Les barrières de corail australiennes
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Les barrières de corail australiennes

La Grande Barrière de Corail (Great Barrier Reef) est un des lieux incontournables de l’Australie. Ses 2 300 kilomètres de long, ses faune et flore incroyables, en font le plus grand organisme vivant du monde, mais également un enjeu touristique pour l’Australie.

Peu le savent mais l’Australie compte une seconde barrière de corail, à l’opposé de la première, sur la côte ouest. Bien que plus petite avec ses 300 kilomètres de long au bord de l’Océan Indien, la Côte de Ningaloo (Ningaloo Reef) abrite elle aussi des trésors de biodiversité.

 

DESCRIPTION

 

La Grande Barrière de Corail

 

La Grande Barrière de Corail est très difficile à décrire tant elle est imposante.

Les 2 300 kilomètres se déroulent du sud de Gladstone jusqu’à la pointe nord du cap York. L’aire protégée est intégralement comprise dans l’Etat du Queensland. La Grande Barrière est composée d’environ 2 500 récifs. Les plus proches sont situés en zone de basse mer, non loin de la côte. Les plus éloignés se trouvent à 250 kilomètres du continent.

La Grande Barrière se situe à la limite du plateau continental. Certaines zones sont peu profondes tandis que d’autres plongent à 2000 mètres de profondeur.

En plus des 2 500 récifs, on peut compter près de 900 îles. Certaines sont de simples bancs de sables. D’autres sont de véritables îles végétalisées avec de nombreux reliefs. La plus haute de ces îles s’élève à 1100 mètres.

 

Green Island

 

Banc de sable situé dans la Grande Barrière de Corail

 

L’UICN, l’Union international pour la Conservation de la Nature, a relevé au début des années 1980 plus de 1 500 espèces de poissons, 400 espèces de coraux, 4000 de mollusques et 242 d’oiseaux. Sont connus également de nombreuses espèces « d’éponges, d’anémones, de vers marins, de crustacés ».

La particularité de la Grande Barrière de Corail – à la différence d’autres récifs coralliens comme ceux de la Mer Rouge ou de Micronésie qui ont autant de coraux – est qu’elle détient de très nombreuses espèces de mammifères marins. Le dugong, espèce menacée, ne s’alimente que dans les herbages marins de la Grande Barrière. S’y trouvent aussi deux espèces de tortues menacées, la tortue verte et la carette, et dont la Grande Barrière est, d’après l’UICN, « leur dernière place forte ».

Pour notre part, nous avons pu observer la Grande Barrière de Corail sous deux angles. Nous avons plongé au plus près des coraux, sur la zone située autour des îles Whitsunday. Nous avons également pu admirer les récifs depuis les airs, au large de Cairns.

Plage de Whitehaven

 

Les coraux que nous avons vus autour des îles Whitsunday n’étaient pas très colorés. Beaucoup étaient cassés par l’ouragan qui s’était abattu sur l’Australie quelques mois plus tôt. Beaucoup d’autres étaient tout blancs, car morts. Nous avons néanmoins pu observer de nombreux poissons mais toujours difficiles à photographier tant l’eau était sablonneuse et floue. Nous ne voyions pas très profond à cause de ce sable. D’après le commandant du bateau qui nous a amenés jusque sur les zones de plongée, l’eau n’est pas claire car très riche en plancton et en nourriture pour les coraux.

 

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Nous avons pu apercevoir entre autres une tortue, très timide, qui fuyait au loin dès que nous nous approchions un peu trop près d’elle.

Lors du survol de la Grande Barrière, nous nous sommes éloignés d’une cinquantaine de kilomètres seulement de la côte. Nous sommes passés au-dessus d’une dizaine de récifs et de deux îles dont la célèbre Green Island. L’un des récifs, Arlington Reef, semble petit de loin mais son survol dure plusieurs minutes tant il est étendu. L’eau bleue effleure parfois le sable blanc sur plusieurs hectares, et les nuances de vert qui en découlent sont fabuleuses. Ce survol de la Grande Barrière de Corail restera sans doute l’un des moments les plus marquants de notre voyage en Australie, pour la richesse des paysages et de ses contrastes.

