L’Outback
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L’Outback

Lorsque nous étions sur la côte est, nous avons passé une soirée en compagnie d’une dizaine d’Australiens. Deux d’entre eux, deux filles, venaient de Townsville. Lorsque nous leur avons demandé si elles étaient déjà allées sur la côte ouest et dans le désert, l’une d’elles a répondu « Non jamais. Pour quoi faire ? il n’y a rien à voir dans le désert ».

Nous venons de passer trois mois dans l’Outback et dans ce grand « rien » que l’on a tendance à décrire, il y a en fait beaucoup de choses.

 

 L’OUTBACK, C’EST QUOI ?

 

Ce terme représente la zone semi-aride qui recouvre la presque totalité de l’Australie. La côte est est verte et humide. Au-delà de la bande côtière urbanisée s’étend le bush sur quelques centaines de kilomètres de largeur. L’Outback commence après, il englobe tout le centre du pays et va jusqu’à la côte ouest. Cette définition reste pour autant géographiquement floue.

En dehors de la côte est et des grandes villes du reste du pays, l’Australie est Outback.

Par exemple, à 100 kilomètres de Darwin, la capitale du Territoire du Nord, il n’y a rien. On est encore dans des zones très reculées et vides d’hommes.

 

En jaune, l’Outback

 

Au sein de l’Outback se découpent différentes régions : plusieurs déserts parfois de sables, parfois de roches – Simpson desert, Gibson desert, Tanami desert – et difficilement accessibles. Ceux-ci entourent le fameux Red Centre, dont la capitale est Alice Springs, accessible et touristique.

Lors de notre année de voyage, nous allons effectuer près de 15 000 kilomètres dans l’Outback, de la côte est jusqu’à Alice Springs, puis du Red Centre jusqu’à Darwin, enfin du Top End (le nord) jusqu’à Perth (au sud). Pour le moment, nous avons fait 7000 kilomètres.

7000 kilomètres de paysages, de plaines et de couleurs.

Sur la Stuart Highway, en direction d’Uluru

 

Si on voyage, en premier lieu, c’est pour être dépaysés. C’est pour voir ce que l’on ne connaît pas. C’est pour capter des couleurs que l’on n’a jamais vues. L’Outback est donc l’endroit idéal. Tout est nouveau, tout est différent.

 

LE PAYSAGE ET LA NATURE SAUVAGE

 

L’Outback réunit trois couleurs : le rouge, le jaune et le vert. Chacune sous d’innombrables nuances. Le rouge de la terre et de la roche, le jaune du sable et des herbes, le vert de la végétation.

 

Rouge, jaune, vert !

Il y a quoi au bout du chemin ? Toujours et encore ce sable rouge qui s’infiltre et colle à tout.

 

Inutile de préciser qu’en trois mois, nous n’avons pas vu un brin d’herbe verte. Pourtant, pour nous qui pensions trouver un désert aride, sec et plat, découvrir une importante végétation et des reliefs fut une surprise.

 

Pas si plat que ça !

 

Le sol de l’Outback est rocheux, sablonneux, rugueux et recouvert d’herbe brulée par le soleil, une espèce de paille dans laquelle marcher en tong est fortement désagréable. La végétation basse est durcie par le soleil : les arbres ont des épines, les troncs sont noueux et cassants.

Au sol, parfois, des tapis de spinifex : un buisson en forme de boule piquante à côté duquel des orties passent pour du velours.

 

Tapis de spinifex

 

Dans l’Outback, inutile de chercher de l’ombre. Il faut accepter de passer la journée au soleil et de laisser son véhicule sous le cagnard. Le van devient très vite un four dans lequel il est impossible de s’allonger pour faire une sieste. Les nuits, paradoxalement, sont très froides. C’est tout et son contraire. On a très chaud en journée et (vraiment) très froid la nuit.

Ce climat fait de la nature un danger permanent. Nous avons pu assister à deux particularités assez impressionnantes.

 

Les feux de brousse

 

Un soir, nous arrivons dans une zone gratuite où nous allons pouvoir dormir et nous constatons, de part et d’autre du chemin d’accès, que la végétation est noire et complètement brulée. La nuit même, nous voyons au loin d’inquiétantes lueurs rouges orangées. Ce sont des feux de brousse qui ravagent l’Outback.

 

Ce n’est pas le coucher de soleil mais les feux de brousse

 

Végétation brulée

 

Il n’est pas difficile d’expliquer ce phénomène. Le soleil est tellement chaud et la végétation tellement sèche qu’il n’en faut pas beaucoup pour embrasser une herbe. L’air est sec, mais une petite brise très légère permet au feu de se déplacer à une rapidité incroyable.

