Chez les nomades de Mongolie

Chez les nomades de Mongolie

Il est 20h00 du soir. Il fait nuit noire sur Tsenkhermendal. Deux semaines plus tôt, un bus local nous avait déposés au bord de la route, devant l’un des restaurants de ce village perdu à 3h30 à l’est d’Oulan-Bator. Enfin, peut-on parler d’un village quand il ne s’agit que d’une dizaine de restaurants alignés le long de l’unique route bitumée qui relie la capitale mongole au reste du pays ? Disons qu’il s’agit plutôt d’un relais routier où les seuls visiteurs sont des conducteurs de passage, désireux de manger une soupe de mouton et de boire un verre de thé au lait avant de reprendre le volant. Nous avons atterri dans le restaurant de la famille d’Oyuna qui nous loge et nous nourrit en échange de quelques heures de travail quotidien.Voilà deux semaines que nous sommes en volontariat, et nous testons ce nouveau mode de voyage hors des sentiers battus, à la découverte de l’autre. Mais ce soir est un soir particulier. Il est 20h et nous attendons Tsegui et Bagui, deux amis d’Oyuna ; deux nomades qui vont nous accueillir quatre jours chez eux, au milieu des steppes mongoles.

S’enfoncer dans la nuit…

Nous entendons le vrombissement du moteur du véhicule qui va nous emmener. Nous sortons avec nos affaires et tombons sur une minuscule Hyundai remplie à ras bord de vivres, d’outils, de draps et d’affaires en tout genre.

Tsegui, toute souriante, nous serre la main, enchantée de nous rencontrer. Elle est habillée comme pour la ville, pantalon et pull chamarré, et porte des boucles d’oreilles. Bagui est un homme bedonnant et très souriant, en pantalon et bottes crottés. Il s’affaire à remplir la voiture de nos sacs et des quelques nourritures offertes par Oyuna.
Nous grimpons dans la voiture. Une odeur âcre de gaz flotte dans la carlingue et nous partons en pétaradant. Après trois kilomètres, le véhicule sort de la route et plonge le long du bas-côté sur une pente de gravier à peine perceptible, et nous nous enfonçons dans la nuit.

Il n’y a plus aucune lumière à l’horizon. Nous sommes dans le noir absolu. Seules les deux phares jaunes du bolide éclairent à dix mètres devant nous. Bagui s’arrête soudain. Une masse sombre nous barre le chemin, long serpent noirâtre. Une rivière qu’il faut traverser. Bagui respire un bon coup et s’élance. La voiture avance au milieu du cours d’eau et atteint la berge opposée sans difficulté. Le système au gaz n’aime pas l’eau. Le moteur tousse et manque de s’arrêter. Bagui rétrograde et la voiture repart de plus belle, comme si rien ne s’était passé.
Le trajet dure plus d’une heure. Nous franchissons deux autres rivières. Bagui fait de furieuses embardées pour éviter de gros cailloux. La voiture saute dans tous les sens, et nous aussi à l’intérieur, ballotés par l’état déplorable du chemin. Après près de 70 kilomètres d’effort, Tsegui nous annonce que nous ne sommes plus très loin. Nous ne voyons rien tant la nuit sans lune est sombre. La voiture s’enfonce de plus belle, roulant dans un champ boueux, évitant nids-de-poule et ornières profondes.

Nous nous arrêtons enfin. Nous y sommes. Le moteur souffle profondément, comme si l’air venait seulement de ré-atteindre ses poumons après dix minutes d’apnée. Dans la nuit, à la lueur des phares restés allumés, nous voyons une yourte. Max, un énorme chien poilu, vient nous renifler et nous saute dans les bras, tout excité de n’avoir vu personne de la journée.

Tsegui veut d’abord nous montrer les toilettes. Nous marchons une cinquantaine de mètres dans le noir. Les phares s’éteignent soudainement et nous ne voyons plus rien. La nuit nous submerge. La vraie nuit, profonde, pesante, sans source lumineuse. Le ciel étoilé est plus intense qu’à n’importe quel autre endroit. Nos yeux s’habituent à cette obscurité et des millions d’étoiles apparaissent et brillent sans que leur lumière ne nous atteigne. Plus fou encore, la voie lactée s’étend d’un bout de l’horizon à l’autre, arc de cercle parfait et séquence impossible à observer ailleurs que dans ces zones les plus reculées du monde. A notre gauche, nous entendons des moutons qui semblent être en grand nombre. Nous marchons entre les bouses de vache qui jonchent le sol. Et nous arrivons aux toilettes qui ne sont constituées que d’un trou creusé dans le sol entouré par trois parois de rondins de bois en guise de protection visuelle. Sensation d’un saut dans le passé. Plus tard, il faudra les retrouver.

Deux yourtes pour le prix d’une…

 

Nous revenons sur nos pas et rentrons dans la yourte du couple. Cette maison qui semble ridiculement petite de l’extérieur est en fait assez spacieuse une fois que nous sommes dedans. Deux lits, des seaux et quelques ustensiles entourent une petite table et un poêle à bois, essentiel pour chauffer le lieu et faire la cuisine. Bagui y insère des bûches et des bouses de vache toutes sèches. Le repas est assez sommaire : quelques légumes, des morceaux de viande, du pain, du yaourt caillé et du Tsai, sorte de thé noir au lait salé.

Le repas passe, nous digérons lentement, un peu groggys par le voyage. Tsegui et Bagui ne parlent pas anglais et c’est par gestes qu’ils nous invitent à remettre nos manteaux et à remonter dans la voiture. Nous ne comprenons pas vraiment ce qu’il se passe. Nous roulons à nouveau au milieu des steppes pendant presque trente minutes. Puis nous arrivons au bord d’une seconde yourte. Bagui active un nouveau feu dans le poêle central et la chaleur se diffuse agréablement. Nous nous mettons à l’aise, en tailleur sur les tapis et décidons d’offrir nos cadeaux : des chocolats et une bouteille de vodka que nous avons ramenés pour le couple. Ce que nous ne savions pas c’est qu’il est de tradition locale de finir les cadeaux dès la première nuit. Et c’est gaiement que Bagui nous sert des verres de vodka pure, les uns après les autres. Nous ne pouvons plus en avaler tant elle est forte mais il faut pourtant la finir. Après quelques nouvelles rasades, bien imbibés, nous entamons une partie d’osselets, jeu mongol traditionnel.

Et c’est ensuite que nous allons nous coucher. Tous les deux, serrés sous des duvets, sur un lit simple au cadre de métal. Tsegui et Bagui se couchent sur le lit simple qui est posé de l’autre côté de l’unique pièce.

Tsegui et Bagui : semi-nomade…

Il est aux alentours de 6h lorsque la lumière du jour naissant s’infiltre dans la yourte depuis le trou zénithal. Les dernières braises du poêle fument encore.

Nous nous levons immédiatement pour découvrir ce paysage que nous n’avions pas vu la veille au soir. Tsegui fait chauffer de l’eau pour un thé matinal puis sort s’occuper du fourrage des bêtes. Bagui est déjà en train de couper du bois. Nous baissons la tête pour passer la petite porte basse de l’habitation.

Et là, stupéfaction au milieu de nulle part. Au cours de nos vingt mois de voyage, nous en avons vu des milieux de nulle part. En fait, notre globe en est criblé. Partout, des « bout du monde ». Mais alors là, c’est sans pareil.

