Cleaning Up Cambodia!

S’il y a bien un élément récurrent en Asie que l’on ne voit jamais sur les photos de voyage c’est bien la pollution plastique. Oui, dis comme ça sans préambule ça peut paraître étonnant. Je mets pourtant au défi quiconque aura voyagé en Asie du Sud-Est de me dire qu’il n’aura pas vu de plastique. Le Vietnam, le Cambodge ou encore l’Indonésie sont de véritables dépotoirs, d’immenses décharges à ciel ouvert.

Comme beaucoup de locaux nous l’ont précisé, la tradition séculaire était d’emballer ses aliments dans des feuilles de bananiers, de palmiers ou des morceaux d’écorce. Ses emballages totalement naturels étaient ensuite jetés par-dessus l’épaule sans problème pour l’environnement.

Le développement dans ces pays s’accompagne aussi d’un afflux plastique sans contrôle ni limites. Tout est emballé, tout est abondant : des pailles au sacs plastiques unitaire pour chaque fruit acheté. Ces pays très pauvres n’ont pourtant aucun système de poubelles urbaines, de tri sélectif ou encore de recyclage. Chaque objet plastique est lui aussi jeté par terre sans culpabilité aucune. La photo de couverture montre les tas de déchets devant le marché central de Phnom Penh, l’un des sites les plus touristiques de la capitale.

Et après nous sommes censés consommer de la viande…
L’horreur plastique

Face à cette horreur plastique, certains tentent des actions pour endiguer le flux. Celle que nous avons vue se trouve à Kampot dans le sud du Cambodge. Toute récente, elle s’intitule « Project E.C.H.O. ».

Le Projet

E.C.H.O signifie Educational Conservational Housing Opportunities. Si la traduction française est compliquée, on peut néanmoins comprendre avec ces quatre termes – “éducation”, “conservation”, “construction de maisons”, “opportunités” – l’essence du projet. Je vous invite à consuler leur page Facebook riche en photos : E.C.H.O

Il s’agit pour les fondateurs de créer des matériaux de construction, principalement des briques, à partir de matières recyclées. A terme, il s’agit de créer suffisamment de briques pour pouvoir en offrir à des collectivités et construire des écoles.

.Les fondateurs sont deux anglais, Joe et Bib, qui ont entre 30 et 40 ans. Au départ ce sont deux camarades qui étaient installé sur l’île de Koh Rong, à l’ouest de Kampot, et qui géraient deux bars. Joe est à l’origine Barman et DJ. Avec Bib ils ont vu un Cambodge pollué et dévasté par un mauvais tourisme et par une population qui n’a pas conscience du danger du plastique. Ils ont mûri leur projet pendant deux ans avant de finalement vendre leurs deux business, se déplacer à Kampot, acheter un terrain sur lequel se trouve une maison, et lancer le projet en avril 2018.

Joe et Bib n’ont aucune formation de technicien, de constructeur ou autre. Ce sont juste deux mecs qui veulent faire leur part pour la protection de la planète. Ils se disent d’ailleurs « autodidactes de la brique ».

Les actions

Nous avons rencontré Joe dans Kampot. Il nous avait rejoint avec son petit tuk-tuk bleu électrique.Avec son véhicule, il sillonne la ville et se rend quotidiennement dans les 45 commerces, hôtels et restaurants avec qui il est en contact pour récupérer bouteilles en verre, éléments et emballages plastiques. A chaque fois que sa cariole est pleine, il ramène sa cargaison dans son terrain qui est à 10 kilomètres du centre. Ce tuk-tuk électrique, lorsqu’il est chargé à bloc, ne permet que trois aller-retours de la ville vers le terrain ce qui n’est pas suffisant. Il va être agrémenté de panneaux solaires pour lui permettre de rouler toute la journée.

Le Tuk Tuk électrique (photo de la page Facebook)

Nous avons visité le terrain le lendemain. Deux mois après le début du projet, le lieu est sans dessus-dessous. Des tas de plastiques, de verres, de bouchons, de bouts de fer débordent de partout. Quatre jeunes volontaires sont au travail sous un hangar ouvert. S’y trouvent une bétonnière, de nombreux établis, des outils en tout genre, des presses, des tas de sable ; le tout dans le désordre.

Le terrain
Le hangar sans dessus dessous
Les tas de matière à recycler
du plastique, du verre…

A droite du hangar, quelques lignes de briques au sol montrent l’emplacement d’un futur bâtiment en construction.

Les futurs bâtiments

Concrètement lorsque les matériaux arrivent sur le site, ils sont traités pour être recyclés. Les étiquettes papiers et plastiques, les bouchons et capsules sont retirés des bouteilles.

