Le Cambodge à l’épreuve des Khmers Rouges

Le Cambodge à l’épreuve des Khmers Rouges

Il y a presque 15 ans, avec ma classe de lycée, nous sommes allés au cinéma voir le film S21 : la machine de mort khmère rouge qui parlait d’un lieu de torture durant la dictature khmère rouge. Parce que nous étions jeunes et mal informés sur cette dictature absente des livres d’histoire, nous n’avons pas vraiment compris l’importance de ce film.

Pourtant le lycée Tuol Sleng, plus connu sous son nom de code S-21, est décrit par les historiens cambodgiens comme le « Auschwitz asiatique ». Si Auschwitz-Birkenau, le camp d‘extermination nazi, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, le lycée S-21 et les différents lieux de la dictature khmère rouge ne le sont pas. Ils font pourtant partie d’un ensemble de lieux du patrimoine mémoriel qu’il est essentiel de connaître et d’aller voir.

Pas plus tard que le 15 novembre 2018, deux anciens dirigeants khmers rouges ont été condamnés à perpétuité pour génocide par le tribunal international. Revenons sur leurs crimes.

L’arrivée au pouvoir

Le sujet de cet article n’est pas l’histoire du Cambodge ni du mouvement khmer rouge. Quelques éléments permettent néanmoins de mieux comprendre le contexte dans lequel s’inscrivent les lieux que nous avons visités.

A l’origine les Khmers rouges sont les membres cambodgiens d’un mouvement communiste révolutionnaire anti-colonialiste créé en 1951. Le fameux Saloth Sâr, dit Pol Pot, rejoint le mouvement en 1962, en prend la tête en 1966 et le renomme Parti communiste du Kampuchéa (KCP).

Marquant leur opposition avec la République Khmère pro-américaine en place depuis 1970 mais aussi avec le Vietnam militairement actif au Cambodge, les Khmers rouges s’émancipent de toutes tutelles et radicalisent leurs idées. Profitant d’une popularité nouvelle, le mouvement augmente ses effectifs armés et son extension territoriale.

Après trois ans de combats violents et de massacres, les Khmers rouges prennent finalement Phnom Penh le 17 avril 1975, mettant fin à la guerre civile qui dure depuis près de dix ans. Le Kampuchéa démocratique est instauré et Norodom Sihanouk, l’ancien roi, est immédiatement écarté du pouvoir. Le monde acclame l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges, seuls maîtres à bord, qui doivent ramener ordre et prospérité dans le pays. Juste avant l’horreur.

Les dirigeants Khmers Rouges

Précisons que les Khmers rouges ne se sont jamais appelés officiellement « Khmers rouges ». Ils n’étaient que les « frères », membres du Kampuchéa démocratique.

Des idées et des actes

Après de nombreuses lectures, il m’est toujours aussi difficile de comprendre comment d’un allié en 1970 le Vietnam est devenu l’ennemi premier des Khmers rouges en 1975. De l’amour à la haine, sans explication réelle, ou peut-être seulement la folie.

En effet, il semble qu’une part de folie anime le programme des Khmers rouges.

Au départ, il s’agit dans la tête de Pol Pot de créer une société idéale ; une société « athée et homogène supprimant toutes les différences ethniques, nationales, religieuses, raciales, de classes et culturelles. »1 Celle-ci, de base communiste marxiste-léniniste, prévoyait donc l’abolition des classes, des privilèges et des inégalités sociales. L’idée est le déclencheur d’une des dictatures les plus atroces de l’histoire des hommes.

La première action que mettent en place les Khmers rouges lorsqu’ils prennent le pouvoir est de vider les villes pour éviter toute poche de résistance. Phnom Penh est vidée de ses deux millions d’habitants par la force en quelques jours. Les urbains sont transportés malgré eux dans les campagnes. Plus de 10 000 malades qui ne peuvent quitter les hôpitaux sont exécutés.

Phnom Penh vide en 1979

Sur le modèle bolchévique, les Khmers rouges font du Cambodge un immense goulag ou la terre est collectivisée et où tout le monde – quel que soit son âge, sa condition physique et son ancienne appartenance sociale – travaille dans les champs et principalement dans la culture du riz. Le manque de connaissance agricole des urbains et le plan de développement massif de la production lancé par Pol Pot entraînent une baisse des récoltes et des famines monstrueuses qui déciment 15 % de la population.

Les Cambodgiens au travail dans les champs

Les Khmers rouges abolissent l’argent, le lien familial et la propriété privée. Tout appartient à l’Etat, même l’enfant qui vient de naître. Pour abolir la famille, les couples sont séparés et chacun des membres est obligé de se marier avec un inconnu avec lequel il doit faire d’autres enfants pour le bien commun. Les enfants sont séparés de leurs parents et partent travailler dans les champs ou sont enrôlés dans les forces armées.

Tout devient propriété publique, jusqu’aux fruits des arbres fruitiers que les paysans ont interdiction de cueillir sous peine de mort, augmentant encore plus les famines. Les différenciations de langage liées au genre – « il », « elle » – sont bannies, et chaque cambodgien devient un « frère », Pol Pot étant « frère 1 ».

Pour abolir toute inégalité, même culturelle, mais surtout pour empêcher tout risque de révolte, les livres sont interdits et les intellectuels sont pourchassés et massacrés. Le fait de porter des lunettes ou de parler plusieurs langues est passible de mort. La religion est elle aussi interdite, ce qui mène à la destruction de milliers de temples et au massacre de 57 000 moines.

Le crime majeur du régime khmer est d’avoir voulu supprimer les différences raciales et donc, au même titre que les Nazis et leur race aryenne, d’avoir mis en avant la race khmère en supprimant les ethnies musulmanes et catholiques, les tribus indépendantes mais aussi et surtout les Vietnamiens du Cambodge, massacrés jusqu’au dernier dans des tueries de masse.

En définitive, dans le régime khmer rouge, que l’on porte des lunettes, que l’on ne travaille pas assez vite, que l’on soit Vietnamien ou moine, tout peut devenir la cause d’une accusation de traîtrise et peut mener à la mort. C’est ici que le centre S-21 entre en jeu.

Le centre S21

On parle souvent par compression du Lycée S-21, les deux termes sont pourtant incompatibles historiquement.

Un ensemble de bâtiments avait en effet été construit en 1962 pour servir de lycée et d’école primaire. On l’appelait Tuol Sleng. Lorsque les Khmers rouges prirent le pouvoir en 1975, ils transformèrent ce lycée en l’une des prisons les plus horribles des 196 prisons fondées sous cette dictature. On l’appelait « Centre de sécurité 21 », abrégé par son nom de code : S-21. Les bâtiments n’avaient plus alors fonction d’enseignement ou d’éducation, mais tout au contraire, de destruction.

Ce sont les ennemis et les traîtres du régime qui étaient envoyés dans ce centre pour y être auditionnés et jugés. Beaucoup de l’élite intellectuelle et politique du pays passa par S-21. Ironiquement, les Khmers rouges choisirent un ancien lycée pour montrer le rôle de rééducation que voulait adopter le régime ; c’est pourtant une rééducation par la mort qui a eu lieu.

Il s’agissait de quatre bâtiments formant un large U autour d’une cour plantée d’arbres. Les quatre bâtiments furent entourés de fil de fer barbelé prévu pour empêcher tout suicide. Les anciennes salles de classes devinrent les lieux d’interrogatoire et d’enfermement. Certains murs furent détruits pour permettre de relier les salles entre elles et créer des petites cellules individuelles en brique et en bois dans lesquelles les conditions de détention étaient absolument atroces, sans confort aucun.

Le bâtiment 3
Entrée du bâtiment 3
Le bâtiment 3 est le seul qui ait conservé ses barbelés
Couloir de l’ancien lycée, bâtiment 1
Les cellules en briques au rez-de-chaussée du bâtiment 2

Dans le centre S-21, les hommes étaient traités de manière contraire à toute humanité, les gardiens étant cruels et n’hésitant pas à torturer, battre, humilier, martyriser ces prisonniers qui étaient pour la plupart innocents.

Il faut dire que lorsqu’un homme était arrêté – parce que Vietnamien, polyglotte ou professeur – il était désigné automatiquement coupable et devait signer de faux aveux obtenus par la torture. Ceux-ci étaient des prétextes à la détention et à l’élimination. Ils étaient donc forcés d’avouer qu’ils étaient arrivés en retard au travail, qu’ils avaient pêché un poisson dans une rivière, qu’ils avaient cassé une charrue dans un champ, et autres prétextes de mise à mort.

L’horrible ingéniosité de cette dictature résidait en sa volonté administrative. Tout a en effet été consigné dans des registres tapés à la machine : les noms des prisonniers, leurs biographies, leurs photos de matricule en passant par leurs faux aveux, les « minutes » du procès (si toutefois on peut parler d’un procès) et les ordres d’exécution. Tout est aujourd’hui conservé dans les archives du centre.

Une exposition permanente au sein du musée n’est composée que de centaines de photographies d’identité de prisonniers prises au moment de leur arrivée au S-21. L’effet est très prenant.

Les portraits des détenus

Au Musée du génocide Tuol Sleng, nous pouvons parcourir tous les espaces de l’ancienne prison. Nous avons accès à toutes les salles de classes, toutes les cellules, tous les escaliers. Certaines pièces sont d’ailleurs presque à l’abandon, recouvertes de poussières et sans présentation scénographique. Sont toujours visibles les marques des crimes : d’anciennes traces de sang séché sur le sol, des chaînes dans les cellules et des boîtes de munitions en fer dans lesquels les prisonniers faisaient leurs besoins, toujours en place.

Ancienne salle de classe
Cellule individuelle et chaîne

Le 10 janvier 1979, deux reporters vietnamiens entrèrent dans la prison désertée par les Khmers rouges. Tous les prisonniers avaient été tués en dernière hâte. Les deux reporters trouvèrent néanmoins huit corps d’hommes, torturés et attachés à des lits. Ils filmèrent et prirent des photos. Nous pouvons entrer dans ces salles, les lits et les chaînes sont toujours là, au côté des photos délavées accrochées aux murs. Ces 8 hommes, martyrs, sont enterrés dans la cour de l’ancien lycée.

L’un des lits de mort découverts en 1979
Les tombes des huit martyrs

Quant aux chiffres du nombre d’hommes et de femmes passés par le centre S-21, les dernières estimations évoquent de 15 000 à 20 000 personnes. Seuls sept prisonniers survécurent. Tous ont raconté l’horreur, les brimades des gardiens, les yeux bandés dans les escaliers et les coups s’ils tombaient. Voici d’ailleurs une retranscription des règles de la prison, exemple de l’absence d’humanité qui y existait.

[su_frame]1. Réponds conformément à ma question que je t’ai posé. N’essaie pas de détourner la mienne.
2. N’essaie pas de t’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contester.
3. Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la révolution.
4. Réponds immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.
5. Ne me parle pas de tes petits incidents commis à l’encontre de la bienséance./br>
6. Pendant la bastonnade ou l’électrochoc, il est interdit de crier fort.
7. Reste assis tranquillement. Attends mes ordres, s’il n’y a pas d’ordre, ne fais rien. Si je te demande de faire quelque chose, fais-le immédiatement sans protester.
8. Ne prends pas prétexte du Kampuchéa Krom pour voiler ta gueule de traître.
9. Si vous ne suivez pas tous les ordres ci-dessus, vous recevrez des coups de bâton, de fil électrique et des électrochocs (et vous ne pourrez pas compter les coups).
10. Si tu désobéis à chaque point de mes règlements, tu auras soit dix coups de fouets, soit cinq électrochocs.[/su_frame]

Après leurs aveux et quelques jours d’enfermement, les prisonniers étaient conduits à la mort en camion vers les champs d’exécution de Choeung Ek.

Précisons que le Musée du génocide de Tuol Sleng a été créé dès juillet 1980 dans le but d’apporter des preuves et de dénoncer les crimes des Khmers rouges. Sa trame narrative est inchangée depuis son ouverture et, même si elle a vieilli, elle mérite d’être vue.

