The Road is Home : la vie en van

The Road is Home : la vie en van

Cet article s’adresse à toutes les personnes qui nous ont questionnés sur notre quotidien dans le van. « Mais alors, comment ça se passe ? Vous dormez dedans ? Et vous pouvez cuisiner aussi ? Et comment vous faites pour vous laver ? »

Après un an passé sur les routes australiennes, je crois qu’on peut enfin répondre de manière éclairée.

L’article étant extrêmement long, j’ai pris la liberté de faire un sommaire qui, je l’espère, vous aidera à mieux vous repérer et naviguer dans ce retour d’expérience.

 

PARTIE 1 : GÉNÉRALITÉS

Pourquoi un van ?

 

Dans notre cas, la question ne s’est pas vraiment posée. Avant même de mettre les pieds en Australie, on savait déjà qu’on achèterait un campervan pour voyager. Il faut dire que la plupart des backpackers optent pour ce moyen de transport et que ça nous a paru être l’option la plus logique, celle qui offrait la liberté dont on rêvait.

En arrivant à Sydney, on savait que notre objectif principal allait être de trouver la perle rare, le van qui allait à la fois devenir notre petit chez-nous et notre moyen de voyager à travers l’Australie. On a pas mal douté, on pensait que ce serait plus facile. On avait cru comprendre que tous les backpackers revendaient leurs véhicules à Sydney et qu’on n’aurait aucune difficulté à en trouver un bien rapidement. Finalement, il a fallu qu’on en voie neuf en cinq jours avant de trouver le nôtre. Gumtree.com (le Ebay local) a été notre meilleur ami cette semaine-là, et on n’a pas arrêté de parcourir les offres à la recherche du van parfait.

On est tombé sur pas mal d’arnaques pendant ces cinq jours. En général, la démarche est simple : on voit une offre qui nous plaît, on contacte le propriétaire et on se donne rendez-vous pour voir le van et le conduire un moment. On a eu quelques mauvaises surprises : on arrive sur le lieu du rendez-vous pour constater que le van – qui était impeccable sur toutes les photos de l’annonce – n’a plus de phares ni de pare-choc suite à un accident malencontreux. « Ce sera à vous de payer les réparations si vous l’achetez, et vous devez vous décider maintenant parce que nous quittons l’Australie demain ». Non merci.

On est tombé sur des vendeurs « très occupés » durant la journée, qui ne pouvaient nous recevoir qu’après la nuit tombée… ce qui n’est pas l’idéal quand on veut inspecter un van avant de l’acheter, on préfère pouvoir l’examiner sous toutes les coutures à la lumière du jour.

On a rencontré aussi des vendeurs très zélés, qui nous ont assuré que leur van avait été contrôlé régulièrement par leur ami mécanicien, qui du coup ne leur avait pas fait de factures…

Ou encore ce gars qui avait mis en vente son van immatriculé dans le Victoria sans avoir fait de contrôle technique alors que c’est obligatoire, et qui a essayé de nous convaincre de faire l’aller-retour Sydney-Melbourne pour faire valider le changement de propriétaire… « Il n’y a que six heures de route, ça vous prendra maximum trois jours, c’est pas grand chose quand on a un an de visa ». On s’est rendus compte plus tard qu’il avait dû être mal renseigné parce que visiblement il n’y avait pas besoin d’aller à Melbourne pour valider la vente.

On a fini par avoir le coup de cœur pour le 9e van que nous avons vu. On avait en tête des critères assez précis que le van de nos rêves devait remplir :

  • Un aménagement confortable : on n’est pas des personnes vraiment manuelles et douées en bricolage, donc on n’avait pas envie de prendre un van vide ou peu aménagé et de nous débrouiller ensuite. On voulait au moins un lit et une cuisine aménagée à l’arrière, ce qui nous paraissait le minimum.
  • Une seconde batterie : indispensable pour pouvoir recharger ordinateurs, appareils photos, et tous nos appareils électriques comme tondeuse ou épilateur
  • Pas plus de 300 000 km au compteur : il est dit que les vans en Australie peuvent tenir jusqu’à 500 000 km. On savait qu’on partait pour un an et qu’on allait ajouter au moins 30 000 km au compteur. Pour pouvoir revendre notre van à la fin sans trop de difficultés, on a pensé que moins de 300 000 km ce serait mieux. Les vieux vans se revendent, mais pour moins cher évidemment, et ils inspirent moins confiance.
  • Une registration Western Australia : dite « rego », la registration est en quelque sorte l’immatriculation du van. Sans elle, on n’a pas le droit de rouler. Chaque Etat a sa propre registration, qui va de pair avec ses propres règles. La moins chère et la plus simple à renouveler, administrativement parlant, c’est celle du Western Australia. On peut la renouveler pour 3, 6, 9 ou 12 mois, dépendant de combien de temps on souhaite garder son véhicule, et on peut le faire en ligne depuis n’importe où. Et il n’y a pas besoin de passer un contrôle technique.
  • Un budget raisonnable : on ne voulait pas mettre plus de 5 000 dollars dans un van. En Australie, on peut trouver de tout sur le marché : des vans à 2000 dollars pas vraiment équipés, jusqu’à des vans hyper spacieux et confortables, de véritables petites maisons roulantes avec four, évier, etc., à 10 000 dollars.

 

Notre van, Mitch de son petit nom, remplissait tous ces critères et dès qu’on l’a vu, on a su que c’était le bon !

 

 

La « vraie » liberté

Vivre dans un van, ça rime avec aventure, vie nomade, liberté… On a l’impression qu’on va pouvoir aller où on veut, quand on veut, sans rien demander à personne. Qu’on va pouvoir partir à l’aventure sur les routes, trouver des coins magiques connus de nous seuls, se poser sur des spots déserts dont on est les seuls à profiter. Mener une vie simple, réduite au minimum de possessions matérielles. Découvrir un pays de manière économique.

Tout ça est vrai. On a eu de beaux moments à pique-niquer sur des plages désertes. On a parfois trouvé des coins où dormir où nous étions complètement seuls, à des kilomètres de toute civilisation. On a passé des soirées assis dans nos chaises de camping à regarder les étoiles. On a regardé la carte de l’Australie et dit « on ira là demain ». Et on y est allé.

 

Nullarbor

 

Sur la côte du South Australia

 

Mais il ne faut pas oublier que la vie en van c’est aussi des contraintes !

 

 

Les contraintes de la vie en van

Toute médaille a son revers. Certes, vivre et voyager dans son van apporte son lot d’avantages, mais aussi d’inconvénients, il faut en être conscient.

 

#1 Les routes bitumées et non bitumées

L’Australie a la particularité d’être un pays jeune. Ça, on l’a entendu encore et encore, on nous l’a dit et répété : « l’Australie n’a pas d’histoire ». Les Européens n’ont pris possession des terres il y a seulement 200 ans, et c’est alors qu’a débuté le processus de transformation et d’urbanisation du continent. Aujourd’hui, ce processus est loin d’être achevé dans le sens où un bon nombre de routes restent des « gravel roads », des routes en terre ou en gravier. Ces routes, notre petit van ne pouvait pas les emprunter. Lorsqu’elles sont bien lisses et sèches, ça peut être possible, mais il suffit d’un trou pour risquer de casser l’essieu du van ou d’une flaque pour finir embourbé. Le plus énervant, ce sont ces routes pleines de « corrugations », des vaguelettes formées par le passage des véhicules et qui sont un vrai cauchemar : le van vibre de partout, on est secoué dans les sens et on ne peut pas aller à plus de 20 km/h.

Dans l’outback et sur la côte ouest, ce sont des milliers de kilomètres de routes qui n’ont pas été bitumés, et d’ailleurs où que nous soyons passés sur la côte est, on a toujours croisé des « roadworks », des travaux sur les routes.

Il faut bien l’admettre : notre van est vieux et n’a que deux roues motrices. Pour ne pas prendre de risques, il faut rester sur les routes bitumées. Ce qui signifie qu’un certain nombre de parcs nationaux voire même de régions nous ont été inaccessibles. On s’y est confrontés plusieurs fois : en voulant aller dans les Barrington Tops, on s’est rendus compte que toutes les routes menant à ce parc classé au patrimoine mondial de l’UNESCO étaient gravel. Demi-tour, tant pis. Même problème pour visiter la péninsule du Cap York : après Cooktown, il n’y a plus de routes goudronnées.

 

Fin d’une route bitumée !

 

L’une de mes amies en Australie m’a dit un jour : « Nous on aimerait aller voir l’Uluru puis partir à Perth directement ». En van, c’est tout simplement impossible, la route reliant le Centre rouge à Perth n’est pas bitumée : il y a plus de 1 200 km de gravel road. Nous, on n’a pas voulu s’y essayer, on a fait plutôt un petit détour d’environ 8000 km pour rejoindre d’abord Darwin, puis on a rallié Perth en suivant la côte ouest.

Il ne faut pas dramatiser non plus. Certes, on n’a pas vu le Purnululu National Park, réputé pour être l’un des plus beaux parcs nationaux d’Australie. Mais il y a suffisamment de choses à découvrir en van en passant par les routes de bitume sans pour autant qu’on soit resté sur notre faim. Et des gravel roads, on a quand même fini par en emprunter un bon nombre, à chaque fois en nous disant « celle-ci c’est la dernière qu’on fait, on va vraiment finir par avoir un problème avec le van si on continue ». On a continué jusqu’en Tasmanie…

 

#2 Les coûts liés au van

Voyager de manière économique au quotidien grâce au van, c’est possible. On l’a fait pendant un an. Malgré tout, l’entretien du véhicule, l’essence, l’assurance et la registration ont un coût parfois élevé. Dans les coins reculés, le prix de l’essence augmente, jusqu’à 2 dollars le litre dans le centre du pays. Il est important de faire des contrôles réguliers du van, surtout si on roule beaucoup comme nous et surtout si on s’apprête à partir dans le désert. On ne veut pas tomber en panne au milieu de nulle part, n’est-ce pas ?

 

L’essence à plus de 2 dollars le litre

 

Il a fallu également toujours avoir un petit bidon d’huile de moteur. Le van était vieux (1996), il brûlait donc beaucoup d’huile et environ tous les 3 000 km il fallait en remettre. L’avantage était qu’on n’a jamais eu à faire de vidange… Mais il a toujours fallu acheter des bidons d’huile et prévoir aussi du liquide de refroidissement.

La fameuse « rego » (registration) apporte son lot de galères administratives aussi. Notre van était immatriculé en Western Australia, il nous a fallu débourser plus de 700 dollars pour étendre son immatriculation jusqu’à 12 mois. Apparemment, nous ne sommes pas à plaindre puisque nous avons pu le faire par Internet depuis le Queensland, et que la rego du Western Australia est l’une des moins chères. Dans certains Etats, il faut passer un contrôle technique avant de pouvoir étendre sa registration, et parfois il faut se trouver obligatoirement dans l’Etat où le véhicule est enregistré pour pouvoir le faire…

 

Au total, sur une année, nous avons dépensé à peu près 9 588 dollars pour le van.

 

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Nos postes de dépenses
 » style= »soft » box_color= »#87a9e6″ title_color= »#000000″ class= »block »]– Essence : 4 668 AUD
– Huile de moteur et liquide de refroidissement : +/- 100 AUD
– Réparations et entretien : 4130 AUD
– Assurance : 490 AUD
– Aménagement et décoration : +/- 200 AUD[/su_box]

 

#3 Dormir dans son van en Australie

Dormir dans son van peut s’avérer compliqué parfois. En Australie, le camping sauvage est tout simplement interdit. Dans les villes, on n’est pas autorisés à dormir dans sa voiture. La plupart des panneaux des parkings le rappellent constamment : « NO OVERSTAY NIGHT ». Ceux qui tentent de rester sur des zones où ce n’est pas autorisé ne l’oublient pas de sitôt quand ils doivent payer une amende de 250 $. A Sydney, on s’est essayé au camping sauvage pendant cinq nuits en garant le van dans des banlieues résidentielles pour ne pas trop attirer l’attention. On a été contraints de faire la même chose à Adélaïde, sur un parking où c’était apparemment toléré, le temps de trois nuits. Ce ne sont pas les nuits les plus reposantes tant la peur d’être réveillé par un policier est grande. Et puis une fois couché, on évite de sortir pour aller aux toilettes afin de ne pas alerter le voisinage. De la même façon, lorsqu’on dort « en sauvage » on se lève très tôt, avant les premiers promeneurs.

L’application Wikicamps facilite quand même les choses puisqu’elle recense tous les campings, gratuits ou non, de l’Australie. Pendant une année autour de l’Australie, nous n’avons quasiment dormi que dans des campings gratuits, les free camps. Parfois difficiles à trouver, ils pouvaient être situés loin des villes d’intérêt et nous obligeaient à rouler encore 50 km pour atteindre le plus proche. Autour des grandes villes, il n’y en a pas, ou très peu.

Dans l’outback, dormir s’avère beaucoup plus simple. On n’a pas hésité à nous arrêter n’importe où, au milieu de nulle part. Il n’y avait qu’une chance infime pour qu’un rangers passe exactement là où nous nous étions arrêté. L’outback offre une liberté quasi infinie, seuls au milieu du désert.

 

Seuls au milieu du désert

 

 

PARTIE 2 : LA VIE QUOTIDIENNE DANS LE VAN

 

Alors concrètement, ça ressemble à quoi de vivre dans un van ?

 

L’aménagement de notre van

Pour nous, c’était assez simple. Notre van était déjà aménagé quand nous l’avons acheté, on ne se sentait pas vraiment capable de l’aménager par nous-mêmes.

A l’intérieur se trouve le lit, constitué de deux planches en bois reposant sur les sièges arrière repliés. On avait trois matelas qu’on pouvait caler dans le sens de la largeur du van, des oreillers et couvertures. Dans l’outback, les températures peuvent descendre très vite à la nuit tombée et on a eu besoin plus d’une fois de non pas une, mais deux couvertures l’une sur l’autre. Au contraire, dans le nord le climat était tropical. On a vite dû installer des moustiquaires sur les vitres pour pouvoir les maintenir ouvertes sans pour autant laisser entrer tous les moustiques, et on a dû acheter un petit ventilateur pour nous rafraîchir étant donné la chaleur humide étouffante qui persistait la nuit.

 

 

Au-dessus du lit, nous avons installé des paniers qui nous permettaient de ranger nos petites affaires comme lunettes de vue, stick à lèvres, mouchoirs, liseuse, etc. sans avoir constamment à les chercher dans le lit. Ces paniers faisaient office de table de nuit et c’était bien pratique.

 

 

En dessous du lit, nous avions suffisamment de place pour ranger nos sacs à dos vides et mettre deux grandes boîtes. Celle au fond du van, accessible en enlevant d’abord la première boîte, contenait les objets dont nous n’avions pas souvent besoin, comme nos gros manteaux, le ventilateur quand nous n’étions pas dans le nord, etc. Dans la première boîte, facilement accessible, étaient rangés nos vêtements.

A l’arrière du van, juste en ouvrant le coffre, se trouvait le coin cuisine, constitué d’un grand meuble divisé en deux parties : tout en haut, une étagère en bois dans laquelle nous pouvions stocker tous les aliments secs, condiments et conserves. En bas, des étagères permettaient de mettre encore plus de conserves et sur deux d’entre elles des tiroirs avec des ustensiles de cuisine et nos affaires de toilettes. Cette partie était cachée par une planche qui, lorsqu’elle était abaissée, pouvait servir de plan de travail pour cuisiner. Le meuble, surélevé, permettait de ranger encore des choses directement dessous. Ainsi, nous avions trois ou quatre bidons d’eau de 10 L chacun, un réchaud à gaz, un bidon d’essence et une glacière directement accessibles en ouvrant le coffre.

 

 

Derrière, donc sur le sol au milieu du van, étaient rangés des chaises de camping, une table pliable, une énorme bâche pour s’abriter en cas de pluie, deux tentes de deux personnes et une énorme caisse orange contenant une multitude d’outils, des parapluies et les bidons d’huile et de liquide de refroidissement.

 

 

A l’avant se trouvait la seconde batterie qui nous permettait à tout moment de brancher nos appareils électroniques. Elle était en fait branchée sur la batterie principale du van. Pour la recharger, il fallait activer un interrupteur. L’interrupteur permet à la seconde batterie de se recharger directement sur la batterie principale, il ne doit donc être allumé que lorsque le van roule. S’il est laissé en position on alors que le moteur est éteint, on vide tout simplement la batterie principale. Et là, il n’y a plus qu’à espérer que quelqu’un passe pour nous aider à relancer la batterie. En plein désert, ça peut poser problème. Heureusement, ça nous ne est arrivé que trois fois, le premier mois. On n’était pas encore vraiment rôdés avec ce système et on a donc oublié d’éteindre l’interrupteur. En voulant repartir, plus de batterie. A chaque fois, on a eu beaucoup de chance parce que nous étions arrêtés sur des parkings ou des routes fréquentées, donc on n’a eu aucun mal à trouver une personne prête à mettre les pinces.

 

 

Au départ, on n’avait aucune idée de la meilleure manière de ranger le van. Au fur et à mesure, on a vite compris que le rangement devait s’apparenter à un Tétris géant. Tout doit avoir une place précise selon sa forme et son utilité. Les choses qui servent peu ne doivent pas rester devant. On a amélioré notre confort tout au long de notre voyage, en nous débarrassant après quelques temps des objets qui ne nous étaient d’aucune utilité, et en changeant de place les choses qui au contraire nous servaient souvent.

 

 

Le voyage en van

 

#1 Construire l’itinéraire jour après jour

Avant de quitter Sydney, on n’avait pas spécialement prévu d’itinéraire. On a pu construire notre parcours au fur et à mesure surtout grâce aux offices de tourisme. Pas une ville australienne n’est dépourvue d’un Visitor Information Center. Ces centres d’information ont été très pratiques pour nous organiser et nous renseigner sur les choses à voir et à faire dans toutes les régions que nous avons traversées. Dès qu’on arrivait dans une ville, notre premier réflexe était donc de passer faire le plein de catalogues, de cartes et de brochures, tous gratuits.

