Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot
Cambodge Patrimoine bâti

Plongée au cœur du patrimoine abandonné de Kep et Kampot

Kep et Kampot sont deux villes situées sur la côte sud du Cambodge, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière vietnamienne.

Leur réputation tient à deux produits locaux : le poivre et le crabe. Le poivre de Kampot, cultivé dans la région, est considéré comme l’un des meilleurs du monde. Quant à Kep, elle est réputée pour son crabe bleu, et son marché aux crabes propose d’ailleurs une spécialité alliant ces deux produits : le fameux crabe bleu cuisiné dans la sauce au poivre de Kampot. Un pur régal !

Outre ses spécialités culinaires, la région nous a attirés aussi pour son patrimoine bâti, qui n’est que peu mentionné. Et pour cause, il a totalement été abandonné !

 

 

 

Kep, station balnéaire déchue

La ville de Kep est très particulière dans le sens où elle porte encore les stigmates de l’histoire.

Lors de la colonisation, en 1908, les Français créent la petite ville de Kep-sur-Mer. D’immenses villas y sont bâties pour que les colons puissent s’y reposer loin de l’agitation de Phnom Penh. Dans les années 1950, cette élite française se réunit pour faire de Kep la plus prestigieuse station balnéaire du Cambodge. Cette dernière est rénovée dans les années 1960 par le roi Norodom Sihanouk. Cependant, après la décolonisation de l’Indochine, les villas sont abandonnées. Les Français quittent le Cambodge en laissant derrière eux tout ce qu’ils y avaient bâti.

 

 

Une villa délabrée de Kep

 

 

Quelques années plus tard, en 1975, la ville est prise par les Khmers Rouges. L’un de leurs objectifs est d’effacer tout ce qui se rapporte au souvenir de la colonisation française. A l’instar des bâtiments coloniaux rasés dans les grandes villes, comme la Banque nationale du Cambodge à Phnom Penh, le quartier des villas de Kep est entièrement détruit.

La ville offre aujourd’hui une impression des plus singulières. Le quartier des villas reprend le plan de la plupart des villes coloniales créées ex-nihilo : des rues en quadrillage régulier et géométrique avec de très grandes avenues bien larges et de nombreux terrains entourés de murs avec portails majestueux donnant sur les avenues. Sauf qu’aujourd’hui, derrière les palissades, il ne reste plus rien. Nous déambulons dans ces rues désertiques à l’allure de ville fantôme.

 

 

 

Les palissades devant des terrains vides

 

 

Dans d’autres parties de Kep, certaines villas n’ont pas été détruites et sont aujourd’hui occupées par des squatteurs qui vivent dans ces quasi ruines. D’autres sont recouvertes de graffitis au milieu de la végétation et n’engagent pas vraiment à l’exploration. Au sein du parc national de Kep, on peut aussi trouver le long du chemin de randonnée un petit hôtel laissé là à la mort de son propriétaire.

 

 

Une villa habitée mais non restaurée…

 

 

Depuis quelques années, Kep se réveille doucement, ses nouveaux habitants ayant investi une sorte de petit centre-ville sur le bord de mer. Les élégantes villas côtières abandonnées sont cependant les témoignages de la décolonisation et de la fureur destructrice de la dictature. En s’y baladant, l’impression qui se dégage est tout de même celle d’une ville de film d’horreur à moitié habitée.

 

 

Des graffitis sur une villa abandonnée

 

 

Kampot et le parc national du Bokor

A quelques dizaines de kilomètres de là, un scénario similaire s’est joué sur le plateau du Bokor. Le plateau est situé à une quarantaine de kilomètres de Kampot, il faut parcourir une longue route de montagne pour y accéder.

En arrivant au sommet, on peut encore voir debout les restes d’un petit village français comportant notamment une église catholique. Le Bokor devait, dans les années 1910, accueillir une station de santé.

