Le HMS Pandora, à la recherche des Révoltés du Bounty
Australie Musées

Le HMS Pandora, à la recherche des Révoltés du Bounty

Vers le milieu du mois de juin, nous sommes arrivés à Townsville, deuxième plus grande ville du Queensland et plus grande ville tropicale d’Australie. La chaleur et l’humidité bien présentes nous ont donné envie de nous rafraîchir dans le plus grand musée de la ville, le Museum of Tropical Queensland, quarantenaire cette année. Si l’exposition phare du moment portait sur les dinosaures, c’est surtout la galerie Pandora qui nous a attirés.

 

Le Museum of Tropical Queensland et la célèbre « Big Spider »

 

Cette exposition permanente raconte l’histoire singulière du HMS Pandora, navire de guerre anglais parti d’Europe en 1790 pour aller arrêter les fameux Révoltés du Bounty.

L’exposition ne portait pas sur le HMS Bounty. Il nous faut pourtant rétablir le contexte du départ du HMS Pandora. Par ailleurs, HMS est l’acronyme de His Majesty’s Ship. Dans le cas du Pandora qui est un navire de guerre à 24 canons, on peut également parler du HMAV Pandora : His Majesty’s Armed Vessel Pandora. Petite précision également, en langue anglaise les bateaux sont des femmes. Le cinéma a popularisé l’emploi du masculin pour parler du Bounty, il faudrait pourtant parler de « La Bounty ».

 

 

Réplique du HMS Bounty, construite en 1984

 

Le HMS Bounty était donc un petit trois-mâts de 4 canons, appartenant à la Royal Navy anglaise. Il a pris la mer en 1787 pour aller récolter des plans d’arbre à pains sur Tahiti, future nourriture des esclaves des Indes occidentales britanniques. L’équipage de 46 marins était sous le commandement du Capitaine William Blight et de son second Fletcher Christian. Le vaisseau accosta à Tahiti et y fit escale pendant près de cinq mois. Les marins qui avaient la vie facile sur l’île au contact des indigènes et, surtout, des femmes tahitiennes, ne virent pas d’un très bon oeil l’idée d’un retour prochain vers l’Angleterre.

L’histoire est rendue célèbre par les adaptations cinématographiques qui ont mis en scène ces fameux révoltés du Bounty. Menés par Fletcher Christian – incarné par Errol Flynn, Clark Gable, Marlon Brando ou, plus tard, Mel Gibson – les révoltés se mutinèrent contre le sévère Capitaine Blight et l’arrêtèrent en avril 1789.

 

Les Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty), 1935

Mutiny on the Bounty, 1962

 

Ce dernier fut mis dans une embarcation avec plusieurs marins qui lui étaient fidèles. Il mit plusieurs mois à rentrer en Angleterre où il alerta l’Amirauté britannique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Muntins du Bounty » par Robert Dodd, 1790

 

De leur côté, les 21 mutins restés à Tahiti n’arrivèrent pas à trouver d’accord. Neuf d’entre eux décidèrent de reprendre la mer à bord du Bounty, accompagnés de leur femmes tahitiennes, d’hommes tahitiens et de leur enfants. La quinzaine restante décida de s’installer de façon pérenne à Tahiti.

Le HMS Pandora fut donc affrété par la couronne anglaise pour récupérer les mutins, les ramener en Angleterre et les juger. L’exposition du Museum of Tropical Queensland raconte son histoire tant les efforts de l’Amirauté pour punir les mutins ont été considérables. Le nom féminin du vaisseau vient d’ailleurs de Pandore, la première femme pour les Grecs, qui reçut de Zeus une boîte contenant tous les maux de l’humanité et qu’elle avait interdiction d’ouvrir. Malgré tout, elle l’ouvrit et les multiples maux se répandirent sur les hommes. Seule l’espérance y resta enfermée. C’est d’ailleurs d’espoir dont le HMS Pandora aurait bien eu besoin. Voici son histoire.

Nous sommes le 7 novembre 1790, le HMS Pandora quitte l’Angleterre et prend la direction du Pacifique sud. Les 134 hommes qui composent l’équipage sont sous les ordres du Capitaine Edwards. Après de longs mois de voyage, le passage du Cape Horn au sud du Chili et une épidémie de Typhus, il arrive en 1791 à Tahiti.

 

HMS Pandora at Matavai Bay, Oil on Canvas, 1791, Private collection

 

Les 14 révoltés du Bounty qui étaient restés sur l’île sont arrêtés et enfermés sur le pont du Pandora, dans une prison en bois qu’ils appellent eux-mêmes la « Pandora Box ». Ils sont attachés par les pieds à une barre de fer et leurs conditions de détention sont affreuses.

 


Représentation de la « Pandora Box »

 

Le navire reprend la mer en mai 1791 et part à la recherche du Bounty. Il sillonne les nombreuses îles du Pacifique Sud – Samoa, Tonga, Wallis et Futuna, les îles Salomon, la Papouasie Nouvelle-Guinée – sans succès. Il aborde enfin les côtes australiennes mi-août 1791 et décide de traverser la Grande Barrière de Corail, ce qui n’a jamais été effectué par un vaisseau de cette taille. Le HMS Pandora fait naufrage contre un récif le 28 août 1791. L’équipage se bat toute la nuit à l’aide des pompes manuelles du bateau pour vider l’eau qui remplit les ponts inférieurs. Certains prisonniers sont sortis de leur prison pour prêter main-forte. Les efforts sont vains.