Au jour le jour, nous ne savions pas pour autant quelles routes précises nous allions prendre. Même si nous savions où nous voulions aller, chaque matin nous partions tout de même à l’aventure.

 

#2 Prendre une douche et aller aux toilettes

Les villes australiennes sont très bien équipées en termes d’infrastructures. Toilettes, tables de pique-nique, barbecues électriques, voire même des douches… Tout est public et gratuit, ce qui facilite bien la vie aussi quand on a une envie pressante entre deux visites ou qu’on cherche tout simplement un endroit où se poser pour déjeuner.

L’application Wikicamps, encore une fois, a été une vraie bible. Elle ne recense pas que les campings, mais aussi les douches gratuites et payantes, les toilettes, les endroits où trouver du wifi gratuit, les lieux d’intérêt, etc.

Sur la côte est, qui est plus urbanisée, nous n’avons eu aucun mal à trouver des toilettes. Il y a toujours des toilettes gratuites dans les villes. Les free camps en étaient quasiment tous pourvus. Des douches sont très souvent installées sur les plages aussi. Intérieures ou extérieures, nous en avons bien profité sur la côte est. Par contre, l’eau était la plupart du temps toujours froide. C’était un vrai bonheur de trouver une douche chaude gratuite.

Dans les terres, la plupart des campings gratuits n’avaient que le strict minimum en termes d’infrastructures. Dans les Atherton Tablelands, nous avons passé huit jours sans pouvoir prendre de vraie douche, juste en faisant des toilettes de chat. C’est bête à dire, mais après un moment nous ne ressentions plus vraiment le besoin de nous doucher tous les jours. Une douche tous les deux ou trois jours suffisait quand le climat n’était pas trop chaud ni humide.

Dans le désert, ça a été une autre histoire. Les campings gratuits sont nombreux, mais la plupart du temps ce sont juste des aires, sans rien. Parfois, des toilettes sèches qui n’ont pas été vidées ou nettoyées depuis un bon moment. Jamais de douche. Avant de partir dans l’outback, nous avons donc investi dans une douche solaire. Il s’agit tout bêtement d’un réservoir d’eau de 20l, noir. On le remplit, on le met au soleil, et après quelques minutes l’eau devient chaude. Il n’y a plus qu’à l’accrocher à un arbre ou sur le toit du van, on insère le pommeau en plastique, et on peut se doucher.

Dans l’outback, on était quasiment toujours seuls sur les aires de camping. On a pu à de nombreuses reprises accrocher notre douche solaire au milieu du désert et prendre une douche complètement nus au milieu de nulle part. On attendait quand même qu’il fasse nuit histoire d’être sûrs que si un véhicule passait sur la route, il ne nous verrait pas !

Pour les toilettes dans le désert, je vous laisse deviner…

Il faut toutefois préciser que l’eau est une denrée rare. Il nous est donc arrivé à plusieurs reprises de ne pas nous laver du tout pendant plusieurs jours. Seul le lavage des dents était quotidien.

 

#3 La lessive

Pour laver nos vêtements, nos serviettes et nos draps, on a fait usage le plus souvent des Lavomatics. Il faut compter entre 3 et 5 dollars pour une lessive. En général, on ne payait pas pour le sèche-linge. Pour tout faire sécher, on étendait nos habits à l’intérieur du van, à l’aide de tenders qu’on installait en travers du plafond.

Comme on a suivi le soleil pendant un an, on n’a eu quasiment que du beau temps toute l’année donc on n’avait aucun mal à tout faire sécher rapidement. Il n’est arrivé qu’une seule fois, dans les Montagnes bleues, que les vêtements ne sèchent pas à cause du temps froid et humide. On a passé quatre jours avec toute la lessive étendue dans le van, et quasiment rien ne séchait !

On a aussi acheté un savon pour lessive à la main et il nous est arrivé plusieurs fois de laver nos sous-vêtements ou quelques t-shirts à la main quand on n’avait pas besoin de faire une grosse lessive.

 

#4 La gestion de l’eau

Une fois achetés nos quatre bidons d’eau, il fallait les remplir régulièrement pour toujours avoir de l’eau pour boire, faire la vaisselle ou simplement nous laver les mains. Sur la côte est, ça n’a jamais été un problème, il y avait très souvent des robinets d’eau potable dans les freecamps. Tous les soirs, on pouvait remplir nos bidons, nos bouteilles d’eau et faire notre vaisselle directement au robinet.

En revanche, les choses se sont drastiquement compliquées dans le désert. On a dû parfois attendre plusieurs jours avant de trouver un robinet d’eau et on était sur nos réserves. L’application Wikicamps est vraiment utile dans ces moments-là puisqu’elle recense les robinets d’eau potable. On n’a jamais manqué d’eau mais il a fallu être économes. Si on a quasiment toujours réussi à trouver un robinet dans les villes de l’outback, il fallait parfois attendre plusieurs jours avant de tomber sur la ville suivante. Pour ce qui est de la vaisselle dans le désert, nous n’utilisions pas nos réserves pour laver nos assiettes et nos couverts. Ça aurait été trop coûteux en eau. Nous ne faisions que les essuyer puis les réutiliser, en attendant le prochain robinet.

 

#5 Les repas et les courses

Nous n’avions qu’un réchaud à gaz, il fallait donc faire preuve d’inventivité pour varier les plaisirs. Pour le petit déjeuner, on faisait chauffer de l’eau sur le réchaud avec une petite casserole prévue à cet effet uniquement, pour le café et le thé. Accompagné de tartines de confiture, beurre de cacahuète ou faux Nutella, parfois de brioche quand il y avait des réductions au supermarché.

En général, le midi on mangeait vite et léger, donc des sandwichs (vive le thon en boîte !) préparés le matin même avec des chips ou bien des nouilles instantanées de temps en temps.

Pour le dîner, nos stocks de pâtes, riz, lentilles, polenta et boîtes de conserve nous ont été bien utiles.

Nous ne nous sommes jamais servi de notre glacière en fait. Sur la côte est, les températures n’étaient pas très élevées donc nous pouvions garder du frais quelques jours sans glace. Une fois dans le nord du Queensland, nous n’achetions que peu de produits frais, et nous les consommions le jour même.

Les pains de glace coûtaient 5 dollars dans les stations services, et dans le désert il faut en racheter tous les jours parce qu’elle fond très vite. On a donc décidé de faire cette économie et de nous débrouiller autrement. Les légumes, salades et fruits étaient consommés rapidement. Pas de fromage, pas de beurre ni de yaourt ni de viande ou de poisson, ou alors achetés pour être consommés directement le soir même.

Ça ne nous a pas posé particulièrement de problème, nous avons réussi à garder une alimentation saine et équilibrée pendant un an. Il faut juste réfléchir aux quantités avant d’acheter. Pour être sûr de ne rien perdre avec la chaleur, il suffit de prendre en plus grande quantité les fruits et légumes qui peuvent résister longtemps à température ambiante, et prendre en moins grande quantité ceux qui ne tiendront pas, de manière à pouvoir tout manger dans les temps impartis.

Réduire notre consommation de viande ne nous a pas fait de mal, au contraire. Nous mangions des œufs régulièrement ainsi que des lentilles, des haricots blancs ou encore du thon en boîte donc on avait notre lot de protéines malgré tout.

 

Coles et Woolworths sont les plus grandes enseignes de supermarchés en Australie. On trouve toujours l’un ou l’autre dans les villes de la côte est et du sud. Lorsque la date de péremption des aliments approche, les prix sont réduits proportionnellement. En allant au supermarché plutôt le soir avant la fermeture, on avait plus de chance de trouver des produits avec des réductions allant jusqu’à 80 %. Du chocolat à 70 centimes, du saumon fumé à 2 dollars, un pot de yaourt à 1 dollar, des pavés de colin à 1,25 dollars, un poulet rôti à 3,50… On a trouvé des trésors.

Aldi est probablement l’enseigne la moins chère, mais il y a moins de choix et Aldi n’existe que sur la côte est et ponctuellement dans les autres grandes villes.

Dans le désert, encore une fois, les choses sont différentes. Coles et Woolworths n’existent pas sur la côte ouest ni dans le Centre rouge. Il faut faire les courses dans de petites épiceries, comme IGA, où tout coûte plus cher évidemment. C’est là qu’on a dû faire le plus attention mais il y a toujours moyen de trouver des produits à prix réduits, comme chez Coles et Woolworths.

On était plutôt Team Coles d’ailleurs. A chaque fois qu’il y avait les deux magasins, on préférait Coles contrairement à nos travel mates Marina et Matt qui fonçaient à chaque fois au Woolworths…

 

Il était parfois primordial de réfléchir à ce qu’on allait manger, parce qu’on savait qu’on ne trouverait pas de magasin avant plusieurs jours. En partant du Queensland vers le Centre rouge, on a donc rempli notre van de conserves. On savait que ce serait la solution la moins chère : remplir le van de denrées non périssables sur la côte est alors que les prix étaient encore normaux. On en a eu pour 90 dollars de courses, mais on a tenu un bon mois. A chaque fois qu’on en avait l’occasion, on refaisait le plein de conserves. Petits pois, maïs, haricots verts, mélanges de légumes, pois chiches, etc., on misait surtout sur des légumes plus que sur des plats préparés type raviolis en boîtes, parce qu’il n’y en avait pas tellement et que ces conserves-là étaient excessivement chères, et pas toujours très bonnes.

 

Nos provisions

 

C’était le même problème avec les bonbonnes de gaz pour alimenter le réchaud : il fallait toujours en prévoir suffisamment pour tenir longtemps sans avoir besoin d’en racheter. Ce n’est pas la chose la plus facile à trouver dans le désert…

On a tellement rempli le van, qu’en sortant du Karijini National Park on s’est rendu compte que le meuble de la cuisine commençait à s’enfoncer dans le sol ! On a été obligés de remettre de nouveaux pieds parce que le sol du van s’affaissait complètement…

 

#6 Sous la pluie

Au total, sur une année, on n’a pas dû avoir plus de 5 journées de pluie. On voulait suivre le beau temps, et on a bien réussi ce pari.

 

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Notre année en Australie par saison
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Automne : Sydney et la côte est
Hiver : Outback et Centre rouge
Printemps : Le Top End et la côte ouest (saison des pluies dans le Nord)
Eté : La côte sud et la Tasmanie
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Retrouvez notre itinéraire complet ici

 

Les grosses averses qui nous ont bloqués pour la journée entière peuvent se compter sur les doigts d’une main. Et quand ça arrive, il n’y a pas le choix : si on est en plein road trip, il faut s’enfermer dans le van et tout simplement attendre que ça passe. En Tasmanie, le temps est très instable et même si on a visité l’île en plein été, on a quand même eu deux journées de pluie. C’est l’occasion de se reposer, de lire, de regarder des séries ou d’écrire… A Darwin, les fois où le déluge s’est abattu sur nous, nous étions en plein volontariat, donc dans une maison, ce qui était plus facile à gérer.

Le moins agréable est que si on se fait surprendre par une averse, comme ça nous ait arrivé dans le parc national Karijini, il faut rentrer dans le van avec les vêtements trempés. Pour éviter de mouiller le lit, on a dû s’installer à l’avant, attraper des vêtements secs puis nous changer sur les sièges et ensuite nous contorsionner pour nous installer dans le lit derrière. Pas hyper pratique, mais s’il ne doit pas y avoir de soleil avant plusieurs jours, ça évite de se retrouver avec des draps, matelas et oreillers humides… Les vêtements mouillés étendus sur les sièges avant, il n’y a plus qu’à attendre.

Les soirs où on pensait qu’il allait pleuvoir, on pouvait aussi installer notre bâche en l’attachant au van et à des arbres autour. Ça n’a été utile que deux ou trois fois.

 

Sous la bâche…

 

 

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En Australie, il faut faire attention aux saisons pour voyager. Le pays est tellement grand (14 fois la France), qu’il semble impossible de pouvoir en faire le tour et de se trouver à chaque fois au bon endroit au bon moment. Non seulement il faut prendre garde au temps, mais aussi aux animaux. Par exemple, les baleines commencent à remonter la côte est à partir des mois de juin et juillet. Pour voir les requins-baleines, les plus gros poissons du monde, sur le récif de Ningaloo sur la côte ouest, c’est d’avril à juillet… Il vaut mieux visiter le centre du pays entre juillet et août parce que c’est à cette période qu’il fera le moins chaud pendant la journée (contre jusqu’à 45°C en été à partir de décembre). Au contraire, il faut éviter de se trouver dans le nord entre décembre et mars parce qu’on sera en pleine saison des pluies, mais c’est en janvier qu’on a le plus de chance de voir un orage électrique à Darwin. Bref, il faut bien se renseigner. Pour notre part, nous nous sommes retrouvés en pleine saison des pluies dans le nord et finalement nous n’avons pas eu beaucoup de pluie, ça n’a pas été vraiment dérangeant. En revanche en descendant la côte ouest, on s’est rendu compte qu’on tombait mal parce que pile au moment où se lève le Fremantle Doctor, un vent qui commence à souffler au milieu de l’après-midi. Imaginez devoir cuisiner dehors avec un réchaud en plein vent…

 

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PARTIE 3 : ANECDOTES ET SOUVENIRS

Nos pires galères avec le van

 

En un an de voyage en van, ça aurait été vraiment trop beau de ne jamais avoir aucun problème. En achetant notre van, on se doutait bien qu’on aurait forcément des galères un jour ou l’autre.

 

#1 Coincés une semaine dans un camping sans douche

Sur la côte est, rien de notable. Les deux premiers mois de road trip avec le van se sont extrêmement bien déroulés.

C’est en arrivant dans les Atherton Tablelands, au nord du Queensland, que nous avons décidé de faire un contrôle dans un garage avant de partir dans l’outback. Et c’est donc là qu’on a eu notre première frayeur : on s’est rendu compte à ce moment-là que la courroie de distribution n’avait pas été changée depuis un bon moment. Elle était complètement fissurée…

Il fallait attendre une semaine pour que le garagiste puisse recevoir le kit et s’en occuper. Une semaine pendant laquelle on a eu tellement peur de rouler et d’exploser le moteur qu’on a décidé de ne pas bouger de notre camping. Et malheureusement pour nous, ce camping n’avait pas de douche… Si jusque-là on avait toujours réussi à prendre une douche tous les deux ou trois jours, on a battu un record personnel cette semaine-là !

 

Au final, le pire ne s’est pas produit. On a passé notre semaine à faire des toilettes de chat à l’aide des robinets du camping et on a fini par repartir avec une courroie de distribution toute neuve… vers un camping avec une douche !

 

#2 Le sort s’acharne à Alice Springs

C’est à Alice Springs, dans le Centre rouge, qu’on a enchaîné les galères. On avait entendu dire qu’en Australie, tout peut aller très vite : en une journée, tu peux trouver du travail, un logement, un véhicule ou des compagnons de route. C’est la sensation qu’on a eue à Alice Springs. A peine arrivés, nous avons chacun trouvé un voire deux emplois, un logement, nos amis nous ont rejoint et on a rencontré d’autres copains étrangers.

Mais l’inverse est vrai aussi : en une journée, on peut tout perdre. Et c’est aussi ce qui s’est passé pour nous. Après trois semaines, on a dû faire face à la perte d’un emploi et à la perte de notre logement en auberge de jeunesse. Située juste à côté du restaurant où l’on travaillait, c’était pour nous la meilleure option et on s’était tout de suite bien entendu avec les personnes qu’on y a rencontrées. Souvenez-vous, le camping sauvage est interdit en Australie donc nous n’avions pas le droit de dormir dans notre van en ville.

Malheureusement, après nous être fait virer de l’auberge du jour au lendemain, on n’avait plus vraiment le choix : on est retournés dans notre petit van, qu’on a installé dans le camping situé derrière un hôtel d’Alice Springs. Camping où l’on avait le droit de ne rester qu’une semaine maximum.

C’est une fois dehors en train de préparer le dîner qu’il s’est mis à pleuvoir. Oui, en plein désert, et pour la première fois depuis des mois. C’était vraiment un gros manque de chance qu’on soit dehors à ce moment-là.

Le lendemain matin, impossible de démarrer le van.

Là, on commence à comprendre que la chance a bel et bien tourné.

On ne panique pas, on ne travaille que le soir à 18h, donc on a toute la journée pour s’occuper du problème. Malheureusement, le mécanicien qui fait le déplacement dans l’après-midi pour regarder ne parvient pas à le redémarrer et n’a qu’une vague idée de la cause du problème. Il pense que c’est la pompe à essence qui a lâché, il faut compter entre 500 et 700 dollars pour la remplacer…

Evidemment, on est vendredi, donc il faut laisser passer le week-end avant que quelqu’un puisse venir dépanner le van et s’en occuper.

Le camping est situé à plus de 3 km du centre-ville où nous travaillons, on passera donc notre week-end à marcher pour aller travailler, lorsque nos amis ne peuvent pas jouer les taxis pour nous déposer ou nous récupérer.

Le stress a bien eu le temps de monter cette semaine-là, et la perspective de devoir payer 700 dollars n’a pas arrangé les choses.

 

Mitch dépanné à Alice Springs !

 

Après cette série de galères, la roue a tourné : le lundi matin, une dépanneuse est venue chercher le van pour l’emmener au garage. On a pu le récupérer quelques heures plus tard seulement, parce que la pompe à essence fonctionnait bien. C’était simplement le moteur qui s’était encrassé à cause de l’essence de mauvaise qualité qui est vendue dans les roadhouses de l’outback. Coût du nettoyage : 15 dollars !

 

Après cet épisode, on nous a conseillé d’acheter plutôt de l’essence premium, de l’unleaded 95 ou 98 et d’éviter la 91. Ça nous a coûté plus cher, mais on n’a plus jamais eu ce problème.

