Autour d’Uluru : histoires et mode de vie aborigènes
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Autour d’Uluru : histoires et mode de vie aborigènes

Pour pleinement profiter d’Uluru, la randonnée qui en fait le tour est probablement la meilleure option. Il nous faudra environ quatre heures pour revenir à notre point de départ. Long de 9,4 kilomètres, le chemin est plat et bien tracé ; ce n’est pas une randonnée très difficile. Avouons-le, ce n’est pas non plus la plus belle randonnée que l’on ait faite, elle est assez monotone mais offre différents avantages.

Premier point, on a la possibilité de voir Uluru sous tous ses angles. Et l’on se rend vite compte que les photographies les plus célèbres du rocher le montrent toujours sous le même point de vue. La randonnée nous offre donc une autre perspective.

 

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Deuxième point, et pas des moindres, la marche est très intéressante : on a là l’opportunité d’en apprendre davantage sur les croyances et le mode de vie des Aborigènes. Le chemin de randonnée conduit, tout le long d’Uluru, aux grottes utilisées par les Anangu et aux trous d’eau formés à la base du monolithe.

A certains endroits bien précis, il est par ailleurs indiqué qu’il est interdit de prendre des photos ou vidéos du relief. Ces parties sont des sites sensibles, qui ne peuvent être vues ailleurs que sur Uluru même. Des panneaux signalent ces lieux particuliers :

« [This] site […] is sacred under Tjukurpa (traditionnal law). The rock details and features are equivalent to a sacred scripture ; they describe culturally important information and must be viewed in their original location. It is inappropriate for images of this site to be viewed elsewhere. »

 

          Carte des sites sensibles à la base d’Uluru

 

Les « cicatrices » que l’on peut voir sur les faces d’Uluru ne sont pas anodines pour les Aborigènes. Elles ont été créées pendant le Temps du Rêve et constituent les traces réelles et visibles laissées par les ancêtres. Le rocher est sacré pour cette raison, il est étroitement lié aux ancêtres des Anangu.

Ainsi, l’histoire de Kuniya et des Liru a laissé ses marques près du trou d’eau Mutitjulu.

 

Venue de l’est pour déposer ses œufs sur Uluru, Kuniya, la femme python, campe et chasse dans les alentours. Elle porte ses œufs autour de son cou, comme un collier. Chaque fois qu’elle revient à son campement, elle crée de profondes rainures dans la roche, que l’on peut encore voir aujourd’hui. Un jour, son neveu, qui avait provoqué un groupe de Liru, des serpents venimeux, parvient à la base d’Uluru pour se reposer. Submergé par le nombre de Liru parvenus à le rattraper, il est tué par les guerriers d’un coup de lance. Kuniya, qui se reposait de l’autre côté d’Uluru, finit par apprendre la mort de son neveu et se rend alors sur le côté ouest du rocher. Les guerriers Liru étaient culturellement tenus de veiller sur son neveu blessé. Ayant manqué à leur devoir, Kuniya fait face à l’un des Wati Liru (homme serpent) près du trou d’eau Mutitjulu. Alors qu’il se moque d’elle, elle décide de le punir et se change en femme pour pratiquer une cérémonie et créer un poison (irati). Elle tombe ainsi à genoux, plante sont kuturu dans le sol et projette du sable pour se protéger du poison. Un peu plus loin, Kuniya entame akuta, la danse que les femmes utilisent lorsqu’elles veulent se battre. Elle frappe Wati Liru à la tête. Affaibli par le poison, il tombe mais réussit à se relever. Kuniya finit par achever Wati Liru en le frappant une seconde fois. Sortie vainqueur du combat, elle reprend sa forme de python et se love au dessus de la grotte près du trou d’eau, surveillant toujours les visiteurs d’aujourd’hui.

 

Faites défiler les images pour voir les traces du combat de Kuniya et Wati Liru sur Uluru !

 

 

Pour les jeunes enfants à qui on raconte cette histoire, plusieurs leçons sont à retenir. D’abord, les femmes doivent prendre soin de leurs enfants et les défendre si nécessaire. Ensuite, il faut assumer ses actes et prendre ses responsabilités, ou être puni de manière adéquate en cas de manquement à ses devoirs. A mesure que les enfants Anangu grandissent, on leur enseigne des niveaux d’interprétation plus profonds.

