Le Red Centre : Peuplement, Partie 1
Australie Un peu d'Histoire

Le Red Centre : Peuplement, Partie 1

Il a fallu attendre 1862 pour que soit explorée du sud au nord l’Australie et que soient traversés les différents sites du Red Centre (voir l’article : Le Red Centre : Découverte). L’Overland Telegraph a été inauguré en 1872. Avec lui, les Anglais on commencé à peupler le « Centre rouge ».

Ce peuplement s’est effectué dans différents endroits : les stations de télégraphes d’abord qui donnèrent les villes ensuite (Partie 1) et les missions (Partie 2).

 

Des « Telegraph Stations »…

 

Onze stations sont construites le long du parcours du télégraphe. Quatre d’entre elles sont toujours en état de nos jours. C’est le cas de celles d’Alice Springs, de Barrow Creek et de Tennant Creek, toutes trois dans l’Outback, et non loin du Red Centre.1

 

L’entrée de la station de Barrow Creek

 

Les onze telegraph stations sont construites selon un modèle de base, reproduit en série, entre 1871 et 1872.

The Barracks est un bâtiment à trois ailes en forme de U entourant une cour fermée d’un muret et d’un portail. C’est le bâtiment central de chacune des stations. Celui de la station d’Alice Springs a été construit en novembre 1871 et c’est le tout premier bâtiment de pierre du cœur de l’Australie. Il comprenait à l’origine les lieux de vie des agents télégraphiques, chambres, cuisines, séjours, ainsi que les équipements du télégraphe.

The Barracks est un bâtiment qui s’apparente à un petit fort militaire avec des gun holes (trous défensifs) pour pouvoir abattre les éventuels ennemis en approche. Rappelons qu’à ce moment-là, les Aborigènes ne sont pas encore vraiment connus et font peur.

 

 

The Barracks à Alice Springs Telegraph Station

 

Chacune des telegraph stations, qui ne comprenait qu’un ou deux bâtiments très sommaires à ses débuts, a évolué pour devenir un petit hameau d’une dizaine de maisons ayant chacune un but très précis.

A Alice Springs, jusqu’en 1878, the Barracks est l’unique lieu de vie du site. N’existaient alors qu’une forge, quelques enclos pour les chevaux et la salle des batteries. Il fallait en effet 80 énormes batteries pour faire fonctionner le télégraphe. A Tennant Creek, ce sont 120 batteries, créant 1 volt chacune, qui étaient nécessaires.

 

 

La salle des batteries au premier plan

 

Toujours à Alice Springs, est construit en 1879 un bâtiment spécialement conçu pour le télégraphe. Deux pièces sont créées. Dans l’une d’elles entre le câble en provenance de Darwin, ainsi que le message sonore en code morse. Dans l’autre, le message est transmis par un opérateur en temps réel et ressort par le câble en direction de Port Augusta. Les messages peuvent arriver de jour comme de nuit et un opérateur du télégraphe est toujours debout, prêt à transmettre les messages. Il faut savoir qu’en 1880, envoyer un message via le télégraphe coutait très cher, environ 35€ actuels pour 10 mots. Les messages n’étaient donc généralement pas envoyés par des particuliers, mais par de grandes entreprises.

 

Le post & telegraph office, extérieur et intérieur

 

En 1888 s’adjoint enfin la résidence du maître de la station et de sa famille. C’était alors la plus grande et plus spacieuse maison du Red Centre ; quatre pièces tout de même.

On trouve encore sur le site de la telegraph station d’Alice Springs des bâtiments pour les chariots des linesmen, ces « hommes des lignes » qui sillonnaient le bush pour entretenir et réparer les câbles et les poteaux.

La vie au sein d’une telegraph station est très sommaire et autarcique. Les hommes doivent pouvoir se débrouiller par eux-mêmes et parfois pendant plusieurs mois. Ils doivent compiler avec la chaleur, les mouches, les maladies et les Aborigènes qui sont, suivant les endroits, plus ou moins colériques.

Les seuls ravitaillements se font de manière tout à fait irrégulière par caravanes de chameaux.

 

Une caravane de châmeaux2

 

Les caravanes de chameaux sont d’ailleurs les ancêtres des road trains ou du train. Dès les années 1880, il fallait trouver un moyen de ravitailler les comptoirs perdus au milieu de l’Outback. Les chameaux ont été choisis pour leur résistance à la chaleur et furent importés depuis l’Afghanistan pour les premiers. On parle des Afghan Camels. Le train de marchandises qui relie Port Augusta à Darwin, et qui passe par Alice Springs, s’appelle d’ailleurs The Ghan.

