Rendez-vous en terrain connu : chez les Lo Lo noirs

Rendez-vous en terrain connu : chez les Lo Lo noirs

Dans la province de Cao Bang tout au nord du Vietnam, l’ethnie des Lo Lo noirs vit toujours en retrait du monde moderne dans le petit village de Khuoi Khon. Un numéro de l’émission Rendez-vous en terre inconnue leur avait été consacré en 2011 avec la participation du rugbyman Frédéric Michalak. Huit ans plus tard, c’est avec un couple de français rencontré sur la route, Charlie et Sophie, que nous sommes allés à leur rencontre.

 

Un début mitigé

 

Depuis Bao Lac, la route n’est pas bien longue pour arriver à Khuoi Khon. Ce sont seulement les derniers kilomètres qui nous font suer à grosses gouttes. L’asphalte a disparu, l’accès n’est plus qu’une route périlleuse, très pentue en terre sur laquelle sont éparpillés des rochers. On est à flanc de montagne, sur notre droite il n’y a plus que le vide. Nous avons passé les dernières maisons d’un autre village et la montée est de plus en plus difficile pour nous qui ne sommes pas de grands motards. Sophie cale deux fois dans les virages en épingle. Je laisse Cannelle descendre de la moto et je décide de piloter tout seul notre scooter semi-automatique pendant qu’elle finit les dernières centaines de mètres à pied.

L’accès au village lui-même se fait par une montée extrêmement raide que nous nous refusons à emprunter en moto, d’autant plus qu’il a plu et qu’il ne reste que de la boue. Alors qu’on voit les premières maisons apparaître, on décide de s’arrêter et de laisser les motos devant la toute première maison du village, située encore en contrebas.

Une dame sort de l’habitation. Elle a entendu les moteurs et nos éclats de voix et s’empresse de venir vers nous. Il n’y a aucun doute, c’est une Lo Lo noire. Elle est vêtue des habits traditionnels très sobres des Lo Lo : une veste noire avec des manches colorées et une coiffe noire. Elle nous tend des tickets et nous fait comprendre que pour aller plus loin, il nous faut payer. C’est la première surprise.

Nous qui nous attendions à trouver un village perdu dans les montagnes, on est quelque peu intrigués par cette façon de faire. L’entrée n’est pas chère, 20 000 dôngs par personne, soit moins d’un euro. Nous hésitons malgré tout, on a peur d’entrer dans un village touristique et de ne pas trouver l’authenticité qu’on espérait. La dame se montre très insistante, on comprend qu’elle ne nous laissera pas passer si on ne paye pas. Nous nous regardons les uns les autres, indécis, un peu gênés aussi. Devant la véhémence de la dame, nous payons. En regardant de plus près nos tickets, on lit que c’est l’agence de voyage Amica Travel qui les « sponsorise et imprime » pour « le développement et la communauté de Khuoi Khon ». C’est donc en finalité une bonne chose.

 

 

Une fois la taxe d’entrée acquittée, la dame nous fait de grands signes pour nous inviter chez elle. Sa maison est construite en bambou, avec une grande terrasse. Elle nous fait asseoir dans la pièce à vivre. Il n’y a aucun meuble, juste une armoire en bois et un foyer sur les cendres duquel est posée une bouilloire. Elle nous sert du thé.

 

 

On est très touchés de cette invitation et très curieux de découvrir son mode de vie. Elle revient cependant très vite avec de l’artisanat qu’elle souhaite nous vendre. Les « lolos » sont en fait les vestes noires portées par les femmes. Le nom de l’ethnie vient tout simplement de l’habit qu’elles portent.

 

Un lolo

 

La dame nous montre plusieurs vestes et des pièces décoratives cousues main. Elle les étale devant nous et annonce les prix. Cette invitation n’est donc pas désintéressée, elle espère nous vendre son artisanat. D’un côté, on comprend la démarche. De l’autre, on est tout de même surpris de constater que cette dame est visiblement habituée à gérer des touristes. Elle ne tarde pas à nous annoncer d’autres prix : ceux qu’on devra payer si l’on souhaite dîner et dormir chez elle. On remarque que dans un coin de la pièce sont empilés des matelas et des couvertures. Elle doit recevoir régulièrement des touristes de passage chez elle.  Elle est d’ailleurs persuadée que nous allons rester dormir. C’est notre deuxième surprise. Si nous avions évoqué l’idée de dormir chez l’habitant dans ce village, nous espérions pourtant que ce soit de manière plus naturelle et moins organisée.

Après quelques minutes passées dans sa maison, nous partons explorer le reste du village. Nous laissons les motos devant la maison et partons à pied. Après la côte boueuse, nous arrivons près de la source où les habitants du village vont s’approvisionner en eau.

 

A la source

 

Les femmes portent toutes deux seaux sur leurs épaules et font la queue pour les remplir. De l’autre côté, des hommes et des enfants sont en train de se laver les cheveux. La scène n’a rien d’habituel pour nous qui avons l’eau courante à la maison. Ici, les habitants doivent venir chercher leur eau et la rapporter chez eux.

 

 

La côte continue de plus belle jusqu’au cœur du village. Les femmes avancent lentement dans la montée, un seau de chaque côté des épaules. Nous comprenons qu’elles doivent certainement faire cet exercice plusieurs fois par jour.

Nous continuons notre visite et arrivons devant une énorme maison en bambou. Une plaque apposée sur le mur nous indique que cette maison a été aménagée par Amica Travel pour les villageois, afin de leur permettre notamment d’accueillir des groupes de touristes amenés là par l’agence. Ils ont la possibilité d’y passer la nuit en revenant de trek dans les rizières. Il y a même des toilettes et deux douches, mais on se rend vite compte que les villageois ne les utilisent pas.

 

L’entrée de la maison commune. La plaque « offert par Amica Travel » est sur la gauche

 

A l’entrée de la maison, une femme nous aborde et nous propose de monter voir l’intérieur. Là encore, le même jeu se répète : elle nous fait asseoir près du foyer, nous sert du thé puis nous amène ses vestes cousues main. Elle nous indique aussi les prix pour manger et dormir. Dans un coin, nous apercevons la même pile de matelas indiquant bien la présence régulière de touristes comme nous. D’ailleurs, tous les prix qu’elle nous annonce sont identiques à ceux de la première dame à l’entrée du village.

On est assez déçus de ce constat : les deux personnes rencontrées ne font pas preuve d’une réelle hospitalité et, même s’ils sont très gentils, ne font que vendre un service. L’émission Rendez-vous en Terre inconnue a apporté une certaine notoriété au village, dont certains habitants semblent tirer parti. Les touristes sont plus nombreux que ce qu’on pensait à venir voir les Lo Lo. En revenant vers la source, on croise un groupe d’une dizaine de touristes en tour organisé. Leur guide leur permet de photographier les gens qui se baignent et qui remplissent leurs seaux. Quelques minutes plus tôt, nous avions demandé à ces mêmes personnes si elles souhaitaient être photographiées et la plupart avait répondu non. On les regarde donc se faire mitrailler sans leur consentement. On est un peu écœurés. Le groupe est accueilli dans la maison que nous venons de quitter. Une heure plus tard, ils repartent déjà avec des paquets dans les bras. Leur tour ne leur permet pas de passer la nuit dans le village. Ils ne seront même pas allés voir le reste des maisons situées un peu plus loin. C’est là-bas que finalement la magie a opéré pour nous.

 

Accueil chaleureux et souvenirs en pagaille

 

La première heure passée dans le village Lo Lo est mitigée, oscillant entre déception et découverte d’un village au décor fabuleux. Nous voulons en voir plus et c’est pour cette raison que nous décidons de nous enfoncer plus loin dans le village, vers les dernières maisons plus isolées.

Toutes les maisons sont construites en bois et bambou selon le même modèle. Une grande pièce à vivre, quelques chambres à part et une terrasse donnant sur l’extérieur. Les maisons sont en fait construites sur pilotis, la pièce centrale est à l’étage et nous pouvons observer, au travers des lattes en bambou du plancher, les motos entreposées en-dessous, sur la terre battue, mais aussi le bois pour le feu, les sacs de riz et parfois des cochons.

Dans ce village, les toits sont en tuiles. Dans d’autres, ils sont en palmes. Les toits forment deux angles avec des trous zénithaux par lesquels s’échappent les fumées du foyer. Lorsqu’il pleut, ce sont ces seules rangées de tuiles qui nous séparent de l’eau. On reçoit tout de même une petite bruine lorsque l’averse est violente. L’architecture est unique et très belle. Ce sont des maisons traditionnelles comme on en voit de plus en plus rarement au Vietnam. Entre ces maisons, nous marchons sur les petites sentes en terre et nous attirons les regards.

 

quelques rues du village

 

Sur les hauteurs du village, les touristes ne montent habituellement pas. Les habitants nous regardent fixement. Ils se demandent visiblement ce qu’on fait là. Les groupes d’enfants, curieux et craintifs, nous suivent à distance sans oser s’approcher.

 

 

Au détour d’une maison, une dame au sourire rouge de bétel nous invite chez elle. Cette fois, elle ne nous demande rien. Elle n’a pas d’artisanat à vendre. Elle ne parle même pas le vietnamien. Sophie qui est d’origine vietnamienne et pratique la langue est incapable de discuter avec elle. Elle a l’air juste contente d’accueillir des étrangers chez elle.

 

 

D’autres habitants montent dans la maison. Ici, les gens ont l’air de pouvoir rentrer chez les uns et les autres sans problème. Une jeune femme nous aborde, cette fois elle parle vietnamien. Sophie traduit : elle nous propose de venir chez elle.

 

La maison de nos hôtes d’une nuit

 

Une fois chez cette jeune femme, on nous offre de nouveau du thé. L’après-midi est déjà bien avancé, mais la dame n’hésite pas à nous faire à manger. Elle nous offre du riz, des légumes bouillis et du gras de porc. On essaye d’être polis et de tout manger mais le gras de porc a un peu de mal à passer. Elle le comprend vite à nos têtes et nous fait signer en rigolant de jeter les derniers morceaux au chat. Pendant un moment, nous nous sommes d’ailleurs demandé s’il ne s’agissait pas de viande de chien.

 

Un repas Lo Lo

 

Beaucoup de monde commence à se rassembler dans la maison pour nous observer. Tous se regroupent d’un côté de la pièce tandis que nous mangeons de l’autre. On échange des sourires timides jusqu’à ce que des petits garçons, intrigués par nos téléphones et appareils photo, viennent faire des photos avec nous.

Comme dans les autres maisons, nous trouvons une grande pièce principale et quelques petits espaces sur les côtés pour placer les lits. D’un côté sont entreposés les ustensiles de cuisine et les denrées alimentaires, ainsi que des tas de bois. Au milieu de la longueur de la pièce, mais pas vraiment en plein centre, est situé le foyer. Il s’agit d’un carré d’un mètre de côté, creusé dans le plancher et renforcé d’une plaque de fer. Les bûches sont posées en rond et poussées au centre au fur et à mesure de la combustion. Une grande marmite est posée sur un trépied, juste au-dessus des flammes. Il n’y a pas d’aération. Les fumées se diffusent dans la pièce et imprègnent nos vêtements et nos corps.
Pour le reste, la maison n’est pas alimentée en eau et c’est à la source que la propriétaire doit aller chercher l’eau. L’électricité n’alimente le foyer que depuis quelques mois. Le père de la maison est tout heureux d’allumer sa télévision et de nous présenter sa « sono ». A l’opposée du foyer se trouvent le portrait d’Hô Chi Minh, ceux des anciens membres de la famille, ainsi que la photo de mariage du couple, tous rassemblés autour d’un petit autel religieux.

 

L’intérieur typique d’une maison Lo Lo

 

Les douches et lessives se font à la source. Pour ce qui est de faire ses besoins, le propriétaire nous tend un rouleau de papier toilette et nous indique de sa main les bois environnants. Le message est passé… Le reste de la maison est assez vide puisque les Lo Lo possèdent très peu de mobilier et d’objets de décoration.

La femme nous propose rapidement de rester dîner et dormir chez elle. Nous comprenons que nous ne pouvons pas laisser les motos sur le bord de la route à l’entrée du village, et qu’il nous faut redescendre voir avec la dame de la première maison si elle ne peut pas nous les garder pour la nuit. En comprenant que nous ne dormirons pas chez elle, son visage se ferme et plus aucun sourire ne nous sera offert. Elle souhaite que nous payions pour garer les motos dans son garage. Après négociation, nous nous entendons sur 60 000 dôngs pour les trois motos.

S’en suit une succession de moments magiques. La source pour se rafraîchir, les regards curieux et les sourires des gens. La vue sur la terrasse pour le coucher du soleil, les pieds pendant dans le vide. Les jeunes filles qui mènent les troupeaux de vaches dans les sentes à la fin de la journée. Les nombreux coucous et sourires des habitants. Les groupes de petits garçons qui nous tapent dans les mains. Ces très nombreuses images qui resteront gravées dans nos mémoires pour longtemps.

 

Quelques scènes de village

 

Pour le dîner, le même repas nous est servi. L’alimentation des Lo Lo n’est pas très variée. Notre hôte installe des nattes sur le sol et des couvertures. Son fils rentre de l’école et est très intrigué de nous trouver là. Nous passons une partie de la soirée à jouer aux cartes avec lui, sous la lumière de l’unique ampoule qui éclaire la pièce et qui attire tous les insectes volants de la région. C’est sous le regard amusé des parents que nous rions de nos différences culturelles.

 

 

L’une des plus belles soirées passées au Vietnam.

Le lendemain matin, nous sommes réveillés tôt aux premières lueurs par les odeurs de fumée. En effet, la jeune femme allume le feu au cœur du foyer dès 5h. De plus, il y a de l’agitation très tôt dans le village. Les jeunes filles mènent les troupeaux paître à l’extérieur et les vaches ont toutes des cloches accrochées au cou. Autour de 6h, le jeune garçon qui a dormi tout habillé à nos côtés se lève, il se débarbouille rapidement et sans prendre le temps de manger ou de se changer, enfile son cartable et file effectuer les 6 kilomètres qui le sépare de l’école. Je lui offre un de mes stylos avant de partir. Nous décidons de partir nous aussi, pour ne pas manquer le marché de Bao Lac et ne pas abuser de l’hospitalité de nos hôtes.

La jeune femme n’attend rien de nous, mais nous décidons de l’aider, elle et sa famille, en lui donnant un peu d’argent. Après tout, c’est ce qu’on aurait fait si on avait décidé de dormir dans la première maison ou dans la maison commune. Avec le recul, je ne sais pas trop si c’était une si bonne idée que ça. On a voulu aider comme on a pu, notre geste partait d’une bonne intention, mais on a vu aussi que l’argent pouvait pousser les gens à la malhonnêteté. L’anecdote suivante en est la preuve.

En revenant chercher nos motos, la dame de la première maison tente de nous faire payer plus que ce qui avait été convenu la veille. Elle finit par comprendre que nous ne céderons pas et que nous ne paierons pas plus que les 60 000 promis. Malheureusement, nous n’avons pas de petits billets avec nous et sommes obligés d’en donner un de 500 000 dôngs. La dame fait traîner les choses, elle ne veut pas nous rendre la monnaie. Nous attendons. Elle compte et recompte, mais pas devant nous, elle est assise à l’intérieur, sur les marches. Nous attendons. Comprenant sûrement qu’on ne va pas partir sans notre monnaie, elle finit par revenir avec une liasse de billets. On recompte devant elle, le compte n’y est pas. Il manque de l’argent. Sophie, excédée, le lui signifie en vietnamien. La dame lui arrache alors les billets des mains et recompte devant nous, en essayant de tricher : 10, 11, 13, 14, 15, le compte est bon… Nous ne sommes pas dupes, et après une bonne vingtaine de minutes perdues face à tant de malhonnêteté, elle finit de mauvais cœur par nous rendre toute la monnaie qu’elle nous doit.

 

Ascenseur émotionnel et questionnement

 

Cette visite est à double tranchant. C’est une expérience absolument exceptionnelle entrecoupée d’instants dérangeants, voire choquants, liés à une présence touristique sur le site.

Un article du Nouvelobs de 2012 s’interroge sur la suite donnée à l’émission : « Deux mois de tournage en 2010 pour filmer le choc des cultures entre le rugbyman F.M. et la famille de Lo Lo qui l’accueille. Au final, plus de sept millions de téléspectateurs et des sollicitations qui affluent pour découvrir le territoire des Lo Lo. Un bien pour un mal ou vice versa, c’est selon ». (Brunet, Elisa, « Vietnam : Rendez-vous chez les Lo Lo noirs », o.nouvelobs.com, publié le 20 novembre 2012).

Aujourd’hui, de très nombreuses agences touristiques vendent des treks de plusieurs jours au Vietnam et certains passent une ou plusieurs nuits dans le village des Lo Lo. Nous avons pu relever par exemple l’agence Nomade Aventure. Celle-ci propose 14 jours de trek dont 5 dans le village des Lo Lo à partir de 2300 € par personne. L’agence Allibert Trekking guide des touristes pour 15 jours à partir de 2085 €. Terdav, agence canadienne, propose son tour de 14 jours pour pas moins de 3000 $ canadiens. Ou encore Terres oubliées qui demande 1700 € pour 16 jours de trek à partir d’Hanoï et 2700 € à partir de Paris.
Au regard de notre expérience de visite et de la présence indéniable du tourisme des Lo Lo, nous avons cherché à comprendre : un bien pour un mal ? Ou vice versa ?

Précisons d’ailleurs qu’après la diffusion de l’émission de France 2, Frédéric Michalak avait souhaité créer l’association Tends la main pour venir en aide aux Lo Lo noirs. A ma connaissance, cette association n’existe plus, ou en tout cas son site internet officiel n’existe plus.

