COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

COUCHSURFING SUR LE LAC BAÏKAL

C’est à bord d’un train au départ d’Oulan-Oudé que nous contemplons pour la première fois les eaux bleu profond du lac Baïkal. Cette immensité tranquille, qui constitue la plus grande réserve d’eau douce du monde, nous en rêvions depuis plusieurs semaines déjà. Maintenant que ses berges se dessinent enfin derrière les vitres du train et que nous apercevons les pics décharnés des montagnes sibériennes qui le bordent, nous savons que nous touchons au but.

Voyager en Sibérie ne paraît pas chose aisée, pourtant nous l’avons fait sans rencontrer de difficultés particulières. Après avoir quitté la Mongolie et traversé la frontière, c’est en bus que nous avons rejoint Oulan-Oudé, la capitale de la Bouriatie située à une centaine de kilomètres à l’est du Baïkal. Avec un visa de trente jours seulement, nous sommes obligés de faire des choix et la capitale bouriate ne fait pas partie des villes que nous allons visiter. C’est malheureux, mais c’est seulement après une nuit et un passage rapide à la tête monumentale de Lénine que nous reprenons la route. Irkoutsk, située de l’autre côté du Baïkal, près de sa rive ouest, nous servira de point de départ vers le lac.

C’est donc depuis ce train qui nous emmène doucement de l’autre côté du mythique Baïkal que nous découvrons pour la première fois sa surface tranquille. La voie ferrée suit sa rive sud sur un peu plus de deux-cents kilomètres ; pour en profiter, nous avons choisi d’effectuer le voyage de jour. Si le temps se gâte au-dessus du lac, l’amoncellement de nuages noirs ne suffit pas à ternir ses couleurs ni l’impression de calme qui se dégage de ce paysage surréaliste – le Baïkal est en effet réputé pour la transparence de ses eaux. Captivés par sa beauté, nous ne voyons pas les heures passer.

Notre arrivée à Irkoutsk interrompt notre rêverie. Nous ne passerons que deux jours à visiter la ville ; c’est le lac qui captive notre attention, et tout particulièrement l’île d’Olkhon. Située au milieu du Baïkal, elle est le centre du monde sacré pour les chamans. S’y rendre n’est pas évident : le seul moyen est d’emprunter une route longue de plusieurs heures, puis un ferry.

Il nous faudra une journée entière pour rejoindre Khoujir, la ville principale de l’île. Entassés dans un mini-van, le paysage défile, monotone. Les tons bruns des steppes et les arbres dénudés nous rappellent que l’automne s’est installé sur ces terres désolées de Sibérie. Après la traversée en ferry, il n’y a plus de route goudronnée ; ce ne sont plus que des sentiers cahoteux qui jalonnent l’île et c’est au bout de l’un d’entre eux que se dessine enfin Khoujir. Avec moins de 2000 habitants et seulement quelques dizaines d’habitations, il faudrait parler d’un village plus que d’une ville.

Le village de Khoujir

Sur la plateforme Couchsurfing, nous avons pris contact quelques jours auparavant avec Sergeï, le sonneur de cloches. Sa maison est située juste à côté de l’église orthodoxe, en haut d’une colline qui surplombe les autres habitations et les rives du Baïkal. Son accueil est chaleureux et c’est avec surprise que nous emménageons dans une isba qui nous est réservée. Sergeï a la bonté de mettre à la disposition des voyageurs de passage une petite maison qu’il a construite en face de la sienne et qu’il a affectueusement baptisée Philoxenia, « amour de l’étranger » en grec.

Après les longues heures de route, poser nos sacs le temps d’une semaine est loin d’être déplaisant. La maison est confortable, composée de deux pièces pourvues de plusieurs lits, d’une cuisine équipée et d’une douche. Comble du bonheur, il y a même un lave-linge ! Les toilettes sont situées à l’extérieur, au fond d’un terrain où vivent les chèvres élevées par la famille. Pour nous qui venons de passer près d’un mois au beau milieu des steppes mongoles sans aucun confort, c’est le grand luxe.

Les premiers jours, nous prenons le temps de découvrir le village et ses isbas, les maisons en bois traditionnelles russes. Le paysage environnant ressemble justement à la Mongolie que nous venons de quitter. D’un côté, ce sont les steppes dénudées qui s’étendent à perte de vue, de l’autre c’est ce lac omniprésent qui emprisonne la baie de Khoujir. De toute part, la vue est dégagée et nous offre un panorama à couper le souffle. Le village donne une impression d’inachevé : ses maisons inclinées de part et d’autre des chemins de poussière pourraient s’effondrer sans que personne ne s’en étonne.

