La côte Ouest, au sud du tropique du Capricorne
Australie Patrimoine bâti Sites naturels

La côte Ouest, au sud du tropique du Capricorne

Après les plages de Cape Leveque et de Broome, les gorges du Karijini National Park et les fonds marins de Coral Bay (partie 1), nous avons franchi le Tropique du Capricorne. Notre route a continué vers le sud, à la découverte de la côte ouest.

 

 

 

 

Carnarvon est une des petites villes de la côte ouest par lesquelles il faut absolument passer pour se ravitailler tant en carburant, qu’en eau et nourriture. C’est d’ailleurs ce que font les voyageurs de passage. En effet, la ville ne semble offrir aucun intérêt touristique ni culturel.

Pourtant, celle-ci est construite à l’embouchure de la rivière Gascoyne. A l’endroit même où la rivière rejoint la mer, une jetée d’un kilomètre de long, la One Mile Jetty, s’avance dans l’océan.

 

La jetée de Carnarvon

 

Il s’agit de la dernière trace d’une industrie fermière prospère à l’époque de la création de la ville en 1876 jusque dans les années 1960. Carnarvon est le premier port australien d’où ont été exportés des moutons vivants pour être vendus dans le reste du continent.

Tout partait depuis cette jetée aux 1000 piliers de bois. Ont ensuite été exportés des bananes puis les ressources provenant de l’industrie de la baleine. De 1890 à 1970, Carnarvon était un port majeur dans la pêche à la baleine employant plus de 200 hommes et des dizaines de bateaux.

 

L’ancien réseau ferré de Carnarvon

 

La jetée, toujours en place, n’est pas entretenue. Certains parlent de démolition. Les habitants militent pourtant pour une restauration de cet édifice, partie intégrante de l’histoire de la ville.

 

 

 

Carnarvon est aussi la dernière ville avant l’entrée de Shark Bay. Cette baie est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Au sein de la réserve marine de Shark Bay se situe la piscine Hamelin (Hamelin Pool). L’une des raisons du classement par l’UNESCO de Shark Bay est la présence de stromatolites dans la piscine Hamelin.

Les stromatolites sont des masses bactériennes considérées comme étant les plus anciens organismes vivants sur terre. Longtemps pensées disparues, ces bactéries ont été redécouvertes à cet endroit.

Les scientifiques estiment que les stromatolites sont présents en ces lieux depuis 3 milliards d’années.

Lorsque l’on arrive sur les lieux, on n’observe qu’un tapis de roche labyrinthique. Ces roches – qu’on appelle des microbialites – sont en réalité vivantes. Elles sont composées d’une forêt de milliers d’espèces de bactéries qui vivent en communauté. C’est ce travail communautaire qui leur permet de rester en vie et de grandir.

 

La piscine Hamelin

 

Les stromatolites de Shark Bay

 

Ces stromatolites ont donc résisté à toutes les extinctions et les périodes glaciaires de l’histoire géologique.

C’est toutefois difficile d’imaginer ce monde de l’infiniment petit alors que nous l’observons du dessus.

 

 

 

 

Peu de gens le savent mais il est possible de rencontrer un prince sur la côte Ouest, et même de faire tamponner son passeport d’un nouveau visa, tout simplement en entrant sur le territoire de la principauté de Hutt River.

Cette exploitation agricole a été déclarée indépendante par son propriétaire Leonard George Casley, le 21 avril 1970, suite à une série de manœuvres juridiques et légales. Son but était d’éviter la faillite après l’édiction d’une loi qui lui imposait des quotas agricoles sur sa production de blé.

 

Statue du Prince Léonard

 

La micronation n’est pas reconnue sur le plan international, mais les autorités australiennes la traitent avec bienveillance. La principauté de Hutt River ne paie pas d’impôts à l’Australie. Elle émet des passeports – qui ne sont pas reconnus par l’Australie – et des timbres, et possède sa propre monnaie, sa hiérarchie et titres de noblesse ainsi que son drapeau. Depuis 2005, la micronation s’est dotée d’une Constitution instituant un pouvoir législatif élu au suffrage universel.