Le nom d’Amica Travel est apparu à deux reprises pendant notre visite. Cette agence, comme c’est indiqué sur leur site, a apporté son aide logistique pour le tournage de l’émission de France 2. C’est donc à Amica Travel que j’ai adressé un mail interrogatif, légèrement provocateur, mais sans jugement aucun. J’ai en quelque sorte retranscris le récit de notre visite et raconté les éléments choquants auxquels nous avons été confrontés, entrecoupés de mes questions. En voici un extrait.

 

Des questions

 

« Y a-t-il un contrôle d’Amica Travel sur les gains de la taxe d’entrée ? Si oui, qui contrôle la répartition des gains ? Comment sont-ils répartis et quels sont les projets en cours pour le développement du village ? […] N’avez-vous pas peur qu’une toute petite minorité de personnes retire tous les gains du tourisme ? ».

A propos des toilettes, don d’Amica, non utilisées par les villageois : « Pensez-vous réellement que ces commodités ont été installées pour les habitants ou plutôt pour vendre un meilleur service touristique ? Pourriez-vous vendre un tel séjour chez l’habitant si la maison ne possédait ni douche, ni toilettes ? »

J’ai évoqué dans le mail ce moment surprenant où le guide autorise des touristes à prendre des gens en photo sans leur consentement. J’ai fait un rapprochement historique en leur signifiant que cette scène m’avait fait penser aux zoos humains des expositions coloniales du XIXe siècle. Et je leur ai demandé si c’était cela leur vision du tourisme responsable.

Mon mail s’est achevé par une question ouverte ou une interrogation sur le bienfait de la présence touristique chez les Lo Lo : « Au regard de l’argent qui n’est qu’une denrée perverse, le village des Lo Lo noirs ne s’en porterait-il pas mieux sans aucune présence d’un tourisme organisé ? ».

Précisons qu’Amica Travel est une agence de voyage créée et gérée par des Vietnamiens. Elle prône un tourisme responsable, c’est-à-dire pour un développement qui ne doit pas être unilatéral mais qui doit profiter à tous. Leur charte met en avant « un code de conduite avec des valeurs : respect, partage, compréhension […] qui s’incarnent dans ses comportements et ses relations, tant en interne qu’en externe ».

 

 

Des réponses

 

La réponse d’Amica Travel est arrivée trois jours plus tard.

Amica Travel n’a sans doute pas apprécié que je pose des questions sur leur activité et que je puisse en questionner les bienfaits. Et le ou les rédacteurs du mail me l’ont fait savoir.

Ils me reprochent tout d’abord d’utiliser trop d’adjectifs grandiloquents dans mon récit. Ils jouent sur mes mots et me signalent par exemple que la route d’accès au village n’est pas « périlleuse » et qu’ils pourraient m’indiquer « des villages aux situations bien plus dramatiques ».  Ce n’est que la première d’une longue série de piques dans leur mail.

Ce qui nous a profondément choqué dans cette réponse est l’importance des jugements, les attaques mesquines, et l’absence de réponse dont ils ont fait preuve.

Petit florilège verbatim :

  • « Vous nous posez un certain nombre de questions, notre première réaction était : mais sous quelle égide ? c’est un expert en affaire autochtones, de l’UNESCO, un ethnologue ? De quel droit vous posez ces questions ? mais à la lecture complète de votre mail, nous trouvons vos questions constructives, d’où notre volonté de vous répondre »
  • « La France accueille 70 millions de touristes, comment les gains sont partagés ? Avez-vous des idées pour améliorer les choses ? »
  • « Vous savez, en écrivant à Amica, vous écrivez à des Vietnamiens. Vu cela, à propos de colonies, d’expositions coloniales, et vu le fait que vous ne connaissez pas le pays et ses caractéristiques, pensez-vous qu’il soit de si bon aloi de donner vos conseils ? »
  • « D’ailleurs nous ne comprenons pas pourquoi vous visez que le tourisme organisé. En quoi le tourisme en liberté comme vous le faites est meilleur ? »
  • « Avant de délibérer sur l’impact du tourisme sur des groupes ethniques, vous devriez mieux comprendre l’échiquier »
  • « Vous préférez laisser les Lolos dans la nuit des temps ? […] Pourriez-vous vivre longtemps comme eux avant, sans rien ou avec le strict minimum ? Non pas longtemps, vous préféreriez vite l’évolution et suivre la marche du monde, puis en faire le tour n’est-ce pas »

Et enfin de terminer leur réponse par

  • « Denrée perverse : nous ne sommes pas d’accord avec ce point de vue qui est celui des gens ayant des moyens. A ce propos, permettez-nous de vous demander : comment vous faites pour financer vos voyages autour du monde ? ».

Pourquoi tant d’agressivité ? Je reconnais aisément la provocation de mes questions, qui poussaient à la réflexion mais qui n’étaient pas agressives. Je laissais la porte ouverte à une réponse positive, sobre et à l’image de leur entreprise : responsable, respectueuse et compréhensive. Amica part pourtant du principe, sans savoir qui je suis, ni même connaître mes intérêts historiques, que je ne connais rien au pays, que je ne suis pas expert, donc que je devrais me taire ou ne pas donner de conseils. Mais depuis quand est-il interdit à des non spécialistes de poser des questions et à quiconque de s’informer ? Pourquoi la connaissance de l’histoire du Vietnam et de ses particularités ne reviendrait-elle qu’aux Vietnamiens ? C’est assez naïf de penser – sous prétexte que je ne semble être qu’un jeune homme français diplômé et touriste fortuné à ses heures perdues – que je ne peux pas connaître.

Pour autant qu’elle n’ait eu rien à se reprocher, Amica Travel aurait dû me répondre comme l’aurait fait n’importe quelle agence qui devrait conserver une bonne image d’entreprise face à un potentiel client, en adoptant un ton neutre. Cette absence totale de neutralité pose encore plus de questions.

Entre les questions sans fondement et les attaques, le mail apporte pourtant quelques réponses.
Les gains de la taxe ne sont absolument pas contrôlés par Amica qui n’aide qu’à l’impression des tickets. Personne ne sait donc ce qu’il advient de l’argent donné à l’entrée du village. L’agence a aidé à la construction de la maison communale à hauteur de 40 000 €. De plus, elle est en train de construire une autre maison à l’usage unique des villageois et qui ne sera pas accessible aux touristes. On a ici l’impression que l’agence rend légitime la présence touristique par le fait qu’elle aide avec la taxe et en aménageant la maison commune. Cette taxe semble plus être un moyen d’asseoir sa présence au village, et son exploitation, en contentant les villageois, plus qu’une réelle démarche humanitaire.

Amica reconnaît que les toilettes et douches ont été installées tout autant pour les villageois que pour les touristes car « ce n’est pas facile de proposer à nos clients, qui ne sont pas jeunes, de se priver de ces commodités ». Elle nous annonce que le nombre de nuitées par an se porte à 40 et que la première maison en bas du village a été aménagée par une autre agence, contre leur gré. Alors là nous ne comprenons plus : Amica Travel imprime des tickets dont la gestion revient à la propriétaire d’une maison gérée par une autre agence sans leur consentement. Très étonnant.

A coup d’attaques agressives, le rédacteur du mail cherche pourtant à montrer tous les bienfaits de la présence d’Amica chez les Lo Lo. Grâce à eux, les Lo Lo se développent, peuvent manger des protéines plus régulièrement et sortent de leur misère ancestrale. D’ailleurs ; les attaques qui portent sur mon voyage, mon argent, la manière dont je l’ai gagné – mais aussi la façon dont j’aimerais, si j’étais à la place des Lo Lo, sortir de cette misère et faire le tour du monde – sont très dérangeantes. Ils me font passer pour le cruel occidental qui voudrait priver les Lo Lo du tourisme et donc leur nuire. Le rédacteur du mail n’a justement pas vu que mon interrogation sur le processus touristique était au contraire la volonté de leur permettre un développement sans accros, un moyen de montrer mon attachement à une sortie de la nuit des temps sans présence étrangère et vénale.

Amica Travel met sur le même plan « argent » et « tourisme » comme s’il n’y avait pas d’autre moyen que le tourisme pour aider des peuples à se développer. Cette agence aime à penser qu’elle fait de l’humanitaire. Le problème pour moi est qu’il y a cette contrepartie de la présence touristique. Nous sommes certes loin de la masse des touristes de la baie d’Halong. Je pense pourtant qu’il y a un début à tout. Si la seule Amica mène 40 groupes par an, combien cela fait-il de groupes en comptant toutes les autres agences ? Amica Travel n’a sans doute pas apprécié qu’entre les lignes je les nomme « entreprise commerciale à caractère lucratif » et non « œuvre humanitaire ». La volonté d’une rentabilité financière en fin de mois marque en effet une grande différence. Comme le proverbe le dit : l’argent appelle l’argent. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Par ailleurs, l’agence Allibert Trekking accompagne des touristes une quinzaine de jours à partir de 2085 € par personne. Cette somme est astronomique par rapport aux ridicules 20 000 dôngs de la taxe d’entrée, seulement 80 centimes d’euros.

C’est à peu près ce que j’ai répondu à Amica Travel dans un mail très argumenté. Pour les contredire, je leur ai signifié qu’après une longue analyse du tourisme, la seule façon pour moi de protéger les patrimoines – culturels, naturels et immatériels – et les traditions, est de ne pas les faire interférer avec le tourisme, quel qu’il soit. Je me comprends dedans. Notre voyage d’un an et demi nous a montré les dérives du tourisme, un fléau des temps modernes. Si le seul moyen de protéger est donc d’interdire l’accès aux touristes, il faut changer notre façon de nous déplacer à l’étranger et le faire de manière humanitaire. Ce sera sans doute ça la vraie responsabilité.
Cette analyse est une réponse radicale au rôle de saint-sauveur que veut se donner Amica.

Je ne suis pas contre le tourisme, puisque je suis un touriste voyageur. Je ne suis évidemment pas contre le développement de ces minorités. Je suis en revanche contre l’utilisation d’une minorité ethnique ou d’un peuple quel qu’il soit pour un enrichissement personnel via un système de vente. Là est le problème majeur du tourisme actuel. La question que nous pourrions nous poser est : existe-t-il un bon tourisme ? Je ne pense pas. Quelle que soit la forme de tourisme pratiqué, individuel ou organisé, je pense qu’il n’y a que des degrés dans l’échelle de la nuisance. La visite, telle que nous l’avons effectuée dans le village des Lo Lo, est une forme de nuisance. Alors que nous pensons avoir aidé cette famille, nous ne savons par exemple pas ce qu’il est advenu de l’argent que nous lui avons donné. Nous ne savons pas non plus si la nourriture que l’on a mangé n’était pas les réserves de la semaine, offertes pour nous faire plaisir et donc susceptibles de les amener à une privation future. Néanmoins je pense que cette forme de tourisme en liberté a un impact minime, au degré 0.5 de l’échelle du nuisible. Est-ce le cas du tourisme organisé version Amica Travel ? J’ai ma petite idée.

J’ai en effet l’impression qu’il faudrait creuser davantage le concept de « tourisme responsable » prôné par des agences touristiques plutôt que d’y plonger tête baissée en pensant faire une bonne action. A méditer !

 

PS : Lorsqu’il s’agit de prendre les gens en photo, nous ne cachons jamais l’appareil. Celui-ci est toujours bien visible et lorsqu’on nous fait un signe négatif, nous le rangeons et ne tentons pas malgré tout d’avoir un cliché malhonnête. Lorsque les photos sont frontales, nous demandons toujours l’autorisation et nous montrons les photos aux concernés, surtout les enfants qui en sont toujours très contents.

 

Quand les enfants prennent une photo !!

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

RENCONTRER LES ETHNIES DU NORD

Le Vietnam est un pays multiethnique et multiconfessionnel complexe. Il compte 54 ethnies reconnues par le gouvernement, mais on en inventorie environ 75. Les Viêt, également appelés Kinh, constituent l’ethnie majoritaire du pays et représentent 86 % de la population totale du Vietnam. Les 53 autres sont donc minoritaires, et 30 à 40 % d’entre elles vivent dans les montagnes du nord.

Aujourd’hui, toutes ces ethnies cohabitent en harmonie. Les minorités ne représentent que 14 % de la population totale du Vietnam, mais elles occupent les deux tiers de la superficie du pays. Si les Viêt vivent principalement sur les côtes et les plaines, les ethnies minoritaires occupent les montagnes et toute la frontière ouest du pays. En s’éloignant des villes côtières et en partant à moto dans les provinces de Hà Giang et Cao Bang, nous avions toutes les chances de découvrir ce large éventail d’identités culturelles puisque les minorités y représentent 80 % de la population.

 

 

PARTIE 1 : PREMIER APERÇU GRÂCE AU MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DU VIETNAM

 

Notre premier arrêt à la découverte des ethnies du Vietnam s’est fait à Hanoï. Le musée d’ethnographie du Vietnam y a en effet été inauguré en 1997, en présence de Jacques Chirac. La France a participé activement au financement du musée à hauteur de 2,4 millions de francs et l’architecture intérieure a été réalisée par une architecte française.

Le musée se divise en trois parties. La première que nous ayons visitée est l’espace d’exposition permanent, qui présente les 54 ethnies du Vietnam. C’est bien sûr la partie qui nous intéressait le plus et qui justifiait notre venue. Des objets de la vie quotidienne sont exposés ainsi que des habits traditionnels, des outils, des portraits et même des maisons reconstituées. L’espace est très beau, mais on s’y perd vite : chaque ethnie est présentée de manière détaillée, il est impossible de tout retenir ! Les informations sont indiquées en trois langues : vietnamien, anglais et français. Sont présentées les façons de vivre, de pêcher, cultiver, l’architecture, les vêtements, etc., mais aussi les origines ethniques, les dialectes parlés, la répartition géographique, la population… Le musée est très complet.

On peut donc retenir que les ethnies du Vietnam sont divisées en cinq groupes linguistiques : les Austronésiens, les Austroasiatiques, les Tay-Kadaï, les Sino-Tibétains et les Miao-Yao. Certaines minorités sont très faciles à identifier en raison de leurs vêtements, mais pour beaucoup la tâche n’est pas forcément évidente. La plupart des hommes que nous avons vu portaient des vêtements occidentaux, alors que les femmes étaient souvent en habits traditionnels.

En général, les vêtements sont confectionnés à la main. Une femme peut passer plusieurs mois voire plusieurs années à les réaliser, comme c’est le cas des femmes Lo Lo qui mettent des mois à broder des motifs sur leurs vestes. Ces habits permettent de montrer l’appartenance au clan et de préserver leur identité culturelle. D’ailleurs, la plupart des minorités sont connues sous des noms désignant la couleur de leurs vêtements, comme les Hmong noirs ou fleur, les Dao rouges, les Lo Lo noirs ou bariolés, etc. Les techniques de fabrication ne sont pas les mêmes d’une ethnie à une autre, tout comme les couleurs et les motifs utilisés.

Le deuxième espace d’exposition est situé à l’extérieur : il s’agit d’un immense parc dans lequel sont exposées dix maisons aux architectures différentes. Certaines minorités privilégient les maisons sur pilotis, d’autres les habitations de plain-pied ou encore avec des murs en terre battue, des toits de tuiles ou de chaume, etc. Selon la région et le type de terrain, chacune s’adapte et crée ses spécificités. Les maisons présentées sont toutes très impressionnantes, et on peut entrer dans toutes pour visiter l’intérieur à condition d’enlever ses chaussures.

 

Une maison traditionnelle dans le jardin du musée

 

Enfin, le troisième espace est dédié à l’Asie du Sud-Est de manière plus générale. Cet espace a été construit plus tardivement que le reste du musée puisqu’il a été inauguré en 2013. Ce n’est pas la partie qui nous intéressait le plus, nous n’y avons fait qu’un tour rapide, le reste étant déjà très long à visiter.

En plus du musée en lui-même, il faut souligner que l’établissement est également un centre de recherches.

 

Notre road trip nous a mené dans la région nord, à la frontière de la Chine, où vivent principalement les minorités Hmong, Dao, Nung, Tay, Lo Lo et La Chi. On l’a vite compris, les ethnies du Vietnam sont nombreuses et chacune a une façon de vivre et un dialecte qui lui sont propres, mais aussi des traits communs avec les autres. Leurs différences contribuent à la diversité culturelle du pays. Aujourd’hui, les particularités de chaque groupe ethnique sont considérées par le gouvernement vietnamien comme un faire-valoir permettant de développer le tourisme. Il faut donc faire preuve de prudence lorsque l’on souhaite aller dans les villages des minorités, comme on l’expliquera en racontant notre expérience chez les Lo Lo !

 

Les Hmong

Les Hmong vivent principalement dans les hauteurs et forment un peuple de montagnards. Leurs ressources principales proviennent de l’agriculture. Les Hmong pratiquent notamment la technique du brulis et cultivent le riz et le maïs ainsi que des légumes. Ils possèdent également des animaux d’élevage, notamment des buffles et des chevaux pour le travail dans les cultures. L’artisanat est très présent dans les communautés, et les Hmong sont notamment réputés pour le travail du chanvre.

 

Des Hmong dans un champ de maïs avec un buffle et une charrue

 

On compte plusieurs groupes de Hmong, qui se distinguent selon la couleur de leurs vêtements : Hmong blanc, noir, vert, fleuri, rouge… Les femmes portent une jupe ample assorti d’un corsage ouvert. Chaque groupe a ses propres codes vestimentaires.

