Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience
Vietnam Vie nomade : Réflexion & Quotidien

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Après l’aventure en van en Australie, on rêvait d’Asie. Et d’un nouveau défi à relever. On a donc décidé de partir en road trip à moto dans le nord du Vietnam. C’est la région qui nous faisait le plus rêver et qui nous semblait la plus prometteuse en termes de paysages et de rencontres puisque c’est là que vit un grand nombre d’ethnies minoritaires du Vietnam.

 

Des Hmongs Fleurs au travail dans des rizières en terrasse

 

PARTIE 1 : CONDUIRE UNE MOTO AU VIETNAM

 

 

Acheter ou louer une moto ?

Au départ, on avait l’idée un peu folle d’acheter une ou deux motos à Hanoï et de partir à l’aventure. Avec le recul, on est bien content d’avoir changé d’avis et d’avoir préféré louer, pour plusieurs raisons :

  • On n’avait jamais conduit de scooter automatique ni de moto semi-automatique, sans parler d’une manuelle, donc acheter directement aurait été hasardeux voire dangereux dans notre cas ;
  • On n’avait pas assez de connaissances pour distinguer une moto en bon état d’une autre en mauvais état, sans compter les répliques chinoises répandues sur le marché des backpackers, réputées être de mauvaise qualité et souvent mal entretenues ;
  • La circulation à Hanoï est terriblement dense et, même si certains backpackers apprennent à conduire en ville, le trafic nous a fait peur et on n’a pas voulu prendre le risque d’avoir un accident. En plus de ça on a assisté à un accident en pleine rue. Deux conducteurs de scooters se sont rentrés dedans de plein fouet alors qu’il était 5h du matin et qu’il n’y avait personne d’autre sur la route… On a donc décidé de réfléchir à deux fois avant de nous lancer !
  • Voyager à moto est terriblement fatiguant, ce dont on ne se rendait pas compte avant d’entreprendre ce voyage. Pouvoir prendre un bus facilement entre deux villes et louer de nouveau nous paraissait plus simple que de devoir faire tous les jours de longues étapes à moto ;
  • Prévoir suffisamment de temps pour revendre après avoir acheté nous stressait étant donné qu’on venait de vivre cette situation avec notre van en Australie. On n’avait pas envie de se relancer dans l’achat et la vente aussi tôt.

 

Le trafic à Hô Chi Minh Ville !

 

Arrivés à Hanoï, on a donc revu nos plans et on a décidé de partir en bus jusqu’à la ville de Hà Giang, située à 7h de bus dans le nord. Une fois à Hà Giang, on s’est senti plus en sécurité pour tester des motos et apprendre la conduite d’une semi-automatique. C’est une ville plus petite que Hanoï, avec beaucoup moins de trafic. Finalement, on a opté pour la location d’une seule moto, comme la plupart des couples que nous avons rencontrés par ailleurs. On a laissé nos gros sacs à dos à la homestay, et on est parti avec le minimum pour ne pas être trop chargés.

 

On a fait énormément d’arrêts sur la route devant des paysages sublimes comme celui-là

 

Pour la location au Vietnam, on a payé entre 180 000 et 250 000 dôngs par jour, dépendant des villes et du type de moto, soit entre 6 et 10 dollars par jour.

 

 

Dangereux ou pas ?

Conduire au Vietnam est dangereux, on ne va pas mentir. Il ne suffit pas toujours de suivre les règles de prudence de base pour se sentir en sécurité, étant donné que ce sont souvent les autres conducteurs qui ont des comportements dangereux et imprévisibles.

Pour notre part on s’en est bien sorti, mais on l’avoue, on a eu quelques frayeurs…

 

#1 La loi du plus gros

Ce qu’il faut savoir, et qui peut être assez désarmant, c’est qu’au Vietnam, c’est le plus gros qui prime. A partir de là, on comprend qu’un piéton est situé tout en bas de l’échelle alors que les camions vont être prioritaires. Pour nous, occidentaux, cette loi du plus gros ne semble pas vraiment logique. A priori, on a tendance chez nous à faire attention aux plus faibles, donc aux piétons. Au Vietnam, ce n’est pas du tout la même façon de penser ! Un piéton n’aura jamais la priorité. Pour traverser une route, il ne sert à rien d’attendre que les véhicules s’arrêtent pour vous céder le passage, il faut s’engager sur la voie et prier pour que les dizaines de scooters vous voient suffisamment tôt et vous évitent.