Les Killing Fields

Une fois terminée la visite du Musée du génocide Tuol Sleng, un tuk-tuk nous emmène aux Killing Fields : les champs d’exécution qui se situent à 15 kilomètres au sud de Phnom Penh.

Sur le site, quelques panneaux expliquent comment se passaient les exécutions. Les prisonniers arrivaient en camion depuis S-21. Dans les premières années les détenus étaient menés dès la descente du camion directement à la mort.

L’arrivée par camions des condamnés – Dessin de Heng Sreang

Ils étaient exécutés au bord de fosses communes dans lesquelles tombaient leurs corps.

Exécution – Peinture de Vann Nath, rescapé du centre S21
Les fosses – Les peintures de Vann Nath sont un des témoignages les plus puissants du génocide khmer

Avec le durcissement du régime dès 1977, ce sont près de 300 personnes qui étaient transportées au sein des Killing Fields chaque jour. Certains étaient tués le jour même, les autres attendaient dans des hangars toute la nuit et étaient exécutés le lendemain matin.

L’attente des condamnés à mort sous le hangar

Des substances chimiques étaient ensuite déversées dans les fosses pour éviter la propagation de maladies. Non loin du site, des établis fermés à clé étaient prévus pour entreposer les armes de mise à mort.

Des camions, abris de fortune, hangars, maison des gardes, établis des armes et entrepôts pour les produits chimiques, il ne reste aujourd’hui plus rien.

Au total, 119 fosses communes sont réparties sur les 2,5 hectares du site. Les historiens pensent que 20 000 personnes ont été assassinées en ces lieux. Ce sont pourtant 8 895 corps qui ont été formellement comptabilisés.

Plan des Killing Fields

Trois fosses sont à noter. La première et la plus importante du site qui regroupe 450 victimes. La deuxième dans laquelle 166 corps ont été retrouvés sans leurs têtes ; il s’agit des traîtres Khmers rouges qui ne devaient pas être reconnus. La troisième et la plus marquante est celle où ont été retrouvés des femmes nues et des bébés. Cette dernière fosse se trouve au côté de l’arbre-mémoire contre lequel étaient tués les bébés.

La fosse aux 450 victimes
L’arbre mémoire

Nous déambulons sur des plateformes de bois sur le terrain recouvert d’herbe verte et légèrement vallonné. Entre les buttes de terre se trouvent les fosses.

Les fosses

L’Etat cambodgien a pris la décision dans les années 1990 de ne pas bouger les corps des hommes et des femmes morts en ces lieux. Seuls les crânes ont été ramassés. Les pluies abondantes dans la région et le terrain boueux ne cessent donc de faire remonter des ossements et des morceaux de tissus (les détenus étaient assassinés habillés) qui sont rassemblés dans une urne. Et effectivement, au hasard de notre déambulation, nous apercevons des étoffes émerger du sol.

Des étoffes qui sortent de terre quotidiennement

Au cœur du site, une stupa bouddhiste est érigée. Il s’agit d’un mémorial dans lequel le silence doit être respecté. A l’intérieur se trouvent 5 000 crânes humains répartis sur 9 étages.

La stupa, lieu de mémoire
Les crânes des victimes

L’horreur des exécutions prend tout son sens lorsqu’on observe ces crânes. Les historiens ont pu comprendre, en analysant les trous et les fissures dans ces crânes, quelles armes ont servis aux mises à mort.

Le régime Khmer rouge était assez pauvre et ses dirigeants avait décidé de ne pas dépenser d’argent dans les armes à feu et la poudre. Les détenus étaient donc tués à l’aide d’outils en tous genres : hache, hachette, houe, traverse de charriot, lame de charrue, chaîne et barre de fer, marteau, etc.

Les armes de mise à mort

Au-delà de l’indescriptible horreur des lieux, une question me frappe donc : comment de simples hommes – soldats ou sympathisants – ont-ils pu assassiner de leurs propres mains, à coup de barre de fer, des milliers d’hommes et de femmes ? Comment ont-ils pu achever des enfants hurlants de douleur et qui n’étaient pas morts des suites du premier coup de trique ? Comment de simples hommes ont-ils pu être aveuglés au point de balancer des bébés contre des arbres ? Je n’ai pas la réponse. Je pense que je ne l’aurai jamais.

Le mémorial de Siem Reap

Choeung Ek n’est que le plus grand des milliers de champs d’exécution mis en place par les Khmers rouges à travers le pays. Ce qui a eu lieu à Phnom Penh, au S-21 et aux Killings Fields, a été reproduit à l’identique dans tout le pays.

Comme Phnom Penh, Siem Reap a été vidée de ses habitants en 1975. La pagode Wat Thmei servit de prison khmère rouge et les « traîtres » y étaient jugés avant d’être assassinés à quelques centaines de mètres puis jetés dans deux fosses et six puits.

Les historiens pensent que 8 000 personnes ont été assassinées à Siem Reap. Un lieu de mémoire est édifié dans l’ancienne pagode où l’on peut voir les crânes des victimes.

Le mémorial de Siem Reap

De nombreux mémoriaux et champs d’exécution tel que ceux-ci sont disséminés dans tout le pays.

Après 1979

En 1979, le Vietnam envahit le Cambodge. Le régime Khmer rouge s’effondre et les Cambodgiens peuvent revenir dans les villes. Tout ne s’arrête pourtant pas là.

Le lycée S21 juste avant sa « libération » en 1979

Aussi fou que cela puisse paraître, les dirigeants Khmers rouges retournent dans le maquis et de nombreux pays, dont les Etats-Unis, souhaitent gêner le Vietnam communiste et son allié russe en continuant de reconnaître les Khmers rouges au pouvoir au Cambodge. Le seul représentant du Cambodge à l’ONU est un Khmer rouge. Il en restera ainsi jusqu’en 1991.

Cette année-là, les Khmers rouges acceptent un cessez-le-feu avec la nouvelle République populaire du Kampuchéa mené par Hun Sen (toujours au pouvoir de nos jours) mais ne respectent pas les accords de paix en continuant une guérilla sauvage dans les provinces reculées du pays.

Après quelques années, Pol Pot est finalement destitué par ses propres compagnons d’armes et décède en 1998.

Il faut attendre 1999 pour que les Khmers rouges disparaissent définitivement du jeu politique cambodgien.

La plupart des responsables du génocide vont pourtant continuer leur petite vie tranquille près de 30 ans avant les premiers changements en 2009.

Kaink Guev Eav dit Douch, simple instituteur avant 1975, était directeur du centre S-21 au sein duquel il a organisé la torture et la mise à mort de près de 15 000 personnes. Il est le premier à passer devant la justice et est condamné en 2012 à la prison à vie. Son procès est un exemple et le premier d’une longue série.

A l’image du procès de Nuremberg qui jugea les responsables de la Shoah, les procès visant à condamner les responsables du génocide khmer n’ouvrent les uns après les autres qu’à partir de 2009 et se tiennent jusqu’en 2018. Ce sont cinq des plus hauts dirigeants Khmers rouges, les acolytes directs de Pol Pot, qui sont à l’heure où j’écris ces mots condamnés à perpétuité pour génocide.

Maigre consolation face à la pure folie dont ils ont fait preuve, face à l’horreur dont ils ont été les instigateurs, face à la machine de mort khmère rouge.

Conclusion : les crimes des Khmers rouges

20 000 fosses communes ont été analysées au Cambodge, portant le nombre de morts à environ 1 400 000. Les famines liées à la collectivisation du pays menèrent à la mort près d’un million de Cambodgiens.

Même s’il est très difficile d’établir le nombre de décès liés aux Khmers rouges, on évoque aujourd’hui environ 2 500 000 de morts, près d’un tiers de la population du pays.

La carte des champs d’exécution et des prisons au Cambodge

Le Cambodge souffre toujours de ces crimes et peine à se relever. Toute l’élite intellectuelle ayant été assassinée, le développement des 40 dernières années s’est fait dans une anarchie des plus totales sous la coupe d’une nouvelle dictature qui conserve le pouvoir depuis 30 ans.

Pauvre Cambodge utilisé par les colons français, massacré par les Khmers rouges et corrompu par un nouveau régime accroché au pouvoir et à l’argent.

Le touriste dans tout ça ? Il prospère, il prend ses aises, il profite. Mais il doit visiter ces lieux de mémoire, il doit enlever ses œillères de voyageur et se retrouver l’espace d’une journée en face de ce que peut être l’Homme : un horrible meurtrier, un destructeur criminel. Pour savoir et ne pas oublier.

1 : Ce sont les termes tenus par Nil Nonn, juge à la cour de justice internationale, lors du procès dont le verdict a été rendu le 16 novembre 2018, condamnant à perpétuité les deux plus grands dirigeants Khmers rouges encore en vie, Nuon Chea et Khieu Samphan. Si le terme de crime contre l’humanité n’a pas été retenu, le verdict marque pourtant la première reconnaissance dans le droit international du génocide khmer.

J’ai écrit cet article à partir des nombreux éléments d’information présents au sein du Musée du génocide de Phnom Penh et des expositions permanentes situées à côté des champs d’exécution. J’ai revisionné le film S21 : la machine de mort khmère rouge avec un œil bien plus conscient qu’il y a 15 ans. J’ai également lu de nombreux articles portant sur cette tragique période – entre autres le très intéressant article de Patrick Heuveline, « L’insoutenable incertitude du nombre : estimations des décès de la période Khmer rouge », paru en 1998 dans Population qui montre combien l’établissement d’un nom exact du nombre de victimes est difficile à effectuer. Ou encore l’article de Lionel Vairon, « Les intellectuels cambodgiens face au régime khmer rouge, 1975-1979 » paru en 2004 dans Aséanie qui explique l’acharnement déraisonnable des Khmers rouges sur les intellectuels cambodgiens. C’est enfin le film triplement oscarisé The Killing Fields, réalisé par Roland Joffé en 1984, qui m’a apporté les images dramatiques nécessaires à la compréhension de cette page d’histoire, si toutefois je n’en avais pas déjà assez vu sur place.

Sambor Prei Kuk

Sambor Prei Kuk

Lors de sa session annuelle de 2017, l’UNESCO a décidé d’inscrire sur la liste tant convoitée du patrimoine mondial un site cambodgien. Après Angkor en 1992 et le temple de Preah Vihear en 2008, Sambor Prei Kuk est le troisième site du pays à obtenir cette inscription.

Le terme exact du bien est d’ailleurs « La zone des temples de Sambor Prei Kuk, site archéologique de l’ancienne Ishanapura ».

Ishanapura était la capitale de l’empire Chenla qui régna sur l’actuel Cambodge du VIe au VIIe siècle, deux siècles avant le déplacement du pouvoir à Angkor. En Khmer, « Sambor Prei Kuk » signifie « le temple dans la forêt luxuriante ». Il est aujourd’hui réellement perdu dans cette forêt qui recouvre beaucoup d’édifices et de murs.

 

Tour en ruine perdu dans la forêt

 

Aux prémices de l’art khmer

 

Le site est assez exceptionnel. Il est composé de trois immenses « carrés » de temples – Prasat Sambor, Prasat Tao et Prasat Yeay Poan – entourés chacun par deux murs d’enceinte. Le plus grand de ces carrés est protégé par un troisième mur qui mesure 389 mètres de côté. Au sein de ces trois structures de temples, nous pouvons compter 79 monuments, tous étant numérotés. En dehors de ceux-ci, ce sont encore 64 structures de pierre et de brique qui sont disséminées dans les environs. Au centre de chacun des trois grands carrés se trouve une tour posée sur une plateforme surélevée. Les autres tours et monuments sont sur les côtés et dans les coins. Les temples sont reliés entre eux par des chaussées de pierre allant jusqu’à 700 mètres mais aussi à la rivière autrefois enjambée par des ponts.

