La vie quotidienne aborigène
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La vie quotidienne aborigène

L’histoire australienne commence avec James Cook, capitaine anglais, qui reçut pour mission la recherche de la Terra Australis ; ce continent imaginaire en bas du monde, si lointain que les Européens ne le connaissaient pas et le pensaient relié à l’Antarctique.

 

La mappemonde Ortelius de 1570

 

En expédition depuis deux ans, il aperçut la côte est de l’Australie en avril 1770 et décida de mettre pied à terre dans une baie peu profonde et abritée : Botany Bay, Sydney de nos jours.

Il mit ensuite quatre mois pour remonter la côte Est, la cartographier et en noter les points remarquables dans son journal de bord. Le 22 août 1770, il débarqua sur une île qu’il nomma Possession Island et sur laquelle il revendiqua la côte qu’il venait de découvrir au nom du roi d’Angleterre.

 

1780-1788 : Légitimer la colonie

 

Le journal de James Cook eut un grand retentissement en Angleterre. Il y décrivit, entre autres, la présence des Aborigènes, les Australian Natives, présents partout sur le territoire, mais jamais en grand nombre et toujours assez pacifiques.

Lorsqu’en 1780, les Anglais décidèrent d’installer une colonie pénale sur la côte Est, ils suivirent les écrits de James Cook et interrogèrent les membres de son équipage pour savoir si ces peuples primitifs pourraient poser problème.

Le botaniste de l’expédition n’évoqua qu’une population « miraculeusement clairsemée ». Celui-ci n’a d’ailleurs distingué aucune trace d’agriculture. Pour lui, les tribus aborigènes étaient comme des « Arabes qui errent de lieux en lieux (…) là où ils peuvent trouver de quoi se nourrir, et sitôt les ressources épuisées, cherchent un autre lieu ».

James Cook n’a en fait discerné chez les Aborigènes aucun intérêt pour la possession matérielle, aucune structure sociale, politique, religieuse, ni aucune forme de pouvoir ou de hiérarchie. L’agriculture et l’élevage, deux signes de possession de la terre, étaient inexistants.

Les Aborigènes d’Australie considéraient en effet que la terre ne leur appartenait pas, qu’ils ne la possédaient pas, mais plutôt qu’ils appartenaient à la terre. Ceux-ci n’ont donc jamais pratiqué de cultures ou d’élevages et n’ont utilisé de la terre que le strict nécessaire pour subvenir à leurs besoins.

De ce fait, pour légitimer leur future colonisation, les Anglais déclarèrent l’Australie Terra Nullius – n’appartenant à personne. Les Aborigènes perdirent alors officiellement leur droit sur la terre. A chaque extension coloniale sur le territoire, la terre sera automatiquement décrite comme « déserte et inhabitée » ou encore « en friche et inoccupée ».

Voici ce qu’on peut lire plus précisément dans le journal de James Cook :

 

“Ils vivent presque nus, les hommes et les femmes, sans aucun style vestimentaire. Ils apparaissent comme étant l’un des peuples les plus misérables de la terre ; mais en réalité ils sont bien plus heureux que les Européens. Ils vivent dans une tranquillité qui n’est pas perturbée par l’inégalité de leur condition. La terre et la mer les fournissent de tout ce dont ils ont besoin pour vivre. Ils n’ont rien de superflu.

Les Australiens natifs sont peut-être heureux dans leur condition, mais ils sont sans aucun doute parmi les plus bas de l’espèce humaine »1.

 

James Cook y décrit donc très objectivement le peuple natif mais il conclut que les Aborigènes sont des êtres inférieurs.

Voilà le point de départ de la colonisation.

Qu’en est-il réellement ?

 

UN ou DES peuples ?

 

La réponse est simple. Il n’y a jamais eu d’unité au sein des Aborigènes d’Australie. Il n’y a jamais eu LE peuple aborigène, mais LES peuples aborigènes. Et ils étaient très nombreux.

Il est extrêmement difficile de savoir combien de peuples existaient à l’arrivée des Européens. Les spécialistes parlent d’environ 250 à 300 peuples aborigènes répartis sur l’ensemble du continent. Chacun de ces peuples a son nom, sa propre langue, ses propres traditions et croyances.

 

La carte de Norman B. Tindale des Aborigènes d’Australie

 

De plus, au sein de chaque peuple, on dénombre un certain nombre de tribus. Les historiens évoquent jusqu’à 600 tribus aborigènes.

