La côte Ouest, au nord du tropique du Capricorne
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La côte Ouest, au nord du tropique du Capricorne

Entre Darwin et Perth, il y a 4150 kilomètres. Partir d’une de ces deux villes pour rejoindre l’autre revient à entreprendre un très long voyage sur la côte Ouest.

Celle-ci est principalement située au sein de l’Australie-Occidentale, état qui recouvre environ un tiers du territoire australien. Sa population est d’environ 2 570 000 habitants. L’aire urbaine de Perth en compte pourtant 2 022 000.

400 000 habitants sont ensuite répartis dans la partie sud-ouest de l’état, au-dessous de Perth. Les 100 000 derniers habitants vivent dans le reste de l’état, créant une des densités humaines les plus faibles du monde, moins de 1 habitant au km2.

C’est dire si la côte ouest est immense, sauvage et vide d’hommes.

Descendre de Darwin à Perth en van n’a pourtant pas été inutile. La côte ouest recèle de nombreux points d’intérêt. En voici quelques-uns, situés au nord du tropique du Capricorne, et qui peuvent mériter un détour.

 

 

 

 

Passée la frontière nord de l’Australie-Occidentale, en venant du Territoire du Nord, une petite route magnifique conduit les rares touristes de passage au plus grand lac artificiel d’Australie : le lac Argyle.

Il est difficile d’imaginer que ce lac a été conçu par l’homme tant le paysage est grandiose et tant la forme du lac s’éloigne d’un lac géométrique traditionnel. Le lac possède une dizaine de bras d’eau qui s’infiltrent entre les montagnes et s’étendent sur près de 1000 km2.

Au bout de la route, les voitures ont la possibilité de passer sur le barrage long de 300 mètres, d’où la vue est splendide d’un côté vers le lac, vertigineuse de l’autre côté vers une gorge de roche rouge au fond de laquelle serpente une rivière.

 

 

C’est après la construction du barrage en 1971 que le lac s’est formé. S’est aussi développé un nouvel écosystème riche avec plus de quinze espèces de poissons. On estime également la population de crocodiles à 25 000 individus.

Même s’il doit être rare d’apercevoir un crocodile, la vue reste tout de même grandiose.

 

 

 

Après plusieurs centaines de kilomètres sur la Great Northern Highway en direction de Broome, dévier vers Derby peut permettre d’admirer l’un des plus gros arbres australiens.

Il s’agit en fait d’un baobab vieux de 1 500 ans. L’arbre n’est pas très haut, quelques mètres seulement et les branches sont petites. Sa particularité est d’avoir un tronc de 14,5 mètres de diamètre.

Ce baobab est aussi connu comme le « Boab Tree Prison ». Son tronc, creux, a en effet servi de prison dans les années 1890 pour les Aborigènes en route vers Derby.

Faire le tour de l’arbre et voir ces petites ouvertures dans le tronc rêche laisse songeur quant à la cruauté des premiers colons.

 

 

D’autres baobabs prisons existent, mais nous ne les avons pas vus puisque perdus au milieu de l’Outback.

 

 

 

Peu avant Broome, un autre lieu a retenu notre attention pour son paysage unique. Il s’agit de Cape Leveque, là où l’Outback rencontre l’Océan Indien.

L’Outback australien est emblématique pour la couleur rouge de son sol. A Cape Leveque, au nord de la Péninsule de Dampier, après 200 kilomètres d’une route de terre et de sable accessible seulement en 4×4, se dresse le phare de Kooljaman.

Cette petite communauté aborigène reçoit les voyageurs pour une ou plusieurs nuits sur les sites à même le sable blanc au bord de la plage.

Le peuple aborigène Bardi qui possède cette terre permet aux visiteurs de descendre sur la plage pour y admirer les trois couleurs : le rouge des falaises, le blanc du sable et le bleu de l’eau.

 

 

Défense en revanche de s’aventurer sur les falaises ou dans certaines autres zones bien précises. Les traces des ancêtres sont inscrites dans le rouge de ces falaises et ne doivent pas être perturbées.