La yourte entourée d’enclos à bétail en bois est posée sur la pente naissante d’une colline. Autour de nous, le paysage vallonné et désertique se déroule à perte de vue, à des kilomètres à la ronde.

Des arbres décharnés poussent ici et là, tous secs et solitaires. A quelques encablures, un mont plus haut que les autres est entouré d’arbres rassemblés en forêt. En contrebas coule une rivière. Le paysage de fin d’automne est jaune, orange, ocre et marron. L’herbe est rase, brûlée par le gel nocturne. Les premières lumières du jour donnent une teinte rougeoyante à la nature. L’impression de sérénité est puissante. Nous sommes estomaqués par ce paysage hors du commun et peinons à croire ce que nous sommes en train de vivre.

Petite particularité, les enclos sont construits en bois et consolidés de bouses de vache séchées.

Nous reprenons rapidement la voiture pour retourner à la première yourte, celle où nous avions mangé le soir précédent. La petite Hyundai passe au milieu des champs, dans de véritables bourbiers que nul n’emprunterait par chez nous avec un si petit véhicule. Nous arrivons à la rivière qui serpente entre les monts. Elle est littéralement gelée et ce sont les roues de la voiture qui cassent la glace peu épaisse.

Tsegui et Bagui sont en fait des semi-nomades. Ils possèdent quatre yourtes qui ne bougent jamais d’emplacement et se situent à quelques kilomètres à vol d’oiseau les unes des autres, et chacune est utilisée à une saison différente. Nous arrivons justement au moment où le changement de yourte va s’opérer. C’est encore celle d’automne qui est utilisée pour les travaux de jour mais nous dormons dans la yourte d’hiver que Tsegui s’apprête à décorer pour la période d’hibernation.

Une journée bien rythmée

 

Mais la journée doit commencer. Le couple de Mongols a du pain sur la planche. Après un copieux petit déjeuner composé principalement de pain et d’öröm, de la crème grasse de lait, saupoudrée de sucre, la journée de travail commence. Les nomades de Mongolie ne pratiquent aucune sorte d’agriculture, la terre est bien trop aride pour ça.

Les Mongols sont un peuple d’éleveurs de bétail, et notre charmant couple perpétue la tradition. Il se partage avec une autre famille un troupeau de chèvres et de moutons d’environ deux cents têtes, une cinquantaine de vaches et de veaux, ainsi que deux chevaux utiles pour les travaux d’élevage.

Le troupeau d’ovins est relâché dans la steppe. Les animaux s’éloignent de quelques kilomètres mais restent toujours ensemble. Les hommes perchés sur leurs chevaux, et à l’aide du chien Max, galopent après les bêtes pour les diriger. Nous aurons d’ailleurs à plusieurs reprises l’occasion de courir derrière les chèvres et les moutons pour les rassembler et les ramener vers le camp.

Les femmes s’occupent des bovins. Nous constatons d’ailleurs que les tâches sont bien réparties suivant les sexes. Tsegui habille Cannelle en Mongole et l’amène avec elle pour traire les vaches. Pas plus d’un litre par femelle n’est prélevé chaque matin, pour la consommation personnelle et quotidienne de la famille ; le reste du lait revient au petit veau qui tête librement sa mère.

Il semble impossible pour Tsegui de me laisser traire une vache, moi qui suis un homme. La femme ne s’occupe que de Cannelle qu’elle prend sous son aile, telle sa fille de quelques jours, et se désintéresse totalement de moi. Nous apprécions encore plus de ne pas être dans un circuit touristique aux activités programmées mais de nous retrouver, hasard du voyage, avec de vrais nomades qui respectent encore à plein les traditions de cette vie reculée.

Une chèvre s’est blessée à la patte. La pauvre bête souffre mais il est impossible de la porter chez un vétérinaire. Il faut donc abréger ses souffrances. J’ai la grande surprise d’assister Bagui dans la mise à mort de l’animal, son éviscération, le nettoyage de tous ses organes et de sa peau. Cette dernière est d’une grande valeur et deviendra du cachemire : tissu précieux dont les peuples Mongols sont les principaux producteurs.

Je tiens même les pattes avant de la chèvre au moment où Bagui racle l’intérieur de la peau ouverte pour récupérer le sang. Rien de se perd au milieu des steppes.

Au déjeuner, nous dégustons les tripes soigneusement nettoyées et bouillies dans l’eau. De la rate aux intestins en passant par l’estomac, le foie et tous les organes communs aux mammifères, rien ne nous est épargné. Nous testons ces mets bruts et non assaisonnés, nous grimaçons à l’odeur et aux goûts puissants. Tsegui sourit, Bagui est hilare, tous deux compatissants. Nous n’aurons pas le loisir de goûter la viande de chèvre que nous verrons pendues en train de sécher pendant trois jours à l’armature de la yourte.

Chaque matin, Tsegui s’occupe de traire les vaches avant de confectionner plusieurs produits à base du lait frais : une espèce de beurre crémeux et même des petits palets de yaourts qu’elle fait sécher sur le toit de la yourte. Ses activités se font principalement autour du camp. Bagui, quant à lui, tue les animaux, prépare la viande et part souvent dans les steppes pour rassembler les troupeaux ou chercher du bois. L’après-midi est plus calme.

De temps en temps, le couple conduit la voiture près de la rivière et y remplit des bidons, unique ravitaillement en eau possible.

 

Le jour tombe vite et nous apprécions de nous retrouver dans la yourte qui agit comme une bulle protectrice au cœur d’un environnement peu accueillant. La chaleur du poêle peut être intense dans cette maison de bois et de peau. Rien ni personne ne vient jamais troubler cette sérénité propice à la méditation et au repli sur soi. Dans les croyances nomades, les esprits des ancêtres sont présents dans le feutre qui recouvre la yourte et servent à protéger ses occupants du monde extérieur.

A notre arrivée à Oulan-bator, trois semaines plus tôt, nous avions été hébergés par une famille vivant dans une yourte dans le quartier de la capitale réservé aux anciens nomades devenus sédentaires. Nous avions remarqué qu’une corde partant du trou zénithal de la yourte pendait à l’intérieur et venait s’entrelacer dans les solives de bois composant le toit. Chez Tsegui et Bagui nous avons retrouvé cette corde recouverte de feutre. Nous pensions au départ qu’il s’agissait d’un élément servant à la construction de la yourte. C’est Tsegui qui nous a permis de comprendre que les ancêtres présents dans le ciel rentrent dans la yourte via le trou et se répandent dans le feutre du toit grâce à cette corde.

Les monts sacrés qui nous entourent, les arbres où vivent les ancêtres et les sources magiques sont essentiels pour les nomades. Ils font partie d’une vie précaire mais d’une richesse sans limites. A quelques encablures de la yourte d’hiver, nous aurons d’ailleurs l’occasion d’enlaçer un arbre magique et de demander aux ancêtres chance et prospérité.

Nous passerons quatre jours très identiques au premier. C’est le troisième jour que nous décidons de gravir le mont sur les pentes duquel repose le campement d’automne. La pente est raide et la montée s’avère difficile. Arrivés au sommet, nous rencontrons le petit cairn sacré que nous retrouvons au sommet de chaque colline et nous pouvons constater à quel point les yourtes sont perdues au milieu de l’immensité des steppes arides. Le point de vue est époustouflant.