A la frontière du Queensland et du Northern Territory, ce sont parfois des dizaines et des dizaines de kilomètres que nous avons parcourus avant de revoir une zone non incendiée.

De temps en temps, le feu a ravagé un côté de la route et a été arrêté par le bitume, laissant l’autre côté en bon état.

Ce qui est également étonnant c’est la rapidité avec laquelle la végétation semble repousser. Beaucoup de troncs d’arbres sont encore noircis à leur base que les branches et les feuilles sont en train de repousser. Tandis que le sol de roche reste noir de suie, les herbes jaunes repoussent. Ceci crée un paysage de désolation coloré atypique.

 

Terre désolée

 

Les tornades

 

La petite brise légère qui permet au feu bas de se déplacer, se transforme parfois en un vent beaucoup plus fort, créant des mini-tornades.

Nous croyions au début qu’il s’agissait de départs de feux lorsque apparaissaient au loin ces étranges colonnes blanches, semblant être de la fumée, et montant de façon rectiligne droit dans le ciel. Ce qui était pourtant étonnant c’est qu’il y avait à certains moments une dizaine de colonnes de fumée en simultanée. Sauf que ces colonnes apparaissaient n’importe où, et qu’elles disparaissaient deux minutes plus tard.

 

Une tornade au loin

 

Un panneau en bord de route indiquait « attention, vent fort ». Et c’est lorsque nous nous sommes arrêtés pour manger, dans une clairière entourée d’arbres, que nous avons compris.

A quelques dizaines de mètres de nous s’est formée dans les arbres, non pas une colonne de fumée, mais une colonne de vent, une mini tornade, faisant monter dans les airs toutes les feuilles des arbres et la poussière du sol. Nous nous sommes approchés et c’est lorsque cette tornade s’est dirigée rapidement vers nous que nous avons pris peur. Elle allait droit vers le van garé à 10 mètres de là (et vers nous au passage).

Arrivée dans la clairière, à 3 mètres de nous, la tornade a soudainement bifurquée et s’est recomposée dans les buissons environnants.

C’est un peu plus tard, alors que nous roulions, que nous avons eu une nouvelle frayeur. Cinquante mètres devant nous s’est formée une tornade un peu plus importante que les autres, sur le bord de la route, en quelques secondes. Nous n’aurions pas pu l’éviter mais c’est quelques mètres derrière le van qu’elle est passée.

 

Une tornade, un peu plus près

 

Difficile d’expliquer ce phénomène naturel. Après quelques recherches, nous restons toujours sans réponses. C’est comme si le vent avait décidé de se réunir à certains endroits pour former ces tornades.

En dehors de ces éléments auxquels nous avons échappé, l’attrait de l’Outback est dans le ciel étoilé. Pas une lumière à l’horizon, les étoiles un soir sans nuages et sans lune sont sublimes. L’œil humain discerne des couleurs dans la voie lactée que nul appareil photo ne peut capter.

 

La topographie

 

A vrai dire lorsqu’on parle de désert, on pense « plat ». Pourtant le paysage est bien plus écorché qu’il n’y paraît. Des formations rocheuses apparaissent toujours à l’horizon, parfois de simples collines, parfois de petites chaînes montagneuses. Les formations les plus impressionnantes sont les Devil’s Marbles.

 

Les Devil’s Marbles

 

Il y a 1700 millions d’années, la croûte terrestre était plus haute qu’aujourd’hui. Le niveau a baissé petit à petit en créant des boulders, ces masses de granit érodées, en forme d’œufs ou de patates, et parfois donnant l’impression d’une totale instabilité. La légende veut qu’elles aient été créées par le diable.

 

Comme un grand coup d’épée

 

Vous l’aurez donc compris, il est difficile de résumer les beautés dont regorge l’Outback australien. Si l’on voulait évoquer tout ce qu’on a vu, il faudrait plutôt écrire un livre.

Et au milieu de cet immense Outback, l’homme est là. Enfin, précisons que ce sont seulement 2% de la population australienne qui résident dans la partie jaune de la carte, environ 400 000 habitants.

 

 

La présence humaine

 

Si on a pu traverser l’Outback à bord de notre van, c’est grâce aux routes bitumées qui relient le demi-million d’habitants qui le peuple.

 

Les routes

 

Les paysages sont toujours sublimes mais il est difficile de rendre compte des immensités par la photographie. Ce sont les routes qui font les belles images.