 

Grande Barrière de Corail
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Grande Barrière de Corail
Grande Barrière de Corail

 

La Côte de Ningaloo

 

La Côte de Ningaloo se situe au niveau du littoral isolé de l’Australie-Occidentale, à la limite nord du Tropique du Capricorne. Deux climats s’y confondent donc : le climat tropical et celui tempéré.

Longue de 290 kilomètres, celle qu’on appelle « la petite barrière de corail » est en fait le récif proche du rivage le plus long du monde. A la différence de la Grande Barrière, la Côte de Ningaloo touche la côte. Les récifs les plus proches se trouvent à seulement 200 mètres du bord. Les plus lointains ne se trouvent qu’à 7 km. La profondeur de l’eau est elle aussi atypique : 5 mètres pour les parties les plus basses.

 

Lakeside, Cape Range National Park

 

Oyster Stacks, Cape Range National Park

 

La proximité directe de la côte crée une inter-connectivité directe des espaces marins et terrestres. Il est difficile de l’observer mais sous les terres arides du Cap Range existe un réseau de cours d’eau permanent constitué de près de 550 grottes, 180 ruisseaux et cinq lacs. Ceci crée un mélange terrestre/marin unique.

 

Lakeside, Cape Range National Park

 

La richesse sous-marine s’en ressent. On dénombre pas moins de 300 espèces de coraux, 738 espèces de poissons, 655 de mollusques, 600 de crustacés et 1000 espèces de plantes marines. On compte enfin 20 espèces de dauphins et 19 de requins. L’autre particularité de la Côte de Ningaloo tient au fait qu’elle est le lieu du plus grand rassemblement mondial de requins-baleines. On en dénombre entre 300 et 500 à la saison de reproduction.

Les plages de la Côte de Ningaloo sont aussi l’un des plus importants lieux mondiaux de ponte de tortues. On recense jusqu’à 10 000 nids chaque année.

 

Traces de tortues de mer venues pondre sur la plage

 

Une tortue de mer en train de pondre sur la plage

 

Nous sommes restés 5 jours sur la Côte de Ningaloo, à l’intérieur du Cape Range National Park, tant nous avons été émerveillés par les paysages somptueux que nous avons pu voir.

La végétation est très basse. Il n’y a quasiment pas d’ombre sur toute la surface du parc. Tout le long de la côte du Cap Range, les dunes de sable blanc plongent dans la mer bleu clair. De nombreux marsupiaux sautent au sommet des dunes ou se cachent dans les rochers des gorges environnantes.

Sous l’eau, les couleurs éclatent de mille feux tant l’eau est transparente. Chaque jour, nous avons pu nager avec des tortues qui n’en avaient rien à faire de nous et qui nous ont laissé les suivre plusieurs dizaines de minutes.

 

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Nous avons pu observer des requins, des raies beiges tachetées de points bleus. Les coraux sont également assez fascinants ; certains ressemblent à d’énormes choux-fleurs. D’autres, tentaculaires, se hérissent de pointes vertes et bleus.

Ce sont enfin les poissons tropicaux qui nous ont fait la parade tant ils étaient nombreux.

 

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La Côte de Ningaloo est une merveille qui restera elle-aussi gravée dans nos mémoires.

 


Uniques et magnifiques, ces deux barrières sont des écosystèmes fragiles qui peuvent disparaître à tout moment. C’est pourquoi elles sont protégées au titre de patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

 

PROTECTION A l’UNESCO

 

Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, les biens doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle. C’est la base de l’inscription. Ils doivent également remplir l’un des dix critères sélectifs. Et c’est le cas des deux barrières de corail.