 

Visa de Hutt River

 

Le prince Leonard Ier a abdiqué le 11 février 2017, laissant le pouvoir à son fils Graeme. Il est possible de camper au sein de la principauté, et c’est le prince lui-même qui reçoit les visiteurs. La capitale, Nain, se compose de plusieurs bâtiments qu’il est intéressant de visiter, comme le post office, l’église, le musée ou encore le mémorial de l’éducation sacrée de la princesse Shirley, la femme du prince Leonard Ier décédée en 2013.

 

Le temple de la nature spirituelle

 

Le mémorial, dit « temple de la nature spirituelle », permet d’en apprendre plus sur les recherches menées par le prince Leonard Ier sur la gematria. Une valeur numérique est attribuée à chaque lettre de l’alphabet. Chaque chose possède ainsi un « code spirituel » correspondant à l’addition des valeurs de ses lettres.

Incroyable, mais vrai !

 

 

 

 

En continuant notre route vers le sud, nous venons de dépasser la grande ville de Geraldton, et nous arrivons au Nambung National Park où se trouve la plaine des Pinnacles.

Sur plusieurs centaines d’hectares, à perte de vue sur cette plaine de sable jaune et blanc, sont dressés des milliers de pinacles, sorte de monticules de calcaire qui font étrangement penser aux menhirs de Carnac.

 

La plaine des Pinnacles. Couleurs naturelles au coucher du soleil

 

Les visiteurs sont invités à déambuler à pied entre les pinacles, parfois tout petits, parfois nous dépassant de plusieurs mètres.

Seul bémol à cette visite, alors que le site est un parc national, un circuit bien délimité permet l’accès aux voitures dans la plaine des pinacles. Le site s’étend certes à perte de vue, mais pourquoi les autorités australiennes se voient toujours obligés de faciliter la vie des touristes, au dépend des règles primaires, et totalement logiques, de la protection du patrimoine naturel ? Ici, les véhicules circulent entre les pinacles, ruinent la plaine de leur trace de pneus, polluent de leur essence, gâchent le paysage.

Heureusement, en y allant à pied, on peut s’extraire par endroit des zones à véhicules et se perdre entre les pinacles. Le coucher de soleil est un des moments phares de la visite.

 

Les pinacles juste avant le coucher de soleil. Les changements de couleurs et les ombrages sont fascinants.

 

Pour l’anecdote, les scientifiques se sont penchés sur l’origine géologique de ces pinacles. Comment ont-ils été créés ? Trois propositions géologiques complexes, difficile à expliquer et bien différentes existent mais aucune n’est certifiée. The Pinnacles resteront pour nous un mystère.

 

 

 

 

La route qui relie Geraldton à Perth longe la côte et la mer. De temps à autre, de gigantesques dunes de sable blanc sortent des taillis et s’étendent sur plusieurs centaines de mètres avant de disparaître.

Près de la ville de Lancelin, plusieurs de ces dunes forment une des plus grandes aires du monde sur laquelle il est possible de pratiquer le sandboarding, le surf sur sable.

Munis d’une planche, nous avons tenté l’expérience. Lorsque nous arrivons sur cette plaine lunaire, nous voyons devant nous trois murs de sables, les dunes, qu’il faut escalader avant de surfer.

Au sommet le paysage est magnifique, on dirait un petit désert de sable blanc. En oubliant les forêts alentours, on pourrait presque se croire en haut d’une piste de ski tant le sable fait penser à de la neige. Le vent souffle très fort et le sable est propulsé partout. Nos visages et nos cheveux sont recouverts.

 

L’une des plus hautes dunes, que nous avons dévalée en surf

 

Certaines pentes sont impressionnantes et la vitesse que prend la planche peut faire peur.  Nous avons néanmoins descendu les parois de sables les plus abruptes du lieu.

 

En pleine descente !

 

Autre bémol ici, avec les surfeurs à pied, les quads, les motos et les 4×4 peuvent aussi venir « surfer » dans les dunes. Aucune zone n’a été prévue pour les surfeurs, et tout le monde se mélange dans un joyeux bazar. Nous nous apprêtons à descendre une dune et un gros 4×4 passe à fond juste devant nous, sans considération pour l’aspect mortel de l’action. Nous nous sommes mis à l’écart mais certains piétons surfent au milieu des motos, sans soucis sécuritaires. Et sans parler du bruit des véhicules qui s’en donnent à cœur joie.

Néanmoins, aucun accident pour nous. Surfboarder dans ce décor d’exception reste un excellent souvenir.

