Le Queensland d’îles en îles
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Le Queensland d’îles en îles

Dans un précédent article, nous avons évoqué le New South Wales au travers de son patrimoine bâti vernaculaire qui, en dehors de Sydney, manque d’intérêt. Autant vous dire que le Queensland, territoire du nord est de l’Australie, n’est pas vraiment pourvu de bâtiments remarquables. Il serait pour ainsi dire inutile de tenter une présentation de ce territoire par le patrimoine bâti. La réputation du Queensland tient plutôt à son patrimoine naturel. Ce sont une quarantaine de jours que nous avons passés dans cette partie de l’Australie, plus précisément le long de la côte est du Queensland. Les paysages sont fabuleux et nos pérégrinations nous ont tantôt fait passer par les steppes arides du bush, tantôt par des montagnes verdoyantes, des falaises abruptes surplombant un océan déchaîné et des jungles tropicales luxuriantes, tantôt par des plages paradisiaques dignes de films d’aventures.
Nous voulons présenter dans cet article des éléments très présents le long de la côte du Queensland : les îles.

Lors de notre road trip nous avons visité quatre îles très différentes réparties entre Brisbane et Townsville, sur environ 1400 kilomètres de côte. Nos quatre découvertes avaient leurs particularités. North Stradbroke Island et Magnetic island en bus et à pied sur une journée, Fraser Island en trek pendant trois jours, les Whitsunday Islands en croisière sur un voilier. Nous vous les présentons de manière géographique.

North Stradbroke Island

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plan de North Stradbroke Island

 

Proche de la frontière sud du Queensland, North Stradbroke Island se situe à 30 minutes de voiture du CBD, dans la grande banlieue est de Brisbane. C’est une barge et un ferry qui permettent d’accéder à pied et en voiture à l’île. D’une quarantaine de kilomètres de long et d’une dizaine de large, une partie de North Stradbroke est protégée par le gouvernement au sein du Naree Budjong Djara National Park. Nous n’avons visité que la pointe nord-est de l’île, le village de Point Lookout et ses environs, compris dans la Minjerribah Recreation Area, du nom du peuple indigène originaire de l’île.
L’arrivée en ferry se fait au niveau du village de Dunwich et c’est un bus qui permet d’effectuer les dix kilomètres qui le sépare de Point Lookout.

De nos jours, l’île de North Stradbroke est réputée pour ses interminables plages de sable blanc, ses eaux transparentes, ainsi que sa colonie de grands dauphins.

 

La main beach de North Stradbroke Island

 

Ce sont en effet entre 700 et 1000 individus qui peuplent les eaux à proximité de la pointe nord de l’île. Ce mammifère territorial ne s’éloigne jamais à plus de 2 kilomètres de la côte. Les promeneurs chanceux peuvent admirer des groupes de 3 à 30 dauphins sautant dans les vagues. Pour notre part, ce n’auront été que quelques ailerons au loin.

 

Un dauphin au loin

 

La réserve marine qui entoure North Stradbroke et Moreton Bay est aussi le refuge de nombreuses raies manta, de tortues marines ou encore d’une des plus grandes colonies mondiales de Dugong, espèce menacée ; ils sont autour de 600-700 dans cette zone.

Si on parle aujourd’hui de l’île de Stradbroke Nord c’est parce qu’en 1896, un violent orage a déchiré en deux l’unique île de Stradbroke créant une partie nord et une partie sud. Certains noms, tel ceux du National Park et de la Récréation Area, évoquent l’habitat originel du peuple aborigène Minjerribah, c’est cependant l’histoire moderne qui est comme toujours la plus connue. Suite à la création de la colonie pénitentiaire au coeur de l’actuelle Brisbane, l’île est colonisée dès le début du XIXe siècle. Elle prend d’ailleurs son nom de John Ross, premier comte de Stradbroke, le père du capitaine du « Rainbow », le premier vaisseau a avoir traversé la baie de Moreton. Le village de Dunwich prend lui le nom du frère de ce même capitaine. Les prisonniers de Brisbane y construisent une jetée et l’isolement de l’île permet d’y placer un centre de quarantaine pour les malades atteints du typhus. Par ailleurs, le cimetière de l’île est l’un des plus vieux du Queensland puisque les plus anciennes des 9000 tombes coloniales datent de 1850.