Il n’y a qu’un supermarché et quelques commerçants ; l’approvisionnement est difficile, et le trajet long pour rejoindre le continent. L’omoul, le poisson endémique du Baïkal en voie d’extinction, est présent sur toutes les tables.

Si le sentiment d’isolement est déjà fort en automne, il faut s’imaginer la vie sur l’île en plein hiver, alors que le lac est prisonnier des glaces. Cette étendue mouvante, impressionnante, rythme la vie du village ; ses cycles alternant gel et dégel montrent le passage des saisons. Le climat, encore doux en ce mois d’octobre, refroidit à mesure que l’hiver se rapproche. Bientôt, les habitants n’arpenteront plus les chemins de terre qu’emmitouflés. Bientôt, les flaques de boues qui recouvrent les allées se figeront en plaques de verglas. Bientôt, les cristaux de glace prendront l’assaut du plus grand lac de Russie.

Pour notre hôte, qui a vécu plusieurs années à Paris, la vie sur Olkhon permet de se ressourcer et de retourner à l’essentiel. Cette vie, il l’a choisie. De ses mains, il a bâti la maison dans laquelle il a installé sa famille. Il travaille d’arrache-pied, tous les jours, pour améliorer leur confort et pour aider la communauté de Khoujir.

Ce n’est que notre deuxième expérience de Couchsurfing, et nous ne pouvions pas espérer mieux ! Sergeï est en effet un homme hors du commun. Ce polyglotte a beaucoup voyagé, et c’est d’ailleurs à Paris qu’il a rencontré sa femme Anastasia. Il maîtrise parfaitement le français, tout comme l’anglais, l’allemand, le grec et le russe. La théologie et la foi occupent une place prépondérante dans sa vie, et c’est après des études de philosophie qu’il a choisi de se retirer quelques temps dans un monastère orthodoxe du Mont-Athos, en Grèce.

Lors de notre première soirée en sa compagnie, Sergeï nous régale de ses récits de voyage à travers le monde et de sa soif de découvertes et de connaissances. Après plusieurs années de vadrouille et sa retraite monacale, il retourne à Moscou avec sa femme, Anastasia, et apprend l’existence de l’île d’Olkhon. Une veuve d’Irkoutsk a entrepris d’y construire une petite église orthodoxe. Intrigués, ils décident de s’y rendre.

A leur arrivée sur l’île, l’électricité venait tout juste d’être installée. Les conditions de vie étaient rudes, dignes de la vie qu’on peut se représenter en Sibérie. Sergeï s’est rapidement mis au travail et a construit une isba russe tout en bois, spacieuse et confortable. Après plusieurs années de labeur, il a même installé à l’étage deux chambres d’hôtes pour accueillir les touristes qui souhaitent visiter l’île. Doué de ses mains, il a également construit une aire de jeux près de l’église, sur les falaises qui surplombent l’eau. Si le plus gros est terminé, il reste néanmoins quelques menus travaux à réaliser.

Lors de notre semaine auprès de Sergeï et des siens, nous essayons d’aider du mieux que nous pouvons. Goudronner un toit pour le rendre hermétique, repeindre un mur, isoler les citernes d’eau situées en contrebas de la maison, les petites tâches sont nombreuses. Nous cuisinons aussi pour nos hôtes, pour leur rappeler la cuisine française qu’ils connaissent déjà. Sergeï a une nouvelle obsession : transformer le terrain aride qui entoure sa maison en jardin agréable et verdoyant. La tâche ne s’annonce pas simple considérant la rudesse du climat et la dureté du sol. Il faut commencer par aplanir le dénivelé et préparer la terre, pour l’instant stérile. Ce travail lui prendra plusieurs années, mais nous ne doutons pas qu’il réussira.

Pour nous remercier, nous sommes invités à passer plusieurs soirées dans le banya que Sergeï a, encore une fois, construit de ses mains. Au bout du terrain, il vient de terminer l’installation de l’électricité dans le petit cabanon en bois. Apparus pour la première fois au XVIe siècle, les banyas restent une tradition importante dans la vie des russes. Si ces bains sont censés être publics, il n’est pas rare aujourd’hui que des particuliers – comme Sergeï – possèdent leur propre banya. C’est la première fois que nous découvrons cette sorte de sauna et que nous expérimentons le bain russe !

Constitué de deux salles, le banya construit par Sergeï a beaucoup de charme. Il nous rappelle les petits chalets de bois qu’on trouve à la montagne. La première pièce est une sorte d’antichambre. Elle est pourvue d’un banc pour se relaxer ainsi que d’une petite table où est servi le thé. Il y fait déjà très chaud étant donné que le poêle en brique s’alimente de ce côté. Une pile de bûches est ainsi stockée dans un coin. Le sauna en lui-même est situé dans la seconde salle. Après avoir versé une louche d’eau froide sur le poêle, il s’en dégage un nuage de vapeur très agréable. Pour en profiter, nous nous asseyons sur les bancs de bois et attendons, détendus. On se délasse tandis qu’au-dessus de nous l’aiguille du thermomètre avance doucement pour dépasser les 60°C.