 

 

 

Et enfin, après un mois à descendre la côte ouest, après un mois d’outback et de vide, nous arrivons dans la capitale de l’Australie-Occidentale : Perth.

Enorme aire urbaine de 2 000 000 d’habitants, l’arrivée peut presque paraître suffocante. Nous avons pourtant visité la ville au moment de Noël et les Australiens étaient en vacances. Le centre-ville était très animé et le soleil au rendez-vous. C’est donc dans une atmosphère détendue que nous avons découvert ce mélange urbain, entre ancien et moderne.

Comme la plupart des grandes villes australiennes que nous avons traversées, le centre de Perth est le CBD (Central Business District) et y poussent les emblématiques gratte-ciels aux façades de verre. A Perth, ce sont principalement les tours des compagnies minières ultra puissantes en Australie-Occidentale.

 

 

 

Vue sur le CBD de Perth

 

Vue sur le CBD de Perth

 

Au cœur du CBD, les buildings côtoient les bâtiments historiques. On trouve par exemple la tour de l’hôtel de ville de Perth qui se situe juste devant une immense tour de bureau. Plus loin, la cathédrale St Andrew’s est coincée entre les immeubles de béton. La vieille maison du gouvernement construite par des prisonniers en 1863 est voisine du bâtiment beaucoup plus moderne du conseil de la ville de Perth.

 

La Cathédrale St Andrew’s

 

La maison du gouvernement

 

Le mélange est particulier, horrible pour certains, intéressant pour d’autres. Se perdre dans les rues de grandes villes australiennes comme Perth permet toujours de faire de belles découvertes, et de belles photos mi-historiques, mi-modernes.

 

 

 

Lorsqu’on arrive à Perth, on ne peut qu’entendre parler de Rottnest Island, l’île qui se situe à quelques kilomètres de la baie et qui n’est accessible que par 30 minutes de ferry.

Outre ses 60 baies et ses 23 plages de sables blancs, outre ses eaux transparentes aux mille couleurs, outre ses coraux et sa flore incroyable, Rottnest Island est réputé pour les quokkas.

Le quokka est un marsupial, de la même famille que les kangourous, qui est menacé.

 

Des quokkas

 

Il est endémique de l’Australie-Occidentale et ne vit principalement que sur l’île de Rottnest Island et sur celle de Bald, près d’Albany.

Il est tout petit, ne pèse qu’entre 2 et 5 kilos et ne mesure pas plus de 50 cm de long. Comme les kangourous, il peut se déplacer sur ses quatre pattes, mais aussi sauter sur ses deux pattes arrière et sa queue. Il peut aussi se redresser sur ses deux pattes arrière et utiliser ses pattes avant comme des mains.

Son pelage est marron et son corps est assez trapu. Il pourrait ressembler à une marmotte. Il a la particularité d’avoir des oreilles rondes et les commissures des lèvres de sa bouche qui lui forment un sourire. Le quokka est juste trop mignon.

 

Tout mignons

 

Passer une journée à Rottnest Island assure forcément de passer du temps avec des quokkas. En effet, ils n’ont aucun prédateur. Les colons n’ont pas introduit de chats, de chiens, de rats ou de renards sur Rottnest et sur Bald. Les quokkas vivent donc en totale liberté et sereinement, sans peur de quiconque.

 

Et qui n’ont peur de rien

 

On les trouve absolument partout sur l’île de Rottnest, en quête de nourriture ou de caresses, à venir entre nos jambes, renifler nos mains et nous faire des bisous.

On dit d’ailleurs du quokka qu’il est l’animal le plus heureux du monde ; et ça se comprend !

 

 

 

Juste au sud de Perth, comprise dans la même aire urbaine, se trouve Fremantle. Et là, changement de décor. Terminé les buildings de verre et le modernisme.

Fremantle est la ville à l’origine de la création de Perth. C’est à cet endroit que se sont installés les premiers colons en 1829 et le premier port. Pendant vingt ans, Fremantle est une colonie libre très prospère.

Mais en 1850, Fremantle est choisie pour devenir une colonie pénitentiaire. L’une des plus grandes prisons de l’Empire britannique est construite sur les hauteurs de la ville. Ce sont les prisonniers qui vont construire leur propre prison ainsi que de nombreux bâtiments civils et religieux dans toute l’aire urbaine de Perth.

