Redfern, un quartier aborigène au coeur de Sydney
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Redfern, un quartier aborigène au coeur de Sydney

Pendant trois semaines, nous avons résidé dans une auberge de jeunesse, à quelques encablures du Central Business District (le CBD), dans le quartier tranquille de Redfern.
La ville de Sydney est immense et chaque quartier vit comme une petite ville indépendante, avec sa mairie, son post office, sa police station et son code postal (ce sont en quelque sorte les arrondissements parisiens, sauf qu’ici ils portent un nom propre). Le système fédéral australien est très complexe et nous ne tenterons pas une explication hasardeuse. Petit élément d’importance néanmoins ; la cité de Sydney est découpée en 40 zones d’administration locale au sein desquelles sont eux-mêmes répartis environ 650 quartiers. On vous l’avait dit, Sydney, c’est grand !

C’est au hasard de nos balades dans les rues que nous nous sommes rendus compte de l’importance historique du quartier de Redfern, celui qui nous intéresse et que ses habitants surnomment The Block.

 

 

En effet, au moment de l’invasion anglaise du XIXe siècle, Redfern est le territoire du peuple aborigène Gadigal, membre de la nation Eora.

 

            

En bons colonisateurs, les premiers colons anglais prennent possession d’un territoire qu’ils considèrent inoccupé et dont les habitants autochtones sont présentés comme des êtres inférieurs. La vie paisible et millénaire des Aborigènes s’arrête au gré des expulsions, humiliations et massacres qui auront lieu tout au long du XIXe siècle et de la première moitié du siècle suivant.

 

                                                          Aborigène en pleurs

Après de nombreux conflits et une lutte parfois armée, les années 1990 ont apporté leur lot de réconciliation entre la population aborigène et la population blanche (c’est ainsi que les Australiens se définissent).
Le 10 décembre 1992, le premier ministre Paul Keating prononce le discours de la réconciliation. C’est la première fois qu’un gouvernement du Commonwealth reconnaît la contribution des Aborigènes au développement de la nation et de la vie culturelle et sociale de l’Australie. Un parc à Sydney est depuis nommé parc de la réconciliation.

                                                                      Aborigènes peints sur un mur du parc de la réconciliation

Nous avons pu toutefois constater la mise à l’écart actuelle des Aborigènes. Pour exemple se trouvent à Redfern le Metropolitan Local Aboriginal Land Council (l’administration locale pour les Aborigènes, qui agit en parallèle de l’administration d’Etat, dans le respect de la loi australienne),  l’Aboriginal Legal Service, l’Aboriginal Corporation Ressource Centre (l’équivalent d’une médiathèque et pôle emploi pour Aborigènes), le National Centre of Indigenous Excellence (qui est malgré son nom trompeur un complexe sportif pour les Aborigènes du quartier).

 

 

Un dernier élément nous a grandement étonnés lorsque nous avons dû aller consulter un médecin. À l’entrée dans le cabinet médical, comme nous étions nouveaux patients, on nous a demandé de remplir un questionnaire dont l’une des questions était la suivante : « Êtes-vous aborigène ou indigène du Détroit de Torres ? » (nous reparlerons de ce second peuple. Ce dernier et les Aborigènes sont les deux peuples autochtones reconnus par le gouvernement australien). Ce qui nous a surpris, c’est qu’au sein du quartier de Redfern existe un Aboriginal medical service. Alors que la réconciliation des peuples est effective depuis plus de vingt ans, il semble pourtant toujours exister une différence quant aux soins.

Pourquoi cette distinction ? Les Aborigènes ont-ils le droit de se soigner dans les mêmes endroits que les australiens blancs ? Ont-ils accès aux mêmes soins ? Différentes questions que nous nous sommes posées et qui resteront en suspens pour le moment.
Au cœur du quartier, une lande de terre aujourd’hui vierge fut quelques mois durant l’année 2015 le lieu d’installation de dizaines de tentes aborigènes en lutte contre un projet de réhabilitation à caractère commercial du quartier.

Le groupe en lutte s’est appelé Pemulwyu – du nom du premier Aborigène qui a lutté contre les Anglais dès 1790 – et demande la « souveraineté » du peuple aborigène.

 

    

Aujourd’hui les habitants du quartier appellent à la paix.

 

Les traces effectives qui montrent encore que Redfern est un quartier aborigène sont les nombreuses peintures murales qui égayent les rues – celles qui illustrent cet article. Partout, le drapeau aborigène montre ses couleurs – le noir pour le peuple aborigène, le rouge pour la terre ocre qui le fait vivre, le rond jaune pour le soleil qui donne la vie.

Pour en savoir plus sur le peuple aborigène, sa vision du monde et du temps, ses coutumes et traditions, continuez de nous suivre sur Un Monde en Patrimoine.

     

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01 Comment

  1. Sylvain FOUCQUART

    Intéressant!

    1 mai 2017 Répondre

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