Le Vietnam, pays de propagande
Vietnam Vie nomade : Réflexion & Quotidien

Le Vietnam, pays de propagande

Le Vietnam est un pays complètement ouvert. Le tourisme y est massif. Pour obtenir un visa touristique de trois mois, nous n’avons attendu que 20 minutes à l’aéroport et payé 25 dollars.

Le coût de la vie étant très faible et la population très pauvre, le touriste fortuné est roi et se déplace à sa guise.

Pourtant le Vietnam n’est pas une démocratie. Depuis 1975, le pays est gouverné d’une main de fer par le seul et unique parti autorisé : le Parti Communiste. En muselant la presse, internet, l’opposition politique, l’administration et la population elle-même, ce parti place le Vietnam au rang des dictatures totalitaires.

Nous avons pu observer ce contrôle du gouvernement sur la population puisqu’une réelle propagande visuelle et sonore digne de l’ex URSS existe à tous les coins de rues.

Il faut savoir que le Vietnam a vaincu deux immenses empires l’un après l’autre, les Français en 1954 et les Américains en 1975. En résulte une force intérieure et une puissante fierté d’être Vietnamien. Cette fierté est utilisée pour la propagande étatique qui en est un écho.

 

Le culte de la personnalité d’Hô Chi Minh

 

 

 

Hô Chi Minh signifie « celui qui éclaire » en vietnamien.

 

Hô Chi Minh, le « dieu soleil »

 

Dès la fin de la guerre du Vietnam, celui qui a délivré le pays des envahisseurs occidentaux et qui est devenu président est érigé en héros. À sa mort en 1969, il devient un dieu.

Contre sa décision, la figure d’Hô Chi Minh est utilisée par le Parti Communiste qui engage un fervent culte de sa personnalité.

Hô Chi Minh voulait voir son corps résider en terre dans le village de sa famille. Il est en fait spolié de ses dernières volontés, sa dépouille est momifiée et est déposée dans un immense mausolée de marbre au cœur d’Hanoï. Celui-ci est un véritable lieu de culte, ouvert à certaines heures bien précises. Les visiteurs doivent adopter un code vestimentaire strict, avancer en file indienne sans jamais s’arrêter, se découvrir la tête, baisser les yeux et interdiction formelle de capturer quelconque image du corps.

Le mausolée est situé devant une large esplanade sur laquelle se déroulent les défilés militaires et une ligne jaune sur le sol montre la limite infranchissable par les touristes les jours de fermeture. Des soldats en arme nous rappellent à l’ordre.

 

Le mausolée d’Hô Chi Minh à Hanoï

 

Dans la rue, sur les billets de banque, dans les lieux officiels, dans les bars et les maisons, dans les transports en commun, le visage d’Hô Chi Minh est partout. Toujours souriant. Avec son visage émacié et sa longue barbichette, il ressemble au vieux sage du village qui possède l’expérience et le savoir. Staline était le petit père du peuple. Hô Chi Minh est le gentil grand-père.

 

Billets de banques à l’effigie d’Hô Chi Minh

 

Associé à son visage, des inscriptions qui ressemblent à ses citations indiquent des postures sociétales à adopter : les choses à faire et à ne pas faire.

L’exemple le plus concret est celui des écoles. Nous sommes allés dans certains des villages les plus reculés au nord du Vietnam, comme celui de Lao Va Chaì qui n’est accessible que par une petite sente de béton assez large pour laisser passer un scooter et sa remorque mais pas de voiture. Les maisons y sont tout bringuebalantes, en tôle, parpaing et bois. Pourtant au cœur du village trône l’école avec ses murs d’enduit beige et son toit de tuiles rouges. Cette école, comme toutes les écoles de tous les villages, reprend les formes et les couleurs basiques normalisées par le gouvernement.

 

Une école de village dans la province d’Hà Giang

 

Quel meilleur moyen pour le Parti Communiste d’éduquer la population au culte d’Hô Chi Minh et de divulguer la propagande du parti qu’au travers de l’Ecole ?

L’Etat finance donc la construction d’une école dans chacun des villages les plus reculés et y instille la propagande gouvernementale. L’image d’Hô Chi Minh est présente à l’entrée des établissements et les enfants se prosternent chaque matin devant elle. Tous les lundis matin, l’école entière se réunit sur le parvis devant la photo pour des odes au libérateur et des chants partisans. Partout, on voit Hô Chi Minh qui congratule les bons écoliers et qui porte dans ses bras des enfants patriotes. Ces images éculées ont été reprises de régimes antérieurs mais elles font toujours leur effet sur la jeunesse.

 

L’école de Lao Va Chai

 

Dans les classes, des images de propagande montrent Hô Chi Minh comme un professeur dictant les règles de bonne conduite et les bonnes mœurs.