Sur la route, c’est la même chose. A moto, on est quasi tout en bas de l’échelle. Les voitures, les mini-bus et les camions vont avoir la priorité. C’est donc à nous de leur céder le passage en nous rabattant sur le côté pour les laisser passer. Souvent, ils s’annoncent en klaxonnant – ce qui est très énervant quand on est dans un bus de nuit et que le chauffeur joue du klaxon toutes les deux minutes.

Jusque-là, il n’y a pas vraiment de problème, il suffit juste de savoir que les véhicules plus gros que nous ont la priorité. Le problème vient plutôt du terrain et du comportement des conducteurs de voitures et de camions.

Les routes du nord du Vietnam forment des lacets à flanc de montagne, comportent des virages parfois très serrés et peuvent être très étroites, parfois trop pour laisser passer deux véhicules de front. La visibilité peut être grandement réduite, surtout lorsque le beau temps n’est pas au rendez-vous et que le brouillard se lève. Les voitures et les camions prennent souvent leur priorité comme une chose acquise et n’hésitent pas à doubler en plein virage, ne klaxonnent pas toujours pour s’annoncer et roulent beaucoup trop vite sur de petites routes de montagnes, sans aucune prudence.

 

Les routes sont très impressionnantes dans les montagnes !

 

Il nous est arrivé plusieurs fois de nous faire surprendre, au détour d’un virage, par une voiture qui se trouvait au milieu de la voie et qui n’avait pas klaxonné alors qu’il n’y avait aucune visibilité. Rouler doucement est donc de mise, et il faut rester constamment attentif. Des virages peuvent cacher des voitures et des camions qui ne se décaleront pas pour une moto. La courtoisie au volant n’est pas chose commune au Vietnam… C’est à nous, motards, de faire attention.

Notre plus grosse frayeur s’est produite dans la région de Cao Bang. Alors que nous descendions tranquillement une petite côte, nous avons aperçu une voiture un peu plus loin devant nous en train de monter. Surgie de nulle part, une seconde voiture a déboulé derrière la première et a déboîté sur la file d’à côté – notre file donc – afin de la doubler, sans regarder. On était à deux doigts de lui rentrer dedans, et Thibaut a été obligé de donner un grand coup de guidon pour éviter ce chauffard. Quelques secondes à peine et on s’y encastrait de plein fouet. Notre moto est partie dans le fossé, sur le bas côté, et on a failli s’écraser sur la barrière qui nous séparait du vide. La voiture n’a pas ralenti, et ne s’est pas arrêté non plus pour vérifier que nous allions bien…

La loi du plus gros oblige les motos et scooters à être responsables de leur propre sécurité. Je ne compte même plus les fois où on a été frôlés de très près par des camions qui n’avaient pas la patience d’attendre que la route s’élargisse davantage pour leur permettre de passer sans prendre le risque de nous toucher. Les camions et les voitures n’ont quasiment aucune considération pour les petits scooters, c’est vraiment ce qu’il faut garder à l’esprit quand on prend la route !

 

#2 Les animaux sur la route

Si un virage peut cacher un énorme camion qui prend tout l’espace, il peut aussi cacher une basse-cour entière. Les animaux laissés en liberté sont loin d’être rares au Vietnam, il faut donc faire attention à eux aussi. Poules, cochons, vaches, buffles, chiens… Nous en avons croisé des centaines. Leur comportement peut être imprévisible aussi, d’où l’importance encore une fois de ne pas rouler trop vite.

Nous avons aussi croisé beaucoup de troupeaux gardés par des femmes, qui les faisaient avancer en plein milieu de la route. Spectacle dépaysant du bout du monde, nous nous sommes souvent arrêtés pour les regarder passer.

