il nous a fallu débourser plus de 700 dollars pour étendre son immatriculation jusqu’à 12 mois. Apparemment, nous ne sommes pas à plaindre puisque nous avons pu le faire par Internet depuis le Queensland, et que la rego du Western Australia est l’une des moins chères. Dans certains Etats, il faut passer un contrôle technique avant de pouvoir étendre sa registration, et parfois il faut se trouver obligatoirement dans l’Etat où le véhicule est enregistré pour pouvoir le faire…

 

Au total, sur une année, nous avons dépensé à peu près 9 588 dollars pour le van.

 

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Nos postes de dépenses
 » style= »soft » box_color= »#87a9e6″ title_color= »#000000″ class= »block »]– Essence : 4 668 AUD
– Huile de moteur et liquide de refroidissement : +/- 100 AUD
– Réparations et entretien : 4130 AUD
– Assurance : 490 AUD
– Aménagement et décoration : +/- 200 AUD[/su_box]

 

#3 Dormir dans son van en Australie

Dormir dans son van peut s’avérer compliqué parfois. En Australie, le camping sauvage est tout simplement interdit. Dans les villes, on n’est pas autorisés à dormir dans sa voiture. La plupart des panneaux des parkings le rappellent constamment : « NO OVERSTAY NIGHT ». Ceux qui tentent de rester sur des zones où ce n’est pas autorisé ne l’oublient pas de sitôt quand ils doivent payer une amende de 250 $. A Sydney, on s’est essayé au camping sauvage pendant cinq nuits en garant le van dans des banlieues résidentielles pour ne pas trop attirer l’attention. On a été contraints de faire la même chose à Adélaïde, sur un parking où c’était apparemment toléré, le temps de trois nuits. Ce ne sont pas les nuits les plus reposantes tant la peur d’être réveillé par un policier est grande. Et puis une fois couché, on évite de sortir pour aller aux toilettes afin de ne pas alerter le voisinage. De la même façon, lorsqu’on dort « en sauvage » on se lève très tôt, avant les premiers promeneurs.

L’application Wikicamps facilite quand même les choses puisqu’elle recense tous les campings, gratuits ou non, de l’Australie. Pendant une année autour de l’Australie, nous n’avons quasiment dormi que dans des campings gratuits, les free camps. Parfois difficiles à trouver, ils pouvaient être situés loin des villes d’intérêt et nous obligeaient à rouler encore 50 km pour atteindre le plus proche. Autour des grandes villes, il n’y en a pas, ou très peu.

Dans l’outback, dormir s’avère beaucoup plus simple. On n’a pas hésité à nous arrêter n’importe où, au milieu de nulle part. Il n’y avait qu’une chance infime pour qu’un rangers passe exactement là où nous nous étions arrêté. L’outback offre une liberté quasi infinie, seuls au milieu du désert.

 

Seuls au milieu du désert

 

 

PARTIE 2 : LA VIE QUOTIDIENNE DANS LE VAN

 

Alors concrètement, ça ressemble à quoi de vivre dans un van ?

 

L’aménagement de notre van

Pour nous, c’était assez simple. Notre van était déjà aménagé quand nous l’avons acheté, on ne se sentait pas vraiment capable de l’aménager par nous-mêmes.

A l’intérieur se trouve le lit, constitué de deux planches en bois reposant sur les sièges arrière repliés. On avait trois matelas qu’on pouvait caler dans le sens de la largeur du van, des oreillers et couvertures. Dans l’outback, les températures peuvent descendre très vite à la nuit tombée et on a eu besoin plus d’une fois de non pas une, mais deux couvertures l’une sur l’autre. Au contraire, dans le nord le climat était tropical. On a vite dû installer des moustiquaires sur les vitres pour pouvoir les maintenir ouvertes sans pour autant laisser entrer tous les moustiques, et on a dû acheter un petit ventilateur pour nous rafraîchir étant donné la chaleur humide étouffante qui persistait la nuit.

 

 

Au-dessus du lit, nous avons installé des paniers qui nous permettaient de ranger nos petites affaires comme lunettes de vue, stick à lèvres, mouchoirs, liseuse, etc. sans avoir constamment à les chercher dans le lit. Ces paniers faisaient office de table de nuit et c’était bien pratique.

 

 

En dessous du lit, nous avions suffisamment de place pour ranger nos sacs à dos vides et mettre deux grandes boîtes. Celle au fond du van, accessible en enlevant d’abord la première boîte, contenait les objets dont nous n’avions pas souvent besoin, comme nos gros manteaux, le ventilateur quand nous n’étions pas dans le nord, etc. Dans la première boîte, facilement accessible, étaient rangés nos vêtements.

A l’arrière du van, juste en ouvrant le coffre, se trouvait le coin cuisine, constitué d’un grand meuble divisé en deux parties : tout en haut, une étagère en bois dans laquelle nous pouvions stocker tous les aliments secs, condiments et conserves. En bas, des étagères permettaient de mettre encore plus de conserves et sur deux d’entre elles des tiroirs avec des ustensiles de cuisine et nos affaires de toilettes. Cette partie était cachée par une planche qui, lorsqu’elle était abaissée, pouvait servir de plan de travail pour cuisiner. Le meuble, surélevé, permettait de ranger encore des choses directement dessous. Ainsi, nous avions trois ou quatre bidons d’eau de 10 L chacun, un réchaud à gaz, un bidon d’essence et une glacière directement accessibles en ouvrant le coffre.

 

 

Derrière, donc sur le sol au milieu du van, étaient rangés des chaises de camping, une table pliable, une énorme bâche pour s’abriter en cas de pluie, deux tentes de deux personnes et une énorme caisse orange contenant une multitude d’outils, des parapluies et les bidons d’huile et de liquide de refroidissement.

 

 

A l’avant se trouvait la seconde batterie qui nous permettait à tout moment de brancher nos appareils électroniques. Elle était en fait branchée sur la batterie principale du van. Pour la recharger, il fallait activer un interrupteur. L’interrupteur permet à la seconde batterie de se recharger directement sur la batterie principale, il ne doit donc être allumé que lorsque le van roule. S’il est laissé en position on alors que le moteur est éteint, on vide tout simplement la batterie principale. Et là, il n’y a plus qu’à espérer que quelqu’un passe pour nous aider à relancer la batterie. En plein désert, ça peut poser problème. Heureusement, ça nous ne est arrivé que trois fois, le premier mois. On n’était pas encore vraiment rôdés avec ce système et on a donc oublié d’éteindre l’interrupteur. En voulant repartir, plus de batterie. A chaque fois, on a eu beaucoup de chance parce que nous étions arrêtés sur des parkings ou des routes fréquentées, donc on n’a eu aucun mal à trouver une personne prête à mettre les pinces.

 

 

Au départ, on n’avait aucune idée de la meilleure manière de ranger le van. Au fur et à mesure, on a vite compris que le rangement devait s’apparenter à un Tétris géant. Tout doit avoir une place précise selon sa forme et son utilité. Les choses qui servent peu ne doivent pas rester devant. On a amélioré notre confort tout au long de notre voyage, en nous débarrassant après quelques temps des objets qui ne nous étaient d’aucune utilité, et en changeant de place les choses qui au contraire nous servaient souvent.

 

 

Le voyage en van

 

#1 Construire l’itinéraire jour après jour

Avant de quitter Sydney, on n’avait pas spécialement prévu d’itinéraire. On a pu construire notre parcours au fur et à mesure surtout grâce aux offices de tourisme. Pas une ville australienne n’est dépourvue d’un Visitor Information Center. Ces centres d’information ont été très pratiques pour nous organiser et nous renseigner sur les choses à voir et à faire dans toutes les régions que nous avons traversées. Dès qu’on arrivait dans une ville, notre premier réflexe était donc de passer faire le plein de catalogues, de cartes et de brochures, tous gratuits.

Au jour le jour, nous ne savions pas pour autant quelles routes précises nous allions prendre. Même si nous savions où nous voulions aller, chaque matin nous partions tout de même à l’aventure.

 

#2 Prendre une douche et aller aux toilettes

Les villes australiennes sont très bien équipées en termes d’infrastructures. Toilettes, tables de pique-nique, barbecues électriques, voire même des douches… Tout est public et gratuit, ce qui facilite bien la vie aussi quand on a une envie pressante entre deux visites ou qu’on cherche tout simplement un endroit où se poser pour déjeuner.

L’application Wikicamps, encore une fois, a été une vraie bible. Elle ne recense pas que les campings, mais aussi les douches gratuites et payantes, les toilettes, les endroits où trouver du wifi gratuit, les lieux d’intérêt, etc.

Sur la côte est, qui est plus urbanisée, nous n’avons eu aucun mal à trouver des toilettes. Il y a toujours des toilettes gratuites dans les villes. Les free camps en étaient quasiment tous pourvus. Des douches sont très souvent installées sur les plages aussi. Intérieures ou extérieures, nous en avons bien profité sur la côte est. Par contre, l’eau était la plupart du temps toujours froide. C’était un vrai bonheur de trouver une douche chaude gratuite.

Dans les terres, la plupart des campings gratuits n’avaient que le strict minimum en termes d’infrastructures. Dans les Atherton Tablelands, nous avons passé huit jours sans pouvoir prendre de vraie douche, juste en faisant des toilettes de chat. C’est bête à dire, mais après un moment nous ne ressentions plus vraiment le besoin de nous doucher tous les jours. Une douche tous les deux ou trois jours suffisait quand le climat n’était pas trop chaud ni humide.

Dans le désert, ça a été une autre histoire. Les campings gratuits sont nombreux, mais la plupart du temps ce sont juste des aires, sans rien. Parfois, des toilettes sèches qui n’ont pas été vidées ou nettoyées depuis un bon moment. Jamais de douche. Avant de partir dans l’outback, nous avons donc investi dans une douche solaire. Il s’agit tout bêtement d’un réservoir d’eau de 20l, noir. On le remplit, on le met au soleil, et après quelques minutes l’eau devient chaude. Il n’y a plus qu’à l’accrocher à un arbre ou sur le toit du van, on insère le pommeau en plastique, et on peut se doucher.

Dans l’outback, on était quasiment toujours seuls sur les aires de camping. On a pu à de nombreuses reprises accrocher notre douche solaire au milieu du désert et prendre une douche complètement nus au milieu de nulle part. On attendait quand même qu’il fasse nuit histoire d’être sûrs que si un véhicule passait sur la route, il ne nous verrait pas !

Pour les toilettes dans le désert, je vous laisse deviner…

Il faut toutefois préciser que l’eau est une denrée rare. Il nous est donc arrivé à plusieurs reprises de ne pas nous laver du tout pendant plusieurs jours. Seul le lavage des dents était quotidien.

 

#3 La lessive

Pour laver nos vêtements, nos serviettes et nos draps, on a fait usage le plus souvent des Lavomatics. Il faut compter entre 3 et 5 dollars pour une lessive. En général, on ne payait pas pour le sèche-linge. Pour tout faire sécher, on étendait nos habits à l’intérieur du van, à l’aide de tenders qu’on installait en travers du plafond.

Comme on a suivi le soleil pendant un an, on n’a eu quasiment que du beau temps toute l’année donc on n’avait aucun mal à tout faire sécher rapidement. Il n’est arrivé qu’une seule fois, dans les Montagnes bleues, que les vêtements ne sèchent pas à cause du temps froid et humide. On a passé quatre jours avec toute la lessive étendue dans le van, et quasiment rien ne séchait !

On a aussi acheté un savon pour lessive à la main et il nous est arrivé plusieurs fois de laver nos sous-vêtements ou quelques t-shirts à la main quand on n’avait pas besoin de faire une grosse lessive.

 

#4 La gestion de l’eau

Une fois achetés nos quatre bidons d’eau, il fallait les remplir régulièrement pour toujours avoir de l’eau pour boire, faire la vaisselle ou simplement nous laver les mains. Sur la côte est, ça n’a jamais été un problème, il y avait très souvent des robinets d’eau potable dans les freecamps. Tous les soirs, on pouvait remplir nos bidons, nos bouteilles d’eau et faire notre vaisselle directement au robinet.