Avant de partir dans l’outback, nous avions rempli notre bidon de 20 L d’unleaded 91, et il s’en dégageait une odeur entêtante et écœurante. On devait sortir le bidon du van pour dormir parce que l’odeur d’essence était trop forte. En le remplissant d’essence premium, il n’y avait par contre aucune odeur… C’était pour nous bien la preuve que la 91 n’était définitivement pas de bonne qualité.

 

#3 Conduire 300 km avec un système de refroidissement défectueux

L’épisode le plus épique que nous avons eu à vivre avec le van ne s’est produit que quelques semaines plus tard. En arrivant dans un camping à environ 50 km de Katherine, dans le nord de l’Australie le long de la Stuart Highway, on a constaté une fuite du liquide de refroidissement. Nouveau coup d’arrêt, on est bien embêté parce qu’on est alors au milieu de nulle part et on est bien conscient du coût d’une dépanneuse… Et c’était mon anniversaire !

Heureusement, un vieil Australien est arrêté lui aussi sur ce freecamp et décide de nous aider. Il s’y connaît en mécanique, en tout cas c’est ce qu’il dit, et il jette un œil au van. Pour lui, c’est la pompe à eau qui a lâché. Il nous explique qu’on peut faire les 50 km jusqu’à Katherine en veillant bien à remplir le radiateur d’eau pour ne pas risquer la surchauffe. On décide de tenter le coup et on arrive sans encombre jusqu’au garage. Le constat est amer : le mécanicien nous annonce qu’il faut changer tout le système de refroidissement, incluant le radiateur, la pompe à eau, le thermostat, etc. Il va falloir attendre deux semaines qu’il reçoive toutes les pièces et ça va nous coûter 2000 dollars au minimum.

C’est la catastrophe, on ne peut pas attendre deux semaines à Katherine, il n’y a rien dans cette ville. On décide de prendre un second avis et on se rend chez un autre garagiste. Celui-ci nous conseille de conduire les 300 km jusqu’à Darwin, où selon lui on aura plus de choix au niveau des mécaniciens, on attendra moins longtemps l’arrivée des pièces et on paiera moins cher.

C’est parti, nous voilà sur la dernière portion de la Stuart Highway ! mais il y a un mais… Il faut impérativement qu’on s’arrête tous les 10 km pour remplir le radiateur et qu’on laisse passer une heure tous les 50 km pour permettre au moteur de refroidir suffisamment. Je vous laisse imaginer les 300 km… On a mis quatre jours pour arriver à Darwin !

 

Finalement, on a de suite trouvé un mécanicien qui nous a fait un devis à 1400 dollars, et on n’a eu qu’une semaine à attendre, pendant laquelle on a fait un petit volontariat pour être logés gratuitement et qui nous a permis de visiter la ville et de nous reposer. On ne s’en est pas si mal sorti !

La fuite à Katherine a été notre plus grosse frayeur avec le van. Après ça, le road trip sur la côte ouest et au sud s’est bien passé.

 

#4 Mésaventures tasmaniennes

C’est en Tasmanie qu’on a rencontré nos dernières galères :

  • Sur le mont Wellington, qui offre un panorama magnifique sur la vallée de Hobart, on a garé le van face à un vent glacial et extrêmement puissant. Après une vingtaine de minutes, le froid a complètement vidé la batterie et le van ne démarrait plus. En voulant se servir de la pente pour redémarrer, on a juste réussi à coincer le van quasiment à contresens, à deux mètres du vide… Le numéro d’urgence du Mont n’était en fait pas un vrai numéro d’urgence puisqu’on est tombé sur la mairie, qui ne pouvait rien faire pour nous aider. Après un moment, on a finalement réussi à trouver une personne qui a bien voulu utiliser les pinces pour un jump start. Mais le vent était tellement fort que toute l’opération a été extrêmement compliquée, le capot relevé de la voiture menaçait d’être arraché. Le van a pu redémarrer mais n’est pas reparti du mont Wellington complètement indemne : la porte conducteur a été pliée par le vent et sortie un peu de son axe. Elle ne fermait plus hermétiquement et on a dû taper sur les gonds avec un marteau pour essayer de la redresser du mieux qu’on a pu. C’était la première fois qu’on faisait face à un vent d’une telle puissance, on s’en souviendra…
  • Sur une piste de cailloux au milieu de la forêt tasmanienne, (j’avais bien expliqué au début que ce n’était pas des routes pour nous…), on a voulu faire demi-tour en pleine pente et on a coincé le van dans le fossé du bas-côté. Le pare buffle et le pot d’échappement se sont complètement coincés dans le talus. Après une heure passée à creuser et à enlever des pierres pour tenter de dégager les roues arrière, la nuit commençait à tomber et il n’y avait personne. Heureusement pour nous, on avait du réseau et on a pu appeler un restaurant situé à 8 km pour leur demander de l’aide. Le gérant est venu vers 22h pour nous tirer de là avec son 4×4. Ça lui a pris à peine cinq minutes, juste le temps d’accrocher les chaînes au pare buffle. En pleine nuit, il a donc fallu conduire jusqu’au freecamp le plus proche. C’était sans compter sur les petits pademelons nocturnes qui étaient présents tout le long de la route. On a été obligé de conduire à 20 km/h pour ne pas en écraser un, et on a eu quelques frayeurs ! Ces petits marsupiaux sont imprévisibles et peuvent décider de se jeter littéralement sous les roues du van au dernier moment. Les quelques kilomètres que nous avions à parcourir jusqu’au camping ont été terriblement éprouvants, nos yeux essayant de percer l’obscurité pour dénicher les animaux et tenter d’anticiper leurs mouvements.
  • Et on peut aussi être malade alors qu’on vit dans le van. Ce n’est pas une expérience des plus agréables, mais c’est ce qui m’est arrivé le dernier jour en Tasmanie. Une grosse indigestion m’a maintenue éveillée et m’a obligée à faire des allers-retours plusieurs fois en pleine nuit pour ne surtout pas vomir à l’intérieur du van… Une nausée ne m’a d’ailleurs laissée le temps que d’ouvrir la porte latérale avant de vomir littéralement « par-dessus bord ». C’est là qu’on se rend compte qu’habiter dans le van peut parfois manquer cruellement de praticité.

 

#5 Parce qu’on ne pouvait pas le vendre sans vivre une dernière galère…

Le tout dernier problème, on l’a eu la veille de vendre le van… La veille du rendez-vous, nous avons voulu faire un dernier tour avec et partir à la plage pour la journée. Après 3 km, le van s’est tout simplement arrêté, en plein milieu de la route. C’était juste devant un parking donc on l’a simplement poussé pour le garer. C’était un samedi, donc personne ne pouvait intervenir avant le lundi. On a dû décaler le rendez-vous avec les acheteurs pour la semaine d’après. Quelques jours plus tard, un mécanicien est intervenu directement sur le parking pour changer la pompe à essence qui avait finalement décidé de nous lâcher après quelques mois…

 

On a toujours eu de la chance dans nos malheurs, et après quelques mois on peut maintenant en rire !

 

 

Nos meilleurs souvenirs en van

 

En un an, on accumulé énormément de souvenirs dans ce van. Le revendre à la fin de notre périple a été un vrai crève-cœur. C’était notre maison pendant de nombreux mois, et on s’y est attaché. Pendant une année, le van a été notre point de repère. A chaque fois qu’on partait en randonnée ou en visite, c’était vers lui qu’on devait retourner. Il est où le van ? On se pose dans le van ? On se rejoint dans le van ? C’étaient les questions qui revenaient le plus souvent et qui ont ponctué notre année.

Le voir partir avec un autre couple à la fin a été un moment d’une grande tristesse.

 

Dernière photo avec Mitch

 

Maintenant, nous restent les meilleurs souvenirs de cette année en van en Australie.

 

#1 Avec les animaux

L’Australie est une île peuplée d’animaux qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et des péripéties avec des marsupiaux ou autres mammifères trop mignons, on en a eu beaucoup.

 

Un petit kangourou curieux

 

Pendant nos cinq jours à la découverte du parc national du Cape Range, sur la côte ouest, nous avons campé tous les soirs sur les plages du parc. Le premier soir, en revenant d’une session snorkeling, Thibaut a voulu se laver les mains avec un bidon d’eau avant de faire à manger. L’eau commence à couler par terre et là, sortis de nulle part, deux kangourous s’approchent tout doucement derrière lui. Une maman et son bébé. Attirés par l’eau, ils avaient visiblement très soif. La maman est restée assez méfiante et n’a pas voulu s’approcher trop prêt de nous, mais le bébé n’était pas farouche et n’a pas hésité à venir se coller à Thibaut. Ils étaient tellement mignons qu’on leur a rempli un petit bol d’eau. Dans les campings du Cape Range, il n’y a ni eau potable, ni douche. On a donné plusieurs petits bols d’eau à ces kangourous, ça valait bien qu’on partage un peu nos réserves.

 

Trop mignons…

 

Dans le Centre rouge, il y a des dingos. On s’en souviendra. Après avoir garé le van dans un camping tout en haut de Kings Canyon, nous nous sommes installés pour la nuit. Peu de temps après notre arrivée, nous avons vite aperçu un couple de dingos rôder dans le camping, visiblement en quête de nourriture. Ils nous ont regardé un moment mais ne se sont pas approchés. Ils sont restés en retrait, à une distance respectueuse. On a compris qu’ils avaient peur des humains, donc on ne s’est pas méfié. On a continué notre installation sans trop nous préoccuper d’eux puis nous sommes allés nous asseoir près du canyon pour admirer le coucher de soleil. Aussitôt le dos tourné, il n’a pas fallu plus de trente secondes au mâle pour se faufiler dans le van et en ressortir avec le sachet plastique contenant notre réserve de gâteaux… Les deux dingos ont filé dans le bush, leur précieux butin dans la gueule. On les a suivi pour voir et on n’a pas tardé à tomber sur une petite clairière remplie de sacs plastiques éventrés. On n’était pas les premiers à se faire avoir !

 

Le dingo et le van !

 

En Tasmanie, en plein cœur du Southwest, nous nous sommes installés là encore pour la nuit. Et cette fois ce ne sont pas des dingos qui se sont approchés, mais des chats natifs ! Appelés quolls en anglais, ils ressemblent à de petits furets marrons, noirs et blancs. Ces petits coquins se sont amusés tout autour de nous, jusqu’à monter sur notre table de camping pour venir lécher nos assiettes. L’un d’entre eux a réussi à grimper dans la glacière que nous avions laissée ouverte un peu plus loin, on a donc été obligés de tout rentrer avant de nous coucher.

 

Sur la côte est, à Airlie Beach précisément, nous avons eu de drôles de réveils pendant nos quelques jours sur place. Tous les matins, des dizaines de perroquets venaient se poser sur le toit du van, faisant un boucan d’enfer ! Pendant notre petit-déjeuner, ils étaient tout autour de nous, posés sur nos chaises et sur le van.

 

Sur certains freecamps situés près de plages ou de cours d’eau, on a souvent vu le panneau « Attention aux crocodiles », qu’on a toujours trouvé très exotique et qui nous a sans cesse rappelé qu’on était bien en Australie. Dans ce genre de camping, on a toujours fait bien attention à ne pas mettre le van trop près de l’eau et à ne pas trop nous éloigner pour aller aux toilettes.

 

#2 Feux de camp et barbecue

Le dîner préféré des Australiens, c’est probablement le barbecue ! Viande, légumes, poisson, tout y passe. Et bien évidemment, on s’est mis à cette mode nous aussi.

Dans le van, nous avions une grille que nous pouvions placer directement sur un feu de camp pour faire griller des aliments. On s’en est pas mal servi. Dans certains parcs, faire du feu était interdit, mais dans le désert nous avons pu en faire souvent, à condition de trouver du bois.

 

Les McDonnells Ouest, près d’Alice Springs, ont été notre première destination avec Marina et Matt, qui sont restés nos compagnons de route pendant plusieurs semaines. Le premier soir, on s’est installés dans le lit d’une rivière asséchée. Les garçons sont partis dans les alentours chercher du bois. A deux, ils ont transporté une énorme bûche et on a pu faire un gros feu de camp qui a illuminé la nuit pendant un bon moment. Les soirées qui ont suivi dans ces montagnes ont été aussi conviviales, dans un cadre magnifique de monts désertiques.

 

Coucher de soleil et feu de camp dans les McDonnells !

 

A Katherine, nous avons fêté mon anniversaire dans le bush, autour d’un feu. Marina avait fait cuire des pâtes aux crevettes et je crois que c’est la fois où on a le mieux mangé en camping.

 

Pour fêter Noël, le barbecue est le plus simple et le plus convivial également. Avec Matthias, un autre compagnon de route, nous nous sommes rendus sur une plage de Perth équipée de barbecues électriques et on a mangé des burgers maison le 24 décembre. C’était bon, il faisait chaud, il y avait de la musique et beaucoup d’Australiens qui avaient décidé de faire comme nous (ou plutôt, c’est nous qui nous sommes mis à la mode australienne et qui avons fait comme eux).

 

#3 Contemplation

La vie en van, c’est aussi pouvoir se poser au beau milieu de nulle part et profiter de ciels étoilés absolument magnifiques. Dans le désert, il n’y a aucune pollution lumineuse, on peut observer une splendide voie lactée qui descend jusqu’à l’horizon. On a passé pas mal de soirées, assis dans nos chaises de camping, à regarder les étoiles.

 

Une nuit, vers 2h du matin, on est sorti du van suite à une envie pressante. Au beau milieu du désert, on a vu un halo lumineux qui se diffusait derrière une petite montagne près de laquelle nous étions garés. On l’a observé un moment, pensant aux phares d’une voiture. Quelques minutes plus tard, on a vu tout simplement la lune émerger. C’était un lever de lune, et c’était magnifique. On est restés là, debout au milieu du désert, à la regarder.

 

Cette année a aussi été riche en termes de levers et couchers de soleil. On a pu garer le van près de lacs, de rivières, de la mer, au milieu de champs ou de collines et voir des lumières fabuleuses.

 

Coucher de soleil près du Wiporie General Store, l’une de nos premières soirées dans l’Outback

 

Sur la côte sud

 

Dans le désert

 

On a eu l’occasion de camper et dormir dans des lieux splendides et préservés. Ces endroits presque magiques nous ont permis d’apprécier des paysages magnifiques et de jouer aux aventuriers en allant marcher seuls dans les alentours.

 

Camping en Tasmanie sur les rives du lac Bradys

 

La vue qu’on a eue un matin, au réveil…

 

#4 Antenne radio et feux de brousse

C’est probablement la nuit dans le désert australien qui restera la plus emblématique pour nous. Il n’y a quasiment jamais de réseau dans l’outback, mais de temps en temps on peut trouver d’énormes antennes radio. Un soir, on a quitté la route principale pour rejoindre l’une de ces antennes. On a décidé d’y passer la nuit. Comme de coutume, nous étions seuls, au milieu de rien. Après un moment passé à cuisiner, la nuit est tombée et l’horizon s’est embrasé. Les couleurs du coucher de soleil se sont estompées mais on voyait toujours au loin cet orangé caractéristique. Sur la route, on avait vu beaucoup de parcelles complètement brûlées donc on a vite compris qu’il s’agissait de feux de brousse, qui se propageaient dans la végétation aride de l’outback. On est resté un moment à observer ces couleurs chatoyantes, sans trop savoir s’il était dangereux de rester où l’on était ou non. Un moment un peu hors du temps, où l’on a pris conscience de la beauté mortelle des feux de brousse.

 

Pour en savoir plus sur l’outback et ce qu’on y a vu, je vous renvoie à cet article.

 

#5 Dormir dans le van

Chaque soir où nous nous sommes couchés dans notre van a été un réel plaisir. Où que nous soyons garés, sur un parking, dans un champ, seuls dans le désert ou sur une plaine au milieu de cinquante autres vans, on oubliait le monde extérieur pour ne plus voir que notre lit. Les rideaux bien épais nous protégeaient de la lumière extérieure s’il y en avait et faisait paraître l’intérieur du van comme celui d’un cocon. Nous avions installé des guirlandes lumineuses à piles que nous allumions à la nuit tombée et qui rendait ce cocon très cosy.

 

 

Le matin, c’était une sensation incroyable que celle qui nous prenait lorsque l’on ouvrait la porte latérale du van et que l’on redécouvrait l’endroit où nous nous étions arrêtés la veille, face à la mer, en haut d’une falaise, dans un champ au milieu des kangourous, ou encore près d’un lac sur lequel s’élève la brume matinale. Parfois lorsque nous arrivions sur le lieu de notre camping, il faisait déjà nuit le temps de nous installer. Ce n’est donc que le matin que nous découvrions les alentours toujours plus beaux les uns que les autres.

 

#6 Conduire le van

L’important n’est pas la destination, c’est le voyage pour y parvenir. Rouler n’a jamais été synonyme d’ennui en Australie. Au contraire, on a vite pris goût à la conduite au milieu d’étendues désertiques. Si le paysage pouvait parfois sembler monotone, la sensation est terriblement grisante : on sait qu’on peut rouler sur des milliers de kilomètres, quasiment en ligne droite, sans que rien ne vienne nous arrêter.

 

Conduire sur la plus longue route en ligne droite d’Australie

 

On a beaucoup cherché à débusquer les animaux, très nombreux dans le désert : kangourous, émeus, chevaux et chameaux sauvages, dingos… Même après quelques mois passés en Australie, c’était toujours un ravissement de voir des kangourous sauter au loin. On ne s’y est jamais vraiment habitués et on est restés émerveillés face à eux tout au long du voyage.

 

 

 

BILAN

Au-delà des péripéties vécues directement avec le van, tout ce que nous avons vu pendant un an n’a été possible que parce que nous étions motorisés. Nous sommes allés dans des centaines d’endroits où aucun bus ne passe, où aucun voyage touristique organisé ne se rend et où peu de voyageurs, qui ont moins de temps que nous à passer sur les routes, vont.