 

Un troupeau de vaches au milieu de la route

 

#3 L’état des routes

Comme en Australie, toutes les routes du Vietnam ne sont pas goudronnées ! Il est important de se renseigner sur l’état des routes avant de les emprunter. A Hà Giang, nous avons dû faire demi-tour en voulant rallier le petit village de Du Gia depuis Bac Me. La route était extrêmement mauvaise et on a abandonné après à peine un kilomètre pour finalement rentrer directement sur Hà Giang City. Prendre des routes complètement défoncées à moto est vraiment désagréable, chaque trou nous fait sauter sur la selle, c’est une horreur. Dès qu’il y a une flaque, il faut en vérifier la profondeur avant de rouler dedans.

La pire route que nous avons prise, c’était dans le district de Hoang Su Phi. On a voulu prendre un raccourci, une route d’une dizaine de kilomètres. Le début était goudronné, très lisse. Après plusieurs centaines de mètres, il n’y avait plus de goudron, seulement de la terre. Criblée d’énormes trous, constellée de rochers, la route est vite devenue infernale mais on a tout de même continué. On a dû descendre de la moto à certains moments tant c’était difficile de rester en équilibre dessus. On a dû franchir des cours d’eau, et on a fini dans une couche de plusieurs centimètres de boue… Il nous a fallu plus de deux heures pour en parvenir au bout. On en a eu des sueurs froides, persuadés qu’on allait devoir abandonner la moto à un moment ou à un autre et qu’on n’arriverait pas à la ramener sur l’asphalte. Après cette expérience, on n’a plus voulu jouer les aventuriers et on ne s’est plus risqués sur des routes de terre si on ne savait pas jusqu’où elles allaient exactement.

 

La route pour aller jusqu’à la tour du drapeau de Lung Cu était l’une des plus mauvaises que nous ayons empruntée !

 

 

PARTIE 2 : NOTRE ITINÉRAIRE

 

Nous sommes partis environ trois semaines dans le nord, le long de la frontière chinoise. On a pris notre temps, les routes sont extrêmement scéniques et parfois on avait envie de nous arrêter à chaque virage pour prendre des photos.

 

Le dernier kilomètre qui sépare le Vietnam de la Chine

 

 

Boucle d’Hà Giang

On a commencé par la boucle la plus connue, celle dite « de Hà Giang ». Elle démarre à Hà Giang, sans surprise. Pour l’instant, elle n’est pas encore très touristique mais je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que le tourisme dans la région ne prenne de l’essor.

Nous avons mis sept jours pour faire la boucle et revenir à notre point de départ, en passant par Tam Son, Dong Van, Lung Cu, Meo Vac, Bao Lac, Khuoi Khon et Bac Me.

C’est une boucle magnifique qui offre des paysages de montagnes à couper le souffle et qui fait passer par des formations naturelles impressionnantes telles que le plateau de Dong Van classé géopark UNESCO ou le col de Ma Pi Leng. C’est l’ethnie Hmong qui est la plus répandue dans la région, il est facile de se rendre dans leurs villages en suivant les petites routes de terre.

 

Un petit village dans la province d’Hà Giang

 

 

Hoang Su Phi

Là encore, c’est une boucle qui a nous a pris sept jours en partant de Hà Giang et en passant par Nam Ty, Vinh Quang, Ban Phung, Coc Pai, Quang Nguyen et Thong Nguyen.

Cette fois-ci, nous n’avons croisé peut-être qu’une poignée de touristes comme nous en une semaine. Le district de Hoang Su Phi n’est pas du tout visité, tout simplement parce que les touristes se concentrent non loin à Sapa. C’est une région magnifique pour voir des rizières en terrasse impressionnantes bâties sur les montagnes par les minorités. Les ethnies que l’on peut rencontrer de ce côté sont les Tay, les Nung, les Dzaos, les La Chi ou encore les Hmong.

