Or et charbon : L’exploitation des richesses de l’Australie
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Or et charbon : L’exploitation des richesses de l’Australie

L’Australie est un pays jeune, fondé au XIXe siècle à partir de colonies pénitentiaires (la Nouvelle-Galles du Sud et le Queensland notamment) et de colonies dites libres comme l’Australie-Méridionale ou le Victoria. C’est à cette époque que débute l’exploration du continent par les Européens.

 

En 1851, Edward Hargraves est le premier à découvrir une pépite d’or en Nouvelle-Galles du Sud. C’est le début de la ruée vers l’or. La population du pays s’accroît rapidement, les mines d’or de Californie étant en train de s’épuiser à la même époque. Les chercheurs d’or viennent nombreux en quête du précieux métal. Avec le développement des colonies libres, l’accroissement de la population et la mise en place d’une nouvelle société constituée d’hommes libres et non plus de bagnards, il devient important pour le pays de devenir plus autonome : c’est la première fois qu’émerge un sentiment national.

 

Dans la région de Gloucester où nous sommes passés, plusieurs mines d’or ont ainsi été ouvertes. Après des inondations majeures ayant dévasté la Hunter Valley, des familles sont contraintes de s’installer dans les montagnes et entreprennent des activités agricoles et de bûcheronnage. C’est ainsi qu’en 1875 des bûcherons découvrent les premières pépites d’or de la région.

 

Les premiers chercheurs d’or s’installent le long de la rivière Back Creek, où ils sont obligés de pratiquer la déforestation et de niveler le terrain pour pouvoir construire de petites habitations rudimentaires dans lesquelles ils vont vivre. Ces habitations formeront au fil des ans la petite ville de Copeland, bientôt rattachée à Gloucester par une route et pourvue d’un post office puis, en 1878, de quelques rues, d’une école, d’une église, d’un commissariat, etc. A cette époque, le village est habité par 1000 âmes environ.

 

Les familles de Copeland ne vivent pas que de l’or trouvé dans les mines, mais diversifient leurs activités dans les plantations, les fermes ou encore l’exploitation du bois, notamment du cèdre rouge que l’on trouve dans les forêts alentours. En 1913, Gloucester (15 kilomètres à l’est) devient le centre de la région avec l’arrivée du North Coast Railway. Cette transformation associée au déclin des mines d’or amènent progressivement les gens à quitter le village de Copeland. Aujourd’hui, la forêt a entièrement repris ses droits sur le site.

Le lit de la Back Creek asséché

 

Le déclin des mines d’or des Copeland Tops est majoritairement dû à des problèmes hydrauliques. D’une part, l’eau de la rivière était impropre à la consommation à moins d’être filtrée, et ne pouvait donc pas être utilisée par les habitants du village. D’autre part, les machines qui servaient à écraser les roches et séparer l’or fonctionnaient avec de la vapeur et devaient donc être constamment approvisionnées en eau. La rivière Back Creek pouvait connaître d’importantes périodes de sécheresse, pendant l’été notamment, ce qui empêchait les mineurs de travailler. Des tonnes de roches pouvaient attendre des mois avant d’être écrasées. A l’inverse, creuser des mines impliquait souvent, au fur et à mesure de leur extension, d’atteindre la nappe phréatique : il était alors nécessaire d’évacuer l’eau pour pouvoir continuer à forer. Beaucoup de mines des Copeland ont dû fermer car l’installation des machines nécessaires à l’évacuation de l’eau aurait été trop coûteuse.

 

Dans les Copeland Tops, il est encore possible de voir les mines. Le chemin de randonnée que nous avons suivis nous a directement amenés jusqu’à la Hidden Treasure Mine (Mine du Trésor caché), exploitée dans les années 1890. C’est en creusant toujours plus profondément que les mineurs ont fini par atteindre la nappe phréatique. Pour continuer l’extraction de l’or, les mineurs ont dû changer de base et s’installer dans la vallée et non plus sur le haut de la colline. Un tunnel souterrain a été creusé pour évacuer l’eau directement dans la vallée. Ces tunnels, installés dans plusieurs mines, notamment les Hidden Treasure Mine et Mountain Maid, se sont révélés moins coûteux et plus pratiques que les machines normalement installées au-dessus de la mine pour pomper l’eau.

 

Malheureusement, si les mineurs espéraient trouver de l’or dans les niveaux les plus bas de la Hidden Treasure Mine, celle-ci a maintenu dissimulés tous ses trésors car elle n’a pas produit autant d’or que les autres mines des Copeland, notamment la Mountain Maid. En effet, de 1876 à 1886, plus de 5000 tonnes de minerais sont écrasés pour produire 9500 onces d’or alors que les prospecteurs de la Mountain Maid ont pu trouver la même quantité d’or en écrasant seulement 1900 tonnes de minerais !

