Le Red Centre : Découverte
Australie Un peu d'Histoire

Le Red Centre : Découverte

La première installation européenne en Australie se fait à la fin du XVIIIe siècle, en 1788 à Botany Bay – actuelle Sydney.

La première implantation anglaise en Australie-Occidentale – ancienne Nouvelle-Hollande – est Albany en 1824 tandis que la première colonie de l’Etat du Victoria – qui faisait alors partie du New South Wales – se fait à Portland en 1838.

Pourtant, l’occupation du Red Centre ne commence pas au même moment que l’établissement des premières colonies en Australie.

En 1850, aucun européen ne s’est encore aventuré dans le Red Centre1.

 

Carte de l’Australie en 1850 ou le grand vide du centre2

 

Précisons pour commencer que le « Centre Rouge » a des limites géographiques floues. II s’agit à peu près de la région désertique du sud du Territoire du Nord et qui comprend, outre la ville d’Alice Springs au nord, les célèbres Uluru, Kata Tjuta, Kings Canyon et les West Macdonnell Ranges.

 

Le Red Centre3

 

Les premières expéditions terrestres 

Les expéditions limitées à quelques centaines de kilomètres de la côte sont légions dès le début du XIXe siècle. Les hommes, avides de découverte, veulent connaître les terres qu’ils viennent de coloniser et de s’arroger leurs.

Un problème existe pourtant et bloque l’avancée des explorateurs : la cordillère australienne. Cette chaîne de montagnes court le long de la côte sud-est du pays entre Sydney et Melbourne. Les Montagnes Bleues en font partie. Philip Gidley King, troisième gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud de 1800 à 1806, a d’ailleurs décrété publiquement que ces montagnes étaient infranchissables.

Il faut attendre 1813 pour que Georges Blaxland réussisse à traverser les Montagnes Bleues. De cette exploration victorieuse, suivent de nombreuses autres. En 1817-1818, John Oxley entreprend par exemple un voyage à l’intérieur de la Nouvelle-Galles du Sud. Il découvre les rivières Lachlan et Macquarie.

 

Le trajet de Georges Blaxland en 18134

 

Entre 1829 et 1830, Charles Sturt entreprend un long voyage vers l’ouest. Il remonte le Murrubindgee et découvre la rivière Murray. Il se rend alors compte que tous les fleuves coulant vers l’ouest s’y jettent. Son voyage se poursuit jusqu’à la côte ouest du Victoria actuel.

 

Le New South Wales en 1832 et le trajet de Charles Sturt en jaune5

 

Comme cette dernière, de nombreuses expéditions continuent de voir le jour pendant les trente années qui suivent. Des hommes découvrent l’Australie du Sud, ainsi que des parties de l’Australie-Occidentale.

Aucune de ces expéditions ne s’est pourtant plongée dans l’intérieur du pays. Une bande côtière de plusieurs centaines de kilomètres de large est connue, les rivières sont bien répertoriées, or le centre reste inconnu et effrayant. Ce sont évidemment les conditions climatiques très difficiles qui bloquent l’avancée de l’homme blanc : les chaleurs torrides, les moussons ainsi que les animaux dangereux sont des freins à la découverte des terres intérieures.

Les nombreux cours d’eau découverts dans la première moitié du XIXe siècle se jettent dans l’océan mais viennent de l’intérieur du pays, laissant croire qu’il existe une immense mer intérieure. Le centre et sa prétendue mer, inévitablement, attirent les hommes.

 

LA DÉCOUVERTE DU RED CENTRE

 

Les premières expéditions au centre

 

Au début des années 1860, Darwin est une colonie bien implantée. Il en va de même pour les villes du long de la côte est et quelques ports de la côte ouest, dont Broome ou Perth. Il ne reste que le centre.

L’histoire de la découverte du Red Centre est directement liée à l’implantation des lignes de télégraphes en Australie. Dans un XIXe siècle colonial où l’Angleterre est ultra-puissante au travers du monde, la communication est primordiale. Londres doit pouvoir communiquer avec ses pôles coloniaux.

Au sein du pays, différentes lignes télégraphiques intérieures ont vu le jour dès 1854 dans le Victoria. Suivent l’Australie du Sud en 1855, la Tasmanie et la Nouvelle-Galles du Sud en 1857 puis le Queensland et l’Australie-Occidentale entre 1861 et 1869. Aucune ne sont reliées entre elles.