 

plan du site ( présenté à l’envers)

 

Le site de Sambor Prei Kuk a plusieurs caractéristiques qui légitiment son classement à l’UNESCO.

  • Tout d’abord, on trouve dans les 4 km2 du site un réseau hydraulique complexe – de canaux, de douves, de digues et de réservoirs d’eau douce, les « barays » – qui constitue la première occurrence de ce système d’approvisionnement en eau en Asie du Sud-Est. Ce modèle a été reproduit à grande échelle à Angkor.
  • Nous trouvons ensuite des formes et des motifs uniques. Dix temples sont par exemple de forme octogonale, très ancienne et unique en Asie. Ces temples octogonaux auraient été construits d’après des manuels d’architecture venant d’Inde mais aucune forme telle que celle-ci n’a été relevée en Inde. Beaucoup de mystères persistent donc toujours quant à l’origine des constructions.

 

Une des tours octogonales sur Prasat Sambor

 

Certaines de ces tours sont malheureusement en très mauvais état de conservation.

 

Ruines d’une tour octogonale

 

  • Dernière caractéristique, la plupart des murs d’enceinte sont sculptés de bas-reliefs d’inspiration hindoue et de médaillons à l’ornementation unique au monde. De nombreux éléments en grès sont ornés de sculptures, de colonnades et de statues inaugurant un style artistique khmer ; style qui va prendre son essor à Angkor. Plusieurs portes sont ornées d’inscriptions en khmer, datées du VIe au XIe siècle et racontant l’histoire du site.

 

Mur d’enceinte de Prasat Yeay Poan

 

Différentes sculptures de pierre sur Prasat Tao

 

Sambor Prei Kuk, ce sont les origines de l’art et de l’architecture khmers, art qui tire ses lettres de noblesses à Angkor. Ces richesses et cette pertinence historique sont pourtant difficiles à percevoir tant la nature a repris ses droits et tant les informations sur place sont limitées.

 

Récit de visite

 

Depuis la ville de Kampong Thom, c’est un chauffeur de tuk-tuk abordé la veille qui nous emmène en une heure de route à l’entrée du complexe.

Le premier arrêt se fait à la guérite où l’on doit acheter les tickets d’entrée. Ceux-ci coûtent 10 dollars par personne. Nous lisons sur un petit écriteau que le prix d’entrée a augmenté au 1er juin 2018. Manque de chance, nous sommes le 03 juin. Par curiosité nous demandons quel était le prix antérieur. Peut-être 7 ou 8 dollars. Et non ! Quatre jours plus tôt, nous aurions payé 3 dollars. Sacrée augmentation !

Le chauffeur nous reprend dans son tuk-tuk et nous conduit à l’entrée du premier carré de temples. Un monsieur, qui attend sous un abri en bois, nous aborde et nous propose une visite guidée d’une heure. Nous venons de payer une entrée assez onéreuse et ne voulons pas rajouter pour le guide.

Une maison en bois sur le côté est fermée et un panneau de situation abîmé et mal orienté nous empêche de bien comprendre dans quel sens nous devons partir. Nous proposons à notre chauffeur de nous accompagner mais celui-ci refuse parce qu’il n’est pas guide officiel et n’a pas le droit d’aller plus loin. Il trace néanmoins un plan sommaire dans le sable pour nous indiquer le chemin. Et c’est avec ce dessin en tête qu’il nous faut effectuer la visite. Nous enjambons la petite barrière et nous lançons dans l’aventure. Nous parcourons les ruines de temples, les murs ensevelis sous la végétation et nous percevons difficilement le plan du site. Peu de panneaux explicatifs viennent indiquer les spécificités des ruines.

Exceptés quelques temples en travaux, d’autres recouverts par des bâches fermées ou entourés de cordes empêchant l’accès, tout est très libre. Il n’y a aucun tracé réel de visite. Nous faisons notre chemin au milieu de la forêt à notre guise. Nous pouvons rentrer dans certains édifices totalement fissurés, certains semblent même instables. Nous ne croisons quasiment personne sur le site, à peine un garde. Seul un fermier avec son troupeau de vaches ralentit nos pas.

 

La restauration de la tour S11 sur Prasat Yeay Poan

 

Ruines protégées

 

Le carré le plus impressionnant est sans doute l’ensemble nommé Prasat Tao entouré de deux murs d’enceinte en briques de 145 mètres et de 280 mètres de côté. Avec ses 20 mètres de haut, la tour centrale est la plus grande du complexe. Sa porte est orientée vers l’est et est surmontée d’un linteau datant de la seconde moitié du VIIe siècle. Les perles de ce site sont les deux lions exotiques de pierre qui montent la garde devant la tour. Ils sont la gueule ouverte et ce sont les premiers lions « debout » de l’art khmer.

Plan de Prasat Tao

 

La tour centrale C1 de Prasat Tao

 

L’un des deux lions debout de Prasat Tao

 

Nous terminons enfin notre tour après deux heures sur les lieux et nous retrouvons notre chauffeur qui nous emmène voir quelques autres ruines en dehors des trois gros carrés. Le temple de Daem Chrei recouvert par un imposant figuier étrangleur est remarquable.

 

Le temple de Daem Chrei

Et nous rentrons en ville après un très joli moment, mais restant sur notre faim.

 

Trois jours trop tard

 

Le Ministère de la culture cambodgien est détenteur de l’autorité de gestion sur le site de Sambor Prei Kuk. C’est lui qui a décidé l’augmentation du prix d’entrée. Celle-ci est la résultante du classement au Patrimoine mondial. On parle néanmoins d’une augmentation de 300 %, ce qui est énorme. Et du jour au lendemain, c’est encore plus douloureux.

Dans certains sites réputés et où les infrastructures d’accueil sont nombreuses, le prix est logiquement assez élevé. Le ministère de la culture aurait d’abord pu améliorer les structures de ce site et aménager de meilleurs espaces pour les touristes avant d’augmenter le prix d’entrée, or ici il n’existe rien sur place. On arrive sur une route de terre et on doit enjamber les petites barrières de bambous, il n’y a même pas un chemin d’entrée où la barrière a été enlevée. Sans parler de la maison du tourisme qui était demandée par l’UNESCO au moment du classement, et qui n’est qu’une simple bicoque en bois sans élément d’appel (de surcroît fermée lorsque nous y étions).

Il semble que le label UNESCO ne soit vu que comme une opportunité de se faire plus d’argent sans volonté réelle d’améliorer le site derrière. Ou alors le Ministère de la culture ne veut pas injecter d’argent et attend les premières recettes pour engager des travaux, rendant les premiers touristes victimes de cette décision.

Le prix d’entrée journalier à Angkor est de 27 dollars. A Sambor Prei Kuk, il est de 10 dollars. Ce n’est que mon avis, mais même si ce site a une histoire très riche et que certaines ruines sont très belles, il est bien plus pauvre. Si le projet gouvernemental est de développer le tourisme à Sambor Prei Kuk pour en faire un complément d’Angkor, il risque de se heurter à certaines difficultés. Après avoir vu Angkor, les touristes ne seront que déçus d’avoir payé si cher pour si peu. En effet, à côté des temples d’Angkor, purs chefs-d’œuvres, ceux de Sambor Prei Kuk sont beaucoup plus modestes et en bien plus mauvaise condition. Les visiteurs auront tôt fait de dénoncer le prix excessif au regard de ce qu’ils auront vu. A l’inverse, si les visiteurs vont à Angkor après Sambor Prei Kuk, ils n’hésiteront pas à dire qu’Angkor peut suffire au contentement. Le prix de 3 dollars n’était finalement pas si illogique pour contenter une foule ayant déjà payé – ou s’apprêtant à payer – cher à Angkor.

Une autre problématique liée au prix d’entrée est celle des guides. Pour venir sur le site de Sambor Prei Kuk, il faut déjà payer un hôtel à Kampong Thom et un chauffeur de tuk-tuk pour la journée afin d’effectuer les 35 km qui séparent la ville du site. Il est donc à prévoir que ce sont les guides qui pâtiront en premier de l’augmentation du prix du site. Les visiteurs qui voudront l’éviter ne paieront pas en plus une visite guidée facultative.

Dernière chose pour nous qui avons dû payer le nouveau prix trois jours après sa mise en place, le site était dégoûtant. Des monticules de bouteilles vides sur le chemin des toilettes, du plastique par terre, des chemin non nettoyés. Un laisser-aller indigne d’un site classé au patrimoine mondial de l’humanité.

 

Le seul conseil que je pourrais donner est d’aller voir Sambor Prei Kuk pour la beauté des ses temples octogonaux et pour la relative absence de touristes (à l’heure actuelle) et d’aller ensuite à Angkor. Et surtout pas le contraire !

Rendez-vous en terrain connu : chez les Lo Lo noirs

Rendez-vous en terrain connu : chez les Lo Lo noirs

Dans la province de Cao Bang tout au nord du Vietnam, l’ethnie des Lo Lo noirs vit toujours en retrait du monde moderne dans le petit village de Khuoi Khon. Un numéro de l’émission Rendez-vous en terre inconnue leur avait été consacré en 2011 avec la participation du rugbyman Frédéric Michalak. Huit ans plus tard, c’est avec un couple de français rencontré sur la route, Charlie et Sophie, que nous sommes allés à leur rencontre.

 

Un début mitigé

 

Depuis Bao Lac, la route n’est pas bien longue pour arriver à Khuoi Khon. Ce sont seulement les derniers kilomètres qui nous font suer à grosses gouttes. L’asphalte a disparu, l’accès n’est plus qu’une route périlleuse, très pentue en terre sur laquelle sont éparpillés des rochers. On est à flanc de montagne, sur notre droite il n’y a plus que le vide. Nous avons passé les dernières maisons d’un autre village et la montée est de plus en plus difficile pour nous qui ne sommes pas de grands motards. Sophie cale deux fois dans les virages en épingle. Je laisse Cannelle descendre de la moto et je décide de piloter tout seul notre scooter semi-automatique pendant qu’elle finit les dernières centaines de mètres à pied.

L’accès au village lui-même se fait par une montée extrêmement raide que nous nous refusons à emprunter en moto, d’autant plus qu’il a plu et qu’il ne reste que de la boue. Alors qu’on voit les premières maisons apparaître, on décide de s’arrêter et de laisser les motos devant la toute première maison du village, située encore en contrebas.

Une dame sort de l’habitation. Elle a entendu les moteurs et nos éclats de voix et s’empresse de venir vers nous. Il n’y a aucun doute, c’est une Lo Lo noire. Elle est vêtue des habits traditionnels très sobres des Lo Lo : une veste noire avec des manches colorées et une coiffe noire. Elle nous tend des tickets et nous fait comprendre que pour aller plus loin, il nous faut payer. C’est la première surprise.

Nous qui nous attendions à trouver un village perdu dans les montagnes, on est quelque peu intrigués par cette façon de faire. L’entrée n’est pas chère, 20 000 dôngs par personne, soit moins d’un euro. Nous hésitons malgré tout, on a peur d’entrer dans un village touristique et de ne pas trouver l’authenticité qu’on espérait. La dame se montre très insistante, on comprend qu’elle ne nous laissera pas passer si on ne paye pas. Nous nous regardons les uns les autres, indécis, un peu gênés aussi. Devant la véhémence de la dame, nous payons. En regardant de plus près nos tickets, on lit que c’est l’agence de voyage Amica Travel qui les « sponsorise et imprime » pour « le développement et la communauté de Khuoi Khon ». C’est donc en finalité une bonne chose.

 

 

Une fois la taxe d’entrée acquittée, la dame nous fait de grands signes pour nous inviter chez elle. Sa maison est construite en bambou, avec une grande terrasse. Elle nous fait asseoir dans la pièce à vivre. Il n’y a aucun meuble, juste une armoire en bois et un foyer sur les cendres duquel est posée une bouilloire. Elle nous sert du thé.