 

Représentation moderne des peuples aborigènes

 

Quant à savoir combien d’Aborigènes peuplaient l’Australie d’alors, le nombre est quasiment impossible à déterminer. Beaucoup de chercheurs se sont penchés sur la question et les chiffres vont de 300 000 à 1 000 000 à l’arrivée des Anglais.2

Ce qu’il faut retenir c’est qu’ils n’ont jamais été très nombreux. Les tribus n’étaient composées que de quelques centaines, voire d’un millier d’âmes. Elle se réduisaient à quelques groupes familiaux qui se reproduisaient entre eux. Et 500 personnes pouvaient évoluer sur un territoire de plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Ce qui est certain, contrairement aux arguments avancés par les Anglais en 1780, c’est que les Aborigènes étaient très attachés à leur terre. Ils ne la possédaient pas mais en étaient les gardiens.

Les informations concernant la vie quotidienne des Aborigènes sont très sommaires et difficiles à glaner. Nous avons pourtant, grâce à deux expositions, quelques éléments à présenter.

 

LA VIE QUOTIDIENNE

 

La première se tient dans le musée de Ravenshoe, dans le Nord-est de l’Australie. Intitulée « Nganyaji : all of us together », elle nous a apporté beaucoup d’informations sur le peuple local Jirrbal.

La seconde exposition est celle du South Australia Museum d’Adelaide. Elle est intitulée « Australian Aboriginal Cultures Gallery » et nous a plongé au milieu de milliers d’objets liés au quotidien des Aborigènes.3

 

Nous avons pu y comprendre que chacun des 300 peuples qui composaient la civilisation aborigène avait ses spécificités. Le climat avait des conséquences évidentes sur l’organisation de la vie quotidienne. Il y a donc autant de manière d’aborder cette thématique qu’il y a de peuples. Les formes des boomerangs ou des canoës ne sont pas les mêmes suivant les nations ; il en va de même pour les dessins sur les boucliers ou la signification des peintures dans les grottes.

Nous allons tout de même tenter de généraliser en dégageant de grands thèmes afin de montrer que les Aborigènes avaient développé une vie matérielle très riche liée à la faune et la flore de l’endroit où ils vivaient.

 

L’HABITAT

 

Suivant leurs lieux de vie, les tribus aborigènes ont créé des habitats bien différents. Beaucoup, comme les Anangu autour de l’Uluru, vivaient dans des abris naturels, grottes et cavernes.

D’autres, comme les Jirrbal dans la jungle du nord du Queensland, vivaient dans de véritables huttes construites de bois et de palmes. L’eau et le gibier très présents dans la jungle ont permis aux Jirrbal de développer une vie semi nomade et de créer des villages semi-permanents.

 

Village Jirrbal

 

Les Jirrbal préféraient d’ailleurs vivre au cœur de la jungle, près des cours d’eau, plutôt que sur les bords de la forêt. Lorsqu’ils montaient un campement, la première étape consistait à dégager un espace circulaire, telle une clairière, et à recouvrir ce cercle de palmes pour protéger le sol de la boue. Adaptées au climat humide, de vastes huttes étaient ensuite édifiées. De forme ronde, la structure de bois et roseaux était recouverte de palmes et de larges feuilles toujours hermétiques, permettant le ruissellement des eaux de pluie.

 

Village Jirrbal

 

Les huttes étaient plus ou moins grandes suivant le nombre de personnes qu’elles devaient accueillir. Au centre de chacune des huttes se trouvait un feu tandis qu’un feu principal était également placé au centre du village. Une fois installés, les activités quotidiennes – trouver de la nourriture, cuisiner, se recueillir et faire des cérémonies – pouvaient prendre place.

 

LA CHASSE ET LA PÊCHE

 

La chasse et la pêche étaient des activités majoritairement masculines réservées aux hommes adultes.

 

Représentations de chasseurs et de pêcheurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Aborigènes n’étaient pas pourvus d’armes très perfectionnées. Le gibier n’a jamais été très dangereux en Australie, comme celui qu’on peut trouver sur le continent africain.

Les hommes chassaient principalement des kangourous et des émeus. Et cela valait pour toute l’Australie. Ils utilisaient des boomerangs pour assommer les animaux puis des petites haches de bois et de pierre pour préparer la viande. Ils pouvaient aussi les harponner à l’aide de lances en bois.

 

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Nous n’avons jamais vu, ni lu, aucune référence à l’utilisation de l’arc. Il existait des sortes de flèches mais qui servaient de harpons.