En revanche, les choses se sont drastiquement compliquées dans le désert. On a dû parfois attendre plusieurs jours avant de trouver un robinet d’eau et on était sur nos réserves. L’application Wikicamps est vraiment utile dans ces moments-là puisqu’elle recense les robinets d’eau potable. On n’a jamais manqué d’eau mais il a fallu être économes. Si on a quasiment toujours réussi à trouver un robinet dans les villes de l’outback, il fallait parfois attendre plusieurs jours avant de tomber sur la ville suivante. Pour ce qui est de la vaisselle dans le désert, nous n’utilisions pas nos réserves pour laver nos assiettes et nos couverts. Ça aurait été trop coûteux en eau. Nous ne faisions que les essuyer puis les réutiliser, en attendant le prochain robinet.

 

#5 Les repas et les courses

Nous n’avions qu’un réchaud à gaz, il fallait donc faire preuve d’inventivité pour varier les plaisirs. Pour le petit déjeuner, on faisait chauffer de l’eau sur le réchaud avec une petite casserole prévue à cet effet uniquement, pour le café et le thé. Accompagné de tartines de confiture, beurre de cacahuète ou faux Nutella, parfois de brioche quand il y avait des réductions au supermarché.

En général, le midi on mangeait vite et léger, donc des sandwichs (vive le thon en boîte !) préparés le matin même avec des chips ou bien des nouilles instantanées de temps en temps.

Pour le dîner, nos stocks de pâtes, riz, lentilles, polenta et boîtes de conserve nous ont été bien utiles.

Nous ne nous sommes jamais servi de notre glacière en fait. Sur la côte est, les températures n’étaient pas très élevées donc nous pouvions garder du frais quelques jours sans glace. Une fois dans le nord du Queensland, nous n’achetions que peu de produits frais, et nous les consommions le jour même.

Les pains de glace coûtaient 5 dollars dans les stations services, et dans le désert il faut en racheter tous les jours parce qu’elle fond très vite. On a donc décidé de faire cette économie et de nous débrouiller autrement. Les légumes, salades et fruits étaient consommés rapidement. Pas de fromage, pas de beurre ni de yaourt ni de viande ou de poisson, ou alors achetés pour être consommés directement le soir même.

Ça ne nous a pas posé particulièrement de problème, nous avons réussi à garder une alimentation saine et équilibrée pendant un an. Il faut juste réfléchir aux quantités avant d’acheter. Pour être sûr de ne rien perdre avec la chaleur, il suffit de prendre en plus grande quantité les fruits et légumes qui peuvent résister longtemps à température ambiante, et prendre en moins grande quantité ceux qui ne tiendront pas, de manière à pouvoir tout manger dans les temps impartis.

Réduire notre consommation de viande ne nous a pas fait de mal, au contraire. Nous mangions des œufs régulièrement ainsi que des lentilles, des haricots blancs ou encore du thon en boîte donc on avait notre lot de protéines malgré tout.

 

Coles et Woolworths sont les plus grandes enseignes de supermarchés en Australie. On trouve toujours l’un ou l’autre dans les villes de la côte est et du sud. Lorsque la date de péremption des aliments approche, les prix sont réduits proportionnellement. En allant au supermarché plutôt le soir avant la fermeture, on avait plus de chance de trouver des produits avec des réductions allant jusqu’à 80 %. Du chocolat à 70 centimes, du saumon fumé à 2 dollars, un pot de yaourt à 1 dollar, des pavés de colin à 1,25 dollars, un poulet rôti à 3,50… On a trouvé des trésors.

Aldi est probablement l’enseigne la moins chère, mais il y a moins de choix et Aldi n’existe que sur la côte est et ponctuellement dans les autres grandes villes.

Dans le désert, encore une fois, les choses sont différentes. Coles et Woolworths n’existent pas sur la côte ouest ni dans le Centre rouge. Il faut faire les courses dans de petites épiceries, comme IGA, où tout coûte plus cher évidemment. C’est là qu’on a dû faire le plus attention mais il y a toujours moyen de trouver des produits à prix réduits, comme chez Coles et Woolworths.

On était plutôt Team Coles d’ailleurs. A chaque fois qu’il y avait les deux magasins, on préférait Coles contrairement à nos travel mates Marina et Matt qui fonçaient à chaque fois au Woolworths…

 

Il était parfois primordial de réfléchir à ce qu’on allait manger, parce qu’on savait qu’on ne trouverait pas de magasin avant plusieurs jours. En partant du Queensland vers le Centre rouge, on a donc rempli notre van de conserves. On savait que ce serait la solution la moins chère : remplir le van de denrées non périssables sur la côte est alors que les prix étaient encore normaux. On en a eu pour 90 dollars de courses, mais on a tenu un bon mois. A chaque fois qu’on en avait l’occasion, on refaisait le plein de conserves. Petits pois, maïs, haricots verts, mélanges de légumes, pois chiches, etc., on misait surtout sur des légumes plus que sur des plats préparés type raviolis en boîtes, parce qu’il n’y en avait pas tellement et que ces conserves-là étaient excessivement chères, et pas toujours très bonnes.

 

Nos provisions

 

C’était le même problème avec les bonbonnes de gaz pour alimenter le réchaud : il fallait toujours en prévoir suffisamment pour tenir longtemps sans avoir besoin d’en racheter. Ce n’est pas la chose la plus facile à trouver dans le désert…

On a tellement rempli le van, qu’en sortant du Karijini National Park on s’est rendu compte que le meuble de la cuisine commençait à s’enfoncer dans le sol ! On a été obligés de remettre de nouveaux pieds parce que le sol du van s’affaissait complètement…

 

#6 Sous la pluie

Au total, sur une année, on n’a pas dû avoir plus de 5 journées de pluie. On voulait suivre le beau temps, et on a bien réussi ce pari.

 

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Notre année en Australie par saison
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Automne : Sydney et la côte est
Hiver : Outback et Centre rouge
Printemps : Le Top End et la côte ouest (saison des pluies dans le Nord)
Eté : La côte sud et la Tasmanie
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Retrouvez notre itinéraire complet ici

 

Les grosses averses qui nous ont bloqués pour la journée entière peuvent se compter sur les doigts d’une main. Et quand ça arrive, il n’y a pas le choix : si on est en plein road trip, il faut s’enfermer dans le van et tout simplement attendre que ça passe. En Tasmanie, le temps est très instable et même si on a visité l’île en plein été, on a quand même eu deux journées de pluie. C’est l’occasion de se reposer, de lire, de regarder des séries ou d’écrire… A Darwin, les fois où le déluge s’est abattu sur nous, nous étions en plein volontariat, donc dans une maison, ce qui était plus facile à gérer.

Le moins agréable est que si on se fait surprendre par une averse, comme ça nous ait arrivé dans le parc national Karijini, il faut rentrer dans le van avec les vêtements trempés. Pour éviter de mouiller le lit, on a dû s’installer à l’avant, attraper des vêtements secs puis nous changer sur les sièges et ensuite nous contorsionner pour nous installer dans le lit derrière. Pas hyper pratique, mais s’il ne doit pas y avoir de soleil avant plusieurs jours, ça évite de se retrouver avec des draps, matelas et oreillers humides… Les vêtements mouillés étendus sur les sièges avant, il n’y a plus qu’à attendre.

Les soirs où on pensait qu’il allait pleuvoir, on pouvait aussi installer notre bâche en l’attachant au van et à des arbres autour. Ça n’a été utile que deux ou trois fois.

 

Sous la bâche…

 

 

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En Australie, il faut faire attention aux saisons pour voyager. Le pays est tellement grand (14 fois la France), qu’il semble impossible de pouvoir en faire le tour et de se trouver à chaque fois au bon endroit au bon moment. Non seulement il faut prendre garde au temps, mais aussi aux animaux. Par exemple, les baleines commencent à remonter la côte est à partir des mois de juin et juillet. Pour voir les requins-baleines, les plus gros poissons du monde, sur le récif de Ningaloo sur la côte ouest, c’est d’avril à juillet… Il vaut mieux visiter le centre du pays entre juillet et août parce que c’est à cette période qu’il fera le moins chaud pendant la journée (contre jusqu’à 45°C en été à partir de décembre). Au contraire, il faut éviter de se trouver dans le nord entre décembre et mars parce qu’on sera en pleine saison des pluies, mais c’est en janvier qu’on a le plus de chance de voir un orage électrique à Darwin. Bref, il faut bien se renseigner. Pour notre part, nous nous sommes retrouvés en pleine saison des pluies dans le nord et finalement nous n’avons pas eu beaucoup de pluie, ça n’a pas été vraiment dérangeant. En revanche en descendant la côte ouest, on s’est rendu compte qu’on tombait mal parce que pile au moment où se lève le Fremantle Doctor, un vent qui commence à souffler au milieu de l’après-midi. Imaginez devoir cuisiner dehors avec un réchaud en plein vent…

 

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PARTIE 3 : ANECDOTES ET SOUVENIRS

Nos pires galères avec le van

 

En un an de voyage en van, ça aurait été vraiment trop beau de ne jamais avoir aucun problème. En achetant notre van, on se doutait bien qu’on aurait forcément des galères un jour ou l’autre.

 

#1 Coincés une semaine dans un camping sans douche

Sur la côte est, rien de notable. Les deux premiers mois de road trip avec le van se sont extrêmement bien déroulés.

C’est en arrivant dans les Atherton Tablelands, au nord du Queensland, que nous avons décidé de faire un contrôle dans un garage avant de partir dans l’outback. Et c’est donc là qu’on a eu notre première frayeur : on s’est rendu compte à ce moment-là que la courroie de distribution n’avait pas été changée depuis un bon moment. Elle était complètement fissurée…

Il fallait attendre une semaine pour que le garagiste puisse recevoir le kit et s’en occuper. Une semaine pendant laquelle on a eu tellement peur de rouler et d’exploser le moteur qu’on a décidé de ne pas bouger de notre camping. Et malheureusement pour nous, ce camping n’avait pas de douche… Si jusque-là on avait toujours réussi à prendre une douche tous les deux ou trois jours, on a battu un record personnel cette semaine-là !

 

Au final, le pire ne s’est pas produit. On a passé notre semaine à faire des toilettes de chat à l’aide des robinets du camping et on a fini par repartir avec une courroie de distribution toute neuve… vers un camping avec une douche !

 

#2 Le sort s’acharne à Alice Springs

C’est à Alice Springs, dans le Centre rouge, qu’on a enchaîné les galères. On avait entendu dire qu’en Australie, tout peut aller très vite : en une journée, tu peux trouver du travail, un logement, un véhicule ou des compagnons de route. C’est la sensation qu’on a eue à Alice Springs. A peine arrivés, nous avons chacun trouvé un voire deux emplois, un logement, nos amis nous ont rejoint et on a rencontré d’autres copains étrangers.

Mais l’inverse est vrai aussi : en une journée, on peut tout perdre. Et c’est aussi ce qui s’est passé pour nous. Après trois semaines, on a dû faire face à la perte d’un emploi et à la perte de notre logement en auberge de jeunesse. Située juste à côté du restaurant où l’on travaillait, c’était pour nous la meilleure option et on s’était tout de suite bien entendu avec les personnes qu’on y a rencontrées. Souvenez-vous, le camping sauvage est interdit en Australie donc nous n’avions pas le droit de dormir dans notre van en ville.

Malheureusement, après nous être fait virer de l’auberge du jour au lendemain, on n’avait plus vraiment le choix : on est retournés dans notre petit van, qu’on a installé dans le camping situé derrière un hôtel d’Alice Springs. Camping où l’on avait le droit de ne rester qu’une semaine maximum.

C’est une fois dehors en train de préparer le dîner qu’il s’est mis à pleuvoir. Oui, en plein désert, et pour la première fois depuis des mois. C’était vraiment un gros manque de chance qu’on soit dehors à ce moment-là.