Traditionnellement, le banya russe consiste non seulement à prendre un bain de vapeur, mais aussi à se fouetter la peau à l’aide de branches de bouleau. Les propriétés de ce « massage » énergique sont nombreuses ; il doit activer la sudation et la circulation sanguine tout en nettoyant la peau. Sceptiques, nous n’osons pas nous servir du venik, le balai de bouleau séché. La coutume veut aussi, après le bain, qu’on crée un choc thermique en se roulant dans la neige. Il y a effectivement un seau d’eau froide qui nous attend. Frileuse, je n’ose pas y plonger ne serait-ce qu’un doigt tandis que Thibaut se le verse entièrement dessus…

Il arrive que les habitants de Khoujir se jettent dans les eaux glacées du Baïkal pour achever leur bain russe en beauté. Sergeï nous montre ainsi, à l’occasion d’un goûter, des photos de lui en train de s’immerger dans un trou creusé dans la couche de glace. D’après la légende, se baigner dans le lac porterait chance. Au mois d’octobre, la température de l’eau dépasse rarement les 5°C, nous passerons donc notre tour.

Notre hôte n’a pas fini de nous étonner. Alors que les soirées en sa compagnie s’enchaînent, c’est tout naturellement qu’il nous invite à la messe qui aura lieu dans l’église si chère à son coeur. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir l’intérieur de la petite bâtisse, ni d’entendre les cloches. Le lieu de culte, entouré d’une palissade, est surmonté d’un toit bleu et de deux clochers à bulbes caractéristiques, couronnés de deux croix dorées. Sergeï a demandé à un de ses amis peintres de décorer l’intérieur de fresques tandis que lui-même a fait venir des icônes du Mont-Athos.

Ce matin-là, le vent s’est levé sur l’île d’Olkhon et c’est transis de froid que nous arrivons aux abords de l’église. Sergeï est déjà là pour nous accueillir. Sous sa barbe noire, il ne se départit pas de son sourire. Les cloches, au nombre de six, sont situées juste à l’extérieur de l’église et retenues par trois poteaux en bois. Bientôt, Sergeï s’empare des cordes et le tintement métallique retentit. Du haut de la colline, le son descend vers le village et résonne dans les allées poussiéreuses. Les notes s’élèvent et s’emmêlent pour se perdre sur l’étendue d’eau. Derrière nous, les fidèles se rejoignent dans la paroisse.

Quelques minutes plus tard commence l’office. Le chœur s’emplit rapidement de la ferveur des croyants et tous joignent leur voix à celle du prêtre. Nous nous éclipsons après un moment pour laisser la place aux pratiquants. L’église est très petite et ne peut pas accueillir plus d’une douzaine de personnes. Comme tous les lieux de culte orthodoxes, elle possède une iconostase derrière laquelle se tient le prêtre et qui est décorée d’icônes. D’autres ont aussi été rassemblées sur des étagères. L’Eglise orthodoxe russe fait en effet la part belle aux icônes, qui sont à la fois des représentations des saints et des objets de vénération. Après la chute de Constantinople en 1453, la Russie est devenue le principal foyer de production de peintures d’icônes dans le monde orthodoxe. Très croyant, Sergei nous a par ailleurs offert une carte représentant la mère de Dieu souveraine, Derjavnaïa, enroulée dans son châle rouge. L’église de Khoujir lui est dédiée et, d’après Sergeï, elle protège l’île.

C’est sa foi qui l’a conduit jusqu’ici. Il a su apprivoiser la terre aride de l’île enserrée par le lac pour en faire son foyer. Pendant une semaine, nous avons eu la chance de partager son quotidien et de profiter du calme d’Olkhon. Nous restons néanmoins curieux de la vie au milieu du Baïkal gelé en hiver. « C’est un miracle » répond Sergei. « Se lever et découvrir une étendue de glace à ses pieds, c’est un vrai miracle » ajoute-il.

Un jour, nous reviendrons voir ce spectacle de nos propres yeux.

