Kata Tjuta et Watarrka, les merveilles dont on ne peut rien savoir
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Kata Tjuta et Watarrka, les merveilles dont on ne peut rien savoir

Uluru, au milieu du Centre rouge, attire les visiteurs comme un phare les papillons. Pourtant, il n’est pas le seul à mériter ce long trajet à travers l’Outback. Le site de Kata Tjuta et le parc national de Watarrka sont d’autres merveilles tout aussi fascinantes et qui valent autant le détour. Si ces lieux nous étaient moins familiers, les visiter nous a laissé un souvenir désormais impérissable. Pour les Aborigènes, il s’agit également de sites sacrés, au même titre qu’Uluru.

 

Kata Tjuta, découvert en 1872 par Ernest Gilles, a été renommé Monts Olga par ce dernier en l’honneur de la reine Olga de Würtemberg. Situés seulement à 53 kilomètres d’Uluru, les 36 dômes caractéristiques sont visibles depuis celui-ci. Ils sont d’autant plus impressionnants lors du lever et du coucher du soleil, la lumière accroissant leur beauté en parant les monts de reflets changeants. Il s’agit vraiment d’un spectacle à ne pas manquer.

 

 

 

Paradoxe intéressant, Kata Tjuta fait partie du même parc national qu’Uluru – le parc étant même doté des deux noms – mais est pourtant beaucoup moins connu des touristes. Certains font le trajet dans le Centre rouge jusqu’à Uluru sans même se rendre à Kata Tjuta. On peut expliquer cela de plusieurs manières.

Kata Tjuta n’est d’abord pas aussi emblématique qu’Uluru. Victime de sa notoriété, le rocher mythique est au centre de l’attention. Les visiteurs qui se rendent dans le parc viennent essentiellement voir Uluru sans même se demander ce que sont les formes que l’on peut voir au loin sur l’horizon. Les Monts Olga restent de manière générale peu connus. Lors de notre visite guidée le long d’Uluru, une vieille dame a même demandé au guide si « ça valait le coup d’aller jusque-là ». Après déjà deux jours passés dans le parc, elle n’avait toujours pas compris que Kata Tjuta était, pour les Aborigènes, aussi important qu’Uluru.

Il faut dire que le visiteur non averti dispose de très peu d’informations sur le site. Le centre des visiteurs se concentre principalement sur Uluru et le mode de vie des Anangu. Des panneaux sont également situés le long des randonnées qui entourent Uluru pour partager les histoires ancestrales qui lui sont liées. Mais il n’en est pas de même pour Kata Tjuta.

Le site est en effet sacré, mais réservé uniquement aux hommes initiés. Les femmes et les enfants aborigènes n’ont pas le droit d’y aller, et a fortiori rien ne peut être divulgué aux visiteurs du parc. Les ancêtres, les histoires et les cérémonies sont gardés secrets : il est contraire à la loi traditionnelle Tjukurpa de les partager.

Pour cette raison, seules deux randonnées ont ouvert au public. La plus longue, nommée joliment « Vallée des Vents », permet, pendant 7,5 kilomètres, de passer entre les monts et d’accéder à de superbes points de vue. Il est également strictement interdit de grimper sur les dômes et de sortir des chemins balisés.

 

 

Le site étant sensible et sacré pour les Aborigènes, nous ne pourrons pas en savoir plus, mais il nous est toujours donné la possibilité d’admirer les ombres mystérieuses des monts rouges qui se dessinent à l’horizon.

 

 

A quelques centaines de kilomètres de là, le Centre Rouge abrite une autre de ses merveilles : le parc national de Watarrka. La réputation du lieu tient à l’incroyable canyon où la terre s’est fendue en deux et qui a donné son nom occidental au site : Kings Canyon.

 

 

Si ce parc est absolument spectaculaire et mérite d’être vu pour les magnifiques paysages qu’il offre, c’est aussi un lieu important pour les propriétaires traditionnels du site, les Luritja. Ces derniers pouvaient compter sur les trous d’eau permanents de cette oasis pour survivre dans le désert même en période de sécheresse.

Témoignages de leur vie sur le site, des peintures aborigènes ont été retrouvées sur les parois de certains abris. Malheureusement, les Luritja n’ont pas souhaité les ouvrir au public de peur que les visiteurs ne les abîment.

Un chemin de randonnée forme une boucle qui suit la gorge sur plusieurs kilomètres, permettant de s’approcher au plus près du précipice. La marche mène au cœur du canyon, où il est possible de descendre jusqu’à un trou d’eau appelé Jardin d’Eden. Pour les Luritja, ce lieu est extrêmement sacré. Il s’agit d’un site réservé aux hommes, exactement comme Kata Tjuta. Les histoires du Temps du Rêve sont considérées là encore trop sensibles pour pouvoir être partagées par les Aborigènes aux visiteurs du site. On ne peut donc rien savoir des ancêtres qui ont créé le lieu.

Par respect pour les traditions aborigènes, mais aussi pour des raisons écologiques, il n’est pas permis de se baigner dans le trou d’eau. Des dizaines d’espèces de plantes et d’animaux ne peuvent survivre dans le désert que grâce à des trous d’eau comme le Jardin d’Eden. La baignade réduit la qualité de l’eau à cause des produits cosmétiques qui peuvent la contaminer, tels que crèmes solaires, parfums, etc.

