Le Red Centre : Peuplement, Partie 2
Australie Un peu d'Histoire

Le Red Centre : Peuplement, Partie 2

Le pourcentage d’Aborigènes qui vivent à Alice Springs est l’un des plus élevés : ces derniers représentent environ 20 % de la population (voir le dernier article ici). Si ce nombre est important, ce ne sont pourtant pas dans les villes qu’ils sont majoritaires, mais dans les communautés éparpillées dans le Red Centre.

L’une de ces communautés est à la base du peuplement blanc dans le Red Centre : il s’agit d’Hermannsburg, à 130 kilomètres à l’ouest d’Alice Springs.

Le site d’Hermannsburg est traversé en 1873 par William Gosse, lors du voyage d’exploration au cours duquel est découvert Uluru. Le site est rapidement pensé pour servir de mission chrétienne. La volonté affichée était de convertir les populations aborigènes au Christianisme.

Deux pasteurs luthériens, Schwarz et Kempe, formés à l’institut d’Hermannsburg, en Allemagne, arrivent sur le site en 1877 et créent la mission sur les terres des Aborigènes Anandu.1

 

Hermannsburg, 19172

 

Une première église est construite dès 1880 et les contacts avec les Aborigènes, très dociles, se font facilement. Des chants chrétiens en langue Aranda sont chantés dans l’église et un livre d’instruction chrétienne dans la même langue est publié.

 

La seconde église d’Hermannsburg qui date de 1897

 

Au début des années 1880, Hermannsburg est la deuxième ville du Red Centre, avec une population blanche de 21 personnes.

La mission a néanmoins beaucoup de mal à évoluer, certaines voix discordantes se faisant entendre chez les Aborigènes. Les deux pasteurs luthériens font totalement fi des croyances fortes de ces peuples. De plus, le manque d’eau amène des maladies et les colons blancs abandonnent finalement la mission en 1893.

Celle-ci est rachetée l’année suivante par le Immanuel Synod, une congrégation luthérienne évangéliste installée en Australie du Sud. Le pasteur Carl Strelhow arrive sur place et reprend les choses en main. C’est lui qui va revitaliser la mission jusqu’en 1922.

Au contraire de ses prédécesseurs, il s’intéresse énormément aux peuples aborigènes et à leurs langues. Il est le premier à avoir traduit l’Ancien Testament en langue Aranda.

Il construit une nouvelle église en 1897. Il crée un hôpital et fonde une école pour les enfants aborigènes. Il débute un travail de documentation et de collection de données.

 

L’école de la mission d’Hermannsburg

La classe en 1917

 

Il réunit en fait une extraordinaire collection, qui sera complétée par son successeur, le pasteur F.W. Albrecht entre 1926 et 1952, comprenant :

  • plus de 1200 objets sacrés masculins utilisés pendant les cérémonies, ainsi que de la documentation sur ceux-ci ;
  • 26 heures de films d’actes cérémoniels ;
  • 150 heures d’enregistrements sonores de contes et de chants ;
  • 8000 photographies ;
  • 150 arbres généalogiques ;
  • plus de 50 journaux personnels.

 

La Strelhow Collection est aujourd’hui conservée au sein du Araluen Arts Centre à Alice Springs. Au regard du nombre de données, il s’agit en fait de la plus grande collection mondiale d’objets rituels issus d’un seul groupe de culture, et toujours utilisés. Les responsables du musée envisagent de demander une inscription de cette collection sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Des démarches ont été entreprises dans ce sens. Un problème existe pourtant. Les Aborigènes sont particulièrement protecteurs et nul, s’il n’est pas initié, ne peut approcher, toucher ni même voir ces objets. Seuls les hommes aborigènes initiés utilisent ces objets, aujourd’hui encore, pour des cérémonies.

 

Deux types de boomerang

 

 

Une pioche de pierre et de bois3

 

Grâce au pasteur Carl Strelhow, les hommes blancs et les Aborigènes cohabitent donc de manière paisible et amicale.

Le culte est célébré dans la tradition chrétienne mais avec un grand respect des croyances aborigènes, qui furent préservées de ce fait.