 

Une jeune Hmong sur le marché de Dong Van

 

Une Hmong Fleur au marché de Vinh Quang

 

Les Hmong croient aux génies et obéissent à plusieurs hiérarchies. La hiérarchie du lignage veut que chaque lignée soit soumise à l’autorité d’un chef. Les Hmong ne sont d’ailleurs pas autorisés à se marier s’ils appartiennent à la même lignée. La seconde hiérarchie est liée au lieu d’habitation, chaque Hmong faisant partie d’un hameau doit respecter les règles de celui-ci mises en place par le chef du village.

Au cours de l’histoire, le peuple Hmong a souvent été amené à se révolter contre le gouvernement vietnamien ainsi que les autorités coloniales, mais il s’est aussi régulièrement associé aux occidentaux. Lors de la colonisation, les Français ont encouragé les Hmong à produire de l’opium qu’ils taxaient afin de financer l’administration française. De nombreux Hmong se sont aussi engagés dans l’armée française pour partager leur connaissance des régions montagneuses du Vietnam. Pendant la guerre du Vietnam, des Hmong ont été également recrutés par la CIA pour combattre les Viet Minh.

 

Des Hmong sur le marché de Dong Van

 

 

Les Dao

Venus de Chine, les Dao se divisent en de nombreux groupes locaux ayant chacun leurs particularités culturelles. C’est l’ethnie des Dao rouges que nous avons rencontrée. Nous avons séjourné dans leur petit village situé dans les hauteurs près de la commune de Thong Nguyen, dans le district d’Hoang Su Phi.

Les Daos vivent principalement dans les localités montagneuses du nord du Vietnam. On y dénombre quelque 700 000 individus. Ils vivent de la culture de céréales, principalement le millet, le maïs et le manioc, et pratiquent également la pêche, la chasse et l’élevage d’animaux.

Les femmes Dao rouges portent un pantalon et une tunique teints à l’indigo, serrés par une ceinture, avec des bordures rouges. Pour les hommes, un pantalon teint à l’indigo retenu par une ceinture ainsi qu’une veste courte et ouverte pour le haut constituent les habits traditionnels, mais il faut savoir que les vêtements varient là encore selon les groupes.

 

Une dao à tunique longue

 

Une dao au marché de Dong Van

 

Les Dao pratiquent le culte des ancêtres mais sont fortement influencés par le Taoïsme. Ils possèdent également leurs propres coutumes matrimoniales. C’est la femme qui, une fois mariée, vient rejoindre la famille de son mari. Ce dernier doit, avant le mariage, séjourner dans la famille de sa fiancée pour y travailler gracieusement.

La maison dao dans laquelle nous avons dormi n’avait rien de traditionnel puisque toute en béton. Elle était néanmoins située au sommet de magnifiques rizières en terrasses. En temps normal, les maisons dao sont construites soit sur pilotis, soit à même le sol, dépendant du terrain.

Malheureusement, nous avons passé une nuit dans un village dao rouge mais nous n’avons vu personne en tenue traditionnelle.

 

 

Les Lo Lo

Les Lo Lo constituent une toute petite minorité du Vietnam comptant environ 4000 personnes. Ils vivent principalement dans les provinces d’Hà Giang et de Cao Bang. Nous avons vu les Lo Lo bariolés près de la commune de Lung Cu, le point le plus septentrional du Vietnam, et les Lo Lo noirs près de Bao Lac. Seuls leurs costumes les distinguent, autrement ils parlent la même langue et ont les mêmes croyances. Ce sont d’ailleurs les autres ethnies qui les appellent noirs ou bariolés, en référence à leurs vêtements.

Les femmes Lo Lo noires portent une jupe noire et une veste noire aux manches colorées, appelée lolo. C’est cet habit traditionnel qui a donné son nom à la minorité. Les Lo Lo bariolés portent quant à eux des pantalons indigos et des vestes de couleurs vives.

 

Des femmes Lo Lo à la source du village

 

Le village des Lo Lo noirs où nous avons eu la chance d’être accueillis était constitué de maisons en bambou sur pilotis. Sous la maison, à même le sol, se trouvaient les animaux et de gros sacs de riz. C’est l’espace qui semble servir de lieu de stockage. L’étage est une vaste pièce dans laquelle on trouve le foyer, un autel dédié aux esprits et à Hô Chi Minh ainsi que deux petites chambres à l’arrière. A l’avant, chaque maison est pourvue d’une grande terrasse.

Les Lo Lo vivent de la culture du riz et du maïs, et ils élèvent également des animaux. Lors de notre passage, nous avons vu notamment des poules, des vaches et des cochons.

Les jeunes Lo Lo sont libres de décider avec qui ils souhaitent se marier. Il est de bon augure de demander à un couple d’entremetteurs d’arranger le mariage, pour que la présence d’un couple déjà marié assure le bonheur familial. C’est l’oncle de la future mariée qui reçoit les offrandes apportées par le jeune homme. La tradition veut que ce soit toujours l’oncle qui ait un pouvoir de décision dans la famille Lo Lo.

Lors de rites importants dédiés aux ancêtres et aux obsèques, les Lo Lo utilisent des tambours de bronze, censés connecter le monde des vivants et celui des esprits. Après un décès, la famille du défunt organise la danse de l’esprit afin de guider son âme vers ses ancêtres.

 

 

Les La Chi

C’est tout au nord du Vietnam, dans le petit village appelé Ban Phung, que nous avons découvert cette minorité. Le village est situé à quelques kilomètres seulement de la Chine, et nous a paru très isolé, enfoncé comme il l’est dans les montagnes. Pour y accéder, il faut conduire sur une route en terre à flanc de montagnes et de rizières en terrasses magnifiques pendant une quinzaine de kilomètres. Le village est situé tout au bout. Il est divisé en huit petits hameaux, soit perchés soit nichés en contrebas des rizières. Tout comme les Hmong et les Dao, les La Chi sont les auteurs de magnifiques rizières en terrasse, ils façonnent les montagnes pour cultiver le riz.

 

Vues sur les rizières en terrasses et les maisons des La Chi

 

Le paysage est très impressionnant, malheureusement les La Chi, nous l’avions déjà évoqué ici, ne nous ont pas réservé un accueil des plus chaleureux. Timides voire méfiants, nous n’avons pu parler qu’à quelques personnes dans le village. Les autres, y compris les enfants, ne voulaient pas vraiment nous regarder ni être pris en photo.

On a pu immédiatement remarquer leurs habits sobres. Les La Chi portaient tous un vêtement de couleur indigo constitué d’une longue tunique, d’une ceinture, d’un pantalon et d’une coiffe pour les femmes. Les hommes portent eux aussi des habits foncés.

 

Une jeune La Chi dans les rizières

 

D’une population dépassant à peine les 11 000 individus au Vietnam, les La Chi forment une toute petite ethnie, mais ils se distinguent par leurs pratiques funéraires. Sur les flancs des montagnes entourant les hameaux, il est possible de voir des tiges de bambou plantés à la verticale dans le sol et surmontés d’une tête de buffle. Ces cannes marquent en réalité les tombes des La Chi. Lorsqu’un membre de la communauté meurt, sa famille se doit de lui offrir un buffle en sacrifice. La tête du buffle est plantée sur une tige de bambou et placée devant la tombe. Cette tradition provient d’une croyance particulière : pour les La Chi, le défunt part dans un autre monde, où il aura besoin d’un buffle pour labourer la terre et s’enrichir. En se promenant autour des hameaux, il est possible d’apercevoir de nombreuses cannes surmontées de têtes de buffles.

 

Les cannes surmontées de têtes de buffles

 

 

Les Nung

Là encore, nous avons déjà mentionné les Nung et leur incroyable artisanat dans cet article. Nous nous sommes arrêtés voir leurs villages dans la province de Cao Bang et les fameux couteaux et autres outils agricoles fabriqués par leurs soins alors que nous nous rendions aux chutes de Ban Gioc.

Les villages des Nung sont généralement divisés en petits hameaux. Chaque hameau comporte quelques dizaines de maisons. La plupart de celles que nous avons vu avaient des toits de tuiles et ne comportaient qu’un étage. Autour s’étendaient des champs à perte de vue, surtout de maïs. Les Nung sont en effet de grands agriculteurs, vivant principalement de la culture du riz, du maïs, du millet, de fruits et légumes variés, ainsi que d’artisanats divers.

 

Une ruelle du village des Nung près de Cao Bang

 

La langue parlé par les Nung appartient au groupe linguistique Tay-Thai. C’est le troisième langage le plus parlé de ce groupe, derrière les langues des Tay et des Thai. On dénombre environ 1 million de Nung au Vietnam. En Chine, les Nung sont reconnus sous le nom de Zhuang avec l’ethnie Tay dont ils sont très proches.

L’habit traditionnel des Nung est fabriqué à partir d’indigo, symbolisant la loyauté. Il a été rendu célèbre par Hô Chi Minh qui le portait lors de son retour au Vietnam en 1941. Nous n’avons vu aucun Nung le porter lors de notre passage dans les villages de Cao Bang.

 

Des femmes Nung au marché de Vinh Quang

 

 

Les San Chay

Les San Chay sont moins de 200 000 individus vivant principalement au nord-est du Vietnam. Ils se divisent en deux groupes parlant deux langues différentes, l’une proche du dialecte Han et l’autre similaire au Tay.

Ils vivent dans des régions montagneuses très reculées et pratiquent la culture sur brulis. Leurs habits traditionnels sont sobres. Les femmes portent une longue tunique ainsi qu’une coiffe de couleur noire avec des bordures rouges.

 

Des femmes San Chay au marché de Bao Lac

 

Les San Chay pratiquent le culte des ancêtres. Chaque lignage a ses propres coutumes et vénère un génie spécifique. C’est le père qui est le chef de famille. Les règles matrimoniales sont particulières. C’est la famille du marié qui doit organiser le mariage, mais la mariée vit avec ses parents. Elle ne part s’installer chez son mari qu’après avoir eu des enfants.

 

 

 

PARTIE 2 : LES MARCHÉS INTERETHNIQUES

 

Les marchés du nord du Vietnam sont hauts en couleurs. Certains sont très touristiques, d’autres moins voire pas du tout. Dans tous les cas, ils réunissent des minorités descendues des montagnes dans le but d’acheter et de vendre. La plupart sont fièrement parées de leurs habits traditionnels, qui se mélangent joyeusement. Ces moments passés à nous balader dans les marchés, au milieu des étals et des négociateurs, nous ont semblé presque hors du temps.

Nous avons eu l’occasion d’aller à trois marchés : celui de Dong Van, celui de Vinh Quang et celui de Bao Lac. Ils n’ont pas tous lieu les mêmes jours de la semaine, il faut donc se renseigner.

Le troisième, celui de Bao Lac, est celui qui nous a le moins plu. Certes, il y avait les fameux Lolos noirs, descendus de leurs petits villages perchés dans les montagnes, mais nous avons trouvé le marché petit, moins coloré que celui de Dong Van et moins agréable parce que situé de part et d’autre d’une large route. Le marché de Bao Lac se tient tous les cinq jours selon le calendrier lunaire. Notre tour en a été assez rapide.

 

Des Lo Lo au marché de Bao Lac

 

En revanche, aller voir les marchés de Dong Van et de Vinh Quang a été une expérience incroyable et hors du commun. Ces marchés se tiennent tous les dimanches matins.

Le marché de Dong Van est le lieu de rassemblement de nombreuses ethnies, notamment les Hmong, pour la plupart habillés en vêtements traditionnels. Nous n’avons croisé qu’une petite poignée de touristes venus comme nous se perdre dans les étals. Le marché est immense, en faire le tour nous a pris environ deux heures, surtout que nous nous sommes arrêtés souvent pour prendre des photos des étals et parfois des locaux s’ils étaient d’accord. La plupart ne prêtait pas vraiment attention à nous, on est bien loin des marchés touristiques où on se fait alpaguer toutes les minutes. Nous avons plutôt croisé des regards curieux à notre égard, ce qui nous a montré qu’on était vraiment hors des sentiers battus. A Vinh Quang, c’était pareil, sauf que nous n’avons croisé qu’un seul couple de touristes comme nous. Les minorités étaient également bien présentes, notamment les Hmong Fleuris qui nous ont captivé avec leurs vêtements roses.

 

Une Hmong Fleur sur le marché de Vinh Quang

 

 

Récit : Dong Van et les animaux

Partout, des petits groupes négocient pour acheter ou échanger des produits. Contemplatifs, on s’arrête souvent les regarder et on assiste à des scènes plus ou moins étranges. Ici, cinq femmes en tenue traditionnelle de couleur bleue tiennent une conversation animée avec un vieux monsieur qui vend des bijoux. Là, un homme échange deux poules qu’il tenait par les pattes à une femme qui lui tend un petit chiot en échange. L’opération ne dure pas plus d’une minute et chacun repart rapidement de son côté sans un regard en arrière.

 

L’échange du chiot contre les poules

 

Les étals mêlent fruits et légumes, jouets en plastique, outils de jardinage, street food, viande, poissons et fruits de mer… Nous nous laissons tenter par quelques beignets frits dans l’huile. C’est bien gras mais terriblement bon, avec un goût de riz.

La partie probablement la plus exotique pour nous est celle située en extérieur, là où sont vendus les animaux. Bétail, poulets, petits chiens, canards, cochons… Tous les animaux sont rassemblés là dans des tourbillons d’odeur nauséabonde et de cris en tous genres. Se promener dans cette section est moins agréable : on marche dans la fange et la boue, il faut éviter les vaches, et les effluves qui se dégagent sont pour le moins fortes et dérangeantes. C’est pourtant là qu’on passe le plus de temps, fascinés que nous sommes devant ce spectacle.

 

Quelques cochons sur le marché de Dong Van

 

A nos pieds, des dizaines de petits canards se dandinent près de poules attachées les unes aux autres par les pattes. On les regarde longuement. On n’a jamais vu de poules entravées de cette façon. Par groupe de cinq ou six, elles sont étendues sur le ventre et forment un cercle au milieu duquel toutes leurs pattes sont réunies. On les appelle gentiment des « bouquets » de poules, mais au fond on a mal pour elles, les pauvres.

En pataugeant un peu dans la boue, on s’approche d’un vieux monsieur un peu plus loin qui est entouré de petits chiots attachés en laisse. J’essaye de discuter avec lui pour savoir combien coûte un chiot. On sait à quoi ils sont destinés, et malheureusement ils ne deviendront pas de bons petits animaux de compagnie, mais plutôt du ragoût. J’aimerais en sauver un, mais une fois acheté il faudrait le garder avec nous. Evidemment, ce n’est pas possible. Le monsieur ne parle pas un mot d’anglais. Il lève la main et me montre quatre doigts. Je n’arrive pas à saisir s’il me dit qu’un chien vaut 40 000 ou 400 000 dôngs. J’allume mon téléphone et lui désigne la calculatrice, mais il ne semble pas comprendre. Je repars frustrée de l’échange, et je ne sais toujours pas combien vaut un chiot…

Derrière les chiots sont vendus des vaches, des veaux et des buffles. Ce sont de jeunes garçons qui s’en occupent. Ils les tirent ça et là par des cordes pour les montrer à de potentiels clients.

 

La vente d’une vache – Dong Van

 

La section réservée aux animaux se termine avec les cochons allongés dans la boue, dans une cage en métal toute tordue posée à même le sol. Un homme s’approche et désigne le plus gros. On comprend qu’il souhaite l’acheter. Intrigués, nous nous plaçons sur le côté de manière à voir comment l’échange va se passer. C’est une scène dont on se souviendra longtemps tant elle nous aura fendu le cœur. L’acheteur possède une cage en fer, qu’il pose par terre quelques mètres plus loin. Le vendeur sort le cochon de la cage commune en le tirant par les oreilles et en lui donnant des coups de pied pour le forcer à avancer. Le cochon hurle, ses cris aigus nous percent les oreilles. Après d’interminables minutes, l’animal est mené devant la cage de l’acheteur. Là, une autre partie de l’opération débute : il faut le faire rentrer dans cette nouvelle cage, qui nous semble beaucoup trop petite. Là encore, des coups et des cris. Le cochon est frappé sans cesse jusqu’à ce qu’il soit complètement rentré dans la cage. On ne sait pas comment il respire, il a l’air tellement à l’étroit dedans. On pensait en avoir fini mais non, l’impensable se produit : l’acheteur désigne un autre porc. On regarde attentivement, on a du mal à y croire. Comment vont-ils en faire rentrer un deuxième ? On a déjà tellement mal au cœur en voyant ce pauvre cochon tout serré dans sa petite cage métallique… L’acheteur n’a visiblement pas peur d’en faire rentrer un second. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ça a été physiquement possible. Les deux hommes sont bien décidés à les placer ensemble dans la même cage. L’un se met devant le cochon et lui attrape les oreilles tandis que le second se place derrière pour le pousser avec ses pieds. Le porc hurle de toutes ses forces, il se débat. Mais la force unie des hommes finit par l’emporter et, petit à petit, il est poussé à l’intérieur de la cage aux côtés du premier porc. On regarde jusqu’au bout, entre horreur et hébétude.