 

Harpons de chasse

 

Certains peuples, au nord-ouest et au sud, tuaient également les poissons en les assommant avec des boomerangs.

A base de canne à sucre, les femmes fabriquaient de nombreux paniers ayant chacun une fonction bien précise.

Certains, étroits et allongés, étaient utilisés pour pêcher les anguilles. Les hommes les plaçaient sur les berges et attendaient que les anguilles viennent s’y emprisonner. Dans certaines tribus, des canaux en pierre étaient construits pour guider les anguilles vers les nasses.

D’autres pièges, des demi paniers en forme de tunnel posé sur le sol, réalisés en fibres de canne, étaient créés pour chasser les dindes sauvages. Ils étaient recouverts de petits branchages et des noix étaient placées au fond pour appâter les volailles. Des pièges presque identiques existaient pour piéger les wallabies. Les poissons, quant à eux, pouvaient être pêchés au filet.

 

 

De manière plus générale, les hommes aborigènes chassaient les animaux présents dans les environs des campements : crocodiles au nord et au nord-est, tortues à l’ouest, baleines au sud…

 

L’EAU

 

La survie des tribus résidait en la capacité à trouver de l’eau. Le peuple Jirrbal n’avait pas de problème à ce niveau-là puisque la jungle du Queensland regorgeait de sources d’eau potable.

 

Jirrbal en train de boire

 

En revanche, pour les Anangu qui vivaient au cœur du désert surchauffé, trouver de l’eau était devenu un art. On parle d’ailleurs de « waterholes » : des trous d’eau dont l’existence était tenue secrète. Lorsqu’un trou d’eau se trouvait asséché, il devenait nécessaire d’en trouver un rempli et de déplacer le campement près de celui-ci.

De nombreux objets ont été pensés pour chercher l’eau, même dans les cours d’eau asséchés. Certains peuples aborigènes utilisaient des bâtons pour creuser la terre puis des pailles de bambou pour aspirer l’eau.

 

Outils utilisés pour la recherche et la consommation de l’eau

 

Celle-ci était alors conservée dans une multitude de récipients. Les plus originaux que nous avons vu sont les gourdes réalisées à partir de la peau vidée de wallabies et de kangourous.

 

Gourde en peau de kangourou

 

Gourdes en peaux de wallabies

 

L’eau était enfin bue dans des tasses et des bols faits de noix de coco, de feuilles de palmes tressées, de coquillages, ou de bois creusé.

 

Pots alimentaires

 

Pot alimentaire en bois creusé

 

LE FEU

 

Essentiel pour se chauffer ou cuire les aliments, de nombreux objets existaient pour faire du feu.

Une technique presque universelle était utilisée : la friction.

Il s’agissait de créer un frottement entre un bâton de bois dur sur une base de bois tendre. La base pouvait être une simple branche, une feuille ou parfois un « bouclier » réutilisable.

 

Outils utilisés pour faire du feu

 

Boucliers, ou bases dures, pour faire du feu

 

Certains bâtons à feu ont été rendus imperméables grâce à l’utilisation d’une gaine de pois rouge, permettant de faire du feu par tout temps.

 

Bâtons de feu

 

L’ALIMENTATION ET LA CUISINE

 

Avec la chasse, la pêche, l’eau et le feu, l’alimentation constituait un autre des piliers majeurs de la vie quotidienne des Aborigènes.

 

Paniers alimentaires

 

Au-delà de la viande et du produit de la pêche, la nourriture des Aborigènes était très riche.

Les femmes étaient chargées de trouver des œufs, de cueillir des fruits, des graines et des mets comestibles : champignons et autres baies sauvages.

Dans l’alimentation des peuples du sud-ouest par exemple, nous pouvions trouver les œufs d’émeus riches en protéines, des lézards à langue bleue cuits dans la cendre et qui avait le goût de poulet, la cerise ballart chargée de vitamines, les fleurs du Melaleuca qui étaient écrasées et mélangées à de l’eau pour faire un jus sucré. On pouvait encore trouver la viande de koala qui avait un goût très fort mais qu’on cuisait dans du charbon brûlant pour en atténuer les saveurs.

Dans le Centre rouge, de nombreuses baies étaient récoltées dans le bush, ainsi que les fameuses fourmis à miel. Celles-ci ont la particularité de conserver dans leur abdomen le miellat des pucerons qui était croqué par les membres de la tribu. Tous ces mets étaient conservés dans des paniers tressés.