Précisons que des dix critères, les six premiers concernent le patrimoine culturel, les quatre derniers concernent le patrimoine naturel.

 

La Grande Barrière de Corail

 

Les premières protections au titre du patrimoine mondial de l’humanité remontent à 1978. La Grande Barrière de Corail est l’une des plus anciennes puisque la protection date de 1981.

Des 1073 biens inscrits en 2017, la Grande Barrière de Corail est celui qui est le plus étendu avec 34 millions d’hectares protégés (348 000 km2).

C’est le gouvernement australien qui est à l’origine de la demande de protection. Il choisit d’ailleurs d’intégrer la totalité de la Barrière de Corail, pour en garantir l’intégrité et permettre de conserver à jamais cette notion de plus grand écosystème corallien vivant du monde.

Suite à un rapport positif de l’UICN (Union internationale pour la Conservation de la Nature), la candidature est acceptée et la Grande Barrière est inscrite sur la liste du patrimoine mondial selon 4 critères :

 

  • Le critère 7 : Représenter des phénomènes naturels d’une importance esthétique exceptionnelle. La Grande Barrière de Corail, qu’on la regarde sous l’eau ou depuis les airs est effectivement sublime et le critère 7 s’applique à plein.

 

  • Le critère 8 : être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre. C’est son étendue qui lui permet d’entrer dans ce critère. Sur 2 300 kilomètres, sont situés des récifs entre différentes lignes géologiques, à diverses distances de la côte et à toutes les étapes de développement.

 

  • Le critère 9 : être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans le développement des écosystèmes. La Grande Barrière est un écosystème vivant en perpétuelle évolution. Certains marqueurs au niveau des récifs ou de la calcification des coraux en sont la preuve scientifique évidente.

 

  • Le critère 10 : contenir des habitats naturels les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique. La faune est très importante quant à ce critère mais ce sont plus particulièrement les colonies de dugongs, de baleines et d’autres mammifères marins qui ont une importance cruciale.

 

 

La Côte de Ningaloo

 

La Côte de Ningaloo est inscrite beaucoup plus tardivement, en 2011.

La zone est bien plus restreinte puisque ce sont 604 500 hectares qui sont protégés.

Le gouvernement australien qui a déposé le dossier de candidature a une fois de plus voulu respecter l’intégrité de la Côte de Ningaloo en proposant l’inscription de la totalité de celle-ci.

L’inscription de la Côte de Ningaloo a été proposée selon trois critères (7, 8 et 10) mais, suite au rapport de l’UICN, la protection a été finalement acceptée selon deux d’entre eux :

 

  • Le critère 7 : Représenter des phénomènes naturels d’une importance esthétique exceptionnelle. C’est indéniable. Les coraux que nous avons observés sont d’une extraordinaire beauté. Les récifs sont luxuriants et colorés de toute part.

 

  • Le critère 10 : contenir des habitats naturels les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique. C’est évidemment l’incroyable faune de la Côte de Ningaloo qui a permis l’inscription. Plus particulièrement la présence des requins-baleines et celle des tortues.

 

 

 


 

MISE EN OEUVRE DE LA PROTECTION

 

La Grande Barrière de Corail

 

Dans le cas de la Grande Barrière de Corail, la mise en œuvre de la protection est délicate. Tout d’abord, l’aire inscrite par l’UNESCO se superpose avec le parc marin de la grande barrière de corail (GBRMP). Celui-ci est géré par le gouvernement australien. En sont extrait quelques zones côtières portuaires et le nord où les Indigènes du Détroit de Torrès continuent de s’alimenter en produits de la mer.

Différents rapports de protection ont été mis en place par le gouvernement australien depuis les années 1990, sans pour autant bloquer les développements des villes et des industries côtières.

Même si toutes les recommandations de l’UNESCO ont été suivies depuis les années 1980, la mise en œuvre de la protection, tant la zone est étendue, s’est toujours révélée difficile.

