Les Tropiques humides du Queensland
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Les Tropiques humides du Queensland

Les Tropiques humides du Queensland : un nom un peu barbare qui désigne de splendides forêts situées sur la côte est de l’Australie. Les forêts s’étendent sur près de 9000 km2 le long de la côte de Townsville à Cooktown, dans le nord-est de l’Etat. Classées au patrimoine mondial de l’humanité pour leur faune et leur flore exceptionnelles en 1988, ces forêts tropicales ont aussi été ajoutées à la liste australienne du patrimoine national en 2007.

 

The Curtain Fig Tree

 

Pourquoi ces forêts ont-elles été classées ?

Les forêts des Tropiques humides du Queensland ne constituent que 0,2 % du territoire australien, mais regorgent de merveilles.

 

Tout d’abord, leur beauté est spectaculaire. Elles offrent des paysages variés comprenant des montagnes, des gorges, des cours d’eau et des cascades. Les randonnées qui parcourent les parcs des Tropiques humides nous ont souvent menés à des points de vue à couper le souffle. Au nord de Cairns, la jungle verdoyante rejoint des plages de sable blanc, formant un paysage côtier sublime et sauvage.

 

La jungle de Cape Tribulation

 

Au-delà de ces spectacles pour les yeux, les forêts possèdent un attrait scientifique indéniable. Ce sont en effet les plus anciennes forêts humides du monde, qui ont subsisté sans interruption depuis des millions d’années. Elles sont pour l’essentiel restées intactes depuis l’ère gondwanienne, lorsque l’Australie était encore rattachée au supercontinent Gondwana. La grande forêt du Gondwana recouvrait l’Australie et une partie de l’Antarctique. Les forêts des Tropiques humides en constituent les vestiges et offrent ainsi un témoignage vivant de l’évolution des plantes depuis 50 à 100 millions d’années, ainsi que des animaux. Les espèces de marsupiaux sont issues des écosystèmes des forêts ombrophiles et les Tropiques humides abritent encore les descendants directs de ces espèces.

 

Les palmes du Djiru National Park

 

Plus qu’un témoignage de l’évolution des espèces, les Tropiques humides abritent aujourd’hui une biodiversité exceptionnelle. La diversité végétale et animale est très élevée dans cette région avec plus de 3000 espèces de plantes, 107 espèces de mammifères, 368 espèces d’oiseaux, 113 espèces de reptiles et 51 espèces d’amphibiens[1]. Il faut noter aussi que beaucoup de ces espèces sont endémiques et ne vivent que dans ces forêts. Malheureusement, certaines de ces espèces sont menacées.

 

Comment les Tropiques humides sont-ils gérés ?

Depuis 1990, le gouvernement australien et le gouvernement du Queensland travaillent en collaboration pour financer et gérer les Tropiques humides. Un accord a été signé cette même année afin de prévoir les modalités de ce dispositif. C’est ainsi qu’a été créée la Wet Tropics Management Authority, chargée de la gestion des forêts des Tropiques humides.

 

Le site officiel de la Wet Tropics Management Authority

 

Deux lois – le Wet Tropics Act et le Wet Tropics of Queensland World Heritage Conservation Act – ont aussi été prises en 1993 et 1994 pour aider l’Australie à respecter la Convention du patrimoine mondial et pour mettre en œuvre les modalités de l’accord de 1990. Aux termes de ces lois, la Wet Tropics Management Authority doit remettre chaque année au Parlement du Queensland et à celui du Commonwealth un rapport sur l’état des Tropiques humides.

 

Depuis 1998, un plan de gestion des Tropiques humides vient réglementer les activités qui pourraient avoir un impact négatif sur les forêts. Le plan prévoit un système de gestion des demandes d’autorisation et les sanctions applicables en cas d’infraction, qui peuvent être très sévères.

 

Il faut aussi souligner que le Wet Tropics Act reconnaît le rôle que les Aborigènes peuvent être amenés à jouer dans la gestion de ces forêts. En 2005, un nouvel accord prévoit ainsi la gestion coopérative des Tropiques humides par les gouvernements d’Australie et du Queensland, la Wet Tropics Management Authority et 18 tribus aborigènes de la Forêt humide. Est institué le conseil consultatif des Aborigènes de la Forêt humide et deux Aborigènes sont nommés administrateurs au sein de la Wet Tropics Management Authority. Le rôle des Aborigènes est ainsi officiellement reconnu et les tribus peuvent être partie prenante de la gestion des terres qu’elles chérissent par-dessus tout.

 

 

Notre tour des Wet Tropics

15 % des Tropiques humides sont constitués de parcs nationaux. Ils comptent aussi plus de 700 aires protégées, incluant des terrains détenus par des particuliers. Au cours de notre voyage, nous avons pu, de Townsville à Cape Tribulation, découvrir quelques-uns de ces parcs nationaux.