Nous avons voulu faire le tour complet de l’Australie et passer un mois en Tasmanie, nous avons donc dû planifier un minimum les mois à venir. Si nous avions passé un mois de plus sur la côte est par exemple, nous n’aurions sans doute pas pu aller en Tasmanie. Cependant en 7 mois et demi de pur voyage et un peu plus de 36 000 kilomètres parcourus, nous n’avons jamais eu l’impression de devoir nous dépêcher. Nous sommes restés libres pendant tout ce temps. Du moment que nous roulions à gauche, nous pouvions faire ce que nous voulions.

L’idée de savoir que parce qu’on a un lit, du gaz, de la nourriture et de l’eau, nous pouvons nous arrêter sans aucun problème cinq jours sous un arbre en bordure d’une rivière asséchée de l’Outback est particulièrement enivrante.

Plus de photos de notre tour de l’Australie ici !

Nous avons dormi dans plus d’une centaine de lieux différents. Il est impossible de tous les compter. Ce qui est certain c’est que nous ne cessons de nous souvenir par moment de tel ou tel free camp. 

« Tu te rappelles du soir où on dormi près de la rivière ? Mais si, on est arrivés tard, il y avait des vaches, on s’est mis à gauche près des bambous…
Ah oui! Il était super celui là. Et puis c’est ce matin là où on avait un kangourou juste devant la porte ».

Des souvenirs comme celui-ci, il y en a des milliers, et qui nous reviendront les uns après les autres, petit à petit, et pendant longtemps.

 

A ceux qui hésitent encore à vivre un temps en van, par peur des difficultés ou par manque de temps : lâchez-tout, faites-le !
A ceux qui disent que c’est surfait, commun et à la mode de faire le tour de l’Australie en van : donnez vous l’occasion de changer d’avis, faites-le !

A ceux qui disent qu’aller en Australie n’est pas synonyme de dépaysement : venez découvrir le cœur de l’Australie, venez vous y perdre en van, venez changer vos idées reçues, faites-le !

 

« The road is home ». Thibaut a fabriqué ce slogan lors de notre volontariat dans la ferme de l’Outback et l’a collé sur la vitre arrière du van. L’expérience vécue lors de cette année en van autour de l’Australie y est lisible. La route et le van deviennent notre maison.

 

 

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

C’est le dernier Etat dans lequel nous conduira notre van : l’île de Tasmanie. Aussi appelée « île de l’inspiration » pour sa nature sauvage et préservée, elle est connue pour sa faune endémique – comme le diable – et sa flore incroyable. Plus d’un tiers du territoire de la Tasmanie est en effet protégé grâce au classement en parcs nationaux ou en réserves naturelles.

Il y a 10 000 ans, lors de la dernière période glaciaire, la Tasmanie était rattachée au continent australien. Avec la fonte des glaciers et la montée des eaux, elle s’en est séparée, permettant à sa faune et sa flore d’évoluer différemment.

Parmi les zones protégées, six parcs nationaux et deux réserves ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de « Zone de nature sauvage de Tasmanie » (Tasmanian Wilderness) :

  • Le parc national de Cradle Mountain-Lake Saint Clair
  • Le parc national Southwest
    • Le parc national des Franklin-Gordon Wild Rivers
    • Le parc national des Hartz Mountains
    • Le parc national de Mole Creek Karst
    • Le parc national des Walls of Jerusalem
    • L’aire de protection du Plateau central
    • La réserve nationale Devils Gullet

L’inscription remonte à 1982 et la zone a été élargie en 1989. La justification principale de ce classement tient au fait que cette zone est l’une des dernières régions sauvages tempérées du monde. Correspondant à environ 20 % du territoire de la Tasmanie, il s’agit d’une des plus vastes zones protégées en Australie.

Lors de notre road trip, nous nous sommes aperçus que pour visiter bon nombre de ces parcs, le meilleur moyen serait de marcher. Certaines zones restent complètement inaccessibles en voiture, et dans certains parcs existent des parties dans lesquelles il n’y a même plus de sentier, il faut créer soi-même son chemin au milieu de la végétation. Difficile de trouver mieux pour s’immerger en pleine nature.

 

 

Le parc national de Cradle Mountain-Lake St Clair

Si vous venez faire un tour en Tasmanie, vous entendrez forcément parler de Cradle Mountain. C’est probablement le parc national le plus célèbre de Tasmanie, étant considéré comme un « incontournable » à visiter absolument. Sa réputation vient de l’Overland, ce chemin de randonnée d’environ 70 km qui le jalonne du nord au sud, et qui a été classé parmi les plus belles randonnées du monde.

 

Le lac Dove

 

En haute saison, l’accès à ce trek est limité et il faut payer un permis de 200 dollars par personne. Nous ne pouvions pas vraiment nous le permettre, nous nous sommes donc contentés de passer deux journées à marcher dans le parc, l’une du côté du lac St Clair, l’autre du côté du Mont Cradle.

Le lac St Clair, en haute saison, est le point d’arrivée de l’Overland. Après une semaine de marche, les trekkeurs finissent là. Plusieurs chemins serpentent dans la vallée tout autour du lac et permettent de partir en randonnée sur une ou plusieurs journées. Nous sommes partis pour l’ascension du Mont Rufus, d’où nous attendait une vue magnifique sur le lac. Il faisait beau et pourtant nous n’avons croisé quasiment personne.

 

Le lac Saint-Clair vu depuis le mont Rufus

 

Au contraire, du côté de Cradle Mountain nous n’avons pas eu le même ressenti, pour différentes raisons :

  • Le parc semble être victime de sa réputation : entre les marcheurs d’un jour et les trekkeurs venus se lancer sur l’Overland, les chemins de randonnées étaient quelque peu bondés. Difficile de prendre une photo sans personne devant et d’apprécier réellement les points de vue, tous pris d’assaut.
  • Les infrastructures sont assez développées : les parkings situés juste devant le départ des randonnées sont limités à quelques dizaines de voitures. Tôt le matin, on ne pouvait déjà plus y accéder. Un système de navettes permet d’être déposé, mais les premières que nous avons voulu prendre étaient déjà pleines et il n’était pas possible de monter à bord. L’attente dans ce cas peut être longue si l’on n’attend pas directement au premier arrêt.

 

Nous avons tout de même pu nous extraire du flot de randonneurs après quelques heures de marche, sur le chemin du retour. En suivant un petit chemin de terre qui longeait Cradle Mountain au lieu de tenter l’ascension du mont, nous nous sommes éloignées du chemin principal. Ce petit détour nous aura permis de bénéficier de vues incroyables sur quelques lacs du parc, et sans personne pour nous gêner !

 

Le petit chemin qui contourne le mont Cradle

 

Le lac Dove mais depuis l’autre côté !

 

Les paysages offerts par le parc national de Cradle sont magnifiques, mais le lieu est victime de son succès. Même si l’Overland Track est limité à 60 personnes par jour en haute saison, il y avait beaucoup de monde. Pourtant, à quelques kilomètres de là, un autre parc tout aussi beau et faisant partie de la zone UNESCO est complètement ignoré des randonneurs.

 

L’Overland Track et le mont Cradle

 

 

Le parc national des Walls of Jerusalem

Moins connu, le parc national du Walls of Jerusalem est situé juste à côté de Cradle Mountain. Sa particularité : il n’est accessible qu’à pied, aucune route ne traverse le parc. Il faut laisser sa voiture dans un parking à quelques kilomètres de l’entrée puis marcher pour l’atteindre. Une journée de randonnée ne suffit pas pour le découvrir, nous avons donc opté pour un trek de deux jours, le minimum.

 

Plusieurs éléments nous ont surpris dans ce parc.

  • Les noms tirés de la Bible : le parc a été nommé d’après les murs de Jérusalem, auxquels ses caractéristiques géologiques ressembleraient, à savoir un haut plateau entouré de monts. En conséquence, de nombreux autres noms de lieux au sein du parc portent des noms bibliques, comme le trône de Salomon, le bassin de Bethesda, le pic du roi David, les joyaux de Salomon, la porte d’Hérode, etc. Ces noms donnent aux lieux un aspect un peu mystique, exacerbé par le fait que nous étions quasiment seuls à marcher dans le parc.

 

Le bassin de Bethesda, un endroit magnifique où la montagne se reflétait dans l’eau !

 

  • Le réseau hydraulique : le parc est strié de canaux d’eau de source complètement cristalline et de lacs alpins plus ou moins grands. On la trouve en grande quantité dans le parc. Partout, on la voit jaillir directement du sous-sol et s’épanouir entre les massifs végétaux. Cette eau est tellement pure qu’on peut observer des vasques profondes immergées et recouvertes de mousses et de plantes aquatiques. Elle est apparemment potable et nous n’avons eu aucun problème à la consommer pendant deux jours. Les paysages du Walls of Jerusalem nous ont semblé vraiment singuliers et nous n’avons jamais rien vu de similaire ailleurs en Tasmanie.

    L’eau parfaitement transparente

 

Le réseau de canaux

 

  • Le peu d’infrastructures : le parc est quasiment resté sauvage, presque rien n’a été installé pour aider les randonneurs. Il n’y a qu’un seul camping aménagé situé à quelques kilomètres du parking d’accès au parc, constitué de plateformes en bois et de toilettes sèches. De ce camping, Wild Dog Creek, le chemin est formé de platelages en bois, jusqu’à une autre aire de camping nommée Dixon’s Hut, qui cette fois n’est pas aménagée. Si on veut continuer à marcher au-delà de ce camping, il faut trouver soi-même son chemin dans les marais et la végétation sur environ 2 kilomètres. Aucun sentier n’a été tracé pour préserver la flore, il faut donc avancer prudemment et bien s’orienter avec une carte pour ne pas se perdre. Dans ces cas-là, si on est en groupe, il est recommandé de ne pas marcher l’un derrière l’autre pour ne pas abîmer la végétation et créer un sentier visible qui pourra être de nouveau emprunté par d’autres personnes. Les groupes constitués de plus de 6 personnes ne sont par ailleurs pas encouragés à venir dans le parc parce que leur impact sur l’environnement sera forcément plus important. L’objectif est vraiment de maintenir le parc le plus sauvage possible et d’en préserver la nature.

 

Notre campement, sans plateforme en bois !

 

  • La faune : étant donné que le parc n’est pas très fréquenté, la faune y abonde. Il est possible de voir plusieurs espèces de marsupiaux tout au long de la randonnée, et surtout pendant la nuit. Kangourous, possums, wombats… ils sont nombreux à vivre dans la végétation basse et à laisser leurs excréments absolument partout ! Après notre nuit de camping, nous sommes partis dans les marécages seuls étant donné qu’il n’y avait plus de chemin et nous avons observé dans les flaques d’eau des petits os… En avançant encore et en suivant ces traces, nous avons eu la chance de tomber sur un terrier de diable ! Nous n’avons pas pu voir l’animal lui-même, étant nocturne il devait probablement dormir au chaud à l’intérieur, et c’est certainement mieux ainsi, étant donné qu’il s’agit d’un animal très agressif…

 

Le terrier de diable avec les os

 

  • Les anciennes maisons de trappeurs : le parc national des Walls of Jerusalem a été un lieu de chasse au XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est la découverte du cèdre de Tasmanie qui accélère le développement de la chasse à cette époque. Ce bois permet aux trappeurs de faire sécher les peaux des animaux directement sur place, dans les montagnes. Très vite, les chasseurs construisent des petites maisons en bois pour passer l’hiver à chasser, saison pendant laquelle les animaux portent une fourrure plus épaisse pour se protéger du froid.
    Pendant nos deux jours de randonnée, nous avons croisé deux anciennes huttes de trappeurs. La première, construite en 1946 par deux frères trappeurs et leur oncle, a la particularité d’être divisée en deux parties : la pièce à vivre et la pièce où étaient mises à sécher les peaux. En principe, les trappeurs construisaient plutôt deux huttes différentes, l’une pour vivre et l’autre pour mettre à part les peaux. Dans cette région, c’est la chasse au collet qui est pratiquée, c’est-à-dire qu’on place des pièges sur les sentes des animaux pour les attraper. Cette technique de chasse, qui a débuté au milieu du XIXe siècle, connaît son apogée dans les années 1930-1940. Au moment où les frères Dick et Ray « Boy » Miles, accompagnés de leur oncle Roy Walters, construisent leur hutte en 1946, cette tradition commence à décliner. Le métier de trappeur est difficile et requiert de vivre dans des conditions isolées et marquées par les intempéries. La fluctuation des prix des peaux rend le métier encore plus incertain. La pratique de la chasse au collet, considérée de plus en plus comme cruelle envers les animaux, est continuellement régulée jusqu’à être complètement interdite en Tasmanie. La hutte a été utilisée comme base par les trois hommes pendant huit ans, avant de n’être plus utilisée que de manière occasionnelle.
    La seconde hutte que nous avons vue a été construite également par Ray « Boy » Miles et quelques compagnons. C’est à l’âge de 5 ans que Boy se rend pour la première fois dans la région avec son père, un éleveur de bétail. Il y apprend à pêcher et chasser, et il surveille les animaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier de guerre et retenu dans un camp japonais. A la fin de la guerre, il décide de retourner dans le centre de la Tasmanie pour y chercher apaisement et réconfort. Il meurt en 1978 pendant la construction d’une nouvelle hutte. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des meilleurs trappeurs du XXe siècle.
    D’autres huttes sont dispersées dans le parc, en pleine nature. Il n’est pas possible de dormir à l’intérieur.

 

La hutte de trappeur des frères Miles

 

Le parc national des Walls of Jerusalem offre des paysages incomparables. Entre ses lacs et ses canaux d’eau cristalline, nous avons adoré chaque instant de ce trek.

 

 

Le lac Ball

 

La vue depuis le sommet du Trône de Salomon : on peut bien voir l’eau présente dans toute la vallée

 

 

Le parc national Southwest

Enfin, le parc national Southwest est le plus grand des parcs nationaux de Tasmanie, l’un des plus isolés et difficiles d’accès. Une route goudronnée mène au barrage Gordon et une piste de terre rejoint le barrage du pic Scott, c’est tout. Pour découvrir le parc, il faut marcher ! Là encore, la meilleure option pour découvrir sa nature sauvage est de partir plusieurs jours en trek. Etant donné notre équipement quasiment inexistant et la météo, nous avons décidé de faire plusieurs randonnées d’une journée. Ce sont ces journées de marche qui nous ont probablement offert les plus beaux panoramas de Tasmanie, voire d’Australie.

 

Les Monts Eliza et Anne

La première journée a été consacrée à l’ascension du Mont Eliza et du Mont Anne.

 

Le Mont Eliza

 

Le Mont Eliza culmine à 1272 mètres. La randonnée pour monter jusqu’au sommet est difficile. On commence par des volées de marches inégales sur plusieurs kilomètres. Le dénivelé est important et la pente est raide. Après les marches viennent les rochers, qu’il faut escalader. Certaines parties sont vraiment périlleuses, le chemin n’est plus vraiment indiqué et c’est à nous de trouver un passage parmi les roches en équilibre. Nous avons croisé plusieurs personnes qui avaient décidé de faire demi-tour tellement ils avaient peur. Passer de rocher en rocher au-dessus du vide est plus qu’incertain, surtout qu’ils ne sont pas tous stables. Il faut vraiment avancer prudemment.

 

Les énormes rochers sur lesquels il faut grimper et le lac Pedder en arrière-plan

 

Arrivés au sommet, on est largement récompensés par une vue magnifique sur le lac Pedder et ses îles, dont le Mont Solitaire et le pic Scotts. Ce point de vue incroyable ne marque toutefois pas la fin de la randonnée. Pour ceux qui ont soif de beaux paysages et veulent continuer à en prendre plein les yeux, il faut alors continuer vers le Mont Anne.

 

La vue depuis le mont Eliza

 

Les kilomètres suivants sont beaucoup plus reposants, ils permettent de traverser le Plateau d’Eliza et ses petits lacs d’altitude. En s’approchant du précipice, il est possible d’apercevoir le lac Judd dans la vallée en contrebas. A partir de ce moment, on a vraiment l’impression de s’immerger dans une nature complètement sauvage.

 

Un lac alpin sur le plateau d’Eliza

 

Le lac Judd

 

Après le plateau, un passage conduit jusqu’au pied du Mont Anne, le plus haut sommet du Southwest. Là encore, le chemin se transforme en un énorme amas de rochers qu’il faut descendre. Un autre passage difficile et dangereux. Pour notre part, c’est à la fin de cette partie que nous avons décidé de rebrousser chemin. Arrivés au pied du mont, nous nous sommes aperçus que l’ascension finale allait être vraiment ardue… Le sommet est très escarpé, et la fin de la randonnée consiste en de l’escalade pure de parois verticales, formées d’énormes colonnes de dolérite lisses. Nous n’avons pas osé grimper sans matériel, et nous avons vu les deux groupes qui nous précédaient et qui avaient entamé l’ascension faire demi-tour avant d’atteindre la moitié. Il est certainement possible d’atteindre le sommet sans matériel, mais ça paraît extrêmement risqué étant donné qu’il faut escalader sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur sans protection !

La randonnée qui mène au pied du Mont Anne ne manque toutefois pas de charme. On traverse des paysages à couper le souffle, avec des points de vue fabuleux sur le parc national. On est vraiment au cœur de la chaîne de montagnes, les pics disparaissant les uns derrière les autres dans une ligne qui semble presque infinie. Dans les vallées, il est possible d’apercevoir des lacs complètement inaccessibles, nichés en altitude entre les monts. Ces paysages majestueux sont dominés par le Mont Anne et ses pics de dolérite.

 

La vue sur les montagnes du Southwest depuis le pied du mont Anne

 

Le Mont Wedge

Après cette première journée de marche, nous étions enchantés. Pour découvrir encore un peu plus le parc, nous sommes partis à la découverte du Mont Wedge. Cette randonnée est beaucoup plus courte et plus facile que celle qui monte jusqu’au mont Eliza. La pente est raide là encore, mais le chemin est vraiment bien indiqué et il y a des repères partout sur les arbres. Il n’y a pas d’obstacles majeurs sur la route, quelques rochers ici et là mais dans l’ensemble c’est un chemin de terre tamisée.