VOYAGE RETOUR

De Pékin à Paris
En trois mois et sans avion

VOLONTARIAT

IMMERSION

Chez les nomades
de Mongolie

De Pékin à Paris, en trois mois et sans avion

De Pékin à Paris, en trois mois et sans avion

Relier Pékin à Paris sans avion, c’est un beau projet. Tout débute en mai 2018. Voilà bientôt deux mois que nous sommes au Vietnam et nous avons déjà un an de voyage en Australie derrière nous. Nous voulons maintenant passer quelques mois en Asie du Sud-Est mais nous savons qu’il faut réfléchir au retour. L’argent n’est pas un puits sans fond et même si nous avons toujours eu tendance à nous laisser porter au hasard des rencontres sans tenir compte du temps, rentrer en France doit être préparé. Nous n’avons pas du tout envie de prendre un avion depuis un pays d’Asie directement vers Paris ; retour trop facile pour les baroudeurs que nous commençons à être. Et depuis longtemps nous trotte dans la tête l’idée du retour en Transsibérien, la célèbre voie de chemin de fer qui traverse la Russie.

C’est donc naturellement que nous envisageons ce projet un peu fou, en autant de temps qu’il nous faudra pour le faire. Nous lisons beaucoup de récits de voyageurs en ligne. La plupart organisent leur voyage depuis Paris, avec l’aide d’agences touristiques qui s’occupent des différents visas, billets d’avions et de trains. Tous, ou presque, prennent un avion depuis Paris vers Moscou, puis le train de Moscou à Oulan-Oude sur un itinéraire prédéfini, enfin la portion du train Transmongolien qui va d’Oulan-Oude à Pékin, en traversant la Mongolie. Le retour se fait en avion depuis Pékin vers Paris. La plupart des agences préconisent un voyage de deux à trois semaines. A force de recherches, nous nous rendons compte que les témoignages de voyageurs au long cours ayant pris l’itinéraire inverse, par eux-mêmes, en passant par les frontières terrestres, ne sont pas du tout courants.

On se rend compte qu’aller de Pékin à Paris sans avion est bien plus facile à dire qu’à faire. En mai 2018, alors au Vietnam, nous n’avons évidemment pas les visas dont nous avons besoin. Pourtant nous nous lançons dans l’aventure. Petit retour en arrière…

Visas

Nous avons donc pour optique de traverser la Chine, la Mongolie et la Russie. La première source de problème est que nous envisageons de demander les visas de ces pays depuis des pays d’Asie qui ne sont pas connus pour leur grande efficacité administrative. En d’autres termes, tout est à l’image des rues dans ces pays pauvres : un sacré bordel. De surcroît, ces pays ne sont pas fournis en ambassades et consulats très ouverts et organisés, comme peut l’être la France.

La meilleure solution est donc de faire chaque chose en son temps et de demander le visa chinois au Cambodge. Si jamais nous l’obtenons nous demanderons les visas mongol et russe ultérieurement.

Le visa chinois

Obtenir le visa chinois est finalement assez simple pour nous. Nous avions lu des articles sur la montagne de papiers officiels à communiquer aux ambassades chinoises. Et nous avions assez peur de nous faire refouler pour dossier incomplet.

Nous passons donc par un bureau touristique privé situé à Phnom Penh, capitale du Cambodge, qui va s’occuper d’absolument tout. Nous ne savons pas les arrangements que ce bureau a avec l’ambassade de Chine, mais c’est moyennant quelques billets et une photo d’identité qu’il nous délivre notre Visa chinois quelques jours plus tard.

Je me souviens du moment amusant où nous entrons dans l’échoppe d’un photographe cambodgien pour lui demander des photos d’identité : les yeux étonnés des clients, le sourire mi amusé-mi éberlué du photographe et la prise des clichés dans l’arrière-boutique, sur fond d’un vieux drap blanc système D.

Le visa mongol

Pour la Mongolie, les choses se corsent. Si la France est le 3ème pays du monde en termes de représentation diplomatique avec 160 ambassades, ce n’est pas le cas de la Mongolie qui n’en possède que 32. Il est par exemple impossible d’obtenir le visa mongol au Cambodge et en Malaisie, deux pays de notre itinéraire. Nous ne pouvons pas non plus demander le visa à Pékin car nous envisageons déjà de laisser notre passeport au consulat de Russie en Chine la dizaine de jours requis pour nous voir décerner le visa russe.

Dans la Cité-Etat de Singapour, nous trouvons une ambassade mongole qui accepte de délivrer le visa sans trop de complications. C’est un vrai soulagement.

Une fois notre dossier complété et donné à l’ambassade, le temps d’attente doit être d’une semaine. Or nous ne voulons pas rester aussi longtemps à Singapour tant le coût de la vie y est cher. Heureusement le système étant bien fait, il nous suffit de payer plus cher pour obtenir le visa rapidement.

C’est trois heures seulement après dépôt que l’ambassade nous rappelle nous disant que le visa est prêt et que nous pouvons venir chercher notre passeport.