Le lendemain matin, impossible de démarrer le van.

Là, on commence à comprendre que la chance a bel et bien tourné.

On ne panique pas, on ne travaille que le soir à 18h, donc on a toute la journée pour s’occuper du problème. Malheureusement, le mécanicien qui fait le déplacement dans l’après-midi pour regarder ne parvient pas à le redémarrer et n’a qu’une vague idée de la cause du problème. Il pense que c’est la pompe à essence qui a lâché, il faut compter entre 500 et 700 dollars pour la remplacer…

Evidemment, on est vendredi, donc il faut laisser passer le week-end avant que quelqu’un puisse venir dépanner le van et s’en occuper.

Le camping est situé à plus de 3 km du centre-ville où nous travaillons, on passera donc notre week-end à marcher pour aller travailler, lorsque nos amis ne peuvent pas jouer les taxis pour nous déposer ou nous récupérer.

Le stress a bien eu le temps de monter cette semaine-là, et la perspective de devoir payer 700 dollars n’a pas arrangé les choses.

 

Mitch dépanné à Alice Springs !

 

Après cette série de galères, la roue a tourné : le lundi matin, une dépanneuse est venue chercher le van pour l’emmener au garage. On a pu le récupérer quelques heures plus tard seulement, parce que la pompe à essence fonctionnait bien. C’était simplement le moteur qui s’était encrassé à cause de l’essence de mauvaise qualité qui est vendue dans les roadhouses de l’outback. Coût du nettoyage : 15 dollars !

 

Après cet épisode, on nous a conseillé d’acheter plutôt de l’essence premium, de l’unleaded 95 ou 98 et d’éviter la 91. Ça nous a coûté plus cher, mais on n’a plus jamais eu ce problème.

Avant de partir dans l’outback, nous avions rempli notre bidon de 20 L d’unleaded 91, et il s’en dégageait une odeur entêtante et écœurante. On devait sortir le bidon du van pour dormir parce que l’odeur d’essence était trop forte. En le remplissant d’essence premium, il n’y avait par contre aucune odeur… C’était pour nous bien la preuve que la 91 n’était définitivement pas de bonne qualité.

 

#3 Conduire 300 km avec un système de refroidissement défectueux

L’épisode le plus épique que nous avons eu à vivre avec le van ne s’est produit que quelques semaines plus tard. En arrivant dans un camping à environ 50 km de Katherine, dans le nord de l’Australie le long de la Stuart Highway, on a constaté une fuite du liquide de refroidissement. Nouveau coup d’arrêt, on est bien embêté parce qu’on est alors au milieu de nulle part et on est bien conscient du coût d’une dépanneuse… Et c’était mon anniversaire !

Heureusement, un vieil Australien est arrêté lui aussi sur ce freecamp et décide de nous aider. Il s’y connaît en mécanique, en tout cas c’est ce qu’il dit, et il jette un œil au van. Pour lui, c’est la pompe à eau qui a lâché. Il nous explique qu’on peut faire les 50 km jusqu’à Katherine en veillant bien à remplir le radiateur d’eau pour ne pas risquer la surchauffe. On décide de tenter le coup et on arrive sans encombre jusqu’au garage. Le constat est amer : le mécanicien nous annonce qu’il faut changer tout le système de refroidissement, incluant le radiateur, la pompe à eau, le thermostat, etc. Il va falloir attendre deux semaines qu’il reçoive toutes les pièces et ça va nous coûter 2000 dollars au minimum.

C’est la catastrophe, on ne peut pas attendre deux semaines à Katherine, il n’y a rien dans cette ville. On décide de prendre un second avis et on se rend chez un autre garagiste. Celui-ci nous conseille de conduire les 300 km jusqu’à Darwin, où selon lui on aura plus de choix au niveau des mécaniciens, on attendra moins longtemps l’arrivée des pièces et on paiera moins cher.

C’est parti, nous voilà sur la dernière portion de la Stuart Highway ! mais il y a un mais… Il faut impérativement qu’on s’arrête tous les 10 km pour remplir le radiateur et qu’on laisse passer une heure tous les 50 km pour permettre au moteur de refroidir suffisamment. Je vous laisse imaginer les 300 km… On a mis quatre jours pour arriver à Darwin !

 

Finalement, on a de suite trouvé un mécanicien qui nous a fait un devis à 1400 dollars, et on n’a eu qu’une semaine à attendre, pendant laquelle on a fait un petit volontariat pour être logés gratuitement et qui nous a permis de visiter la ville et de nous reposer. On ne s’en est pas si mal sorti !

La fuite à Katherine a été notre plus grosse frayeur avec le van. Après ça, le road trip sur la côte ouest et au sud s’est bien passé.

 

#4 Mésaventures tasmaniennes

C’est en Tasmanie qu’on a rencontré nos dernières galères :

  • Sur le mont Wellington, qui offre un panorama magnifique sur la vallée de Hobart, on a garé le van face à un vent glacial et extrêmement puissant. Après une vingtaine de minutes, le froid a complètement vidé la batterie et le van ne démarrait plus. En voulant se servir de la pente pour redémarrer, on a juste réussi à coincer le van quasiment à contresens, à deux mètres du vide… Le numéro d’urgence du Mont n’était en fait pas un vrai numéro d’urgence puisqu’on est tombé sur la mairie, qui ne pouvait rien faire pour nous aider. Après un moment, on a finalement réussi à trouver une personne qui a bien voulu utiliser les pinces pour un jump start. Mais le vent était tellement fort que toute l’opération a été extrêmement compliquée, le capot relevé de la voiture menaçait d’être arraché. Le van a pu redémarrer mais n’est pas reparti du mont Wellington complètement indemne : la porte conducteur a été pliée par le vent et sortie un peu de son axe. Elle ne fermait plus hermétiquement et on a dû taper sur les gonds avec un marteau pour essayer de la redresser du mieux qu’on a pu. C’était la première fois qu’on faisait face à un vent d’une telle puissance, on s’en souviendra…
  • Sur une piste de cailloux au milieu de la forêt tasmanienne, (j’avais bien expliqué au début que ce n’était pas des routes pour nous…), on a voulu faire demi-tour en pleine pente et on a coincé le van dans le fossé du bas-côté. Le pare buffle et le pot d’échappement se sont complètement coincés dans le talus. Après une heure passée à creuser et à enlever des pierres pour tenter de dégager les roues arrière, la nuit commençait à tomber et il n’y avait personne. Heureusement pour nous, on avait du réseau et on a pu appeler un restaurant situé à 8 km pour leur demander de l’aide. Le gérant est venu vers 22h pour nous tirer de là avec son 4×4. Ça lui a pris à peine cinq minutes, juste le temps d’accrocher les chaînes au pare buffle. En pleine nuit, il a donc fallu conduire jusqu’au freecamp le plus proche. C’était sans compter sur les petits pademelons nocturnes qui étaient présents tout le long de la route. On a été obligé de conduire à 20 km/h pour ne pas en écraser un, et on a eu quelques frayeurs ! Ces petits marsupiaux sont imprévisibles et peuvent décider de se jeter littéralement sous les roues du van au dernier moment. Les quelques kilomètres que nous avions à parcourir jusqu’au camping ont été terriblement éprouvants, nos yeux essayant de percer l’obscurité pour dénicher les animaux et tenter d’anticiper leurs mouvements.
  • Et on peut aussi être malade alors qu’on vit dans le van. Ce n’est pas une expérience des plus agréables, mais c’est ce qui m’est arrivé le dernier jour en Tasmanie. Une grosse indigestion m’a maintenue éveillée et m’a obligée à faire des allers-retours plusieurs fois en pleine nuit pour ne surtout pas vomir à l’intérieur du van… Une nausée ne m’a d’ailleurs laissée le temps que d’ouvrir la porte latérale avant de vomir littéralement « par-dessus bord ». C’est là qu’on se rend compte qu’habiter dans le van peut parfois manquer cruellement de praticité.

 

#5 Parce qu’on ne pouvait pas le vendre sans vivre une dernière galère…

Le tout dernier problème, on l’a eu la veille de vendre le van… La veille du rendez-vous, nous avons voulu faire un dernier tour avec et partir à la plage pour la journée. Après 3 km, le van s’est tout simplement arrêté, en plein milieu de la route. C’était juste devant un parking donc on l’a simplement poussé pour le garer. C’était un samedi, donc personne ne pouvait intervenir avant le lundi. On a dû décaler le rendez-vous avec les acheteurs pour la semaine d’après. Quelques jours plus tard, un mécanicien est intervenu directement sur le parking pour changer la pompe à essence qui avait finalement décidé de nous lâcher après quelques mois…

 

On a toujours eu de la chance dans nos malheurs, et après quelques mois on peut maintenant en rire !

 

 

Nos meilleurs souvenirs en van

 

En un an, on accumulé énormément de souvenirs dans ce van. Le revendre à la fin de notre périple a été un vrai crève-cœur. C’était notre maison pendant de nombreux mois, et on s’y est attaché. Pendant une année, le van a été notre point de repère. A chaque fois qu’on partait en randonnée ou en visite, c’était vers lui qu’on devait retourner. Il est où le van ? On se pose dans le van ? On se rejoint dans le van ? C’étaient les questions qui revenaient le plus souvent et qui ont ponctué notre année.

Le voir partir avec un autre couple à la fin a été un moment d’une grande tristesse.

 

Dernière photo avec Mitch

 

Maintenant, nous restent les meilleurs souvenirs de cette année en van en Australie.

 

#1 Avec les animaux

L’Australie est une île peuplée d’animaux qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et des péripéties avec des marsupiaux ou autres mammifères trop mignons, on en a eu beaucoup.

 

Un petit kangourou curieux

 

Pendant nos cinq jours à la découverte du parc national du Cape Range, sur la côte ouest, nous avons campé tous les soirs sur les plages du parc. Le premier soir, en revenant d’une session snorkeling, Thibaut a voulu se laver les mains avec un bidon d’eau avant de faire à manger. L’eau commence à couler par terre et là, sortis de nulle part, deux kangourous s’approchent tout doucement derrière lui. Une maman et son bébé. Attirés par l’eau, ils avaient visiblement très soif. La maman est restée assez méfiante et n’a pas voulu s’approcher trop prêt de nous, mais le bébé n’était pas farouche et n’a pas hésité à venir se coller à Thibaut. Ils étaient tellement mignons qu’on leur a rempli un petit bol d’eau. Dans les campings du Cape Range, il n’y a ni eau potable, ni douche. On a donné plusieurs petits bols d’eau à ces kangourous, ça valait bien qu’on partage un peu nos réserves.

 

Trop mignons…

 

Dans le Centre rouge, il y a des dingos. On s’en souviendra. Après avoir garé le van dans un camping tout en haut de Kings Canyon, nous nous sommes installés pour la nuit. Peu de temps après notre arrivée, nous avons vite aperçu un couple de dingos rôder dans le camping, visiblement en quête de nourriture. Ils nous ont regardé un moment mais ne se sont pas approchés. Ils sont restés en retrait, à une distance respectueuse. On a compris qu’ils avaient peur des humains, donc on ne s’est pas méfié. On a continué notre installation sans trop nous préoccuper d’eux puis nous sommes allés nous asseoir près du canyon pour admirer le coucher de soleil. Aussitôt le dos tourné, il n’a pas fallu plus de trente secondes au mâle pour se faufiler dans le van et en ressortir avec le sachet plastique contenant notre réserve de gâteaux… Les deux dingos ont filé dans le bush, leur précieux butin dans la gueule. On les a suivi pour voir et on n’a pas tardé à tomber sur une petite clairière remplie de sacs plastiques éventrés. On n’était pas les premiers à se faire avoir !

 

Le dingo et le van !