La majeure partie de la randonnée se fait dans la forêt, ce qui fait qu’on ne voit ni le sommet ni la vue sur la vallée. Au fur et à mesure que l’on gagne en altitude, la végétation change. Ce n’est qu’en arrivant à la fin, alors qu’il reste quelques centaines de mètres avant le sommet, qu’on émerge enfin des arbres et que la vue sur le lac Gordon et les montagnes s’offre à nous. Cette fois, nous avons vu sur le lac Pedder d’un côté, et sur le lac Gordon de l’autre, séparés par des chaînes montagneuses incroyables. La vue au sommet est sensationnelle, un 360 degré parfait sans aucun obstacle.

 

Le lac Gordon depuis le mont Wedge

 

La chaîne de montagnes Sentinel vue depuis le mont Wedge

 

Les barrages et les lacs

Les lacs Pedder et Gordon que l’on voit si bien depuis le sommet du Mont Wedge sont en réalité des lacs artificiels, créés par plusieurs barrages construits dans les années 1970. Les barrages Serpentine, du pic Scott, Edgar et Gordon ont été mis en service par la Hydro-Electric Commission afin de fournir la Tasmanie en énergie hydro-électrique. Les deux lacs, reliés par un canal, forment la plus grande réserve d’eau en Australie mais ont été l’objet de controverses importantes.

Le lac Pedder était à l’origine un lac glaciaire, constitué de caractéristiques géologiques uniques au monde. En plein cœur de la zone de nature sauvage de Tasmanie, le lac était un lieu de randonnée important. Les barrages ont eu pour effet de créer un réservoir de plus grande taille, qui a englouti le lac naturel et transformé son paysage, sa taille et son écosystème. Ces barrages ont donc été grandement contestés, leurs détracteurs souhaitant préserver la nature tasmanienne, sans succès. Les groupes sont toujours actifs aujourd’hui et prônent la restauration de l’ancien lac.

 

Le mont Solitaire au milieu du lac Pedder

 

Quant au lac Gordon, ce projet a été le plus controversé mais il a tout de même vu le jour. Les barrages ont des conséquences à la fois sociales et environnementales : ils impliquent parfois le déplacement de populations, l’inondation de sites culturels aborigènes, la modification d’habitats naturels, la destruction d’écosystèmes, etc.

 

Le barrage Gordon

 

Malgré tout, le barrage du lac Gordon est un impressionnant ouvrage de génie civil, coincé entre deux pans de montagnes escarpées. Nous avons pu marcher au centre de l’arche d’où la vue plongeante donne des frissons. Du haut de ses 140 mètres, c’est le plus haut barrage d’Australie.

 

Depuis le haut du barrage, 140 mètres au-dessus du vide !

 

Un autre projet de barrage sur les rivières Gordon et Franklin, appelé Gordon-below-Franklin, devait voir le jour dans les années 1970 mais a été abandonné dans les 1980 après le classement UNESCO de la zone de nature sauvage de Tasmanie en 1982.

L’eau reste une ressource dont la gestion est difficile en Australie, réputée être le continent le plus sec du monde. Cependant la controverse liée au barrage Gordon-below-Franklin montre que le gouvernement a souhaité donner raison à la protection de la nature plutôt qu’au développement économique.

 

Protection des parcs nationaux

Au final, Cradle Mountain est le parc le plus réputé de Tasmanie, celui qu’il faut absolument visiter d’après tous les guides. Ce n’est pas celui que nous avons préféré. Rendu accessible pour les touristes, il est du coup très fréquenté. Les autres parcs du Wilderness, moins connus mais d’autant plus beaux, offrent une nature mieux préservée, presque immaculée, parce qu’ils sont plus difficiles d’accès et que moins d’infrastructures ont été conçues pour le confort des visiteurs. Pour visiter le Southwest ou les Walls of Jerusalem, il faut être prêt à laisser son confort derrière soi pour s’immerger dans une nature brute.

C’est probablement le meilleur moyen de protéger : en laissant la nature à l’état pur. Nous l’avons vu, l’impact humain dans le Southwest et les Walls of Jerusalem est minime. Pour continuer sur cette voie, il est interdit de faire du feu dans ces parcs, et la pêche a également été interdite dans le Southwest. Bien sûr, il est aussi interdit de nourrir les animaux sauvages et il faut garder ses déchets sur soi. Un minimum d’infrastructures ont été installées, destinées surtout à la protection de la flore et non à faciliter la marche pour les visiteurs. Ces derniers ne sont pas autorisés à sortir des sentiers balisés pour ne pas abîmer la végétation fragile, sauf dans les cas où il n’y a plus de chemin.

L’offre touristique au sein de la Zone de nature sauvage de Tasmanie est concentrée sur Cradle Mountain. Les autres parcs en sont d’autant plus protégés. Nous étions venus chercher une nature intacte, c’est ce que nous avons trouvé.

Une conscience écologique en Australie ?

Une conscience écologique en Australie ?

L’Australie est un pays quatorze fois plus grand que la France, avec trois fois moins d’habitants. Pourtant, le pays est l’un des dix plus gros pollueurs du monde. L’économie du pays s’est développée autour du secteur minier et des énergies fossiles telles que le charbon. Tony Abbott, Premier ministre de 2013 à 2015, n’a pas souhaité réduire l’émission de gaz à effet de serre, étant lui-même climatosceptique ! Pour lui, l’Homme n’est pas responsable du réchauffement climatique.

Et effectivement, en un an de voyage tout autour de cette île gigantesque, nous avons fait parfois face à des situations qui nous ont surprises en matière de préservation de l’environnement. En voici quelques-unes.

 

L’utilisation à outrance des sacs plastiques

En arrivant à Sydney en avril l’année dernière, nous avons été surpris de constater que tous les magasins distribuaient gratuitement des sacs plastiques. En France, la distribution des sacs plastiques a drastiquement diminué depuis des années, il est devenu rare d’en trouver dans les supermarchés, d’où notre étonnement.

Certains Etats d’Australie ont commencé à interdire les sacs de ce type. Nous n’en avons pas vu ni en Tasmanie, ni en Australie-Méridionale ni dans le Territoire du Nord. En revanche, les Etats les plus peuplés, la Nouvelle-Galles du Sud, le Queensland, le Victoria et l’Australie-Occidentale en distribuaient.

Ce qui est fou c’est qu’en faisant nos courses, nous nous retrouvions parfois avec une bonne dizaine de sacs dont nous ne savions plus que faire. Chaque caissière a encore pour tâche de mettre les produits dans les sacs. Un unique paquet de rouleaux de papier toilette va par exemple être mis dans un sac. Une bouteille d’eau, parce qu’elle est lourde, va être mise dans deux sacs l’un dans l’autre. Si l’on achète un seul article, la question ne se pose pas, il est mis instinctivement dans un sac plastique par l’employé de caisse. En Australie, c’est un excès irréfléchi !

Les sacs plastiques ont une longue durée de vie, ils ne se décomposent pas. De ce fait, le nombre de ceux que l’on retrouve dans la nature augmente chaque année un peu plus. Etant étanches et légers, ils peuvent flotter ou être emportés par le vent sur de longues distances. Les dégâts qu’ils peuvent faire sont considérables : les tortues marines, les dauphins ou encore les baleines peuvent les confondre avec de la nourriture – notamment des méduses – et les ingérer, ce qui va entraîner une lente agonie étant donné qu’ils sont incapables de les digérer.

Il est important de recycler, mais en une année nous avons constaté que l’Australie est aussi en retard sur ce point. Le verre, le carton et le papier ne sont jamais triés ! Dans les quelques maisons où nous avons été accueillis, nous n’avions qu’une poubelle unique où tous les déchets étaient stockés. Nous avons travaillé dans un restaurant où, chaque soir, nous mettions dans de grandes bennes plusieurs sacs poubelles remplis de tous les déchets du restaurants, sans aucun tri préalable.

 

Des décharges à ciel ouvert

Pire encore, nous avons à plusieurs reprises trouvé des décharges au milieu de nulle part.

Pendant notre volontariat dans la ferme de l’Outback, nous avons vite réalisé qu’il n’existait pas d’entreprise de traitement des déchets. Nelia étant un village quasi fantôme situé au milieu de nulle part, il était plus simple pour les fermiers de jeter directement leurs poubelles dans un énorme trou creusé au milieu du désert.

 

La décharge de Nélia

 

Pendant notre traversée du Nullarbor, nous nous sommes arrêtés un soir sur une aire de camping gratuite, et avons eu la joie de découvrir une autre de ces décharges. Cette fois, nous n’avons pas vraiment compris d’où pouvaient venir tous ces détritus, étant donné qu’il n’y avait aucun village ni aucune ferme aux alentours…

 

La décharge du Nullarbor

 

Enfin, notre dernier volontariat effectué dans la campagne de la Nouvelle-Galles du Sud nous a apporté son lot de surprises également. Alors que cette fois la propriété où nous vivions était située à seulement 3 km de la première ville, notre hôte préférait jeter toutes ses ordures dans un trou creusé à proximité de sa maison… Plus pratique pour lui. Et dans ce trou, nous trouvions des déchets hautement toxique pour l’environnement : fer, béton, câbles électrique. A noter aussi que des vaches viennent paître au bord de ce trou…

Et si ce ne sont pas à proprement parler des décharges sauvages, nous ne pouvons compter le nombre de carcasses de voitures, de vieux bidons, de pneus, de sommiers rouillés et d’objets ménagers abandonnés que nous avons vus au bord des routes et dans le bush tant il y en a.

 

Des voitures abandonnées dans l’Outback

 

Le gaspillage de l’eau

En plein Outback, il y a des kangourous, du sable rouge et quelques arbustes rabougris… Pourtant, les gens qui vivent là veulent à tout prix faire pousser du gazon. C’est ainsi qu’à Alice Springs, nous avons constaté que l’arrosage automatique tournait toute la journée pour ne pas que l’herbe des jardins ne finisse brûlée par le soleil. Le lit de la rivière est à sec quasiment toute l’année, pourtant les habitants trouvent le moyen d’utiliser l’eau courante pour arroser un gazon qui ne pourra jamais pousser de façon naturelle et dont on se demande bien comment ils comptent en profiter.

Dans notre ferme de l’Outback, on a fait plus ou moins face à la même situation. Les propriétaires, pour se débarrasser de mauvaises herbes vraiment tenaces, ont décidé de faire brûler un parterre de buissons. Le feu a aussi abîmé un conduit d’eau. La fuite était énorme, c’étaient des dizaines de litres d’eau qui s’écoulaient de tous les côtés à la minute. Mais le fermier a décidé de ne s’en occuper que deux jours plus tard. A ce moment-là, c’était quasiment un lac qui s’était formé. Située sur une immense nappe phréatique appelée Bassin artésien, la ferme jouit d’une eau courante presque illimitée toute l’année, c’est pourquoi notre hôte n’avait pas jugé utile de couper l’eau immédiatement.

Nous qui voyagions en campervan, nous avons fait très attention à nos réserves d’eau. Nous avions quatre bidons de 10 litres d’eau chacun et qui pouvaient nous servir jusqu’à 10 jours. Nous remplissions nos bidons avec de l’eau potable lorsque nous pouvions avoir accès à un robinet gratuit dans les villes. Cette mission s’est parfois avérée délicate tant l’eau manque dans certaines parties de l’Australie. Nombre de fois, nous avons pourtant vu les villes arroser au petit matin le carré de gazon du parc ou le stade qui allait brûler sous le soleil quelques heures plus tard. Ces mêmes villes qui refusaient de laisser un accès à l’eau potable pour les voyageurs pour cause de « manque d’eau ». Dans l’excès encore une fois.

 

Le parc national de Nambourg et ses pinacles

Ce paysage est connu juste au nord de Perth. Ces formations rocheuses dispersées sur un désert de sable jaune intriguent tant les scientifiques qui cherchent à découvrir leurs origines que les visiteurs qui viennent les photographier.

Des chemins de randonnées jalonnent ce petit désert : on peut se promener tranquillement et s’imprégner de l’atmosphère donnée par les milliers de pinacles dressés sur le sable. Ces véritables sculptures de pierre sont de tailles et de formes différentes. Les plus hauts atteignent les 3,5 mètres. Sous la lumière déclinante de la fin du jour, les ombres de ces aiguilles rocheuses s’allongent et le désert s’embrase. Caché au milieu des piliers de pierre, un kangourou sort timidement la tête pour nous regarder. C’est le moment idéal pour prendre une photo et capter cette ambiance si particulière, comme hors du temps.

C’est aussi le moment choisi par deux jeunes australiens pour démarrer une course de voitures au milieu du désert. Les moteurs vrombissent, le kangourou s’enfuit, paniqué.

 

Une voiture qui circule au milieu des pinacles

 

Difficile à concevoir, mais une route permet aux véhicules tous terrains de circuler, au détriment des piétons mais aussi des animaux qui vivent là. Les chemins de randonnée, qui nous semblaient pourtant suffisants pour voir le parc, sont coupés ça et là par une route qui traverse le désert des pinacles. Il faut faire attention en se baladant, certains conducteurs n’étant pas attentifs voire irresponsables comme ces deux jeunes qui ont pris le désert pour un terrain de jeu.

 

La route des pinacles

 

Les plages et les 4×4

L’Australie est un pays réputé pour ses plages de sable blanc, son eau turquoise, ses coraux et ses surfers… Et c’est certainement dans l’Etat d’Australie-Occidentale que nous avons vu les plages les plus paradisiaques. Seulement certaines de ces plages étaient accessibles aux 4×4.

Cable Beach, la plage principale de Broome, est réputée pour ses fabuleux couchers de soleil avec les caravanes de dromadaires. Nous avons eu la surprise de voir qu’une partie de la plage pouvait être empruntée par les véhicules, la même partie où se déroule le tour en dromadaire. Les caravanes slaloment entre les 4×4 arrêtés face à la mer. On est loin de l’image de rêve qu’on nous avait vendue. Cette plage est aussi un lieu de ponte des tortues de mer, et nous avons vu des nids entourés de plastique rouge pour montrer qu’il faut les éviter et ne pas écraser les œufs…

 

Le tour en dromadaire au milieu des 4×4, le rêve !

 

Dans le parc national de Cap Legrand, Lucky Bay est certainement pire. Nous en avions beaucoup entendu parler, et pour cause ! une plage de sable blanc idyllique sur laquelle viennent jouer des kangourous. Ça semble trop beau pour être vrai. Effectivement, on ne parle pas des centaines de 4×4 qui prennent la plage pour une autoroute. En plein après-midi, on vient s’allonger pour bronzer et respirer les pots d’échappement, dans le hurlement des moteurs. Des enfants jouent littéralement au milieu des voitures. Quant aux kangourous, nous en avons bien aperçu deux, apeurés, qui ont sauté le long de l’eau en évitant les véhicules. Tout ce chaos est encadré par un ranger qui tente de réguler la vitesse des voitures. « C’est un vrai cauchemar » nous confie-t-il, accablé. « Des accidents se sont déjà produits ces dernières années » ajoute-il. D’après lui, ce sont les habitants de la région qui se battent contre l’administration du parc national pour maintenir l’accès aux véhicules sur cette plage. Un véritable désastre.

 

Lucky Bay, entre 4×4, piétons et kangourous !

 

L’autre plage célèbre du parc, Cape Legrand Beach, est également accessible aux véhicules et après notre expérience à Lucky Bay, nous avons préféré faire l’impasse dessus.

La déception a fait rapidement place à l’incompréhension. Pourquoi autoriser l’accès aux 4×4 sur ces plages ? Les gens qui y viennent ne semblent pas dérangés par la circulation des voitures et laissent leurs enfants jouer au milieu du trafic, malgré la dangerosité évidente de la situation. Pourtant, il y a bien des parkings juste à côté de Cable Beach et de Lucky Bay. N’importe qui pourrait y laisser son véhicule et simplement marcher quelques dizaines de mètres pour se retrouver sur la plage. Mais les Australiens et les touristes préfèrent visiblement ne pas se fatiguer et conduire pour se garer directement sur la plage, à notre grand désarroi.

 

Les dizaines de voitures garées le long de Lucky Bay

 

En plus d’être dangereux, les véhicules polluent également ces plages : on a pu voir les sillons creusés dans le sable par les pneus des véhicules, de l’huile de moteur sur le sable immaculé… Un beau gâchis.

 

L’exploitation du métal et du gaz

L’Australie est un pays qui regorge de matières premières minérales. Elle détient d’ailleurs les plus grosses réserves d’uranium, de zinc, de plomb et de nickel du monde. C’est l’un des premiers pays exportateurs de minerais, et une partie de son économie repose donc sur le secteur minier. Environ 400 mines sont exploitées en Australie.

En roulant dans l’Outback, nous avons souvent aperçu d’énormes chantiers miniers ainsi que des trains immenses remplis de minerais. La mine que nous avons pu voir d’un peu plus près est celle de Marandoo, située dans l’Etat d’Australie-Occidentale. Entourée du parc national de Karijini, on peut la voir depuis le sommet du Mont Bruce. Il s’agit d’une mine de minerai de fer qui appartient au groupe Rio Tinto.

 

La mine de Mandaroo vue du sommet du Mont Bruce

 

Ce groupe industriel vient d’annoncer, en mars dernier, la vente de sa dernière mine de charbon. Plus soucieux de l’environnement et du réchauffement climatique, Rio Tinto souhaite se désengager de l’extraction de cette énergie fossile. Il a été prouvé qu’à la fois l’extraction et l’exploitation du charbon émettent de grandes quantités de CO2 et peuvent entraîner la pollution de nappes phréatiques. L’Australie était le troisième producteur mondial de charbon en 2016.