Tirant leçon des enseignements des 40 dernières années, le gouvernement australien a mis en place en 2015 le « Reef 2050 long term sustainability plan ».

Ce plan est synthétisé dans un document d’une centaine de pages et est accessible en ligne.

Il vise tout simplement la durabilité de la Grande Barrière de Corail jusqu’en 2050. Toute une série de mesures sont mises en place dès le début du plan. D’autres doivent l’être dans un futur très proche. La mesure la plus importante prise par le plan est par exemple le bannissement formel de tout dragage sous-marin au sein de la zone protégée. D’autres mesures visent à réduire l’expansion des ports, des zones de commerces et des zones touristiques. Ces mesures doivent avoir un impact sur la biodiversité, la santé de l’écosystème, la qualité de l’eau, tout en accédant à des bénéfices économiques et communautaires.

Sur le terrain, nous n’avons pas pu réellement observer d’éléments protectifs physiques.

 

La Côte de Ningaloo

 

Dans le cas de Côte de Ningaloo, la protection semble beaucoup plus poussée. Tout un maillage protectif existe depuis les années 1950.

La côte est classée sur la liste du patrimoine national et est protégée par la loi EPBC (Environment Protection and Biodiversity Conservation Act 1999). Cette loi fédérale est très restrictive et pose des règles strictes dans le cadre de la protection environnementale.

Le même espace de la Côte de Ningaloo est protégé par la loi sur la conservation des espaces sauvages de 1950, la loi sur le patrimoine aborigène de 1972, la loi sur l’aménagement et la conservation du territoire de 1984, la loi sur la protection de l’environnement de 1986 ou encore la loi sur le patrimoine d’Australie-Occidentale de 1990.

La Côte de Ningaloo est donc bien protégée et son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ne vient que renforcer les nombreuses lois déjà en place.

A la différence de la Grande barrière de corail, les eaux de Ningaloo appartiennent à 95 % à l’Etat australien et au gouvernement du Commonwealth à 5 %. La mise en œuvre de la protection est donc d’autant plus aisée.

Sur le site même, nous avons pu constater que les informations de protections sont très fournies. Toutes les brochures touristiques mentionnent les zones protégées et les consignes à respecter.

Différentes zones sanctuaires existent et sont très bien délimitées par des plots visibles dans l’eau et sur la plage.

 

 

Au sein des zones sanctuaires, toute forme de chasse et de pêche sous-marine est interdite. Dans le reste de la barrière, la pêche au harpon est autorisée mais nous trouvons partout placardées les affiches montrant les espèces de poissons qu’on peut pêcher et celles donc la pêche est interdite.

 

 


 

FAILLES ET DANGERS ?

 

Ces différentes protections sont mises en place pour tenter de sauvegarder ces écosystèmes fragiles. Pourtant, différentes failles existent et plusieurs dangers continuent de menacer ces deux barrières de corail.

Le danger majeur qui frappe ces écosystèmes vivants est l’homme et son action.

 

La Grande Barrière de Corail

 

Le cas de la Grande Barrière de Corail est connu et soulève de nombreuses questions au niveau international. Les scientifiques sont on ne peut plus clairs : la Grande Barrière australienne est en train de mourir. Pour certains, elle aura disparu à l’aube des années 2050, d’où ce plan de « durabilité » mis en place en 2015.

Un schéma montre le péril de cet écosystème. Au sud, là où la barrière est la plus éloignée de la côte, 1 % seulement des coraux est mort. Là où elle est la plus rapprochée de la côte et de l’homme, ce sont 67 % des coraux qui sont morts et 83 % sur certains points.

 

 

Ces coraux morts se manifestent par la couleur blanche qu’ils prennent, et ce blanchissement ne cesse de s’accentuer.

La faille majeure qui existe dans la protection est l’étendue astronomique du bien. L’UICN proposait d’ailleurs en 1984 de ne classer qu’une partie de la barrière pour en assurer une meilleure durabilité.