Une fois que les deux cochons sont dans la cage, vient le moment de les transporter. L’acheteur revient quelques instants plus tard avec sa moto, qu’il gare juste devant. Les bourrelets des porcs dépassent des barreaux, on se demande s’ils ne vont pas suffoquer avant d’arriver à destination. La cage est tellement lourde qu’il faut plusieurs hommes pour la hisser sur l’arrière de la moto, et celle-ci manque de tomber plusieurs fois avant d’être enfin stabilisée. Comment va-t-il réussir à conduire dans les montagnes avec tout ce poids à l’arrière ? Il n’a pas l’air de s’en inquiéter, il doit être habitué. C’est vrai que nous avons vu souvent passer des motos avec des cochons vivants harnachés derrière le conducteur…

Cette scène pour le moins cruelle nous a permis de comprendre que les Vietnamiens ont peu de considération pour les animaux vivants. Pour eux, ce sont des vivres, de la nourriture et rien de plus. D’ailleurs, nous avons aussi vu une vieille dame acheter un porcelet et le placer directement dans un sac de jute pour le transporter. Une autre culture et une façon différente de voir les choses…

 

 

Vinh Quang

Dans le district de Hoang Su Phi, le marché de Vinh Quang a été une belle découverte. Différent de celui de Dong Van, il réunit d’autres ethnies, toujours vêtues de leurs vêtements traditionnels. Cette fois, on peut y croiser les Hmong Fleurs avec leurs habits roses magnifiques, ou encore les Dao Rouges, tout de noir et de rouge vêtus.

 

Le marché de Vinh Quang

 

Dans l’ensemble, le marché était assez similaire à celui de Dong Van au niveau des produits vendus. On retrouve les fruits et légumes, la viande, les jouets et outils de jardinage… mais pas de bétail. Tout au fond du marché, il y avait quelques cages remplies de poussins et de canetons, mais pas de porcs ou de chiens. Quelques buffles se promenaient en liberté mais on n’a pas vraiment compris s’ils étaient à vendre ou non.

 

Scène de vie sur le marché de Vinh Quang

 

Visiter ce marché a été particulièrement agréable, on a beaucoup aimé l’ambiance et ces vêtements traditionnels qu’on n’avait encore jamais vus du côté de Dong Van et Bao Lac. Peu habitués aux étrangers, les gens ont pour la plupart refusé qu’on les prenne en photo. Une dame m’a fait cadeau de deux concombres. Elle me les a tendus et a refusé que je les lui paye, ce qui m’a beaucoup émue.

 

Des Nung sur le marché de Vinh Quang

 

Cette générosité, on l’a retrouvée à de nombreuses reprises dans le nord.

 

 

 

PARTIE 3 : HOSPITALITÉ DU NORD

 

Notre road trip à moto nous a permis d’accéder à des villages vraiment pauvres et reculés. Parfois, les gens qu’on y a rencontrés se montraient méfiants envers nous, et d’autres fois ils semblaient curieux et contents de nous voir. Jusqu’à nous inviter à boire le thé, manger ou même dormir chez eux.

 

Sur la route

On a eu le droit à des petites attentions tout le long de la route. On s’arrête prendre une photo, et c’est toute une petite famille qui sort soudain d’une voiture à l’arrêt un peu plus loin et qui s’approche de nous pour nous offrir du maïs. Nous avons mangé les épis sur le bord de la route, en regardant la vallée qui s’étendait à nos pieds.

La famille s’est montrée très intriguée par les cheveux crépus de la française d’origine rwandaise qui nous accompagnait à ce moment-là. Ils se sont tous regroupés autour d’elle pour la toucher et prendre des mèches de ses cheveux entre leurs doigts. Amusée, elle les a laissés faire un moment.

Voyager à moto nous a aussi permis de suivre de petites routes et d’atteindre des villages reculés. Les enfants se montraient en général très enthousiastes et on a eu droit à beaucoup de « hello » de leur part et de coucous de la main.

 

De jeunes Hmong dans un village

 

Dans les homestays

Pendant ce road trip, nous avons privilégié les nuits chez l’habitant. Appelées « homestays », ce sont tout simplement des locaux qui louent des chambres dans leurs maisons. Parfois, ils se montrent distants avec leurs visiteurs, et souvent ils nous ont accueillis chaleureusement.

La première nuit que nous avons passée sur la route, nous nous sommes arrêtés devant une petite homestay située tout au bout d’un village. Nous étions six, trois couples de français. La dame qui nous a ouvert ne s’attendait pas à recevoir autant de monde d’un coup. Elle nous a montré les deux chambres du rez-de-chaussée et s’est empressée de monter à l’étage en préparer une troisième. Depuis la terrasse, elle nous a crié « I love you! » tellement elle était contente d’accueillir autant de personnes d’un coup et de pouvoir gagner un peu d’argent. Le soir, nous nous sommes installés autour d’une table à l’extérieur, et elle est partie nous chercher des bières. Les deux petites filles de la maison semblaient au départ très impressionnées de voir autant d’étrangers chez elles. Bien vite, elles ont perdu toute timidité et ont passé la soirée à jouer avec nous avec un tableau et des craies. Elles ont dessiné et nous avons essayé de leur apprendre quelques mots d’anglais et de français. Le papa les a finalement rejoint en riant et est resté un long moment avec nous. Une belle soirée passée en leur compagnie…

Dans le village de Thong Nguyen, nous avons vécu une expérience similaire. Notre hôte dao rouge a eu la gentillesse de nous inviter à dîner avec sa famille et lui. Un repas de fête qu’on a pris au-dessus d’un magnifique paysage de rizières en terrasses qui s’étendait au pied de la maison.

 

La vue depuis la maison de M. Kinh près de Thong Nguyen

 

Dormir chez les gens ?

Nous avions entendu beaucoup de choses sur le fait d’être accueillis pour la nuit chez des Vietnamiens. Apparemment, ce n’est pas possible à moins que l’hôte enregistre le visiteur étranger au commissariat le plus proche. Nous avons passé plusieurs nuits chez des gens sans être enregistrés et nous n’avons pas eu de problèmes. Norme ou coup de chance ? On ne sait pas mais l’expérience a été incroyable.

Lors de notre balade dans le village des Lo Lo noirs avec un autre couple de français rencontré la veille, nous avons été invités par plusieurs villageois à prendre le thé dans leurs maisons. Après avoir vu l’intérieur de plusieurs habitations en bambou et bu beaucoup de ce thé très amer, une femme nous a invité à venir chez elle. Elle nous a offert à déjeuner, puis à dîner et a fini par nous proposer de rester dormir.

Nous avons passé une partie de la soirée à jouer aux cartes avec son fils et, le lendemain, avons fait un arrêt dans son école. S’en est suivie une partie de volley avec quelques élèves et les professeurs. Après quelques minutes à écouter le cours, nous sommes finalement repartis pour ne pas gêner la classe. Nous étions assis tout au fond et les élèves n’arrêtaient pas de se tourner vers nous pour nous regarder !

 

La partie de volley avec les petits Lo Lo

 

Pour ceux qui ont regardé l’émission « Rendez-Vous en Terre inconnue », c’est bien dans ce village que le joueur de rugby Frédéric Michalak a eu la chance de séjourner.

 

C’est probablement du côté de Hoang Su Phi que nous avons vécu les rencontres les plus intenses et attachantes. Là encore, nous avons été invités à prendre le thé dans quelques maisons de villages reculés. En suivant une route chaotique en terre pendant deux heures, nous avons rencontré un jeune homme qui nous a invité chez lui nous reposer quelques instants et boire le thé. Il nous a même proposé de fumer le bang et nous a montré des photos de son bébé sur son téléphone. Il semblait vraiment content d’accueillir deux étrangers pour quelques instants.

Enfin, l’un des moments les plus forts de notre voyage a aussi été complètement inattendu. En conduisant sur une route qui longeait des rizières, on a décidé de s’arrêter prendre une photo. Nous n’étions qu’à quelques pas d’une grande maison traditionnelle en bambou, et nous avons aperçu deux dames qui nous observaient par la fenêtre. Après quelques échanges de sourires, elles nous ont fait signe de rentrer les voir. Le grand-père s’est chargé de la visite de la maison, il nous a montré quelques photos de famille. De fil en aiguille, ils nous ont invité à prendre une collation – du thé accompagné de concombres salés – puis à dîner avec eux et à passer la nuit.

On a passé une soirée très agréable en leur compagnie. Aucun ne parlait anglais bien sûr, mais avec des gestes on s’est compris. Il y avait les grands-parents, leur fille et son mari, et leur petite-fille. La fillette ne devait pas avoir plus de 3 ans, et elle avait l’air terrifiée par la grosse barbe de Thibaut. Elle a passé son temps à crier à chaque fois qu’elle le voyait. On lui a donné des gâteaux et ça a eu l’air d’aller mieux. Pour le dîner, on a eu droit à des bols de riz bien sûr, mais aussi du canard, tué spécialement pour l’occasion, et des sortes de courgettes. On a pu assister à toute la préparation du repas, et ils ont refusé tout net notre aide lorsqu’on a voulu les aider à faire la vaisselle.

Ces soirées passées en compagnie d’inconnus ont été pour nous les plus magiques. Même avec la barrière de la langue, il était tout à fait possible de communiquer. Le grand-père a bien rigolé alors que nous observions le moindre de ses gestes lorsqu’il préparait le canard. Nous avons pris des photos tous ensemble et essayé de dire nos âges respectifs en vietnamien. Nous avons montré des photos de nos maisons sous la neige et ils ont tous regardé en se faisant passer nos téléphones. Une bien belle soirée…

 

 

 

Le Vietnam, pays de propagande

Le Vietnam, pays de propagande

Le Vietnam est un pays complètement ouvert. Le tourisme y est massif. Pour obtenir un visa touristique de trois mois, nous n’avons attendu que 20 minutes à l’aéroport et payé 25 dollars.

Le coût de la vie étant très faible et la population très pauvre, le touriste fortuné est roi et se déplace à sa guise.

Pourtant le Vietnam n’est pas une démocratie. Depuis 1975, le pays est gouverné d’une main de fer par le seul et unique parti autorisé : le Parti Communiste. En muselant la presse, internet, l’opposition politique, l’administration et la population elle-même, ce parti place le Vietnam au rang des dictatures totalitaires.

Nous avons pu observer ce contrôle du gouvernement sur la population puisqu’une réelle propagande visuelle et sonore digne de l’ex URSS existe à tous les coins de rues.

Il faut savoir que le Vietnam a vaincu deux immenses empires l’un après l’autre, les Français en 1954 et les Américains en 1975. En résulte une force intérieure et une puissante fierté d’être Vietnamien. Cette fierté est utilisée pour la propagande étatique qui en est un écho.

 

[su_frame]Le culte de la personnalité d’Hô Chi Minh[/su_frame]

 

 

 

Hô Chi Minh signifie « celui qui éclaire » en vietnamien.

 

Hô Chi Minh, le « dieu soleil »

 

Dès la fin de la guerre du Vietnam, celui qui a délivré le pays des envahisseurs occidentaux et qui est devenu président est érigé en héros. À sa mort en 1969, il devient un dieu.

Contre sa décision, la figure d’Hô Chi Minh est utilisée par le Parti Communiste qui engage un fervent culte de sa personnalité.

Hô Chi Minh voulait voir son corps résider en terre dans le village de sa famille. Il est en fait spolié de ses dernières volontés, sa dépouille est momifiée et est déposée dans un immense mausolée de marbre au cœur d’Hanoï. Celui-ci est un véritable lieu de culte, ouvert à certaines heures bien précises. Les visiteurs doivent adopter un code vestimentaire strict, avancer en file indienne sans jamais s’arrêter, se découvrir la tête, baisser les yeux et interdiction formelle de capturer quelconque image du corps.

Le mausolée est situé devant une large esplanade sur laquelle se déroulent les défilés militaires et une ligne jaune sur le sol montre la limite infranchissable par les touristes les jours de fermeture. Des soldats en arme nous rappellent à l’ordre.

 

Le mausolée d’Hô Chi Minh à Hanoï

 

Dans la rue, sur les billets de banque, dans les lieux officiels, dans les bars et les maisons, dans les transports en commun, le visage d’Hô Chi Minh est partout. Toujours souriant. Avec son visage émacié et sa longue barbichette, il ressemble au vieux sage du village qui possède l’expérience et le savoir. Staline était le petit père du peuple. Hô Chi Minh est le gentil grand-père.

 

Billets de banques à l’effigie d’Hô Chi Minh

 

Associé à son visage, des inscriptions qui ressemblent à ses citations indiquent des postures sociétales à adopter : les choses à faire et à ne pas faire.

L’exemple le plus concret est celui des écoles. Nous sommes allés dans certains des villages les plus reculés au nord du Vietnam, comme celui de Lao Va Chaì qui n’est accessible que par une petite sente de béton assez large pour laisser passer un scooter et sa remorque mais pas de voiture. Les maisons y sont tout bringuebalantes, en tôle, parpaing et bois. Pourtant au cœur du village trône l’école avec ses murs d’enduit beige et son toit de tuiles rouges. Cette école, comme toutes les écoles de tous les villages, reprend les formes et les couleurs basiques normalisées par le gouvernement.

 

Une école de village dans la province d’Hà Giang

 

Quel meilleur moyen pour le Parti Communiste d’éduquer la population au culte d’Hô Chi Minh et de divulguer la propagande du parti qu’au travers de l’Ecole ?

L’Etat finance donc la construction d’une école dans chacun des villages les plus reculés et y instille la propagande gouvernementale. L’image d’Hô Chi Minh est présente à l’entrée des établissements et les enfants se prosternent chaque matin devant elle. Tous les lundis matin, l’école entière se réunit sur le parvis devant la photo pour des odes au libérateur et des chants partisans. Partout, on voit Hô Chi Minh qui congratule les bons écoliers et qui porte dans ses bras des enfants patriotes. Ces images éculées ont été reprises de régimes antérieurs mais elles font toujours leur effet sur la jeunesse.

 

L’école de Lao Va Chai

 

Dans les classes, des images de propagande montrent Hô Chi Minh comme un professeur dictant les règles de bonne conduite et les bonnes mœurs.

 

Cinq enseignements pour les enfants et les adolescents : l’école de Khuoi Khon

 

Les voici :

1. Aime le pays. chéries tes amis.
2. Bien étudier. Bien travailler
3. Etre discipliné
4. Avoir une bonne hygiène
5. Etre modeste, honnête et brave

 

 

[su_frame]Les haut-parleurs[/su_frame]

 

 

 

 

Dans plusieurs villes du nord du Vietnam, nous avons entendu des haut-parleurs diffuser de longues psalmodies en vietnamien. Nous n’y comprenions évidemment rien. Nous pouvons seulement dire qu’il s’agissait toujours de voix masculines, très monocordes, et diffusées très fort pour que la ville entière puisse entendre. Parfois, cela donnait l’impression d’une prière qui durait des heures.

Même si je m’étais douté qu’il s’agissait de propagande, c’est en faisant des recherches que j’ai compris ce qui était dit. Toutes les actualités sont annoncées par haut-parleur, ainsi que les devoirs du citoyen et les règles de conduite à respecter : « allez voter », « respectez Hô Chi Minh », « chérissez vos enfants », « une vraie famille c’est un homme et une femme ». Sont également dictées des citations pro-régime : « le Parti communiste est le grand parti des Vietnamiens », « la République du Vietnam n’est vivante que parce qu’elle est communiste »… Enfin, les habitants peuvent entendre des cours de gymnastiques ou des leçons de cuisine : « 1,2,3,4, expirez. 1,2,3,4, inspirez ».

Pour nous, il s’agissait d’un charabia que nous n’entendions même plus au bout d’un moment. Je n’ose imaginer ce que cela produit sur des Vietnamiens qui entendent les mêmes phrases tous les jours à heures fixes (très tôt le matin) depuis 1945.

 

 

[su_frame] Les panneaux de propagande[/su_frame]

 

 

 

 

Là où la propagande est la plus visible, c’est sur les panneaux que l’on trouve partout en ville et dans les campagnes.

Chaque panneau est constitué d’une image associée à un texte. Leur analyse apporte beaucoup d’indices sur la manière dont le régime se glorifie. Ils expliquent aussi comment le parti contrôle les habitants.

Nous avons trouvé ces images de propagande absolument partout : dans les villes, devant les écoles, dans les campagnes, au milieu des montagnes, dans les musées, les lieux publics civils et militaires. C’est un déferlement d’images qu’en tant qu’historien j’ai pris un grand plaisir à décrypter. Petit florilège !

 

Premier élément : les hommes et les femmes

 

Le motif que l’on retrouve le plus souvent sur les images de propagande sont les hommes et les femmes habillés et fardés d’objets qui représentent les missions auxquelles ils sont assignés.

 

Dans les rues de Tan An. « Les cadres et les gens de Tan An sont déterminés à mener à bien leurs tâches socio-économiques et la sécurité nationale en 2018 »

 

Les femmes sont représentées la plupart du temps en ouvrières agricoles. Elles portent un foulard dans les cheveux et des épis de blé dans les bras. Parfois les femmes sont montrées avec des lunettes et un parchemin comme des lettrées, institutrices ou bibliothécaires.

Les hommes quant à eux sont militaires en uniforme et arme à la main, mécaniciens et ouvriers d’industrie avec casque, lunettes de protection et clé à molette, ou chercheurs lorsqu’ils portent un parchemin décoré du motif d’un atome.

On ne voit quasiment jamais un homme paysan et une femme militaire.

Lorsqu’une personne âgée est visible, elle porte des outils de jardinage pour montrer qu’elle continue d’entretenir parcs et jardins et de s’investir pour la société.

Les enfants sont représentés avec leur cartable et leur uniforme d’écoliers.