 

En Tasmanie, en plein cœur du Southwest, nous nous sommes installés là encore pour la nuit. Et cette fois ce ne sont pas des dingos qui se sont approchés, mais des chats natifs ! Appelés quolls en anglais, ils ressemblent à de petits furets marrons, noirs et blancs. Ces petits coquins se sont amusés tout autour de nous, jusqu’à monter sur notre table de camping pour venir lécher nos assiettes. L’un d’entre eux a réussi à grimper dans la glacière que nous avions laissée ouverte un peu plus loin, on a donc été obligés de tout rentrer avant de nous coucher.

 

Sur la côte est, à Airlie Beach précisément, nous avons eu de drôles de réveils pendant nos quelques jours sur place. Tous les matins, des dizaines de perroquets venaient se poser sur le toit du van, faisant un boucan d’enfer ! Pendant notre petit-déjeuner, ils étaient tout autour de nous, posés sur nos chaises et sur le van.

 

Sur certains freecamps situés près de plages ou de cours d’eau, on a souvent vu le panneau « Attention aux crocodiles », qu’on a toujours trouvé très exotique et qui nous a sans cesse rappelé qu’on était bien en Australie. Dans ce genre de camping, on a toujours fait bien attention à ne pas mettre le van trop près de l’eau et à ne pas trop nous éloigner pour aller aux toilettes.

 

#2 Feux de camp et barbecue

Le dîner préféré des Australiens, c’est probablement le barbecue ! Viande, légumes, poisson, tout y passe. Et bien évidemment, on s’est mis à cette mode nous aussi.

Dans le van, nous avions une grille que nous pouvions placer directement sur un feu de camp pour faire griller des aliments. On s’en est pas mal servi. Dans certains parcs, faire du feu était interdit, mais dans le désert nous avons pu en faire souvent, à condition de trouver du bois.

 

Les McDonnells Ouest, près d’Alice Springs, ont été notre première destination avec Marina et Matt, qui sont restés nos compagnons de route pendant plusieurs semaines. Le premier soir, on s’est installés dans le lit d’une rivière asséchée. Les garçons sont partis dans les alentours chercher du bois. A deux, ils ont transporté une énorme bûche et on a pu faire un gros feu de camp qui a illuminé la nuit pendant un bon moment. Les soirées qui ont suivi dans ces montagnes ont été aussi conviviales, dans un cadre magnifique de monts désertiques.

 

Coucher de soleil et feu de camp dans les McDonnells !

 

A Katherine, nous avons fêté mon anniversaire dans le bush, autour d’un feu. Marina avait fait cuire des pâtes aux crevettes et je crois que c’est la fois où on a le mieux mangé en camping.

 

Pour fêter Noël, le barbecue est le plus simple et le plus convivial également. Avec Matthias, un autre compagnon de route, nous nous sommes rendus sur une plage de Perth équipée de barbecues électriques et on a mangé des burgers maison le 24 décembre. C’était bon, il faisait chaud, il y avait de la musique et beaucoup d’Australiens qui avaient décidé de faire comme nous (ou plutôt, c’est nous qui nous sommes mis à la mode australienne et qui avons fait comme eux).

 

#3 Contemplation

La vie en van, c’est aussi pouvoir se poser au beau milieu de nulle part et profiter de ciels étoilés absolument magnifiques. Dans le désert, il n’y a aucune pollution lumineuse, on peut observer une splendide voie lactée qui descend jusqu’à l’horizon. On a passé pas mal de soirées, assis dans nos chaises de camping, à regarder les étoiles.

 

Une nuit, vers 2h du matin, on est sorti du van suite à une envie pressante. Au beau milieu du désert, on a vu un halo lumineux qui se diffusait derrière une petite montagne près de laquelle nous étions garés. On l’a observé un moment, pensant aux phares d’une voiture. Quelques minutes plus tard, on a vu tout simplement la lune émerger. C’était un lever de lune, et c’était magnifique. On est restés là, debout au milieu du désert, à la regarder.

 

Cette année a aussi été riche en termes de levers et couchers de soleil. On a pu garer le van près de lacs, de rivières, de la mer, au milieu de champs ou de collines et voir des lumières fabuleuses.

 

Coucher de soleil près du Wiporie General Store, l’une de nos premières soirées dans l’Outback

 

Sur la côte sud

 

Dans le désert

 

On a eu l’occasion de camper et dormir dans des lieux splendides et préservés. Ces endroits presque magiques nous ont permis d’apprécier des paysages magnifiques et de jouer aux aventuriers en allant marcher seuls dans les alentours.

 

Camping en Tasmanie sur les rives du lac Bradys

 

La vue qu’on a eue un matin, au réveil…

 

#4 Antenne radio et feux de brousse

C’est probablement la nuit dans le désert australien qui restera la plus emblématique pour nous. Il n’y a quasiment jamais de réseau dans l’outback, mais de temps en temps on peut trouver d’énormes antennes radio. Un soir, on a quitté la route principale pour rejoindre l’une de ces antennes. On a décidé d’y passer la nuit. Comme de coutume, nous étions seuls, au milieu de rien. Après un moment passé à cuisiner, la nuit est tombée et l’horizon s’est embrasé. Les couleurs du coucher de soleil se sont estompées mais on voyait toujours au loin cet orangé caractéristique. Sur la route, on avait vu beaucoup de parcelles complètement brûlées donc on a vite compris qu’il s’agissait de feux de brousse, qui se propageaient dans la végétation aride de l’outback. On est resté un moment à observer ces couleurs chatoyantes, sans trop savoir s’il était dangereux de rester où l’on était ou non. Un moment un peu hors du temps, où l’on a pris conscience de la beauté mortelle des feux de brousse.

 

Pour en savoir plus sur l’outback et ce qu’on y a vu, je vous renvoie à cet article.

 

#5 Dormir dans le van

Chaque soir où nous nous sommes couchés dans notre van a été un réel plaisir. Où que nous soyons garés, sur un parking, dans un champ, seuls dans le désert ou sur une plaine au milieu de cinquante autres vans, on oubliait le monde extérieur pour ne plus voir que notre lit. Les rideaux bien épais nous protégeaient de la lumière extérieure s’il y en avait et faisait paraître l’intérieur du van comme celui d’un cocon. Nous avions installé des guirlandes lumineuses à piles que nous allumions à la nuit tombée et qui rendait ce cocon très cosy.

 

 

Le matin, c’était une sensation incroyable que celle qui nous prenait lorsque l’on ouvrait la porte latérale du van et que l’on redécouvrait l’endroit où nous nous étions arrêtés la veille, face à la mer, en haut d’une falaise, dans un champ au milieu des kangourous, ou encore près d’un lac sur lequel s’élève la brume matinale. Parfois lorsque nous arrivions sur le lieu de notre camping, il faisait déjà nuit le temps de nous installer. Ce n’est donc que le matin que nous découvrions les alentours toujours plus beaux les uns que les autres.

 

#6 Conduire le van

L’important n’est pas la destination, c’est le voyage pour y parvenir. Rouler n’a jamais été synonyme d’ennui en Australie. Au contraire, on a vite pris goût à la conduite au milieu d’étendues désertiques. Si le paysage pouvait parfois sembler monotone, la sensation est terriblement grisante : on sait qu’on peut rouler sur des milliers de kilomètres, quasiment en ligne droite, sans que rien ne vienne nous arrêter.

 

Conduire sur la plus longue route en ligne droite d’Australie

 

On a beaucoup cherché à débusquer les animaux, très nombreux dans le désert : kangourous, émeus, chevaux et chameaux sauvages, dingos… Même après quelques mois passés en Australie, c’était toujours un ravissement de voir des kangourous sauter au loin. On ne s’y est jamais vraiment habitués et on est restés émerveillés face à eux tout au long du voyage.

 

 

 

BILAN

Au-delà des péripéties vécues directement avec le van, tout ce que nous avons vu pendant un an n’a été possible que parce que nous étions motorisés. Nous sommes allés dans des centaines d’endroits où aucun bus ne passe, où aucun voyage touristique organisé ne se rend et où peu de voyageurs, qui ont moins de temps que nous à passer sur les routes, vont.

Nous avons voulu faire le tour complet de l’Australie et passer un mois en Tasmanie, nous avons donc dû planifier un minimum les mois à venir. Si nous avions passé un mois de plus sur la côte est par exemple, nous n’aurions sans doute pas pu aller en Tasmanie. Cependant en 7 mois et demi de pur voyage et un peu plus de 36 000 kilomètres parcourus, nous n’avons jamais eu l’impression de devoir nous dépêcher. Nous sommes restés libres pendant tout ce temps. Du moment que nous roulions à gauche, nous pouvions faire ce que nous voulions.

L’idée de savoir que parce qu’on a un lit, du gaz, de la nourriture et de l’eau, nous pouvons nous arrêter sans aucun problème cinq jours sous un arbre en bordure d’une rivière asséchée de l’Outback est particulièrement enivrante.

Plus de photos de notre tour de l’Australie ici !

Nous avons dormi dans plus d’une centaine de lieux différents. Il est impossible de tous les compter. Ce qui est certain c’est que nous ne cessons de nous souvenir par moment de tel ou tel free camp. 

« Tu te rappelles du soir où on dormi près de la rivière ? Mais si, on est arrivés tard, il y avait des vaches, on s’est mis à gauche près des bambous…
Ah oui! Il était super celui là. Et puis c’est ce matin là où on avait un kangourou juste devant la porte ».

Des souvenirs comme celui-ci, il y en a des milliers, et qui nous reviendront les uns après les autres, petit à petit, et pendant longtemps.

 

A ceux qui hésitent encore à vivre un temps en van, par peur des difficultés ou par manque de temps : lâchez-tout, faites-le !
A ceux qui disent que c’est surfait, commun et à la mode de faire le tour de l’Australie en van : donnez vous l’occasion de changer d’avis, faites-le !

A ceux qui disent qu’aller en Australie n’est pas synonyme de dépaysement : venez découvrir le cœur de l’Australie, venez vous y perdre en van, venez changer vos idées reçues, faites-le !

 

« The road is home ». Thibaut a fabriqué ce slogan lors de notre volontariat dans la ferme de l’Outback et l’a collé sur la vitre arrière du van. L’expérience vécue lors de cette année en van autour de l’Australie y est lisible. La route et le van deviennent notre maison.

 

 

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

C’est le dernier Etat dans lequel nous conduira notre van : l’île de Tasmanie. Aussi appelée « île de l’inspiration » pour sa nature sauvage et préservée, elle est connue pour sa faune endémique – comme le diable – et sa flore incroyable. Plus d’un tiers du territoire de la Tasmanie est en effet protégé grâce au classement en parcs nationaux ou en réserves naturelles.

Il y a 10 000 ans, lors de la dernière période glaciaire, la Tasmanie était rattachée au continent australien. Avec la fonte des glaciers et la montée des eaux, elle s’en est séparée, permettant à sa faune et sa flore d’évoluer différemment.

Parmi les zones protégées, six parcs nationaux et deux réserves ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de « Zone de nature sauvage de Tasmanie » (Tasmanian Wilderness) :

  • Le parc national de Cradle Mountain-Lake Saint Clair
  • Le parc national Southwest
    • Le parc national des Franklin-Gordon Wild Rivers
    • Le parc national des Hartz Mountains
    • Le parc national de Mole Creek Karst
    • Le parc national des Walls of Jerusalem
    • L’aire de protection du Plateau central
    • La réserve nationale Devils Gullet

L’inscription remonte à 1982 et la zone a été élargie en 1989. La justification principale de ce classement tient au fait que cette zone est l’une des dernières régions sauvages tempérées du monde. Correspondant à environ 20 % du territoire de la Tasmanie, il s’agit d’une des plus vastes zones protégées en Australie.

Lors de notre road trip, nous nous sommes aperçus que pour visiter bon nombre de ces parcs, le meilleur moyen serait de marcher. Certaines zones restent complètement inaccessibles en voiture, et dans certains parcs existent des parties dans lesquelles il n’y a même plus de sentier, il faut créer soi-même son chemin au milieu de la végétation. Difficile de trouver mieux pour s’immerger en pleine nature.