 

Coraux morts

 

Les deux dangers majeurs qui mettent la Grande Barrière en péril sont les exploitations touristiques et minières de la zone.

Il faut dire ce qui est, l’exploitation touristique de la Grande Barrière de Corail est une manne financière inégalable pour le gouvernement du Queensland et plus généralement pour l’Australie.

Il n’existe donc actuellement aucune régulation quant au nombre de bateaux qui peuvent se rendre sur les récifs, aucune limitation quant au nombre de touristes qui peuvent y poser les pieds et les palmes. Ce sont autant de litres d’essence déversés dans l’eau que de litres de crème solaire et de produits industriels apportés par les touristes.

Depuis son apparition sur la liste du patrimoine mondial, l’UNESCO liste chaque année les menaces qui pèsent sur la Grande Barrière. En 1985 n’apparaissaient que « les infrastructures de transports de surface ». Dès 1986 sont rajoutées les exploitations minières et les installations touristiques. Aucune des deux ne ressortiront de ces listes de menaces. En 2004, le « développement commercial » fait son apparition. Et la liste ne cesse de s’alourdir jusqu’à atteindre un nombre jamais égalé de 10 menaces.

Le second danger est évidemment l’industrialisation qui a lieu sur toute la bande côtière. Un rapport commandé par WWF en 2015 et intitulé « Great Barrier Reef Under Threat » indique que le Queensland désire accentuer l’exportation de charbon depuis ses ports et donc augmenter les infrastructures portuaires en draguant près de 51 millions de mètres cubes de sable et sédiments sous-marins.

 

Le site web de WWF

 

Et malgré ces dangers, l’UNESCO n’a pas reconnu la Grande Barrière de Corail comme étant menacée. Pour certaines associations de défense de l’environnement, c’est une victoire des lobbys politiques australiens, pour lesquels la Grande Barrière n’est qu’une source de revenus.

C’est ainsi qu’est rendu possible ce qui est à nos yeux l’un des plus grands scandales environnementaux actuels : la création de la mine Adani.

 

Gautam Adani est un industriel indien à la tête du groupe Adani, l’une des plus grosses entreprises mondiales de production d’électricité à partir de charbon.

En 2011, la groupe a acheté le port Abbot, en plein milieu du Queensland. Le projet lancé depuis 2014 est de faire de ce port un terminal d’exportation de charbon. La mine Carmichael liée au port deviendra la plus grande mine de charbon du monde.

Adani compte extraire près de 2.5 milliards de tonnes de charbon en une soixantaine d’années, soit 60 millions de tonnes par an. Le projet sera composé de 6 mines à ciel ouvert et de 5 mines souterraines, s’étalant sur 30 kilomètres le long de la côte. Le projet estimé à 21 milliards de dollars permettrait la création de 10 000 emplois pour les habitants du Queensland.

De ce fait, le projet est soutenu par le gouvernement australien et celui du Queensland qui sont prêts à financer Adani.

 

Campagne contre Adani lancée par Greenpeace

 

Ne voyant que les recettes financières, le gouvernement australien fait fi du désastre écologique que la mine Carmichael va créer.

En effet, 250 litres d’eau de source sont nécessaires par tonne de charbon récoltée. Le gouvernement du Queensland a donc délivré une licence spéciale pour l’extraction illimitée des eaux fossiles du grand bassin Artésien. Ce sont donc 12 milliards de litres d’eau de source qui vont être puisés chaque année.

De plus, le charbon brulé lors du raffinement créera une pollution en CO2 inégalée dans le monde. On parle de 77 millions de tonnes de CO2 chaque année.

Enfin, le terminal pétrolier construit directement sur la Grande Barrière de Corail doit être agrandi pour permettre l’export annuel des 60 millions de tonnes. Le projet Adani prévoit d’ailleurs le creusement d’un chenal au travers des récifs de coraux pour permettre le passage des bateaux ; nous parlons bien de la destruction pure et dure de centaines de mètres carrés de corail.