 

Sur les routes

 

Les premiers colons blancs se sont lancés dans l’exploration des terres australiennes il n’y a pas plus de 150 ans. Il faut donc comprendre que s’il peut paraître logique l’existence d’une route en goudron pour traverser l’Australie du nord au sud, il n’en a pas toujours été ainsi. Les principales autoroutes qui traversent le pays ne sont toutes entièrement bitumées que depuis les années 2000. Il n’existe pas de routes goudronnées permettant de relier en ligne droite les côtes est et ouest en passant par le centre du pays.

En dehors de ces axes principaux, toutes les routes sont ce qu’on appelle des gravel roads, des routes de terre, de sable ou de cailloux.

 

Panneau informatif

 

En d’autres termes, sur la carte on a l’impression qu’on va avoir le choix de l’itinéraire et on pointe du doigt : « tiens, ça pourrait être sympa de passer par là », mais non… passer par « là » implique d’emprunter une gravel road de 260 kilomètres tout le long de laquelle nous devrons rouler sur des corrugations. Ces horribles vaguelettes dures sont formées par le passage successif des 4×4 et font tout trembler à l’intérieur du van, en plus d’entraîner les pneus dans les sillons de terre et de rendre la conduite dangereuse. Sans compter les grid, ces grilles sur le sol qui empêchent les vaches de traverser, mais qui font vibrer les pneus.

 

Grid et corrugations

 

Donc non, en Australie, pour aller d’un point A à un point B, quand on a un vieux van, il n’y a qu’une route possible : la ligne droite goudronnée.

Au départ de Cairns, notre itinéraire nous a amené à emprunter les autoroutes, des highways, majeures. D’ailleurs nous parlons d’autoroutes, mais n’imaginez pas les deux-fois deux-voies à la française. Non. Voyez plutôt une simple départementale sans barrière sur les côtés, sans terre-plein central. Une petite route de campagne en somme.

 

L’Overlander’s Way

 

Nous avons pris un bout de la Savannah Way qui nous a permis de traverser la base du Cap York, au nord du Queensland. La Savannah Way est un axe de 3000 kilomètres de long mis en avant dans les brochures touristiques car il traverse le pays d’est en ouest. 1500 kilomètres sont pourtant non bitumés et inaccessibles à qui n’est pas au volant d’un 4×4 équipé.

La Savannah Way est assez incroyable car très peu entretenue. Il faut parfois serrer des coudes avec les quelques voitures qui arrivent en face tant la bande de goudron est étroite. Si c’est un camion, mieux vaut s’arrêter sur le bas-côté de terre et prier pour ne pas recevoir un éclat dans son pare-brise (5 éclats en tout pour le nôtre).

 

Panneau informatif

 

Arrivés à Normanton, nous sommes redescendus vers le sud pour rejoindre l’Overlander’s Way, en empruntant une Beef road – nom officieux de la Wills developmental road. Le long de cette route de 250 kilomètres, nous avons pu expérimenter la conduite au cœur de l’Outback. Parfois la voie est unique, parfois sans raison elle est double, puis redevient simple après quelques kilomètres ; comme si elle avait été réalisée en 50 étapes.

 

La beef road ou la route bitumée la plus pourrie d’Australie

 

On appelle cette voie la beef road car tout le long nous trouvons une dizaine d’entrées de Cattle Stations.

 

Entrée de la Cattle station : « Monstraven »

 

En 250 kilomètres, nous n’avons vu qu’une quinzaine de voitures. La tradition veut d’ailleurs que les conducteurs, peu présents dans ces contrées, se saluent lorsqu’ils se croisent. On s’en est donné à cœur joie.

Pour rejoindre Tennant Creek, nous avons emprunté l’Overlander’s Way sur près de 1000 km. Enfin c’est sur la fameuse Stuart Highway que nous roulons entre Alice Springs et Darwin depuis plusieurs milliers de kilomètres maintenant.

Dernier point sympathique, pour égayer nos longues heures de conduite, il y a toujours un panneau qui rappelle que nous sommes bien au milieu de nulle part, et que tout peut arriver.

 

Fais le plein, roule à gauche, fais gaffe aux kangourous suicidaires, aux gros camions, aux vaches et aux inondations !

 

Les zones habitées

 

Au cours de nos journées de conduite, nous avons croisé trois types de zones où vivent et travaillent des hommes.

 

  • Les petits villages du milieu de nulle part

Croydon au loin.