 

Le Girrigun National Park abrite la plus haute cascade d’un seul tenant de toute l’Australie, les Wallaman Falls. Les cascades descendent d’abord sur quelques étages avant la chute de 268 mètres de haut. Au total, l’eau tombe sur une hauteur de 305 mètres. Très impressionnante, la chute d’eau remplit un bassin d’une vingtaine de mètres de profondeur. Il est possible d’admirer la cascade depuis un promontoire situé tout en haut de la gorge.

 

Les Wallaman Falls

 

On peut aussi descendre à pied jusqu’au bassin, ce que nous avons fait. La randonnée est dangereuse (voir les panneaux qui mettent en garde : « People have died here », très rassurants). Elle descend le long de la falaise sur plusieurs kilomètres, et le chemin, bitumé sur les premières centaines de mètres, est parfois difficilement praticable, boueux et instable par endroits à cause de rochers en équilibre. Lorsque nous sommes arrivés près du bassin, nous avons eu la chance d’admirer un double arc en ciel dans la brume d’eau de la cascade.

 

Le bassin au pied des Wallaman Falls

 

Le parc constitue aussi l’habitat naturel de nombreuses espèces comme les ornithorynques, les dragons d’eau australiens, les tortues, les rat-kangourous musqués ou encore les casoars. Malgré une nuit de camping en plein coeur du parc, nous n’aurons rien vu de tout ça !

 

Le fameux panneau « Attention aux casoars » !

 

Le Tully Gorge National Park offre un autre type de paysage. Une petite randonnée descend tranquillement jusqu’à une rivière. Il est possible de la traverser en sautant sur les rochers émergés afin de se rapprocher de la gorge. Là, on peut se tenir tout au bord du précipice, où la vue est à couper le souffle. Le ravin est très impressionnant, et trois falaises escarpées descendent à pic en forme de dents de scie. Une rivière serpente tout au fond de la gorge, il est d’ailleurs possible d’apercevoir le filet d’eau en s’approchant du bord. Les personnes qui souffrent du vertige comme moi n’oseront peut-être pas aller jusque là.

 

Le parc abritait auparavant la plus haute cascade d’Australie. Mais le barrage Koombooloomba construit dans les années 1960 afin d’alimenter la station Kareeya a entraîné l’assèchement complet de la chute d’eau. Lors de notre passage en plein mois de juillet, il n’y avait donc pas de cascade à voir, celle-ci ne reprenant son débit initial que pendant la saison des pluies.

 

Le Tully Gorge National Park

 

Le Mount Hypipamee est un autre parc faisant partie des Tropiques humides. Deux petites marches mènent d’abord à un lac formé dans un cratère de volcan puis à des petites cascades. Les randonnées sont bitumées pour permettre aux personnes à mobilité réduite d’accéder à ces sites.

 

Le cratère, entourée de végétation, n’est à première vue pas très impressionnant. La surface de l’eau est pourtant à 58 mètres au-dessous de la plateforme d’observation. Nous ne pouvons pas le voir, mais le puits d’eau s’enfonce encore de 73 mètres en-dessous de la surface du lac. Le cratère de volcan atteint donc une profondeur totale de 131 mètres !

 

Le cratère du Mont Hypipamee

 

D’ailleurs, la route qui part d’Artheton et qui permet d’accéder au Mount Hypipamee National Park serpente entre les collines des Atherton Tablelands et on constate bien que l’on est au coeur d’une ancienne région volcanique.

 

Vue sur les Atherton Tablelands

 

Situés également dans les Atherton Tablelands, le Wooroonooran National Park, le Barron Gorge National Park et le Millstream Falls National Park sont trois autres parcs inscrits dans la région des Tropiques humides du Queensland.

 

Le premier est l’un des plus grands parcs du Queensland, mais dont la majeure partie n’est pas accessible au public. Malgré tout, quelques chemins de randonnée offrent des paysages diversifiés, allant de la fameuse Walshs Pyramid à des points de vue sublimes sur la forêt en passant par des cascades dissimulées dans la végétation.

 

                      Walshs Pyramid

 

Crawfords Lookout, Wooroonooran National Park

 

Wallicher Falls, Wooroonooran National Park

 

Le deuxième est resté célèbre pour sa ligne de train qui relie Cairns à Kuranda, en plein coeur des Tropiques humides. La voie ferrée, complétée en juin 1891, est longue de 37 km. C’est en juillet 1882 que débutent les recherches sur une voie pour relier la côte au plateau d’Atherton. Christie Palmerson, un explorateur, est alors envoyé dans la région afin de trouver une route appropriée. Il explore les gorges de la Barron ainsi que d’autres vallées de la région et définit plusieurs options possibles. Après deux ans d’études, le gouvernement opte finalement pour installer la voie ferrée depuis Cairns en traversant les gorges de la Barron. Le chantier de construction débute en 1886 et réunit 1500 ouvriers. De nombreux villages sont construits tout le long de la voie afin d’accueillir les travailleurs et leurs familles.