Cette mine est bien évidemment un énorme danger pour l’environnement. Les scientifiques évoquent un réchauffement de l’eau de 1.5 à 3 degrés en 5 ans, et c’est ce réchauffement qui entraîne le blanchissement des coraux. Sans parler des pollutions. Lors du cyclone Debbie qui a frappé la côte est du Queensland au début 2017, plusieurs milliers de tonnes de charbon ont été déversés accidentellement dans la mer et la région des Wetlands. Adani a été condamné à payer une amende de 12 000$ pour avoir « pollué la Grande Barrière de Corail ».

Qu’est-ce que cette ridicule amende mise à côté des milliards que va gagner Adani ? L’opposition internationale se dresse contre ce projet qui semble n’aller que de l’avant.

Les premiers mots du Reef 2050 long term sustainability plan, document du gouvernement australien, sont :

“Australians are passionate about the Great Barrier Reef.

It is one of the world’s greatest natural assets.

Our vision is to ensure the Great Barrier Reef continues to improve on its Outstanding Universal Value every decade between now and 2050 to be a natural wonder for each successive generation“.

Comment ce même gouvernement peut-il permettre la mine Adani ?

 

La Côte de Ningaloo

 

Le long de la côte de Ningaloo les dangers sont moindres. Peu de constructions humaines, aucun village.

Le tourisme est également limité. Il n’est possible d’accéder aux zones coralliennes qu’à deux endroits : le Cape Range National Park et Coral Bay. Tous deux sont situés le long de zones sanctuaires où la réglementation est forte.

Dans le Cape Range National Park, quelques campings sont ouverts, mais aucune possibilité de prendre une douche et aucun accès à l’eau potable n’existent. L’offre touristique « tout confort » qu’on trouve sur la côte est n’est pas possible sur Ningaloo.

Des tours organisés sont prévus pour aller au contact des requins baleines lors de leur présence sur le site. Là encore, les sorties en mer sont régulées et les règles sont très précises quant à l’approche des animaux.

A la différence de la Grande barrière de corail, aucune extraction industrielle de charbon ou de gaz n’a lieu à proximité de la zone protégée. Les rejets sont donc minces.

Il n’existe pas vraiment de failles dans la protection de la Côte de Ningaloo. Nous avons relevé pourtant quelques points étranges. Premièrement, même en zone sanctuaire, l’accès en bateau à moteur est autorisé, alors même que les coraux sont parfois à fleur d’eau et peuvent facilement être détruits. De plus, s’il n’est pas permis de chasser au harpon dans les zones sanctuaires, mais c’est autorisé en dehors. Parce qu’il est bien connu que les poissons respectent les lignes imaginaires des bornes posées sur la plage !

Les dangers liés aux changements climatiques sont néanmoins existants, comme partout ailleurs dans le monde. L’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) parle d’une probabilité de 60 % d’un blanchissement dans les 10 prochaines années.

Le climat si particulier de la Côte de Ningaloo et le réchauffement de l’eau de 1 à 3 degrés depuis 2011, a tout de même provoqué, sur certaines zones très précises, la mort de près de 80 % des coraux adultes.

Si l’homme est peu présent le long de cette côte, l’impact humain mondial et global la met pourtant en danger.


 

 

Si l’on veut conserver un patrimoine naturel aussi riche que celui que l’on a pu voir, il faut rester conscient que la présence humaine et touristique a un impact. L’UNESCO apporte une protection, mais aussi une notoriété aux biens classés et donc un tourisme plus important. Entre tourisme et conservation, va-t-on finir par devoir choisir ? Si la Grande Barrière de Corail semble vouée à la disparition, ne vaut-il pas mieux que la Côte de Ningaloo, encore peu visitée, reste inconnue ? Un petit plaisir égoïste peut avoir de bien plus grandes conséquences que ce que l’on peut imaginer…

 

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