 

Cinq enseignements pour les enfants et les adolescents : l’école de Khuoi Khon

 

Les voici :

1. Aime le pays. chéries tes amis.
2. Bien étudier. Bien travailler
3. Etre discipliné
4. Avoir une bonne hygiène
5. Etre modeste, honnête et brave

 

 

Les haut-parleurs

 

 

 

 

Dans plusieurs villes du nord du Vietnam, nous avons entendu des haut-parleurs diffuser de longues psalmodies en vietnamien. Nous n’y comprenions évidemment rien. Nous pouvons seulement dire qu’il s’agissait toujours de voix masculines, très monocordes, et diffusées très fort pour que la ville entière puisse entendre. Parfois, cela donnait l’impression d’une prière qui durait des heures.

Même si je m’étais douté qu’il s’agissait de propagande, c’est en faisant des recherches que j’ai compris ce qui était dit. Toutes les actualités sont annoncées par haut-parleur, ainsi que les devoirs du citoyen et les règles de conduite à respecter : « allez voter », « respectez Hô Chi Minh », « chérissez vos enfants », « une vraie famille c’est un homme et une femme ». Sont également dictées des citations pro-régime : « le Parti communiste est le grand parti des Vietnamiens », « la République du Vietnam n’est vivante que parce qu’elle est communiste »… Enfin, les habitants peuvent entendre des cours de gymnastiques ou des leçons de cuisine : « 1,2,3,4, expirez. 1,2,3,4, inspirez ».

Pour nous, il s’agissait d’un charabia que nous n’entendions même plus au bout d’un moment. Je n’ose imaginer ce que cela produit sur des Vietnamiens qui entendent les mêmes phrases tous les jours à heures fixes (très tôt le matin) depuis 1945.

 

 

Les panneaux de propagande

 

 

 

 

Là où la propagande est la plus visible, c’est sur les panneaux que l’on trouve partout en ville et dans les campagnes.

Chaque panneau est constitué d’une image associée à un texte. Leur analyse apporte beaucoup d’indices sur la manière dont le régime se glorifie. Ils expliquent aussi comment le parti contrôle les habitants.

Nous avons trouvé ces images de propagande absolument partout : dans les villes, devant les écoles, dans les campagnes, au milieu des montagnes, dans les musées, les lieux publics civils et militaires. C’est un déferlement d’images qu’en tant qu’historien j’ai pris un grand plaisir à décrypter. Petit florilège !

 

Premier élément : les hommes et les femmes

 

Le motif que l’on retrouve le plus souvent sur les images de propagande sont les hommes et les femmes habillés et fardés d’objets qui représentent les missions auxquelles ils sont assignés.

 

Dans les rues de Tan An. « Les cadres et les gens de Tan An sont déterminés à mener à bien leurs tâches socio-économiques et la sécurité nationale en 2018 »

 

Les femmes sont représentées la plupart du temps en ouvrières agricoles. Elles portent un foulard dans les cheveux et des épis de blé dans les bras. Parfois les femmes sont montrées avec des lunettes et un parchemin comme des lettrées, institutrices ou bibliothécaires.

Les hommes quant à eux sont militaires en uniforme et arme à la main, mécaniciens et ouvriers d’industrie avec casque, lunettes de protection et clé à molette, ou chercheurs lorsqu’ils portent un parchemin décoré du motif d’un atome.

On ne voit quasiment jamais un homme paysan et une femme militaire.

Lorsqu’une personne âgée est visible, elle porte des outils de jardinage pour montrer qu’elle continue d’entretenir parcs et jardins et de s’investir pour la société.

Les enfants sont représentés avec leur cartable et leur uniforme d’écoliers.

 

Devant une école à Hoi An. « Se développer rapidement, durablement et s’efforcer d’amener notre pays vers un pays industriel moderne »

 

Deuxième élément : la famille

 

Quand on montre une famille, il s’agit toujours d’un homme et de sa femme portant dans leurs bras un ou deux enfants. Lorsqu’il y a deux enfants, il s’agit bien sûr d’un garçon et d’une fille.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Voisins riches, beaux, agriculteurs et heureux »

 

Dans les campagnes du nord. « Avoir un ou deux enfants et bien les élever pour créer une belle population »

 

Troisième élément : les emblèmes du communisme

 

La couleur rouge du communisme, le drapeau du Vietnam rouge à l’étoile jaune ainsi que la faucille et le marteau communistes.

 

Dans la rue principale de Bac Me. « Créer l’émulation et faire de bonnes choses pour le Vietnam, une démocratie juste et civilisée »

 

Quatrième élément : les arrière-plans

 

Les motifs représentés montrent la volonté de développement du Vietnam et combien le pays avance. Très souvent ce sont des immeubles, des grues de constructions, des pylônes électriques, des infrastructures ferroviaires et portuaires.

 

A Bac Me. « Combattez, travaillez et étudiez »

 

On voit aussi beaucoup de trains, avions, bateaux, camions, voitures qui avancent tous dans le même sens. Dans les champs, on constate la modernisation agricole : moissonneuses-batteuses et tracteurs (en vérité, nous avons surtout vu des bœufs tirer des charrues en bois dans les rizières du nord). On peut voir aussi des employés travailler sur des ordinateurs.