 

Devant une école à Hoi An. « Se développer rapidement, durablement et s’efforcer d’amener notre pays vers un pays industriel moderne »

 

Deuxième élément : la famille

 

Quand on montre une famille, il s’agit toujours d’un homme et de sa femme portant dans leurs bras un ou deux enfants. Lorsqu’il y a deux enfants, il s’agit bien sûr d’un garçon et d’une fille.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Voisins riches, beaux, agriculteurs et heureux »

 

Dans les campagnes du nord. « Avoir un ou deux enfants et bien les élever pour créer une belle population »

 

Troisième élément : les emblèmes du communisme

 

La couleur rouge du communisme, le drapeau du Vietnam rouge à l’étoile jaune ainsi que la faucille et le marteau communistes.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Créer l’émulation et faire de bonnes choses pour le Vietnam, une démocratie juste et civilisée »

 

Quatrième élément : les arrière-plans

 

Les motifs représentés montrent la volonté de développement du Vietnam et combien le pays avance. Très souvent ce sont des immeubles, des grues de constructions, des pylônes électriques, des infrastructures ferroviaires et portuaires.

 

A Bac Me. « Combattez, travaillez et étudiez »

 

On voit aussi beaucoup de trains, avions, bateaux, camions, voitures qui avancent tous dans le même sens. Dans les champs, on constate la modernisation agricole : moissonneuses-batteuses et tracteurs (en vérité, nous avons surtout vu des bœufs tirer des charrues en bois dans les rizières du nord). On peut voir aussi des employés travailler sur des ordinateurs.

 

A l’entrée du village de Mèo Vac. « Respecter le code de la route pour une plus grande sécurité et instaurer une culture du trafic »

 

A Bac Me. « Construire de nouvelles campagnes pour une belle et riche société civilisée »

 

 

[su_frame]L’exemple du Musée d’histoire militaire de Hanoï[/su_frame]

 

 

 

 

C’est au musée de la guerre de Hanoï que nous avons vu la propagande d’Etat la plus importante et l’exposition historique la moins objective à laquelle nous aurons pu assister pendant notre voyage et nos études.

Le musée de la guerre est géré par l’armée vietnamienne. Nous avons donc eu notre lot d’affiches de propagande glorifiant l’armée du pays.

La plus représentative pour moi est celle qui montre trois fiers soldats saluant. En arrière-plan, on peut apercevoir un dieu vietnamien de la guerre victorieux sur son destrier. Le texte de l’image étant : « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi ». Ça a le mérite d’être clair.

 

Au musée de la guerre d’Hanoï. « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi »

 

Au sein du musée en lui-même, tout est présenté selon un unique point de vue : le bon peuple du Vietnam qui a toujours résisté et vaincu les méchants envahisseurs.

Chaque objet, chaque arme, chaque drapeau et chaque portrait est illustré d’une légende de ce type : « cette arme a appartenu au grand camarade héros XXX et lui a permis de tuer le vil officier mécréant américain XXX ». La photo d’un combat est par exemple légendée ainsi : « Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre ».

 

« Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre »

 

« Submachine gun used by the hero Phan Dinh Giot, a soldier of the 5th company, 428th battalion, 41th regiment, 212nd division, to fight and he sacrified in the Him Lam outpost attack on March 13 1954 » / « Rifle used with other weapons to snipe and kill 30 French troops at strongpoint by Mr. Loc Van Thong, soldier of 165th regiment 312nd division in 1954 »

 

L’un des emblèmes du musée est le monticule formé par les débris d’avions français et américains abattus par les forces vietnamiennes. Voici comment il est présenté : « Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine ». Plus loin, un char vietnamien est surmonté d’une citation d’Hô Chi Minh : « Rien de plus que l’indépendance ».

 

« Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine »

 

« Rien de plus que l’indépendance, Hô Chi Minh »

 

Le nombre d’américains tués, de chars capturés ou d’avions abattus est toujours mentionné tandis que les chiffres concernant les pertes vietnamiennes sont inexistants.

Fier de ses victoires successives, le Vietnam est présenté comme un pays s’étant uniquement défendu contre de vils envahisseurs, mais n’évoque jamais l’idée que c’est un pays qui a aussi attaqué.

Imaginons un jeune vietnamien en visite dans ce musée et face à cette présentation biaisée de l’histoire. Il ne peut retenir de sa visite qu’un sentiment de fierté d’être Vietnamien et de haine envers les peuples qui ont pu détruire son pays.

Le musée de la guerre est un parfait exemple de propagande utilisée pour glorifier un régime.

 

 

[su_frame]Conclusion : L’impact sur la population[/su_frame]

 

 

 

 

Je ne saurais dire l’impact que cette propagande permanente a sur les populations, néanmoins les contacts que nous avons eu avec les locaux ont montré de grandes similitudes dans leur manière de vivre et qui semble résulter de la volonté affichée du Parti de contrôler le peuple.

Quasiment toutes les maisons arborent des drapeaux vietnamiens devant leurs portes, jusque dans les villages les plus reculés.

 

Dans la province d’Hà Giang

 

Toutes les maisons dans lesquelles nous sommes entrés ont un petit autel rituel au-dessus duquel trône la photo d’Hô Chi Minh entourée des photos des membres de la famille.

 

Dans une maison Lolo

 

Au côté de ces photos, nous trouvons toujours les diplômes remis par le Parti Communiste aux familles. Il s’agit de diplômes montrant qu’on est une famille modèle ou un père de famille exemplaire. Ces diplômes sont remis par les représentants locaux du Parti Communiste aux hommes des familles lors de cérémonies officielles et il est de très bon ton d’obtenir un de ces diplômes pour ne pas être accusé de traîtrise par le Parti.

 

Dans une maison de la province d’Hoang Su Phi

 

Enfin nous n’avons pas croisé de famille autrement constituée que d’un homme et d’une femme, obligatoirement mariés pour vivre ensemble et avoir des enfants. J’ai d’ailleurs un jour posé une question stupide à un couple : « Vous êtes mariés ? », l’un des convives de répondre « Bah oui forcément sinon ils ne vivraient pas ensemble… », et toute la tablée de rigoler en me prenant pour un drôle de personnage.

Malgré quelques questions, nous n’aurons jamais su la place qu’occupe Hô Chi Minh dans le cœur de ces gens. Est-ce une habitude d’avoir son portrait ou est-il considéré comme un membre réel de la famille ?

 

 

 

 

 

 

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Notre road trip dans le nord du Vietnam nous a conduit sur des sites dont l’histoire est très intéressante. Entre palais, prison ou encore artisanat local, nous avons découvert des petites merveilles cachées dans les régions d’Hà Giang et de Cao Bang. Petit tour d’horizon.

 

 

LE PALAIS DU ROI HMONG

Situé dans la vallée de Sà Phìn, le palais fortifié du roi Hmong est un ouvrage architectural à ne pas manquer.

La demeure est construite entre 1919 et 1928 et déclarée en 1993 vestige d’art architectural national pour ses valeurs historiques et culturelles remarquables.

 

L’entrée du palais

 

Histoire

A partir de la fin du XVIIIe siècle, l’ethnie Hmong établit sa domination sur le nord de la province vietnamienne, tout près de la frontière chinoise. C’est la famille Vương, du clan Huang, qui s’impose au pouvoir dans les districts de Dong Van et Meo Vac, position approuvée par la dynastie Nguyễn.

Durant la période coloniale, les Français souhaitent maintenir leur emprise sur ce territoire frontalier de la Chine. Pour s’allier avec cette ethnie, ils reconnaissent Vương Chính Đức roi des Hmong en 1900. Le roi se révèle un fidèle allié des Français, les aidant notamment à réprimer la rébellion d’une tribu locale. Il reçoit même le titre de Général de l’Armée française.

Alors que l’opposition du peuple vietnamien à la colonisation s’accroît, le roi est contraint d’adopter une position plus neutre. Suite à son décès en 1944, c’est son fils Vương Chú Sển qui lui succède et prend le pouvoir. Il change radicalement de position vis-à-vis de la collaboration avec les français puisqu’il décide de s’allier à Hô Chi Minh en faveur de l’indépendance du Vietnam.

 

Architecture

Sur une superficie totale de 1120 m2, le palais se compose de quatre bâtiments reliés par des ailes latérales, formant trois cours intérieures carrées. Chaque maison s’élève sur deux étages. On compte environ soixante pièces comprenant des chambres, des cuisines, des dépendances et la célèbre cave à opium. Le tout est entouré d’un mur d’enceinte de deux mètres de hauteur, conférant à la structure un air de forteresse.

 

Vue sur l’une des cours intérieures depuis le second étage

 

Le palais est un subtil mélange entre principes architecturaux chinois et ornements traditionnels des Hmong. Les matériaux qui ont servi à sa construction – principalement la pierre et le bois – proviennent des deux pays, à la fois du plateau de Dong Van ainsi que du Yunnan, la région située au sud de la Chine et frontalière du Vietnam.

 

Vue depuis l’intérieur de la cour

 

La demeure a été bâtie selon des principes de géomancie utilisés dans l’architecture chinoise, notamment durant la dynastie des Qing (1644-1911) et que l’on retrouve dans de nombreuses maisons du sud de la Chine. Ces principes visent à déterminer le meilleur emplacement et la meilleure orientation possibles pour un bâtiment. En l’occurrence, le géomancien a choisi un terrain entouré de montagnes, la chaîne située derrière le palais rappelant un mur destiné à protéger la demeure et les deux montagnes devant symbolisant la prospérité.

En se promenant dans le palais, on peut observer de nombreux motifs sculptés, notamment sur les colonnes : dragons, chauve-souris, phénix… Ces animaux symbolisent la longévité et la prospérité de la famille royale. Il a fallu dépenser 150 000 pièces d’argent, soit l’équivalent de 150 milliards de dôngs vietnamiens (environ 5,5 millions d’euros) pour construire le palais. Exceptés les murs porteurs qui sont en pierre, le reste est en bois précieux, des planchers aux cloisons en passant par les colonnes.

 

 

 

LA TOUR DU DRAPEAU DE LUNG CU

Il s’agit d’une tour emblématique dans la région de Hà Giang, tant pour sa position géographique – elle constitue le point le plus septentrional du Vietnam – que pour ce qu’elle symbolise : la souveraineté nationale du pays.

Elle culmine à 1700 m au sommet du mont le plus élevé de la commune de Lung Cu, la montagne Rông, qui signifie littéralement « dragon ». Plusieurs légendes se disputent l’origine de ce nom. Pour les Lolos, un dragon aurait atterri sur la montagne et aurait fait cadeau aux villageois de ses yeux, qui se seraient alors transformés en deux lacs. Il est dit que ces lacs ne s’assèchent jamais, et l’on peut les voir depuis le sommet de la tour.

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Pour les Hmong, « Lung Cuu » signifie « vallée de maïs », parce que le maïs est la seule plante cultivée dans la région.

Une autre légende prend racine au temps de la dynastie Tây Sơn. En 1789, après sa victoire contre la Chine, l’empereur Quang Trung aurait ordonné l’installation d’un tambour géant en bronze au sommet de la montagne. Toutes les deux heures, les soldats frappaient trois fois sur le tambour pour affirmer l’intégralité territoriale du pays. Ainsi, certains pensent que Lung Cu dérive de « Long Co », qui signifie littéralement « tambour du roi ».

Quelle que soit la légende que l’on retient, la tour est un symbole national sacré qui fait la fierté des Vietnamiens. Elle est un emblème de la souveraineté du Vietnam face au géant chinois. Le drapeau qui ondule tout en haut de son mât est gigantesque : 54 m2 (9 m x 6 m) pour représenter les 54 ethnies du Vietnam.

Historiquement parlant, il faut revenir au XIe siècle pour comprendre l’origine de la tour : le commandant en chef Lý Thường Kiệt est le premier à faire construire un mât pour marquer la souveraineté territoriale de son pays.

Le mât a été reconstruit à plusieurs reprises, la dernière datant de 2010. Pour y accéder, il faut d’abord grimper 389 marches jusqu’à la tour, puis les 140 marches de l’escalier en colimaçon à l’intérieur de celle-ci. Au sommet, une vue époustouflante sur les rizières en terrasse et les villages ethniques s’étend à perte de vue, jusqu’à la Chine.

 

La vue depuis le haut de la tour

 

 

 

L’ANCIENNE PRISON DE CANG BAC ME

Ce site, situé à quelques kilomètres de la commune de Yên Phù, était à l’origine un poste militaire français, construit pour contrôler la route reliant les trois provinces de Hà Giang, Cao Bang et Tuyen Quang. En 1938, les Français le convertissent en prison afin d’y enfermer les révolutionnaires vietnamiens qui luttent pour l’indépendance de leur pays. En 1942, la prison est abandonnée.

 

L’entrée de la prison

 

Aujourd’hui, on peut toujours voir la tour de guet et les différentes salles de la prison. Le tout est entouré d’un mur de pierre de 190 mètres de long. Si certains bâtiments ont été restaurés au début des années 2000, la majorité sont en ruines. Exceptées quelques plaques qui indiquent en vietnamien la fonction de certains bâtiments, il n’y a aucune explication, le site semble délaissé.

 

Bâtiments en ruine

 

Nous avons passé un bon moment à déambuler au milieu des ruines, et nous sommes même montés tout en haut de la tour de guet. Nous étions seuls sur le site, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’il est extrêmement difficile à trouver. Sur la route, il n’y a aucune indication, aucun panneau. L’ancienne prison est loin d’être mise en valeur, et c’est bien dommage parce qu’il se dégageait des ruines une atmosphère quelque peu romantique et mystérieuse.

 

Les anciennes cellules

 

 

 

LA STÈLE COMMÉMORATIVE DE MA PI LENG

Le col de Ma Pi Leng est l’un des quatre plus hauts cols du nord et surnommé « Roi des cols » du Vietnam. D’une longueur de 24 km, ce n’est pas le col le plus long mais il atteint les 2000 m d’altitude et appartient au Parc géologique du Plateau calcaire de Dong Van, reconnu depuis 2010 comme membre du Réseau global des parcs géologiques (GGN). La route de Ma Pi Leng a été classée site national en 2009.

Selon la langue locale, (le quan-hoa, qui est un idiome chinois), Ma Pi Leng signifie « nez du cheval », allusion aux flancs abrupts et périlleux des montagnes et au fait que les chevaux qui empruntaient le col arrêtaient de respirer. Jusque dans les années 1960, le seul moyen de transport possible pour passer le col est le cheval. La passe de Ma Pi Leng est réputée être ainsi la plus dangereuse du Vietnam.

Au centre du col se situe le canyon de Tu San, au fond duquel on peut voir couler la rivière Nho Qué. C’est le canyon le plus profond du Vietnam et de toute l’Asie du Sud-Est avec ses 800 mètres de profondeur pour une longueur de moins de deux kilomètres.

En 1959 commencent les travaux de la route. Plus de 20 000 volontaires des ethnies du nord du Vietnam unissent leurs efforts pendant cinq ans afin de relier sur 200 km la ville de Hà Giang aux districts de Dong Van et Meo Vac, en passant par le col de Ma Pi Leng sur une vingtaine de kilomètres. Après l’achèvement de cet ouvrage extraordinaire, la route du col de Ma Pi Leng prend le nom de Hanh Phuc, qui signifie « route du bonheur ». C’est un nom bien choisi car cette route permet d’améliorer grandement la vie des locaux, de faciliter la communication et les échanges entre les villes enfin reliées.

Pour commémorer le sacrifice des jeunes bâtisseurs, une stèle a été installée sur le col. Les conditions de vie durant la construction étaient en effet très précaires avec des températures parfois négatives, le manque d’eau, et la nécessité de se suspendre au-dessus du vide sur les parois rocheuses…

 

La stèle en haut du col

 

La stèle en pierre représente un groupe de cinq personnages en costume traditionnel. On peut voir deux femmes et trois hommes, chacun brandissant un outil : une pioche, une lanterne, un maillet, une pelle et une sorte de bouquet de fleurs. Ce sont des constructeurs dont les regards convergent tous vers le même point lointain. Au-dessus d’eux flotte un énorme drapeau gravé de la faucille et du marteau communiste. Sur la base de la stèle ont été gravées des scènes sur chacun des côtés, représentant des décors de montagnes avec des familles réunies et des animaux.

 

Vue de face

 

La route du col de Ma Pi Leng est l’une des plus belles que nous ayons empruntées au Vietnam. Avec ses lacets à flanc de montagne, elle est assurément très impressionnante et les paysages qu’elle offre sont splendides tout du long.

 

 

 

LES MONTAGNES JUMELLES DE QUAN BA

Ces monts ne sont situés qu’à une quarantaine de kilomètres de la ville de Hà Giang, ce qui en a donc fait notre premier arrêt. Il s’agit de deux montagnes calcaires qui constituent une caractéristique unique du plateau de Dong Van en ce qu’elles évoquent la forme de deux seins.

D’un point de vue géologique, ces montagnes jumelles résultent d’un processus d’érosion des roches calcaires ayant eu lieu il y a plusieurs millions d’années. Chaque mont occupe une surface de 3,6 hectares.

Selon les habitants de la région, ces montagnes sont issues d’une légende qui se transmet de génération en génération. La fée Hoa Dao tomba éperdument amoureuse d’un jeune homme Hmong qui jouait du Dan Moi, un instrument de musique en bambou traditionnel. Elle quitta alors le Ciel pour se marier avec lui, sans le dire à l’Empereur du Ciel. Le couple eut un fils, mais l’Empereur, furieux, envoya sa cour chercher la fée. Avant de partir, la fée Hoa Dao laissa ses seins sur terre pour s’assurer que son enfant ne manque pas de lait maternel. Grâce à elle, son fils a pu être bien nourri et s’est changé en un homme fort et vigoureux. Plus tard, les seins de la fée furent transformés en deux montagnes, appelés dorénavant « Montagne doublée de fée ». La légende dit que grâce à son lait, la région est devenue très fertile et possède des récoltes abondantes de céréales, de légumes et de fruits.