 

Rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

 

Petite boucle à Cao Bang

C’est la dernière boucle à moto que nous ayons faite dans le nord, cette fois pendant quatre jours. Partis de Cao Bang, la capitale de la région, nous avons visité le lac Thang Hen, la cascade de Ban Gioc et les villages Nung connus pour la fabrication de couteaux.

Cette région est assez peu visitée également, et elle offre des paysages complètement différents de ce que nous avions pu voir précédemment. Ce sont surtout des rizières plates ponctuées de montagnes karstiques. C’est similaire à ce que l’on peut voir du côté de Ninh Binh, mais certainement plus rural et moins touristique.

 

La vue sur les monts karstiques de Cao Bang depuis une colline près des chutes de Ban Gioc

 

 

Pourquoi a-t-on évité Sapa ?

Dans le nord du Vietnam, Sapa est sur toutes les lèvres. On l’a rapidement constaté en arrivant à Hanoï, toutes les agences de voyage proposent des excursions et des treks dans les rizières en terrasses là-bas. Sapa est un haut lieu du tourisme, tout visiteur du nord du pays se doit d’y aller. La région est réputée abriter les plus belles rizières du Vietnam. Pour le coup, on ne saura pas si c’est vrai ou non, mais on a en tout cas vu de magnifiques rizières en terrasse dans la région de Hoang Su Phi, qui est proche de celle de Sapa.

 

Magnifiques rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

C’est principalement pour éviter le tourisme de masse que nous avons décidé de ne pas nous y rendre. On a vite compris que les rencontres avec les minorités ethniques risquaient d’être biaisées par les rapports à l’argent. Nous avions entendu beaucoup de rumeurs disant que les locaux en habits traditionnels réclamaient de l’argent pour être pris en photo, vendaient énormément de souvenirs conçus spécialement pour les touristes… On voulait essayer de sortir des sentiers battus et d’aller dans des régions moins prisées des touristes, plus authentiques. En étant motorisé, c’était parfaitement possible.

 

 

 

PARTIE 3 : LE QUOTIDIEN

 

 

Le voyage à moto : ce que nous avons fait et vu

Beaucoup de nos amis nous ont demandé comment nous avions fait pour nous débrouiller dans ces régions reculées. Nous avons traversé des villages ethniques, et effectivement personne ne parlait anglais. Parfois même, les habitants ne parlaient pas le vietnamien, juste leur propre dialecte.

La première boucle que nous avons faite nous a permis de réaliser l’ampleur des choses et de mettre en place une sorte de routine. On avait une carte, on nous avait recommandé des routes et des villages, donc on a suivi plus ou moins ce qu’on nous avait dit. Sur la route, nous avons rencontré d’autres voyageurs qui nous ont donné de nouveaux conseils venus s’ajouter aux premiers. Ils nous ont parlé de détours possibles, des bonnes routes ou au contraire des mauvaises, qu’il valait mieux ne pas emprunter.

Les premiers jours, nous sommes partis avec un autre couple de français, puis nous nous sommes séparés et nous avons rencontré d’autres couples avec qui nous avons partagé d’autres sections de route.

Le quotidien à moto, c’est principalement de la route. Dans le nord du Vietnam, les routes sont scéniques, il faut donc en profiter pour rouler, s’arrêter, prendre des photos, et recommencer.

 

Pour voir notre sélection de photos du Vietnam, suivez le lien !

 

Paysage de la province de Cao Bang

 

Les paysages sont absolument grandioses. Entre montagnes, rizières en terrasses, et monts karstiques, les routes sont très impressionnantes. Il fallait parfois compter deux heures pour parcourir seulement une vingtaine de kilomètres tellement on s’arrêtait pour prendre des photos. Lorsque l’on voyage à moto au Vietnam, ce n’est pas la destination qui compte mais bien le voyage !

 

Le plateau de Dong Van dans la province d’Hà Giang

 

Le seul bémol, c’est la pollution. Pendant plusieurs jours, on pouvait voir un voile gris recouvrir les montagnes au loin. La région du Yunnan, dans le sud de la Chine, est située non loin de la frontière vietnamienne et est exploitée pour ses mines. On en a déduit que ce nuage de pollution venait de là et on a entendu à plusieurs reprises des explosions provenant probablement des mines.