Si le géant minier fait un pas en avant avec cette décision, il en fait aussi un en arrière avec le projet Amrun. Situé sur la péninsule du Cap York, ce projet est dénoncé par les associations écologiques et destiné à étendre les activités d’une mine déjà existante – South of Embley. Il inclut la construction d’énormes infrastructures telles qu’un port, une centrale électrique, des ateliers et hangars ainsi qu’une usine de transformation entre Weipa et Aurukun et verra la destruction de 30 000 hectares de forêts et jungles intouchées. Le gouvernement australien a approuvé le projet en 2013, en l’assortissant de 76 conditions visant à limiter son impact écologique, notamment sur la Grande Barrière de corail.

Le gouvernement australien soutient également un autre projet d’envergure : la mine Carmichael du groupe Adani, projet également dénoncé par les associations écologiques et dont nous parlions déjà ici.

Les mines perturbent le relief par la construction de routes, d’infrastructures destinées à l’exploitation des ressources et l’excavation même du terrain. L’utilisation de produits chimiques ou encore les déchets et les émissions de CO2 qu’elles émettent peuvent aussi affecter la faune et la flore et les ressources hydrauliques. Sans parler des milliers de camions à cinq remorques remplies de minerai qui sillonnent l’Outback. Ces projets gigantesques auront forcément des impacts sur le long terme.

 

Un train de minerais, composé de centaines de wagons

 

Enfin, lors de notre passage à Darwin, nous avons eu l’opportunité d’accompagner l’une de nos hôtes à une manifestation contre le fracking ou fracturation hydraulique. Il s’agit d’une technique qui consiste à injecter des produits chimiques pour fracturer des roches et permettre l’extraction notamment du gaz de schiste. Le Territoire du Nord, qui interdisait cette pratique depuis plusieurs années, a finalement levé cette interdiction en avril dernier. Pourtant, l’impact du fracking sur l’environnement peut être très néfaste, les liquides d’injection pouvant contaminer les nappes phréatiques. Le territoire pense avant tout au développement économique engendré par cette mesure : création d’emplois, investissements, exploitation du gaz de schiste… Nos hôtes à Darwin étaient bien conscients des risques et avaient fabriqués des t-shirts « No Fracking » que nous avions aidé à vendre durant la manifestation.

 

L’utilisation des animaux

En Australie nous avons été choqués par l’utilisation touristique qui est faite des animaux.

Dans tous les territoires que nous avons traversés, nous avons vu comme offre touristique la possibilité de visiter des zoos – souvent appelés « refuges », « orphelinats » ou « sanctuaires » – et de caresser et nourrir des animaux, voire même se prendre en photo avec eux dans les bras.

Si l’exploitation des tigres et des éléphants à des fins touristiques en Asie fait polémique, on oublie que les pratiques australiennes ne sont pas plus respectables. Prendre un kangourou, un koala ou un bébé alligator dans ses bras, les nourrir, faire une balade à dos de dromadaire, appâter un crocodile ou un requin blanc, nourrir des dauphins, observer des diables de Tasmanie maintenus en cage… voici quelques-unes des activités proposées qui font passer le plaisir de l’homme avant celui de l’animal.

Beaucoup d’espèces sont endémiques en Australie et la plupart d’entre elles sont menacées. Voir ces animaux rares fait donc en quelque sorte partie du voyage. Nous-mêmes avons pu observer des koalas, des casoars ou des ornithorynques. Jamais pourtant nous n’avons payé pour les voir, encore moins pour les approcher de près, et surtout pas pour les toucher et les nourrir.

Le sujet emblématique est celui des koalas. L’une des photos souvenirs la plus facile à se procurer est celle d’un koala tenu dans ses bras. Il suffit pour cela d’aller dans n’importe quel refuge vendant l’attraction, de payer gracieusement ses deux minutes de bonheur et de repartir gaiement la photo dans la poche. Un koala n’est pas une peluche ! Certains Etats australiens l’ont bien compris et ont déjà interdit cette pratique, comme le Victoria ou la Nouvelle-Galles du Sud. Le Queensland et l’Australie-Méridionale sont les deux seuls Etats à poursuivre cette pratique.

 

Venez prendre un koala dans vos bras pour faire une photo !

 

À l’hôpital des koalas de Port Macquarie – structure associative qui vient en aide aux koalas blessés – on nous l’a dit : le koala n’aime pas l’homme, le porter ou le nourrir nuit à sa santé. Dans ces zoos qui vendent une photo, on tient pourtant un koala éveillé, apathique, et on le passe de bras en bras pour le plaisir des touristes. Et on ose en plus nous parler de protection de l’espèce.

Dans tous ces pseudos « orphelinats », les animaux sont très bien traités et soignés, or les structures ont besoin de l’argent des touristes pour vivre et continuer à soigner les animaux. Le problème est que les touristes ne veulent pas donner leur argent s’ils n’ont pas une forme de compensation derrière, autre que simplement voir l’animal au loin. Alors, il faut toucher, il faut nourrir. Le mensonge de ces zoos est de nous faire croire que l’on fait une bonne action en les aidant alors qu’on ne fait que nuire aux animaux en leur provoquant énormément de stress.

En Tasmanie, l’animal emblématique est bien sûr le diable. Nous avons été vraiment déçus de ne pas y trouver de refuge ou d’hôpital comme celui des koalas à Port Macquarie. Pour voir ces animaux – de plus en plus rares car décimés par une tumeur faciale – il faut payer l’entrée de zoos. Les touristes adorent venir les voir pendant l’heure des repas : les diables sont très agressifs et en viennent à se battre pour la nourriture, qui constitue l’attraction principale vendue par tous les zoos. Nous n’avons pas trouvé de structures qui s’occupent d’eux de manière bénévole comme le fait l’hôpital des koalas de Port-Macquarie, ou qui recueillent des diables blessés. Ne voulant pas payer une entrée à 30$ comprenant des sacs de graines à donner aux kangourous et pademelons du zoo, nous avons préféré ne pas aller voir de diables enfermés dans des cages. Nous aurons tout de même vu un terrier de diable pendant notre trek dans le Walls of Jerusalem National Park !

Dernière attraction honteuse : la cage aux requins ! Il s’agit d’aller en mer et de plonger quelques minutes (moyennant plusieurs centaines de dollars) dans une cage immergée. Ensuite, il faut attendre la venue des requins blancs. Evidemment, il est rare que les requins viennent par eux-mêmes, il faut donc les appâter en utilisant du sang frais et des morceaux de viande. Pour effrayer les plongeurs, les appâts sont tendus tout près de la cage pour exciter les requins et les faire attaquer. Naturellement, le requin blanc n’attaque pas l’homme mais cette pratique tend à modifier le comportement des squales, qui vont associer homme avec nourriture. On dénature leur comportement naturel en les excitant. Certains peuvent aussi se blesser en nageant trop près de la cage, qui bouge à cause du mouvement de l’eau.

A quel moment va-t-on cesser d’être aussi égoïste et d’utiliser les animaux pour notre petit plaisir ?

Nous ne comprenons pas cette utilisation massive et excessive des animaux comme de simples jouets et peluches à touristes. Nous nous opposons strictement à dépenser une quelconque somme pour voir, toucher ou nourrir des animaux. Et nous dénonçons ces pratiques, d’autant qu’il est très facile d’observer des animaux dans leur milieu naturel en Australie ; la faune abonde dans les parcs nationaux et le désert.

 

La préservation de l’environnement ne nous a pas semblé être une priorité en Australie. A nous, touristes, de voyager de manière plus éclairée et responsable.

 

MONA : « a monument to reaction »

MONA : « a monument to reaction »

Les lignes qui vont suivre ne reflètent qu’une opinion.

Le MONA, le Museum of Old and New Art, est le musée le plus intéressant que nous ayons visité en Australie.

Nous avons parcouru une vingtaine de musées, dans chacune des grandes villes que nous avons traversées. Nous avons eu notre compte de galeries d’art toutes similaires, d’expositions géologiques et d’animaux empaillés dans les « National Museums », et des vitrines toutes très anciennes.

Le constat est dur et amer mais les musées d’Australie ne nous ont pas charmés, s’ils ne nous ont pas laissés parfois totalement de marbre. Nous avons trouvé qu’il y a un réel manque d’inventivité et de diversité dans les musées de ce grand pays. Toujours ce même académisme vieillissant dans la présentation des œuvres.

Mais heureusement en Tasmanie, à Hobart, nous avons visité le MONA. Enfin – moi – je – j’ai visité le MONA. Oui, c’est une affaire personnelle. Vous allez comprendre.

 

L’ORIGINE

 

Le MONA, au départ, c’est un homme. David Walsh. Originaire de la région d’Hobart, il a fait fortune dans les jeux et paris, principalement en mettant en place un concept de pari pour les courses de chevaux.

Philanthrope et grand collectionneur d’art, David Walsh est propriétaire de quelques hectares de terres en bordure d’eau, dans la banlieue d’Hobart, sur lesquels sont plantées des vignes et où existait jusqu’en 2001, le Moorilla Estate, musée d’Antiquité.

Un projet est lancé cette même année pour une refonte totale du lieu et la création, pour la somme de 75 millions de dollars, d’un nouveau musée.

Créé par le cabinet d’architectes Fender Katsalidis de Melbourne, le MONA a ouvert ses portes en janvier 2011.

 

Le MONA inscrit dans le paysage

 

UN IPHONE POUR AMI

 

Le musée et la visite ont été pensés technologiques. Chaque visiteur reçoit un iPhone dernier cri et un casque audio qui seront ses meilleurs amis dans le musée.

 

En effet, rien n’est écrit dans les salles. Aucune explication sur les murs. Aucun cartel autour des œuvres. Tout est indiqué dans l’iPhone. Les salles sont munies de capteurs qui permettent de géolocaliser le visiteur. Via le bouton central « O », chaque visiteur peut actualiser l’endroit où il se trouve pour ne voir apparaître sur l’écran que les œuvres proches de lui.

En cliquant sur une photo d’œuvre, il obtient les informations de base (auteur, dimensions, matériaux…). Pour certaines œuvres, un contenu explicatif plus fourni est accessible ainsi que du contenu audio.

Une interaction avec le musée est possible puisque pour chaque œuvre, les visiteurs peuvent dire s’ils ont aimé « + » ou s’ils ont détesté « x » ( « +x » est par ailleurs le logo du MONA). Il est également possible d’écrire un argumentaire : pourquoi j’ai aimé ou détesté.

 

Love +x Hate

 

Enfin certaines œuvres ne peuvent recevoir qu’un nombre restreint de visiteurs. Une icône « queue » sur l’iPhone permet de s’inscrire à des files d’attentes virtuelles. L’iPhone prévient quand c’est son tour d’accéder à l’œuvre. Il prévient également si du contenu à caractère violent, sexuel ou pornographique se trouve à proximité.

 

 

 

Le O, qui permet d’accéder au contenu, est aussi accessible via téléchargement sur n’importe quel appareil Apple. Mais il faut être au MONA pour avoir accès à l’information. C’est la règle.

 

UNE VISITE DANS LES REGLES

 

Affublé de mon iPhone, je plonge donc dans ce MONA, prêt à le visiter dans les règles logiques édictées par la technologie.

 

Le MONA se compose d’une exposition temporaire et d’une permanente. Je commence par celle temporaire intitulée « Museum of Everything » qui est un accrochage d’une centaine d’œuvres inclassables que David Walsh a réunies dans un grand musée de « tout ».

 

Entrée du musée de « tout »

 

Dès la première salle, quelque chose me chagrine. Je me revois encore à discuter avec un ami, pendant des heures devant des toiles d’expositions parisiennes, à tenter d’analyser, à chercher à comprendre, à faire parler ce que je vois. J’ai toujours aimé mettre mon grain de sel dans les œuvres que j’ai devant moi, comme le jumeau maléfique ou bienveillant de l’artiste. Je me suis aussi souvent plu à tendre l’oreille pour écouter d’autres visiteurs – esthètes, professionnels ou simples badauds – exprimer leur sentiment.

Au MONA, cette forme de partage disparaît. Chacun a le nez rivé sur son appareil. A se demander si l’on regarde plus son écran ou les œuvres. Une scène de métro ordinaire… mais dans un musée. C’est immédiatement perturbant. L’envie de me décoller de mon iPhone me prend, mais c’est en même temps mon meilleur ami, celui qui m’apporte tout ce que je veux savoir.

 

Casques audio sur les oreilles, captivés par nos appareils

 

Lorsqu’on s’arrête sur le contenu, on se rend compte que la quantité d’informations délivrée est tout bonnement astronomique. Je ne sais combien de jours il faudrait pour tout lire et tout écouter ; sans doute plusieurs dizaines.

Le minuscule iPhone permet de stocker sans compter ; plus besoin donc de restreindre les textes et de compter les caractères pour qu’ils rentrent sur les panneaux d’exposition. Tout est permis, en tout petit.

 

Au bout de deux salles, de textes beaucoup trop longs et de discussions sans fin entre artistes et conservateurs, je n’en peux déjà plus. C’est long ! C’est lourd ! Le « Museum of Everything » ne me conquiert pas et je m’enfuis à toute allure sans prendre la peine d’admirer celles qui ne resteront pour moi que des œuvres incomprises.

La lassitude pointant le bout de son nez, je commence néanmoins à arpenter les salles de l’exposition permanente intitulée « Monanisme ». N’ayant plus envie de lire, je retire mon casque, laisse tomber mon iPhone et me laisse porter. Une autre visite commence.

 

UNE EXPERIENCE

 

David Walsh a écrit un livre : A bone of fact. Il s’y reconnaît lui-même comme un collectionneur, mégalomaniaque de son état, absolument non intéressé par les artistes et œuvres célèbres ou à la mode, mais uniquement par ce qui le fait rire et le surprend.

 

Le livre de David Walsh, tel une relique, en tête de gondole dans la librairie

 

Alors que j’attends dans la file d’attente virtuelle pour voir une œuvre, je me fais la réflexion suivante : « c’est marrant, c’est comme à Disneyland ».

Je ne m’étais pas trompé. Pour David Walsh lui-même, le MONA est un « subversive adult Disneyland »1.

En s’intéressant au personnage qu’est David Walsh, j’ai le sentiment qu’il a voulu faire du MONA une grande aire de jeu, et des visiteurs les joueurs.

 

Sur l’iPhone, le contenu informatif sur chaque œuvre est accessible via le sigle « Art Wank » représenté par un sexe masculin. Comprenons tout simplement que tout le charabia sur une œuvre c’est de la « branlette intellectuelle ». Ou encore plus loin, cette œuvre phare « cloaca professional » qui est une machine qui produit des déjections, des petites œuvres d’art, ou comment montrer que « l’art moderne, c’est de la merde »2.

 

« Art Wank » et son petit logo en forme de pénis

 

David Walsh ne semble pas vouloir choquer. J’ai le sentiment qu’il cherche justement à ce qu’on ne respecte pas les règles et qu’on vive le MONA autrement, en lâchant son gadget, et en se forgeant sa propre expérience de visite.

 

Le cloaca professional. Chaque bonbonne représente un stade de conception des excréments. La machinerie correspond à l’appareil digestif humain. La machine est nourrie deux fois par jour à un bout de la chaîne, et défèque deux fois par jour à l’autre bout. L’odeur dans cette pièce, à l’écart du reste des œuvres, était assez insupportable.

 

Et le musée en lui-même est là pour aider.

 

DES OEUVRES DANS UNE OEUVRE

 

David Walsh s’est amusé et m’a fait perdre mes repères.

 

Fini les galeries de tableaux présentées dans des monuments historiques d’un autre siècle. Au MONA, le bâtiment est essentiel et forme sans doute l’œuvre d’art suprême à côté de laquelle j’aurais pu aisément passer si je n’avais pas décollé mon nez de l’écran.

Construit sur une petite colline de vignoble au bord de la baie d’Hobart, le MONA épouse le paysage. D’extérieur, rien de grandiloquent. Du fer d’aspect terre rouillée épouse la montagne et le béton est recouvert d’herbe et de végétation.

 

Vue extérieur du MONA

 

Le MONA se trouve en fait plus de 30 mètres sous nos pieds

 

Deux maisons historiques de l’architecte Roy Grounds, chantre de l’architecture moderne australienne, ont été conservées et transformées en accueil, boutique et restaurant. L’ensemble paraît modeste. Au cœur de l’ancien séjour, un escalier en colimaçon s’enfonce dans les profondeurs. L’impression est véritablement une plongée dans les abysses.

 

D’extérieur rien de grandiloquent, une simple maison historique

 

L’accès au MONA

 

La descente aux enfers ?

 

Le MONA est souterrain. Quatre étages creusés dans la roche laissée apparente. Certaines passerelles enjambent 20 mètres de vide. Dans ce musée, aucune fenêtre. Les lumières, toutes artificielles, sont régulées pour créer des atmosphères parfois apaisantes, intimidantes, parfois suffocantes et malaisantes, toujours surprenantes.

 

Couloir principal du musée

 

Nous traversons tantôt des tunnels de béton éclairés de simples lanternes industrielles, tantôt des galeries de verre aux néons colorés. Parfois, un escalier de métal partant dans tous les sens mène au travers des niveaux. Un tombeau labyrinthique sumérien a été reproduit, sombre mais baigné d’un halo blanc au sol et cerné de sons métalliques, graves et étranges. Dans le MONA, c’est la perte des repères qui prime. Et la scénographie sensorielle permet d’en créer d’autres.

 

 

Au gré de la déambulation, on se perd dans les salles, sur les passerelles et dans les tunnels. Il m’aura d’ailleurs fallu y retourner une seconde fois pour découvrir les moindres recoins du lieu.

Et c’est au hasard de cette déambulation sans but que l’on découvre au mieux les œuvres d’art.

Au final, David Walsh ne souhaite pas que l’on voit tout, que l’on comprenne la signification de chaque objet présenté. Chacun vit en fait sa visite via sa propre expérience.

Le but ultime de la visite est de réussir à lâcher prise, s’abandonner à l’art dans une visite conceptuelle unique. L’abandon pour capter l’essence de ce qui nous entoure. Comme si, en nous mettant cet iPhone dernier cri entre les mains, tout avait été prévu dans le cerveau mégalo du créateur, dès le départ. Du génie !