 

 

On est très touchés de cette invitation et très curieux de découvrir son mode de vie. Elle revient cependant très vite avec de l’artisanat qu’elle souhaite nous vendre. Les « lolos » sont en fait les vestes noires portées par les femmes. Le nom de l’ethnie vient tout simplement de l’habit qu’elles portent.

 

Un lolo

 

La dame nous montre plusieurs vestes et des pièces décoratives cousues main. Elle les étale devant nous et annonce les prix. Cette invitation n’est donc pas désintéressée, elle espère nous vendre son artisanat. D’un côté, on comprend la démarche. De l’autre, on est tout de même surpris de constater que cette dame est visiblement habituée à gérer des touristes. Elle ne tarde pas à nous annoncer d’autres prix : ceux qu’on devra payer si l’on souhaite dîner et dormir chez elle. On remarque que dans un coin de la pièce sont empilés des matelas et des couvertures. Elle doit recevoir régulièrement des touristes de passage chez elle.  Elle est d’ailleurs persuadée que nous allons rester dormir. C’est notre deuxième surprise. Si nous avions évoqué l’idée de dormir chez l’habitant dans ce village, nous espérions pourtant que ce soit de manière plus naturelle et moins organisée.

Après quelques minutes passées dans sa maison, nous partons explorer le reste du village. Nous laissons les motos devant la maison et partons à pied. Après la côte boueuse, nous arrivons près de la source où les habitants du village vont s’approvisionner en eau.

 

A la source

 

Les femmes portent toutes deux seaux sur leurs épaules et font la queue pour les remplir. De l’autre côté, des hommes et des enfants sont en train de se laver les cheveux. La scène n’a rien d’habituel pour nous qui avons l’eau courante à la maison. Ici, les habitants doivent venir chercher leur eau et la rapporter chez eux.

 

 

La côte continue de plus belle jusqu’au cœur du village. Les femmes avancent lentement dans la montée, un seau de chaque côté des épaules. Nous comprenons qu’elles doivent certainement faire cet exercice plusieurs fois par jour.

Nous continuons notre visite et arrivons devant une énorme maison en bambou. Une plaque apposée sur le mur nous indique que cette maison a été aménagée par Amica Travel pour les villageois, afin de leur permettre notamment d’accueillir des groupes de touristes amenés là par l’agence. Ils ont la possibilité d’y passer la nuit en revenant de trek dans les rizières. Il y a même des toilettes et deux douches, mais on se rend vite compte que les villageois ne les utilisent pas.

 

L’entrée de la maison commune. La plaque « offert par Amica Travel » est sur la gauche

 

A l’entrée de la maison, une femme nous aborde et nous propose de monter voir l’intérieur. Là encore, le même jeu se répète : elle nous fait asseoir près du foyer, nous sert du thé puis nous amène ses vestes cousues main. Elle nous indique aussi les prix pour manger et dormir. Dans un coin, nous apercevons la même pile de matelas indiquant bien la présence régulière de touristes comme nous. D’ailleurs, tous les prix qu’elle nous annonce sont identiques à ceux de la première dame à l’entrée du village.

On est assez déçus de ce constat : les deux personnes rencontrées ne font pas preuve d’une réelle hospitalité et, même s’ils sont très gentils, ne font que vendre un service. L’émission Rendez-vous en Terre inconnue a apporté une certaine notoriété au village, dont certains habitants semblent tirer parti. Les touristes sont plus nombreux que ce qu’on pensait à venir voir les Lo Lo. En revenant vers la source, on croise un groupe d’une dizaine de touristes en tour organisé. Leur guide leur permet de photographier les gens qui se baignent et qui remplissent leurs seaux. Quelques minutes plus tôt, nous avions demandé à ces mêmes personnes si elles souhaitaient être photographiées et la plupart avait répondu non. On les regarde donc se faire mitrailler sans leur consentement. On est un peu écœurés. Le groupe est accueilli dans la maison que nous venons de quitter. Une heure plus tard, ils repartent déjà avec des paquets dans les bras. Leur tour ne leur permet pas de passer la nuit dans le village. Ils ne seront même pas allés voir le reste des maisons situées un peu plus loin. C’est là-bas que finalement la magie a opéré pour nous.

 

Accueil chaleureux et souvenirs en pagaille

 

La première heure passée dans le village Lo Lo est mitigée, oscillant entre déception et découverte d’un village au décor fabuleux. Nous voulons en voir plus et c’est pour cette raison que nous décidons de nous enfoncer plus loin dans le village, vers les dernières maisons plus isolées.

Toutes les maisons sont construites en bois et bambou selon le même modèle. Une grande pièce à vivre, quelques chambres à part et une terrasse donnant sur l’extérieur. Les maisons sont en fait construites sur pilotis, la pièce centrale est à l’étage et nous pouvons observer, au travers des lattes en bambou du plancher, les motos entreposées en-dessous, sur la terre battue, mais aussi le bois pour le feu, les sacs de riz et parfois des cochons.

Dans ce village, les toits sont en tuiles. Dans d’autres, ils sont en palmes. Les toits forment deux angles avec des trous zénithaux par lesquels s’échappent les fumées du foyer. Lorsqu’il pleut, ce sont ces seules rangées de tuiles qui nous séparent de l’eau. On reçoit tout de même une petite bruine lorsque l’averse est violente. L’architecture est unique et très belle. Ce sont des maisons traditionnelles comme on en voit de plus en plus rarement au Vietnam. Entre ces maisons, nous marchons sur les petites sentes en terre et nous attirons les regards.

 

quelques rues du village

 

Sur les hauteurs du village, les touristes ne montent habituellement pas. Les habitants nous regardent fixement. Ils se demandent visiblement ce qu’on fait là. Les groupes d’enfants, curieux et craintifs, nous suivent à distance sans oser s’approcher.

 

 

Au détour d’une maison, une dame au sourire rouge de bétel nous invite chez elle. Cette fois, elle ne nous demande rien. Elle n’a pas d’artisanat à vendre. Elle ne parle même pas le vietnamien. Sophie qui est d’origine vietnamienne et pratique la langue est incapable de discuter avec elle. Elle a l’air juste contente d’accueillir des étrangers chez elle.

 

 

D’autres habitants montent dans la maison. Ici, les gens ont l’air de pouvoir rentrer chez les uns et les autres sans problème. Une jeune femme nous aborde, cette fois elle parle vietnamien. Sophie traduit : elle nous propose de venir chez elle.

 

La maison de nos hôtes d’une nuit

 

Une fois chez cette jeune femme, on nous offre de nouveau du thé. L’après-midi est déjà bien avancé, mais la dame n’hésite pas à nous faire à manger. Elle nous offre du riz, des légumes bouillis et du gras de porc. On essaye d’être polis et de tout manger mais le gras de porc a un peu de mal à passer. Elle le comprend vite à nos têtes et nous fait signer en rigolant de jeter les derniers morceaux au chat. Pendant un moment, nous nous sommes d’ailleurs demandé s’il ne s’agissait pas de viande de chien.

 

Un repas Lo Lo

 

Beaucoup de monde commence à se rassembler dans la maison pour nous observer. Tous se regroupent d’un côté de la pièce tandis que nous mangeons de l’autre. On échange des sourires timides jusqu’à ce que des petits garçons, intrigués par nos téléphones et appareils photo, viennent faire des photos avec nous.

Comme dans les autres maisons, nous trouvons une grande pièce principale et quelques petits espaces sur les côtés pour placer les lits. D’un côté sont entreposés les ustensiles de cuisine et les denrées alimentaires, ainsi que des tas de bois. Au milieu de la longueur de la pièce, mais pas vraiment en plein centre, est situé le foyer. Il s’agit d’un carré d’un mètre de côté, creusé dans le plancher et renforcé d’une plaque de fer. Les bûches sont posées en rond et poussées au centre au fur et à mesure de la combustion. Une grande marmite est posée sur un trépied, juste au-dessus des flammes. Il n’y a pas d’aération. Les fumées se diffusent dans la pièce et imprègnent nos vêtements et nos corps.
Pour le reste, la maison n’est pas alimentée en eau et c’est à la source que la propriétaire doit aller chercher l’eau. L’électricité n’alimente le foyer que depuis quelques mois. Le père de la maison est tout heureux d’allumer sa télévision et de nous présenter sa « sono ». A l’opposée du foyer se trouvent le portrait d’Hô Chi Minh, ceux des anciens membres de la famille, ainsi que la photo de mariage du couple, tous rassemblés autour d’un petit autel religieux.

 

L’intérieur typique d’une maison Lo Lo

 

Les douches et lessives se font à la source. Pour ce qui est de faire ses besoins, le propriétaire nous tend un rouleau de papier toilette et nous indique de sa main les bois environnants. Le message est passé… Le reste de la maison est assez vide puisque les Lo Lo possèdent très peu de mobilier et d’objets de décoration.

La femme nous propose rapidement de rester dîner et dormir chez elle. Nous comprenons que nous ne pouvons pas laisser les motos sur le bord de la route à l’entrée du village, et qu’il nous faut redescendre voir avec la dame de la première maison si elle ne peut pas nous les garder pour la nuit. En comprenant que nous ne dormirons pas chez elle, son visage se ferme et plus aucun sourire ne nous sera offert. Elle souhaite que nous payions pour garer les motos dans son garage. Après négociation, nous nous entendons sur 60 000 dôngs pour les trois motos.

S’en suit une succession de moments magiques. La source pour se rafraîchir, les regards curieux et les sourires des gens. La vue sur la terrasse pour le coucher du soleil, les pieds pendant dans le vide. Les jeunes filles qui mènent les troupeaux de vaches dans les sentes à la fin de la journée. Les nombreux coucous et sourires des habitants. Les groupes de petits garçons qui nous tapent dans les mains. Ces très nombreuses images qui resteront gravées dans nos mémoires pour longtemps.

 

Quelques scènes de village

 

Pour le dîner, le même repas nous est servi. L’alimentation des Lo Lo n’est pas très variée. Notre hôte installe des nattes sur le sol et des couvertures. Son fils rentre de l’école et est très intrigué de nous trouver là. Nous passons une partie de la soirée à jouer aux cartes avec lui, sous la lumière de l’unique ampoule qui éclaire la pièce et qui attire tous les insectes volants de la région. C’est sous le regard amusé des parents que nous rions de nos différences culturelles.

 

 

L’une des plus belles soirées passées au Vietnam.

Le lendemain matin, nous sommes réveillés tôt aux premières lueurs par les odeurs de fumée. En effet, la jeune femme allume le feu au cœur du foyer dès 5h. De plus, il y a de l’agitation très tôt dans le village. Les jeunes filles mènent les troupeaux paître à l’extérieur et les vaches ont toutes des cloches accrochées au cou. Autour de 6h, le jeune garçon qui a dormi tout habillé à nos côtés se lève, il se débarbouille rapidement et sans prendre le temps de manger ou de se changer, enfile son cartable et file effectuer les 6 kilomètres qui le sépare de l’école. Je lui offre un de mes stylos avant de partir. Nous décidons de partir nous aussi, pour ne pas manquer le marché de Bao Lac et ne pas abuser de l’hospitalité de nos hôtes.

La jeune femme n’attend rien de nous, mais nous décidons de l’aider, elle et sa famille, en lui donnant un peu d’argent. Après tout, c’est ce qu’on aurait fait si on avait décidé de dormir dans la première maison ou dans la maison commune. Avec le recul, je ne sais pas trop si c’était une si bonne idée que ça. On a voulu aider comme on a pu, notre geste partait d’une bonne intention, mais on a vu aussi que l’argent pouvait pousser les gens à la malhonnêteté. L’anecdote suivante en est la preuve.