Tsegui et Bagui vont nous adopter comme leurs enfants et nous faire de nombreux cadeaux. Nous apprendrons que nous sommes en fait les premiers Occidentaux à être accueillis par ce couple, d’où cette incroyable hospitalité. Nous en gardons le souvenir d’un sentiment de rareté et d’unicité comme nous n’en avons que rarement vécu. Le dernier matin, nous nous habillons même d’un deel et d’une robe traditionnels, souvenir photographique d’une vie.

Une vie rythmée dans le silence…

 

Le silence qui règne dans les steppes est ahurissant.  Depuis, j’ai fait maintes fois le test de me taire. Il y a toujours une voiture qui vrombie au loin, une horloge qui cliquette, un voisin qui murmure. Au fond du désert australien, il y avait toujours un oiseau piaillant, le souffle du vent, un bois qui craque. Je n’ai jamais vécu un silence comme celui que j’ai vécu dans les steppes de Mongolie. Au troisième soir, à deux cents mètres du campement, je me suis tu. Tout à coup, je n’entendais plus rien. Le soleil se couchait, aspergeant le sol, les montagnes et les arbres d’une couleur orangée puissante et saturée. Un troupeau trop lointain pour faire parvenir ses bêlements à moi, une faune absente, un vent inexistant. Aucun bruit. Un silence lourd dans les oreilles. Très difficile à définir. Comme si la nature toute entière mourait en attente de la résurrection du matin suivant. Sans aucune autre forme de définition littérale : un silence absolu. Les nomades respectent leur nature, leur temps et ce calme assourdissant qui rythment leur vie.

Les nomades parlent peu, ou alors par gestes. Ils s’observent, se saluent de la tête, se sourient, vident un verre de vodka en se regardant, vivent au présent. Parfois, dans la nuit, un rire vient troubler la pesanteur du silence. Et c’est beau.

Moment serein par excellence fut cette chevauchée au coeur des steppes, Cannelle seule sur son fier destrier, style I’m a poor lonesome cowboy !

Projet E.C.H.O

Projet E.C.H.O

Cleaning Up Cambodia!

S’il y a bien un élément récurrent en Asie que l’on ne voit jamais sur les photos de voyage c’est bien la pollution plastique. Oui, dis comme ça sans préambule ça peut paraître étonnant. Je mets pourtant au défi quiconque aura voyagé en Asie du Sud-Est de me dire qu’il n’aura pas vu de plastique. Le Vietnam, le Cambodge ou encore l’Indonésie sont de véritables dépotoirs, d’immenses décharges à ciel ouvert.

Comme beaucoup de locaux nous l’ont précisé, la tradition séculaire était d’emballer ses aliments dans des feuilles de bananiers, de palmiers ou des morceaux d’écorce. Ses emballages totalement naturels étaient ensuite jetés par-dessus l’épaule sans problème pour l’environnement.

Le développement dans ces pays s’accompagne aussi d’un afflux plastique sans contrôle ni limites. Tout est emballé, tout est abondant : des pailles au sacs plastiques unitaire pour chaque fruit acheté. Ces pays très pauvres n’ont pourtant aucun système de poubelles urbaines, de tri sélectif ou encore de recyclage. Chaque objet plastique est lui aussi jeté par terre sans culpabilité aucune. La photo de couverture montre les tas de déchets devant le marché central de Phnom Penh, l’un des sites les plus touristiques de la capitale.

Et après nous sommes censés consommer de la viande…
L’horreur plastique

Face à cette horreur plastique, certains tentent des actions pour endiguer le flux. Celle que nous avons vue se trouve à Kampot dans le sud du Cambodge. Toute récente, elle s’intitule « Project E.C.H.O. ».

Le Projet

E.C.H.O signifie Educational Conservational Housing Opportunities. Si la traduction française est compliquée, on peut néanmoins comprendre avec ces quatre termes – “éducation”, “conservation”, “construction de maisons”, “opportunités” – l’essence du projet. Je vous invite à consuler leur page Facebook riche en photos : E.C.H.O

Il s’agit pour les fondateurs de créer des matériaux de construction, principalement des briques, à partir de matières recyclées. A terme, il s’agit de créer suffisamment de briques pour pouvoir en offrir à des collectivités et construire des écoles.

.Les fondateurs sont deux anglais, Joe et Bib, qui ont entre 30 et 40 ans. Au départ ce sont deux camarades qui étaient installé sur l’île de Koh Rong, à l’ouest de Kampot, et qui géraient deux bars. Joe est à l’origine Barman et DJ. Avec Bib ils ont vu un Cambodge pollué et dévasté par un mauvais tourisme et par une population qui n’a pas conscience du danger du plastique. Ils ont mûri leur projet pendant deux ans avant de finalement vendre leurs deux business, se déplacer à Kampot, acheter un terrain sur lequel se trouve une maison, et lancer le projet en avril 2018.

Joe et Bib n’ont aucune formation de technicien, de constructeur ou autre. Ce sont juste deux mecs qui veulent faire leur part pour la protection de la planète. Ils se disent d’ailleurs « autodidactes de la brique ».

Les actions

Nous avons rencontré Joe dans Kampot. Il nous avait rejoint avec son petit tuk-tuk bleu électrique.Avec son véhicule, il sillonne la ville et se rend quotidiennement dans les 45 commerces, hôtels et restaurants avec qui il est en contact pour récupérer bouteilles en verre, éléments et emballages plastiques. A chaque fois que sa cariole est pleine, il ramène sa cargaison dans son terrain qui est à 10 kilomètres du centre. Ce tuk-tuk électrique, lorsqu’il est chargé à bloc, ne permet que trois aller-retours de la ville vers le terrain ce qui n’est pas suffisant. Il va être agrémenté de panneaux solaires pour lui permettre de rouler toute la journée.

Le Tuk Tuk électrique (photo de la page Facebook)

Nous avons visité le terrain le lendemain. Deux mois après le début du projet, le lieu est sans dessus-dessous. Des tas de plastiques, de verres, de bouchons, de bouts de fer débordent de partout. Quatre jeunes volontaires sont au travail sous un hangar ouvert. S’y trouvent une bétonnière, de nombreux établis, des outils en tout genre, des presses, des tas de sable ; le tout dans le désordre.

Le terrain
Le hangar sans dessus dessous
Les tas de matière à recycler
du plastique, du verre…

A droite du hangar, quelques lignes de briques au sol montrent l’emplacement d’un futur bâtiment en construction.

Les futurs bâtiments

Concrètement lorsque les matériaux arrivent sur le site, ils sont traités pour être recyclés. Les étiquettes papiers et plastiques, les bouchons et capsules sont retirés des bouteilles.

Le verre est broyé dans une simple bétonnière à l’aide de chaînes et de boules de pétanque. Le système est extrêmement artisanal et doit être contrôlé au bruit et surveillé constamment afin d’obtenir la grosseur de verre souhaitée.

Sont réalisés trois niveaux de poudre de verre : des gros morceaux qu’on peut ajouter au ciment des piscines par exemples, des petits morceaux pour les briques et de la poudre de verre.