Le visa russe

Un mois et demi plus tard, nous arrivons à Pékin, point de départ de notre projet de retour. Il nous manque le visa russe essentiel. Et c’est là que les choses se compliquent vraiment.

A l’image de ce pays très fermé, le visa russe est certainement l’un des plus difficiles à obtenir. Sauf que nous ne nous simplifions pas la tâche car nous le demandons à Pékin, capitale d’un des pays policiers les plus contrôlés du monde et dont les manquements à la démocratie font couramment la une de la presse internationale.

Obtenir le visa russe d’une durée d’un mois est très compliqué. Il faut montrer un billet d’entrée sur le territoire et un billet de sortie du territoire. En effet, nulle possibilité de choisir la date du visa. Celui-ci commence à la date où votre avion arrive et se termine quand votre avion s’en va. Il faut aussi présenter l’itinéraire prévu avec les hôtels dans lesquels nous allons dormir, sans parler d’une « invitation à entrer sur le territoire » délivrée par un organisme touristique russe et qui doit présenter cet itinéraire. Le visa russe n’est délivré que pour un voyage bien précis. C’est très sérieux et organisé. Difficile d’aller au hasard dans ce cas-là.

Pour nous qui voulons rentrer en Russie avec un billet de bus local acheté au dernier moment en Mongolie et qui n’avons pas encore prévu de sortie, ça commence mal. Et en plus, nous ne voulons pas non plus aller à l’hôtel mais dormir chez l’habitant. Disons qu’on ne se facilite pas la tâche.

Heureusement, de nombreuses entreprises proposent des services de création de « faux ». Une agence nous délivre un vrai-faux billet d’avion : une réservation réellement effectuée à notre nom puis annulée après obtention du visa. Une agence agréée par le gouvernement nous vend une vraie invitation mais pour un faux itinéraire. Et grâce à Booking.com, nous faisons des réservations d’hôtels tout le long d’un parcours fictif ; réservations que nous avons ensuite annulées sans frais. Pour l’anecdote, afin d’obtenir le visa nous disons que nous passerons dans certaines villes dans lesquelles nous n’avons finalement même pas mis le pied.

Nous devons nous présenter au « Russian Visa Center » avec une photocopie de chaque document. Nous ne voulons pas pour autant tout organiser et nous comptons sur tous ces faux. Nous faisons donc le choix de ne présenter qu’un faux billet d’avion de sortie (Saint-Pétersbourg/Tallinn), mais pas de billet d’entrée. Nous ne savons pas exactement quand nous allons arriver en Russie. Nous espérons aussi que la logique l’emporte : montrer que le but est de sortir et donc de ne pas rester cachés dans le pays…

Avec nos dossiers finalement complets, nous arrivons à 10h au centre des visas. La salle est déjà pleine et nous prenons un numéro dans la file d’attente. Nous attendons près de quatre heures avant de passer individuellement en entretien préalable. Les agents ne parlent que chinois ou russe et n’ont pas du tout l’habitude de recevoir des étrangers.

Malheureusement, c’est un refus initial : notre dossier n’est pas validé parce que nous ne présentons pas de billet d’entrée. Une bataille s’engage. Il nous faut parler, expliquer, argumenter, attendre pendant de longs moments durant lesquels on ne comprend pas ce qu’il se passe, puis recommencer.  Au bout d’une longue heure de discussion, le point des entrées/sorties semble validé.

Pour moi un autre point complique la chose. Ayant un nom d’usage – nom facultatif qui n’est pas mon nom de famille, système propre à la France – les noms inscrits sur mon passeport et sur mon visa chinois (celui délivré au Cambodge) sont différents. Les agents ne comprennent pas quel est mon vrai nom et me refusent à nouveau le visa. Ils ne cessent de communiquer avec le consulat. Car si le centre des visas réceptionne et pré-valide les dossiers, c’est le consulat qui donne son avis final. C’est après de longues parlementations avec la seule dame qui baragouine quelques mots d’anglais que le consulat accepte de garder nos dossiers et nos passeports pendant dix jours pour étude approfondie. Le dépôt du dossier aura pris pas loin de 10 heures. Mais nous ne sommes alors pas du tout assurés d’obtenir tous les deux le visa.

Et c’est avec une pointe d’appréhension, passée cette longue semaine d’attente, que nous voyons le visa russe collé sur nos passeports. Nous pouvons souffler. Et aux prochains qui voudrons demander le visa russe à Pékin : bon courage !

Money Money Money

Pendant ce voyage de retour une autre difficulté se présente dès le départ : la gestion de l’argent et des changements de monnaie. La manière dont nous nous y sommes pris est presque comique quand on y repense.

A Datong, grâce au partenariat entre ma banque française et une banque chinoise, nous décidons de retirer une très grosse somme d’argent d’un coup que nous utiliserons pendant plusieurs mois, et que nous échangerons au fur et à mesure de notre avancée.