 

 

Le parc national de Cradle Mountain-Lake St Clair

Si vous venez faire un tour en Tasmanie, vous entendrez forcément parler de Cradle Mountain. C’est probablement le parc national le plus célèbre de Tasmanie, étant considéré comme un « incontournable » à visiter absolument. Sa réputation vient de l’Overland, ce chemin de randonnée d’environ 70 km qui le jalonne du nord au sud, et qui a été classé parmi les plus belles randonnées du monde.

 

Le lac Dove

 

En haute saison, l’accès à ce trek est limité et il faut payer un permis de 200 dollars par personne. Nous ne pouvions pas vraiment nous le permettre, nous nous sommes donc contentés de passer deux journées à marcher dans le parc, l’une du côté du lac St Clair, l’autre du côté du Mont Cradle.

Le lac St Clair, en haute saison, est le point d’arrivée de l’Overland. Après une semaine de marche, les trekkeurs finissent là. Plusieurs chemins serpentent dans la vallée tout autour du lac et permettent de partir en randonnée sur une ou plusieurs journées. Nous sommes partis pour l’ascension du Mont Rufus, d’où nous attendait une vue magnifique sur le lac. Il faisait beau et pourtant nous n’avons croisé quasiment personne.

 

Le lac Saint-Clair vu depuis le mont Rufus

 

Au contraire, du côté de Cradle Mountain nous n’avons pas eu le même ressenti, pour différentes raisons :

  • Le parc semble être victime de sa réputation : entre les marcheurs d’un jour et les trekkeurs venus se lancer sur l’Overland, les chemins de randonnées étaient quelque peu bondés. Difficile de prendre une photo sans personne devant et d’apprécier réellement les points de vue, tous pris d’assaut.
  • Les infrastructures sont assez développées : les parkings situés juste devant le départ des randonnées sont limités à quelques dizaines de voitures. Tôt le matin, on ne pouvait déjà plus y accéder. Un système de navettes permet d’être déposé, mais les premières que nous avons voulu prendre étaient déjà pleines et il n’était pas possible de monter à bord. L’attente dans ce cas peut être longue si l’on n’attend pas directement au premier arrêt.

 

Nous avons tout de même pu nous extraire du flot de randonneurs après quelques heures de marche, sur le chemin du retour. En suivant un petit chemin de terre qui longeait Cradle Mountain au lieu de tenter l’ascension du mont, nous nous sommes éloignées du chemin principal. Ce petit détour nous aura permis de bénéficier de vues incroyables sur quelques lacs du parc, et sans personne pour nous gêner !

 

Le petit chemin qui contourne le mont Cradle

 

Le lac Dove mais depuis l’autre côté !

 

Les paysages offerts par le parc national de Cradle sont magnifiques, mais le lieu est victime de son succès. Même si l’Overland Track est limité à 60 personnes par jour en haute saison, il y avait beaucoup de monde. Pourtant, à quelques kilomètres de là, un autre parc tout aussi beau et faisant partie de la zone UNESCO est complètement ignoré des randonneurs.

 

L’Overland Track et le mont Cradle

 

 

Le parc national des Walls of Jerusalem

Moins connu, le parc national du Walls of Jerusalem est situé juste à côté de Cradle Mountain. Sa particularité : il n’est accessible qu’à pied, aucune route ne traverse le parc. Il faut laisser sa voiture dans un parking à quelques kilomètres de l’entrée puis marcher pour l’atteindre. Une journée de randonnée ne suffit pas pour le découvrir, nous avons donc opté pour un trek de deux jours, le minimum.

 

Plusieurs éléments nous ont surpris dans ce parc.

  • Les noms tirés de la Bible : le parc a été nommé d’après les murs de Jérusalem, auxquels ses caractéristiques géologiques ressembleraient, à savoir un haut plateau entouré de monts. En conséquence, de nombreux autres noms de lieux au sein du parc portent des noms bibliques, comme le trône de Salomon, le bassin de Bethesda, le pic du roi David, les joyaux de Salomon, la porte d’Hérode, etc. Ces noms donnent aux lieux un aspect un peu mystique, exacerbé par le fait que nous étions quasiment seuls à marcher dans le parc.

 

Le bassin de Bethesda, un endroit magnifique où la montagne se reflétait dans l’eau !

 

  • Le réseau hydraulique : le parc est strié de canaux d’eau de source complètement cristalline et de lacs alpins plus ou moins grands. On la trouve en grande quantité dans le parc. Partout, on la voit jaillir directement du sous-sol et s’épanouir entre les massifs végétaux. Cette eau est tellement pure qu’on peut observer des vasques profondes immergées et recouvertes de mousses et de plantes aquatiques. Elle est apparemment potable et nous n’avons eu aucun problème à la consommer pendant deux jours. Les paysages du Walls of Jerusalem nous ont semblé vraiment singuliers et nous n’avons jamais rien vu de similaire ailleurs en Tasmanie.

    L’eau parfaitement transparente

 

Le réseau de canaux

 

  • Le peu d’infrastructures : le parc est quasiment resté sauvage, presque rien n’a été installé pour aider les randonneurs. Il n’y a qu’un seul camping aménagé situé à quelques kilomètres du parking d’accès au parc, constitué de plateformes en bois et de toilettes sèches. De ce camping, Wild Dog Creek, le chemin est formé de platelages en bois, jusqu’à une autre aire de camping nommée Dixon’s Hut, qui cette fois n’est pas aménagée. Si on veut continuer à marcher au-delà de ce camping, il faut trouver soi-même son chemin dans les marais et la végétation sur environ 2 kilomètres. Aucun sentier n’a été tracé pour préserver la flore, il faut donc avancer prudemment et bien s’orienter avec une carte pour ne pas se perdre. Dans ces cas-là, si on est en groupe, il est recommandé de ne pas marcher l’un derrière l’autre pour ne pas abîmer la végétation et créer un sentier visible qui pourra être de nouveau emprunté par d’autres personnes. Les groupes constitués de plus de 6 personnes ne sont par ailleurs pas encouragés à venir dans le parc parce que leur impact sur l’environnement sera forcément plus important. L’objectif est vraiment de maintenir le parc le plus sauvage possible et d’en préserver la nature.

 

Notre campement, sans plateforme en bois !

 

  • La faune : étant donné que le parc n’est pas très fréquenté, la faune y abonde. Il est possible de voir plusieurs espèces de marsupiaux tout au long de la randonnée, et surtout pendant la nuit. Kangourous, possums, wombats… ils sont nombreux à vivre dans la végétation basse et à laisser leurs excréments absolument partout ! Après notre nuit de camping, nous sommes partis dans les marécages seuls étant donné qu’il n’y avait plus de chemin et nous avons observé dans les flaques d’eau des petits os… En avançant encore et en suivant ces traces, nous avons eu la chance de tomber sur un terrier de diable ! Nous n’avons pas pu voir l’animal lui-même, étant nocturne il devait probablement dormir au chaud à l’intérieur, et c’est certainement mieux ainsi, étant donné qu’il s’agit d’un animal très agressif…

 

Le terrier de diable avec les os

 

  • Les anciennes maisons de trappeurs : le parc national des Walls of Jerusalem a été un lieu de chasse au XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est la découverte du cèdre de Tasmanie qui accélère le développement de la chasse à cette époque. Ce bois permet aux trappeurs de faire sécher les peaux des animaux directement sur place, dans les montagnes. Très vite, les chasseurs construisent des petites maisons en bois pour passer l’hiver à chasser, saison pendant laquelle les animaux portent une fourrure plus épaisse pour se protéger du froid.
    Pendant nos deux jours de randonnée, nous avons croisé deux anciennes huttes de trappeurs. La première, construite en 1946 par deux frères trappeurs et leur oncle, a la particularité d’être divisée en deux parties : la pièce à vivre et la pièce où étaient mises à sécher les peaux. En principe, les trappeurs construisaient plutôt deux huttes différentes, l’une pour vivre et l’autre pour mettre à part les peaux. Dans cette région, c’est la chasse au collet qui est pratiquée, c’est-à-dire qu’on place des pièges sur les sentes des animaux pour les attraper. Cette technique de chasse, qui a débuté au milieu du XIXe siècle, connaît son apogée dans les années 1930-1940. Au moment où les frères Dick et Ray « Boy » Miles, accompagnés de leur oncle Roy Walters, construisent leur hutte en 1946, cette tradition commence à décliner. Le métier de trappeur est difficile et requiert de vivre dans des conditions isolées et marquées par les intempéries. La fluctuation des prix des peaux rend le métier encore plus incertain. La pratique de la chasse au collet, considérée de plus en plus comme cruelle envers les animaux, est continuellement régulée jusqu’à être complètement interdite en Tasmanie. La hutte a été utilisée comme base par les trois hommes pendant huit ans, avant de n’être plus utilisée que de manière occasionnelle.
    La seconde hutte que nous avons vue a été construite également par Ray « Boy » Miles et quelques compagnons. C’est à l’âge de 5 ans que Boy se rend pour la première fois dans la région avec son père, un éleveur de bétail. Il y apprend à pêcher et chasser, et il surveille les animaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier de guerre et retenu dans un camp japonais. A la fin de la guerre, il décide de retourner dans le centre de la Tasmanie pour y chercher apaisement et réconfort. Il meurt en 1978 pendant la construction d’une nouvelle hutte. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des meilleurs trappeurs du XXe siècle.
    D’autres huttes sont dispersées dans le parc, en pleine nature. Il n’est pas possible de dormir à l’intérieur.

 

La hutte de trappeur des frères Miles

 

Le parc national des Walls of Jerusalem offre des paysages incomparables. Entre ses lacs et ses canaux d’eau cristalline, nous avons adoré chaque instant de ce trek.

 

 

Le lac Ball

 

La vue depuis le sommet du Trône de Salomon : on peut bien voir l’eau présente dans toute la vallée

 

 

Le parc national Southwest

Enfin, le parc national Southwest est le plus grand des parcs nationaux de Tasmanie, l’un des plus isolés et difficiles d’accès. Une route goudronnée mène au barrage Gordon et une piste de terre rejoint le barrage du pic Scott, c’est tout. Pour découvrir le parc, il faut marcher ! Là encore, la meilleure option pour découvrir sa nature sauvage est de partir plusieurs jours en trek. Etant donné notre équipement quasiment inexistant et la météo, nous avons décidé de faire plusieurs randonnées d’une journée. Ce sont ces journées de marche qui nous ont probablement offert les plus beaux panoramas de Tasmanie, voire d’Australie.

 

Les Monts Eliza et Anne

La première journée a été consacrée à l’ascension du Mont Eliza et du Mont Anne.

 

Le Mont Eliza

 

Le Mont Eliza culmine à 1272 mètres. La randonnée pour monter jusqu’au sommet est difficile. On commence par des volées de marches inégales sur plusieurs kilomètres. Le dénivelé est important et la pente est raide. Après les marches viennent les rochers, qu’il faut escalader. Certaines parties sont vraiment périlleuses, le chemin n’est plus vraiment indiqué et c’est à nous de trouver un passage parmi les roches en équilibre. Nous avons croisé plusieurs personnes qui avaient décidé de faire demi-tour tellement ils avaient peur. Passer de rocher en rocher au-dessus du vide est plus qu’incertain, surtout qu’ils ne sont pas tous stables. Il faut vraiment avancer prudemment.

 

Les énormes rochers sur lesquels il faut grimper et le lac Pedder en arrière-plan

 

Arrivés au sommet, on est largement récompensés par une vue magnifique sur le lac Pedder et ses îles, dont le Mont Solitaire et le pic Scotts. Ce point de vue incroyable ne marque toutefois pas la fin de la randonnée. Pour ceux qui ont soif de beaux paysages et veulent continuer à en prendre plein les yeux, il faut alors continuer vers le Mont Anne.

 

La vue depuis le mont Eliza

 

Les kilomètres suivants sont beaucoup plus reposants, ils permettent de traverser le Plateau d’Eliza et ses petits lacs d’altitude. En s’approchant du précipice, il est possible d’apercevoir le lac Judd dans la vallée en contrebas. A partir de ce moment, on a vraiment l’impression de s’immerger dans une nature complètement sauvage.

