Le Queensland d’île en île – Fraser Island

par Juil 25, 2017Australie0 commentaires

Le Queensland, territoire du nord-est de l’Australie, n’est pas vraiment pourvu de bâtiments remarquables.  Sa réputation tient plutôt à son patrimoine naturel. Ce sont une quarantaine de jours que nous avons passés dans cette partie de l’Australie, plus précisément le long de la côte est du Queensland. Les paysages sont fabuleux et nos pérégrinations nous ont tantôt fait passer par les steppes arides du bush, tantôt par des montagnes verdoyantes, des falaises abruptes surplombant un océan déchaîné et des jungles tropicales luxuriantes, tantôt par des plages paradisiaques dignes de films d’aventures.

Nous voulons présenter dans une série d’articles des éléments très présents le long de la côte du Queensland : les îles.

Lors de notre road trip nous avons visité quatre îles très différentes réparties entre Brisbane et Townsville, sur environ 1400 kilomètres de côte. Nos quatre découvertes avaient leurs particularités. North Stradbroke Island et Magnetic island en bus et à pied sur une journée, Fraser Island en trek pendant trois jours, les Whitsunday Islands en croisière sur un voilier. Voici Fraser Island.

Fraser Island est la plus grand île de sable au monde, inscrite au Patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1992 en reconnaissance de sa valeur universelle. L’île est l’exemple d’une évolution biologique et d’un processus géologique quasi unique ainsi que d’un phénomène naturel parfait, d’où son inscription.

Fraser Island est longue de 123 kilomètres sur environ 25 kilomètres de large et la dune la plus haute s’élève à 260 mètres au-dessus de la mer. A la différence de North Stradbroke Island, c’est l’intégralité de Fraser Island qui est protégée comme parc national. Sur l’île, il n’y a aucune route, aucun village (seul un hôtel resort. malheureusement l’homme avide d’argent ne peut s’empêcher de construire dans les endroits les plus fragiles) ! L’accès à l’eau est très limité. Il n’y a pas d’électricité et ne parlons pas du réseau téléphonique inexistant.

Notre envie de voir cette île un peu plus longtemps qu’une simple balade touristique d’une journée nous a poussés à préparer un trek de trois jours à pied le long de la Great Walk, longue d’environ 80 kilomètres. Au final, nous n’avons parcouru qu’un morceau très restreint de la Great Walk. C’est pour dire si nous n’avons rien vu de la grandeur de l’île ; et pourtant… En 60 kilomètres de marche dans le sable, nous avons croisé trois types de végétation différents, quatre lacs d’eau claire et une dizaine de 4×4.

A droite – La Great Walk en pointillés gris
A gauche – Le plan de Fraser Island

En effet, une des attractions phares du Queensland est la possibilité de se rendre sur Fraser Island pour une journée organisée en groupe à bord d’un bus 4×4. Il est aussi possible d’aller sur Fraser avec son propre 4×4. Il faut être conscient qu’on ne roule que sur du sable. La journée organisée permet de voir les lacs les plus célèbres, de rouler à toute berzingue sur la plage est de l’île de 80 kilomètres de long ou encore d’aller au nord voir une épave sur la plage. Pour en voir un peu plus sur Fraser Island version 4×4, vous pouvez consulter cet article. Les nuits sur Fraser Island se font quasiment qu’en camping.

Pistes de 4×4 au milieu de l’île : un danger pour les randonneurs

Pour notre part, nous n’avons croisé qu’un seul marcheur comme nous. Nous sommes restés en immersion trois jours dans la nature. Le lac le plus célèbre de l’île est le lac Mackenzie. Si les touristes en bus d’un jour peuvent y rester une heure ou deux, nous avons pu profiter de cette merveille naturelle plusieurs heures au coucher et au lever du soleil, juste nous deux.

Différentes vues du lac MacKenzie

Le lac Mackenzie – comme les trois autres lacs que nous avons croisés, les lacs Basin, Birrabeen et Benaroon – est un lac d’eau clair qui ne se renouvelle pas par le sol mais par les airs puisque c’est un lac d’eau de pluie. Ces lacs s’évaporent à la saison sèche et se remplissent lors de la saison humide. Le PH de ces eaux se situe entre 4.3 et 5.2 ce qui les rend légèrement acide (une eau pure et neutre a un PH de 7.0). Les lacs se sont formés ces 700 000 dernières années et des lits de sédiment et de plantes se sont déposés au fond des bassins, les rendant hermétiques. Le lac n’est agité d’aucun courant, rendant la surface aussi transparente et lisse qu’un miroir. Il est interdit d’apporter autre chose que de l’eau : la nourriture et la crème solaire sont interdites sur les plages de sable blanc proches des lacs. L’eau est de ce fait extrêmement pure et potable. Si nous n’avons pu voir que quatre lacs, Fraser Island en compte en fait plus de 40.

