MONA : « a monument to reaction »
Australie Musées

MONA : « a monument to reaction »

Les lignes qui vont suivre ne reflètent qu’une opinion.

Le MONA, le Museum of Old and New Art, est le musée le plus intéressant que nous ayons visité en Australie.

Nous avons parcouru une vingtaine de musées, dans chacune des grandes villes que nous avons traversées. Nous avons eu notre compte de galeries d’art toutes similaires, d’expositions géologiques et d’animaux empaillés dans les « National Museums », et des vitrines toutes très anciennes.

Le constat est dur et amer mais les musées d’Australie ne nous ont pas charmés, s’ils ne nous ont pas laissés parfois totalement de marbre. Nous avons trouvé qu’il y a un réel manque d’inventivité et de diversité dans les musées de ce grand pays. Toujours ce même académisme vieillissant dans la présentation des œuvres.

Mais heureusement en Tasmanie, à Hobart, nous avons visité le MONA. Enfin – moi – je – j’ai visité le MONA. Oui, c’est une affaire personnelle. Vous allez comprendre.

 

L’ORIGINE

 

Le MONA, au départ, c’est un homme. David Walsh. Originaire de la région d’Hobart, il a fait fortune dans les jeux et paris, principalement en mettant en place un concept de pari pour les courses de chevaux.

Philanthrope et grand collectionneur d’art, David Walsh est propriétaire de quelques hectares de terres en bordure d’eau, dans la banlieue d’Hobart, sur lesquels sont plantées des vignes et où existait jusqu’en 2001, le Moorilla Estate, musée d’Antiquité.

Un projet est lancé cette même année pour une refonte totale du lieu et la création, pour la somme de 75 millions de dollars, d’un nouveau musée.

Créé par le cabinet d’architectes Fender Katsalidis de Melbourne, le MONA a ouvert ses portes en janvier 2011.

 

Le MONA inscrit dans le paysage

 

UN IPHONE POUR AMI

 

Le musée et la visite ont été pensés technologiques. Chaque visiteur reçoit un iPhone dernier cri et un casque audio qui seront ses meilleurs amis dans le musée.

 

En effet, rien n’est écrit dans les salles. Aucune explication sur les murs. Aucun cartel autour des œuvres. Tout est indiqué dans l’iPhone. Les salles sont munies de capteurs qui permettent de géolocaliser le visiteur. Via le bouton central « O », chaque visiteur peut actualiser l’endroit où il se trouve pour ne voir apparaître sur l’écran que les œuvres proches de lui.

En cliquant sur une photo d’œuvre, il obtient les informations de base (auteur, dimensions, matériaux…). Pour certaines œuvres, un contenu explicatif plus fourni est accessible ainsi que du contenu audio.

Une interaction avec le musée est possible puisque pour chaque œuvre, les visiteurs peuvent dire s’ils ont aimé « + » ou s’ils ont détesté « x » ( « +x » est par ailleurs le logo du MONA). Il est également possible d’écrire un argumentaire : pourquoi j’ai aimé ou détesté.

 

Love +x Hate

 

Enfin certaines œuvres ne peuvent recevoir qu’un nombre restreint de visiteurs. Une icône « queue » sur l’iPhone permet de s’inscrire à des files d’attentes virtuelles. L’iPhone prévient quand c’est son tour d’accéder à l’œuvre. Il prévient également si du contenu à caractère violent, sexuel ou pornographique se trouve à proximité.

 

        

 

Le O, qui permet d’accéder au contenu, est aussi accessible via téléchargement sur n’importe quel appareil Apple. Mais il faut être au MONA pour avoir accès à l’information. C’est la règle.

 

UNE VISITE DANS LES REGLES

 

Affublé de mon iPhone, je plonge donc dans ce MONA, prêt à le visiter dans les règles logiques édictées par la technologie.

 

Le MONA se compose d’une exposition temporaire et d’une permanente. Je commence par celle temporaire intitulée « Museum of Everything » qui est un accrochage d’une centaine d’œuvres inclassables que David Walsh a réunies dans un grand musée de « tout ».

 

Entrée du musée de « tout »

 

Dès la première salle, quelque chose me chagrine. Je me revois encore à discuter avec un ami, pendant des heures devant des toiles d’expositions parisiennes, à tenter d’analyser, à chercher à comprendre, à faire parler ce que je vois. J’ai toujours aimé mettre mon grain de sel dans les œuvres que j’ai devant moi, comme le jumeau maléfique ou bienveillant de l’artiste. Je me suis aussi souvent plu à tendre l’oreille pour écouter d’autres visiteurs – esthètes, professionnels ou simples badauds – exprimer leur sentiment.