L’île de North Stradbroke connaît un réel essor au tournant du XXe siècle, lorsqu’une importante exploitation minière (rutile, ilmenite et zircon) y est installée. Ceci entraîne une destruction des habitats aborigènes et une fuite forcée de ces populations originelles. Aujourd’hui, l’île, cité dortoir, vit principalement du tourisme et jouit de sa proximité avec la capitale du Queensland.

 

Les kangourous de North Stradbroke Island

 

 

 

 

Danger : vie sauvage !

 

Ce que beaucoup de touristes arpentant ses plages et ses falaises ne savent pas, c’est que l’île de North Strarbroke est intégralement composée de sable. C’est en fait une immense dune créée au moment de l’aire glaciaire, il y a plus de 120 millions d’années. La végétation qui s’est développée sur l’île permet au sable de tenir et donc à l’île de ne pas s’effriter dans la mer. Cette stabilité est fragile et extrêmement vulnérable. Les parcs nationaux permettent cette protection des écosystèmes. North Stradbroke est en fait la deuxième plus grande île de sable au monde, derrière Fraser Island.

 

Fraser Island

Plan de Fraser Island

 

Elle est la plus grande île de sable du monde, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1992 en reconnaissance de sa valeur universelle. L’île est l’exemple d’une évolution biologique et d’un processus géologique quasi unique ainsi que d’un phénomène naturel parfait, d’où son inscription.

Fraser Island est longue de 123 kilomètres sur environ 25 kilomètres de large et la dune la plus haute s’élève à 260 mètres au-dessus de la mer. A la différence de North Stradbroke Island, c’est l’intégralité de Fraser Island qui est protégée comme parc national. Sur l’île, il n’y a aucune route, aucun village (seul un hôtel resort. malheureusement l’homme avide d’argent ne peut s’empêcher de construire dans les endroits les plus fragiles) ! L’accès à l’eau est très limité. Il n’y a pas d’électricité et ne parlons pas du réseau téléphonique inexistant.

Notre envie de voir cette île un peu plus longtemps qu’une simple balade touristique d’une journée nous a poussé à préparer un trek de trois jours à pied le long de la Great Walk, longue d’environ 80 kilomètres. Au final nous n’avons parcouru qu’un morceau très restreint de la Great Walk. C’est pour dire si nous n’avons rien vu de la grandeur de l’île ; et pourtant… En 60 kilomètres de marche dans le sable, nous avons croisé 3 types de végétation différents, 4 lacs d’eau claire et une dizaine de 4×4.

 

La Great Walk en pointillés gris

 

En effet, une des attractions phares du Queensland est la possibilité de se rendre sur Fraser Island pour une journée organisée en groupe à bord d’un bus 4×4. Il est aussi possible d’aller sur Fraser avec son propre 4×4. Il faut être conscient qu’on ne roule que sur du sable. La journée organisée permet de voir les lacs les plus célèbres, de rouler à toute berzingue sur la plage est de l’île de 80 kilomètres de long ou encore d’aller au nord voir une épave sur la plage. Pour en voir un peu plus sur Fraser Island version 4×4 : cet article. Les nuits sur Fraser Island se font quasiment qu’en camping.

 

Pistes de 4×4 au milieu de l’île : un danger pour les randonneurs

 

Pour notre part, nous n’avons croisé qu’un seul marcheur comme nous. Nous sommes restés en immersion trois jours dans la nature. Le lac le plus célèbre de l’île est le lac Mackenzie. Si les touristes en bus d’un jour peuvent y rester une heure ou deux, nous avons pu profiter de cette merveille naturelle plusieurs heures au coucher et au lever du soleil, juste nous deux.

 


Différentes vues du Lac Mackenzie

 

Le lac Mackenzie – comme les trois autres lacs que nous avons croisés, les lacs Basin, Birrabeen et Benaroon – est un lac d’eau clair qui ne se renouvelle pas par le sol mais par les airs puisque c’est un lac d’eau de pluie. Ces lacs s’évaporent à la saison sèche et se remplissent lors de la saison humide. Le PH de ces eaux se situe entre 4.3 et 5.2 ce qui les rend légèrement acide (une eau pure et neutre a un PH de 7.0). Les lacs se sont formés ces 700 000 dernières années et des lits de sédiment et de plantes se sont déposés au fond des bassins, les rendant hermétiques. Le lac n’est agité d’aucun courant, rendant la surface aussi transparente et lisse qu’un miroir. Il est interdit d’apporter autre chose que de l’eau : la nourriture et la crème solaire sont interdites sur les plages de sable blanc proches des lacs. L’eau est de ce fait extrêmement pure et potable. Si nous n’avons pu voir que 4 lacs, Fraser Island en compte en fait plus de 40.