En effet, les frais de change lorsqu’on retire aux distributeurs des banques sont pharamineux (10 % au Vietnam), mais ce partenariat franco-chinois me permet de retirer à taux zéro. Ensuite, nous prévoyons de trouver des petits comptoirs urbains qui pratiquent des taux très réduits. Nous avons toujours réussi à nous en sortir avec des pertes minimes et c’est ce que nous comptons faire entre Chine, Mongolie et Russie.

Nous partons donc de Chine avec près de 8 000 Yuans en liquide (1 050 Euros) et nous comptons les changer au fur et à mesure. A la frontière sino-mongole, je décide d’échanger une partie du pactole en quelques 1 370 000 Tugriks mongols au niveau du comptoir de change de la douane, et d’attendre Oulan-Bator pour changer le reste. Or nous ne trouvons plus aucun bureau de change dans le reste de la Mongolie. Une vraie tuile.

C’est après coup en nous documentant que nous comprenons qu’il est très compliqué de changer des Yuans chinois en Mongolie, ou alors en prenant rendez-vous avec une banque locale. Une vraie galère. Qu’à cela ne tienne ! La Chine est une des plus grandes puissances mondiales, nous n’aurons donc pas de mal à changer nos Yuans chinois en Russie… C’est tout du moins ce que nous pensons avec conviction en quittant Oulan-Bator.

Nous quittons donc la Mongolie avec 4 500 Yuans et 800 000 Tugriks en étant convaincus qu’il y aura un bureau de change à la frontière russe.

Quelques kilomètres avant le poste de douane, une femme monte à bord de notre bus et propose d’échanger des Tugriks en Roubles russes. Nous sommes méfiants, il vaut mieux l’être quand il s’agit d’argent, et flairons l’arnaque. Nous ne lui donnons que les derniers petits billets qui traînent au fond de nos poches pour voir ce qu’elle va nous rendre. Mauvaises langues que nous sommes, elle nous rend le montant exact en Roubles, sans aucun frais. C’est surprenant mais rien de perdu pour le moment.

Un peu plus tard, immense surprise ! Aucun bureau de change à la frontière. Impossible de changer notre argent. Nous attendons donc l’arrivée à Oulan-Oude pour tout changer. A la descente du bus, nous tombons des nues : aucun bureau de change et les banques de la ville russe ne prennent que les Euros et les Dollars.

Nous arrivons donc en Russie avec 4 500 Yuans, 750 000 Tugriks et aucun Rouble. Impossible de changer cet argent inutile et impossibilité de payer l’hôtel du soir. Nous « perdons » donc près de 800 euros sur notre budget prévisionnel, ce qui devait nous permettre de voyager au moins le mois à venir. Grâce au soutien familial et en retirant au distributeur de billets, nous nous en sortons au final plutôt bien.

Même si le Transmongolien est plutôt touristique et traverse trois pays, il n’est pas possible de changer les monnaies n’importe où. Il semblerait pourtant logique de pouvoir changer des Yuans chinois conservés depuis Pékin à l’arrivée du train deux jours plus tard à Oulan-Oude, en Russie. C’est ce dont j’étais absolument convaincu. Et bien non ! Alors mieux vaut être prévenu et prendre ses précautions.

Au milieu de la Russie, nous réussissons à échanger 260 000 Tugriks et 1000 Yuans à une voyageuse qui va dans le sens inverse du nôtre. Mais nous avons malgré tout près de 600 euros en monnaie étrangère inutilisable.

Nous ne trouvons aucun bureau de change à Moscou ou Saint-Pétersbourg et c’est finalement à Tallinn, en Estonie, qu’une bijouterie accepte nos yuans contre des euros, et à taux zéro ! Cependant, elle ne prend pas la monnaie mongole.

Nous l’avons lu depuis, le Tugrik mongol est une monnaie tellement insignifiante sur le plan international qu’il est en fait quasiment impossible de l’échanger en dehors du pays. A Paris, seul un bureau de change accepte cette monnaie mais à un taux de change exécrable qui nous ferait perdre pas loin de 100 euros.

J’écris cet article un an et demi après avoir quitté la Mongolie et nous avons toujours 540 100 Tugriks en attente d’utilisation. Peut-être pour nous inciter à y retourner, qui sait…

Nos 540 100 Tugriks

Nos 540 100 Tugriks

Bus Train et Frontière

Depuis Pékin

Après 10 jours à visiter l’incroyable Pékin et la section de la Grande Muraille de Chine de Jinshanling, nous décidons de rejoindre la ville de Datong, 350 kilomètres à l’ouest.