La prison n’empêche pas les habitants d’accéder à la richesse grâce à l’export de matières premières. En témoignent les nombreuses façades de pierre ouvragées du centre-ville, le magnifique marché couvert ou encore la gare. Tous ces bâtiments témoignent de la fortune de la ville au tournant du XXe siècle.

La grande rue traverse le centre-ville jusqu’à la Round House. Cette dernière est emblématique et ne peut pas être loupée. Elle a été construite deux ans après l’établissement de la colonie, en 1831, pour servir de prison. Il s’agit donc du plus vieux bâtiment encore existant de l’Australie-Occidentale.

 

La maison ronde

Restaurée dans les années 1970 et juchée sur un piédestal surplombant la mer, la maison ronde est magnifique. Et la vue panoramique sur la ville et sur l’océan l’est tout autant.

Vue sur le plage de Fremantle depuis la maison ronde

 

 

 

Au sud de Perth, 400 kilomètres nous séparent de la côte sud et de l’océan austral. Mais fini le bush plat et aride ; le paysage est vallonné, vert et cultivé. Les exploitations viticoles alternent avec les forêts.

C’est d’ailleurs dans le sud-ouest de l’Australie que l’on trouve les plus grands arbres du pays. Autour des petites bourgades de Pemberton et Manjimup, certains arbres font exception.

On les appelle les géants. Les plus grands mesurent jusqu’à 70 mètres. Une industrie du bois a d’ailleurs cours depuis le début de la colonisation dans cette région et les hommes ont inventé de nombreuses techniques pour monter aux arbres.

L’un d’entre eux se nomme « Diamond tree ». Il a été utilisé dès 1939 comme une tour d’observation pour parer aux éventuels feux de forêts.

Des barres de fer ont été plantées dans le tronc en colimaçon pour former une échelle, et une cabine de vigie a été construite à la cime de l’arbre, 55 mètres au-dessus du sol.

 

Le « Diamond Tree »et sa périlleuse échelle

 

Le Diamond Tree a cessé d’être utilisé comme poste d’observation en 1974 mais est devenu une attraction touristique. L’arbre bien vivant a emprisonné les barres de fer et l’échelle n’a pas bougé depuis 70 ans.

Il est toujours possible de monter dans le poste d’observation restauré en 1991. L’escalade se fait sans aucune mesure de sécurité. Nous montons à même les barreaux qui bougent parfois sous notre poids. Nous sommes réellement au-dessus du vide.

C’est d’ailleurs difficile de comprendre comment une telle « attraction » peut être ouverte aux touristes tant l’ascension est dangereuse.

Le vertige peut faire souffrir, même les plus téméraires, et les mains moites à cause de la chaleur glissent sur les barres de fer, rendant la montée encore plus périlleuse.

Arrivés en haut, 54 mètres au-dessus du sol, nous dominons la forêt et la vue est magnifique. Mais quelle aventure pour arriver jusque-là !

 

Vue panoramique sur la vallée

 

Ainsi s’achève notre tour de la côte Ouest. Gorges spectaculaires, animaux incroyables, plages de rêves, petites architectures et grande histoire… Un voyage passionnant loin du tourisme de masse, dans le vide méconnu de l’Australie-Occidentale.

 

L’illustration choisie comme transition est le détail d’une œuvre de Walter Tjampitjinpa, réalisée en 1972 et intitulée Chi Chi Tjuckatjuck Children’s Ceremonial Dreaming. Elle représente deux enfants dans le désert qui entreprennent un voyage initiatique. Les ronds concentriques sont des trous d’eaux, tandis que les lignes qui les rejoignent évoquent l’itinéraire du voyage. L’oeuvre a été photographiée par nos soins au Araluen Center d’Alice Springs.

Vous avez récemment lu

The Road is Home : la vie en van

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

Une conscience écologique en Australie ?

MONA : « a monument to reaction »

Une visite des bagnes de Tasmanie – Partie 2

Disqus shortname is required. Please click on me and enter it

LEAVE A COMMENT

Un monde en patrimoine

Un monde en patrimoine : Voyager, S'émerveiller. Suivez nos pérégrinations à travers l'Océanie et l'Asie.

Notre Instagram

WP-Backgrounds Lite by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann 1010 Wien