 

Un lac alpin sur le plateau d’Eliza

 

Le lac Judd

 

Après le plateau, un passage conduit jusqu’au pied du Mont Anne, le plus haut sommet du Southwest. Là encore, le chemin se transforme en un énorme amas de rochers qu’il faut descendre. Un autre passage difficile et dangereux. Pour notre part, c’est à la fin de cette partie que nous avons décidé de rebrousser chemin. Arrivés au pied du mont, nous nous sommes aperçus que l’ascension finale allait être vraiment ardue… Le sommet est très escarpé, et la fin de la randonnée consiste en de l’escalade pure de parois verticales, formées d’énormes colonnes de dolérite lisses. Nous n’avons pas osé grimper sans matériel, et nous avons vu les deux groupes qui nous précédaient et qui avaient entamé l’ascension faire demi-tour avant d’atteindre la moitié. Il est certainement possible d’atteindre le sommet sans matériel, mais ça paraît extrêmement risqué étant donné qu’il faut escalader sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur sans protection !

La randonnée qui mène au pied du Mont Anne ne manque toutefois pas de charme. On traverse des paysages à couper le souffle, avec des points de vue fabuleux sur le parc national. On est vraiment au cœur de la chaîne de montagnes, les pics disparaissant les uns derrière les autres dans une ligne qui semble presque infinie. Dans les vallées, il est possible d’apercevoir des lacs complètement inaccessibles, nichés en altitude entre les monts. Ces paysages majestueux sont dominés par le Mont Anne et ses pics de dolérite.

 

La vue sur les montagnes du Southwest depuis le pied du mont Anne

 

Le Mont Wedge

Après cette première journée de marche, nous étions enchantés. Pour découvrir encore un peu plus le parc, nous sommes partis à la découverte du Mont Wedge. Cette randonnée est beaucoup plus courte et plus facile que celle qui monte jusqu’au mont Eliza. La pente est raide là encore, mais le chemin est vraiment bien indiqué et il y a des repères partout sur les arbres. Il n’y a pas d’obstacles majeurs sur la route, quelques rochers ici et là mais dans l’ensemble c’est un chemin de terre tamisée.

La majeure partie de la randonnée se fait dans la forêt, ce qui fait qu’on ne voit ni le sommet ni la vue sur la vallée. Au fur et à mesure que l’on gagne en altitude, la végétation change. Ce n’est qu’en arrivant à la fin, alors qu’il reste quelques centaines de mètres avant le sommet, qu’on émerge enfin des arbres et que la vue sur le lac Gordon et les montagnes s’offre à nous. Cette fois, nous avons vu sur le lac Pedder d’un côté, et sur le lac Gordon de l’autre, séparés par des chaînes montagneuses incroyables. La vue au sommet est sensationnelle, un 360 degré parfait sans aucun obstacle.

 

Le lac Gordon depuis le mont Wedge

 

La chaîne de montagnes Sentinel vue depuis le mont Wedge

 

Les barrages et les lacs

Les lacs Pedder et Gordon que l’on voit si bien depuis le sommet du Mont Wedge sont en réalité des lacs artificiels, créés par plusieurs barrages construits dans les années 1970. Les barrages Serpentine, du pic Scott, Edgar et Gordon ont été mis en service par la Hydro-Electric Commission afin de fournir la Tasmanie en énergie hydro-électrique. Les deux lacs, reliés par un canal, forment la plus grande réserve d’eau en Australie mais ont été l’objet de controverses importantes.

Le lac Pedder était à l’origine un lac glaciaire, constitué de caractéristiques géologiques uniques au monde. En plein cœur de la zone de nature sauvage de Tasmanie, le lac était un lieu de randonnée important. Les barrages ont eu pour effet de créer un réservoir de plus grande taille, qui a englouti le lac naturel et transformé son paysage, sa taille et son écosystème. Ces barrages ont donc été grandement contestés, leurs détracteurs souhaitant préserver la nature tasmanienne, sans succès. Les groupes sont toujours actifs aujourd’hui et prônent la restauration de l’ancien lac.

 

Le mont Solitaire au milieu du lac Pedder

 

Quant au lac Gordon, ce projet a été le plus controversé mais il a tout de même vu le jour. Les barrages ont des conséquences à la fois sociales et environnementales : ils impliquent parfois le déplacement de populations, l’inondation de sites culturels aborigènes, la modification d’habitats naturels, la destruction d’écosystèmes, etc.

 

Le barrage Gordon

 

Malgré tout, le barrage du lac Gordon est un impressionnant ouvrage de génie civil, coincé entre deux pans de montagnes escarpées. Nous avons pu marcher au centre de l’arche d’où la vue plongeante donne des frissons. Du haut de ses 140 mètres, c’est le plus haut barrage d’Australie.

 

Depuis le haut du barrage, 140 mètres au-dessus du vide !

 

Un autre projet de barrage sur les rivières Gordon et Franklin, appelé Gordon-below-Franklin, devait voir le jour dans les années 1970 mais a été abandonné dans les 1980 après le classement UNESCO de la zone de nature sauvage de Tasmanie en 1982.

L’eau reste une ressource dont la gestion est difficile en Australie, réputée être le continent le plus sec du monde. Cependant la controverse liée au barrage Gordon-below-Franklin montre que le gouvernement a souhaité donner raison à la protection de la nature plutôt qu’au développement économique.

 

Protection des parcs nationaux

Au final, Cradle Mountain est le parc le plus réputé de Tasmanie, celui qu’il faut absolument visiter d’après tous les guides. Ce n’est pas celui que nous avons préféré. Rendu accessible pour les touristes, il est du coup très fréquenté. Les autres parcs du Wilderness, moins connus mais d’autant plus beaux, offrent une nature mieux préservée, presque immaculée, parce qu’ils sont plus difficiles d’accès et que moins d’infrastructures ont été conçues pour le confort des visiteurs. Pour visiter le Southwest ou les Walls of Jerusalem, il faut être prêt à laisser son confort derrière soi pour s’immerger dans une nature brute.

C’est probablement le meilleur moyen de protéger : en laissant la nature à l’état pur. Nous l’avons vu, l’impact humain dans le Southwest et les Walls of Jerusalem est minime. Pour continuer sur cette voie, il est interdit de faire du feu dans ces parcs, et la pêche a également été interdite dans le Southwest. Bien sûr, il est aussi interdit de nourrir les animaux sauvages et il faut garder ses déchets sur soi. Un minimum d’infrastructures ont été installées, destinées surtout à la protection de la flore et non à faciliter la marche pour les visiteurs. Ces derniers ne sont pas autorisés à sortir des sentiers balisés pour ne pas abîmer la végétation fragile, sauf dans les cas où il n’y a plus de chemin.

L’offre touristique au sein de la Zone de nature sauvage de Tasmanie est concentrée sur Cradle Mountain. Les autres parcs en sont d’autant plus protégés. Nous étions venus chercher une nature intacte, c’est ce que nous avons trouvé.

Une conscience écologique en Australie ?

Une conscience écologique en Australie ?

L’Australie est un pays quatorze fois plus grand que la France, avec trois fois moins d’habitants. Pourtant, le pays est l’un des dix plus gros pollueurs du monde. L’économie du pays s’est développée autour du secteur minier et des énergies fossiles telles que le charbon. Tony Abbott, Premier ministre de 2013 à 2015, n’a pas souhaité réduire l’émission de gaz à effet de serre, étant lui-même climatosceptique ! Pour lui, l’Homme n’est pas responsable du réchauffement climatique.

Et effectivement, en un an de voyage tout autour de cette île gigantesque, nous avons fait parfois face à des situations qui nous ont surprises en matière de préservation de l’environnement. En voici quelques-unes.

 

L’utilisation à outrance des sacs plastiques

En arrivant à Sydney en avril l’année dernière, nous avons été surpris de constater que tous les magasins distribuaient gratuitement des sacs plastiques. En France, la distribution des sacs plastiques a drastiquement diminué depuis des années, il est devenu rare d’en trouver dans les supermarchés, d’où notre étonnement.

Certains Etats d’Australie ont commencé à interdire les sacs de ce type. Nous n’en avons pas vu ni en Tasmanie, ni en Australie-Méridionale ni dans le Territoire du Nord. En revanche, les Etats les plus peuplés, la Nouvelle-Galles du Sud, le Queensland, le Victoria et l’Australie-Occidentale en distribuaient.

Ce qui est fou c’est qu’en faisant nos courses, nous nous retrouvions parfois avec une bonne dizaine de sacs dont nous ne savions plus que faire. Chaque caissière a encore pour tâche de mettre les produits dans les sacs. Un unique paquet de rouleaux de papier toilette va par exemple être mis dans un sac. Une bouteille d’eau, parce qu’elle est lourde, va être mise dans deux sacs l’un dans l’autre. Si l’on achète un seul article, la question ne se pose pas, il est mis instinctivement dans un sac plastique par l’employé de caisse. En Australie, c’est un excès irréfléchi !

Les sacs plastiques ont une longue durée de vie, ils ne se décomposent pas. De ce fait, le nombre de ceux que l’on retrouve dans la nature augmente chaque année un peu plus. Etant étanches et légers, ils peuvent flotter ou être emportés par le vent sur de longues distances. Les dégâts qu’ils peuvent faire sont considérables : les tortues marines, les dauphins ou encore les baleines peuvent les confondre avec de la nourriture – notamment des méduses – et les ingérer, ce qui va entraîner une lente agonie étant donné qu’ils sont incapables de les digérer.

Il est important de recycler, mais en une année nous avons constaté que l’Australie est aussi en retard sur ce point. Le verre, le carton et le papier ne sont jamais triés ! Dans les quelques maisons où nous avons été accueillis, nous n’avions qu’une poubelle unique où tous les déchets étaient stockés. Nous avons travaillé dans un restaurant où, chaque soir, nous mettions dans de grandes bennes plusieurs sacs poubelles remplis de tous les déchets du restaurants, sans aucun tri préalable.

 

Des décharges à ciel ouvert

Pire encore, nous avons à plusieurs reprises trouvé des décharges au milieu de nulle part.

Pendant notre volontariat dans la ferme de l’Outback, nous avons vite réalisé qu’il n’existait pas d’entreprise de traitement des déchets. Nelia étant un village quasi fantôme situé au milieu de nulle part, il était plus simple pour les fermiers de jeter directement leurs poubelles dans un énorme trou creusé au milieu du désert.

 

La décharge de Nélia

 

Pendant notre traversée du Nullarbor, nous nous sommes arrêtés un soir sur une aire de camping gratuite, et avons eu la joie de découvrir une autre de ces décharges. Cette fois, nous n’avons pas vraiment compris d’où pouvaient venir tous ces détritus, étant donné qu’il n’y avait aucun village ni aucune ferme aux alentours…

 

La décharge du Nullarbor

 

Enfin, notre dernier volontariat effectué dans la campagne de la Nouvelle-Galles du Sud nous a apporté son lot de surprises également. Alors que cette fois la propriété où nous vivions était située à seulement 3 km de la première ville, notre hôte préférait jeter toutes ses ordures dans un trou creusé à proximité de sa maison… Plus pratique pour lui. Et dans ce trou, nous trouvions des déchets hautement toxique pour l’environnement : fer, béton, câbles électrique. A noter aussi que des vaches viennent paître au bord de ce trou…

Et si ce ne sont pas à proprement parler des décharges sauvages, nous ne pouvons compter le nombre de carcasses de voitures, de vieux bidons, de pneus, de sommiers rouillés et d’objets ménagers abandonnés que nous avons vus au bord des routes et dans le bush tant il y en a.