Au départ, nous voulions emprunter le Transmongolien. Nous réalisons pourtant très vite le coût excessif des trains en Chine. Nous décidons donc de prendre des bus locaux, beaucoup moins chers et beaucoup plus aventureux.

Je précise que nous n’utiliserons pour le reste du voyage que des bus et trains locaux ; nous n’aurons jamais recours à des taxis ou transports touristiques.

Il convient donc de trouver la bonne gare routière (il y en a une dizaine à Pékin) et de monter dans le bon bus (quand c’est écrit en mandarin, et uniquement en mandarin, ce n’est pas si simple). C’est également depuis la gare routière de Datong que nous rejoignons en une dizaine d’heures à travers les steppes de la Mongolie intérieure, région autonome chinoise, la ville de Erlian, à la frontière sino-mongole, 450 kilomètres au nord.

J’ai un grand souvenir de la gare routière insalubre de Datong, de ses toilettes où la crasse et les déjections humaines me percutent l’œil et les narines de dégoût, des guichetiers qui ne veulent pas nous décrocher un sourire, des hommes mi-vendeurs mi-vagabonds qui nous présentent des panneaux recouverts de signes chinois et qui nous hurlent agressivement dessus parce que nous ne les comprenons pas, des gens qui rotent, de ceux qui crachent ou crient au téléphone… A vivre !

Entre Chine et Mongolie

Après une courte nuit dans la ville fantomatique d’Erlian, nous nous apprêtons à passer la frontière sino-mongole. Nous savons d’avance que ça va être très long. Les frontières entre les ex-pays communistes sont réputées pour être très délicates à passer. Nous n’allons pas être déçus.

Nous prenons un bus qui doit nous emmener de l’autre côté de la frontière, dans la ville mongole de Zamyn-Üüd, à seulement 10 kilomètres à vol d’oiseau. Après près de deux heures d’attente dans le local de la compagnie de bus, nous partons pour quelques kilomètres jusqu’au poste-frontière chinois. Nous stoppons tous les 50 mètres. Des soldats chinois rentrent dans le bus et contrôlent nos passeports avant de nous laisser descendre pour passer la frontière à pied. Le bus et nos bagages sont inspectés.

Nous attendons une heure et faisons la queue au milieu des Mongols et des Chinois. Nous sommes évidemment les seuls étrangers et détonnons dans l’assemblée.

Le poste frontière Chinois d’Erlian

Des agents de douane chinois contrôlent nos passeports (ils ne sourient pas du tout), y appliquent les tampons de sorties, et nous pouvons quitter la Chine. Nous attendons à nouveau près de trente minutes. Nous reprenons le bus pour 500 mètres afin de franchir la frontière physique. Des soldats chinois inspectent le bus avant sortie définitive. Des soldats Mongols prennent le relais et inspectent les passeports avant entrée. C’est long. Le processus se répète à la douane mongole et nous sommes enfin habilités à entrer en Mongolie après une heure d’attente et quelques contrôles supplémentaires.

Nous arrivons à la gare routière de Zamyn-Üüd quatre heures après avoir quitté celle d’Erlian, 10 kilomètres au sud.

Cette ville est aussi le départ de la section mongole du Transmongolien. Les prix des billets de train vers Oulan-Bator achetés directement au guichet de la gare défient toute concurrence. C’est donc de nuit, dans une cabine de quatre personnes, en compagnie de deux Mongoles que nous allons traverser le désert de Gobi et les immenses étendues des steppes du sud de la Mongolie.

A bord du Transmongolien

Entre Mongolie et Russie

Après un mois de découverte de la Mongolie, notre visa arrive à expiration. Nous devons passer en Russie. Dans une optique de vivre l’aventure à bas coût, nous évitons le train touristique et les wagons première classe, et nous optons encore une fois pour le bus.

Nous partons de la gare routière de Dragon Tov à l’ouest d’Oulan-Bator, dans un vieux bus roulant au gaz et tout droit sorti d’un film russe des années 60. Nous nous rappellerons de cette route longtemps tant elle fut chaotique, et c’est après six heures de route pour 350 kilomètres que nous arrivons à Altanbulag, la ville frontière mongole. Nous nous arrêtons une heure dans un restaurant routier histoire de nous restaurer et nous nous rendons vers le poste frontière.