 

A L’INTERIEUR

 

Un vrai labyrinthe

 

Ayant donc suivi cet instinct d’abandon, certaines œuvres m’ont sautées aux yeux et ce sont celles-ci que je ne pourrai oublier.

 

PETIT PANEL

 

Y’a comme un blanc !

 

Au détour d’un couloir, voici une bibliothèque. Au cœur de la pièce, deux tables et des chaises, des livres ouverts sur les tables comme lors d’une séance de travail. Tout autour de la pièce, des étagères remplies de livres. Rien d’anormal excepté le fait que tous les livres sont blancs. Juste des pages et des couvertures immaculées.

L’œuvre s’intitule Unreadable et Wilfredo Prieto en est l’auteur. Il précise que les livres, en tant qu’objet, sont une unité du développement social et une qualité culturelle, même s’ils demeurent non ouverts ou non lus. Cette bibliothèque remplit donc tout ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien.

Il rajoute que si le savoir suprême reste non découvert, alors le livre parfait reste illisible…

 

Unreadable de Wilfredo Prieto

 

Like a virgin

 

L’artiste Jane Clark a demandé à trente fans de Madonna de chanter a capella son album Immaculate Collection de 1990. Chaque vidéo de fan est montrée sur un téléviseur unique. Nous entrons donc dans une salle insonorisée et nous trouvons face à 30 télévisions diffusant des personnages plus délurés les uns que les autres en train de s’époumoner sur du Madonna.

Pour l’artiste, il s’agit de créer une interaction entre Madonna elle-même, le média qu’est la télévision, les fans et les spectateurs. Et c’est réussi. Les visiteurs chantonnent. Beaucoup rigolent. Un moment étonnant de partage.

 

 

David Walsh dit : « When I was a kid I hated Madonna. Actually not really a kid, but young enough to still be listening to commercial radio. Now, in hindsight, her place in the history of popular music gives me a cause to reconsider. I won’t. I still think she is shit. That’s why I love this work.”

 

C’était la première fois que je lisais de tels propos dans un musée.

 

La grosse caisse

 

La Fat Car a été réalisée en 2006 par l’artiste autrichien Erwin Wurm. Il s’agit d’une Porsche 911 qui a été recouverte d’une coque de fibre de verre lui donnant un aspect boulimique et obèse.

 

Fat Car de Erwin Wurm

 

Pour Erwin Wurm, il s’agit d’interroger le pouvoir, la santé et le poids du corps, tous trois connectés. Cette voiture de luxe obèse est une critique acerbe de notre système qui tourne autour de l’argent et qui impose de consommer toujours plus.

C’est exactement pour ceci que David Walsh a placé la voiture au centre de la première salle de l’exposition Monanisme. Lui qui se moque des hommes de pouvoir ventripotents, dénonce par ce geste la décadence morbide provoquée par le pouvoir et l’argent.

 

Il a bon dos

 

Peut-être l’œuvre la plus étonnante du MONA. Un homme vivant, tatoué, est installé dos au public, face au vide du bâtiment, sur un socle. Casque de musique sur les oreilles, il ne parle pas. L’œuvre est tout simplement l’encre sous sa peau et les dessins qu’elle forme.

 

Tim de Wim Delvoye

 

L’œuvre s’intitule Tim et a été réalisée en 2006 par Wim Delvoye. Tim Steiner est l’homme tatoué, suisse de 42 ans, qui a accepté en 2006 de se faire tatouer le dos comme un tableau. Wim Delvoye a même signé le tableau sur la fesse droite de Tim.

Il était d’ailleurs important pour Wim Delvoye que le tatouage ne représente rien pour Tim Steiner, à l’opposé d’un tatouage traditionnel. Il s’agit donc d’une vierge en prière au-dessous d’une tête de mort et entourée de chauve-souris, d’oiseaux et de fleurs, tout ceci bien coloré.

Plus fou encore, dans le cadre d’une loi sur la prostitution autorisée en Suisse, Tim a été vendu en 2008 pour 150 000€ à un collectionneur allemand. Comme une simple œuvre d’art. Depuis, il écume les expositions et les musées du monde entier.

Tim Steiner est arrivé en Tasmanie en 2011 à l’ouverture du MONA où il a posé une année entière. Depuis 2016, il y pose à nouveau cinq heures par jour, 6 jours par semaine, sur le même socle. David Walsh rêve d’ailleurs d’acheter Tim.

Il faut dire aussi que l’œuvre est en perpétuelle évolution. Pour Tim lui-même, elle ne sera achevée qu’à son décès. Un contrat a d’ores et déjà été signé pour qu’à sa mort, il soit dépecé, tanné et encadré. Tout du moins sa peau.

Lorsqu’on sait ça, regarder Tim (ou plutôt son dos) prend un tout autre sens. On aimerait juste qu’il puisse nous expliquer les raisons de son choix. Mais Tim reste silencieux, jusqu’au bout.

 

Tim silencieux face aux abysses

 

 

UNE CONCLUSION

 

Quant au MONA, les critiques sont plutôt négatives. Chacun voit une marque d’originalité dans l’œuvre ou le personnage de David Walsh mais beaucoup trouvent l’aspect subversif, choquant et mal intentionné, sans y voir une simple provocation artistique dont il suffit de rire en détournant le regard.

 

1 – Voici par exemple Catherine Stewart qui fait la review du MONA pour le magazine Garden Drum et qui dit avoir été perdue avant même d’entrer dans le musée. Elle dit avoir été choquée dans son féminisme lorsqu’elle a vu les places de parking réservées à David Walsh et sa femme et intitulées « Reserved GOD », « Reserved GOD’s Mistress ». «  MONA had lost me before I’d even got inside it. (…) I want to be advised and guided. I like reading instructions and maps and following signs. I like clear, shortest route pathways to where I want to go.”3

 

La place du propriétaire

 

Celle de sa femme

 

2 – Voici Michael Connor qui, dans le journal Quadrant Online en avril 2011, écrivait : « I don’t think these crowds of visitors are sophisticated arts lovers. MONA is a brutal banality. MONA is the art of the exhausted, of a decaying civilisation. Display lights and taste and stunning effects illuminate moral bankruptcy ». L’article entier est passionnant. La critique est pourtant dure, le MONA serait l’art fatigué d’une civilisation en décomposition.4

3 – Voici encore Stephanie Convery qui, dans le magazine Overland écrivait en 2012, « Something bugged me. It’s not that the man who owns and runs MONA. It’s not even the scatological, explicit, irksome or onanistic nature of so much of the content. It’s that message – or more precisely, the lack of it – that bothers me. Nevertheless, I still can’t shake the feeling that this ‘temple of secularism’ is, at its core, a monument to reaction. “5

 

Les avis sont partagés, mais n’est-ce pas justement là l’intérêt de l’art ? Pousser à la réflexion. Pousser au dialogue. Pousser à la critique. Pousser à donner son avis. Et puis finalement, visiter un musée, en faire la critique ou écrire un article, ce n’est finalement qu’une affaire de perception. N’est-ce pas là le message délivré au MONA ? C’est mon opinion. La mienne. A vous, maintenant, de créer la vôtre.

 

 

 

1 – https://www.ft.com/content/39f049c8-199b-11e5-8201-cbdb03d71480

2 – Je reprends les termes de David Walsh dans l’explication de l’œuvre.

3 – https://gardendrum.com/2015/03/03/review-mona-it-lost-me-at-the-gate/

4 – http://quadrant.org.au/magazine/2011/04/mona-s-brutal-banality/

5 – https://overland.org.au/2012/04/something-bugs-me-about-mona/

 

 

 

 

Une visite des bagnes de Tasmanie – Partie 2

Une visite des bagnes de Tasmanie – Partie 2

L’histoire pénitentiaire australienne est fascinante. Notre visite de l’un des bagnes les plus importants de l’Empire britannique du XIXe siècle, au cœur de la péninsule de Tasman, nous a apportée beaucoup d’informations.

Notre visite

 

Spikky bridge

 

C’est bien avant le Port Arthur Historic Site que nous prenons connaissance de l’histoire pénitentiaire tasmanienne.

En descendant la côte est, un superbe pont dont les parapets sont hérissés de lauze est encore fonctionnel. Celui-ci n’est qu’un des nombreux ouvrages construits, en même temps que la route, par les convicts au XIXe siècle.

 

Spikky bridge

 

Ce pont a été bâti dans les années 1820 à un moment où les prisonniers étaient encore chargés de travaux par des colons libres et propriétaires de terres.

Le pont est dans un parfait état de conservation et permet un bel arrêt, en bord de mer.

 

Spikky bridge

 

« Dogs line »

 

L’entrée de la péninsule de Tasman se fait par Eagleshaw Neck, cette bande de terre de 100 mètres de large.

Pour empêcher toute évasion, une ligne d’une quinzaine de chiens féroces attachés à des piquets avait été installée. Certains d’entre eux se trouvaient sur une plateforme, sur l’eau.

Au moindre mouvement, ils aboyaient et prévenaient immédiatement les officiers de garde.

De cette ligne de chiens il ne reste évidemment rien, sauf une statue illustrant le système préventif.

 

Illustration de la « dogs line »

 

Nous trouvons à proximité la maison du quartier des officiers, construite en 1823, et qui est le plus vieux bâtiment militaire encore debout en Australie. Sa gestion revient au service des Parks et Widlife qui a décidé de laisser la bâtisse en l’état, sans restauration. Le principe est de voir les différentes « couches d’histoire » sans déformation.

 

Coal Mines Historic Site

 

À quelques kilomètres, au bout d’une des pointes de la péninsule, se trouvent les ruines des mines de charbon.

Nous pouvons y voir, au cœur de la forêt, deux anciens puits bouchés. L’un servait d’aération aux tunnels, l’autre était l’entrée de la mine. Ces deux puits sont situés à deux kilomètres l’un de l’autre. Il faut donc imaginer l’ampleur du réseau minier souterrain.

A l’endroit de l’internement des prisonniers, ne subsistent que des ruines. Anciennes cellules, façade principale de la chapelle, tas de briques au niveau de l’hôpital, anciennes cellules punitives et ruines de la maison des soldats. Le site est difficile à comprendre tant il ne reste rien.

 

 

Façade de la chapelle

L’ancien hôpital

 

Quelques panneaux nous informent ici et là, mais trop peu pour saisir véritablement l’importance de ce lieu.

 

Port Arthur Historic Site

 

Nous avons retrouvé le même contexte à Port Arthur. Du pénitencier et des bâtiments où vécurent des prisonniers, il ne reste que des ruines.

Le site est pourtant très complexe. Après la fermeture de la prison en 1877, certains bâtiments militaires furent détruits. La zone fut ensuite découpée en terrains individuels et vendue à des propriétaires privés qui y bâtirent des maisons. Ce sont ensuite deux feux de brousse en 1895 et 1897 qui incendièrent planchers et charpentes et ne laissèrent de l’église gothique, de l’hôpital et des prisons que les ossatures.

 

Port Arthur en 1876

 

L’église en 2018

 

Moyennant 39 dollars, nous avons accès librement au parc pour deux jours. Une croisière est comprise dans le prix et permet d’apprécier l’ampleur de la baie et d’approcher d’autres points d’importance, comme l’île des morts où furent enterrées près de 1100 personnes.

Une visite introductive est ensuite faite à tous les visiteurs. Celle-ci se concentre sur la période pénitentiaire et est donc une approche essentielle pour comprendre l’histoire originelle. Pour notre part, la guide a occulté complètement les 150 années suivantes, nous laissant dans l’incompréhension lorsque nous sommes entrés dans la première maison, de 20 ans postérieure à la fin de la prison.

En plus des bâtiments de l’époque prison, quatre petits musées sont accessibles dans quatre maisons individuelles, construites ou non avant 1877 mais qui eurent toutes des vies bien remplies jusqu’au XXe siècle. La visite est difficile, c’est certain.

Une maison d’officiers devenue l’ancienne poste, la maison du médecin militaire, celles des magistrats et chapelain sont visibles, mais encore la maison de Smith O’ Brien qui était prisonnier politique et put résider à part, le cottage Trentham construit en 1898, la maison du commandant qui fut un hôtel au XXe siècle.

 

La maison des gardes restaurée (en jaune). Les communs de la maison du commandant (au fond, à droite)

 

Le tribunal (à gauche, au premier plan). Le pénitencier (à gauche, au second plan), une tour de garde et un bout de l’enceinte (à droite)

 

La prison séparée, quant à elle, a été reconstruite en 2007 à partir de documents d’archives. Nous croyons entrer dans des bâtiments historiques alors que les espaces que nous voyons ont été restitués.

 

Tout ceci se mélange dans le parc. Nous passons d’une époque à une autre. La déambulation mène d’un petit musée à un autre, d’une ruine à une autre, en passant par les jardins agréables qui entourent les bâtiments.

Dans chacun des musées, des panneaux apportent des explications sur l’histoire de la maison dans laquelle nous sommes et sur l’histoire du site en général. Ces panneaux sont parfois très vieux et les informations se répètent d’un musée à un autre. Les scénographies sont, elles-aussi, d’un autre âge et mériteraient, c’est notre opinion, un gros rafraîchissement.

Point d’intérêt majeur, au sein de la maison du commandant, les pièces ont été reconstituées, au détail près et avec des objets et du mobilier d’époque, laissant percevoir un bout de vie dans un pénitencier colonial du XIXe siècle.

Nous sortons finalement de la visite avec un sentiment de confusion. Le plaisir esthétique, provoqué par ces ruines romantiques très photogéniques, est atténué par la difficulté que nous avons à comprendre le site tant les époques se mélangent.

 

Cascades Female Factory

 

L’usine où étaient envoyées les prisonnières se trouve quelques minutes au nord d’Hobart, au lieu-dit « Cascades ».

Difficile de comprendre de quoi se composaient les cinq cours successives et comment y vivaient les prisonnières.

En effet, des cinq cours n’en restent seulement trois. Au sein de celles-ci, tout a disparu. Ne subsistent que les murs extérieurs. Quelques éléments scénographiques posés sur le sol montrent où se trouvaient les bâtiments.

 

La cour 3. Les cours 1 et 2 étaient à gauche, mais n’existent plus. La chapelle se trouvait au niveau de la zone en sable gris

 

Pour quelques dollars, il est possible de suivre une visite guidée. Après nous avoir appris que cette usine fonctionna de 1826 à 1877 et que les femmes y faisaient des travaux plus ou moins difficiles – laver le linge, plier des draps, fabriquer des tissus – au bout de 40 minutes, le guide nous a semblé à court d’éléments à dévoiler tant on en sait finalement peu de l’usine des femmes.

 

La cour 5

 

Nous comprenons néanmoins qu’un unique carré de terre de 5 mètres de côté a été fouillé en 1997. Aucune étude archéologique n’a jamais eu lieu sur le reste du site, recouvert par une couche de gravier blanc d’un mètre d’épaisseur.

Ce carré fouillé dévoile des cellules individuelles similaires à celles des autres prisons, ainsi qu’un système d’évacuation des eaux usées.

 

L’unique carré fouillé

 

Hormis la visite guidée, très peu d’informations sont délivrées. Pas d’exposition dans l’accueil/boutique, très peu de panneaux historiques et informatifs. Nous sortons de cette visite de l’usine des femmes cernés de la même incompréhension. Comme au site historique de Port Arthur, nous saisissons l’importance historique du lieu – sans quoi il ne serait pas inscrit sur la liste du patrimoine mondial – sans pour autant pouvoir mettre des mots pour expliquer cela.

 

Nous avons donc contacté les conservateurs du patrimoine qui gèrent le site historique de Port Arthur, l’usine des femmes et le site historique des mines de charbon. Ceux-ci ont accepté de nous recevoir le temps d’une journée à Port Arthur.

 

Protection & Conservation

 

Un tourisme de masse ?

 

La Port Arthur Historic Site Management Autorithy (PAHSMA) a été créée en 1987 pour garantir la protection du site de Port Arthur.

Depuis la protection à l’UNESCO en 2011, elle est également en charge de la protection, de la restauration, de la mise en valeur patrimoniale et touristique des Coal Mines Historic Site et de la Cascades Female Factory.

Précisons que la PAHSMA est une entreprise gouvernementale à caractère financier.

 

Nous avons pu rencontrer Jody Steele, responsable du programme Patrimoine, et son adjointe, Gemma E. Davis. Celles-ci ont répondu à nos questions et nous ont montré leurs locaux ainsi que les collections du PAHSMA.

Nous les avons interrogées en premier lieu sur leurs activités principales quant à la mise en valeur touristique, ainsi que sur le plan de management du site de Port Arthur.

Nous avons effectué cet entretien dans le centre des visiteurs flambant neuf, celui-ci n’ayant été inauguré qu’en décembre 2017. Gemma E. Davis nous a avoué avoir passé l’année 2017 à préparer l’ouverture du centre et l’exposition qui s’y trouve. La scénographie de celle-ci est très travaillée et sa conception a dû en effet prendre plusieurs mois, voire années.

 

L’une des vitrines de l’exposition. Pour l’anecdote, celle-ci représente des objets (des pierres principalement) qui ont été volés par des touristes sur le site de Port Arthur, puis qui ont été renvoyés, sous couvert d’anonymat bien souvent, aux gestionnaires du site. La plupart des voleurs ont été touchés par le mauvais sort suite à ces vols. Nous avons pu voir de nombreuses autres briques retournées au musée dans les réserves

 

Les projets à venir pour 2018 sont la mise en place d’une organisation plus fonctionnelle des croisières, la création d’un restaurant ainsi qu’un centre des visiteurs pour l’usine des femmes.

Le plan de gestion actuel du site historique de Port Arthur remonte à 2008, avant le classement à l’UNESCO. Jody Steele nous a dit que l’élaboration d’un nouveau plan de gestion était en étude, afin d’estimer le nombre de visiteurs que le site peut accueillir en même temps, la priorité restant pour autant l’organisation des croisières et la création d’un nouveau restaurant.