Bétonnière
outils pour réduire le verre en poudre

Après deux mois d’ouverture, leurs expériences portent principalement sur l’adjonction du verre en miette aux briques. Il n’est pas possible pour le moment de créer des briques 100% recyclées ; il s’agit donc de trouver les bonnes consistances et les bons dosages pour avoir des briques résistantes. Des dires de Bib, le projet E.C.H.O est le seul au monde à avoir tenté de créer des briques avec 45% de verre recyclé. Les résultats ne sont pourtant pas concluants car les briques restent très friables. D’autant plus que l’atelier est très rudimentaire et n’est recouvert que de simples bâches de plastiques qui ne permettent pas aux briques de sécher rapidement. Ils sont donc en mesure pour le moment de créer des briques de terres résistantes et poreuses auxquelles ils rajoutent 20% de verre recyclé et veulent continuer les tests.

Briques à 45%, friables
Briques à 20%

Ils ont néanmoins imaginé une forme nouvelle de brique. Celles-ci sont creusées de deux trous dans lesquels on place des tiges de bambous et qu’on comble de ciment. Pour Joe et Bib, les tests sont trop peu concluants pour pouvoir se passer totalement de ciment et de béton. Néanmoins avec le système des tiges de bambous créant un treillis central, les murs sont d’une résistance extrême. Les briques sont aussi bardés d’encoche permettant un meilleur positionnement.

Projets à long terme et crowdfunding

A plus ou moins long terme, Joe et Bib souhaitent continuer les expériences et pouvoir se passer totalement de ciment à base de sable. Ils souhaitent créer des briques avec 80% de matière recyclée.

Le rendement est aujourd’hui de 200 briques par jour. Leur volonté est de passer à 1000 briques quotidiennes. Toutes les 20 briques, ils souhaitent en conserver une qu’ils offriront pour la construction d’école, soit 5 à 10% de leur production.

Les autres briques sont prévues pour être vendues et permettre des rentrées d’argent et un développement toujours plus important du projet. Les deux fondateurs n’imaginent pourtant pas encore pouvoir vivre de cette activité.

En parallèle, ils souhaitent construire deux salles pour accueillir les publics scolaires et les former à la protection de l’environnement. Joe est bien conscients que c’est au travers de l’éducation des jeunes générations que pourra être endigué cette pollution plastique sans limites. Ils ont d’ailleurs publié un petit livret intuitif et formateur intitulé : « don’t waste your waste ». Ces salles d’accueil sont donc plus que nécessaires. Celles-ci sont en construction mais Bib n’est pas satisfait du fait que les premières lignes sont des briques de terre, ce qui va à l’encontre même de leur idée de briques recyclées.

Même s’ils comptent sur des volontaires du monde entier qui viendront les aider gratuitement, les deux acolytes sont confrontés à un vrai problème financier. Les objectifs ne peuvent être atteints que s’ils peuvent changer les machines obsolètes et avoir de meilleurs ateliers et laboratoires. Sans cet argent, il est vain de penser que 1 000 briques par jour sont possibles lorsque on voit qu’ils émiettent le verre dans une vieille bétonnière rouillée.

Un projet de financement participatif a donc été lancé. L’objectif financier à atteindre étant de 25 000$ : https://www.gofundme.com/cleaning-up-cambodia

Cet argent doit servir à acheter :

Une déchiquetteuse à plastique, un nouveau tuk-tuk électrique, une presse chauffante, une presse hydraulique, un broyeur à verre, un broyeur de sol, un tamis, un générateur à bio diesel, des outils de construction, plusieurs ateliers et établis couverts pour les machines et les travailleurs.

Une initiative d’avenir

Heureusement que des actions comme celle-ci existent et que des hommes sont assez courageux (ou fous peut-être) pour les lancer. Le Cambodge est complètement recouvert de plastique. Nous sommes néanmoins très heureux d’avoir rencontrés les deux acolytes qui ne veulent qu’oeuvrer, altruistement, pour un changement.

A l’heure qu’il est, Joe et Bib n’ont récolté que 2300£ des 19 000 nécessaires.

Le Cambodge à l’épreuve des Khmers Rouges

Le Cambodge à l’épreuve des Khmers Rouges

Il y a presque 15 ans, avec ma classe de lycée, nous sommes allés au cinéma voir le film S21 : la machine de mort khmère rouge qui parlait d’un lieu de torture durant la dictature khmère rouge. Parce que nous étions jeunes et mal informés sur cette dictature absente des livres d’histoire, nous n’avons pas vraiment compris l’importance de ce film.

Pourtant le lycée Tuol Sleng, plus connu sous son nom de code S-21, est décrit par les historiens cambodgiens comme le « Auschwitz asiatique ». Si Auschwitz-Birkenau, le camp d‘extermination nazi, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, le lycée S-21 et les différents lieux de la dictature khmère rouge ne le sont pas. Ils font pourtant partie d’un ensemble de lieux du patrimoine mémoriel qu’il est essentiel de connaître et d’aller voir.

Pas plus tard que le 15 novembre 2018, deux anciens dirigeants khmers rouges ont été condamnés à perpétuité pour génocide par le tribunal international. Revenons sur leurs crimes.

L’arrivée au pouvoir

Le sujet de cet article n’est pas l’histoire du Cambodge ni du mouvement khmer rouge. Quelques éléments permettent néanmoins de mieux comprendre le contexte dans lequel s’inscrivent les lieux que nous avons visités.

A l’origine les Khmers rouges sont les membres cambodgiens d’un mouvement communiste révolutionnaire anti-colonialiste créé en 1951. Le fameux Saloth Sâr, dit Pol Pot, rejoint le mouvement en 1962, en prend la tête en 1966 et le renomme Parti communiste du Kampuchéa (KCP).

Marquant leur opposition avec la République Khmère pro-américaine en place depuis 1970 mais aussi avec le Vietnam militairement actif au Cambodge, les Khmers rouges s’émancipent de toutes tutelles et radicalisent leurs idées. Profitant d’une popularité nouvelle, le mouvement augmente ses effectifs armés et son extension territoriale.

Après trois ans de combats violents et de massacres, les Khmers rouges prennent finalement Phnom Penh le 17 avril 1975, mettant fin à la guerre civile qui dure depuis près de dix ans. Le Kampuchéa démocratique est instauré et Norodom Sihanouk, l’ancien roi, est immédiatement écarté du pouvoir. Le monde acclame l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges, seuls maîtres à bord, qui doivent ramener ordre et prospérité dans le pays. Juste avant l’horreur.

Les dirigeants Khmers Rouges

Précisons que les Khmers rouges ne se sont jamais appelés officiellement « Khmers rouges ». Ils n’étaient que les « frères », membres du Kampuchéa démocratique.

Des idées et des actes

Après de nombreuses lectures, il m’est toujours aussi difficile de comprendre comment d’un allié en 1970 le Vietnam est devenu l’ennemi premier des Khmers rouges en 1975. De l’amour à la haine, sans explication réelle, ou peut-être seulement la folie.

En effet, il semble qu’une part de folie anime le programme des Khmers rouges.

Au départ, il s’agit dans la tête de Pol Pot de créer une société idéale ; une société « athée et homogène supprimant toutes les différences ethniques, nationales, religieuses, raciales, de classes et culturelles. »1 Celle-ci, de base communiste marxiste-léniniste, prévoyait donc l’abolition des classes, des privilèges et des inégalités sociales. L’idée est le déclencheur d’une des dictatures les plus atroces de l’histoire des hommes.