Au-delà des paysages sensationnels, on a aussi pu faire quelques visites plus culturelles. Il existe des sites historiques très intéressants, notamment dans la province de Hà Giang. On peut citer le palais du roi Hmong, la tour du drapeau de Lung Cu ou encore l’ancienne prison de Cang Bac Me. Un article viendra prochainement sur ces sites !

 

Edit : l’article sur les sites historiques et culturels d’Hà Giang et Cao Bang est disponible ici !

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Et bien évidemment, les villages ethniques constituent un autre attrait du voyage à moto. Nous n’avons pas hésité à suivre de petites pistes pour arriver jusqu’à des villages du bout du monde. Les enfants sur la route se montrent le plus souvent très enthousiastes en voyant des étrangers : coucous de la main, « hello » criés après nous, grands sourires…

 

Des enfants Hmong rencontrés sur la route !

 

Parfois, les adultes prenaient un air plus méfiant, et on comprenait alors qu’ils ne devaient pas voir d’occidentaux passer souvent dans leur village. Ça a été le cas à Ban Phung, le village des La Chi, une communauté très minoritaire au Vietnam. Perché sur les flancs des montagnes, non loin de la frontière chinoise, le village était niché dans un cadre grandiose, entouré de rizières en terrasses. Mais personne dans le village ne nous a rendu nos sourires… Les gens se sont montrés très méfiants, surtout en voyant notre appareil photo. Ils n’hésitaient pas à se tourner dos à nous pour que nous ne les photographiions pas. Nous n’avons pas insisté.

 

Un petit village près de la frontière chinoise

 

Voyager à moto a été un excellent moyen de nous rendre dans des villages isolés et de rencontrer des gens. Nous avons été invités à plusieurs reprises à boire le thé, manger et même dormir. Un article suivra bientôt sur nos rencontres avec les minorités.

 

Edit : Suivez ce lien pour lire notre article sur les minorités du nord du Vietnam

 

 

La communication sans parler anglais

 

#1 Manger

Pour manger, il ne faut pas être difficile. Il y a des enseignes au-dessus ou à côté des maisons. Les tables et chaises en plastique mettent aussi la puce à l’oreille. Il suffit de s’installer. En général, si on ne dit rien, le propriétaire va nous apporter du bouillon, le fameux phô.

Si on veut autre chose qu’une soupe, c’est tout de suite plus compliqué. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter soit à désigner directement ce qu’on veut du doigt, soit à utiliser un traducteur sur son téléphone. On avait appris les mots basiques en vietnamien tel que « riz », « bœuf », « poulet », « pas de piment », etc., et ça nous a servi. Parfois, la dame nous faisait signe de la suivre et nous emmenait directement dans sa cuisine, où elle attendait qu’on lui montre ce qu’on voulait. Il ne faut pas hésiter à faire de grands gestes pour bien se faire comprendre. La personne en face en fera tout autant pour vérifier qu’elle a bien compris.

Après une semaine à ne manger que des bouillons et du riz, on est arrivés dans la ville de Bac Me. On y a trouvé une petite épicerie, et la dame vendait des boîtes de Vache Qui Rit. On n’a pas pu résister à l’envie de nous faire des sandwichs avec le pain des traditionnels banh mi ! On a refait ça à plusieurs reprises quand on commençait à saturer des nouilles et du riz…

Pour connaître le coût du repas, soit on utilisait une calculatrice pour afficher le prix, soit la personne nous montrait directement le total avec des billets. Au marché, c’est le même principe. A chaque fois qu’on a voulu acheter des fruits, la vendeuse nous montrait les billets qu’on devait donner pour payer.

 

#2 Dormir

Pour dormir, on ne peut pas utiliser d’applications telles que Booking. Les Vietnamiens ne parlent pas anglais donc les homestays ou hôtels ne sont pas référencés sur internet. En arrivant en fin de journée dans un village, il faut juste s’y balader et chercher les enseignes « Nha Ngi », qui signifie « chambre d’hôtes ».