 

Les cascades de la Barron

 

Aujourd’hui, le « Kuranda Scenic Railway » n’offre plus qu’un service touristique. Il suit le chemin emprunté par le Serpent Arc-en-Ciel Gudju Gudju. Selon la légende de la tribu aborigène Djabugay, le Serpent Arc-en-Ciel, venu de la mer, aurait voyagé dans cette région sous la forme de Budadji, un python. Il échangeait ses écailles contre le matériel dont il avait besoin pour vivre, comme des sacs traditionnels aborigènes (dilly bags). Son lieu de repos aurait été une île de la Grande Barrière de Corail, Double Island, située au large de la côte. C’est par son voyage qu’il aurait créé tous les cours d’eau, rivières et cascades, et il donna des noms à la plupart des endroits où il se rendit. Arrivé dans les cascades de la Barron, il se fait finalement tuer par les hommes émeus, événement qui entraîna la première mousson dans la région.

 

Sous l’épaisse canopée de la forêt, le parc abrite également des chemins, créés en premier lieu par les Djabugay le long des routes autrefois suivies par leurs ancêtres. Ce sont ces mêmes chemins de randonnée qui jalonnent aujourd’hui le Barron Gorge National Park. Le beau temps n’était malheureusement pas au rendez-vous lorsque nous avons visité le parc, mais la brume qui recouvre les monts donne un autre charme au lieu.

 

Barron Gorge National Park

 

Nous parlions précédemment de la plus haute chute d’Australie. Dans les Tropiques humides, on trouve également la cascade d’un seul tenant la plus large d’Australie, plus précisément dans le Millstream Falls National Park. Le parc est divisé en deux parties : d’un côté la « grande » cascade, et de l’autre les « petites » (Big Millstream Falls et Little Millstream Falls).

 

Big Millstream Falls

 

Little Millstream Falls

 

Le Paluma Range National Park vaut également le détour pour ses petits cours d’eau au cœur de la forêt, comme à Little Crystal Creek. Un pont construit dans les années 1930 enjambe la rivière et apporte une atmosphère romantique au lieu. La construction des 18 kilomètres de route et du pont ont permis, pendant la Grande Dépression, d’employer des chômeurs. S’ils étaient célibataires, ils étaient employés pour 6 semaines, et 10 semaines s’ils étaient mariés. Il a fallu compter deux années de chantier pour finir le pont. Aujourd’hui, c’est le seul pont en béton encore en service dans le Queensland.

 

Le pont de Little Crystal Creek

 

Au sein de ce parc, ce sont surtout les Jourama Falls qui nous ont marqués. Un point de vue surélevé, accessible par un petit chemin de randonnée, offre une vue splendide sur les chutes. L’eau cascade sur les rochers et forme de petits bassins dans les creux de la montagne. Plus loin, il est possible de remonter une partie de la rivière jusqu’au pied des cascades, en suivant les courbes encaissées du ravin. Cette marche a été l’une des plus belles que nous ayons suivies. Seuls les centaines de moustiques voraces auront un moment gâché la balade.

 

Les Jourama Falls

 

Enfin, arrivés à Cape Tribulation, nous avons découvert le parc national de la forêt de Daintree. C’est une des jungles primaires les plus sauvegardées et les mieux conservées d’Australie. Les randonnées se font sur des chemins de terre glaise rouge et boueuse. Les cours d’eau ruissellent entre la végétation. Celle-ci est tellement dense que le soleil perce difficilement la frondaison.

 

La Daintree Forest

 

Nous sommes parfois dans un décor digne de films d’Indiana Jones, de Jurassic Park ou encore de King Kong. Nous avons visité la Daintree Forest lors de journées mi-soleil mi-brume et les monts ont joué à cache-cache avec nos appareils photos.

 

La Daintree Forest

 

La Daintree River, qui serpente au sein de la Daintree Forest, abrite par ailleurs une population de crocodiles, que l’on peut découvrir en remontant une partie de la rivière en bateau. Nous avons préféré opter pour un tour qui n’incluait pas d’attirer ces animaux avec de la viande pour les faire sauter hors de l’eau. Notre croisière a simplement consisté à s’approcher doucement des crocodiles qui dormaient sur les rives pour pouvoir les observer sans les déranger.

 

Les crocodiles de la Daintree River

 

La Forêt de Daintree est le seul site classé au patrimoine mondial de l’humanité qui touche un autre site de l’UNESCO : la Grande Barrière de corail. A cet endroit, la jungle rencontre la plage, évoquant des paysages complètement sauvages. D’ailleurs le dernier film de la saga Pirates des Caraïbes a été tourné en partie dans cette région du Queensland.

 

Cape Tribulation

 

Les photos parlent d’elles-mêmes : les paysages que nous avons vus au sein des Tropiques humides du Queensland sont tout simplement grandioses. Les centaines de plantes à observer, les craquements sur les chemins au cœur de la forêt, le chant des oiseaux si particuliers en Australie, les randonnées à la recherche des casoars dissimulés dans la végétation… On en garde des souvenirs que l’on n’est pas prêts d’oublier.

 

 

[1] « Tropiques humides de Queensland » [En ligne] http://whc.unesco.org/fr/list/486/

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