 

Wrecking of HMS Pandora by Oswald Brett

 

Sous les ordres du Capitaine Edward, les chaloupes de sauvetage sont mises à la mer. 89 marins et 10 prisonniers survivent au naufrage et accostent sur un îlot de sable appelé « Escape Cay ». 31 marins perdent la vie. Sur les 14 prisonniers, seuls 4, restés enfermés dans la « Pandora Box » sombrent avec le navire.
Trois jours plus tard, quatre chaloupes partent en direction du nord-ouest. Les hommes sont entassés dans les rafiots. Certains boivent leur urine, d’autres de l’eau de mer, ce qui accentue considérablement leur soif. Au terme de trois jours de voyage, les quatre chaloupes arrivent sur les îles de Torres, au nord de l’Australie. Les hommes sont exténués mais se ravitaillent en eau et nourriture auprès des indigènes vivant sur ces îles.
Les quatre chaloupes reprennent alors la mer en direction du Timor oriental qu’ils atteignent 14 jours plus tard, après un voyage éprouvant au cours duquel ils doivent rationner les quelques mets qu’ils ont pu acquérir des indigènes. Chacun ne reçoit en effet qu’un quart de biscuit sec et un petit verre d’eau par jour. Les survivants rejoignent alors un comptoir hollandais au Timor et sont rapatriés en Angleterre en juin 1792.

 

Illustration de la vie à bord des chaloupes de sauvetage

 

Des dix Révoltés du Bounty qui arrivent en Angleterre, quatre sont graciés par la justice militaire, les six autres sont accusés de trahison et condamnés. La justice anglaise veut aller jusqu’au bout de ce qu’elle a entrepris quelques années plus tôt en affrétant le HMS Pandora : trois mutins sont pendus en place publique. Les trois autres, au regard de l’épreuve qu’ils ont enduré, sont finalement graciés par le roi.

Revenons aux Révoltés du Bounty ayant choisi de quitter Tahiti. Ceux-ci disparaissent pendant 19 ans. Il faudra attendre 1808 pour qu’un navigateur américain découvre l’installation des mutins et de leur famille sur l’île de Pitcairn. Au moment où il débarque, il ne reste qu’un seul homme adulte sur l’île : John Adams. En effet, une confrontation avait eu lieu quelques années auparavant entre les Tahitiens et les marins anglais. Beaucoup d’entre eux avaient été assassinés, dont Fletcher Christian, en 1793. Le dernier Révolté du Bounty, John Adams, mourut en 1829, au moment où la paix avait été rétablie sur Pitcairn.

L’épave du HMS Pandora fut oubliée pendant 186 ans. En 1977, une équipe d’archéologues australiens de Townsville redécouvrit les restes du vaisseau au large de la Grande Barrière de Corail. Le site fut immédiatement protégé par le gouvernement australien. Pendant près de 30 ans, 9 fouilles archéologiques auront lieu sur les restes du Pandora, ce qui en fait l’épave la plus étudiée de l’histoire. Le gouvernement australien et une fondation constituée récolteront près de 20 millions de dollars pour les fouilles et la conservation des restes au sein du musée.

Plusieurs milliers d’éléments ont été retrouvés, dont certains en excellent état de conservation – du pot de chambre, au service à thé du capitaine, en passant par les flacons de médicaments, des boulets de canons et trois squelettes humains non identifiés. Certaines de ces pièces sont mises en valeur dans l’exposition que nous avons suivie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éléments retrouvés sur l’épave du Pandora

Si le Bounty est célèbre, le HMS Pandora devrait l’être tout autant tant son histoire est unique et incroyable.

Pour terminer, il nous faut tenter de rétablir une vérité historique, ou tout du moins nuancer certaines exagérations cinématographiques. Dans toutes les adaptations des Révoltés du Bounty, le capitaine William Blight est présenté comme un homme tyrannique, brutal et sadique envers son équipage. Fletcher Christian, dès sa première apparition sous les traits d’Errol Flynn, passe quant à lui pour le héros à la juste cause.
Les historiens remettent totalement en question ces visions. En réalité, on ne sait pas quelles sont les causes de la mutinerie du Bounty. Chaque témoignage – de marins à bord, de rescapés ou même du capitaine – évoque une version différente. Si la plus célèbre reste celle d’un capitaine tyrannique, d’autres prétendent que William Blight était en fait un homme bon et dévoué envers son équipage qui a été victime de marins déprimés. Il se pourrait également que William Blight et Fletcher Christian furent amants, et qu’une querelle de couple entraîna la mutinerie.

Pour les aventuriers, c’est au fond de l’Océan Pacifique, non loin de l’île de Pitcairn où réside le Bounty,  qu’il faudra à présent aller chercher la vérité.

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01 Comment

  1. Sylvain FOUCQUART

    Génial! l’aventure dans l’aventure…

    8 juillet 2017 Répondre

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