Au MONA, cette forme de partage disparaît. Chacun a le nez rivé sur son appareil. A se demander si l’on regarde plus son écran ou les œuvres. Une scène de métro ordinaire… mais dans un musée. C’est immédiatement perturbant. L’envie de me décoller de mon iPhone me prend, mais c’est en même temps mon meilleur ami, celui qui m’apporte tout ce que je veux savoir.

 

Casques audio sur les oreilles, captivés par nos appareils

 

Lorsqu’on s’arrête sur le contenu, on se rend compte que la quantité d’informations délivrée est tout bonnement astronomique. Je ne sais combien de jours il faudrait pour tout lire et tout écouter ; sans doute plusieurs dizaines.

Le minuscule iPhone permet de stocker sans compter ; plus besoin donc de restreindre les textes et de compter les caractères pour qu’ils rentrent sur les panneaux d’exposition. Tout est permis, en tout petit.

 

Au bout de deux salles, de textes beaucoup trop longs et de discussions sans fin entre artistes et conservateurs, je n’en peux déjà plus. C’est long ! C’est lourd ! Le « Museum of Everything » ne me conquiert pas et je m’enfuis à toute allure sans prendre la peine d’admirer celles qui ne resteront pour moi que des œuvres incomprises.

La lassitude pointant le bout de son nez, je commence néanmoins à arpenter les salles de l’exposition permanente intitulée « Monanisme ». N’ayant plus envie de lire, je retire mon casque, laisse tomber mon iPhone et me laisse porter. Une autre visite commence.

 

UNE EXPERIENCE

 

David Walsh a écrit un livre : A bone of fact. Il s’y reconnaît lui-même comme un collectionneur, mégalomaniaque de son état, absolument non intéressé par les artistes et œuvres célèbres ou à la mode, mais uniquement par ce qui le fait rire et le surprend.

 

Le livre de David Walsh, tel une relique, en tête de gondole dans la librairie

 

Alors que j’attends dans la file d’attente virtuelle pour voir une œuvre, je me fais la réflexion suivante : « c’est marrant, c’est comme à Disneyland ».

Je ne m’étais pas trompé. Pour David Walsh lui-même, le MONA est un « subversive adult Disneyland »1.

En s’intéressant au personnage qu’est David Walsh, j’ai le sentiment qu’il a voulu faire du MONA une grande aire de jeu, et des visiteurs les joueurs.

 

Sur l’iPhone, le contenu informatif sur chaque œuvre est accessible via le sigle « Art Wank » représenté par un sexe masculin. Comprenons tout simplement que tout le charabia sur une œuvre c’est de la « branlette intellectuelle ». Ou encore plus loin, cette œuvre phare « cloaca professional » qui est une machine qui produit des déjections, des petites œuvres d’art, ou comment montrer que « l’art moderne, c’est de la merde »2.

 

« Art Wank » et son petit logo en forme de pénis

 

David Walsh ne semble pas vouloir choquer. J’ai le sentiment qu’il cherche justement à ce qu’on ne respecte pas les règles et qu’on vive le MONA autrement, en lâchant son gadget, et en se forgeant sa propre expérience de visite.

 

Le cloaca professional. Chaque bonbonne représente un stade de conception des excréments. La machinerie correspond à l’appareil digestif humain. La machine est nourrie deux fois par jour à un bout de la chaîne, et défèque deux fois par jour à l’autre bout. L’odeur dans cette pièce, à l’écart du reste des œuvres, était assez insupportable.

 

Et le musée en lui-même est là pour aider.

 

DES OEUVRES DANS UNE OEUVRE

 

David Walsh s’est amusé et m’a fait perdre mes repères.

 

Fini les galeries de tableaux présentées dans des monuments historiques d’un autre siècle. Au MONA, le bâtiment est essentiel et forme sans doute l’œuvre d’art suprême à côté de laquelle j’aurais pu aisément passer si je n’avais pas décollé mon nez de l’écran.

Construit sur une petite colline de vignoble au bord de la baie d’Hobart, le MONA épouse le paysage. D’extérieur, rien de grandiloquent. Du fer d’aspect terre rouillée épouse la montagne et le béton est recouvert d’herbe et de végétation.

 

Vue extérieur du MONA

 

Le MONA se trouve en fait plus de 30 mètres sous nos pieds

 

Deux maisons historiques de l’architecte Roy Grounds, chantre de l’architecture moderne australienne, ont été conservées et transformées en accueil, boutique et restaurant. L’ensemble paraît modeste. Au cœur de l’ancien séjour, un escalier en colimaçon s’enfonce dans les profondeurs. L’impression est véritablement une plongée dans les abysses.

 

D’extérieur rien de grandiloquent, une simple maison historique

 

L’accès au MONA

 

La descente aux enfers ?