 

A l’entrée du village de Mèo Vac. « Respecter le code de la route pour une plus grande sécurité et instaurer une culture du trafic »

 

A Bac Me. « Construire de nouvelles campagnes pour une belle et riche société civilisée »

 

 

L’exemple du Musée d’histoire militaire de Hanoï

 

 

 

 

C’est au musée de la guerre de Hanoï que nous avons vu la propagande d’Etat la plus importante et l’exposition historique la moins objective à laquelle nous aurons pu assister pendant notre voyage et nos études.

Le musée de la guerre est géré par l’armée vietnamienne. Nous avons donc eu notre lot d’affiches de propagande glorifiant l’armée du pays.

La plus représentative pour moi est celle qui montre trois fiers soldats saluant. En arrière-plan, on peut apercevoir un dieu vietnamien de la guerre victorieux sur son destrier. Le texte de l’image étant : « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi ». Ça a le mérite d’être clair.

 

Au musée de la guerre d’Hanoï. « Promouvoir la tradition de l’invasion du pays ennemi »

 

Au sein du musée en lui-même, tout est présenté selon un unique point de vue : le bon peuple du Vietnam qui a toujours résisté et vaincu les méchants envahisseurs.

Chaque objet, chaque arme, chaque drapeau et chaque portrait est illustré d’une légende de ce type : « cette arme a appartenu au grand camarade héros XXX et lui a permis de tuer le vil officier mécréant américain XXX ». La photo d’un combat est par exemple légendée ainsi : « Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre ».

 

« Le sud du Vietnam en révolte pour détruire les postes ennemis, tuer le diable pour libérer la terre »

 

« Submachine gun used by the hero Phan Dinh Giot, a soldier of the 5th company, 428th battalion, 41th regiment, 212nd division, to fight and he sacrified in the Him Lam outpost attack on March 13 1954 » / « Rifle used with other weapons to snipe and kill 30 French troops at strongpoint by Mr. Loc Van Thong, soldier of 165th regiment 312nd division in 1954 »

 

L’un des emblèmes du musée est le monticule formé par les débris d’avions français et américains abattus par les forces vietnamiennes. Voici comment il est présenté : « Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine ». Plus loin, un char vietnamien est surmonté d’une citation d’Hô Chi Minh : « Rien de plus que l’indépendance ».

 

« Débris des avions français et américains abattus par l’armée vietnamienne dans la résistance contre les français et dans la résistance contre la guerre de destruction au nord du Vietnam menée par l’armée américaine »

 

« Rien de plus que l’indépendance, Hô Chi Minh »

 

Le nombre d’américains tués, de chars capturés ou d’avions abattus est toujours mentionné tandis que les chiffres concernant les pertes vietnamiennes sont inexistants.

Fier de ses victoires successives, le Vietnam est présenté comme un pays s’étant uniquement défendu contre de vils envahisseurs, mais n’évoque jamais l’idée que c’est un pays qui a aussi attaqué.

Imaginons un jeune vietnamien en visite dans ce musée et face à cette présentation biaisée de l’histoire. Il ne peut retenir de sa visite qu’un sentiment de fierté d’être Vietnamien et de haine envers les peuples qui ont pu détruire son pays.

Le musée de la guerre est un parfait exemple de propagande utilisée pour glorifier un régime.

 

 

Conclusion : L’impact sur la population

 

 

 

 

Je ne saurais dire l’impact que cette propagande permanente a sur les populations, néanmoins les contacts que nous avons eu avec les locaux ont montré de grandes similitudes dans leur manière de vivre et qui semble résulter de la volonté affichée du Parti de contrôler le peuple.

Quasiment toutes les maisons arborent des drapeaux vietnamiens devant leurs portes, jusque dans les villages les plus reculés.

 

Dans la province d’Hà Giang

 

Toutes les maisons dans lesquelles nous sommes entrés ont un petit autel rituel au-dessus duquel trône la photo d’Hô Chi Minh entourée des photos des membres de la famille.

 

Dans une maison Lolo

 

Au côté de ces photos, nous trouvons toujours les diplômes remis par le Parti Communiste aux familles. Il s’agit de diplômes montrant qu’on est une famille modèle ou un père de famille exemplaire. Ces diplômes sont remis par les représentants locaux du Parti Communiste aux hommes des familles lors de cérémonies officielles et il est de très bon ton d’obtenir un de ces diplômes pour ne pas être accusé de traîtrise par le Parti.

 

Dans une maison de la province d’Hoang Su Phi

 

Enfin nous n’avons pas croisé de famille autrement constituée que d’un homme et d’une femme, obligatoirement mariés pour vivre ensemble et avoir des enfants. J’ai d’ailleurs un jour posé une question stupide à un couple : « Vous êtes mariés ? », l’un des convives de répondre « Bah oui forcément sinon ils ne vivraient pas ensemble… », et toute la tablée de rigoler en me prenant pour un drôle de personnage.

Malgré quelques questions, nous n’aurons jamais su la place qu’occupe Hô Chi Minh dans le cœur de ces gens. Est-ce une habitude d’avoir son portrait ou est-il considéré comme un membre réel de la famille ?

 

 

 

 

 

 

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