 

Sans aucun jugement de valeur, c’est parfois difficile de comprendre comment se passe la vie dans des endroits aussi reculés. Nous sommes passés par exemple par la ville de Croydon dans le nord du Queensland. Environ 300 habitants. Le village le plus proche, Normanton, est à 190 kilomètres. Entre les deux, il n’y a rien, absolument rien.

A Croydon, il n’y a aucun commerce, juste un hôtel et bar, un relai de poste et une station service. La boucherie toujours en place a fermé en 1983.

L’ancien bureau de poste et l’ancien boucher

 

Si, pour acheter un pack d’eau, il faut aller à Normanton, ça fait un long bout de chemin juste pour les courses. Et puis le problème c’est qu’à Normanton, il n’y a pas grand chose non plus. Une petite superette et une banque, rien de plus.

Pour nous français, qui n’avons pas à faire plus de 50 kilomètres sans trouver une ville moyenne avec une zone industrielle et des magasins, il est dur d’imaginer que si le canapé du salon doit être changé, il faut partir pour un voyage de 500 kilomètres pour aller au magasin d’ameublement le plus proche.

Nous avons « testé » la vie reculée des habitants de l’Outback lors d’un volontariat dans le cœur du Queensland. Un article est dédié à cette expérience.

Pour le reste, les petits villages ont toujours été traversés assez rapidement.

On notera pourtant qu’entre Croydon et Normanton existe justement une ligne de chemin de fer historique qui permit de relier les deux villes dès 1891.

 

L’ancienne voie du Gulflander et un tank à eau de 1891

 

La gare de Normanton, où stationne la locomotive du Gulflander, a tout d’un décor de film du début du XXe siècle. Une jolie escale dans l’Outback.

 

La gare historique de Normanton

 

Autre point remarquable qui fait la renommée de Normanton, la présence d’une reproduction en plâtre du plus gros crocodile de mer jamais tué, appelé Krys, et qui mesurait 8.63 mètres. Un véritable monstre !

 

Krys !

 

Chaque village met quand même en avant son hôtel, son poste de police ou sa banque historique, les bâtiments n’ayant jamais beaucoup changé en 150 ans. En fait, quand on traverse les villages de l’Outback, on est dans un western des temps modernes.

 

  • Les roadhouses ou l’escale obligatoire

 

Une roadhouse c’est une station-service avec, la plupart du temps, un bar, un hôtel restaurant et un camping.

La Burke and Wills Roadhouse

 

Entre Alice Springs et Tennant Creek, il y a 510 kilomètres, et entre Tennant Creek et Katherine il y a 672 kilomètres. Sur 1100 kilomètres de la Stuart Highway il n’y a donc que trois villes. Entre ces villes, les rares traces de civilisations, lieu de repos et de communication sont les roadhouses.

De la même façon, sur l’Overlander’s Way, entre Camooweal et Tennant Creek il y a 472 kilomètres de vide.

Le réservoir de notre van a une capacité de 40 litres et une consommation de 10L au 100. Il faut donc faire le plein au maximum tous les 400 kilomètres. D’où l’arrêt obligatoire dans les roadhouses qui, savamment réparties, permettent d’avoir de l’essence tous les 300 kilomètres maximum.

 

Camooweal Roadhouse

 

Il y a des roadhouses de tous les styles, chacune a sa particularité, sa petite touche qui la rend inoubliable. La Wycliffe Well roadhouse est la capitale des OVNI d’Australie et est décorée en conséquence de petits bonhommes verts.

 

Wycliffe Well Roadhouse

 

La Aileron roadhouse est réputée pour héberger une statue de 10m de haut d’un aborigène dressé sur la colline.

Aileron Roadhouse

 

Enfin c’est à Daly Waters roadhouse que nous avons vu le bar le plus original et authentique de l’Outback. Celui-ci a les murs recouverts d’éléments laissés par ses visiteurs : permis de conduire, passeports, billets de tous les pays, sous-vêtements, tongs, chapeaux, photos…

 

Daly Waters Pub

 

La Barkly Homestead est à mi-parcours entre Camooweal et Tennant Creak donc, TOUT LE MONDE s’y arrête. Sa décoration n’a rien d’exceptionnel mais c’est dans cette roadhouse que nous avons vu garés les monstres de la route qui font partie du patrimoine de l’Outback : les road trains.

 

Road trains !