La première action que mettent en place les Khmers rouges lorsqu’ils prennent le pouvoir est de vider les villes pour éviter toute poche de résistance. Phnom Penh est vidée de ses deux millions d’habitants par la force en quelques jours. Les urbains sont transportés malgré eux dans les campagnes. Plus de 10 000 malades qui ne peuvent quitter les hôpitaux sont exécutés.

Phnom Penh vide en 1979

Sur le modèle bolchévique, les Khmers rouges font du Cambodge un immense goulag ou la terre est collectivisée et où tout le monde – quel que soit son âge, sa condition physique et son ancienne appartenance sociale – travaille dans les champs et principalement dans la culture du riz. Le manque de connaissance agricole des urbains et le plan de développement massif de la production lancé par Pol Pot entraînent une baisse des récoltes et des famines monstrueuses qui déciment 15 % de la population.

Les Cambodgiens au travail dans les champs

Les Khmers rouges abolissent l’argent, le lien familial et la propriété privée. Tout appartient à l’Etat, même l’enfant qui vient de naître. Pour abolir la famille, les couples sont séparés et chacun des membres est obligé de se marier avec un inconnu avec lequel il doit faire d’autres enfants pour le bien commun. Les enfants sont séparés de leurs parents et partent travailler dans les champs ou sont enrôlés dans les forces armées.

Tout devient propriété publique, jusqu’aux fruits des arbres fruitiers que les paysans ont interdiction de cueillir sous peine de mort, augmentant encore plus les famines. Les différenciations de langage liées au genre – « il », « elle » – sont bannies, et chaque cambodgien devient un « frère », Pol Pot étant « frère 1 ».

Pour abolir toute inégalité, même culturelle, mais surtout pour empêcher tout risque de révolte, les livres sont interdits et les intellectuels sont pourchassés et massacrés. Le fait de porter des lunettes ou de parler plusieurs langues est passible de mort. La religion est elle aussi interdite, ce qui mène à la destruction de milliers de temples et au massacre de 57 000 moines.

Le crime majeur du régime khmer est d’avoir voulu supprimer les différences raciales et donc, au même titre que les Nazis et leur race aryenne, d’avoir mis en avant la race khmère en supprimant les ethnies musulmanes et catholiques, les tribus indépendantes mais aussi et surtout les Vietnamiens du Cambodge, massacrés jusqu’au dernier dans des tueries de masse.

En définitive, dans le régime khmer rouge, que l’on porte des lunettes, que l’on ne travaille pas assez vite, que l’on soit Vietnamien ou moine, tout peut devenir la cause d’une accusation de traîtrise et peut mener à la mort. C’est ici que le centre S-21 entre en jeu.

Le centre S21

On parle souvent par compression du Lycée S-21, les deux termes sont pourtant incompatibles historiquement.

Un ensemble de bâtiments avait en effet été construit en 1962 pour servir de lycée et d’école primaire. On l’appelait Tuol Sleng. Lorsque les Khmers rouges prirent le pouvoir en 1975, ils transformèrent ce lycée en l’une des prisons les plus horribles des 196 prisons fondées sous cette dictature. On l’appelait « Centre de sécurité 21 », abrégé par son nom de code : S-21. Les bâtiments n’avaient plus alors fonction d’enseignement ou d’éducation, mais tout au contraire, de destruction.

Ce sont les ennemis et les traîtres du régime qui étaient envoyés dans ce centre pour y être auditionnés et jugés. Beaucoup de l’élite intellectuelle et politique du pays passa par S-21. Ironiquement, les Khmers rouges choisirent un ancien lycée pour montrer le rôle de rééducation que voulait adopter le régime ; c’est pourtant une rééducation par la mort qui a eu lieu.

Il s’agissait de quatre bâtiments formant un large U autour d’une cour plantée d’arbres. Les quatre bâtiments furent entourés de fil de fer barbelé prévu pour empêcher tout suicide. Les anciennes salles de classes devinrent les lieux d’interrogatoire et d’enfermement. Certains murs furent détruits pour permettre de relier les salles entre elles et créer des petites cellules individuelles en brique et en bois dans lesquelles les conditions de détention étaient absolument atroces, sans confort aucun.

Le bâtiment 3
Entrée du bâtiment 3
Le bâtiment 3 est le seul qui ait conservé ses barbelés
Couloir de l’ancien lycée, bâtiment 1
Les cellules en briques au rez-de-chaussée du bâtiment 2

Dans le centre S-21, les hommes étaient traités de manière contraire à toute humanité, les gardiens étant cruels et n’hésitant pas à torturer, battre, humilier, martyriser ces prisonniers qui étaient pour la plupart innocents.

Il faut dire que lorsqu’un homme était arrêté – parce que Vietnamien, polyglotte ou professeur – il était désigné automatiquement coupable et devait signer de faux aveux obtenus par la torture. Ceux-ci étaient des prétextes à la détention et à l’élimination. Ils étaient donc forcés d’avouer qu’ils étaient arrivés en retard au travail, qu’ils avaient pêché un poisson dans une rivière, qu’ils avaient cassé une charrue dans un champ, et autres prétextes de mise à mort.

L’horrible ingéniosité de cette dictature résidait en sa volonté administrative. Tout a en effet été consigné dans des registres tapés à la machine : les noms des prisonniers, leurs biographies, leurs photos de matricule en passant par leurs faux aveux, les « minutes » du procès (si toutefois on peut parler d’un procès) et les ordres d’exécution. Tout est aujourd’hui conservé dans les archives du centre.

Une exposition permanente au sein du musée n’est composée que de centaines de photographies d’identité de prisonniers prises au moment de leur arrivée au S-21. L’effet est très prenant.

Les portraits des détenus

Au Musée du génocide Tuol Sleng, nous pouvons parcourir tous les espaces de l’ancienne prison. Nous avons accès à toutes les salles de classes, toutes les cellules, tous les escaliers. Certaines pièces sont d’ailleurs presque à l’abandon, recouvertes de poussières et sans présentation scénographique. Sont toujours visibles les marques des crimes : d’anciennes traces de sang séché sur le sol, des chaînes dans les cellules et des boîtes de munitions en fer dans lesquels les prisonniers faisaient leurs besoins, toujours en place.

Ancienne salle de classe
Cellule individuelle et chaîne

Le 10 janvier 1979, deux reporters vietnamiens entrèrent dans la prison désertée par les Khmers rouges. Tous les prisonniers avaient été tués en dernière hâte. Les deux reporters trouvèrent néanmoins huit corps d’hommes, torturés et attachés à des lits. Ils filmèrent et prirent des photos. Nous pouvons entrer dans ces salles, les lits et les chaînes sont toujours là, au côté des photos délavées accrochées aux murs. Ces 8 hommes, martyrs, sont enterrés dans la cour de l’ancien lycée.

L’un des lits de mort découverts en 1979
Les tombes des huit martyrs

Quant aux chiffres du nombre d’hommes et de femmes passés par le centre S-21, les dernières estimations évoquent de 15 000 à 20 000 personnes. Seuls sept prisonniers survécurent. Tous ont raconté l’horreur, les brimades des gardiens, les yeux bandés dans les escaliers et les coups s’ils tombaient. Voici d’ailleurs une retranscription des règles de la prison, exemple de l’absence d’humanité qui y existait.