 

Le bateau de croisière dans la baie

 

Depuis 2011, le nombre de visiteurs ne cesse d’augmenter. On parle d’une croissance de 70 % pour atteindre près de 300 000 visiteurs en 2017. La plupart sont chinois. Si des visites sont déjà dispensées en mandarin, aucun texte n’est pour le moment écrit en aucune autre langue que l’anglais. Et comme en plaisante Jody : « le public chinois ne supporte pas de rester en place. Il doit être constamment en mouvement ». D’où l’importance de la régulation des croisières puis de la dispersion réfléchie des publics sur le site pour éviter les foules dans des bâtiments fragiles, comme le pénitencier.

 

Si l’enjeu est à la protection des lieux, nous sentons avant tout une non volonté de réduire ou de réguler le nombre de touristes, mais de créer toutes les structures touristiques nécessaires pour un accueil rentable de tous les visiteurs. Le tourisme de masse semble pourtant faire peur aux deux gestionnaires, mais la régulation n’est pour le moment pas à l’ordre du jour.

Aucun projet énoncé ne semble non plus concerner une refonte des textes ou des informations présentes dans les musées pour une meilleure lisibilité du site. Le contexte est à la fluidification de la visite, à une meilleure accessibilité et à l’apport plus important de services touristiques.

Si la partie touristique est évidente, les équipes du PAHSMA ont une autre casquette que le contrôle et la gestion des publics : celle de la conservation et de la recherche.

Les collections

 

Nous avons pu accéder aux bureaux et aux collections du PAHSMA. Celles-ci sont conservées à l’écart du site dans un hangar que l’équipe aimerait rénover. Précisons que les personnels du PAHSMA sont très peu nombreux – de l’archéologue, au guide, en passant par la bibliothécaire et l’infogrpahiste – une dizaine de personnes qui nous ont été présentées brièvement.

Jody Steele déplore de « petites » collections, mais tente de rassembler des artefacts ayant été utilisés sur le site de Port Arthur. Il est étonnant de constater qu’il ne subsiste presque aucun objet de l’époque pénitentiaire. Les quelques objets à l’usage de la prison ne proviennent en fait pas de Port Arthur.

Quelques armes, beaucoup de pièces de vaisselle et d’ameublement, plusieurs dessins et peintures et un chariot en bois sont les principaux objets que l’on trouve en ces murs.

 

Chaines et boulets de prisonniers

 

Beaucoup de vaisselle dans les collections

 

Quelques armes gardées dans un coffre-fort

 

Un récent travail de rangement a permis une classification des collections archéologiques. Celles-ci ont pour le moment peu été étudiées mais l’aide d’étudiants bénévoles de l’université de Tasmanie permet d’en connaître toujours un peu plus sur les sites gérés par le PAHSMA.

On notera que des fouilles archéologiques ont lieu actuellement dans les anciens espaces sanitaires du pénitencier. C’est à cet endroit qu’il est le plus possible de découvrir des objets laissés par les détenus. En effet, les toilettes n’étaient pas autant surveillées que les cellules et les cours de promenade, et de nombreux objets fabriqués ainsi que des messages ont pu être enfouis. Ce sont tout du moins les découvertes qu’espèrent faire les équipes d’archéologues qui travaillent sur le site.

 

Fouille archéologique en cours au niveau du pénitencier

 

Pour le moment, ce ne sont que des clous rouillés qui remplissent les boites de conservation.

 

Trouvailles archéologiques conservées dans les réserves

 

Au sein des locaux du PAHSMA sont également pensés les projets architecturaux de conservation et de restauration des différents bâtiments du site. Du pénitencier, il ne reste que des murs de quatre étages sans soutien intérieur. Des colonnes d’acier ancrées dans les murs de brique ont été ajoutés il y a deux ans afin de consolider la structure. Les bases ont été enfoncées dans le sol. Les machines ont dû travailler sans humidifier le sol, faisant vibrer tous les murs et provoquant des sueurs froides aux équipes de conservation.

 

L’une des colonnes de soutien

 

Ce sont également les équipes qui ont pensé la restitution de la prison séparée, faisant appel aux historiens pour reproduire l’édifice dans la réalité la plus pure.

 

Ce sont aujourd’hui les projets de centre de visiteurs et de gestion touristique qui occupent les équipes. Néanmoins un autre pan majeur nous a été présenté : celui de la recherche et de la documentation.

Deux bibliothécaires travaillent à temps plein sur le site. L’une d’entre elles est spécialiste dans l’étude des documents d’archives concernant l’époque pénitentiaire. Elle est capable de déchiffrer les écrits administratifs, en anglais du XIXe siècle. En effet, s’il fut une époque où posséder un ancêtre prisonnier était honteux, il est aujourd’hui perçu comme une fierté d’être descendant de convict. Les Australiens et Anglais ne se cachent plus de leur passé familial et viennent en nombre à Port Arthur afin de renouer avec leurs origines.

Beaucoup demandent d’en apprendre davantage sur leur ancêtre prisonnier. C’est ici qu’interviennent les équipes documentaires du PAHSMA qui transcrivent les documents personnels et envoient ces transcriptions aux familles.

 

Un document administratif concernant les prisonniers1

 

Si au premier abord Jody Steele et Gemma E. Davis nous ont semblé purement concentrées sur l’afflux touristique et l’aspect de gestion économique du site, cette entrevue au sein des collections nous a en fait montré leur passion pour ces sites exceptionnels inscrits au Patrimoine mondial au sein de la péninsule de Tasman.

 

*

Une dernière question pour l’équipe a été celle de la collaboration avec les autres sites de bagnes. En effet, le contexte est très particulier, l’UNESCO ne reconnaît en les sites de bagnes qu’UN seul bien. Pourtant, ce bien unique est explosé en onze sites distants au maximum de 4500 kilomètres. Alors comment est-ce possible de gérer conjointement ces sites, alors même que l’UNESCO ne demande qu’un rapport unique tous les 5 ans ? Pour les responsables du PAHSMA, c’est tout bonnement impossible. Et de nous répondre, sans un brin d’humour, que « de toute façon, l’UNESCO n’est pas très rigide. Voilà sept ans que nous n’avons rien envoyé. Mais il va falloir le faire ».

Si cet article semble incriminer Jody Steele et Gemma E. Davie, quant à notre incompréhension lors de la visite du site et l’aspect « fouilli » des lieux, il n’en est rien. Celles-ci, qui ont eu l’extrême sympathie de nous recevoir, sont des passionnées et font un remarquable travail de mise en valeur. A Port Arthur, comme dans beaucoup d’autres sites à travers le monde, le constat est le même : manque de personnel, manque de temps, manque d’argent.

La politique gouvernementale semble à l’intensification du tourisme pour une plus-value financière et nous sommes absolument persuadés que si l’argent arrivait en masse dans les poches du PAHSMA, toutes les expositions seraient modernisées, l’usine des femmes aurait son centre d’interprétation et les mines de charbon ne laisseraient plus aucun visiteur dans le flou historique que nous avons ressenti.

 

1 : http://indexes.records.nsw.gov.au/ebook/digitalcontent.aspx?id=1150_4_3999_000003

 

 

 

 

La colonie pénitentiaire australienne – Partie 1

La colonie pénitentiaire australienne – Partie 1

En 2010, onze « convicts sites » ont été inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Le terme anglais « convict » signifie « prisonnier ». Il s’agit d’endroits où des prisonniers anglais ont été envoyés en prison, au cours du XIXe siècle, faisant de l’Australie la plus grande colonie pénitentiaire du monde.

 

Ces onze lieux sont répartis sur la totalité du territoire australien. En voici la liste :

  • La zone historique de Kingston et Arthur’s Vale, sur l’île de Norfolk, dans l’Océan Pacifique
  • L’ancienne maison du gouvernement et le domaine de Parramatta, en banlieue de Sydney
  • La Hyde Park Barracks, au coeur de Sydney
  • Les domaines de Brickendon et Woolmers, en Tasmanie
  • La Darlington Probation Station, sur l’île Maria, en Tasmanie
  • La Old Great North Road, en Nouvelle-Galles du Sud
  • La Cascades Female Factory, près d’Hobart, en Tasmanie
  • Le Port Arthur Historic Site, en Tasmanie
  • Les Coal Mines Historic Site, en Tasmanie
  • Le site de bagne de l’île de Cockatoo, dans la baie de Sydney
  • La Fremantle Prison, près de Perth, en Australie-Occidentale

Nous en avons visité cinq, ceux indiqués en gras. C’est grâce à ces visites que nous pouvons vous raconter cet épisode d’histoire.

 

Situation des bagnes

 

L’origine

 

Tout remonte aux années 1780. L’Empire britannique est tout puissant. Son extension coloniale ne cesse de croître. La déportation des criminels se fait depuis l’Angleterre vers la colonie d’Amérique du Nord depuis 1718. Or, à partir de 1775, les problèmes qui conduisent les colonies américaines à l’indépendance obligent l’arrêt de la déportation des prisonniers vers l’Amérique. Les prisons anglaises se mettent à déborder et les criminels gênent.

Il faut donc trouver une solution de remplacement.

Et si l’on profitait de cette terre du bout du monde, nouvellement revendiquée par James Cook au nom du roi, pour y envoyer les prisonniers et créer une colonie de bagnes ?

Le 26 janvier 1788, la première flotte débarque à Sydney avec à son bord 754 bagnards, hommes, femmes et enfants.

 

Le point exact du débarquement de la première flotte se situe juste au-dessous des piles du Harbour Bridge

 

Les premiers prisonniers construisent leur propre maison et vivent en communauté avec les colons libres, encore peu nombreux. On considère à ce moment-là que le fait d’être envoyé à l’autre bout du monde contre son gré est déjà une sévère punition et qu’il n’est pas nécessaire de rajouter un enfermement entre quatre murs. On espère d’ailleurs que les prisonniers en fin de peine deviendront des colons libres et permettront la croissance de la colonie.

Il en va ainsi pendant une trentaine d’année autour de Sydney. Les prisonniers aident au développement de la ville en construisant routes et bâtiments publics.

 

Illustration du début de Sydney. Colons et prisonniers vivent ensemble

 

C’est autour de l’année 1815 que la situation change. Le nombre de colons libres augmente considérablement, l’Australie n’étant plus une prison mais un nouvel Eldorado. Le nombre de prisonniers envoyés depuis l’Angleterre augmente tout autant.

Même si le voyage dure entre 4 et 8 mois, les bateaux – dont on imagine difficilement le ridicule confort de vie – arrivent en masse. Au total, ce seront plus de 900 navires qui arriveront sur ces terres nouvelles et qui déporteront environ 166 000 prisonniers, hommes, femmes et enfants, entre 1788 et 1868. Un record !

 

Tous ces prisonniers ne peuvent pas rester au contact direct des colons libres, comme dans les premiers temps de la colonie. Il faut les mettre à part et créer de nouveaux peuplements pénitentiaires. Il faut créer de nouveaux systèmes d’enfermement, plus restrictifs, plus punitifs, centrés sur le travail : de véritables prisons fermées et des bagnes. Ainsi naissent l’Hyde Park Barracks de Sydney, la prison de Fremantle sur la côte ouest, et les bagnes de Port Arthur en Tasmanie.

 

Hyde Park Barracks

 

La prison de Fremantle

 

Les prisons de Fremantle et de Sydney ont chacune leurs spécificités. Il nous faudrait plusieurs articles pour évoquer chacun de ces sites.1 Nous avons donc décidé de nous concentrer sur les bagnes de Tasmanie.

 

Le cas de la Tasmanie

 

En Tasmanie, il y a 5 des 11 sites inscrits au patrimoine mondial par l’UNESCO.

Comment pourrait-on trouver mieux que cette île montagneuse pour installer des prisonniers, et les éloigner de la côte Est en totale expansion coloniale ?

C’est sur la péninsule de Tasman qu’ont été créés le bagne de Port Arthur et les mines de charbon. Au sein de l’Australie, la Tasmanie constitue une deuxième insularité. Au sein de l’île, la péninsule de Tasman est une troisième insularité. Située à une centaine de kilomètres du peuplement de Hobart de 1803, elle n’est reliée au reste de l’île que par une bande de terre de 100 mètres de large.

 

La péninsule de Tasman est entourée. On perçoit bien l’aspect isolé du lieu

 

La péninsule de Tasman est vallonnée, recouverte de forêts denses et l’océan glacial souvent déchaîné vient s’écraser sur les hautes falaises qui l’entourent. L’endroit parfait pour enfermer les prisonniers et criminels les plus dangereux de la colonie. D’ailleurs, ce sont le bagne de Port Arthur et les mines de charbon qui auront la pire réputation de tout l’Empire britannique. Ils permettront de conserver la « peur du bagne ».

Le pénitencier de Port Arthur est créé en 1833. C’est à l’origine un port où l’on construit des bateaux. Les prisonniers vont d’ailleurs bâtir des navires très résistants pendant toute la période de vie de la prison.

 

le bagne de Port Arthur depuis la baie

 

À quelques dizaines de kilomètres du pénitencier se situent les premières mines de charbon de Tasmanie. Elles constituent en fait la « punition ultime » des prisonniers, et se révèleront être la prison la plus horrible de l’Empire britannique tant les conditions de travail et d’enfermement y sont abominables. La mort est omniprésente et quotidienne.

 

 

Ruines du bâtiment des gardes des mines de charbon

 

Ruines des cellules des mines de charbon

 

De façon générale, dans le pénitencier de Port Arthur ou dans les mines, les conditions de vie des prisonniers sont épouvantables. Les cellules sont toujours ridiculement petites, construites en pierre, froides et peu éclairées. Les hommes, à partir de 7 ans, travaillent toute la journée sous la surveillance de soldats qui vivent aussi sur le site. Les coups de fouet sont monnaie courante – punition ou simple amusement des gardes.

 

Restes des cellules du pénitencier de Port Arthur

 

Le site de Port Arthur ne s’arrête d’ailleurs pas au pénitencier. C’est toute une ville militaire qui se déploie sur les coteaux, ceinte de murailles et de tours défensives. Le commandant réside quelque peu à l’écart mais la baie et le pénitencier sont toujours visibles depuis ses fenêtres.

 

Port Arthur à la fin du XIXe siècle. On voit la ville militaire su les hauteurs ; tout a disparu aujourd’hui

 

C’est aussi à Port Arthur que va être créé l’un des concepts de prison les plus atroces qui puissent exister : la prison séparée.

Celle-ci a été pensée sur un modèle américain pour délivrer un nouveau style de punition. Le fouet ne marche pas toujours. Certains prisonniers ayant résisté aux coups sans crier sont perçus comme des héros. Avec la prison séparée, il s’agit de faire réfléchir les prisonniers en les isolant et en les privant de leurs sens. Ils sont enfermés dans de minuscules cellules individuelles dans lesquelles ils restent 23 heures par jour. Le vice est poussé plus loin puisque lors de l’heure de promenade, chaque détenu est seul dans une courette isolée et porte un masque en toile sur la tête. Une chapelle spéciale a même été conçue pour séparer les prisonniers dans de petits box faisant face au prêtre.

Ironie du sort, loin d’une réflexion sur eux même c’est plus souvent la folie qu’ont trouvé les détenus. Un asile psychiatrique a d’ailleurs été construit jusqu’à côté de cette prison séparée.

 

La prison séparée : couloir des cellules, restes des cours de promenade et chapelle

 

 

Au total, près de 7000 prisonniers passeront par les bagnes de Port Arthur entre 1833 et 1877. La rigueur administrative de l’époque nous permet la connaissance de chaque prisonnier, son caractère, son physique, le crime responsable de sa déportation, son passage par la prison, son attitude dans celle-ci.

Voici par exemple l’histoire rocambolesque de Martin Cash. Originaire d’Irlande, Martin est marié à une femme dont il tue l’un des prétendants alors qu’il est âgé de 18 ans. Condamné à 7 ans de bagne, il est envoyé dans la colonie pénitentiaire en 1828. Arrivé à Sydney, il est assigné au travail par un colon libre et deviendra gardien de bétail pendant neuf ans. Accusé de larcin, il est condamné à 7 années d’enfermement supplémentaires et est envoyé au bagne de Port Arthur. Il s’évade brièvement une première fois, est capturé et 4 années de travail forcé sont ajoutées à sa peine. Sa seconde évasion est la plus célèbre. Avec deux complices, Martin réussit à déjouer la surveillance des gardes et traverse la baie à la nage, totalement nu, portant ses habits emballés sur sa tête. Les trois hommes s’échappent à travers le bush, volant leur nourriture dans les fermes des environs et dormant où ils peuvent. Leur cavale dure plus d’un an et demi. Ses deux compagnons l’abandonnent et Martin se retrouve seul. Il décide de passer à Hobart où il est reconnu. Il tue l’un de ses poursuivants et est alors capturé et condamné à mort. Sa peine est réduite à la prison à vie et il est déporté sur l’île de Norfolk. Son histoire ne s’arrête pas là. Après quelques années de bons et loyaux services, en 1854 il rentre en Tasmanie. Il reçoit le pardon deux ans plus tard, épouse une femme, fait plusieurs enfants puis s’installe, libre, jusqu’à sa mort en 1877 dans une ferme des environs d’Hobart.

C’est grâce à son autobiographie « The uncensored story of Martin Cash : an Australian bushranger » qu’il est aujourd’hui célèbre.2

Nous avons fait une visite à Port Arthur et dans les différents sites pénitentiaires de Tasmanie. Nous avons également rencontré les conservateurs du Port Arthur Historic Site. Nous vous en parlons dans la deuxième partie de cet article.

 

1 : les informations historiques du début de cet article proviennent principalement de l’incroyable exposition de l’Hyde Park Barracks de Sydney. La scénographie y est très réfléchie et peut convenir aux enfants comme aux adultes. Les informations apportées sont d’une richesse inouïe. Nous avons pu tirer beaucoup d’informations de l’exposition de la prison de Fremantle, mais également du South Australian Maritim Museum de Port Adelaide, ainsi que du Museum of the Great Southern d’Albany.

2 : http://adb.anu.edu.au/biography/cash-martin-1885/text2217

 

 

 

 

 

 

 

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