 

 

Quelques dizaines de mètres au-dessus du trou d’eau s’étendent les dômes de la Cité perdue. Façonnés par l’érosion de fissures verticales sur le grès, ces monts rouges ont été formés sur plus de 20 millions d’années. Pour les Luritja, les dômes sont de jeunes « hommes kuninga », qui ont voyagé près du canyon pendant le Temps du Rêve Tjukurpa. Le terme kuninga désigne, dans la langue luritja, un marsupial appelé « chat natif » ou « chat marsupial de Geoffroy » en français. Pour les Luritja, ces chats natifs sont toujours là aujourd’hui.

 

 

Une seconde randonnée permet de se rendre au fond de la gorge pour suivre le cours d’eau Kings Creek. Les Luritja appellent ce lieu Watarrka Karru (Karru signifiant ruisseau). Il s’agit d’un site sacré et d’un lieu de cérémonie important. Durant le Temps du Rêve, les hommes chats, kuninga, ont voyagé du sud-ouest jusqu’à atteindre le cours d’eau au nord, qu’ils ont remonté afin de pratiquer des cérémonies au pied de la cascade. Dans le passé, seuls les hommes complètement initiés pouvaient s’aventurer jusqu’au bout de la rivière.

Les arbres que l’on peut voir le long de Kings Creek sont sacrés car ils font partie de la trace laissée par les kuninga. Les Aborigènes n’ont ainsi jamais utilisé le bois pour fabriquer des armes, et il est demandé aux visiteurs de ne pas toucher aux arbres et de ne rien inscrire sur les troncs.

Quelques kilomètres plus loin au sein du parc national Watarrka, une dernière randonnée suit Kathleen Springs. Il s’agit d’une chaîne de montagnes, George Gill Range, abritant la rivière Kathleen Creek qui serpente jusqu’à un profond trou d’eau. Des artefacts trouvés dans la zone montrent que les Aborigènes ont utilisé la gorge pendant des milliers d’années.

Le trou d’eau, permanent, était crucial pour la survie des Luritja. Il attirait également émeus et kangourous qui venaient s’aventurer le long de la gorge. Le trou d’eau formant une impasse, il était facile pour les Aborigènes de chasser les animaux venus s’y abreuver.

Les familles pouvaient camper sur une aire ouverte suffisamment loin du bassin afin de ne pas effrayer ces animaux et de leur permettre d’aller et venir. Surtout, il ne fallait pas déranger le Serpent Arc-en-Ciel qui vit dans le trou d’eau et qui en est le gardien. Pour ne pas le mettre en colère, il faut s’approcher de l’eau de manière respectueuse et ne jamais y nager. Les histoires liées au Serpent Arc-en-Ciel sont très importantes dans la culture des Luritja et se transmettent toujours aux enfants.

Kathleen Gorge est un important site spirituel pour les Luritja, qui abrite des traces laissées pendant le Temps du Rêve. Inturrkunya, le Python tapis, est en effet un ancêtre qui a voyagé dans la gorge. La pierre reste marquée de son passage là où il s’est reposé.

 

 

Les Luritja ont pu camper dans la gorge pendant au moins 22 000 années, jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1896, les colons introduisent du bétail dans la zone, profitant du fait que Kathleen Springs possède une source d’eau. Les Aborigènes deviennent alors des éleveurs chargés de s’occuper du bétail. Une barrière est installée en travers de la gorge, permettant la plupart du temps aux bêtes d’aller et venir pour boire. Lorsqu’ils voulaient regrouper le troupeau, les Aborigènes n’avaient plus qu’à fermer la barrière : le bétail pouvait alors entrer mais plus sortir et se retrouvait pris au piège. Pour les conduire, les Aborigènes devaient monter à cheval et les encorder.

Au début des années 1960, sont construits des enclos avec du bois local ainsi qu’une route menant d’Alice Springs à Kings Canyon. La tâche des Aborigène s’en voit grandement facilitée : le bétail peut enfin être acheminé par camion et non plus à cheval.

 

 

Kata Tjuta et Watarrka sont exceptionnels. Les longues randonnées qui jalonnent les sites sont splendides. En termes de paysage, elles sont probablement beaucoup plus spectaculaires que la marche autour d’Uluru et offrent des points de vue incroyables sur les formations rocheuses.

Nous gardons une certaine frustration quant au manque d’informations tant sur Kata Tjuta que sur Kings Canyon. Ce sont des sites sacrés, mais les Aborigènes sont dans l’incapacité de transmettre leur savoir, paralysés par la loi traditionnelle Tjukurpa. Ce silence ne contribue malheureusement pas à responsabiliser les visiteurs. Nombreux sont ceux qui, ne comprenant pourquoi ces lieux sont sacrés, se permettent de grimper sur les dômes ou de sortir des sentiers balisés… Comprendre le sens plus profond de ces sites et ne pas seulement s’arrêter sur les paysages pourrait permettre de mieux sensibiliser les visiteurs sur leur caractère sacré et induire plus de respect.

Pour protéger leurs lieux sacrés, les Aborigènes se voient donc obligés d’en maintenir certains fermés au public, comme les peintures de Watarrka. Cette mesure, qui peut sembler extrême, vise à se prémunir de certains comportements à risques dont peuvent parfois faire preuve les touristes : dégradation, manque de respect pour le lieu et les croyances qui y sont attachées. N’est-ce pas la meilleure manière de préserver ces sites de ce même tourisme de masse dont est victime Uluru ?

 

 

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