[su_frame]1. Réponds conformément à ma question que je t’ai posé. N’essaie pas de détourner la mienne.
2. N’essaie pas de t’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contester.
3. Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la révolution.
4. Réponds immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.
5. Ne me parle pas de tes petits incidents commis à l’encontre de la bienséance./br>
6. Pendant la bastonnade ou l’électrochoc, il est interdit de crier fort.
7. Reste assis tranquillement. Attends mes ordres, s’il n’y a pas d’ordre, ne fais rien. Si je te demande de faire quelque chose, fais-le immédiatement sans protester.
8. Ne prends pas prétexte du Kampuchéa Krom pour voiler ta gueule de traître.
9. Si vous ne suivez pas tous les ordres ci-dessus, vous recevrez des coups de bâton, de fil électrique et des électrochocs (et vous ne pourrez pas compter les coups).
10. Si tu désobéis à chaque point de mes règlements, tu auras soit dix coups de fouets, soit cinq électrochocs.[/su_frame]

Après leurs aveux et quelques jours d’enfermement, les prisonniers étaient conduits à la mort en camion vers les champs d’exécution de Choeung Ek.

Précisons que le Musée du génocide de Tuol Sleng a été créé dès juillet 1980 dans le but d’apporter des preuves et de dénoncer les crimes des Khmers rouges. Sa trame narrative est inchangée depuis son ouverture et, même si elle a vieilli, elle mérite d’être vue.

Les Killing Fields

Une fois terminée la visite du Musée du génocide Tuol Sleng, un tuk-tuk nous emmène aux Killing Fields : les champs d’exécution qui se situent à 15 kilomètres au sud de Phnom Penh.

Sur le site, quelques panneaux expliquent comment se passaient les exécutions. Les prisonniers arrivaient en camion depuis S-21. Dans les premières années les détenus étaient menés dès la descente du camion directement à la mort.

L’arrivée par camions des condamnés – Dessin de Heng Sreang

Ils étaient exécutés au bord de fosses communes dans lesquelles tombaient leurs corps.

Exécution – Peinture de Vann Nath, rescapé du centre S21
Les fosses – Les peintures de Vann Nath sont un des témoignages les plus puissants du génocide khmer

Avec le durcissement du régime dès 1977, ce sont près de 300 personnes qui étaient transportées au sein des Killing Fields chaque jour. Certains étaient tués le jour même, les autres attendaient dans des hangars toute la nuit et étaient exécutés le lendemain matin.

L’attente des condamnés à mort sous le hangar

Des substances chimiques étaient ensuite déversées dans les fosses pour éviter la propagation de maladies. Non loin du site, des établis fermés à clé étaient prévus pour entreposer les armes de mise à mort.

Des camions, abris de fortune, hangars, maison des gardes, établis des armes et entrepôts pour les produits chimiques, il ne reste aujourd’hui plus rien.

Au total, 119 fosses communes sont réparties sur les 2,5 hectares du site. Les historiens pensent que 20 000 personnes ont été assassinées en ces lieux. Ce sont pourtant 8 895 corps qui ont été formellement comptabilisés.

Plan des Killing Fields

Trois fosses sont à noter. La première et la plus importante du site qui regroupe 450 victimes. La deuxième dans laquelle 166 corps ont été retrouvés sans leurs têtes ; il s’agit des traîtres Khmers rouges qui ne devaient pas être reconnus. La troisième et la plus marquante est celle où ont été retrouvés des femmes nues et des bébés. Cette dernière fosse se trouve au côté de l’arbre-mémoire contre lequel étaient tués les bébés.

La fosse aux 450 victimes
L’arbre mémoire

Nous déambulons sur des plateformes de bois sur le terrain recouvert d’herbe verte et légèrement vallonné. Entre les buttes de terre se trouvent les fosses.

Les fosses

L’Etat cambodgien a pris la décision dans les années 1990 de ne pas bouger les corps des hommes et des femmes morts en ces lieux. Seuls les crânes ont été ramassés. Les pluies abondantes dans la région et le terrain boueux ne cessent donc de faire remonter des ossements et des morceaux de tissus (les détenus étaient assassinés habillés) qui sont rassemblés dans une urne. Et effectivement, au hasard de notre déambulation, nous apercevons des étoffes émerger du sol.

Des étoffes qui sortent de terre quotidiennement

Au cœur du site, une stupa bouddhiste est érigée. Il s’agit d’un mémorial dans lequel le silence doit être respecté. A l’intérieur se trouvent 5 000 crânes humains répartis sur 9 étages.

La stupa, lieu de mémoire
Les crânes des victimes

L’horreur des exécutions prend tout son sens lorsqu’on observe ces crânes. Les historiens ont pu comprendre, en analysant les trous et les fissures dans ces crânes, quelles armes ont servis aux mises à mort.

Le régime Khmer rouge était assez pauvre et ses dirigeants avait décidé de ne pas dépenser d’argent dans les armes à feu et la poudre. Les détenus étaient donc tués à l’aide d’outils en tous genres : hache, hachette, houe, traverse de charriot, lame de charrue, chaîne et barre de fer, marteau, etc.

Les armes de mise à mort

Au-delà de l’indescriptible horreur des lieux, une question me frappe donc : comment de simples hommes – soldats ou sympathisants – ont-ils pu assassiner de leurs propres mains, à coup de barre de fer, des milliers d’hommes et de femmes ? Comment ont-ils pu achever des enfants hurlants de douleur et qui n’étaient pas morts des suites du premier coup de trique ? Comment de simples hommes ont-ils pu être aveuglés au point de balancer des bébés contre des arbres ? Je n’ai pas la réponse. Je pense que je ne l’aurai jamais.

Le mémorial de Siem Reap

Choeung Ek n’est que le plus grand des milliers de champs d’exécution mis en place par les Khmers rouges à travers le pays. Ce qui a eu lieu à Phnom Penh, au S-21 et aux Killings Fields, a été reproduit à l’identique dans tout le pays.

Comme Phnom Penh, Siem Reap a été vidée de ses habitants en 1975. La pagode Wat Thmei servit de prison khmère rouge et les « traîtres » y étaient jugés avant d’être assassinés à quelques centaines de mètres puis jetés dans deux fosses et six puits.

Les historiens pensent que 8 000 personnes ont été assassinées à Siem Reap. Un lieu de mémoire est édifié dans l’ancienne pagode où l’on peut voir les crânes des victimes.

Le mémorial de Siem Reap

De nombreux mémoriaux et champs d’exécution tel que ceux-ci sont disséminés dans tout le pays.

Après 1979

En 1979, le Vietnam envahit le Cambodge. Le régime Khmer rouge s’effondre et les Cambodgiens peuvent revenir dans les villes. Tout ne s’arrête pourtant pas là.

Le lycée S21 juste avant sa « libération » en 1979

Aussi fou que cela puisse paraître, les dirigeants Khmers rouges retournent dans le maquis et de nombreux pays, dont les Etats-Unis, souhaitent gêner le Vietnam communiste et son allié russe en continuant de reconnaître les Khmers rouges au pouvoir au Cambodge. Le seul représentant du Cambodge à l’ONU est un Khmer rouge. Il en restera ainsi jusqu’en 1991.

Cette année-là, les Khmers rouges acceptent un cessez-le-feu avec la nouvelle République populaire du Kampuchéa mené par Hun Sen (toujours au pouvoir de nos jours) mais ne respectent pas les accords de paix en continuant une guérilla sauvage dans les provinces reculées du pays.