En revenant chercher nos motos, la dame de la première maison tente de nous faire payer plus que ce qui avait été convenu la veille. Elle finit par comprendre que nous ne céderons pas et que nous ne paierons pas plus que les 60 000 promis. Malheureusement, nous n’avons pas de petits billets avec nous et sommes obligés d’en donner un de 500 000 dôngs. La dame fait traîner les choses, elle ne veut pas nous rendre la monnaie. Nous attendons. Elle compte et recompte, mais pas devant nous, elle est assise à l’intérieur, sur les marches. Nous attendons. Comprenant sûrement qu’on ne va pas partir sans notre monnaie, elle finit par revenir avec une liasse de billets. On recompte devant elle, le compte n’y est pas. Il manque de l’argent. Sophie, excédée, le lui signifie en vietnamien. La dame lui arrache alors les billets des mains et recompte devant nous, en essayant de tricher : 10, 11, 13, 14, 15, le compte est bon… Nous ne sommes pas dupes, et après une bonne vingtaine de minutes perdues face à tant de malhonnêteté, elle finit de mauvais cœur par nous rendre toute la monnaie qu’elle nous doit.

 

Ascenseur émotionnel et questionnement

 

Cette visite est à double tranchant. C’est une expérience absolument exceptionnelle entrecoupée d’instants dérangeants, voire choquants, liés à une présence touristique sur le site.

Un article du Nouvelobs de 2012 s’interroge sur la suite donnée à l’émission : « Deux mois de tournage en 2010 pour filmer le choc des cultures entre le rugbyman F.M. et la famille de Lo Lo qui l’accueille. Au final, plus de sept millions de téléspectateurs et des sollicitations qui affluent pour découvrir le territoire des Lo Lo. Un bien pour un mal ou vice versa, c’est selon ». (Brunet, Elisa, « Vietnam : Rendez-vous chez les Lo Lo noirs », o.nouvelobs.com, publié le 20 novembre 2012).

Aujourd’hui, de très nombreuses agences touristiques vendent des treks de plusieurs jours au Vietnam et certains passent une ou plusieurs nuits dans le village des Lo Lo. Nous avons pu relever par exemple l’agence Nomade Aventure. Celle-ci propose 14 jours de trek dont 5 dans le village des Lo Lo à partir de 2300 € par personne. L’agence Allibert Trekking guide des touristes pour 15 jours à partir de 2085 €. Terdav, agence canadienne, propose son tour de 14 jours pour pas moins de 3000 $ canadiens. Ou encore Terres oubliées qui demande 1700 € pour 16 jours de trek à partir d’Hanoï et 2700 € à partir de Paris.
Au regard de notre expérience de visite et de la présence indéniable du tourisme des Lo Lo, nous avons cherché à comprendre : un bien pour un mal ? Ou vice versa ?

Précisons d’ailleurs qu’après la diffusion de l’émission de France 2, Frédéric Michalak avait souhaité créer l’association Tends la main pour venir en aide aux Lo Lo noirs. A ma connaissance, cette association n’existe plus, ou en tout cas son site internet officiel n’existe plus.

Le nom d’Amica Travel est apparu à deux reprises pendant notre visite. Cette agence, comme c’est indiqué sur leur site, a apporté son aide logistique pour le tournage de l’émission de France 2. C’est donc à Amica Travel que j’ai adressé un mail interrogatif, légèrement provocateur, mais sans jugement aucun. J’ai en quelque sorte retranscris le récit de notre visite et raconté les éléments choquants auxquels nous avons été confrontés, entrecoupés de mes questions. En voici un extrait.

 

Des questions

 

« Y a-t-il un contrôle d’Amica Travel sur les gains de la taxe d’entrée ? Si oui, qui contrôle la répartition des gains ? Comment sont-ils répartis et quels sont les projets en cours pour le développement du village ? […] N’avez-vous pas peur qu’une toute petite minorité de personnes retire tous les gains du tourisme ? ».

A propos des toilettes, don d’Amica, non utilisées par les villageois : « Pensez-vous réellement que ces commodités ont été installées pour les habitants ou plutôt pour vendre un meilleur service touristique ? Pourriez-vous vendre un tel séjour chez l’habitant si la maison ne possédait ni douche, ni toilettes ? »

J’ai évoqué dans le mail ce moment surprenant où le guide autorise des touristes à prendre des gens en photo sans leur consentement. J’ai fait un rapprochement historique en leur signifiant que cette scène m’avait fait penser aux zoos humains des expositions coloniales du XIXe siècle. Et je leur ai demandé si c’était cela leur vision du tourisme responsable.

Mon mail s’est achevé par une question ouverte ou une interrogation sur le bienfait de la présence touristique chez les Lo Lo : « Au regard de l’argent qui n’est qu’une denrée perverse, le village des Lo Lo noirs ne s’en porterait-il pas mieux sans aucune présence d’un tourisme organisé ? ».

Précisons qu’Amica Travel est une agence de voyage créée et gérée par des Vietnamiens. Elle prône un tourisme responsable, c’est-à-dire pour un développement qui ne doit pas être unilatéral mais qui doit profiter à tous. Leur charte met en avant « un code de conduite avec des valeurs : respect, partage, compréhension […] qui s’incarnent dans ses comportements et ses relations, tant en interne qu’en externe ».

 

 

Des réponses

 

La réponse d’Amica Travel est arrivée trois jours plus tard.

Amica Travel n’a sans doute pas apprécié que je pose des questions sur leur activité et que je puisse en questionner les bienfaits. Et le ou les rédacteurs du mail me l’ont fait savoir.

Ils me reprochent tout d’abord d’utiliser trop d’adjectifs grandiloquents dans mon récit. Ils jouent sur mes mots et me signalent par exemple que la route d’accès au village n’est pas « périlleuse » et qu’ils pourraient m’indiquer « des villages aux situations bien plus dramatiques ».  Ce n’est que la première d’une longue série de piques dans leur mail.

Ce qui nous a profondément choqué dans cette réponse est l’importance des jugements, les attaques mesquines, et l’absence de réponse dont ils ont fait preuve.

Petit florilège verbatim :

  • « Vous nous posez un certain nombre de questions, notre première réaction était : mais sous quelle égide ? c’est un expert en affaire autochtones, de l’UNESCO, un ethnologue ? De quel droit vous posez ces questions ? mais à la lecture complète de votre mail, nous trouvons vos questions constructives, d’où notre volonté de vous répondre »
  • « La France accueille 70 millions de touristes, comment les gains sont partagés ? Avez-vous des idées pour améliorer les choses ? »
  • « Vous savez, en écrivant à Amica, vous écrivez à des Vietnamiens. Vu cela, à propos de colonies, d’expositions coloniales, et vu le fait que vous ne connaissez pas le pays et ses caractéristiques, pensez-vous qu’il soit de si bon aloi de donner vos conseils ? »
  • « D’ailleurs nous ne comprenons pas pourquoi vous visez que le tourisme organisé. En quoi le tourisme en liberté comme vous le faites est meilleur ? »
  • « Avant de délibérer sur l’impact du tourisme sur des groupes ethniques, vous devriez mieux comprendre l’échiquier »
  • « Vous préférez laisser les Lolos dans la nuit des temps ? […] Pourriez-vous vivre longtemps comme eux avant, sans rien ou avec le strict minimum ? Non pas longtemps, vous préféreriez vite l’évolution et suivre la marche du monde, puis en faire le tour n’est-ce pas »

Et enfin de terminer leur réponse par

  • « Denrée perverse : nous ne sommes pas d’accord avec ce point de vue qui est celui des gens ayant des moyens. A ce propos, permettez-nous de vous demander : comment vous faites pour financer vos voyages autour du monde ? ».

Pourquoi tant d’agressivité ? Je reconnais aisément la provocation de mes questions, qui poussaient à la réflexion mais qui n’étaient pas agressives. Je laissais la porte ouverte à une réponse positive, sobre et à l’image de leur entreprise : responsable, respectueuse et compréhensive. Amica part pourtant du principe, sans savoir qui je suis, ni même connaître mes intérêts historiques, que je ne connais rien au pays, que je ne suis pas expert, donc que je devrais me taire ou ne pas donner de conseils. Mais depuis quand est-il interdit à des non spécialistes de poser des questions et à quiconque de s’informer ? Pourquoi la connaissance de l’histoire du Vietnam et de ses particularités ne reviendrait-elle qu’aux Vietnamiens ? C’est assez naïf de penser – sous prétexte que je ne semble être qu’un jeune homme français diplômé et touriste fortuné à ses heures perdues – que je ne peux pas connaître.

Pour autant qu’elle n’ait eu rien à se reprocher, Amica Travel aurait dû me répondre comme l’aurait fait n’importe quelle agence qui devrait conserver une bonne image d’entreprise face à un potentiel client, en adoptant un ton neutre. Cette absence totale de neutralité pose encore plus de questions.

Entre les questions sans fondement et les attaques, le mail apporte pourtant quelques réponses.
Les gains de la taxe ne sont absolument pas contrôlés par Amica qui n’aide qu’à l’impression des tickets. Personne ne sait donc ce qu’il advient de l’argent donné à l’entrée du village. L’agence a aidé à la construction de la maison communale à hauteur de 40 000 €. De plus, elle est en train de construire une autre maison à l’usage unique des villageois et qui ne sera pas accessible aux touristes. On a ici l’impression que l’agence rend légitime la présence touristique par le fait qu’elle aide avec la taxe et en aménageant la maison commune. Cette taxe semble plus être un moyen d’asseoir sa présence au village, et son exploitation, en contentant les villageois, plus qu’une réelle démarche humanitaire.

Amica reconnaît que les toilettes et douches ont été installées tout autant pour les villageois que pour les touristes car « ce n’est pas facile de proposer à nos clients, qui ne sont pas jeunes, de se priver de ces commodités ». Elle nous annonce que le nombre de nuitées par an se porte à 40 et que la première maison en bas du village a été aménagée par une autre agence, contre leur gré. Alors là nous ne comprenons plus : Amica Travel imprime des tickets dont la gestion revient à la propriétaire d’une maison gérée par une autre agence sans leur consentement. Très étonnant.

A coup d’attaques agressives, le rédacteur du mail cherche pourtant à montrer tous les bienfaits de la présence d’Amica chez les Lo Lo. Grâce à eux, les Lo Lo se développent, peuvent manger des protéines plus régulièrement et sortent de leur misère ancestrale. D’ailleurs ; les attaques qui portent sur mon voyage, mon argent, la manière dont je l’ai gagné – mais aussi la façon dont j’aimerais, si j’étais à la place des Lo Lo, sortir de cette misère et faire le tour du monde – sont très dérangeantes. Ils me font passer pour le cruel occidental qui voudrait priver les Lo Lo du tourisme et donc leur nuire. Le rédacteur du mail n’a justement pas vu que mon interrogation sur le processus touristique était au contraire la volonté de leur permettre un développement sans accros, un moyen de montrer mon attachement à une sortie de la nuit des temps sans présence étrangère et vénale.

Amica Travel met sur le même plan « argent » et « tourisme » comme s’il n’y avait pas d’autre moyen que le tourisme pour aider des peuples à se développer. Cette agence aime à penser qu’elle fait de l’humanitaire. Le problème pour moi est qu’il y a cette contrepartie de la présence touristique. Nous sommes certes loin de la masse des touristes de la baie d’Halong. Je pense pourtant qu’il y a un début à tout. Si la seule Amica mène 40 groupes par an, combien cela fait-il de groupes en comptant toutes les autres agences ? Amica Travel n’a sans doute pas apprécié qu’entre les lignes je les nomme « entreprise commerciale à caractère lucratif » et non « œuvre humanitaire ». La volonté d’une rentabilité financière en fin de mois marque en effet une grande différence. Comme le proverbe le dit : l’argent appelle l’argent. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Par ailleurs, l’agence Allibert Trekking accompagne des touristes une quinzaine de jours à partir de 2085 € par personne. Cette somme est astronomique par rapport aux ridicules 20 000 dôngs de la taxe d’entrée, seulement 80 centimes d’euros.