En entrant, il vaut mieux demander à voir la chambre avant d’accepter de s’y installer. Pour cela, rien de plus simple : on montre ses yeux avec ses doigts. Pour éviter les mauvaises surprises, il vaut mieux toujours s’accorder sur le prix avant de passer la nuit. C’est le même principe que pour manger, on utilise sa calculatrice pour demander le prix et éventuellement essayer de négocier.

En général, on n’a jamais payé plus de 200 000 dôngs la chambre, soit 8 dollars.

 

La salle commune de la maison où nous avons eu la chance d’être accueillis le temps d’une nuit dans la province d’Hoang Su Phi. C’est là que nous avons dormi !

 

Tous les hôtels et autres homestays sont obligés de prendre nos passeports pour enregistrer nos numéros de passeport et de visa. La loi vietnamienne les y oblige. Il faut donc donner son passeport dès l’arrivée. Certains vont juste prendre en photos les informations, d’autres vont garder les passeports jusqu’au check out. A Bao Lac, nous avons payé la nuit et le lendemain matin nous avons tout simplement oublié que la dame avait gardé nos passeports. C’est plus d’une heure plus tard, sur la route, qu’on a réalisé qu’on était partis sans. Heureusement, on allait juste voir le petit village des Lolos noirs situé à une dizaine de kilomètres et on savait qu’on allait forcément repasser par Bao Lac le jour même ou le lendemain.

En arrivant dans une petite homestay à Dong Van, on n’était pas encore habitués à devoir donner nos passeports directement. Ce n’était que notre deuxième nuit de road trip. La dame qui nous recevait ne parlait pas un mot d’anglais. Elle s’est mise à faire des gestes qu’on a mis beaucoup de temps à comprendre. Elle montrait son visage avec ses mains, puis mettait ces dernières en coupe qu’elle ouvrait et refermait. Elle essayait juste de mimer un passeport… Devant notre incompréhension, elle a fini par prendre un livre et a désigné son visage. On a enfin compris et on a été étonné, alors qu’elle devait recevoir des étrangers régulièrement, qu’elle n’ait pas juste appris le mot passport en anglais…

 

 

 

PARTIE 4 : QUELQUES ANECDOTES ?

 

#1 Inondation

Arrivés à Cao Bang, nous avons rapidement compris que l’attraction principale de la province était la cascade de Ban Gioc. Il s’agit d’une cascade qui marque la frontière entre la Chine et le Vietnam, elle est donc à cheval sur les deux pays ! C’est d’ailleurs la quatrième plus grande cascade située sur une frontière nationale après les chutes Victoria, du Niagara et d’Iguaçu. Nous avons donc décidé d’inclure les chutes dans notre road trip à Cao Bang. En arrivant dans un petit village à seulement 2 km de la cascade, nous nous sommes installés pour la nuit dans une petite homestay. Le village, enfoncé dans une vallée, était entouré d’une petite rivière et donc accessible uniquement par un pont.

En parlant avec les locaux, il apparaît que la homestay est en fait commune à l’ensemble du village. Les habitants se relaient pour s’occuper des visiteurs. Ainsi, nous étions les seuls à y passer la nuit, excepté un autre touriste coréen. Ce système nous a beaucoup plu parce qu’il incluait de prendre les repas dans la maison d’une famille du village.

Durant la nuit, un violent orage a éclaté. La pluie tombait tellement fort que l’eau ruisselait sur nous à travers le plafond ! C’était un véritable déluge, qui n’a pris fin qu’au matin. Lorsque je suis sortie sur la terrasse, j’ai eu la surprise de constater que le pont et la route que nous avions empruntés hier avaient complètement disparu ! Engloutis sous des trombes d’eau. La petite rivière qui coulait tranquillement la veille encore avait débordé et était sortie de son lit, créant un immense torrent puissant d’eau boueuse. La homestay était entourée d’eau, et le courant semblait si intense que nous n’avons pas tenté de traverser à pied. De l’autre côté, quelques villageois assemblés nous ont fait des signes de la main.