Après quelques années, Pol Pot est finalement destitué par ses propres compagnons d’armes et décède en 1998.

Il faut attendre 1999 pour que les Khmers rouges disparaissent définitivement du jeu politique cambodgien.

La plupart des responsables du génocide vont pourtant continuer leur petite vie tranquille près de 30 ans avant les premiers changements en 2009.

Kaink Guev Eav dit Douch, simple instituteur avant 1975, était directeur du centre S-21 au sein duquel il a organisé la torture et la mise à mort de près de 15 000 personnes. Il est le premier à passer devant la justice et est condamné en 2012 à la prison à vie. Son procès est un exemple et le premier d’une longue série.

A l’image du procès de Nuremberg qui jugea les responsables de la Shoah, les procès visant à condamner les responsables du génocide khmer n’ouvrent les uns après les autres qu’à partir de 2009 et se tiennent jusqu’en 2018. Ce sont cinq des plus hauts dirigeants Khmers rouges, les acolytes directs de Pol Pot, qui sont à l’heure où j’écris ces mots condamnés à perpétuité pour génocide.

Maigre consolation face à la pure folie dont ils ont fait preuve, face à l’horreur dont ils ont été les instigateurs, face à la machine de mort khmère rouge.

Conclusion : les crimes des Khmers rouges

20 000 fosses communes ont été analysées au Cambodge, portant le nombre de morts à environ 1 400 000. Les famines liées à la collectivisation du pays menèrent à la mort près d’un million de Cambodgiens.

Même s’il est très difficile d’établir le nombre de décès liés aux Khmers rouges, on évoque aujourd’hui environ 2 500 000 de morts, près d’un tiers de la population du pays.

La carte des champs d’exécution et des prisons au Cambodge

Le Cambodge souffre toujours de ces crimes et peine à se relever. Toute l’élite intellectuelle ayant été assassinée, le développement des 40 dernières années s’est fait dans une anarchie des plus totales sous la coupe d’une nouvelle dictature qui conserve le pouvoir depuis 30 ans.

Pauvre Cambodge utilisé par les colons français, massacré par les Khmers rouges et corrompu par un nouveau régime accroché au pouvoir et à l’argent.

Le touriste dans tout ça ? Il prospère, il prend ses aises, il profite. Mais il doit visiter ces lieux de mémoire, il doit enlever ses œillères de voyageur et se retrouver l’espace d’une journée en face de ce que peut être l’Homme : un horrible meurtrier, un destructeur criminel. Pour savoir et ne pas oublier.

1 : Ce sont les termes tenus par Nil Nonn, juge à la cour de justice internationale, lors du procès dont le verdict a été rendu le 16 novembre 2018, condamnant à perpétuité les deux plus grands dirigeants Khmers rouges encore en vie, Nuon Chea et Khieu Samphan. Si le terme de crime contre l’humanité n’a pas été retenu, le verdict marque pourtant la première reconnaissance dans le droit international du génocide khmer.

J’ai écrit cet article à partir des nombreux éléments d’information présents au sein du Musée du génocide de Phnom Penh et des expositions permanentes situées à côté des champs d’exécution. J’ai revisionné le film S21 : la machine de mort khmère rouge avec un œil bien plus conscient qu’il y a 15 ans. J’ai également lu de nombreux articles portant sur cette tragique période – entre autres le très intéressant article de Patrick Heuveline, « L’insoutenable incertitude du nombre : estimations des décès de la période Khmer rouge », paru en 1998 dans Population qui montre combien l’établissement d’un nom exact du nombre de victimes est difficile à effectuer. Ou encore l’article de Lionel Vairon, « Les intellectuels cambodgiens face au régime khmer rouge, 1975-1979 » paru en 2004 dans Aséanie qui explique l’acharnement déraisonnable des Khmers rouges sur les intellectuels cambodgiens. C’est enfin le film triplement oscarisé The Killing Fields, réalisé par Roland Joffé en 1984, qui m’a apporté les images dramatiques nécessaires à la compréhension de cette page d’histoire, si toutefois je n’en avais pas déjà assez vu sur place.

Sambor Prei Kuk

Sambor Prei Kuk

Lors de sa session annuelle de 2017, l’UNESCO a décidé d’inscrire sur la liste tant convoitée du patrimoine mondial un site cambodgien. Après Angkor en 1992 et le temple de Preah Vihear en 2008, Sambor Prei Kuk est le troisième site du pays à obtenir cette inscription.

Le terme exact du bien est d’ailleurs « La zone des temples de Sambor Prei Kuk, site archéologique de l’ancienne Ishanapura ».

Ishanapura était la capitale de l’empire Chenla qui régna sur l’actuel Cambodge du VIe au VIIe siècle, deux siècles avant le déplacement du pouvoir à Angkor. En Khmer, « Sambor Prei Kuk » signifie « le temple dans la forêt luxuriante ». Il est aujourd’hui réellement perdu dans cette forêt qui recouvre beaucoup d’édifices et de murs.

 

Tour en ruine perdu dans la forêt

 

Aux prémices de l’art khmer

 

Le site est assez exceptionnel. Il est composé de trois immenses « carrés » de temples – Prasat Sambor, Prasat Tao et Prasat Yeay Poan – entourés chacun par deux murs d’enceinte. Le plus grand de ces carrés est protégé par un troisième mur qui mesure 389 mètres de côté. Au sein de ces trois structures de temples, nous pouvons compter 79 monuments, tous étant numérotés. En dehors de ceux-ci, ce sont encore 64 structures de pierre et de brique qui sont disséminées dans les environs. Au centre de chacun des trois grands carrés se trouve une tour posée sur une plateforme surélevée. Les autres tours et monuments sont sur les côtés et dans les coins. Les temples sont reliés entre eux par des chaussées de pierre allant jusqu’à 700 mètres mais aussi à la rivière autrefois enjambée par des ponts.

 

plan du site ( présenté à l’envers)

 

Le site de Sambor Prei Kuk a plusieurs caractéristiques qui légitiment son classement à l’UNESCO.

  • Tout d’abord, on trouve dans les 4 km2 du site un réseau hydraulique complexe – de canaux, de douves, de digues et de réservoirs d’eau douce, les « barays » – qui constitue la première occurrence de ce système d’approvisionnement en eau en Asie du Sud-Est. Ce modèle a été reproduit à grande échelle à Angkor.
  • Nous trouvons ensuite des formes et des motifs uniques. Dix temples sont par exemple de forme octogonale, très ancienne et unique en Asie. Ces temples octogonaux auraient été construits d’après des manuels d’architecture venant d’Inde mais aucune forme telle que celle-ci n’a été relevée en Inde. Beaucoup de mystères persistent donc toujours quant à l’origine des constructions.

 

Une des tours octogonales sur Prasat Sambor

 

Certaines de ces tours sont malheureusement en très mauvais état de conservation.

 

Ruines d’une tour octogonale

 

  • Dernière caractéristique, la plupart des murs d’enceinte sont sculptés de bas-reliefs d’inspiration hindoue et de médaillons à l’ornementation unique au monde. De nombreux éléments en grès sont ornés de sculptures, de colonnades et de statues inaugurant un style artistique khmer ; style qui va prendre son essor à Angkor. Plusieurs portes sont ornées d’inscriptions en khmer, datées du VIe au XIe siècle et racontant l’histoire du site.