C’est à peu près ce que j’ai répondu à Amica Travel dans un mail très argumenté. Pour les contredire, je leur ai signifié qu’après une longue analyse du tourisme, la seule façon pour moi de protéger les patrimoines – culturels, naturels et immatériels – et les traditions, est de ne pas les faire interférer avec le tourisme, quel qu’il soit. Je me comprends dedans. Notre voyage d’un an et demi nous a montré les dérives du tourisme, un fléau des temps modernes. Si le seul moyen de protéger est donc d’interdire l’accès aux touristes, il faut changer notre façon de nous déplacer à l’étranger et le faire de manière humanitaire. Ce sera sans doute ça la vraie responsabilité.
Cette analyse est une réponse radicale au rôle de saint-sauveur que veut se donner Amica.

Je ne suis pas contre le tourisme, puisque je suis un touriste voyageur. Je ne suis évidemment pas contre le développement de ces minorités. Je suis en revanche contre l’utilisation d’une minorité ethnique ou d’un peuple quel qu’il soit pour un enrichissement personnel via un système de vente. Là est le problème majeur du tourisme actuel. La question que nous pourrions nous poser est : existe-t-il un bon tourisme ? Je ne pense pas. Quelle que soit la forme de tourisme pratiqué, individuel ou organisé, je pense qu’il n’y a que des degrés dans l’échelle de la nuisance. La visite, telle que nous l’avons effectuée dans le village des Lo Lo, est une forme de nuisance. Alors que nous pensons avoir aidé cette famille, nous ne savons par exemple pas ce qu’il est advenu de l’argent que nous lui avons donné. Nous ne savons pas non plus si la nourriture que l’on a mangé n’était pas les réserves de la semaine, offertes pour nous faire plaisir et donc susceptibles de les amener à une privation future. Néanmoins je pense que cette forme de tourisme en liberté a un impact minime, au degré 0.5 de l’échelle du nuisible. Est-ce le cas du tourisme organisé version Amica Travel ? J’ai ma petite idée.

J’ai en effet l’impression qu’il faudrait creuser davantage le concept de « tourisme responsable » prôné par des agences touristiques plutôt que d’y plonger tête baissée en pensant faire une bonne action. A méditer !

 

PS : Lorsqu’il s’agit de prendre les gens en photo, nous ne cachons jamais l’appareil. Celui-ci est toujours bien visible et lorsqu’on nous fait un signe négatif, nous le rangeons et ne tentons pas malgré tout d’avoir un cliché malhonnête. Lorsque les photos sont frontales, nous demandons toujours l’autorisation et nous montrons les photos aux concernés, surtout les enfants qui en sont toujours très contents.

 

Quand les enfants prennent une photo !!

Le Vietnam, pays de propagande

Le Vietnam, pays de propagande

Le Vietnam est un pays complètement ouvert. Le tourisme y est massif. Pour obtenir un visa touristique de trois mois, nous n’avons attendu que 20 minutes à l’aéroport et payé 25 dollars.

Le coût de la vie étant très faible et la population très pauvre, le touriste fortuné est roi et se déplace à sa guise.

Pourtant le Vietnam n’est pas une démocratie. Depuis 1975, le pays est gouverné d’une main de fer par le seul et unique parti autorisé : le Parti Communiste. En muselant la presse, internet, l’opposition politique, l’administration et la population elle-même, ce parti place le Vietnam au rang des dictatures totalitaires.

Nous avons pu observer ce contrôle du gouvernement sur la population puisqu’une réelle propagande visuelle et sonore digne de l’ex URSS existe à tous les coins de rues.

Il faut savoir que le Vietnam a vaincu deux immenses empires l’un après l’autre, les Français en 1954 et les Américains en 1975. En résulte une force intérieure et une puissante fierté d’être Vietnamien. Cette fierté est utilisée pour la propagande étatique qui en est un écho.

 

[su_frame]Le culte de la personnalité d’Hô Chi Minh[/su_frame]

 

 

 

Hô Chi Minh signifie « celui qui éclaire » en vietnamien.

 

Hô Chi Minh, le « dieu soleil »

 

Dès la fin de la guerre du Vietnam, celui qui a délivré le pays des envahisseurs occidentaux et qui est devenu président est érigé en héros. À sa mort en 1969, il devient un dieu.

Contre sa décision, la figure d’Hô Chi Minh est utilisée par le Parti Communiste qui engage un fervent culte de sa personnalité.

Hô Chi Minh voulait voir son corps résider en terre dans le village de sa famille. Il est en fait spolié de ses dernières volontés, sa dépouille est momifiée et est déposée dans un immense mausolée de marbre au cœur d’Hanoï. Celui-ci est un véritable lieu de culte, ouvert à certaines heures bien précises. Les visiteurs doivent adopter un code vestimentaire strict, avancer en file indienne sans jamais s’arrêter, se découvrir la tête, baisser les yeux et interdiction formelle de capturer quelconque image du corps.

Le mausolée est situé devant une large esplanade sur laquelle se déroulent les défilés militaires et une ligne jaune sur le sol montre la limite infranchissable par les touristes les jours de fermeture. Des soldats en arme nous rappellent à l’ordre.

 

Le mausolée d’Hô Chi Minh à Hanoï

 

Dans la rue, sur les billets de banque, dans les lieux officiels, dans les bars et les maisons, dans les transports en commun, le visage d’Hô Chi Minh est partout. Toujours souriant. Avec son visage émacié et sa longue barbichette, il ressemble au vieux sage du village qui possède l’expérience et le savoir. Staline était le petit père du peuple. Hô Chi Minh est le gentil grand-père.

 

Billets de banques à l’effigie d’Hô Chi Minh

 

Associé à son visage, des inscriptions qui ressemblent à ses citations indiquent des postures sociétales à adopter : les choses à faire et à ne pas faire.

L’exemple le plus concret est celui des écoles. Nous sommes allés dans certains des villages les plus reculés au nord du Vietnam, comme celui de Lao Va Chaì qui n’est accessible que par une petite sente de béton assez large pour laisser passer un scooter et sa remorque mais pas de voiture. Les maisons y sont tout bringuebalantes, en tôle, parpaing et bois. Pourtant au cœur du village trône l’école avec ses murs d’enduit beige et son toit de tuiles rouges. Cette école, comme toutes les écoles de tous les villages, reprend les formes et les couleurs basiques normalisées par le gouvernement.

 

Une école de village dans la province d’Hà Giang

 

Quel meilleur moyen pour le Parti Communiste d’éduquer la population au culte d’Hô Chi Minh et de divulguer la propagande du parti qu’au travers de l’Ecole ?

L’Etat finance donc la construction d’une école dans chacun des villages les plus reculés et y instille la propagande gouvernementale. L’image d’Hô Chi Minh est présente à l’entrée des établissements et les enfants se prosternent chaque matin devant elle. Tous les lundis matin, l’école entière se réunit sur le parvis devant la photo pour des odes au libérateur et des chants partisans. Partout, on voit Hô Chi Minh qui congratule les bons écoliers et qui porte dans ses bras des enfants patriotes. Ces images éculées ont été reprises de régimes antérieurs mais elles font toujours leur effet sur la jeunesse.

 

L’école de Lao Va Chai

 

Dans les classes, des images de propagande montrent Hô Chi Minh comme un professeur dictant les règles de bonne conduite et les bonnes mœurs.

 

Cinq enseignements pour les enfants et les adolescents : l’école de Khuoi Khon

 

Les voici :

1. Aime le pays. chéries tes amis.
2. Bien étudier. Bien travailler
3. Etre discipliné
4. Avoir une bonne hygiène
5. Etre modeste, honnête et brave

 

 

[su_frame]Les haut-parleurs[/su_frame]

 

 

 

 

Dans plusieurs villes du nord du Vietnam, nous avons entendu des haut-parleurs diffuser de longues psalmodies en vietnamien. Nous n’y comprenions évidemment rien. Nous pouvons seulement dire qu’il s’agissait toujours de voix masculines, très monocordes, et diffusées très fort pour que la ville entière puisse entendre. Parfois, cela donnait l’impression d’une prière qui durait des heures.

Même si je m’étais douté qu’il s’agissait de propagande, c’est en faisant des recherches que j’ai compris ce qui était dit. Toutes les actualités sont annoncées par haut-parleur, ainsi que les devoirs du citoyen et les règles de conduite à respecter : « allez voter », « respectez Hô Chi Minh », « chérissez vos enfants », « une vraie famille c’est un homme et une femme ». Sont également dictées des citations pro-régime : « le Parti communiste est le grand parti des Vietnamiens », « la République du Vietnam n’est vivante que parce qu’elle est communiste »… Enfin, les habitants peuvent entendre des cours de gymnastiques ou des leçons de cuisine : « 1,2,3,4, expirez. 1,2,3,4, inspirez ».

Pour nous, il s’agissait d’un charabia que nous n’entendions même plus au bout d’un moment. Je n’ose imaginer ce que cela produit sur des Vietnamiens qui entendent les mêmes phrases tous les jours à heures fixes (très tôt le matin) depuis 1945.

 

 

[su_frame] Les panneaux de propagande[/su_frame]

 

 

 

 

Là où la propagande est la plus visible, c’est sur les panneaux que l’on trouve partout en ville et dans les campagnes.

Chaque panneau est constitué d’une image associée à un texte. Leur analyse apporte beaucoup d’indices sur la manière dont le régime se glorifie. Ils expliquent aussi comment le parti contrôle les habitants.

Nous avons trouvé ces images de propagande absolument partout : dans les villes, devant les écoles, dans les campagnes, au milieu des montagnes, dans les musées, les lieux publics civils et militaires. C’est un déferlement d’images qu’en tant qu’historien j’ai pris un grand plaisir à décrypter. Petit florilège !

 

Premier élément : les hommes et les femmes

 

Le motif que l’on retrouve le plus souvent sur les images de propagande sont les hommes et les femmes habillés et fardés d’objets qui représentent les missions auxquelles ils sont assignés.

 

Dans les rues de Tan An. « Les cadres et les gens de Tan An sont déterminés à mener à bien leurs tâches socio-économiques et la sécurité nationale en 2018 »

 

Les femmes sont représentées la plupart du temps en ouvrières agricoles. Elles portent un foulard dans les cheveux et des épis de blé dans les bras. Parfois les femmes sont montrées avec des lunettes et un parchemin comme des lettrées, institutrices ou bibliothécaires.

Les hommes quant à eux sont militaires en uniforme et arme à la main, mécaniciens et ouvriers d’industrie avec casque, lunettes de protection et clé à molette, ou chercheurs lorsqu’ils portent un parchemin décoré du motif d’un atome.

On ne voit quasiment jamais un homme paysan et une femme militaire.

Lorsqu’une personne âgée est visible, elle porte des outils de jardinage pour montrer qu’elle continue d’entretenir parcs et jardins et de s’investir pour la société.

Les enfants sont représentés avec leur cartable et leur uniforme d’écoliers.

 

Devant une école à Hoi An. « Se développer rapidement, durablement et s’efforcer d’amener notre pays vers un pays industriel moderne »

 

Deuxième élément : la famille

 

Quand on montre une famille, il s’agit toujours d’un homme et de sa femme portant dans leurs bras un ou deux enfants. Lorsqu’il y a deux enfants, il s’agit bien sûr d’un garçon et d’une fille.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Voisins riches, beaux, agriculteurs et heureux »

 

Dans les campagnes du nord. « Avoir un ou deux enfants et bien les élever pour créer une belle population »

 

Troisième élément : les emblèmes du communisme

 

La couleur rouge du communisme, le drapeau du Vietnam rouge à l’étoile jaune ainsi que la faucille et le marteau communistes.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Créer l’émulation et faire de bonnes choses pour le Vietnam, une démocratie juste et civilisée »

 

Quatrième élément : les arrière-plans

 

Les motifs représentés montrent la volonté de développement du Vietnam et combien le pays avance. Très souvent ce sont des immeubles, des grues de constructions, des pylônes électriques, des infrastructures ferroviaires et portuaires.