Les histoires des ancêtres ont une place prépondérante dans la culture Aborigène. Elles indiquent les bons et les mauvais comportements qui font partie de Tjukurpa. Les Anangu sont guidés par Kuniya et Liru, mais aussi par Kurpany et les Mala.

 

Pendant le Temps du Rêve, les Mala (hommes kangourous) arrivent du nord pour pratiquer des cérémonies sur Uluru. Pendant leurs préparations, deux hommes de la tribu Wintalyka les rejoignent depuis l’ouest pour les inviter à participer à leur propre cérémonie (inma). Les Mala refusent l’invitation car leur cérémonie a commencé et ne peut pas être arrêtée. Ils provoquent ainsi la rage des Wintalyka, qui décident alors d’invoquer un esprit maléfique, un chien nommé Kurpany, afin de détruire la cérémonie des Mala. Kurpany est lâché dans la nature et voyage vers Uluru en changeant de formes à plusieurs reprises, devenant un oiseau, plusieurs types de plantes, etc. Luunpa, la femme martin-pêcheur qui vit près du trou d’eau Ininti, est la première à le repérer. Lançant un cri, elle parvient à prévenir les femmes Mala qui se précipitent vers la grotte où les hommes sont en train de pratiquer leur cérémonie – grotte aujourd’hui appelée Kulpi Watiku, la grotte des hommes. Kurpany attaque et parvient à tuer quelques Mala, dont les corps sont changés en pierre. On dit que les esprits de ces hommes sont toujours dans la grotte. Le reste des Mala prend alors la fuite vers le sud, Kurpany à leurs trousses.

 

Tous les ancêtres ont participé à la formation de la loi traditionnelle Tjukurpa. Ils connectent aussi les Anangu à la terre dans toutes les directions autour d’Uluru puisque Kuniya est venue de l’est, Wati Liru du sud-ouest et que les Malas sont arrivés du nord et ont été chassés vers le sud par Kurpany, invoqué à l’ouest d’Uluru. Le logo choisi pour le Centre culturel du parc Uluru-Kata Tjuta représente ces quatre êtres ancestraux.

 

Le logo du Centre d’informations : Uluru est au centre, représenté par les deux cercles. Les pattes de chiens désignent les traces laissées par Kurpany de part et d’autre d’Uluru. Le serpent de droite est Kuniya, transportant ses œufs autour de son cou, tandis que celui à gauche est Wati Liru. Enfin, les sortes de flèches coupées en deux forment les traces laissées par les Mala.

 

Ces histoires ainsi que les connaissances liées à la survie dans le bush se transmettent tout au long de la vie des Aborigènes. L’apprentissage des jeunes garçons et celui des filles sont différents, la loi traditionnelle et les sites sacrés étant différents pour les hommes et les femmes. Suivre le chemin de randonnée le montre bien. On est conduit à différentes grottes, qui avaient différents usages et étaient utilisées par différents types de personnes, certaines uniquement par les femmes, d’autres par les hommes, d’autres encore par les garçons ou les filles.

La grotte des garçons est appelée Kulpi Nyiinkaku. Dans cette grotte, les jeunes garçons, désignés sous le terme nyiinka en langue anangu, sont séparés du reste de leur famille afin d’apprendre les compétences qui leur permettront de survivre par eux-mêmes dans le bush et de devenir des hommes, wati. Cette période peut durer des années. Les parois sont ainsi recouvertes de peintures, utilisées par les anciens pour montrer aux jeunes comment traquer et chasser les animaux. Progressivement, ils apprendront les lois traditionnelles, Tjukurpa, ainsi que les cérémonies, chants et sites sacrés des hommes. Ils sont emmenés dans le bush où les anciens leur apprennent également comment trouver de l’eau, fabriquer et utiliser des outils et des armes, faire du feu…

 

Le désert autour d’Uluru

 

L’apprentissage des filles est différent. Leurs mères, tantes et grands-mères leur enseignent la chasse ainsi que la manière dont préparer puis manger la nourriture ou dont se servir des plantes pour soigner. Elle leur apprennent à collecter de la nourriture du bush (mai), des graines, fruits et racines, qu’elles rapportent dans la grotte appelée Kulpi Minymaku, grotte réservée aux femmes, aux filles et aux enfants en bas âge. Il était important pour les filles de bien connaître les plantes comestibles, certaines baies étant en fait du poison. La tradition veut que les ancêtres Mala se partageaient la nourriture dans la grotte, les hommes apportant la viande et les femmes la nourriture du bush. Les ancêtres collectaient le tout et l’apportaient aux familles ainsi qu’à la grotte des anciens et celle des garçons. Cette tradition perdure encore aujourd’hui.