 

Le MONA est souterrain. Quatre étages creusés dans la roche laissée apparente. Certaines passerelles enjambent 20 mètres de vide. Dans ce musée, aucune fenêtre. Les lumières, toutes artificielles, sont régulées pour créer des atmosphères parfois apaisantes, intimidantes, parfois suffocantes et malaisantes, toujours surprenantes.

 

Couloir principal du musée

 

Nous traversons tantôt des tunnels de béton éclairés de simples lanternes industrielles, tantôt des galeries de verre aux néons colorés. Parfois, un escalier de métal partant dans tous les sens mène au travers des niveaux. Un tombeau labyrinthique sumérien a été reproduit, sombre mais baigné d’un halo blanc au sol et cerné de sons métalliques, graves et étranges. Dans le MONA, c’est la perte des repères qui prime. Et la scénographie sensorielle permet d’en créer d’autres.

 

 

Au gré de la déambulation, on se perd dans les salles, sur les passerelles et dans les tunnels. Il m’aura d’ailleurs fallu y retourner une seconde fois pour découvrir les moindres recoins du lieu.

Et c’est au hasard de cette déambulation sans but que l’on découvre au mieux les œuvres d’art.

Au final, David Walsh ne souhaite pas que l’on voit tout, que l’on comprenne la signification de chaque objet présenté. Chacun vit en fait sa visite via sa propre expérience.

Le but ultime de la visite est de réussir à lâcher prise, s’abandonner à l’art dans une visite conceptuelle unique. L’abandon pour capter l’essence de ce qui nous entoure. Comme si, en nous mettant cet iPhone dernier cri entre les mains, tout avait été prévu dans le cerveau mégalo du créateur, dès le départ. Du génie !

 

A L’INTERIEUR

 

Un vrai labyrinthe

 

Ayant donc suivi cet instinct d’abandon, certaines œuvres m’ont sautées aux yeux et ce sont celles-ci que je ne pourrai oublier.

 

PETIT PANEL

 

Y’a comme un blanc !

 

Au détour d’un couloir, voici une bibliothèque. Au cœur de la pièce, deux tables et des chaises, des livres ouverts sur les tables comme lors d’une séance de travail. Tout autour de la pièce, des étagères remplies de livres. Rien d’anormal excepté le fait que tous les livres sont blancs. Juste des pages et des couvertures immaculées.

L’œuvre s’intitule Unreadable et Wilfredo Prieto en est l’auteur. Il précise que les livres, en tant qu’objet, sont une unité du développement social et une qualité culturelle, même s’ils demeurent non ouverts ou non lus. Cette bibliothèque remplit donc tout ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien.

Il rajoute que si le savoir suprême reste non découvert, alors le livre parfait reste illisible…

 

Unreadable de Wilfredo Prieto

 

Like a virgin

 

L’artiste Jane Clark a demandé à trente fans de Madonna de chanter a capella son album Immaculate Collection de 1990. Chaque vidéo de fan est montrée sur un téléviseur unique. Nous entrons donc dans une salle insonorisée et nous trouvons face à 30 télévisions diffusant des personnages plus délurés les uns que les autres en train de s’époumoner sur du Madonna.

Pour l’artiste, il s’agit de créer une interaction entre Madonna elle-même, le média qu’est la télévision, les fans et les spectateurs. Et c’est réussi. Les visiteurs chantonnent. Beaucoup rigolent. Un moment étonnant de partage.

 

 

David Walsh dit : « When I was a kid I hated Madonna. Actually not really a kid, but young enough to still be listening to commercial radio. Now, in hindsight, her place in the history of popular music gives me a cause to reconsider. I won’t. I still think she is shit. That’s why I love this work.”

 

C’était la première fois que je lisais de tels propos dans un musée.

 

La grosse caisse

 

La Fat Car a été réalisée en 2006 par l’artiste autrichien Erwin Wurm. Il s’agit d’une Porsche 911 qui a été recouverte d’une coque de fibre de verre lui donnant un aspect boulimique et obèse.

 

Fat Car de Erwin Wurm

 

Pour Erwin Wurm, il s’agit d’interroger le pouvoir, la santé et le poids du corps, tous trois connectés. Cette voiture de luxe obèse est une critique acerbe de notre système qui tourne autour de l’argent et qui impose de consommer toujours plus.

C’est exactement pour ceci que David Walsh a placé la voiture au centre de la première salle de l’exposition Monanisme. Lui qui se moque des hommes de pouvoir ventripotents, dénonce par ce geste la décadence morbide provoquée par le pouvoir et l’argent.