Le verre est broyé dans une simple bétonnière à l’aide de chaînes et de boules de pétanque. Le système est extrêmement artisanal et doit être contrôlé au bruit et surveillé constamment afin d’obtenir la grosseur de verre souhaitée.

Sont réalisés trois niveaux de poudre de verre : des gros morceaux qu’on peut ajouter au ciment des piscines par exemples, des petits morceaux pour les briques et de la poudre de verre.

Bétonnière
outils pour réduire le verre en poudre

Après deux mois d’ouverture, leurs expériences portent principalement sur l’adjonction du verre en miette aux briques. Il n’est pas possible pour le moment de créer des briques 100% recyclées ; il s’agit donc de trouver les bonnes consistances et les bons dosages pour avoir des briques résistantes. Des dires de Bib, le projet E.C.H.O est le seul au monde à avoir tenté de créer des briques avec 45% de verre recyclé. Les résultats ne sont pourtant pas concluants car les briques restent très friables. D’autant plus que l’atelier est très rudimentaire et n’est recouvert que de simples bâches de plastiques qui ne permettent pas aux briques de sécher rapidement. Ils sont donc en mesure pour le moment de créer des briques de terres résistantes et poreuses auxquelles ils rajoutent 20% de verre recyclé et veulent continuer les tests.

Briques à 45%, friables
Briques à 20%

Ils ont néanmoins imaginé une forme nouvelle de brique. Celles-ci sont creusées de deux trous dans lesquels on place des tiges de bambous et qu’on comble de ciment. Pour Joe et Bib, les tests sont trop peu concluants pour pouvoir se passer totalement de ciment et de béton. Néanmoins avec le système des tiges de bambous créant un treillis central, les murs sont d’une résistance extrême. Les briques sont aussi bardés d’encoche permettant un meilleur positionnement.

Projets à long terme et crowdfunding

A plus ou moins long terme, Joe et Bib souhaitent continuer les expériences et pouvoir se passer totalement de ciment à base de sable. Ils souhaitent créer des briques avec 80% de matière recyclée.

Le rendement est aujourd’hui de 200 briques par jour. Leur volonté est de passer à 1000 briques quotidiennes. Toutes les 20 briques, ils souhaitent en conserver une qu’ils offriront pour la construction d’école, soit 5 à 10% de leur production.

Les autres briques sont prévues pour être vendues et permettre des rentrées d’argent et un développement toujours plus important du projet. Les deux fondateurs n’imaginent pourtant pas encore pouvoir vivre de cette activité.

En parallèle, ils souhaitent construire deux salles pour accueillir les publics scolaires et les former à la protection de l’environnement. Joe est bien conscients que c’est au travers de l’éducation des jeunes générations que pourra être endigué cette pollution plastique sans limites. Ils ont d’ailleurs publié un petit livret intuitif et formateur intitulé : « don’t waste your waste ». Ces salles d’accueil sont donc plus que nécessaires. Celles-ci sont en construction mais Bib n’est pas satisfait du fait que les premières lignes sont des briques de terre, ce qui va à l’encontre même de leur idée de briques recyclées.

Même s’ils comptent sur des volontaires du monde entier qui viendront les aider gratuitement, les deux acolytes sont confrontés à un vrai problème financier. Les objectifs ne peuvent être atteints que s’ils peuvent changer les machines obsolètes et avoir de meilleurs ateliers et laboratoires. Sans cet argent, il est vain de penser que 1 000 briques par jour sont possibles lorsque on voit qu’ils émiettent le verre dans une vieille bétonnière rouillée.

Un projet de financement participatif a donc été lancé. L’objectif financier à atteindre étant de 25 000$ : https://www.gofundme.com/cleaning-up-cambodia

Cet argent doit servir à acheter :

Une déchiquetteuse à plastique, un nouveau tuk-tuk électrique, une presse chauffante, une presse hydraulique, un broyeur à verre, un broyeur de sol, un tamis, un générateur à bio diesel, des outils de construction, plusieurs ateliers et établis couverts pour les machines et les travailleurs.

Une initiative d’avenir

Heureusement que des actions comme celle-ci existent et que des hommes sont assez courageux (ou fous peut-être) pour les lancer. Le Cambodge est complètement recouvert de plastique. Nous sommes néanmoins très heureux d’avoir rencontrés les deux acolytes qui ne veulent qu’oeuvrer, altruistement, pour un changement.

A l’heure qu’il est, Joe et Bib n’ont récolté que 2300£ des 19 000 nécessaires.

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