Il est dit aussi que les larmes que la fée Hoa Dao a versé au moment de quitter sa famille ont formé le fleuve Mien.

 

Les montagnes de Quan Ba (au centre)

 

Malheureusement pour nous, il ne faisait vraiment pas beau lorsque nous sommes passés voir les montagnes. Une brume opaque recouvrait le paysage et il pleuvait, d’où la photo de piètre qualité qui ne reflète en rien la beauté du lieu.

 

 

 

LES COUTEAUX DES NUNG

Dans la province de Cao Bang, la route qui mène aux célèbres chutes de Ban Gioc nous a conduit dans une série de petits villages appartenant à la commune de Phuc Sen. Ces hameaux sont réputés dans tout le nord du pays pour leurs ateliers de forgerons et leur production de couteaux d’excellente qualité. Plus de 150 familles vivent de la forge dans la commune de Phuc Sen. Elles sont réparties sur six hameaux, la commune en comptant dix. Leur savoir-faire se transmet depuis des centaines d’années. Si les couteaux sont les plus réputés et suffisamment tranchants pour couper les os des carcasses, les forgerons fabriquent également des outils agricoles tels que des marteaux ou des faucilles.

Nous nous sommes arrêtés le temps d’une après-midi pour les rencontrer et les observer travailler. Nos pas étaient rythmés par les coups de marteau frappés sur les enclumes qui résonnaient dans les ruelles. En nous baladant dans le hameau, nous avons trouvé une immense forge où tout le minerai est stocké.

 

Le minerai d’acier

 

L’acier est chauffé dans un four pour être transformé en lamelles de plusieurs mètres de longueur. La rumeur veut que les Nung utilisent des matériaux récupéré, notamment l’acier des ressorts de suspension de voitures d’occasion. Personnellement, nous n’en avons pas vu mais peut-être que c’est effectivement le cas dans d’autres hameaux que celui que nous avons visité.

 

Les lamelles de métal

 

Une fois les lamelles froides, elles sont de nouveau chauffées à blanc pour être passées à la presse et étirées. Un homme vient ensuite les charger sur sa moto pour les distribuer dans les différents ateliers du village.

 

Les lamelles sont chauffées pour être passées à la presse à gauche

 

Là, le forgeron pèse ce dont il a besoin puis coupe sa lamelle pour obtenir les dimensions appropriées à la lame qu’il va fabriquer.

 

La pesée

 

L’acier est chauffé au rouge puis martelé sur une enclume à l’aide d’un marteau. Chez les Nung, le manche en bois est fabriqué en dernier.

 

Le martelage sur l’enclume

 

Les couteaux sont ensuite vendus tout le long de la route. Il est possible de s’arrêter pour étudier les différents modèles et tester les lames. Certains forgerons vendent directement leur production devant chez eux tandis que certains vendeurs n’ont pas d’atelier et semblent récupérer les couteaux ailleurs dans le hameau pour les revendre.

 

Les couteaux prêts à être vendus

 

 

 

En racontant notre expérience de road trip, nous avions surtout évoqué les paysages magnifiques dont regorge le nord du Vietnam. Il ne faut pas oublier que les régions frontalières de la Chine ne sont pas que paysages sublimes. Un road trip peut conduire sur de très beaux sites historiques ou dont l’identité culturelle est forte. Ces arrêts sont vraiment à ne pas manquer ! Les traditions, monuments et légendes des ethnies du Nord peuvent donner une tout autre vision du Vietnam.

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Après l’aventure en van en Australie, on rêvait d’Asie. Et d’un nouveau défi à relever. On a donc décidé de partir en road trip à moto dans le nord du Vietnam. C’est la région qui nous faisait le plus rêver et qui nous semblait la plus prometteuse en termes de paysages et de rencontres puisque c’est là que vit un grand nombre d’ethnies minoritaires du Vietnam.

 

Des Hmongs Fleurs au travail dans des rizières en terrasse

 

PARTIE 1 : CONDUIRE UNE MOTO AU VIETNAM

 

 

Acheter ou louer une moto ?

Au départ, on avait l’idée un peu folle d’acheter une ou deux motos à Hanoï et de partir à l’aventure. Avec le recul, on est bien content d’avoir changé d’avis et d’avoir préféré louer, pour plusieurs raisons :

  • On n’avait jamais conduit de scooter automatique ni de moto semi-automatique, sans parler d’une manuelle, donc acheter directement aurait été hasardeux voire dangereux dans notre cas ;
  • On n’avait pas assez de connaissances pour distinguer une moto en bon état d’une autre en mauvais état, sans compter les répliques chinoises répandues sur le marché des backpackers, réputées être de mauvaise qualité et souvent mal entretenues ;
  • La circulation à Hanoï est terriblement dense et, même si certains backpackers apprennent à conduire en ville, le trafic nous a fait peur et on n’a pas voulu prendre le risque d’avoir un accident. En plus de ça on a assisté à un accident en pleine rue. Deux conducteurs de scooters se sont rentrés dedans de plein fouet alors qu’il était 5h du matin et qu’il n’y avait personne d’autre sur la route… On a donc décidé de réfléchir à deux fois avant de nous lancer !
  • Voyager à moto est terriblement fatiguant, ce dont on ne se rendait pas compte avant d’entreprendre ce voyage. Pouvoir prendre un bus facilement entre deux villes et louer de nouveau nous paraissait plus simple que de devoir faire tous les jours de longues étapes à moto ;
  • Prévoir suffisamment de temps pour revendre après avoir acheté nous stressait étant donné qu’on venait de vivre cette situation avec notre van en Australie. On n’avait pas envie de se relancer dans l’achat et la vente aussi tôt.

 

Le trafic à Hô Chi Minh Ville !

 

Arrivés à Hanoï, on a donc revu nos plans et on a décidé de partir en bus jusqu’à la ville de Hà Giang, située à 7h de bus dans le nord. Une fois à Hà Giang, on s’est senti plus en sécurité pour tester des motos et apprendre la conduite d’une semi-automatique. C’est une ville plus petite que Hanoï, avec beaucoup moins de trafic. Finalement, on a opté pour la location d’une seule moto, comme la plupart des couples que nous avons rencontrés par ailleurs. On a laissé nos gros sacs à dos à la homestay, et on est parti avec le minimum pour ne pas être trop chargés.

 

On a fait énormément d’arrêts sur la route devant des paysages sublimes comme celui-là

 

Pour la location au Vietnam, on a payé entre 180 000 et 250 000 dôngs par jour, dépendant des villes et du type de moto, soit entre 6 et 10 dollars par jour.

 

 

Dangereux ou pas ?

Conduire au Vietnam est dangereux, on ne va pas mentir. Il ne suffit pas toujours de suivre les règles de prudence de base pour se sentir en sécurité, étant donné que ce sont souvent les autres conducteurs qui ont des comportements dangereux et imprévisibles.

Pour notre part on s’en est bien sorti, mais on l’avoue, on a eu quelques frayeurs…

 

#1 La loi du plus gros

Ce qu’il faut savoir, et qui peut être assez désarmant, c’est qu’au Vietnam, c’est le plus gros qui prime. A partir de là, on comprend qu’un piéton est situé tout en bas de l’échelle alors que les camions vont être prioritaires. Pour nous, occidentaux, cette loi du plus gros ne semble pas vraiment logique. A priori, on a tendance chez nous à faire attention aux plus faibles, donc aux piétons. Au Vietnam, ce n’est pas du tout la même façon de penser ! Un piéton n’aura jamais la priorité. Pour traverser une route, il ne sert à rien d’attendre que les véhicules s’arrêtent pour vous céder le passage, il faut s’engager sur la voie et prier pour que les dizaines de scooters vous voient suffisamment tôt et vous évitent.

Sur la route, c’est la même chose. A moto, on est quasi tout en bas de l’échelle. Les voitures, les mini-bus et les camions vont avoir la priorité. C’est donc à nous de leur céder le passage en nous rabattant sur le côté pour les laisser passer. Souvent, ils s’annoncent en klaxonnant – ce qui est très énervant quand on est dans un bus de nuit et que le chauffeur joue du klaxon toutes les deux minutes.

Jusque-là, il n’y a pas vraiment de problème, il suffit juste de savoir que les véhicules plus gros que nous ont la priorité. Le problème vient plutôt du terrain et du comportement des conducteurs de voitures et de camions.

Les routes du nord du Vietnam forment des lacets à flanc de montagne, comportent des virages parfois très serrés et peuvent être très étroites, parfois trop pour laisser passer deux véhicules de front. La visibilité peut être grandement réduite, surtout lorsque le beau temps n’est pas au rendez-vous et que le brouillard se lève. Les voitures et les camions prennent souvent leur priorité comme une chose acquise et n’hésitent pas à doubler en plein virage, ne klaxonnent pas toujours pour s’annoncer et roulent beaucoup trop vite sur de petites routes de montagnes, sans aucune prudence.

 

Les routes sont très impressionnantes dans les montagnes !

 

Il nous est arrivé plusieurs fois de nous faire surprendre, au détour d’un virage, par une voiture qui se trouvait au milieu de la voie et qui n’avait pas klaxonné alors qu’il n’y avait aucune visibilité. Rouler doucement est donc de mise, et il faut rester constamment attentif. Des virages peuvent cacher des voitures et des camions qui ne se décaleront pas pour une moto. La courtoisie au volant n’est pas chose commune au Vietnam… C’est à nous, motards, de faire attention.

Notre plus grosse frayeur s’est produite dans la région de Cao Bang. Alors que nous descendions tranquillement une petite côte, nous avons aperçu une voiture un peu plus loin devant nous en train de monter. Surgie de nulle part, une seconde voiture a déboulé derrière la première et a déboîté sur la file d’à côté – notre file donc – afin de la doubler, sans regarder. On était à deux doigts de lui rentrer dedans, et Thibaut a été obligé de donner un grand coup de guidon pour éviter ce chauffard. Quelques secondes à peine et on s’y encastrait de plein fouet. Notre moto est partie dans le fossé, sur le bas côté, et on a failli s’écraser sur la barrière qui nous séparait du vide. La voiture n’a pas ralenti, et ne s’est pas arrêté non plus pour vérifier que nous allions bien…

La loi du plus gros oblige les motos et scooters à être responsables de leur propre sécurité. Je ne compte même plus les fois où on a été frôlés de très près par des camions qui n’avaient pas la patience d’attendre que la route s’élargisse davantage pour leur permettre de passer sans prendre le risque de nous toucher. Les camions et les voitures n’ont quasiment aucune considération pour les petits scooters, c’est vraiment ce qu’il faut garder à l’esprit quand on prend la route !

 

#2 Les animaux sur la route

Si un virage peut cacher un énorme camion qui prend tout l’espace, il peut aussi cacher une basse-cour entière. Les animaux laissés en liberté sont loin d’être rares au Vietnam, il faut donc faire attention à eux aussi. Poules, cochons, vaches, buffles, chiens… Nous en avons croisé des centaines. Leur comportement peut être imprévisible aussi, d’où l’importance encore une fois de ne pas rouler trop vite.

Nous avons aussi croisé beaucoup de troupeaux gardés par des femmes, qui les faisaient avancer en plein milieu de la route. Spectacle dépaysant du bout du monde, nous nous sommes souvent arrêtés pour les regarder passer.

 

Un troupeau de vaches au milieu de la route

 

#3 L’état des routes

Comme en Australie, toutes les routes du Vietnam ne sont pas goudronnées ! Il est important de se renseigner sur l’état des routes avant de les emprunter. A Hà Giang, nous avons dû faire demi-tour en voulant rallier le petit village de Du Gia depuis Bac Me. La route était extrêmement mauvaise et on a abandonné après à peine un kilomètre pour finalement rentrer directement sur Hà Giang City. Prendre des routes complètement défoncées à moto est vraiment désagréable, chaque trou nous fait sauter sur la selle, c’est une horreur. Dès qu’il y a une flaque, il faut en vérifier la profondeur avant de rouler dedans.

La pire route que nous avons prise, c’était dans le district de Hoang Su Phi. On a voulu prendre un raccourci, une route d’une dizaine de kilomètres. Le début était goudronné, très lisse. Après plusieurs centaines de mètres, il n’y avait plus de goudron, seulement de la terre. Criblée d’énormes trous, constellée de rochers, la route est vite devenue infernale mais on a tout de même continué. On a dû descendre de la moto à certains moments tant c’était difficile de rester en équilibre dessus. On a dû franchir des cours d’eau, et on a fini dans une couche de plusieurs centimètres de boue… Il nous a fallu plus de deux heures pour en parvenir au bout. On en a eu des sueurs froides, persuadés qu’on allait devoir abandonner la moto à un moment ou à un autre et qu’on n’arriverait pas à la ramener sur l’asphalte. Après cette expérience, on n’a plus voulu jouer les aventuriers et on ne s’est plus risqués sur des routes de terre si on ne savait pas jusqu’où elles allaient exactement.

 

La route pour aller jusqu’à la tour du drapeau de Lung Cu était l’une des plus mauvaises que nous ayons empruntée !

 

 

PARTIE 2 : NOTRE ITINÉRAIRE

 

Nous sommes partis environ trois semaines dans le nord, le long de la frontière chinoise. On a pris notre temps, les routes sont extrêmement scéniques et parfois on avait envie de nous arrêter à chaque virage pour prendre des photos.

 

Le dernier kilomètre qui sépare le Vietnam de la Chine

 

 

Boucle d’Hà Giang

On a commencé par la boucle la plus connue, celle dite « de Hà Giang ». Elle démarre à Hà Giang, sans surprise. Pour l’instant, elle n’est pas encore très touristique mais je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que le tourisme dans la région ne prenne de l’essor.

Nous avons mis sept jours pour faire la boucle et revenir à notre point de départ, en passant par Tam Son, Dong Van, Lung Cu, Meo Vac, Bao Lac, Khuoi Khon et Bac Me.

C’est une boucle magnifique qui offre des paysages de montagnes à couper le souffle et qui fait passer par des formations naturelles impressionnantes telles que le plateau de Dong Van classé géopark UNESCO ou le col de Ma Pi Leng. C’est l’ethnie Hmong qui est la plus répandue dans la région, il est facile de se rendre dans leurs villages en suivant les petites routes de terre.

 

Un petit village dans la province d’Hà Giang

 

 

Hoang Su Phi

Là encore, c’est une boucle qui a nous a pris sept jours en partant de Hà Giang et en passant par Nam Ty, Vinh Quang, Ban Phung, Coc Pai, Quang Nguyen et Thong Nguyen.

Cette fois-ci, nous n’avons croisé peut-être qu’une poignée de touristes comme nous en une semaine. Le district de Hoang Su Phi n’est pas du tout visité, tout simplement parce que les touristes se concentrent non loin à Sapa. C’est une région magnifique pour voir des rizières en terrasse impressionnantes bâties sur les montagnes par les minorités. Les ethnies que l’on peut rencontrer de ce côté sont les Tay, les Nung, les Dzaos, les La Chi ou encore les Hmong.

 

Rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

 

Petite boucle à Cao Bang

C’est la dernière boucle à moto que nous ayons faite dans le nord, cette fois pendant quatre jours. Partis de Cao Bang, la capitale de la région, nous avons visité le lac Thang Hen, la cascade de Ban Gioc et les villages Nung connus pour la fabrication de couteaux.

Cette région est assez peu visitée également, et elle offre des paysages complètement différents de ce que nous avions pu voir précédemment. Ce sont surtout des rizières plates ponctuées de montagnes karstiques. C’est similaire à ce que l’on peut voir du côté de Ninh Binh, mais certainement plus rural et moins touristique.

 

La vue sur les monts karstiques de Cao Bang depuis une colline près des chutes de Ban Gioc

 

 

Pourquoi a-t-on évité Sapa ?

Dans le nord du Vietnam, Sapa est sur toutes les lèvres. On l’a rapidement constaté en arrivant à Hanoï, toutes les agences de voyage proposent des excursions et des treks dans les rizières en terrasses là-bas. Sapa est un haut lieu du tourisme, tout visiteur du nord du pays se doit d’y aller. La région est réputée abriter les plus belles rizières du Vietnam. Pour le coup, on ne saura pas si c’est vrai ou non, mais on a en tout cas vu de magnifiques rizières en terrasse dans la région de Hoang Su Phi, qui est proche de celle de Sapa.

 

Magnifiques rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

C’est principalement pour éviter le tourisme de masse que nous avons décidé de ne pas nous y rendre. On a vite compris que les rencontres avec les minorités ethniques risquaient d’être biaisées par les rapports à l’argent. Nous avions entendu beaucoup de rumeurs disant que les locaux en habits traditionnels réclamaient de l’argent pour être pris en photo, vendaient énormément de souvenirs conçus spécialement pour les touristes… On voulait essayer de sortir des sentiers battus et d’aller dans des régions moins prisées des touristes, plus authentiques. En étant motorisé, c’était parfaitement possible.

 

 

 

PARTIE 3 : LE QUOTIDIEN

 

 

Le voyage à moto : ce que nous avons fait et vu

Beaucoup de nos amis nous ont demandé comment nous avions fait pour nous débrouiller dans ces régions reculées. Nous avons traversé des villages ethniques, et effectivement personne ne parlait anglais. Parfois même, les habitants ne parlaient pas le vietnamien, juste leur propre dialecte.

La première boucle que nous avons faite nous a permis de réaliser l’ampleur des choses et de mettre en place une sorte de routine. On avait une carte, on nous avait recommandé des routes et des villages, donc on a suivi plus ou moins ce qu’on nous avait dit. Sur la route, nous avons rencontré d’autres voyageurs qui nous ont donné de nouveaux conseils venus s’ajouter aux premiers. Ils nous ont parlé de détours possibles, des bonnes routes ou au contraire des mauvaises, qu’il valait mieux ne pas emprunter.