 

Des voitures abandonnées dans l’Outback

 

Le gaspillage de l’eau

En plein Outback, il y a des kangourous, du sable rouge et quelques arbustes rabougris… Pourtant, les gens qui vivent là veulent à tout prix faire pousser du gazon. C’est ainsi qu’à Alice Springs, nous avons constaté que l’arrosage automatique tournait toute la journée pour ne pas que l’herbe des jardins ne finisse brûlée par le soleil. Le lit de la rivière est à sec quasiment toute l’année, pourtant les habitants trouvent le moyen d’utiliser l’eau courante pour arroser un gazon qui ne pourra jamais pousser de façon naturelle et dont on se demande bien comment ils comptent en profiter.

Dans notre ferme de l’Outback, on a fait plus ou moins face à la même situation. Les propriétaires, pour se débarrasser de mauvaises herbes vraiment tenaces, ont décidé de faire brûler un parterre de buissons. Le feu a aussi abîmé un conduit d’eau. La fuite était énorme, c’étaient des dizaines de litres d’eau qui s’écoulaient de tous les côtés à la minute. Mais le fermier a décidé de ne s’en occuper que deux jours plus tard. A ce moment-là, c’était quasiment un lac qui s’était formé. Située sur une immense nappe phréatique appelée Bassin artésien, la ferme jouit d’une eau courante presque illimitée toute l’année, c’est pourquoi notre hôte n’avait pas jugé utile de couper l’eau immédiatement.

Nous qui voyagions en campervan, nous avons fait très attention à nos réserves d’eau. Nous avions quatre bidons de 10 litres d’eau chacun et qui pouvaient nous servir jusqu’à 10 jours. Nous remplissions nos bidons avec de l’eau potable lorsque nous pouvions avoir accès à un robinet gratuit dans les villes. Cette mission s’est parfois avérée délicate tant l’eau manque dans certaines parties de l’Australie. Nombre de fois, nous avons pourtant vu les villes arroser au petit matin le carré de gazon du parc ou le stade qui allait brûler sous le soleil quelques heures plus tard. Ces mêmes villes qui refusaient de laisser un accès à l’eau potable pour les voyageurs pour cause de « manque d’eau ». Dans l’excès encore une fois.

 

Le parc national de Nambourg et ses pinacles

Ce paysage est connu juste au nord de Perth. Ces formations rocheuses dispersées sur un désert de sable jaune intriguent tant les scientifiques qui cherchent à découvrir leurs origines que les visiteurs qui viennent les photographier.

Des chemins de randonnées jalonnent ce petit désert : on peut se promener tranquillement et s’imprégner de l’atmosphère donnée par les milliers de pinacles dressés sur le sable. Ces véritables sculptures de pierre sont de tailles et de formes différentes. Les plus hauts atteignent les 3,5 mètres. Sous la lumière déclinante de la fin du jour, les ombres de ces aiguilles rocheuses s’allongent et le désert s’embrase. Caché au milieu des piliers de pierre, un kangourou sort timidement la tête pour nous regarder. C’est le moment idéal pour prendre une photo et capter cette ambiance si particulière, comme hors du temps.

C’est aussi le moment choisi par deux jeunes australiens pour démarrer une course de voitures au milieu du désert. Les moteurs vrombissent, le kangourou s’enfuit, paniqué.

 

Une voiture qui circule au milieu des pinacles

 

Difficile à concevoir, mais une route permet aux véhicules tous terrains de circuler, au détriment des piétons mais aussi des animaux qui vivent là. Les chemins de randonnée, qui nous semblaient pourtant suffisants pour voir le parc, sont coupés ça et là par une route qui traverse le désert des pinacles. Il faut faire attention en se baladant, certains conducteurs n’étant pas attentifs voire irresponsables comme ces deux jeunes qui ont pris le désert pour un terrain de jeu.

 

La route des pinacles

 

Les plages et les 4×4

L’Australie est un pays réputé pour ses plages de sable blanc, son eau turquoise, ses coraux et ses surfers… Et c’est certainement dans l’Etat d’Australie-Occidentale que nous avons vu les plages les plus paradisiaques. Seulement certaines de ces plages étaient accessibles aux 4×4.

Cable Beach, la plage principale de Broome, est réputée pour ses fabuleux couchers de soleil avec les caravanes de dromadaires. Nous avons eu la surprise de voir qu’une partie de la plage pouvait être empruntée par les véhicules, la même partie où se déroule le tour en dromadaire. Les caravanes slaloment entre les 4×4 arrêtés face à la mer. On est loin de l’image de rêve qu’on nous avait vendue. Cette plage est aussi un lieu de ponte des tortues de mer, et nous avons vu des nids entourés de plastique rouge pour montrer qu’il faut les éviter et ne pas écraser les œufs…

 

Le tour en dromadaire au milieu des 4×4, le rêve !

 

Dans le parc national de Cap Legrand, Lucky Bay est certainement pire. Nous en avions beaucoup entendu parler, et pour cause ! une plage de sable blanc idyllique sur laquelle viennent jouer des kangourous. Ça semble trop beau pour être vrai. Effectivement, on ne parle pas des centaines de 4×4 qui prennent la plage pour une autoroute. En plein après-midi, on vient s’allonger pour bronzer et respirer les pots d’échappement, dans le hurlement des moteurs. Des enfants jouent littéralement au milieu des voitures. Quant aux kangourous, nous en avons bien aperçu deux, apeurés, qui ont sauté le long de l’eau en évitant les véhicules. Tout ce chaos est encadré par un ranger qui tente de réguler la vitesse des voitures. « C’est un vrai cauchemar » nous confie-t-il, accablé. « Des accidents se sont déjà produits ces dernières années » ajoute-il. D’après lui, ce sont les habitants de la région qui se battent contre l’administration du parc national pour maintenir l’accès aux véhicules sur cette plage. Un véritable désastre.

 

Lucky Bay, entre 4×4, piétons et kangourous !

 

L’autre plage célèbre du parc, Cape Legrand Beach, est également accessible aux véhicules et après notre expérience à Lucky Bay, nous avons préféré faire l’impasse dessus.

La déception a fait rapidement place à l’incompréhension. Pourquoi autoriser l’accès aux 4×4 sur ces plages ? Les gens qui y viennent ne semblent pas dérangés par la circulation des voitures et laissent leurs enfants jouer au milieu du trafic, malgré la dangerosité évidente de la situation. Pourtant, il y a bien des parkings juste à côté de Cable Beach et de Lucky Bay. N’importe qui pourrait y laisser son véhicule et simplement marcher quelques dizaines de mètres pour se retrouver sur la plage. Mais les Australiens et les touristes préfèrent visiblement ne pas se fatiguer et conduire pour se garer directement sur la plage, à notre grand désarroi.

 

Les dizaines de voitures garées le long de Lucky Bay

 

En plus d’être dangereux, les véhicules polluent également ces plages : on a pu voir les sillons creusés dans le sable par les pneus des véhicules, de l’huile de moteur sur le sable immaculé… Un beau gâchis.

 

L’exploitation du métal et du gaz

L’Australie est un pays qui regorge de matières premières minérales. Elle détient d’ailleurs les plus grosses réserves d’uranium, de zinc, de plomb et de nickel du monde. C’est l’un des premiers pays exportateurs de minerais, et une partie de son économie repose donc sur le secteur minier. Environ 400 mines sont exploitées en Australie.

En roulant dans l’Outback, nous avons souvent aperçu d’énormes chantiers miniers ainsi que des trains immenses remplis de minerais. La mine que nous avons pu voir d’un peu plus près est celle de Marandoo, située dans l’Etat d’Australie-Occidentale. Entourée du parc national de Karijini, on peut la voir depuis le sommet du Mont Bruce. Il s’agit d’une mine de minerai de fer qui appartient au groupe Rio Tinto.

 

La mine de Mandaroo vue du sommet du Mont Bruce

 

Ce groupe industriel vient d’annoncer, en mars dernier, la vente de sa dernière mine de charbon. Plus soucieux de l’environnement et du réchauffement climatique, Rio Tinto souhaite se désengager de l’extraction de cette énergie fossile. Il a été prouvé qu’à la fois l’extraction et l’exploitation du charbon émettent de grandes quantités de CO2 et peuvent entraîner la pollution de nappes phréatiques. L’Australie était le troisième producteur mondial de charbon en 2016.

Si le géant minier fait un pas en avant avec cette décision, il en fait aussi un en arrière avec le projet Amrun. Situé sur la péninsule du Cap York, ce projet est dénoncé par les associations écologiques et destiné à étendre les activités d’une mine déjà existante – South of Embley. Il inclut la construction d’énormes infrastructures telles qu’un port, une centrale électrique, des ateliers et hangars ainsi qu’une usine de transformation entre Weipa et Aurukun et verra la destruction de 30 000 hectares de forêts et jungles intouchées. Le gouvernement australien a approuvé le projet en 2013, en l’assortissant de 76 conditions visant à limiter son impact écologique, notamment sur la Grande Barrière de corail.

Le gouvernement australien soutient également un autre projet d’envergure : la mine Carmichael du groupe Adani, projet également dénoncé par les associations écologiques et dont nous parlions déjà ici.

Les mines perturbent le relief par la construction de routes, d’infrastructures destinées à l’exploitation des ressources et l’excavation même du terrain. L’utilisation de produits chimiques ou encore les déchets et les émissions de CO2 qu’elles émettent peuvent aussi affecter la faune et la flore et les ressources hydrauliques. Sans parler des milliers de camions à cinq remorques remplies de minerai qui sillonnent l’Outback. Ces projets gigantesques auront forcément des impacts sur le long terme.

 

Un train de minerais, composé de centaines de wagons

 

Enfin, lors de notre passage à Darwin, nous avons eu l’opportunité d’accompagner l’une de nos hôtes à une manifestation contre le fracking ou fracturation hydraulique. Il s’agit d’une technique qui consiste à injecter des produits chimiques pour fracturer des roches et permettre l’extraction notamment du gaz de schiste. Le Territoire du Nord, qui interdisait cette pratique depuis plusieurs années, a finalement levé cette interdiction en avril dernier. Pourtant, l’impact du fracking sur l’environnement peut être très néfaste, les liquides d’injection pouvant contaminer les nappes phréatiques. Le territoire pense avant tout au développement économique engendré par cette mesure : création d’emplois, investissements, exploitation du gaz de schiste… Nos hôtes à Darwin étaient bien conscients des risques et avaient fabriqués des t-shirts « No Fracking » que nous avions aidé à vendre durant la manifestation.

 

L’utilisation des animaux

En Australie nous avons été choqués par l’utilisation touristique qui est faite des animaux.

Dans tous les territoires que nous avons traversés, nous avons vu comme offre touristique la possibilité de visiter des zoos – souvent appelés « refuges », « orphelinats » ou « sanctuaires » – et de caresser et nourrir des animaux, voire même se prendre en photo avec eux dans les bras.

Si l’exploitation des tigres et des éléphants à des fins touristiques en Asie fait polémique, on oublie que les pratiques australiennes ne sont pas plus respectables. Prendre un kangourou, un koala ou un bébé alligator dans ses bras, les nourrir, faire une balade à dos de dromadaire, appâter un crocodile ou un requin blanc, nourrir des dauphins, observer des diables de Tasmanie maintenus en cage… voici quelques-unes des activités proposées qui font passer le plaisir de l’homme avant celui de l’animal.

Beaucoup d’espèces sont endémiques en Australie et la plupart d’entre elles sont menacées. Voir ces animaux rares fait donc en quelque sorte partie du voyage. Nous-mêmes avons pu observer des koalas, des casoars ou des ornithorynques. Jamais pourtant nous n’avons payé pour les voir, encore moins pour les approcher de près, et surtout pas pour les toucher et les nourrir.

Le sujet emblématique est celui des koalas. L’une des photos souvenirs la plus facile à se procurer est celle d’un koala tenu dans ses bras. Il suffit pour cela d’aller dans n’importe quel refuge vendant l’attraction, de payer gracieusement ses deux minutes de bonheur et de repartir gaiement la photo dans la poche. Un koala n’est pas une peluche ! Certains Etats australiens l’ont bien compris et ont déjà interdit cette pratique, comme le Victoria ou la Nouvelle-Galles du Sud. Le Queensland et l’Australie-Méridionale sont les deux seuls Etats à poursuivre cette pratique.