 

Le lac Benaroon au coucher du soleil

 

La végétation s’est développée sur le sable et, élément rare, s’est adaptée pour créer une rainforest, une véritable jungle humide, au coeur des dunes. C’est d’ailleurs très étonnant de passer d’une végétation sèche de dune à une végétation humide, en quelques kilomètres. La Great Walk permet aisément de passer à travers ces différents éléments.

 

Différents types de végétations : jungle humide, épineux, épiphytes…

 

Petite particularité animalière de Fraser, les autorités mettent très fortement en garde les visiteurs contre les dingos sauvages, espèce protégée, qui sont une centaine sur l’île. Ce sont les derniers dingos pure race d’Australie. Il est fortement déconseillé de les approcher à moins de 100 mètres. Il faut toujours se déplacer en groupe et surveiller très attentivement les enfants. Il ne faut absolument pas les nourrir (ce que font tout de même certains touristes n’ayant pas compris le concept de danger) et il est nécessaire de toujours bien enfermer sa nourriture pour éviter d’attirer ces prédateurs affamés. Une attaque de dingos prend quelques secondes. Toujours en meute, comme les loups, ils envoient un éclaireur puis, s’ils sentent la possibilité d’attaquer, se jettent sur leur proie. Si un dingo attaque, il faut répondre agressivement à l’aide de bâtons pour le faire fuir.
La partie intérieure de Fraser Island est ceinte derrière une barrière et certains campings sont clos. Dans notre cas, nous avons passé une nuit en pleine forêt, dans une obscurité totale, sans protection de barrières, à la merci des dingos.
Malgré ces précautions, les accidents arrivent toujours. Une des anecdotes tragiques les plus connues est celle d’un jeune garçon qui fut attaqué en 1999 par deux dingos, puis tué devant son père et son frère qui n’ont rien pu faire pour le sauver.
Lors de ces trois jours, nous n’avons – malheureusement (ou heureusement) – vu aucun dingo.

 

Ce ne pouvait être qu’un dingo, les chiens sont interdits sur l’île.

 

Enfin, il faut savoir que comme North Stradbroke Island, Fraser est le territoire du peuple aborigène Butchulla. S’il est aujourd’hui respecté et s’il est reconnu que Fraser Island est leur terre, le peuple Butchulla a dans le passé beaucoup souffert de la colonisation. La langue du peuple Butchulla a complètement disparu ; seuls subsistent quelques enregistrements effectués dans les années 1930. Le peuple Butchulla était composé de six clans. Les K’gari, l’un d’entre eux, possédait Fraser Island. « K’gari » signifie d’ailleurs « paradis » en langue Butchulla. Ce clan était dirigé depuis près de 20 000 ans selon des traditions ancestrales qui vouaient à la terre, à la faune et à la flore, un culte puissant. Régis par les lois du Conseil des Anciens, les Aborigènes vivaient de ce que leur offrait la nature, en la respectant. Il était par exemple interdit d’abattre un arbre.
Les premiers colons arrivent en 1799 et organisent, dès 1802, un plan agricole qui impose un défrichement des zones boisées. Dès 1842, les ressources en bois de l’île vont être exploitées sur une zone de 1700 hectares entourant un village de 30 maisons, aujourd’hui disparu. Le peuple aborigène va s’insurger contre cette colonisation destructrice. Certains colons sont assassinés. Les réponses des blancs seront violentes. Une police est mise en place et les massacres commencent. De 2000 personnes en 1840, la population chute à 230 individus en 1880. Les Aborigènes de Fraser sont chassés de l’île et les derniers la quittent en 1904 pour former la communauté de Yarrabah, à l’est de Cairns.
Les efforts du gouvernement sont aujourd’hui faits pour mettre en avant les propriétaires originels de l’île et le devoir de respect de leur tradition, cependant aucun signe n’évoque ce massacre d’un peuple il y a moins de 200 ans.