The Hidden Treasure Mine

 

Sur le chemin, on peut apercevoir un ancien boiler (chaudière à vapeur), qui servait à écraser de grandes quantités d’or grâce à la vapeur d’eau. A l’origine, il était installé près de la Criterion Mine puis a été plus tard déplacé par 40 taureaux sur le site de la Hidden Treasure Mine où il est resté.

 

L’ancien boiler

 

A la même époque se développent d’autres industries, donc celle du charbon. Les hommes libres souhaitent s’enrichir et exploiter les richesses de ce nouveau continent. C’est le cas de John Britty North, le fondateur de la société The Katoomba Coal Mine (La Mine de charbon de Katoomba), qu’il crée en 1878. Après s’être installé dans les Montagnes Bleues dans les années 1870 et avoir prospecté dans la vallée Jamison, il ouvre la première mine de charbon juste sous l’Orphan Rock. La légende raconte qu’il aurait fait extraire un bloc de charbon de 200 kg à la main. Quelques hommes l’auraient soulevé et remonté de la vallée sur plus de 200 mètres pour pouvoir le montrer à l’Exposition internationale de 1879 à Sydney. Il est dit que c’est sa compagnie qui fournissait le New South Wales en charbon.

 

Au total, environ 40 mines sont ouvertes à différentes périodes dans la région de Katoomba, la dernière ayant fermé à la fin des années 1930.

 

L’empreinte laissée par les mineurs est toujours visible aujourd’hui dans les Montagnes Bleues : on peut toujours voir les anciennes mines et les tunnels creusés dans les falaises pour exploiter le charbon.

Une mine de Katoomba

 

Certaines randonnées suivent d’ailleurs les tracés d’anciens sentiers utilisés par les mineurs. C’est le cas de la randonnée que nous avons parcourue, partant des Golden Stairs pour rejoindre le Ruined Castle, situé de l’autre côté de la vallée Jamison. La randonnée s’enfonce dans la forêt en suivant l’ancienne voie utilisée par les chevaux lorsque les mines étaient encore exploitées. Contrairement à ce que son nom indique, le Ruined Castle n’est en rien un château en ruines. Il s’agit d’un amas de rochers qui se sont effondrés sur eux-mêmes à cause de l’érosion ; de loin, ils ressemblent à un vieux château.

Le Ruined Castle

 

Les mineurs effectuent un travail pénible. Un garçon peut commencer à suivre son père à la mine dès l’âge de 14 ans. A l’issue de trois années de travail avec un mineur expérimenté à l’intérieur et autour de la mine, le jeune homme pourra être considéré comme un mineur à part entière. Certaines tâches sont dangereuses et de nombreux mineurs ont perdu des doigts en voulant bloquer les roues des bennes à charbon par exemple. Les mineurs sont aidés de poneys qu’ils considèrent comme leurs compagnons de travail. Ces derniers transportent les bennes vides et pleines sur les rails.

Les rails sont d’ailleurs encore visibles dans les Montagnes Bleues. Le « scenic railway », aujourd’hui une attraction fort appréciée des touristes, est un reliquat de l’exploitation minière dans la région. Ces rails de train avaient été construits à l’origine pour remonter le charbon au sommet de la falaise depuis une mine située dans la vallée Jamison. Avec ses 52 degrés, il s’agit de la voie ferrée la plus raide du monde, longue de 415 mètres et descendant sur plus de 200 mètres de dénivelé. Une véritable montagne russe !

Le Scenic Railway

 

 

La construction a commencé au début des années 1880 et est achevée en 1882. Les rails étaient empruntés au départ par de simples bennes transportant le charbon. Les week-ends, les visiteurs utilisaient ces mêmes bennes pour rejoindre la vallée. Afin de satisfaire la demande des touristes qui voulaient bénéficier d’un moyen de transport plus confortable, la compagnie The Katoomba Coal Mine décida de construire un véritable train, appelé à l’époque le Mountain Devil.

 

 

Les rails passent au travers d’un tunnel naturel situé dans la falaise, juste en face de l’Orphan Rock. Les passagers du train peuvent toujours apercevoir, à l’intérieur du tunnel et le long de la falaise, des roches et sédiments remontant au Trias et au Permien (entre 250 et 205 millions d’années et entre 300 et 250 millions d’années), plus vieux que les dinosaures !

 

L’exploitation minière de l’Australie fait partie intégrante de l’histoire du pays et certains parcs nationaux font tout pour mettre en avant les restes de cette époque. Les chemins de randonnées sont jalonnés de panneaux expliquant le mode de vie des mineurs et par quels moyens étaient extraits les matériaux. Ce patrimoine est conservé et protégé : dorénavant, les mines sont fermées aux visiteurs et seules certaines sont accessibles à condition d’être accompagné d’un guide.

 

 

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