 

Venez prendre un koala dans vos bras pour faire une photo !

 

À l’hôpital des koalas de Port Macquarie – structure associative qui vient en aide aux koalas blessés – on nous l’a dit : le koala n’aime pas l’homme, le porter ou le nourrir nuit à sa santé. Dans ces zoos qui vendent une photo, on tient pourtant un koala éveillé, apathique, et on le passe de bras en bras pour le plaisir des touristes. Et on ose en plus nous parler de protection de l’espèce.

Dans tous ces pseudos « orphelinats », les animaux sont très bien traités et soignés, or les structures ont besoin de l’argent des touristes pour vivre et continuer à soigner les animaux. Le problème est que les touristes ne veulent pas donner leur argent s’ils n’ont pas une forme de compensation derrière, autre que simplement voir l’animal au loin. Alors, il faut toucher, il faut nourrir. Le mensonge de ces zoos est de nous faire croire que l’on fait une bonne action en les aidant alors qu’on ne fait que nuire aux animaux en leur provoquant énormément de stress.

En Tasmanie, l’animal emblématique est bien sûr le diable. Nous avons été vraiment déçus de ne pas y trouver de refuge ou d’hôpital comme celui des koalas à Port Macquarie. Pour voir ces animaux – de plus en plus rares car décimés par une tumeur faciale – il faut payer l’entrée de zoos. Les touristes adorent venir les voir pendant l’heure des repas : les diables sont très agressifs et en viennent à se battre pour la nourriture, qui constitue l’attraction principale vendue par tous les zoos. Nous n’avons pas trouvé de structures qui s’occupent d’eux de manière bénévole comme le fait l’hôpital des koalas de Port-Macquarie, ou qui recueillent des diables blessés. Ne voulant pas payer une entrée à 30$ comprenant des sacs de graines à donner aux kangourous et pademelons du zoo, nous avons préféré ne pas aller voir de diables enfermés dans des cages. Nous aurons tout de même vu un terrier de diable pendant notre trek dans le Walls of Jerusalem National Park !

Dernière attraction honteuse : la cage aux requins ! Il s’agit d’aller en mer et de plonger quelques minutes (moyennant plusieurs centaines de dollars) dans une cage immergée. Ensuite, il faut attendre la venue des requins blancs. Evidemment, il est rare que les requins viennent par eux-mêmes, il faut donc les appâter en utilisant du sang frais et des morceaux de viande. Pour effrayer les plongeurs, les appâts sont tendus tout près de la cage pour exciter les requins et les faire attaquer. Naturellement, le requin blanc n’attaque pas l’homme mais cette pratique tend à modifier le comportement des squales, qui vont associer homme avec nourriture. On dénature leur comportement naturel en les excitant. Certains peuvent aussi se blesser en nageant trop près de la cage, qui bouge à cause du mouvement de l’eau.

A quel moment va-t-on cesser d’être aussi égoïste et d’utiliser les animaux pour notre petit plaisir ?

Nous ne comprenons pas cette utilisation massive et excessive des animaux comme de simples jouets et peluches à touristes. Nous nous opposons strictement à dépenser une quelconque somme pour voir, toucher ou nourrir des animaux. Et nous dénonçons ces pratiques, d’autant qu’il est très facile d’observer des animaux dans leur milieu naturel en Australie ; la faune abonde dans les parcs nationaux et le désert.

 

La préservation de l’environnement ne nous a pas semblé être une priorité en Australie. A nous, touristes, de voyager de manière plus éclairée et responsable.

 

Découvrir la péninsule de Tasman : trek jusqu’au Cap Pillar

Découvrir la péninsule de Tasman : trek jusqu’au Cap Pillar

La Tasmanie est réputée pour ses parcs naturels et leurs paysages somptueux. Pour découvrir un peu mieux la Péninsule de Tasman, située au sud-est de l’île, nous sommes partis en trek pendant deux jours. Notre objectif était d’atteindre le Cap Pillar et ses falaises vertigineuses qui offrent une vue prodigieuse sur l’île Tasman.

 

Les falaises le long de la randonnée jusqu’au Cap Pillar

 

Le départ se fait depuis Fortescue Bay. C’est d’ailleurs dans le camping de Fortescue que nous avons décidé de passer la nuit précédant le départ. Nous avons suivi l’itinéraire « classique », à savoir :
– Jour 1 : Fortescue Bay – Wughalee Falls Campsite – Cape Pillar – Wughalee Falls Campsite (24 km)
– Jour 2 : Whugalee Falls Campsite – Fortescue Bay (8 km)

On remarque d’emblée que les journées de marche sont complètement déséquilibrées, et c’est la principale difficulté du trek ! L’explication tient au fait qu’il n’y a plus qu’un seul camping ouvert aux randonneurs, Wughalee Falls. Autrement, le trek en lui-même ne présente pas vraiment de difficultés : le chemin est bien tracé et indiqué, il est impossible de se perdre. Et il n’y a pas énormément de dénivelé.

Il faut environ 2h depuis Fortescue Bay pour rejoindre le camping de Wughalee Falls. La randonnée monte en pente douce sur une bonne partie du trajet, mais ce n’est rien d’insurmontable. Le chemin s’enfonce dans la forêt de la péninsule : s’il n’y a rien d’exceptionnel à voir en termes de paysages, nous avons eu la chance de croiser deux kangourous, un échidné et un bon nombre de serpents.

 

La végétation à traverser pendant la première partie du trek

 

La partie de loin la plus difficile est celle qui descend jusqu’au camping. Pour arriver jusqu’aux plateformes en bois, il faut quitter le chemin principal et descendre une pente abrupte sur 850 mètres. C’est long et pénible, mais nécessaire : on a pu alors déposer nos affaires pour pouvoir continuer la suite du trek sans gros sac sur le dos.

Une fois notre campement installé, nous sommes repartis avec le strict nécessaire pour le reste de la marche : un pique-nique pour le déjeuner et de l’eau. Pour rejoindre le chemin, il faut remonter les 850 mètres et les deux grandes volées de marche. C’est vraiment la partie la plus physique, la suite est plutôt facile.

 

Notre campement

 

Après cela, il nous aura fallu environ trois heures pour parcourir les huit kilomètres qui nous séparent du cap. Environ 2 km après le camping, on quitte la Old Cape Pillar Walk pour entrer sur un chemin tout neuf, la Three Capes Walk. A partir de ce moment, le sentier est pourvu de platelages en bois plus ou moins longs sur lesquels il est très facile de marcher. Après un kilomètre de plus, on arrive à la Muson Hut, le chalet de luxe qui accueille les randonneurs de la Three Capes Walk.

 

Les nouveaux platelages de la Three Capes Walk

 

 

Le chalet

 

La Three Capes Walk est un concept nouveau en Tasmanie. Créé en 2015, il s’agit d’un trek de 46 kilomètres à parcourir en 4 jours. Jusque-là, rien de bien original. Mais les randonneurs doivent payer la modique somme de 495 $ pour pouvoir faire le trek ! Pourquoi une telle somme ? La Three Capes Walk est une marche limitée à 48 personnes par jour et qui allie marche dans la nature et confort. Le prix inclut trois nuits dans des chalets de luxe comportant des douches, des cabines privées ainsi que des salles communes et une cuisine équipée. Ainsi, les randonneurs n’ont pas besoin de porter leurs affaires de couchage ni leurs ustensiles de cuisine.

Pour la petite anecdote, lorsque nous sommes arrivés en vue du chalet, nous nous sommes extasiés devant son architecture et sa location au milieu de la forêt, avant de nous apercevoir qu’il ne s’agissait que des toilettes, placées à part ! Le véritable chalet se trouvait juste quelques dizaines de mètres plus loin. Construit entièrement en bois, l’abri offre un panorama à couper le souffle avec une terrasse qui se prolonge au-dessus de la mer.

 

La terrasse du chalet

 

Après avoir traversé le chalet, le chemin de randonnée continue sur à peu près deux kilomètres dans la forêt avant de déboucher enfin sur la mer. Ce sont les derniers kilomètres de marche qui sont de loin les plus beaux. Les falaises de dolérite paraissent d’autant plus vertigineuses qu’elles sont formées de piliers de pierre qui leur donnent cette forme élancée caractéristique, comme si elles avaient jailli directement de la mer. Le sentier offre aussi différents points de vue sur l’île Tasman, énorme rocher sur lequel on aperçoit encore un phare et trois maisons abandonnées.

 

Les falaises vertigineuses du cap Pillar

 

Vue sur l’île Tasman

 

Le dernier kilomètre est plus difficile : il faut d’abord descendre une longue volée de marches avant de pouvoir accéder à l’escalier qui grimpe tout en haut du Cap Pillar, sur la formation rocheuse nommée The Blade (La Lame). C’est depuis le sommet de ses piliers de dolérite que nous attend une vue à 360 degrés tout simplement époustouflante !

 

L’île Tasman depuis le haut de The Blade

 

Devant nous, l’île Tasman s’offre dans toute sa beauté. Autrefois recouverte d’une forêt, cette dernière a presque complètement disparu suite à la coupe des arbres pour le chauffage et à des incendies. Ne subsiste qu’une vaste plaine sur laquelle ont été érigés un phare, une station météorologique et quelques maisons. Ce phare, bien visible depuis le haut du Cape Pillar, est le dernier phare non automatisé à avoir été construit en Australie, et c’est aussi le plus haut du pays, la plaine culminant à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La construction du phare démarre en 1904 mais est rendue difficile par le caractère très isolé de l’île et la mer souvent déchaînée empêchant d’y accoster. En 1905, le premier gardien du phare et ses deux assistants s’installent sur l’île et commencent à cultiver des légumes le temps que le phare soit mis en fonction, en 1906. C’est dans les années qui suivent que l’île est progressivement dénudée, les assistants ayant régulièrement pour tâche de couper du bois pour le feu. Du bétail est aussi transporté et élevé sur l’île, plus de 500 moutons, chèvres, cochons et bœufs.

La vie sur l’île n’est pas des plus simples, et les gardiens de phare et leurs familles tombent souvent malades dû à leur isolement. N’étant pas en contact direct avec d’autres personnes, ils n’ont pas l’occasion de développer des anticorps et il est dit que la grippe a emporté au moins un enfant.

Le phare – ainsi que la station météorologique – est finalement automatisé en 1976, et le dernier gardien quitte l’île en mai 1977. Dès lors, les bâtiments de l’île sont abandonnés et se détériorent rapidement avant d’être inscrits au Registre du Patrimoine tasmanien en 1980 puis au Registre du Patrimoine du Commonwealth en 2004. Depuis 2005, des volontaires travaillent à la restauration des bâtiments.

Depuis la Lame, la vue est impressionnante : il ne faut pas oublier que l’on se tient à plus de 300 mètres au-dessus du vide. Les falaises de dolérite du Cap Pillar et de l’île Tasman comptent d’ailleurs parmi les plus hautes du monde. Tout en bas, sur les grèves escarpées de l’île, on peut aussi entendre une colonie d’otaries qui s’ébattent dans l’eau.

 

Depuis les hauteurs des falaises…

 

Si l’on se retourne, on profite d’un panorama dévoilant toute la Péninsule de Tasman. A droite, le cap Hauy ; à gauche le cap Raoul. La vue plongeante sur la forêt et les côtes déchiquetées de la péninsule compte parmi les plus belles que nous ayons eu l’occasion de voir en Tasmanie.

 

La péninsule de Tasman depuis le Cap Pillar

 

Après de longues minutes passées à contempler pensivement ce spectacle, il est temps de repartir jusqu’au camping de Wughalee Falls pour y passer la nuit, avant de rentrer le lendemain à Fortescue Bay. C’est plein de légèreté que nous entamons la marche de retour, des images plein la tête et un large sourire satisfait collé au visage après ce que nous venons de voir.

 

 

 

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