De plus en plus de détails sont donnés à mesure que les enfants grandissent et participent à des cérémonies.

La grotte réservée aux hommes, appelée Kulpi Watiku, était utilisée par les hommes adultes comme un abri. Situé tout prêt de la grotte des jeunes garçons, ils pouvaient ainsi surveiller ceux qui partaient à la chasse. La grotte leur servait d’abri où camper et se préparer pour les cérémonies. Les hommes trop vieux pour participer aux cérémonies pouvaient rester se reposer dans la grotte des anciens, Tjilpi Pampa Kulpi. De là, ils s’assuraient également que les femmes et les enfants ne venaient pas perturber les cérémonies des hommes en entrant dans la grotte.

 

La grotte des hommes

 

La grotte des hommes où reposent encore les esprits des Mala tués par Kurpany

 

La grotte réservée aux familles, Kulpi Mutitjulu, était toujours utilisée dans les années 1930. Là, les familles pouvaient camper, les hommes partant à la chasse et les femmes et enfants collectant de la nourriture du bush. Autour du feu de camp, les Aborigènes se racontaient des histoires en peignant sur les parois.

Les Aborigènes sont nomades, voyageant constamment dans toute l’Australie, allant d’Uluru à Kata Tjuta en suivant les points d’eau et de nourriture dans le bush. Ces grottes leur offraient des abris bienvenus dans le désert. Uluru est un site essentiel car il constitue – on peut le voir du premier coup d’œil – le seul relief visible sur des kilomètres. Ses grottes et ses trous d’eau permettaient aux tribus de se reposer quelques jours, de collecter de l’eau et de la nourriture et de se préparer pour les cérémonies.

 

Le trou d’eau Mutitjulu

 

Les peintures que l’on peut encore voir sur les parois des grottes sont réalisées en rapport avec les cérémonies et la religion, ainsi que pour enseigner et raconter des histoires. Aujourd’hui, cette forme d’art a été largement abandonnée par les Aborigènes, mais ces derniers utilisent encore les peintures sur le corps et les dessins dans le sable pour transmettre et raconter.

Certaines grottes d’Uluru, notamment le long des Mala et Kuniya Walks, sont recouvertes de peintures, qui illustrent les histoires des anciens ou Tjukurpa, les lois traditionnelles. On peut y voir une abondance de symboles et de figures, utilisés également dans d’autres sites du Centre rouge. Ils représentent les animaux et les traces d’animaux, les plantes, les hommes et leurs armes.

 

On peut notamment voir une main dessinée sur cette paroi

 

Une feuille d’arbre en blanc

 

Des formes géométriques sont aussi utilisées, comme le cercle concentrique que l’on retrouve souvent. Selon les artistes, ces formes peuvent désigner différentes choses. Un cercle concentrique peut représenter un trou d’eau, ou bien un lieu de campement. Dans d’autres œuvres, ce même symbole pourra désigner un nid de fourmis à miel ou un figuier natif. Le symbole représente généralement un site qui fait partie d’une histoire, et qui s’imbrique avec d’autres symboles. A Uluru, les croix représentent les boomerangs utilisés par les Aborigènes pour chasser.

 

Des cercles concentriques peints sur les parois d’Uluru

 

Un boomerang représenté par la grande croix noire

 

Des cercles concentriques

 

La véritable signification de toutes ces peintures d’Uluru n’est connue que des artistes et de leurs descendants à qui ils ont raconté les histoires. Ces peintures constituent un témoignage d’une autre époque que les Anangu cherchent aujourd’hui à protéger et préserver. La notoriété d’Uluru leur permet de partager avec des millions de visiteurs venus des quatre coins du globe un peu de leurs croyances. A nous d’essayer de les comprendre et de les respecter !

 

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