Fraser Island est également choisie pendant la Seconde Guerre mondiale pour accueillir une école de commandos et d’agents secrets. L’île est idéale pour cette école bien spéciale. Les bâtiments sont cachés dans la végétation et les soldats peuvent s’entraîner à des missions amphibies dans les lacs et la forêt humide. Entre 1942 et 1945, 909 soldats sont formés pour intégrer l’Unité spéciale Z qui est préparée à des opérations spéciales derrière les lignes japonaises. Quatre-vingt-une opérations et 380 soldats seront envoyés depuis Fraser Island derrière les lignes ennemies en trois ans de guerre. Il ne reste aujourd’hui aucune trace des bâtiments de cette école internationale qui accepta des soldats néerlandais, chinois, malais, anglais et même français.

 

Dalle commémorative de l’école de commando

 

De nos jours, il n’existe plus aucune culture ou exploitation, autre que touristique, sur Fraser Island. Cette dernière est unique par son histoire. Les îles que nous avons découvertes par la suite ne partagent pas cette particularité géologique de Fraser Island.

 

The Whitsunday Islands

 

Plan d’une partie des Whitsunday Islands

 

Quelques semaines après avoir quitté Fraser Island et Hervey Bay, la ville qui borde l’île, nous sommes arrivés dans la ville d’Airlie Beach, très connue pour être le port d’entrée vers les Whitsunday Islands.

Il ne s’agit pas d’une unique île mais d’un ensemble de 70 îles et îlots compris dans la Grande Barrière de Corail australienne. Les Whitsundays sont la plus grande chaine d’îles d’Australie, comprise au sein de la Grande Barrière de Corail australienne, et donc protégée.

 

Les Whitsunday Islands depuis la côte

 

Six parcs nationaux protègent une partie des îles, dont les plus importantes et les plus visitées. Beaucoup de touristes font une excursion d’une journée en bateau dans les Whitsunday Islands pour aller admirer, entre autres, la plage considérée comme l’une des plus belles du monde : Whiteheaven Beach. Son sable est d’une blancheur extraordinaire, on a parfois l’impression d’observer un paysage enneigé. Cela est dû au fait qu’il est l’un des plus purs du monde. Nous l’avons vue sous la pluie.

 


Whiteheaven Beach par mauvais temps

 

Nous avons décidé pour notre part d’aller dans ces îles en croisière, trois jours et deux nuits, à bord d’un vieux voilier en bois de l’après Seconde Guerre mondiale, réaménagé pour le confort des croisiéristes.

 

Hook Island

 

Nous n’avons fait le tour que des deux îles les plus importantes : Whitsunday Island et Hook Island.
Si les Whitsunday Islands sont si célèbres c’est surtout pour la Grande Barrière de Corail environnante. Les eaux limpides enferment des trésors sous-marins : coraux et poissons multicolores, raies et tortues marines.

La Grande Barrière de Corail est protégée au titre du Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 1981 et inscrit sur la liste du patrimoine national australien depuis (seulement) 2007. Elle est composée de 2900 récifs (reefs) dont beaucoup sont immergés, répartis sur près de 2300 kilomètres le long de la côte est du pays. Sont émergés près de 300 bancs de sables et 600 îles. Si à son extrémité sud, elle est située à plus de 250 kilomètres de la côte, au niveau d’Arlie Beach elle n’est qu’à 60 kilomètres. La Grande Barrière de Corail représente une diversité vivante inouïe : pas loin de 360 types de coraux différents et 1600 espèces de poissons, 400 espèces d’éponges, 133 espèces de requins et de raies, 100 espèces de méduses, et 30 espèces de baleines qui viennent y terminer leur migration.

Couvrant 35 millions d’hectares, la Grand Barrière de Corail australienne est tout simplement le plus grand écosystème vivant du monde et les Whitsunday Islands ne représentent qu’une infime partie de celle-ci.

 

Quelques vues des fonds marins

 

La vie s’est développée très tard sur ces îles. De formation volcanique, les plupart des 70 îles sont de gros cailloux arides – sur lesquels ne coulent aucune eau de source et où pousse une végétation aride et sèche – impropres à la vie. On y trouve quelques espèces de wallabies, les kangourous de rocher, quelques chauve-souris et des araignées rares.