 

 

Le paysage est toutefois unique et magnifique.

 

 

 

Un peu plus bas le long de la côte, se tient la première « grande » ville de la côte ouest : Broome. Avec ses 12 000 habitants, cette ville tropicale est un passage majeur pour tous ceux qui viennent ou qui vont dans le Territoire du Nord.

 

 

C’est une des plus célèbres plages d’Australie que l’on trouve à Broome : Cable Beach. Avec ses 22 kilomètres de sable blanc et ses eaux turquoises, elle est la première incursion que nous avons faite dans l’Océan Indien. Et pas des moindres puisque l’eau tourne autour de 30 degrés.

 

 

Si la plage porte ce nom c’est parce que le câble télégraphique sous-marin reliant l’Australie à Java est arrivé à Broome, sur ce sable, en 1889. C’était le troisième lien de l’Australie avec le reste du monde. Le premier avait lié Java et Port Darwin en 1872, avant la deuxième liaison Australie-Nouvelle-Zélande en 1879.

Broome est inscrite dans l’histoire des communications internationales.

 

 

 

Quittant Broome, ce sont ensuite 600 kilomètres de vide qu’il faut traverser pour rejoindre la prochaine ville.

Port Hedland peut passer sous certains aspects pour une ville laide. L’industrie minière est omniprésente en ces lieux. Les rues et les bâtiments sont sales, recouverts de la poussière rouge du désert.

Sur les terres de l’Australie-Occidentale se trouvent les plus grandes mines de fer du monde. La ville est en fait le premier port d’exportation d’Australie et le cinquième port du monde.

 

 

Pour nous, Français, qui avons oublié ce qu’est l’industrie et l’activité des mines, Port Hedland est un exemple vivant de la production et de l’exportation de masse.

La ville fondée en 1829 est ceinte d’un réseau de chemins de fer et d’un port. Chaque jour, des centaines de road trains apportent le minerai depuis les mines et des trains à plusieurs centaines de wagons chacun convergent vers le port.

Pour les amoureux des gros vaisseaux, c’est à Port Hedland qu’il faut aller. Le port en eau profonde peut accueillir les plus gros cargos du monde : jusqu’à 330 mètres de long et 260 000 tonnes.

 

 

Vous pouvez en voir chaque jour une dizaine, venant des quatre coins du monde, et à quai en voie de chargement. Mais ce sont des milliers qui défilent chaque année permettant une exportation de près de 500 millions de tonnes. C’est le visage industriel et minier du pays, une autre Australie (certains parlent de la « vraie » Australie) que nous pouvons voir à Port Hedland, bien loin des photos touristiques de la côte Est.

 

 

 

S’éloignant de l’industrie du fer, il faut descendre 350 kilomètres de la Great Northern Highway pour atteindre l’un des joyaux naturels de l’Australie-Occidentale : le parc national de Karijini.

Plusieurs jours sont nécessaires pour arpenter la dizaine de gorges qui composent le parc et pour voir tous les points de vue vertigineux accessibles. L’une des gorges les plus célèbres est celle d’Hancock. Une randonnée très physique nous permet de plonger entre les parois escarpées, comme au centre de la terre. Une portion nommée « Spider Walk » nous oblige à avancer en grand écart, un pied sur chaque paroi, au-dessus du ruisseau qui coule en contrebas.

 

 

Le parc est géré conjointement par quatre tribus aborigènes qui sont réparties sur le territoire du parc et par les autorités de l’état. Le centre des visiteurs de Karijini a été construit sur les terres de la tribu Martidja Banyjima.

Le design du bâtiment est intéressant puisqu’il évoque un Kurrumanthu, un Goanna, gros lézard du désert.

 

 

Trois parties du bâtiment évoquent la tête, l’estomac et la queue.

Dans la spiritualité aborigène, la queue évoque l’histoire qui doit être connue mais laissée derrière pour pouvoir avancer.

Les lois et la culture aborigènes sont représentées dans l’estomac qui symbolise la vie spirituelle laissée par les ancêtres créateurs. L’estomac désigne l’importance des relations entre les hommes et la terre.