 

 

Quelques bâtiments abandonnés sur le plateau

 

 

C’est le Résident supérieur Baudouin qui est à l’initiative du projet de sanatorium, qu’il modifie finalement au profit de la construction d’un hôtel, véritable palace art Déco. Le problème est qu’à cette époque, le plateau de Bokor est inhabité et aucune route ne permet d’y accéder. Les travaux de construction débutent en 1917, et la route est achevée en 1919. L’hôtel, appelé Bokor Palace, est inauguré en 1925. On estime le nombre de morts pour achever les travaux compris entre 900 et 2000 forçats, ce qui provoque un véritable scandale.

La station climatique est toutefois un échec commercial. Les températures basses – le plateau est souvent plongé dans le brouillard – devaient permettre aux colons français de profiter d’un climat plus doux sans avoir à rentrer en métropole. Cependant, les bâtiments sont à rénover régulièrement en raison des intempéries. La station comporte, en plus du Bokor Palace, un hôtel plus modeste, une usine, un bureau de poste et de télégraphe, ainsi que la villa du Résident supérieur.

 

 

 

Les ruines de la demeure du Résident supérieur

 

 

L’église catholique est consacrée en 1928. En 1936 est construite en briques et en bois noir une résidence pour le roi du Cambodge Sisowath Monivong.

 

La demeure du roi

 

Un bâtiment faisant partie du domaine du roi ?

 

 

La station est abandonnée une première fois dans les années 1940, pendant la guerre d’Indochine. Elle est complètement incendiée et la villa du Résident supérieur du Cambodge est détruite.

Le Bokor est reconstruit par le roi Norodom Sihanouk après l’indépendance du pays. La nouvelle station est inaugurée en 1962. La demeure du roi Monivong est transformée en mairie, un château d’eau et un hôtel comprenant une salle de jeux sont construits en 1962. C’est la première fois que le plateau accueille un casino. Une rumeur voudrait que le Bokor Palace ait été un casino, mais elle est en fait infondée. Une police des jeux est installée à cette occasion.

En 1970, la station est fermée après le coup d’Etat qui renverse Norodom Sihanouk. Les Khmers Rouges s’emparent du site en 1972. En 1979, les troupes vietnamiennes entrent pour libérer le pays de l’oppression et s’emparent du Bokor Palace tandis que les partisans de Pol Pot se retranchent dans l’église catholique durant plusieurs mois. Ce n’est qu’en 1993 que sont finalement chassés les derniers rebelles du site, en faisant l’un des derniers bastions khmers rouges.

Aujourd’hui, on peut visiter la plupart des bâtiments historiques, en mauvais état mais toujours debout.

 

 

Maison abandonnée

 

 

L’église dissimulée dans la brume offre une impression particulière, un peu glauque. On peut rentrer dans certaines maisons recouvertes par la végétation, et même dans l’un des anciens hôtels. Lorsque la brume se dissipe, une vue magnifique sur le littoral s’offre à nos pieds.

 

 

La vieille église

 

 

La vue depuis le sommet du plateau

 

 

En ce qui concerne le Bokor Palace, il est longtemps resté tel quel, soumis aux intempéries et au temps qui passe avant d’être finalement restauré dans les années 2010. La station du Bokor a en effet été concédée au groupe Sokimex par le gouvernement cambodgien pour 99 ans. L’objectif de cette société est de créer un nouveau Bokor. L’hôtel a donc été entièrement rénové et a accueille dorénavant de nouveaux touristes. Malheureusement, tout le cachet de ce vieux bâtiment Art Déco a été enseveli sous les couches de ciment. Il ne reste plus grand chose de ce qui faisait le prestige de la station climatique française.

 

 

Le nouveau « Bokor Palace »

 

 

L’atmosphère surannée et mystérieuse qui entourait les ruines de la station d’altitude et faisait son charme n’est plus. Une ville nouvelle est en construction, comprenant aussi des hôtels et un casino, et devant faire du Bokor le nouveau lieu touristique « à la mode ».

 

 

La ville en construction

 

Le château d’eau, un vieil hôtel abandonné et un nouvel hôtel en face

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