 

Il a bon dos

 

Peut-être l’œuvre la plus étonnante du MONA. Un homme vivant, tatoué, est installé dos au public, face au vide du bâtiment, sur un socle. Casque de musique sur les oreilles, il ne parle pas. L’œuvre est tout simplement l’encre sous sa peau et les dessins qu’elle forme.

 

Tim de Wim Delvoye

 

L’œuvre s’intitule Tim et a été réalisée en 2006 par Wim Delvoye. Tim Steiner est l’homme tatoué, suisse de 42 ans, qui a accepté en 2006 de se faire tatouer le dos comme un tableau. Wim Delvoye a même signé le tableau sur la fesse droite de Tim.

Il était d’ailleurs important pour Wim Delvoye que le tatouage ne représente rien pour Tim Steiner, à l’opposé d’un tatouage traditionnel. Il s’agit donc d’une vierge en prière au-dessous d’une tête de mort et entourée de chauve-souris, d’oiseaux et de fleurs, tout ceci bien coloré.

Plus fou encore, dans le cadre d’une loi sur la prostitution autorisée en Suisse, Tim a été vendu en 2008 pour 150 000€ à un collectionneur allemand. Comme une simple œuvre d’art. Depuis, il écume les expositions et les musées du monde entier.

Tim Steiner est arrivé en Tasmanie en 2011 à l’ouverture du MONA où il a posé une année entière. Depuis 2016, il y pose à nouveau cinq heures par jour, 6 jours par semaine, sur le même socle. David Walsh rêve d’ailleurs d’acheter Tim.

Il faut dire aussi que l’œuvre est en perpétuelle évolution. Pour Tim lui-même, elle ne sera achevée qu’à son décès. Un contrat a d’ores et déjà été signé pour qu’à sa mort, il soit dépecé, tanné et encadré. Tout du moins sa peau.

Lorsqu’on sait ça, regarder Tim (ou plutôt son dos) prend un tout autre sens. On aimerait juste qu’il puisse nous expliquer les raisons de son choix. Mais Tim reste silencieux, jusqu’au bout.

 

Tim silencieux face aux abysses

 

 

UNE CONCLUSION

 

Quant au MONA, les critiques sont plutôt négatives. Chacun voit une marque d’originalité dans l’œuvre ou le personnage de David Walsh mais beaucoup trouvent l’aspect subversif, choquant et mal intentionné, sans y voir une simple provocation artistique dont il suffit de rire en détournant le regard.

 

1 – Voici par exemple Catherine Stewart qui fait la review du MONA pour le magazine Garden Drum et qui dit avoir été perdue avant même d’entrer dans le musée. Elle dit avoir été choquée dans son féminisme lorsqu’elle a vu les places de parking réservées à David Walsh et sa femme et intitulées « Reserved GOD », « Reserved GOD’s Mistress ». «  MONA had lost me before I’d even got inside it. (…) I want to be advised and guided. I like reading instructions and maps and following signs. I like clear, shortest route pathways to where I want to go.”3

 

La place du propriétaire

 

Celle de sa femme

 

2 – Voici Michael Connor qui, dans le journal Quadrant Online en avril 2011, écrivait : « I don’t think these crowds of visitors are sophisticated arts lovers. MONA is a brutal banality. MONA is the art of the exhausted, of a decaying civilisation. Display lights and taste and stunning effects illuminate moral bankruptcy ». L’article entier est passionnant. La critique est pourtant dure, le MONA serait l’art fatigué d’une civilisation en décomposition.4

3 – Voici encore Stephanie Convery qui, dans le magazine Overland écrivait en 2012, « Something bugged me. It’s not that the man who owns and runs MONA. It’s not even the scatological, explicit, irksome or onanistic nature of so much of the content. It’s that message – or more precisely, the lack of it – that bothers me. Nevertheless, I still can’t shake the feeling that this ‘temple of secularism’ is, at its core, a monument to reaction. “5

 

Les avis sont partagés, mais n’est-ce pas justement là l’intérêt de l’art ? Pousser à la réflexion. Pousser au dialogue. Pousser à la critique. Pousser à donner son avis. Et puis finalement, visiter un musée, en faire la critique ou écrire un article, ce n’est finalement qu’une affaire de perception. N’est-ce pas là le message délivré au MONA ? C’est mon opinion. La mienne. A vous, maintenant, de créer la vôtre.

 

 

 

1 – https://www.ft.com/content/39f049c8-199b-11e5-8201-cbdb03d71480

2 – Je reprends les termes de David Walsh dans l’explication de l’œuvre.

3 – https://gardendrum.com/2015/03/03/review-mona-it-lost-me-at-the-gate/

4 – http://quadrant.org.au/magazine/2011/04/mona-s-brutal-banality/

5 – https://overland.org.au/2012/04/something-bugs-me-about-mona/

 

 

 

 

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