C’est un projet bien plus grand qui est lancé depuis le bureau du gouverneur d’Australie du Sud en 1859 : relier Darwin à Port Augusta via une ligne centrale de 3000 kilomètres de long. A ce moment-là, le télégraphe lie déjà Londres à ses comptoirs indiens.

 

C’est John McDouall Stuart qui se lance dans l’aventure, en espérant obtenir les 2000 livres offertes en récompense par le gouverneur d’Australie du Sud.

John McDouall Stuart n’en est pas à sa première découverte. Né en 1815 en Ecosse, officier dans la Royal Navy, il arrive à l’âge de 23 ans en Australie et travaille dans des zones arides de l’Australie du Sud. Il participe d’ailleurs aux expéditions de découverte de cet Etat. Pendant plusieurs années, il s’enfonce par étapes dans le nord inexploré mais rebrousse toujours chemin. Le grand problème pour John McDouall Stuart, en plus de l’aridité de l’Outback, est qu’il va vers une grande inconnue, un grand blanc sur les cartes.

Il se lance malgré tout dans la grande traversée en 1859.

Il lui faudra quatre tentatives pour réussir le défi. Lors de la deuxième, en 1860, il découvre les chaînes de montagnes des West MacDonnell. Le 22 avril 1861, il pense découvrir le centre de l’Australie et rebrousse chemin. Lors du troisième voyage, il est attaqué par des tribus aborigènes qui incendient le campement et tuent les chevaux.

C’est enfin lors d’un quatrième voyage, du 23 octobre 1861 au 24 juillet 1862, qu’il réussit la traversée complète du Sud au Nord de l’Australie, offrant la voie à la colonisation et à l’établissement du télégraphe.

 

Le trajet de John McDouall Stuart6

 

Au passage, ce voyage apporte la preuve définitive qu’il n’existe pas de mer intérieure en Australie.

 

L’Overland Telegraph

 

En 1862, le cœur de l’Australie et les sites des futures Alice Springs et Tennant Creek, sont enfin connus.

Le chantier pharaonique de l’établissement de la ligne télégraphique entre Darwin et Port Augusta peut débuter et le parcours choisi de ce que l’on appelle l’Overland Telegraph reprend presque exactement le chemin emprunté par J. McD. Stuart.

 

Le parcours du télégraphe7

 

C’est l’ingénieur et superintendant des postes et télégraphes de l’Australie du Sud, Charles Todd, qui est chargé du chantier. Les travaux commencent en 1870 sous son contrôle. Il s’agit de faire courir un unique câble de 3178 kilomètres de long au travers de l’Outback. Et ce n’est pas comme si, huit ans après Stuart, le cœur australien était devenu le plus accueillant des endroits de la terre.

36 000 poteaux de bois local et de fer importés d’Angleterre sont néanmoins posés. Sur chaque poteau, un isolateur et des pôles électriques sont installés. Le câble ne peut pour autant pas faire parvenir les messages depuis Darwin jusqu’à Port Augusta d’un seul trait. Il faut des relais. C’est ainsi que le chantier s’accompagne de la construction de 11 stations télégraphiques le long du parcours.

Partis du sud, les constructeurs montés sur des dizaines de chariots vont remonter vers Darwin en un an et demi. A environ 2000 kilomètres de la côte nord, une équipe sous le contrôle de Robert Patterson va être envoyée à Darwin avec pour mission de redescendre vers le sud.

Le point de jonction des deux équipes a enfin lieu le 22 août 1872, deux ans après le début des travaux.

 

Le poteau historique de la jonction, au sud de Daly Waters

 

La même année, le câble sous-marin reliant Java à Darwin est finalisé. Londres est directement reliée à sa colonie et le premier message télégraphique arrive à Port Augusta le 21 octobre 1872.

Avec l’achèvement de l’Overland Telegraph, le peuplement européen du cœur de l’Australie peut commencer (voir l’article : Le Red Centre : Peuplement).

 

 

 

1 : Toutes les informations sont issues des panneaux explicatifs et des livrets de visites dans les sites des telegraph stations d’Alice Springs, de Tennant Creek et de Barrow Creek ainsi que de l’Australia Museum à Sydney et du Darwin Museum.

2 : Carte de l’Astralie en 1850, antiquemapart.com

3 : Carte de situation, Wikipédia

4 : Trajet de Georges Blaxland en 183, Wikipédia

5 : Le New South Wales en 1832, mappery.com

6 : Le trajet de John McDouall Stuart, ebook of Adelaide University, The journals of John McDouall Stuart

7 : Photo du trajet du télégraphe à la station de Tennant Creek

 

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