Les premiers jours, nous sommes partis avec un autre couple de français, puis nous nous sommes séparés et nous avons rencontré d’autres couples avec qui nous avons partagé d’autres sections de route.

Le quotidien à moto, c’est principalement de la route. Dans le nord du Vietnam, les routes sont scéniques, il faut donc en profiter pour rouler, s’arrêter, prendre des photos, et recommencer.

 

Pour voir notre sélection de photos du Vietnam, suivez le lien !

 

Paysage de la province de Cao Bang

 

Les paysages sont absolument grandioses. Entre montagnes, rizières en terrasses, et monts karstiques, les routes sont très impressionnantes. Il fallait parfois compter deux heures pour parcourir seulement une vingtaine de kilomètres tellement on s’arrêtait pour prendre des photos. Lorsque l’on voyage à moto au Vietnam, ce n’est pas la destination qui compte mais bien le voyage !

 

Le plateau de Dong Van dans la province d’Hà Giang

 

Le seul bémol, c’est la pollution. Pendant plusieurs jours, on pouvait voir un voile gris recouvrir les montagnes au loin. La région du Yunnan, dans le sud de la Chine, est située non loin de la frontière vietnamienne et est exploitée pour ses mines. On en a déduit que ce nuage de pollution venait de là et on a entendu à plusieurs reprises des explosions provenant probablement des mines.

Au-delà des paysages sensationnels, on a aussi pu faire quelques visites plus culturelles. Il existe des sites historiques très intéressants, notamment dans la province de Hà Giang. On peut citer le palais du roi Hmong, la tour du drapeau de Lung Cu ou encore l’ancienne prison de Cang Bac Me. Un article viendra prochainement sur ces sites !

 

Edit : l’article sur les sites historiques et culturels d’Hà Giang et Cao Bang est disponible ici !

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Et bien évidemment, les villages ethniques constituent un autre attrait du voyage à moto. Nous n’avons pas hésité à suivre de petites pistes pour arriver jusqu’à des villages du bout du monde. Les enfants sur la route se montrent le plus souvent très enthousiastes en voyant des étrangers : coucous de la main, « hello » criés après nous, grands sourires…

 

Des enfants Hmong rencontrés sur la route !

 

Parfois, les adultes prenaient un air plus méfiant, et on comprenait alors qu’ils ne devaient pas voir d’occidentaux passer souvent dans leur village. Ça a été le cas à Ban Phung, le village des La Chi, une communauté très minoritaire au Vietnam. Perché sur les flancs des montagnes, non loin de la frontière chinoise, le village était niché dans un cadre grandiose, entouré de rizières en terrasses. Mais personne dans le village ne nous a rendu nos sourires… Les gens se sont montrés très méfiants, surtout en voyant notre appareil photo. Ils n’hésitaient pas à se tourner dos à nous pour que nous ne les photographiions pas. Nous n’avons pas insisté.

 

Un petit village près de la frontière chinoise

 

Voyager à moto a été un excellent moyen de nous rendre dans des villages isolés et de rencontrer des gens. Nous avons été invités à plusieurs reprises à boire le thé, manger et même dormir. Un article suivra bientôt sur nos rencontres avec les minorités.

 

Edit : Suivez ce lien pour lire notre article sur les minorités du nord du Vietnam

 

 

La communication sans parler anglais

 

#1 Manger

Pour manger, il ne faut pas être difficile. Il y a des enseignes au-dessus ou à côté des maisons. Les tables et chaises en plastique mettent aussi la puce à l’oreille. Il suffit de s’installer. En général, si on ne dit rien, le propriétaire va nous apporter du bouillon, le fameux phô.

Si on veut autre chose qu’une soupe, c’est tout de suite plus compliqué. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter soit à désigner directement ce qu’on veut du doigt, soit à utiliser un traducteur sur son téléphone. On avait appris les mots basiques en vietnamien tel que « riz », « bœuf », « poulet », « pas de piment », etc., et ça nous a servi. Parfois, la dame nous faisait signe de la suivre et nous emmenait directement dans sa cuisine, où elle attendait qu’on lui montre ce qu’on voulait. Il ne faut pas hésiter à faire de grands gestes pour bien se faire comprendre. La personne en face en fera tout autant pour vérifier qu’elle a bien compris.

Après une semaine à ne manger que des bouillons et du riz, on est arrivés dans la ville de Bac Me. On y a trouvé une petite épicerie, et la dame vendait des boîtes de Vache Qui Rit. On n’a pas pu résister à l’envie de nous faire des sandwichs avec le pain des traditionnels banh mi ! On a refait ça à plusieurs reprises quand on commençait à saturer des nouilles et du riz…

Pour connaître le coût du repas, soit on utilisait une calculatrice pour afficher le prix, soit la personne nous montrait directement le total avec des billets. Au marché, c’est le même principe. A chaque fois qu’on a voulu acheter des fruits, la vendeuse nous montrait les billets qu’on devait donner pour payer.

 

#2 Dormir

Pour dormir, on ne peut pas utiliser d’applications telles que Booking. Les Vietnamiens ne parlent pas anglais donc les homestays ou hôtels ne sont pas référencés sur internet. En arrivant en fin de journée dans un village, il faut juste s’y balader et chercher les enseignes « Nha Ngi », qui signifie « chambre d’hôtes ».

En entrant, il vaut mieux demander à voir la chambre avant d’accepter de s’y installer. Pour cela, rien de plus simple : on montre ses yeux avec ses doigts. Pour éviter les mauvaises surprises, il vaut mieux toujours s’accorder sur le prix avant de passer la nuit. C’est le même principe que pour manger, on utilise sa calculatrice pour demander le prix et éventuellement essayer de négocier.

En général, on n’a jamais payé plus de 200 000 dôngs la chambre, soit 8 dollars.

 

La salle commune de la maison où nous avons eu la chance d’être accueillis le temps d’une nuit dans la province d’Hoang Su Phi. C’est là que nous avons dormi !

 

Tous les hôtels et autres homestays sont obligés de prendre nos passeports pour enregistrer nos numéros de passeport et de visa. La loi vietnamienne les y oblige. Il faut donc donner son passeport dès l’arrivée. Certains vont juste prendre en photos les informations, d’autres vont garder les passeports jusqu’au check out. A Bao Lac, nous avons payé la nuit et le lendemain matin nous avons tout simplement oublié que la dame avait gardé nos passeports. C’est plus d’une heure plus tard, sur la route, qu’on a réalisé qu’on était partis sans. Heureusement, on allait juste voir le petit village des Lolos noirs situé à une dizaine de kilomètres et on savait qu’on allait forcément repasser par Bao Lac le jour même ou le lendemain.

En arrivant dans une petite homestay à Dong Van, on n’était pas encore habitués à devoir donner nos passeports directement. Ce n’était que notre deuxième nuit de road trip. La dame qui nous recevait ne parlait pas un mot d’anglais. Elle s’est mise à faire des gestes qu’on a mis beaucoup de temps à comprendre. Elle montrait son visage avec ses mains, puis mettait ces dernières en coupe qu’elle ouvrait et refermait. Elle essayait juste de mimer un passeport… Devant notre incompréhension, elle a fini par prendre un livre et a désigné son visage. On a enfin compris et on a été étonné, alors qu’elle devait recevoir des étrangers régulièrement, qu’elle n’ait pas juste appris le mot passport en anglais…

 

 

 

PARTIE 4 : QUELQUES ANECDOTES ?

 

#1 Inondation

Arrivés à Cao Bang, nous avons rapidement compris que l’attraction principale de la province était la cascade de Ban Gioc. Il s’agit d’une cascade qui marque la frontière entre la Chine et le Vietnam, elle est donc à cheval sur les deux pays ! C’est d’ailleurs la quatrième plus grande cascade située sur une frontière nationale après les chutes Victoria, du Niagara et d’Iguaçu. Nous avons donc décidé d’inclure les chutes dans notre road trip à Cao Bang. En arrivant dans un petit village à seulement 2 km de la cascade, nous nous sommes installés pour la nuit dans une petite homestay. Le village, enfoncé dans une vallée, était entouré d’une petite rivière et donc accessible uniquement par un pont.

En parlant avec les locaux, il apparaît que la homestay est en fait commune à l’ensemble du village. Les habitants se relaient pour s’occuper des visiteurs. Ainsi, nous étions les seuls à y passer la nuit, excepté un autre touriste coréen. Ce système nous a beaucoup plu parce qu’il incluait de prendre les repas dans la maison d’une famille du village.

Durant la nuit, un violent orage a éclaté. La pluie tombait tellement fort que l’eau ruisselait sur nous à travers le plafond ! C’était un véritable déluge, qui n’a pris fin qu’au matin. Lorsque je suis sortie sur la terrasse, j’ai eu la surprise de constater que le pont et la route que nous avions empruntés hier avaient complètement disparu ! Engloutis sous des trombes d’eau. La petite rivière qui coulait tranquillement la veille encore avait débordé et était sortie de son lit, créant un immense torrent puissant d’eau boueuse. La homestay était entourée d’eau, et le courant semblait si intense que nous n’avons pas tenté de traverser à pied. De l’autre côté, quelques villageois assemblés nous ont fait des signes de la main.

Les toilettes étaient en fait situées au rez-de-chaussée tandis que nous dormions à l’étage ; heureusement d’ailleurs ! Il était tout simplement impossible d’accéder aux toilettes, le niveau de l’eau avait tellement augmenté qu’elles étaient inondées jusqu’à environ 1,50 m de hauteur ! C’était la première fois que nous assistions à un tel spectacle et nous avons été impressionnés de voir à quel point les éléments pouvaient se déchaîner. Nous étions prisonniers de notre homestay.

 

Pendant la crue

 

Après la crue

 

Cette situation pour le moins inhabituelle a changé nos plans. Coincés par la crue, nous avons dû prendre notre mal en patience et attendre environ quatre heures que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir enfin rejoindre le reste du village, en pataugeant tout de même dans la boue. Sur notre petit îlot, nous avons été surpris de voir à quel point le paysage avait changé après seulement une nuit d’orage. Les dégâts n’ont pas eu l’air d’être trop conséquents, heureusement. La famille chez laquelle nous avons déjeuné avait pu mettre en sûreté les meubles du rez-de-chaussée au premier étage. Une fois que le niveau de l’eau a baissé, les villageois ont uni leurs efforts pour dégager le pont et la route de toute la boue accumulée.

On a pu finalement sortir en début d’après-midi et aller voir la fameuse cascade ! Sur les photos que nous avions vues, les chutes sont magnifiques. Il s’agit de la plus grande cascade du Vietnam, dont les eaux sont censées être d’un bleu presque surnaturel. Pour nous, le spectacle a été beaucoup moins photogénique que ce qu’on pensait… Les eaux de la cascade étaient marrons, boueuses, et il avait tellement plu que le flot était plus important que la normale. Une bruine s’échappait des chutes et rendait toute prise de photo quasiment impossible, ou alors il aurait fallu noyer son appareil dans l’opération. On aura vu cette cascade sous un jour que personne ne montre !

 

#2 Les freins qui lâchent

Voilà une histoire qui confirme le fait que conduire au Vietnam peut devenir vraiment dangereux ! Alors que nous roulions depuis plusieurs jours déjà, nous avons décidé d’emprunter une route à flanc de montagne. Après une longue montée, il a bien fallu redescendre et les freins de la moto ont été tellement sollicité qu’ils ont tout simplement arrêté de fonctionner alors que nous nous engagions dans une nouvelle pente. Heureusement, Thibaut a réussi à arrêter la moto grâce au frein au pied avant qu’on ne prenne trop de vitesse. On a eu une peur bleue, et par chance l’incident est survenu à quelques mètres seulement d’un garage situé au beau milieu de nulle part. Une chance pour nous !

Nous avons réussi tant bien que mal à expliquer au mécanicien qu’il devait vérifier les freins en les lui désignant du doigt. Personne ne parlait anglais, évidemment. Après quelques minutes, il a enfourché la moto et l’a conduite un peu pour vérifier que tout était en ordre, et nous avons pu repartir. Au Vietnam, il faut savoir que quasiment tout le monde a des connaissances en termes de mécanique. En cas de panne ou de pneu crevé, il est très facile de trouver de l’aide rapidement, même au milieu de nulle part !

 

#3 Aller en Chine pour une minute

Dans la province d’Hà Giang, la route principale passe parfois très près de la frontière de la Chine. Nous avons pu, à plusieurs reprises, apercevoir les montagnes de la Chine, qui sont tout à fait similaires à celles du Vietnam soit dit en passant ! Au détour d’un virage, Thibaut n’a pas pu résister : on ne se trouvait qu’à quelques mètres de la frontière ! Il a donc décidé d’aller voir de plus près, et de passer les quatre rangées de barbelés qui séparent les deux pays. Une fois de l’autre côté, il est tombé sur ce panneau très rassurant.

 

Le panneau du côté chinois…

 

Il était bien décidé à continuer, mais le bruit d’une voiture à l’approche l’a fait détaler de peur de se faire prendre. On ne plaisante pas avec les autorités chinoises…

 

#4 Conjonctivite et côte cassée

Oui, le road trip à moto a failli virer à la catastrophe !

Après trois jours de route, j’ai commencé à avoir mal à l’œil droit. Je ne portais pas de lunettes de soleil pour protéger mes yeux sur la moto, et c’est probablement ce qui a causé l’infection. Entre le vent, la poussière et la pollution, il est facile de se blesser, ce dont je n’avais pas conscience en partant évidemment. Lorsque la conjonctivite s’est déclarée, nous étions à Lung Cu, à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise et donc au beau milieu de nulle part ! Pas de médecin ni de pharmacie dans les environs… Avec un œil rouge et purulent, il fallait pourtant faire quelque chose. Il a donc fallu soigner ça de manière naturelle, à l’aide d’eau minérale, de sel et de jus de citron vert… Heureusement, en quelques jours c’était fini.

Pour Thibaut, ça a été une autre expérience. Après une chute malheureuse près de Cao Bang, il s’est carrément cassé une côte ! Nous avons malgré tout continué le road trip, parce qu’il n’y avait pas grand chose à faire à part attendre que l’os se ressoude de lui-même. Conduire avec une côte cassée, c’est possible ! Apparemment, c’est douloureux aussi, surtout quand la route n’est pas lisse…

 

#5 Rencontres sur la route

Le voyage à moto a grandement permis de faciliter les rencontres avec les locaux. Les arrêts photos ont souvent poussé les gens des abords à venir nous parler. C’est de cette façon que nous avons pu être invités à manger et dormir, ou juste à voir l’intérieur de maisons traditionnelles. Devant un paysage impressionnant, c’est toute une famille de Vietnamiens qui s’est arrêtée et nous a offert des épis de maïs fraîchement grillés. Un peu plus loin, nous avons croisé un groupe d’enfants qui avaient l’air d’attendre un bus… Ils se sont précipités vers nous, intrigués de nous voir là. Une petite fille a pointé du doigt notre bouteille d’eau, et nous la lui avons donnée. Elle a fait gentiment boire tous les enfants du groupe les uns après les autres.

Nous avons aussi croisé beaucoup de motards aux cargaisons parfois insolites… La moto reste un moyen rapide pour transporter des marchandises telles que des sacs de riz ou des animaux. Nous avons vu bon nombre de cochons vivants littéralement ficelés à l’arrière des motos ou encore des cages remplies de poules, de poussins ou de canards.

 

Une cargaison un poil déséquilibrée…

 

Certains villageois étaient aussi trop pauvres pour pouvoir acheter une moto et marchaient donc simplement sur le bord de la route. Parfois, les femmes portaient leurs bébés à l’aide d’un foulard noué dans le dos. D’autres fois, elles avaient une sorte de panier en rotin ou en plastique pour transporter des marchandises, notamment les jours de marché. Nous nous sommes souvent arrêtés pour les prendre en photo, toujours en demandant la permission.

 

Une Hmong avec son panier en plastique

 

 

BILAN

Ce road trip dans le nord du Vietnam reste l’un des souvenirs les plus forts de notre voyage. On a vu des paysages tous plus splendides les uns que les autres, on a rencontré des gens d’une générosité sans pareille, on a appris qu’on pouvait quasiment tout dire juste avec des gestes et des sourires… C’est une expérience que nous recommandons à tous ceux qui souhaitent vivre une expérience forte et sortir des sentiers battus. Être motorisé confère une liberté quasiment sans limites. Il faut juste garder une chose à l’esprit : ce n’est pas la destination qui importe, mais bien le voyage en lui-même !

 

 

Vue sur le col de Ma Pi Leng

 

Les capitales historiques du Vietnam

Les capitales historiques du Vietnam

Au Vietnam, il y a huit sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Deux sites sont naturels, les six autres sont culturels et mixtes. Nous en avons visité quatre répartis sur la côte du pays. Il s’agit de quatre villes ou anciennes villes qui ont eu un rôle dans l’histoire du Vietnam.

Ces quatre sites sont d’anciennes capitales politiques et économiques, devenus aujourd’hui les lieux d’un tourisme important.

Quelles sont leurs histoires ? Que peut-on y voir ? Comment s’y déroule la visite ? Retour d’expérience.

 

 

DESCRIPTION

 

A l’opposé des trois autres sites que je vais présenter, Hoi An n’a jamais été capitale du Dai Viet. Si vous souhaitez des informations sur l’histoire générale du Dai Viet puis du Vietnam, vous pouvez vous reporter aux trois parties de l’article Vietnam : un brin d’histoire.