 

A l’origine, des caravanes de chameaux traversaient l’Outback pour ravitailler les points les plus reculés. XXe siècle et technologie aidant, les chameaux ont été remplacés par des camions. Sauf que les distances à parcourir sont terriblement longues, autant donc maximiser les convois. Les camions n’ont pas une remorque, mais bien trois, parfois quatre ou même cinq plus rarement. Il s’agit d’énormes trains routiers qui font jusqu’à 53 mètres de long. Pour tirer trois wagons, la cabine est conçue en conséquence : presque 6 mètres de haut avec un pare-buffle avant de plus de 2 mètres. Des monstres qui roulent à 110 km/h.

Avec notre van, nous découvrons tranquillement l’Outback à 80 km/h. Lorsqu’un road train nous rattrape et commence à nous doubler, on serre les dents, on retient son souffle et on anticipe la secousse en tenant fermement le volant.

 

Gros et petit

 

Nous avons vu des road trains de 3 remorques à deux étages chacune, transportant environ 300 bœufs et les road trains à 4 remorques sont généralement ceux qui transportent l’essence ou le charbon.

 

Road train à boeufs

 

Pour les chiffres, un road train à 3 remorques repose sur environ 50 pneus et son réservoir contient 2000 litres de diesel. Ça consomme en essence.

En parlant d’essence, nous avons eu quelques problèmes. Nous avons fait les frais du fin fond de l’Outback. Pendant environ deux mois, on a rempli le réservoir avec de l’unleaded 91, l’essence bas de gamme. Arrivés à Alice Springs, le van a refusé de démarrer. Nous avons dû le faire remorquer et le garagiste nous a dit que c’était simplement l’essence dans les roadhouses de l’Outback qui n’est pas de bonne qualité et qui a encrassé notre moteur. Il nous a recommandé de prendre des essences premium : unleaded 95 ou 98. Il nous a d’ailleurs confié que les aborigènes sniffent cette mauvaise essence car, pleine de détritus, c’est celle qui shoote le plus fort. Triste information.

Nous avons un bidon de 20L dans le coffre que nous avons plusieurs fois remplis d’unleaded 91. L’odeur qui s’en dégageait était tout bonnement infecte. Avec de l’essence premium, en revanche, aucune odeur. Dure réalité pour l’Outback qui reçoit toutes les cochonneries dont ne veulent pas les villes côtières.

 

  • Les cattle stations

Ce sont les derniers îlots habités qui composent l’Outback, mais aussi les plus reculés. Les cattle stations sont des petits espaces au milieu de nulle part entièrement tournés vers l’élevage bovin. Les terres possédées par ces stations sont souvent gigantesques. La plus grande cattle station d’Australie, Anna Creek, a été établie en 1863 et fait la taille d’Israel : environ 24 000 km2. Les propriétaires s’y déplacent en hélicoptère pour surveiller leurs 17 000 bovins.

L’homestead, la partie construite de ces cattle stations, est difficilement accessible et se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres de pistes des premières routes.

 

Attention aux bovins

 

Nous avons pu visiter une cattle station abandonnée dans le Queensland, à environ 80 kilomètres de Julia Creek. Une heure de voiture sur des traces pour atteindre la ferme. Aujourd’hui, profitant d’une source d’eau naturellement chaude, la Proa redclaw farm s’est reconvertie en élevage de homards rouges du Queensland. Etonnant au milieu du désert, mais vrai.

 

Bassin de culture des homards

 

Les différents bâtiments de l’ancienne cattle station sont encore en place, bien que très délabrés. On peut voir que les hommes vivaient reclus dans des espaces sommaires prévus pour une vie de travail : quelques dortoirs, une petite cuisine, des douches réalisées à l’aide de boites de conserve rouillées ou encore une espèce de système rudimentaire prévu pour faire chauffer de l’eau. En marge de ces lieux de vie, on trouve encore les espaces prévus pour l’élevage du bétail et quelques châteaux d’eau. Drôle d’endroit.

 

La homestead toujours habitée de Proa

Les bâtiments désaffectés de l’ancienne cattle station

 

Certains font de l’Urbex, exploration urbaine. Pour nous, c’était un moment d’Outbex : exploration de l’Outback.

Voici quelques exemples d’autres endroits autrefois utilisés par l’homme et aujourd’hui abandonnés :

 

 

Gare abandonnée, aiguillage, rampe à bétail, ancienne roadhouse et voiture à l’abandon

 

La nature et le vide reprennent leurs droits ! C’est sans doute ça, la puissance de l’Outback. Un grand vide plein de lieux uniques, et qui recèle encore, c’est certain, bien des mystères et choses à découvrir.

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