La tête présente enfin le futur des propriétaires originels dans la gestion environnementale, la conservation et le développement commercial du parc de Karijini.

 

 

 

 

 

Revenant sur la côte puis en s’enfonçant dans la péninsule qui nous mène au Cap Range, nous arrivons dans la ville d’Exmouth. Au niveau du cap, nous pouvons voir une impressionnante structure de 13 tours de communication.

Exmouth est l’une des dernières villes fondées en Australie, pas plus tard qu’en 1968. Cette année-là, le complexe d’antennes de communication est mis en place en même temps qu’une gigantesque base RAAF – Royal Australian Air Force – quelques kilomètres plus bas. Exmouth est tout simplement fondée pour loger les soldats.

Nous sommes en pleine guerre froide, cette partie du monde est un vide en termes de communication. La construction des antennes à basse fréquence va permettre de relier les Etats-Unis, la Royal Australian Navy et les sous-marins qui circulent dans les océans Pacifique et Indien.

Au centre de la structure se trouve la Tower Zero qui mesure 387 mètres. Perdue au milieu du bush, elle ne semble pas si grande que ça. Elle est pourtant plus haute que la Tour Eiffel et c’est assez dur à réaliser sans la ville autour. Six autres tours mesurent 364 mètres et six autres 304 mètres. Toutes sont reliées par des filins formant une gigantesque toile d’araignée métallique.

 

 

A sa construction et jusque dans les années 1990, ce complexe était la plus haute construction humaine de l’hémisphère sud.

C’est en passant ces antennes que nous rentrons dans le parc national du Cap Range.

 

 

 

Laissant derrière nous Exmouth et ses antennes, nous arrivons, juste avant de franchir le Tropique du Capricorne, à Coral Bay.

Coral Bay n’est pas une ville, même pas un bourg. Il s’agit juste de quelques campings au milieu du bush ; une station balnéaire réputée pour sa sublime plage de sable blanc, ses eaux turquoises transparentes et ses fonds marins à couper le souffle. Il nous a été donné de voir les plus beaux coraux de la côte ouest, à quelques mètres de la plage. Le site porte bien son nom.

 

 

Coral Bay est située au sud de la Ningaloo Reef, la petite barrière de corail australienne, classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Dans cette barrière protégée, ont été pensées plusieurs zones sanctuaires au sein desquelles il est interdit de pêcher.

A un kilomètre de la plage principale de Coral Bay se trouve une zone sanctuaire réputée pour être une nurserie de requins : The Coral Bay Shark Nursery.

On peut y admirer des bébés requins à pointes noires (black reef shark). Au printemps et en été des centaines d’entre eux se trouvent dans les eaux peu profondes et passent très près du bord (moins de deux mètres).

 

 

Bien que déconseillée, la baignade n’est pas interdite. Les requins sont généralement très craintifs et s’enfuient dès qu’ils se trouvent près des hommes mais des accidents peuvent arriver. Ce sont des bébés de plus d’un mètre de long, ne l’oublions pas.

J’ai plongé la tête dans l’eau basse et sablonneuse. Je n’y voyais pas à un mètre et la sensation de pouvoir se trouver nez à nez avec un requin n’était pas très rassurante. D’autant plus qu’ils étaient près de cinquante à tourner dans l’eau autour de moi. L’observation depuis le bord s’est montrée tout aussi incroyable tant ils étaient nombreux.

 

Après Coral Bay, notre route a continué le long de la côte ouest de l’Australie, vers le sud et Perth. Au sud du Tropique du Capricorne.

 

 

 

L’illustration choisie comme transition est le détail d’une œuvre de Walter Tjampitjinpa, réalisée en 1972 et intitulée Chi Chi Tjuckatjuck Children’s Ceremonial Dreaming. Elle représente deux enfants dans le désert qui entreprennent un voyage initiatique. Les ronds concentriques sont des trous d’eaux, tandis que les lignes qui les rejoignent évoquent l’itinéraire du voyage.

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