 

A Bac Me. « Combattez, travaillez et étudiez »

 

On voit aussi beaucoup de trains, avions, bateaux, camions, voitures qui avancent tous dans le même sens. Dans les champs, on constate la modernisation agricole : moissonneuses-batteuses et tracteurs (en vérité, nous avons surtout vu des bœufs tirer des charrues en bois dans les rizières du nord). On peut voir aussi des employés travailler sur des ordinateurs.

 

A l’entrée du village de Mèo Vac. « Respecter le code de la route pour une plus grande sécurité et instaurer une culture du trafic »

 

A Bac Me. « Construire de nouvelles campagnes pour une belle et riche société civilisée »

 

 

[su_frame]L’exemple du Musée d’histoire militaire de Hanoï[/su_frame]

 

 

 

 

C’est au musée de la guerre de Hanoï que nous avons vu la propagande d’Etat la plus importante et l’exposition historique la moins objective à laquelle nous aurons pu assister pendant notre voyage et nos études.

Le musée de la guerre est géré par l’armée vietnamienne. Nous avons donc eu notre lot d’affiches de propagande glorifiant l’armée du pays.

La plus représentative pour moi est celle qui montre trois fiers soldats saluant. En arrière-plan, on peut apercevoir un dieu vietnamien de la guerre victorieux sur son destrier. Le texte de l’image étant : « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi ». Ça a le mérite d’être clair.

 

Au musée de la guerre d’Hanoï. « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi »

 

Au sein du musée en lui-même, tout est présenté selon un unique point de vue : le bon peuple du Vietnam qui a toujours résisté et vaincu les méchants envahisseurs.

Chaque objet, chaque arme, chaque drapeau et chaque portrait est illustré d’une légende de ce type : « cette arme a appartenu au grand camarade héros XXX et lui a permis de tuer le vil officier mécréant américain XXX ». La photo d’un combat est par exemple légendée ainsi : « Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre ».

 

« Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre »

 

« Submachine gun used by the hero Phan Dinh Giot, a soldier of the 5th company, 428th battalion, 41th regiment, 212nd division, to fight and he sacrified in the Him Lam outpost attack on March 13 1954 » / « Rifle used with other weapons to snipe and kill 30 French troops at strongpoint by Mr. Loc Van Thong, soldier of 165th regiment 312nd division in 1954 »

 

L’un des emblèmes du musée est le monticule formé par les débris d’avions français et américains abattus par les forces vietnamiennes. Voici comment il est présenté : « Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine ». Plus loin, un char vietnamien est surmonté d’une citation d’Hô Chi Minh : « Rien de plus que l’indépendance ».

 

« Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine »

 

« Rien de plus que l’indépendance, Hô Chi Minh »

 

Le nombre d’américains tués, de chars capturés ou d’avions abattus est toujours mentionné tandis que les chiffres concernant les pertes vietnamiennes sont inexistants.

Fier de ses victoires successives, le Vietnam est présenté comme un pays s’étant uniquement défendu contre de vils envahisseurs, mais n’évoque jamais l’idée que c’est un pays qui a aussi attaqué.

Imaginons un jeune vietnamien en visite dans ce musée et face à cette présentation biaisée de l’histoire. Il ne peut retenir de sa visite qu’un sentiment de fierté d’être Vietnamien et de haine envers les peuples qui ont pu détruire son pays.

Le musée de la guerre est un parfait exemple de propagande utilisée pour glorifier un régime.

 

 

[su_frame]Conclusion : L’impact sur la population[/su_frame]

 

 

 

 

Je ne saurais dire l’impact que cette propagande permanente a sur les populations, néanmoins les contacts que nous avons eu avec les locaux ont montré de grandes similitudes dans leur manière de vivre et qui semble résulter de la volonté affichée du Parti de contrôler le peuple.

Quasiment toutes les maisons arborent des drapeaux vietnamiens devant leurs portes, jusque dans les villages les plus reculés.

 

Dans la province d’Hà Giang

 

Toutes les maisons dans lesquelles nous sommes entrés ont un petit autel rituel au-dessus duquel trône la photo d’Hô Chi Minh entourée des photos des membres de la famille.

 

Dans une maison Lolo

 

Au côté de ces photos, nous trouvons toujours les diplômes remis par le Parti Communiste aux familles. Il s’agit de diplômes montrant qu’on est une famille modèle ou un père de famille exemplaire. Ces diplômes sont remis par les représentants locaux du Parti Communiste aux hommes des familles lors de cérémonies officielles et il est de très bon ton d’obtenir un de ces diplômes pour ne pas être accusé de traîtrise par le Parti.

 

Dans une maison de la province d’Hoang Su Phi

 

Enfin nous n’avons pas croisé de famille autrement constituée que d’un homme et d’une femme, obligatoirement mariés pour vivre ensemble et avoir des enfants. J’ai d’ailleurs un jour posé une question stupide à un couple : « Vous êtes mariés ? », l’un des convives de répondre « Bah oui forcément sinon ils ne vivraient pas ensemble… », et toute la tablée de rigoler en me prenant pour un drôle de personnage.

Malgré quelques questions, nous n’aurons jamais su la place qu’occupe Hô Chi Minh dans le cœur de ces gens. Est-ce une habitude d’avoir son portrait ou est-il considéré comme un membre réel de la famille ?

 

 

 

 

 

 

Les capitales historiques du Vietnam

Les capitales historiques du Vietnam

Au Vietnam, il y a huit sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Deux sites sont naturels, les six autres sont culturels et mixtes. Nous en avons visité quatre répartis sur la côte du pays. Il s’agit de quatre villes ou anciennes villes qui ont eu un rôle dans l’histoire du Vietnam.

Ces quatre sites sont d’anciennes capitales politiques et économiques, devenus aujourd’hui les lieux d’un tourisme important.

Quelles sont leurs histoires ? Que peut-on y voir ? Comment s’y déroule la visite ? Retour d’expérience.

 

 

DESCRIPTION

 

A l’opposé des trois autres sites que je vais présenter, Hoi An n’a jamais été capitale du Dai Viet. Si vous souhaitez des informations sur l’histoire générale du Dai Viet puis du Vietnam, vous pouvez vous reporter aux trois parties de l’article Vietnam : un brin d’histoire.

Hoi An était le plus puissant port marchand du royaume de Champa qui rayonna dans toute l’Asie du Sud-Est et jusqu’en Europe dès la fin du XVIe siècle et jusqu’à son absorption par le Dai Viet au XIXe siècle.

Hoi An est située en bord de rivière et conserve son plan du XVIIIe siècle. Une grande avenue traverse la ville parallèlement à la rivière et de nombreuses rues et venelles créent un réseau de liaison perpendiculaire à cette avenue principale.
Le long de ces rues, et principalement le long de l’artère centrale, 1107 maisons à pans de bois se tiennent toujours debout, serrées les unes contre les autres. Si leur armature est de bois, les murs sont en terre et en brique. Ces maisons ont la particularité d’avoir des toits en tuiles rouges, ainsi que de nombreux motifs traditionnels sculptés en bois sur les devantures.

 

La rue principale de Hoi An

 

Les maisons sont totalement ouvertes et conservent les marques de fonctionnalité portuaire. On peut les traverser de part en part car elles sont ouvertes sur la rue et sur la rivière, meilleur moyen de circulation des marchandises.

 

Maison marchande entre rue principale et rivière

 

Dernier élément remarquable, Hoi An conserve plusieurs ponts dont le fameux pont pagode japonais du XVIIIe siècle. On peut d’ailleurs trouver partout dans la ville ce mélange d’influences séculaires entre les peuples marchands : Champas, Chinois, Japonais, Vietnamiens puis Européens.

 

Le pont pagode japonais

 

C’est pour son état de conservation quasi intégral et pour ce caractère unique en Asie du Sud-Est que Hoi An a été classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1999.

 

VISITE

 

La visite de Hoi An permet une déambulation totale dans les ruelles, ce qui est assez agréable, et dès l’instant qu’on évite les touristes et qu’on lève la tête, on peut apercevoir quelques petites merveilles sculptées.

Parce qu’en effet, toute médaille a son revers et celui de l’UNESCO est l’intense flux touristique dans la ville.

Les rues sont souvent encombrées de monde et principalement de groupes qui les sillonnent en file indienne afin de rejoindre les différents pôles touristiques, tous pris d’assaut.

Le plus emblématique est le pont pagode japonais qui, en heure d’affluence, est une horreur à traverser. Le plus intéressant est de se lever très tôt pour aller le voir, ou d’attendre tard le soir.

L’autre problématique liée au tourisme est que chacun espère un profit de cette manne. Il n’y a donc plus vraiment de maison qui conserve son rôle portuaire ancestral. Les cafés, restaurants, hôtels, boutiques de souvenirs et de vêtements à destination des touristes s’enchaînent dans toute la zone protégée par l’UNESCO.

Quand arrive le soir, des milliers de lanternes de toutes les couleurs, tendus de part et d’autre de la rue principale, illuminent le ciel. De même des promenades en barque sont possibles sur la rivière. Contre quelques dollars, les touristes sont invités à déposer sur l’eau un lampion de papier flottant avec une bougie en son centre. L’effet est magnifique c’est certain. Les lumières qui englobent la ville n’ont néanmoins rien d’authentique et ne sont qu’un produit créé pour le tourisme.

 

La rue aux lanternes

 

En se baladant au matin, les lampions flottants qui n’ont pas coulé viennent s’échouer sur les berges et recouvrent un peu plus les déchets et les boîtes en polystyrène jetés directement dans la rivière par les restaurateurs.

Le bâtiment du marché qui est plusieurs fois centenaire, et qui se trouve au cœur de la zone UNESCO, est un véritable dépotoir. Il y a très peu de poubelles de ville et nous ne comprenons pas que les gestionnaires puissent laisser les abords de la ville dans un tel état de saleté.

 

Les quais de la zone UNESCO, derrière les restaurants

 

BILAN

 

Hoi An est une très belle ville qui possède un charme indéniable et quasi unique en comparaison des villes que nous avons pu voir en Asie.

Cependant, les maisons et le plan de la ville qui sont à l’origine du classement UNESCO semblent passer au second plan. Elles sont cachées derrière un attirail touristique qui croule sous le monde.

 

 

DESCRIPTION

 

L’ancienne capitale historique d’Hoa Lu se situe au nord du Vietnam, 100 km au sud d’Hanoï, au sein du complexe paysager de Trang An qui est classé à l’UNESCO depuis 2014.

Trang An est un bien mixte qui comprend une série de monts karstiques. On parle d’ailleurs de la « baie d’Along terrestre ». Au sein du complexe naturel se trouvent de nombreuses traces d’habitats des premiers hommes.

Le lieu a toujours été parfait pour y habiter. Ombragé et rafraîchi par les monts, l’eau s’y trouve en abondance et les rivières favorisent les cultures tandis que la grande quantité de bois, de pierre et de matières premières permet de construire des maisons.

À ce titre, Hoa Lu a été la première capitale du royaume du Dai Viet, de sa création en 968 jusqu’en 1010.

 

La porte de l’un des temples du complexe d’Hoa Lu

 

VISITE

 

À l’instar d’autres lieux touristiques au Vietnam, l’entrée sur le site d’Hoa Lu se fait de façon assez anarchique par plusieurs portes mal définies par lesquelles tout le monde rentre en scooter.
Un homme nous demande même de l’argent pour que nous garions notre moto devant un temple, et pendant qu’il s’arrête pour nous des dizaines de motos passent sans payer. Nous comprenons alors qu’il cherche juste à se faire un peu d’argent et nous décidons de garer notre scooter à l’extérieur du complexe.

Ce site est inscrit au patrimoine mondial, il n’y a pourtant pas de règles claires et chacun y va de son petit business personnel. Des femmes vendent des babioles dans les temples et personne ne surveille vraiment. Lorsqu’il est indiqué de ne pas prendre de photos et que les touristes sortent leurs appareils, les gardes laissent faire.