Comme les autres îles de la côte du Queensland, les Whitsundays sont la terre d’un peuple aborigène : les Ngaro. Ce peuple ne s’est pas vraiment installé sur les îles, ne pouvant réellement y vivre. Appelé le « peuple canoë », ils étaient de formidables navigateurs et voguaient d’îles en îles pour y utiliser les ressources disponibles. Les Ngaro étaient des pêcheurs et utilisaient les Whitsundays comme des bases de pêche.
Le premier colon qui a découvert l’ensemble d’îles n’est autre que James Cook, en 1770, le dimanche de pentecôte (whitsunday). A l’instar de North Stradbroke ou de Fraser, les colons arrivent sur les Whitsundays dans les années 1860 et y installent quelques campements puis une industrie peu prospère de coupe de bois. Comme ailleurs, les Aborigènes sont chassés et leur culture disparaît peu à peu. Ils ne sont de nos jours plus que quelques dizaines sur les îles.

Le tourisme est arrivé très tôt sur les Whitsunday Islands, dès 1920, pour y découvrir les merveilles que l’on continue de découvrir aujourd’hui.
La Grande Barrière de Corail est en danger. Elle est condamnée à disparaître. En effet, les coraux que nous avons vus lors de nos séances de snorkeling autour de Hook Island sont pour beaucoup morts, blancs et brisés sur les fonds marins. Nous aurons l’occasion de reparler plus avant des dangers qui guettent cet écosystème et de la nécessité de protection.

 

L’état de certains coraux est alarmant

 

Quittant les Whitsundays, nous avons continué notre route vers le nord. Ayant atteint la deuxième ville du Queensland et plus grande ville tropicale du pays, Townsville, nous avons voulu mettre les pieds sur l’île qui lui fait face, et considérée comme sa banlieue proche : Magnetic Island.

 

Magnetic Island

Plan de Magnetic Island

 

Celle-ci a une histoire similaire aux autres îles que nous avons vues. Elle a cependant encore une fois ses particularités propres. Elle est déjà beaucoup plus petite que les autres, 8 kilomètres de long sur quelques 7 kilomètres de large.

 

Vue de Magnetic Island depuis Townsville

 

La moitié de l’île est protégée par le Magnetic Island National Park. C’est au sud que l’on trouve le plus gros village, où arrive le ferry depuis Townsville, Nelly Bay.

Une unique route d’une dizaine de kilomètres de long rejoint le nord de l’île et le village très touristique de Horseshoe Bay. Magnetic Island est entourée de 24 baies et certaines des plages les plus reculées, idylliques et sauvages que nous ayons pu voir. Nous noterons la sublime plage de Balding Bay, accessible par une marche de 30 minutes, et qui se révèle être une plage nudistes.

 

Arthur Bay

 

Magnetic Island tient son nom de James Cook, qui la découvre lors de son voyage en 1770. L’île aurait eu un effet magnétique sur les compas du capitaine… A l’origine, l’île se nomme Yunbenun et appartient au peuple aborigène Wulgurukaba. A la différence des autres îles, aucune réelle industrie ne s’est installée sur Magnetic Island au cours du XIXe siècle, les Aborigènes ont donc pu conserver leurs habitats et leur mode de vie traditionnels. Et ce jusqu’au tournant du XXe siècle. Magnetic Island, telle qu’elle l’est aujourd’hui, devient un lieu de résidence secondaire et de tourisme pour les habitants de Townsville. Le peuple Wulgurukaba est petit à petit chassé de cette terre et, dès 1920-1930, est forcé d’aller vivre en communautés sur le continent.

L’un des chemins de randonnée que l’on peut aisément emprunter, et qui mène à une incroyable vue à 300 degrés, se nomme « The Forts Walk ». Il permet de découvrir un pan de l’histoire de l’île. Le chemin circule en effet au milieu d’un camp militaire australien de la Seconde Guerre mondiale. On y découvre le reste des cuisines, de bunkers à munitions ou encore des latrines des officiers. Au sommet d’un mont, nous pouvons accéder à un bunker de surveillance bâti en béton sur un rocher.