Entre 1870 et 1900, environ 20 000 chameaux vont être importés depuis l’Afghanistan, l’Egypte, la Turquie et l’Inde. Plus étonnant, on pensait que seuls des habitants de ces contrées étaient capables de les manier. Arrivèrent donc dans la même période plus de 2000 chameliers afghans. Une mosquée afghane se trouve aujourd’hui à Alice Springs. La dernière caravane de chameaux fut utilisée dans les années 1940. On trouve de nos jours près d’un million de chameaux dans le désert australien, devenus sauvages et considérés comme nuisibles.

 

 

Une caravane de chameaux

 

De ces stations de télégraphes, ravitaillés par les chameaux, sont ensuite nées les villes.

 

… Aux villes.

 

N’exagérons rien. Dans le Red Centre, il n’y a officiellement qu’une ville : Alice Springs. Quelques dizaines de communautés aborigènes sont disséminées le long des routes : Aileron, Ti Tree, Hermannsburg… Enfin, quelques pôles de présence humaine : les roadhouses dont nous parlions dans un article sur l’Outback.

Alice Springs est née à quelques kilomètres de la station de télégraphe éponyme qui fonctionna jusqu’en 1932 tout de même.

 

Alice Springs Telegraph Station, 1915 & 2017

 

Elle est la ville emblématique du Red Centre. Avec ses 30 000 habitants, c’est la ville de moins de 100 000 habitants qui est la plus représentée sur les planisphères mondiaux. En effet, vu qu’il n’y a rien dans un rayon de 1000 kilomètres, lorsqu’il s’agit de mettre un point au cœur de l’Australie, Alice Springs est la seule possibilité.

L’histoire de la ville est très récente. Oasis en plein désert construit au bord de la Todd River et encaissé entre des barrières rocheuses, les premiers colons s’y installent dans les années 1880. De l’or est découvert en 1887 à Artlunga, à 100 kilomètres à l’est de la ville. La ruée vers l’or se fait en masse sur le site d’Artlunga mais peu de personnes s’installent dans la ville qui est proclamée officiellement sous le nom de « Stuart » en 1888.

Alice Springs vue du ciel, Google Earth

 

En 1908, Stuart compte 30 habitants. Une prison en pierre est pourtant construite. C’est le plus vieux bâtiment de la ville encore debout.

 

The « Gaol » of Alice Springs, 1915 & 2017

 

Les mineurs d’Artlunga déçus viennent s’installer à Stuart qui prend enfin son essor. La ligne de chemin de fer depuis Adélaide arrive en 1929 et la ville, enfin accessible, prend le nom officiel d’Alice Springs, en 1933.

Pendant la guerre, Alice Springs n’est qu’un gros bourg avec quelques milliers d’habitants. C’est le tourisme qui va considérablement accroître la population à partir des années 1960. Entre 1966 et 1969, 38 000 touristes affluent dans la ville, qui est un point d’entrée vers le désert rouge et ses monolithes célèbres. Entre 1985 et 2004, le flux de visiteurs ne stoppera pas : autour de 250 000 par an. En 2004, le chemin de fer est enfin prolongé jusqu’à Darwin, permettant à la ville un regain de communication et un accroissement touristique certain.

Alice Springs n’a pas beaucoup changé dans sa forme depuis 90 ans. Si l’on compare une photo de la ville en 1935 avec celle d’aujourd’hui, on constate l’importance de la Stuart Highway, nœud de circulation, autrefois en terre. La ville est toujours coincée entre les monts rocheux et ne s’est pas beaucoup agrandie. Le paysage de la ville depuis les hauteurs d’Anzac Hill est, en oubliant les apports modernes, le même.

 

Alice Springs, 1935 & 20173

 

La population travaille aujourd’hui principalement dans les secteurs du tourisme et du bâtiment. La ville est le lieu d’une forte immigration indienne et asiatique. Beaucoup de voyageurs européens y travaillent également le temps de quelques mois. Et c’est enfin la ville où le pourcentage d’Aborigènes est le plus important puisqu’ils représentent 20% de la population totale.

Beaucoup d’entre eux vivent en ville et dans les faubourgs d’Alice Springs, mais beaucoup d’autres vivent toujours dans les communautés reculées créées au XIXe siècle que l’on appelle les missions (Le Red Centre : Peuplement, Partie 2).

 

1 : Toutes les informations sont issues des panneaux explicatifs et des livrets de visites des sites des stations de télégraphes d’Alice Springs, de Tennant Creek et de Barrow Creek, du site d’Hermannsburg, mais également de la ville d’Alice Springs, de l’Australia Museum, du musée de Darwin et de l’Araluen Arts Centre d’Alice Springs.

2 : Toutes les photos en noir et blanc, sauf exception spécifiée, proviennent de l’exposition temporaire « A Frontier Journey : Photographs by Otto Tschirn 1915-1918 » qui se tient du 16 septembre 2017 au 14 février 2018 au Museum and Art Gallery of Northern Territory de Darwin.

3 : Photo « Alice Springs in 1935 », collections.museumvictoria.com.au

 

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11 Comments

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