Hoi An était le plus puissant port marchand du royaume de Champa qui rayonna dans toute l’Asie du Sud-Est et jusqu’en Europe dès la fin du XVIe siècle et jusqu’à son absorption par le Dai Viet au XIXe siècle.

Hoi An est située en bord de rivière et conserve son plan du XVIIIe siècle. Une grande avenue traverse la ville parallèlement à la rivière et de nombreuses rues et venelles créent un réseau de liaison perpendiculaire à cette avenue principale.
Le long de ces rues, et principalement le long de l’artère centrale, 1107 maisons à pans de bois se tiennent toujours debout, serrées les unes contre les autres. Si leur armature est de bois, les murs sont en terre et en brique. Ces maisons ont la particularité d’avoir des toits en tuiles rouges, ainsi que de nombreux motifs traditionnels sculptés en bois sur les devantures.

 

La rue principale de Hoi An

 

Les maisons sont totalement ouvertes et conservent les marques de fonctionnalité portuaire. On peut les traverser de part en part car elles sont ouvertes sur la rue et sur la rivière, meilleur moyen de circulation des marchandises.

 

Maison marchande entre rue principale et rivière

 

Dernier élément remarquable, Hoi An conserve plusieurs ponts dont le fameux pont pagode japonais du XVIIIe siècle. On peut d’ailleurs trouver partout dans la ville ce mélange d’influences séculaires entre les peuples marchands : Champas, Chinois, Japonais, Vietnamiens puis Européens.

 

Le pont pagode japonais

 

C’est pour son état de conservation quasi intégral et pour ce caractère unique en Asie du Sud-Est que Hoi An a été classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1999.

 

VISITE

 

La visite de Hoi An permet une déambulation totale dans les ruelles, ce qui est assez agréable, et dès l’instant qu’on évite les touristes et qu’on lève la tête, on peut apercevoir quelques petites merveilles sculptées.

Parce qu’en effet, toute médaille a son revers et celui de l’UNESCO est l’intense flux touristique dans la ville.

Les rues sont souvent encombrées de monde et principalement de groupes qui les sillonnent en file indienne afin de rejoindre les différents pôles touristiques, tous pris d’assaut.

Le plus emblématique est le pont pagode japonais qui, en heure d’affluence, est une horreur à traverser. Le plus intéressant est de se lever très tôt pour aller le voir, ou d’attendre tard le soir.

L’autre problématique liée au tourisme est que chacun espère un profit de cette manne. Il n’y a donc plus vraiment de maison qui conserve son rôle portuaire ancestral. Les cafés, restaurants, hôtels, boutiques de souvenirs et de vêtements à destination des touristes s’enchaînent dans toute la zone protégée par l’UNESCO.

Quand arrive le soir, des milliers de lanternes de toutes les couleurs, tendus de part et d’autre de la rue principale, illuminent le ciel. De même des promenades en barque sont possibles sur la rivière. Contre quelques dollars, les touristes sont invités à déposer sur l’eau un lampion de papier flottant avec une bougie en son centre. L’effet est magnifique c’est certain. Les lumières qui englobent la ville n’ont néanmoins rien d’authentique et ne sont qu’un produit créé pour le tourisme.

 

La rue aux lanternes

 

En se baladant au matin, les lampions flottants qui n’ont pas coulé viennent s’échouer sur les berges et recouvrent un peu plus les déchets et les boîtes en polystyrène jetés directement dans la rivière par les restaurateurs.

Le bâtiment du marché qui est plusieurs fois centenaire, et qui se trouve au cœur de la zone UNESCO, est un véritable dépotoir. Il y a très peu de poubelles de ville et nous ne comprenons pas que les gestionnaires puissent laisser les abords de la ville dans un tel état de saleté.

 

Les quais de la zone UNESCO, derrière les restaurants

 

BILAN

 

Hoi An est une très belle ville qui possède un charme indéniable et quasi unique en comparaison des villes que nous avons pu voir en Asie.

Cependant, les maisons et le plan de la ville qui sont à l’origine du classement UNESCO semblent passer au second plan. Elles sont cachées derrière un attirail touristique qui croule sous le monde.

 

 

DESCRIPTION

 

L’ancienne capitale historique d’Hoa Lu se situe au nord du Vietnam, 100 km au sud d’Hanoï, au sein du complexe paysager de Trang An qui est classé à l’UNESCO depuis 2014.

Trang An est un bien mixte qui comprend une série de monts karstiques. On parle d’ailleurs de la « baie d’Along terrestre ». Au sein du complexe naturel se trouvent de nombreuses traces d’habitats des premiers hommes.

Le lieu a toujours été parfait pour y habiter. Ombragé et rafraîchi par les monts, l’eau s’y trouve en abondance et les rivières favorisent les cultures tandis que la grande quantité de bois, de pierre et de matières premières permet de construire des maisons.

À ce titre, Hoa Lu a été la première capitale du royaume du Dai Viet, de sa création en 968 jusqu’en 1010.

 

La porte de l’un des temples du complexe d’Hoa Lu

 

VISITE

 

À l’instar d’autres lieux touristiques au Vietnam, l’entrée sur le site d’Hoa Lu se fait de façon assez anarchique par plusieurs portes mal définies par lesquelles tout le monde rentre en scooter.
Un homme nous demande même de l’argent pour que nous garions notre moto devant un temple, et pendant qu’il s’arrête pour nous des dizaines de motos passent sans payer. Nous comprenons alors qu’il cherche juste à se faire un peu d’argent et nous décidons de garer notre scooter à l’extérieur du complexe.

Ce site est inscrit au patrimoine mondial, il n’y a pourtant pas de règles claires et chacun y va de son petit business personnel. Des femmes vendent des babioles dans les temples et personne ne surveille vraiment. Lorsqu’il est indiqué de ne pas prendre de photos et que les touristes sortent leurs appareils, les gardes laissent faire.

On a vraiment l’impression que les gardiens ne sont intéressés que par le potentiel argent que peut leur apporter les touristes et non par la protection de ce patrimoine d’exception. Par exemple, ces trois gardes restent avachis sur leur siège au moment où un groupe hurle dans le temple où on est censé se taire.

Pour ce qui est de la visite en elle-même, exceptés quelques portes et deux temples annexes, des palais de la première capitale, il ne reste rien sauf une immense esplanade dépourvue d’explications et sur laquelle sèchent des rangées de noix de coco.

 

L’ancien emplacement du palais

 

BILAN

 

Si l’on souhaite voir de beaux palais vietnamiens à l’histoire féconde, Hoa Lu n’est sûrement pas le bon endroit. Les superbes temples restants pourraient valoir un détour si seulement le manque d’organisation touristique du site ne venait pas gâcher la visite.

 

 

DESCRIPTION

 

Hanoï est LA grande capitale du Vietnam. D’abord du Dai Viet entre 1010 et 1802, puis de l’Indochine française et du Vietnam de 1902 à nos jours.

Seule une toute petite partie de la vieille ville est inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2010 : le secteur centrale de la cité impériale de Thang Long.

Une dizaine de dynasties se sont succédé au sein de la cité et chacune a construit son palais, a détruit d’anciens bâtiments pour les remplacer par d’autres. Chacune a aussi laissé sa marque architecturale.
Ce sont les recherches archéologiques qui permettent de découvrir des éléments d’architecture et de les dater. Il est toutefois très difficile de comprendre quelle dynastie a construit quoi et à quel endroit. Ce sont des couches de fondations successives qui se superposent au niveau du sol. Près d’une centaine de fondations d’édifice a été retrouvée.

Lorsqu’en 1802 la capitale est déplacée à Hué, Hanoï ne devient plus qu’une citadelle fortifiée « à la Vauban » et une caserne militaire.

Le pouvoir français décide en 1897 le démantèlement total de la cité et un réaménagement au service de la colonie. Ne sont conservés que quelques éléments comme la porte d’entrée protocolaire de la cité, la terrasse du palais, la pagode des dames, la tour du drapeau et la porte nord.

 

La porte d’entrée protocolaire de la cité impériale d’Hanoï

 

Dès 1902, Hanoï devient capitale de l’Indochine française. Non loin de la cité de Thang Long, le gouverneur de la colonie s’installe dans un palais colonial qui est aujourd’hui le palais présidentiel. Dans l’ex-cité impériale, les Français avaient déjà construit en 1886 un bâtiment destiné à l’administration militaire. Celui-ci arbore un style néo-classique très sobre et dépourvu de décorations vietnamiennes, ce qui tranche totalement avec les rares bâtiments encore existants.

 

La bâtiment colonial et son esplanade abandonnée

 

Après la défaite française de 1954 et avec l’avènement de la guerre du Vietnam, la cité est reprise par le gouvernement de la République démocratique du Vietnam qui y installe un bâtiment de commandement : le D67 construit en 1967. S’y trouvent encore les salles de réunions ainsi que le bunker anti-bombardement d’Hô Chi Minh.

 

L’entrée du bunker D67

 

Après la guerre du Vietnam, la cité est fermée par le ministère de la Défense. Il faut attendre 2004 pour qu’elle devienne un bien culturel et historique mais aussi un symbole de l’unification du pays et du processus de reprise en main des Vietnamiens sur leur pays. Le musée militaire se situe d’ailleurs dans l’enceinte protégée.

 

VISITE

 

Outre les traces archéologiques, il ne reste donc quasiment aucun bâtiment ayant plus de 300 ans dans la cité impériale.

Si l’on espère découvrir une cité aux mille palais, majestueuse de couleurs et d’architectures imaginées dans nos rêves d’Orient, la déception peut être grande.

Pour les amoureux de la belle photo et des détails de l’ornementation, la visite est rude. L’escalier aux dragons, situé au ras du sol et seul vestige du palais, est noyé sous des bouquets de fleurs en plastique et abrité derrière une imposante barrière dorée aux cordons de velours rouges. Difficile d’apprécier.

 

L’escalier aux dragons

 

La plupart des bâtiments datent des XIXe et XXe siècles et il n’existe dans le complexe aucune harmonie d’ensemble. Comme on le voit sur les photos précédentes, le bâtiment d’architecture coloniale caché derrière des tôles de chantier côtoie quelques vestiges vietnamiens ainsi que le bunker de la guerre du Vietnam. On est bien loin du fantasme asiatique.

 

De chaque côté de cette porte latérale, cartons et ordures en tout genre s’amoncellent

 

Enfin au moment de notre visite, des centaines de jeunes Vietnamiens étaient présents en costume d’université pour fêter leur remise de diplôme. Les jeunes lançaient leurs chapeaux, d’autres étaient assis partout sur les murets posant leurs pieds sur des vestiges archéologiques pour faire de meilleures photos. Nous nous sommes plus sentis dans la salle polyvalente d’Hanoï que dans un site UNESCO majeur.

 

BILAN

 

Le rapport de l’ICOMOS – l’institut culturel qui établit une étude du bien proposé au classement – indique que la cité impériale d’Hanoï ne remplit aucun des critères de classement. Il est rajouté que l’intégrité du site n’est pas totale. Pour l’ICOMOS, la perspective historique de la cité est « brouillée par la présence majoritaire d’immeubles tardifs, d’artefacts (avions du musée) ou d’arbres sans rapport avec cette perspective et ses significations ».

L’impression de l’ICOMOS et ces termes corroborent notre ressenti et l’expérience peu convaincante que nous avons eue dans la cité impériale d’Hanoï.

 

 

DESCRIPTION

 

Si Hanoï est la capitale la plus emblématique du Vietnam, la cité impériale d’Hué est pourtant le site historique le mieux conservé du pays. Elle le doit sans doute à son histoire plutôt récente.

Après mille ans de règnes dynastiques à Hanoï, le siège du pouvoir se déplace en 1802 à Hué. Si la cité était déjà un siège administratif au sud du Dai Viet aux XVIIe et XVIIIe siècles, c’est Gia-Long, premier souverain de la dynastie Nguyên, qui y installe la capitale. Le Dai Viet grignote petit à petit le royaume de Champa au sud et Hué occupe une position centrale idéale, à mi-chemin entre Hanoï et Saïgon, pour régner sur ce grand Vietnam.

La capitale est entourée de murs épais, de citadelles et de bastions défensifs de style Vauban. C’est la plus imposante jamais construite par un roi vietnamien. La construction commence en 1802 et se prolonge jusqu’en 1832. Conçus dans une unité parfaite, tous les palais et les bâtiments administratifs intérieurs respectent la même pensée architecturale : mêmes matériaux, même ornementation, mêmes couleurs.

 

L’un des temples de la cité d’Hué

 

Porte d’entrée du temple de la fertilité

 

La cité impériale de Hué était une œuvre d’art architecturale comparable à la cité interdite de Pékin. Elle aurait pu conserver ce prestige si elle n’avait pas souffert des différentes guerres coloniales de 1885 et 1947. Mais c’est plus encore la guerre du Vietnam et les bombardements au napalm réalisés directement sur la cité par l’aviation américaine qui est à l’origine de la disparition des pièces maîtresses de la cité.

En 1991, 35 bâtiments en ruine sont démolis, ne laissant qu’une vaste cour sans âme au cœur de la cité.

Ce n’est pas cette seule cité qui a été classée par l’UNESCO en 1993 mais « l’ensemble des monuments de Hué » composé de différents temples à l’extérieur de la ville, des tombeaux majestueux des empereurs ou encore de la pagode de la Dame céleste – l’une des plus vieilles du Vietnam – qui date de 1601.

 

La pagode de la Dame céleste

 

VISITE

 

À Hué, la visite est plus claire qu’à Hanoï. Le secteur protégé est littéralement la cité impériale délimitée par quatre murs.

Et dans ce carré les traces historiques sont bien plus nombreuses. De nombreux palais sont encore en place ou ont été reconstruits et restaurés.

 

Porte d’entrée de la cité en restauration

 

Néanmoins, si certaines traces sont bien visibles et entretenues, certaines parties de la cité sont laissées à l’abandon, sans aménagement, sans signalétique, sans même aucune propreté.

 

Un mur incendié par les bombardements de la guerre du Vietnam

L’esplanade vide où se situaient les palais

 

D’aspect général, l’effort semble mis sur les possibilités de gagner de l’argent plus que sur la lisibilité historique et patrimoniale. Tout d’abord, il s’agit du site touristique au prix d’entrée le plus élevé que nous ayons visité au Vietnam. A l’intérieur, des petits bus électriques sont proposés aux touristes afin de circuler dans la cité sans marcher. Ceux-ci foncent dans les allées et ne se donnent pas la peine de ralentir lorsque des piétons arrivent en face. Le point de départ des bus est le superbe café très moderne construit au cœur de la zone protégée.

Nous éloignant de la partie « touristique », nous sommes tombés au fond de la cité sur un temple et des galeries en travaux de restauration. C’était l’heure de la sieste et tout était ouvert. Nous avons donc pu déambuler au milieu des outils, des sacs de ciments et des ouvriers endormis.
Les restaurations en court auraient d’ailleurs fait sauter au plafond n’importe quel architecte du patrimoine français : beaucoup de béton par ci, beaucoup de béton par là et encore du béton s’il n’y en avait pas assez. Sans compter les mauvaises finitions et les couleurs criardes dans tous les coins. Une véritable horreur.

 

L’heure de la sieste

Les outils le long du chemin de visite

Les restaurations « patrimoniales » en cours

 

BILAN

 

Certains bâtiments de la cité sont très beaux. D’autres éléments sont plus délaissés. Le manque de signalétique se fait sentir dans tout le site. L’accent mis sur la rentabilité financière fait passer la mise en valeur au second plan. Le prix étant plutôt élevé pour ce qu’il y a à voir, nous sommes ressorti de cette visite avec un sentiment de déception, alors même que nous venions pour voir celle qui est présentée comme la plus grande cité impériale d’Asie du Sud-Est.

 

CONCLUSION

 

Ces quatre lieux touristiques sont majeurs dans l’histoire plurimillénaire du Vietnam.
Le classement à l’UNESCO semble légitime tant les éléments anciens sont rares et doivent être protégés.

Les gestionnaires donnent l’impression d’utiliser ces lieux et la notoriété de l’UNESCO pour engranger des recettes liées au tourisme de masse. Peut-on réellement blâmer le pays survivant de deux guerres dévastatrices ? Néanmoins, en contrepartie, aucun effort n’est réalisé quant à la lisibilité des lieux. Nous nous sommes souvent retrouvés perdus lorsque nous avons visité les sites.

Si l’Etat du Vietnam vend à grand coup de communication des sites historiques vides, il doit contrebalancer ce vide par du matériel permettant la compréhension de ces sites : panneaux, maquettes et autres. Pourtant, rien n’existe.

Nous sommes conscients que nos visites ne sont pas vraiment objectives. Nos études et nos goûts nous poussent à observer et à critiquer en détail la chose patrimoniale.

Et même si nous voulions visiter sans voir ces détails qui n’en sont pas, nous ne pourrions pas manquer le laissez-aller général qui opère dans ces lieux remarquables : restaurations dans tous les sens, détritus partout, décharges à ciel ouvert… l’anarchie à l’image des rues du pays.

 

Annexe : chronologie des différentes capitales du Vietnam

968 – 1010 : Hoa Lu, capitale du premier royaume vietnamien
1010 – 1400 : Hanoï, capitale du Dai Viet
1400 – 1407 : Vinh Loc, capitale du Dai Viet
1407 – 1428 : Domination chinoise.
1428 – 1802 : Hanoï, capitale du Dai Viet
1802 – 1945 : Hué, capitale du Viet Nam
1902 – 1953 : Hanoï, capitale de l’Indochine française
1953 – 1976 : Hanoï, capitale de la République démocratique du Vietnam
Depuis 1976 : Hanoï, capitale de la République socialiste du Vietnam

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