 

 

Une famille anglaise et une famille aborigène prêtes pour la messe

 

On peut aujourd’hui visiter Hermannsburg. On traverse d’abord les lotissements aux maisons numérotées, réservées aux Aborigènes. Environ 700 personnes vivent en ces lieux, dont 10 % de blancs. Au bout du bourg, on arrive sur le lieu de la mission historique entouré de murs et palissades. Tout est toujours en place et l’on fait comme un saut dans le temps. Passé l’accueil, situé dans l’ancienne boulangerie, nous voilà dans l’Australie du début du XXe siècle, au temps du Far West. Les bâtiments – presbytère, magasin des rations, quartier des servantes, maisons d’habitations, forge, ancienne tannerie, école et boucherie – forment un rectangle au centre duquel se trouvent l’église et la morgue.

 

Différents bâtiments de la mission historique d’Hermannsburg

 

Les bâtiments de ce lieu chargé d’histoire sont tous délabrés et mériteraient une restauration urgente. Le quartier des servantes tombe pratiquement en ruines, poutres apparentes et planchers percés.

 

Le quartier des servantes

 

Une église moderne est construite juste à côté de l’enceinte historique et des pasteurs aborigènes y officient de nos jours. Les terres d’Hermannsburg sont d’ailleurs la propriété de quatre peuples aborigènes qui s’en partagent la gestion.

Lorsqu’on déambule entre les bâtiments d’Hermannsburg, on plonge littéralement dans les photos d’Otto Tschirn. D’origine allemande, Otto est né en 1890 en Australie du Sud. Ses goûts pour le voyage et la photographie vont l’emmener à la découverte du cœur australien. Installés avec sa femme à Hermannsburg dès 1915, il prend des centaines de photographies et documente la vie du Red Centre entre 1915 et 19172.

 

Otto Tschirn

 

Il raconte par son travail l’absence de violence entre blancs et aborigènes. Il montre l’amour qui unit ces peuples et le partage qui s’effectue entre les hommes. Certaines photographies montrent des travaux physiques et une vie dans la mission qui n’est pas tous les jours facile.

 

Femmes aborigènes au travail

 

Hommes au travail

 

On y voit aussi (surtout) l’amitié qui unit les hommes, quelle que soit leur couleur de peau.

« Archie, Mac and Mick »

 

 

 

 

 

 

La vie à Hermannsburg : 1915-1918

 

Nous ne pouvons finir cette évocation de l’histoire du Red Centre sans parler d’Albert Namatjira. Nous avions parlé de la vie d’Albert Namatjira après avoir visité le musée de Brisbane. Nous avions dit qu’il avait été le premier artiste aborigène reconnu et qu’il est le premier aborigène à avoir obtenu la citoyenneté australienne en 1957. Albert Namatjira est un enfant du Red Centre, né à Hermannsburg. Ses aquarelles montrent son pays et nous font voyager dans ce centre rouge.

 

Photo d’Albert Namatjira en 19504

Aquarelle d’Albert Namatjira5

 

Ainsi s’achève la série d’articles sur l’histoire du Red Centre australien ; ce tableau vivant au mille couleurs qui – d’Alice Springs à Hermannsburg, en passant par les stations de télégraphes – nous fait aussi voyager dans le temps.

 

1 : Toutes les informations sont issues des panneaux explicatifs et des livrets de visites des sites des stations de télégraphes d’Alice Springs, de Tennant Creek et de Barrow Creek, du site d’Hermannsburg, mais également de la ville d’Alice Springs, de l’Australia Museum, du musée de Darwin et de l’Araluen Arts Centre d’Alice Springs.

2 : Toutes les photos en noir et blanc, sauf exception spécifiée, proviennent de l’exposition temporaire « A Frontier Journey : Photographs by Otto Tschirn 1915-1918 » qui se tient du 16 septembre 2017 au 14 février 2018 au Museum and Art Gallery of Northern Territory de Darwin

3 : Objets de la Strelhow Collection, Araluen Arts Centre à Alice Springs

4 : Photo d’Albert Namatjira, Hermannsburg photography collection, Harmannsburg

5 : Albert Namatjira, Haasts Bluff Country, 1956, Watercolour on paper, Araluen Arts Centre Collection

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