Les toilettes étaient en fait situées au rez-de-chaussée tandis que nous dormions à l’étage ; heureusement d’ailleurs ! Il était tout simplement impossible d’accéder aux toilettes, le niveau de l’eau avait tellement augmenté qu’elles étaient inondées jusqu’à environ 1,50 m de hauteur ! C’était la première fois que nous assistions à un tel spectacle et nous avons été impressionnés de voir à quel point les éléments pouvaient se déchaîner. Nous étions prisonniers de notre homestay.

 

Pendant la crue

 

Après la crue

 

Cette situation pour le moins inhabituelle a changé nos plans. Coincés par la crue, nous avons dû prendre notre mal en patience et attendre environ quatre heures que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir enfin rejoindre le reste du village, en pataugeant tout de même dans la boue. Sur notre petit îlot, nous avons été surpris de voir à quel point le paysage avait changé après seulement une nuit d’orage. Les dégâts n’ont pas eu l’air d’être trop conséquents, heureusement. La famille chez laquelle nous avons déjeuné avait pu mettre en sûreté les meubles du rez-de-chaussée au premier étage. Une fois que le niveau de l’eau a baissé, les villageois ont uni leurs efforts pour dégager le pont et la route de toute la boue accumulée.

On a pu finalement sortir en début d’après-midi et aller voir la fameuse cascade ! Sur les photos que nous avions vues, les chutes sont magnifiques. Il s’agit de la plus grande cascade du Vietnam, dont les eaux sont censées être d’un bleu presque surnaturel. Pour nous, le spectacle a été beaucoup moins photogénique que ce qu’on pensait… Les eaux de la cascade étaient marrons, boueuses, et il avait tellement plu que le flot était plus important que la normale. Une bruine s’échappait des chutes et rendait toute prise de photo quasiment impossible, ou alors il aurait fallu noyer son appareil dans l’opération. On aura vu cette cascade sous un jour que personne ne montre !

 

#2 Les freins qui lâchent

Voilà une histoire qui confirme le fait que conduire au Vietnam peut devenir vraiment dangereux ! Alors que nous roulions depuis plusieurs jours déjà, nous avons décidé d’emprunter une route à flanc de montagne. Après une longue montée, il a bien fallu redescendre et les freins de la moto ont été tellement sollicité qu’ils ont tout simplement arrêté de fonctionner alors que nous nous engagions dans une nouvelle pente. Heureusement, Thibaut a réussi à arrêter la moto grâce au frein au pied avant qu’on ne prenne trop de vitesse. On a eu une peur bleue, et par chance l’incident est survenu à quelques mètres seulement d’un garage situé au beau milieu de nulle part. Une chance pour nous !

Nous avons réussi tant bien que mal à expliquer au mécanicien qu’il devait vérifier les freins en les lui désignant du doigt. Personne ne parlait anglais, évidemment. Après quelques minutes, il a enfourché la moto et l’a conduite un peu pour vérifier que tout était en ordre, et nous avons pu repartir. Au Vietnam, il faut savoir que quasiment tout le monde a des connaissances en termes de mécanique. En cas de panne ou de pneu crevé, il est très facile de trouver de l’aide rapidement, même au milieu de nulle part !

 

#3 Aller en Chine pour une minute

Dans la province d’Hà Giang, la route principale passe parfois très près de la frontière de la Chine. Nous avons pu, à plusieurs reprises, apercevoir les montagnes de la Chine, qui sont tout à fait similaires à celles du Vietnam soit dit en passant ! Au détour d’un virage, Thibaut n’a pas pu résister : on ne se trouvait qu’à quelques mètres de la frontière ! Il a donc décidé d’aller voir de plus près, et de passer les quatre rangées de barbelés qui séparent les deux pays. Une fois de l’autre côté, il est tombé sur ce panneau très rassurant.