 

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Nous avons traversé tous les Etats de l’Australie et partout nous avons retrouvé la même technique pour faire du pain : l’utilisation de pierres pour moudre les graines et faire de la farine, qui était ensuite mélangée à de l’eau puis cuite.

 

Pierre à moudre à Kings Canyon

 

Une fois récoltés, tous ces aliments étaient nettoyés à l’eau, puis déposés dans des plats et paniers réalisés en feuilles de palmes et de gingembre, avant d’être cuits.

 

Panier alimentaire

 

Les modes de cuisson n’étaient pas aussi basiques qu’on pourrait le croire. Beaucoup de mets étaient cuits dans les cendres ou le charbon de bois sous la forme de fours ou de boîtes à fumage.

Le four était un trou creusé dans le sable ou la terre ; les braises chaudes d’un feu y étaient entreposées mixées avec du gingembre ou d’autres épices pour les saveurs ; les aliments étaient ensuite posés sur les braises puis recouverts par du sable, des feuilles, des rochers et d’autres braises. Le système de four au sol créait une pressurisation et une cuisson à la vapeur, comme une cocotte-minute. De cette façon, une anguille cuisait par exemple en deux heures.

La boîte de fumage était une plateforme posée au-dessus d’un feu éteint, entourée et recouverte par des feuilles et branchages coincés dans le sol tout autour. Ce caisson fermé permettait de fumer les aliments.

Ces préparations et la cuisine étaient les activités réservées aux femmes qui enseignaient ces pratiques aux jeunes filles.

 

LES ORNEMENTS ET LES JEUX

 

Les femmes étaient également chargées de confectionner des ornements pour les membres de la tribu.

Si James Cook avait décrit les Aborigènes comme étant presque nus, il avait en partie tort. Il ne s’agissait pas pour ces peuples de se couvrir entièrement le corps pour le cacher, mais plutôt de s’orner.

Les hommes de certaines tribus s’ornaient de cicatrices qu’ils se faisaient sur la peau des pectoraux.

Certains portaient des tabliers ou des ceintures réalisés en fibres végétales, en cordes de cheveux et en fourrures animales. Existaient aussi des bandes de têtes en cordelettes de fourrure tressées.

 

Tour de taille en ficelle et plumes d’émeus

 

Jupe et tour de chevilles en fibres de palmes, colliers tressés

 

Les femmes portaient également des bijoux, boucles d’oreilles et bracelets, réalisés en fibre de canne ou en coquillage.

Bijoux

 

Collier de laine

 

Colliers en coquillages

 

Tour de cou en coquillage

 

Les enfants, quant à eux, étaient en général dénués d’ornements mais, comme tous les enfants au travers du monde, avaient des jouets. Avec un petit boomerang, une raie ou une tortue, confectionnés en bois et en pierre, les plus petits avaient de quoi s’amuser.

 

Jouet « raie » en bois

 

Jouet « tortue » en bois

 

Jouet « boomerang » en palmes

 

LES CEREMONIES ET LES COMPETITIONS

 

Essentielles et omniprésentes dans la vie quotidienne aborigène, les cérémonies et les compétitions étaient les derniers éléments pour lesquels de nombreux objets existaient.

Comme pour la chasse, la pêche et l’ornementation, les Aborigènes utilisaient des lances, des boomerangs, des boucliers, tout un attirail guerrier, ainsi que des colliers et des parures. Ceux-ci étaient créés spécifiquement pour les cérémonies et compétitions, et ne devaient pas être mélangés avec ceux utilisés pour la chasse et la pêche.

 

Boucliers cérémoniels

 

Epées cérémonielles

 

Massues et boomerangs cérémoniels

 

Bouclier de compétition

 

Les seuls éléments qui n’existaient que sous la forme cérémonielle étaient des coiffes réalisées avec des plumes d’émeus ou d’oiseaux divers.

 

Coiffe cérémonielle en plume d’émeu

 

Coiffe cérémonielle en plume d’émeu

 

Tablier masculin cérémoniel en fourrure de lapin

 

La vie sociale du monde aborigène était centralisée autour de ces deux pratiques. Toutes les cérémonies et compétitions se déroulaient dans un espace bien défini au cœur des villages.

Lorsqu’une tribu décidait d’en rencontrer une autre, elle lui envoyait un bâton d’invitation, très souvent joliment décoré et peint.