Le lac Benaroon au coucher du soleil

La végétation s’est développée sur le sable et, élément rare, s’est adaptée pour créer une rainforest, une véritable jungle humide, au cœur des dunes. C’est d’ailleurs très étonnant de passer d’une végétation sèche de dune à une végétation humide, en quelques kilomètres. La Great Walk permet aisément de passer à travers ces différents éléments.

Différents types de végétations : jungle humide, épineux, épiphytes…

 

Petite particularité animalière de Fraser, les autorités mettent très fortement en garde les visiteurs contre les dingos sauvages, espèce protégée, qui sont une centaine sur l’île. Ce sont les derniers dingos pure race d’Australie. Il est fortement déconseillé de les approcher à moins de 100 mètres. Il faut toujours se déplacer en groupe et surveiller très attentivement les enfants. Il ne faut absolument pas les nourrir (ce que font tout de même certains touristes n’ayant pas compris le concept de danger) et il est nécessaire de toujours bien enfermer sa nourriture pour éviter d’attirer ces prédateurs affamés. Une attaque de dingos prend quelques secondes. Toujours en meute, comme les loups, ils envoient un éclaireur puis, s’ils sentent la possibilité d’attaquer, se jettent sur leur proie. Si un dingo attaque, il faut répondre agressivement à l’aide de bâtons pour le faire fuir.

La partie intérieure de Fraser Island est ceinte derrière une barrière et certains campings sont clos. Dans notre cas, nous avons passé une nuit en pleine forêt, dans une obscurité totale, sans protection de barrières, à la merci des dingos.

Malgré ces précautions, les accidents arrivent toujours. Une des anecdotes tragiques les plus connues est celle d’un jeune garçon qui fut attaqué en 1999 par deux dingos, puis tué devant son père et son frère qui n’ont rien pu faire pour le sauver.

Lors de ces trois jours, nous n’avons – malheureusement (ou heureusement) – vu aucun dingo.

Ce ne pouvait être qu’un dingo, les chiens sont interdits sur l’île.

Enfin, il faut savoir que, comme North Stradbroke Island, Fraser est le territoire du peuple aborigène Butchulla. S’il est aujourd’hui respecté et s’il est reconnu que Fraser Island est leur terre, le peuple Butchulla a dans le passé beaucoup souffert de la colonisation. La langue du peuple Butchulla a complètement disparu ; seuls subsistent quelques enregistrements effectués dans les années 1930. Le peuple Butchulla était composé de six clans. Les K’gari, l’un d’entre eux, possédait Fraser Island. « K’gari » signifie d’ailleurs « paradis » en langue Butchulla. Ce clan était dirigé depuis près de 20 000 ans selon des traditions ancestrales qui vouaient à la terre, à la faune et à la flore, un culte puissant. Régis par les lois du Conseil des Anciens, les Aborigènes vivaient de ce que leur offrait la nature, en la respectant. Il était par exemple interdit d’abattre un arbre.

Les premiers colons arrivent en 1799 et organisent, dès 1802, un plan agricole qui impose un défrichement des zones boisées. Dès 1842, les ressources en bois de l’île vont être exploitées sur une zone de 1700 hectares entourant un village de 30 maisons, aujourd’hui disparu. Le peuple aborigène va s’insurger contre cette colonisation destructrice. Certains colons sont assassinés. Les réponses des blancs seront violentes. Une police est mise en place et les massacres commencent. De 2000 personnes en 1840, la population chute à 230 individus en 1880. Les Aborigènes de Fraser sont chassés de l’île et les derniers la quittent en 1904 pour former la communauté de Yarrabah, à l’est de Cairns.

Les efforts du gouvernement sont aujourd’hui faits pour mettre en avant les propriétaires originels de l’île et le devoir de respect de leur tradition, cependant aucun signe n’évoque ce massacre d’un peuple il y a moins de 200 ans.

Fraser Island est également choisie pendant la Seconde Guerre mondiale pour accueillir une école de commandos et d’agents secrets. L’île est idéale pour cette école bien spéciale. Les bâtiments sont cachés dans la végétation et les soldats peuvent s’entraîner à des missions amphibies dans les lacs et la forêt humide. Entre 1942 et 1945, 909 soldats sont formés pour intégrer l’Unité spéciale Z qui est préparée à des opérations spéciales derrière les lignes japonaises. Quatre-vingt-une opérations et 380 soldats seront envoyés depuis Fraser Island derrière les lignes ennemies en trois ans de guerre. Il ne reste aujourd’hui aucune trace des bâtiments de cette école internationale qui accepta des soldats néerlandais, chinois, malais, anglais et même français.

Dalle commémorative de l’école de commandos

De nos jours, il n’existe plus aucune culture ou exploitation, autre que touristique, sur Fraser Island. Cette dernière est unique par son histoire. Les îles que nous avons découvertes par la suite ne partagent pas cette particularité géologique de Fraser Island.

PATRIMOINE NATUREL

North Stradbroke Island

PATRIMOINE NATUREL

Magnetic Island

PATRIMOINE NATUREL

Les Whitsundays

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