 

Mur d’enceinte de Prasat Yeay Poan

 

Différentes sculptures de pierre sur Prasat Tao

 

Sambor Prei Kuk, ce sont les origines de l’art et de l’architecture khmers, art qui tire ses lettres de noblesses à Angkor. Ces richesses et cette pertinence historique sont pourtant difficiles à percevoir tant la nature a repris ses droits et tant les informations sur place sont limitées.

 

Récit de visite

 

Depuis la ville de Kampong Thom, c’est un chauffeur de tuk-tuk abordé la veille qui nous emmène en une heure de route à l’entrée du complexe.

Le premier arrêt se fait à la guérite où l’on doit acheter les tickets d’entrée. Ceux-ci coûtent 10 dollars par personne. Nous lisons sur un petit écriteau que le prix d’entrée a augmenté au 1er juin 2018. Manque de chance, nous sommes le 03 juin. Par curiosité nous demandons quel était le prix antérieur. Peut-être 7 ou 8 dollars. Et non ! Quatre jours plus tôt, nous aurions payé 3 dollars. Sacrée augmentation !

Le chauffeur nous reprend dans son tuk-tuk et nous conduit à l’entrée du premier carré de temples. Un monsieur, qui attend sous un abri en bois, nous aborde et nous propose une visite guidée d’une heure. Nous venons de payer une entrée assez onéreuse et ne voulons pas rajouter pour le guide.

Une maison en bois sur le côté est fermée et un panneau de situation abîmé et mal orienté nous empêche de bien comprendre dans quel sens nous devons partir. Nous proposons à notre chauffeur de nous accompagner mais celui-ci refuse parce qu’il n’est pas guide officiel et n’a pas le droit d’aller plus loin. Il trace néanmoins un plan sommaire dans le sable pour nous indiquer le chemin. Et c’est avec ce dessin en tête qu’il nous faut effectuer la visite. Nous enjambons la petite barrière et nous lançons dans l’aventure. Nous parcourons les ruines de temples, les murs ensevelis sous la végétation et nous percevons difficilement le plan du site. Peu de panneaux explicatifs viennent indiquer les spécificités des ruines.

Exceptés quelques temples en travaux, d’autres recouverts par des bâches fermées ou entourés de cordes empêchant l’accès, tout est très libre. Il n’y a aucun tracé réel de visite. Nous faisons notre chemin au milieu de la forêt à notre guise. Nous pouvons rentrer dans certains édifices totalement fissurés, certains semblent même instables. Nous ne croisons quasiment personne sur le site, à peine un garde. Seul un fermier avec son troupeau de vaches ralentit nos pas.

 

La restauration de la tour S11 sur Prasat Yeay Poan

 

Ruines protégées

 

Le carré le plus impressionnant est sans doute l’ensemble nommé Prasat Tao entouré de deux murs d’enceinte en briques de 145 mètres et de 280 mètres de côté. Avec ses 20 mètres de haut, la tour centrale est la plus grande du complexe. Sa porte est orientée vers l’est et est surmontée d’un linteau datant de la seconde moitié du VIIe siècle. Les perles de ce site sont les deux lions exotiques de pierre qui montent la garde devant la tour. Ils sont la gueule ouverte et ce sont les premiers lions « debout » de l’art khmer.

Plan de Prasat Tao

 

La tour centrale C1 de Prasat Tao

 

L’un des deux lions debout de Prasat Tao

 

Nous terminons enfin notre tour après deux heures sur les lieux et nous retrouvons notre chauffeur qui nous emmène voir quelques autres ruines en dehors des trois gros carrés. Le temple de Daem Chrei recouvert par un imposant figuier étrangleur est remarquable.

 

Le temple de Daem Chrei

Et nous rentrons en ville après un très joli moment, mais restant sur notre faim.

 

Trois jours trop tard

 

Le Ministère de la culture cambodgien est détenteur de l’autorité de gestion sur le site de Sambor Prei Kuk. C’est lui qui a décidé l’augmentation du prix d’entrée. Celle-ci est la résultante du classement au Patrimoine mondial. On parle néanmoins d’une augmentation de 300 %, ce qui est énorme. Et du jour au lendemain, c’est encore plus douloureux.

Dans certains sites réputés et où les infrastructures d’accueil sont nombreuses, le prix est logiquement assez élevé. Le ministère de la culture aurait d’abord pu améliorer les structures de ce site et aménager de meilleurs espaces pour les touristes avant d’augmenter le prix d’entrée, or ici il n’existe rien sur place. On arrive sur une route de terre et on doit enjamber les petites barrières de bambous, il n’y a même pas un chemin d’entrée où la barrière a été enlevée. Sans parler de la maison du tourisme qui était demandée par l’UNESCO au moment du classement, et qui n’est qu’une simple bicoque en bois sans élément d’appel (de surcroît fermée lorsque nous y étions).

Il semble que le label UNESCO ne soit vu que comme une opportunité de se faire plus d’argent sans volonté réelle d’améliorer le site derrière. Ou alors le Ministère de la culture ne veut pas injecter d’argent et attend les premières recettes pour engager des travaux, rendant les premiers touristes victimes de cette décision.

Le prix d’entrée journalier à Angkor est de 27 dollars. A Sambor Prei Kuk, il est de 10 dollars. Ce n’est que mon avis, mais même si ce site a une histoire très riche et que certaines ruines sont très belles, il est bien plus pauvre. Si le projet gouvernemental est de développer le tourisme à Sambor Prei Kuk pour en faire un complément d’Angkor, il risque de se heurter à certaines difficultés. Après avoir vu Angkor, les touristes ne seront que déçus d’avoir payé si cher pour si peu. En effet, à côté des temples d’Angkor, purs chefs-d’œuvres, ceux de Sambor Prei Kuk sont beaucoup plus modestes et en bien plus mauvaise condition. Les visiteurs auront tôt fait de dénoncer le prix excessif au regard de ce qu’ils auront vu. A l’inverse, si les visiteurs vont à Angkor après Sambor Prei Kuk, ils n’hésiteront pas à dire qu’Angkor peut suffire au contentement. Le prix de 3 dollars n’était finalement pas si illogique pour contenter une foule ayant déjà payé – ou s’apprêtant à payer – cher à Angkor.

Une autre problématique liée au prix d’entrée est celle des guides. Pour venir sur le site de Sambor Prei Kuk, il faut déjà payer un hôtel à Kampong Thom et un chauffeur de tuk-tuk pour la journée afin d’effectuer les 35 km qui séparent la ville du site. Il est donc à prévoir que ce sont les guides qui pâtiront en premier de l’augmentation du prix du site. Les visiteurs qui voudront l’éviter ne paieront pas en plus une visite guidée facultative.

Dernière chose pour nous qui avons dû payer le nouveau prix trois jours après sa mise en place, le site était dégoûtant. Des monticules de bouteilles vides sur le chemin des toilettes, du plastique par terre, des chemin non nettoyés. Un laisser-aller indigne d’un site classé au patrimoine mondial de l’humanité.

 

Le seul conseil que je pourrais donner est d’aller voir Sambor Prei Kuk pour la beauté des ses temples octogonaux et pour la relative absence de touristes (à l’heure actuelle) et d’aller ensuite à Angkor. Et surtout pas le contraire !

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