Le poste de frontière mongol d’Altanbulag

Dans la queue entre Mongolie et Russie (photo volée normalement interdite)

Nous constatons immédiatement du niveau de sécurité. Nous voyons les barbelés tout le long de la frontière, le no man’s land et les miradors de surveillance. Nous sortons d’abord assez rapidement de Mongolie, nous traversons la frontière physique au ralenti et nous arrivons à la douane russe. L’ambiance est bien différente. Comme un mois plus tôt entre la Chine et la Mongolie, des soldats inspectent nos passeports. Ils nous parlent toujours en Russe et ne font aucun effort lorsqu’ils voient que nous ne les comprenons pas. L’attente est très longue. Le bus, monté sur un rail, est inspecté sous toutes les coutures. Nos sacs passent aux rayons X. Nous-mêmes passons individuellement devant des agents qui nous scrutent, regards froncés et antipathiques, comme passés au scanner. Ce n’est vraiment pas le moment de sourire ; d’ailleurs rien ne pousse à rire tant l’atmosphère est stricte et pesante. Le passage de la frontière prend près de trois heures.

Et nous remontons dans le bus en direction de Oulan-Oude, à 250 kilomètres, ville qui fait la jonction entre le Transsibérien et le Transmongol. A l’état des routes, des infrastructures et des villages traversés, nous voyons directement la différence entre la Mongolie, plutôt pauvre, et la Russie beaucoup plus riche.

Au final, et comme à chaque fois que nous décidons de passer d’un pays à un autre, il faut compter une journée entière et savoir user de patience. Nous sommes partis d’Oulan-Bator vers 6h du matin et nous sommes arrivés à Oulan-Oude autour de 18h. Douze heures de bus pour 600 kilomètres. Notre record personnel.

En Russie

En Russie, nous expérimentons différents modes de transport : quelques bus et mini-bus locaux afin de rejoindre des sites naturels ou touristiques, un ferry pour aller sur l’île d’Olkhon, un peu d’auto-stop aux alentours de la ville de Perm.

Dans un bus à Irkoutsk

Mais c’est principalement le Transsibérien que nous utilisons pour traverser la Russie d’est en ouest. A la différence de l’Orient-Express, le Transsibérien n’est pas un train. C’est le nom de la voie de chemin de fer qui traverse la Russie. Sur le Transsibérien, le long des 9000 kilomètres qui séparent Moscou et Vladivostok, circulent au quotidien plusieurs dizaines de train.

Chaque voyageur s’arrête à la gare qu’il décide, et il y en a 990 au total, ce qui laisse un grand nombre de possibilités.

Tout cumulé, nous passons près de quatre jours et cinq nuits dans six trains différents pour parcourir les 6 300 kilomètres qui séparent Oulan-Oude de Saint-Pétersbourg. Le plus court trajet, entre Vladimir et Moscou, est de trois heures. Le plus long, entre Irkoutsk et Omsk, de deux jours.

Train du Transsibérien en gare de Moscou

Billet de Transsibérien : Oulan-Oude/Irkoutsk

De la Russie à Paris : la fin du voyage

Après un mois de balade en Russie, il est temps de rejoindre l’Europe. Nous envisageons un moment de passer par l’Ukraine ou par la Biélorussie mais pour des raisons de complications géopolitiques quant aux passages des frontières, nous préférons prendre un bus entre Saint-Pétersbourg et Tallinn, en Estonie.

La partie nord de la frontière entre la Russie et l’Estonie est le fleuve Narva. Le principal point de passage se fait au niveau des villes russe d’Ivangorod et estonienne de Narva. Nous avons notre billet de bus acheté la veille et nous avons peur d’être embêtés pour ne pas avoir respecté le faux billet d’avion présenté à l’origine pour obtention du visa. Tout se passe finalement bien. Le poste frontière russe se trouve d’un côté de la rivière. Le bus, nos affaires, nos passeports sont inspectés et les militaires russes sourient toujours aussi peu. Mais nous commençons à être habitués.  

Nous quittons la Russie en traversant le fleuve et rentrons en Europe dans la ville estonienne de Narva. C’est beaucoup plus fluide et rapide. Nous sommes Européens et n’avons pas besoin de montrer patte blanche. Même si nous sommes encore loin de chez nous, c’est une sensation étrange de retrouver l’Europe et l’euro après près de deux ans d’absence.

Après quelques jours à Tallinn, nous traversons les pays baltes pendant une très longue journée de bus et arrivons en Pologne. Nous visitons Varsovie, Cracovie et Wroclaw avant de changer de pays et de rouler vers Prague pour plusieurs jours.

Nous rejoignons enfin la France après une nuit complète de bus. Une nuit mémorable en position semi-assise, entrecoupée d’arrêts intempestifs, d’allumage de lumière et de « Munich, 10 minutes d’arrêt » hurlé au micro. Le combo parfait pour une nuit blanche et un retour en France très fatigués. Mais heureux d’un projet accompli sans trop d’accrocs.

Entre Pékin et Paris, ce sont en finalité 12 000 kilomètres que nous avons parcourus, en trois mois, à bord de sept trains, neuf bus et zéro avion.

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