On a vraiment l’impression que les gardiens ne sont intéressés que par le potentiel argent que peut leur apporter les touristes et non par la protection de ce patrimoine d’exception. Par exemple, ces trois gardes restent avachis sur leur siège au moment où un groupe hurle dans le temple où on est censé se taire.

Pour ce qui est de la visite en elle-même, exceptés quelques portes et deux temples annexes, des palais de la première capitale, il ne reste rien sauf une immense esplanade dépourvue d’explications et sur laquelle sèchent des rangées de noix de coco.

 

L’ancien emplacement du palais

 

BILAN

 

Si l’on souhaite voir de beaux palais vietnamiens à l’histoire féconde, Hoa Lu n’est sûrement pas le bon endroit. Les superbes temples restants pourraient valoir un détour si seulement le manque d’organisation touristique du site ne venait pas gâcher la visite.

 

 

DESCRIPTION

 

Hanoï est LA grande capitale du Vietnam. D’abord du Dai Viet entre 1010 et 1802, puis de l’Indochine française et du Vietnam de 1902 à nos jours.

Seule une toute petite partie de la vieille ville est inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2010 : le secteur centrale de la cité impériale de Thang Long.

Une dizaine de dynasties se sont succédé au sein de la cité et chacune a construit son palais, a détruit d’anciens bâtiments pour les remplacer par d’autres. Chacune a aussi laissé sa marque architecturale.
Ce sont les recherches archéologiques qui permettent de découvrir des éléments d’architecture et de les dater. Il est toutefois très difficile de comprendre quelle dynastie a construit quoi et à quel endroit. Ce sont des couches de fondations successives qui se superposent au niveau du sol. Près d’une centaine de fondations d’édifice a été retrouvée.

Lorsqu’en 1802 la capitale est déplacée à Hué, Hanoï ne devient plus qu’une citadelle fortifiée « à la Vauban » et une caserne militaire.

Le pouvoir français décide en 1897 le démantèlement total de la cité et un réaménagement au service de la colonie. Ne sont conservés que quelques éléments comme la porte d’entrée protocolaire de la cité, la terrasse du palais, la pagode des dames, la tour du drapeau et la porte nord.

 

La porte d’entrée protocolaire de la cité impériale d’Hanoï

 

Dès 1902, Hanoï devient capitale de l’Indochine française. Non loin de la cité de Thang Long, le gouverneur de la colonie s’installe dans un palais colonial qui est aujourd’hui le palais présidentiel. Dans l’ex-cité impériale, les Français avaient déjà construit en 1886 un bâtiment destiné à l’administration militaire. Celui-ci arbore un style néo-classique très sobre et dépourvu de décorations vietnamiennes, ce qui tranche totalement avec les rares bâtiments encore existants.

 

La bâtiment colonial et son esplanade abandonnée

 

Après la défaite française de 1954 et avec l’avènement de la guerre du Vietnam, la cité est reprise par le gouvernement de la République démocratique du Vietnam qui y installe un bâtiment de commandement : le D67 construit en 1967. S’y trouvent encore les salles de réunions ainsi que le bunker anti-bombardement d’Hô Chi Minh.

 

L’entrée du bunker D67

 

Après la guerre du Vietnam, la cité est fermée par le ministère de la Défense. Il faut attendre 2004 pour qu’elle devienne un bien culturel et historique mais aussi un symbole de l’unification du pays et du processus de reprise en main des Vietnamiens sur leur pays. Le musée militaire se situe d’ailleurs dans l’enceinte protégée.

 

VISITE

 

Outre les traces archéologiques, il ne reste donc quasiment aucun bâtiment ayant plus de 300 ans dans la cité impériale.

Si l’on espère découvrir une cité aux mille palais, majestueuse de couleurs et d’architectures imaginées dans nos rêves d’Orient, la déception peut être grande.

Pour les amoureux de la belle photo et des détails de l’ornementation, la visite est rude. L’escalier aux dragons, situé au ras du sol et seul vestige du palais, est noyé sous des bouquets de fleurs en plastique et abrité derrière une imposante barrière dorée aux cordons de velours rouges. Difficile d’apprécier.

 

L’escalier aux dragons

 

La plupart des bâtiments datent des XIXe et XXe siècles et il n’existe dans le complexe aucune harmonie d’ensemble. Comme on le voit sur les photos précédentes, le bâtiment d’architecture coloniale caché derrière des tôles de chantier côtoie quelques vestiges vietnamiens ainsi que le bunker de la guerre du Vietnam. On est bien loin du fantasme asiatique.

 

De chaque côté de cette porte latérale, cartons et ordures en tout genre s’amoncellent

 

Enfin au moment de notre visite, des centaines de jeunes Vietnamiens étaient présents en costume d’université pour fêter leur remise de diplôme. Les jeunes lançaient leurs chapeaux, d’autres étaient assis partout sur les murets posant leurs pieds sur des vestiges archéologiques pour faire de meilleures photos. Nous nous sommes plus sentis dans la salle polyvalente d’Hanoï que dans un site UNESCO majeur.

 

BILAN

 

Le rapport de l’ICOMOS – l’institut culturel qui établit une étude du bien proposé au classement – indique que la cité impériale d’Hanoï ne remplit aucun des critères de classement. Il est rajouté que l’intégrité du site n’est pas totale. Pour l’ICOMOS, la perspective historique de la cité est « brouillée par la présence majoritaire d’immeubles tardifs, d’artefacts (avions du musée) ou d’arbres sans rapport avec cette perspective et ses significations ».

L’impression de l’ICOMOS et ces termes corroborent notre ressenti et l’expérience peu convaincante que nous avons eue dans la cité impériale d’Hanoï.

 

 

DESCRIPTION

 

Si Hanoï est la capitale la plus emblématique du Vietnam, la cité impériale d’Hué est pourtant le site historique le mieux conservé du pays. Elle le doit sans doute à son histoire plutôt récente.

Après mille ans de règnes dynastiques à Hanoï, le siège du pouvoir se déplace en 1802 à Hué. Si la cité était déjà un siège administratif au sud du Dai Viet aux XVIIe et XVIIIe siècles, c’est Gia-Long, premier souverain de la dynastie Nguyên, qui y installe la capitale. Le Dai Viet grignote petit à petit le royaume de Champa au sud et Hué occupe une position centrale idéale, à mi-chemin entre Hanoï et Saïgon, pour régner sur ce grand Vietnam.

La capitale est entourée de murs épais, de citadelles et de bastions défensifs de style Vauban. C’est la plus imposante jamais construite par un roi vietnamien. La construction commence en 1802 et se prolonge jusqu’en 1832. Conçus dans une unité parfaite, tous les palais et les bâtiments administratifs intérieurs respectent la même pensée architecturale : mêmes matériaux, même ornementation, mêmes couleurs.

 

L’un des temples de la cité d’Hué

 

Porte d’entrée du temple de la fertilité

 

La cité impériale de Hué était une œuvre d’art architecturale comparable à la cité interdite de Pékin. Elle aurait pu conserver ce prestige si elle n’avait pas souffert des différentes guerres coloniales de 1885 et 1947. Mais c’est plus encore la guerre du Vietnam et les bombardements au napalm réalisés directement sur la cité par l’aviation américaine qui est à l’origine de la disparition des pièces maîtresses de la cité.

En 1991, 35 bâtiments en ruine sont démolis, ne laissant qu’une vaste cour sans âme au cœur de la cité.

Ce n’est pas cette seule cité qui a été classée par l’UNESCO en 1993 mais « l’ensemble des monuments de Hué » composé de différents temples à l’extérieur de la ville, des tombeaux majestueux des empereurs ou encore de la pagode de la Dame céleste – l’une des plus vieilles du Vietnam – qui date de 1601.

 

La pagode de la Dame céleste

 

VISITE

 

À Hué, la visite est plus claire qu’à Hanoï. Le secteur protégé est littéralement la cité impériale délimitée par quatre murs.

Et dans ce carré les traces historiques sont bien plus nombreuses. De nombreux palais sont encore en place ou ont été reconstruits et restaurés.

 

Porte d’entrée de la cité en restauration

 

Néanmoins, si certaines traces sont bien visibles et entretenues, certaines parties de la cité sont laissées à l’abandon, sans aménagement, sans signalétique, sans même aucune propreté.

 

Un mur incendié par les bombardements de la guerre du Vietnam

L’esplanade vide où se situaient les palais

 

D’aspect général, l’effort semble mis sur les possibilités de gagner de l’argent plus que sur la lisibilité historique et patrimoniale. Tout d’abord, il s’agit du site touristique au prix d’entrée le plus élevé que nous ayons visité au Vietnam. A l’intérieur, des petits bus électriques sont proposés aux touristes afin de circuler dans la cité sans marcher. Ceux-ci foncent dans les allées et ne se donnent pas la peine de ralentir lorsque des piétons arrivent en face. Le point de départ des bus est le superbe café très moderne construit au cœur de la zone protégée.

Nous éloignant de la partie « touristique », nous sommes tombés au fond de la cité sur un temple et des galeries en travaux de restauration. C’était l’heure de la sieste et tout était ouvert. Nous avons donc pu déambuler au milieu des outils, des sacs de ciments et des ouvriers endormis.
Les restaurations en court auraient d’ailleurs fait sauter au plafond n’importe quel architecte du patrimoine français : beaucoup de béton par ci, beaucoup de béton par là et encore du béton s’il n’y en avait pas assez. Sans compter les mauvaises finitions et les couleurs criardes dans tous les coins. Une véritable horreur.

 

L’heure de la sieste

Les outils le long du chemin de visite

Les restaurations « patrimoniales » en cours

 

BILAN

 

Certains bâtiments de la cité sont très beaux. D’autres éléments sont plus délaissés. Le manque de signalétique se fait sentir dans tout le site. L’accent mis sur la rentabilité financière fait passer la mise en valeur au second plan. Le prix étant plutôt élevé pour ce qu’il y a à voir, nous sommes ressorti de cette visite avec un sentiment de déception, alors même que nous venions pour voir celle qui est présentée comme la plus grande cité impériale d’Asie du Sud-Est.

 

CONCLUSION

 

Ces quatre lieux touristiques sont majeurs dans l’histoire plurimillénaire du Vietnam.
Le classement à l’UNESCO semble légitime tant les éléments anciens sont rares et doivent être protégés.

Les gestionnaires donnent l’impression d’utiliser ces lieux et la notoriété de l’UNESCO pour engranger des recettes liées au tourisme de masse. Peut-on réellement blâmer le pays survivant de deux guerres dévastatrices ? Néanmoins, en contrepartie, aucun effort n’est réalisé quant à la lisibilité des lieux. Nous nous sommes souvent retrouvés perdus lorsque nous avons visité les sites.

Si l’Etat du Vietnam vend à grand coup de communication des sites historiques vides, il doit contrebalancer ce vide par du matériel permettant la compréhension de ces sites : panneaux, maquettes et autres. Pourtant, rien n’existe.

Nous sommes conscients que nos visites ne sont pas vraiment objectives. Nos études et nos goûts nous poussent à observer et à critiquer en détail la chose patrimoniale.

Et même si nous voulions visiter sans voir ces détails qui n’en sont pas, nous ne pourrions pas manquer le laissez-aller général qui opère dans ces lieux remarquables : restaurations dans tous les sens, détritus partout, décharges à ciel ouvert… l’anarchie à l’image des rues du pays.

 

Annexe : chronologie des différentes capitales du Vietnam

968 – 1010 : Hoa Lu, capitale du premier royaume vietnamien
1010 – 1400 : Hanoï, capitale du Dai Viet
1400 – 1407 : Vinh Loc, capitale du Dai Viet
1407 – 1428 : Domination chinoise.
1428 – 1802 : Hanoï, capitale du Dai Viet
1802 – 1945 : Hué, capitale du Viet Nam
1902 – 1953 : Hanoï, capitale de l’Indochine française
1953 – 1976 : Hanoï, capitale de la République démocratique du Vietnam
Depuis 1976 : Hanoï, capitale de la République socialiste du Vietnam

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