 

Le bunker de surveillance du camp militaire

 

Subsistent encore les emplacements circulaires des canons qui pouvaient tirer à plusieurs kilomètres dans la baie. Ce camp militaire a été créé en 1942 suite aux trois raids nocturnes japonais sur Townsville : les 26, 28, et 29 juillet 1942. Townsville et Magnetic Island devinrent d’ailleurs une base américaine avancée durant la guerre du Pacifique. Près de 70 000 soldats américains vivaient près de la ville, 40 bateaux de guerre étaient parqués à Horseshoe Bay. Pour la petite anecdote, pendant les trois dernières années du conflit, les canons de Magnetic Island ne tirèrent qu’à une seule reprise. Manque de chance, c’était sur un navire de l’US Navy qui ne s’était pas annoncé !

 

L’emplacement des canons

 

Magnetic Island fait penser à une île de films d’aventures. Elle est sans doute assez proche de celle qu’a du découvrir l’équipage de Flint dans l’île au trésor. D’une forme assez ronde, entourée par ses baies escarpées, dominée par un mont tropical, l’île est de formation volcanique, granitique et sablonneuse. Vingt-trois types de végétation y poussent : de la forêt tropicale (rainforest) aux palmiers et palétuviers de bords de plage, en passant par les plantes arides des coteaux. On y trouve aussi de nombreux fruits et des arbres à fleurs ; le jaune des fleurs de Kapok tranchant avec le vert des feuilles des eucalyptus.

 

 

Différentes végétations sur Magnetic Island

 

Si North Stradbroke a ses dauphins, Fraser a ses dingos, les Whitsunday ont leurs tortues, Magnetic Island a elle aussi sa population caractéristique : les koalas. En effet, l’île représente la plus grande concentration de koalas au monde. Ceux-ci vivent dans la forêt d’eucalyptus qui recouvre l’est de l’île. C’est sans doute l’une des seules chances pour les touristes de pouvoir admirer ces animaux à l’état sauvage. Une marche attentive et tranquille est toujours récompensée par l’observation de ces gentils dormeurs. Les koalas ont en fait été introduits sur Magnetic Island en 1932 pour les protéger des menaces qu’ils connaissaient sur le continent.

 


Un koala sauvage

 

Ce sont aussi les fameux rock-wallabies (wallabies de rochers) qu’on peut approcher au coucher du soleil près de Geoffrey Bay. Les touristes ont pris la fâcheuse habitude de les nourrir. Les petites bêtes, n’étant plus effrayées, s’approchent très près jusqu’à venir manger dans la main de certains. A renfort de grands panneaux d’avertissement, les autorités luttent contre la dérive du tourisme qui consiste à donner à manger tout et n’importe quoi aux wallabies. Une touriste allemande, avide d’une photographie animalière sans effort, tendait dans sa main un mélange de graines pour perroquet. Cette scène très triste d’un énième touriste qui ne savait pas lire.

 

Il est écrit clairement que pour leur santé, il est préférable de ne pas les nourrir.

 

 

 

 

Des rock wallabies et un bébé dans la poche de sa mère

Ainsi s’achevait notre voyage par les îles le long du Queensland. Nous voulions néanmoins en découvrir une dernière extrêmement protégée, Hinchinbrook Island. Cette île fascinante au large de Lucinda est la seule île du monde sur laquelle se croisent deux zones du patrimoine mondial de l’humanité : les tropiques humides (Wet Tropics) et la grande barrière de corail. Heureusement cette île est vraiment protégée, les voitures n’y ont pas accès. Un seul chemin de randonnée de quatre jours est accessible pour 40 personnes en même temps. Malheureusement pour nous, il n’y avait plus de place sur l’île dans les deux prochains mois. Ce n’est que partie remise.

 

Vue sur Hichinbrook Island dans les nuages

 

Nous retenons que ces îles ont toutes pour similarité une histoire douloureuse où les habitants d’origine, les Aborigènes, qui vivaient en paix avec la terre, ont été chassés par les colons avides d’industries très rentables. Nous relevons aussi l’hypocrisie, de la part du gouvernement, de présenter partout des signes évoquant ces peuples Aborigènes qu’il faut respecter et dont les traces doivent être protégées, sans pour autant évoquer les responsabilités et l’histoire coloniale destructrice. Ce point marque une pierre de plus à l’analyse de l’histoire de l’Australie.

Nous retenons néanmoins davantage de ces îles une diversité de paysages, de végétations, de faunes et de flores absolument incroyable. Elles font toutes partie des merveilles qui façonnent notre voyage.

 

Dans les Whitsunday Islands, au petit matin.

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