 

Bâtons d’invitation

 

Les compétitions se voulaient guerrières ou sportives. La danse de simulation guerrière était d’ailleurs primordiale. Chaque compétiteur devait porter un ornement, coiffe ou collier, montrant qu’il était en paix.

 

Collier de paix

 

Ces pratiques étaient aussi caractérisées par les peintures, des tons ocres, que les membres s’appliquaient sur le corps. Cet ocre est naturel et provenait de carrières proches des campements.

 

Falaise d’ocre à Ochre Pits dans les West MacDonnell

 

Il nous est très difficile d’expliquer ce que sont ces cérémonies. Celles-ci, toujours existantes de nos jours, sont réservées aux Aborigènes initiés. Le savoir entourant les cérémonies est gardé secret et les Aborigènes restent hermétiques aux requêtes des chercheurs qui tentent de comprendre.

 

Danse cérémonielle

 

C’est ainsi que les expositions dans lesquelles nous avons pu admirer tous ces objets n’apportaient pas pour autant d’explications concrètes sur la manière dont ils étaient utilisés.

 

*

 

Après une analyse d’un an, sous certains aspects, le monde aborigène demeure bien mystérieux.

L’homme blanc, qui a considéré ces hommes comme des êtres primitifs, n’est arrivé sur ces terres qu’il y a 150 ans, éradiquant 50 000 ans d’un mode de vie quotidien très encadré. On peut comprendre l’hermétisme des peuples Aborigènes face aux questionnements des chercheurs et des touristes.

Derek John Mulvaney, considéré comme le père de l’archéologie australienne, écrivait d’ailleurs en 1969 : « Ceux qui ont découvert, exploré et colonisé les trois millions de miles carrés qui constituent l’Australie sont les Aborigènes. Leurs personnes, institutions sociales et équipements matériels sont généralement cités comme des survivances de l’aube de l’humanité, comme des exemples de sauvagerie brutale. Les faits sont autres ».4

Loin d’être primitive, cette civilisation est extrêmement complexe. L’évolution ne s’est pas faite de façon matérielle, mais plutôt spirituelle.

 

 

Chaque homme et femme aborigène a deux âmes : son âme physique de mortel et son âme totémique. Chaque Aborigène possède un ancêtre totémique auquel il doit le respect le plus absolu, et qu’il doit chérir.

Enfin, chaque aborigène est attaché à un ou plusieurs autres individus de sa tribu. Ceux-ci peuvent être de sa famille ou non. Il doit rester proche de cet(ces) individu(s), le(les) protéger et lui(leur) apporter aide et conseil. Si cet individu n’est pas de sa famille de sang, il est pourtant de sa famille spirituelle.

Les Aborigènes, bien que vivant très sommairement, ont donc développé des structures parentales très complexes à plusieurs dimensions : temporelle et spirituelle. La psychanalyste française Betty Villeminot, chargée d’étude en Australie par le Musée de l’Homme, dit d’ailleurs que « l’application des mathématiques dans les structures d’un monde techniquement non évolué fait penser à une société futuriste plutôt qu’à une société paléolithique ».5

 

*

 

Bien loin de ce que nous aurions pu imaginer, ce voyage de découverte entrepris en Australie nous aura permis de rencontrer non pas les « Aborigènes », mais sans doute l’une des civilisations les plus fascinantes que la terre ait portée.

 

Une famille Jirrbal

 

1 : Captain Cook’s journal. First Voyage. http://gutenberg.net.au/ebooks/e00043.html

2 : H. J. Evolution démographique des Aborigènes australiens. In: Population, 27e année, n°4-5, 1972. pp. 902-905; http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1972_num_27_4_15241

3 : Toutes les informations de cet article, ainsi que la plupart des photos, ont été glanées dans les différents musées australiens : le Musée de Ravenshoe, l’Australian Museum de Sydney, le centre des visiteurs du Uluru-Kata Tjuta National Park, le South Australia Museum d’Adelaide, le Brambuk – The national park and cultural center dans le Grampians National Park, le Melbourne Museum et le National Museum of Australia de Canberra.

4 : cité dans : Bastien Bosa, « L’Australie : mises en perspective historiques », Pouvoirs 2012/2 (n° 141), p. 5-15. En ligne sur Cairns.info.

5 : Betty Villeminot, « Regard sur la civilisation aborigène », Cahiers jungiens de psychanalyse 2002/1 (n° 103), p. 81-94. En ligne sur Cairns.info.

 

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