 

Le panneau du côté chinois…

 

Il était bien décidé à continuer, mais le bruit d’une voiture à l’approche l’a fait détaler de peur de se faire prendre. On ne plaisante pas avec les autorités chinoises…

 

#4 Conjonctivite et côte cassée

Oui, le road trip à moto a failli virer à la catastrophe !

Après trois jours de route, j’ai commencé à avoir mal à l’œil droit. Je ne portais pas de lunettes de soleil pour protéger mes yeux sur la moto, et c’est probablement ce qui a causé l’infection. Entre le vent, la poussière et la pollution, il est facile de se blesser, ce dont je n’avais pas conscience en partant évidemment. Lorsque la conjonctivite s’est déclarée, nous étions à Lung Cu, à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise et donc au beau milieu de nulle part ! Pas de médecin ni de pharmacie dans les environs… Avec un œil rouge et purulent, il fallait pourtant faire quelque chose. Il a donc fallu soigner ça de manière naturelle, à l’aide d’eau minérale, de sel et de jus de citron vert… Heureusement, en quelques jours c’était fini.

Pour Thibaut, ça a été une autre expérience. Après une chute malheureuse près de Cao Bang, il s’est carrément cassé une côte ! Nous avons malgré tout continué le road trip, parce qu’il n’y avait pas grand chose à faire à part attendre que l’os se ressoude de lui-même. Conduire avec une côte cassée, c’est possible ! Apparemment, c’est douloureux aussi, surtout quand la route n’est pas lisse…

 

#5 Rencontres sur la route

Le voyage à moto a grandement permis de faciliter les rencontres avec les locaux. Les arrêts photos ont souvent poussé les gens des abords à venir nous parler. C’est de cette façon que nous avons pu être invités à manger et dormir, ou juste à voir l’intérieur de maisons traditionnelles. Devant un paysage impressionnant, c’est toute une famille de Vietnamiens qui s’est arrêtée et nous a offert des épis de maïs fraîchement grillés. Un peu plus loin, nous avons croisé un groupe d’enfants qui avaient l’air d’attendre un bus… Ils se sont précipités vers nous, intrigués de nous voir là. Une petite fille a pointé du doigt notre bouteille d’eau, et nous la lui avons donnée. Elle a fait gentiment boire tous les enfants du groupe les uns après les autres.

Nous avons aussi croisé beaucoup de motards aux cargaisons parfois insolites… La moto reste un moyen rapide pour transporter des marchandises telles que des sacs de riz ou des animaux. Nous avons vu bon nombre de cochons vivants littéralement ficelés à l’arrière des motos ou encore des cages remplies de poules, de poussins ou de canards.

 

Une cargaison un poil déséquilibrée…

 

Certains villageois étaient aussi trop pauvres pour pouvoir acheter une moto et marchaient donc simplement sur le bord de la route. Parfois, les femmes portaient leurs bébés à l’aide d’un foulard noué dans le dos. D’autres fois, elles avaient une sorte de panier en rotin ou en plastique pour transporter des marchandises, notamment les jours de marché. Nous nous sommes souvent arrêtés pour les prendre en photo, toujours en demandant la permission.

 

Une Hmong avec son panier en plastique

 

 

BILAN

Ce road trip dans le nord du Vietnam reste l’un des souvenirs les plus forts de notre voyage. On a vu des paysages tous plus splendides les uns que les autres, on a rencontré des gens d’une générosité sans pareille, on a appris qu’on pouvait quasiment tout dire juste avec des gestes et des sourires… C’est une expérience que nous recommandons à tous ceux qui souhaitent vivre une expérience forte et sortir des sentiers battus. Être motorisé confère une liberté quasiment sans limites. Il faut juste garder une chose à l’esprit : ce n’est pas la destination qui importe, mais bien le voyage en lui-même !

 

 

Vue sur le col de Ma Pi Leng

 

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02 Comments

  1. Olga

    It is an amazing adventure! And that story about you bike and the car in front of you close to the chasm – it’s so scary!

    1 novembre 2018 Répondre

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