Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques
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Sur la route du nord du Vietnam – Sites culturels et historiques

Notre road trip dans le nord du Vietnam nous a conduit sur des sites dont l’histoire est très intéressante. Entre palais, prison ou encore artisanat local, nous avons découvert des petites merveilles cachées dans les régions d’Hà Giang et de Cao Bang. Petit tour d’horizon.

 

 

LE PALAIS DU ROI HMONG

Situé dans la vallée de Sà Phìn, le palais fortifié du roi Hmong est un ouvrage architectural à ne pas manquer.

La demeure est construite entre 1919 et 1928 et déclarée en 1993 vestige d’art architectural national pour ses valeurs historiques et culturelles remarquables.

 

L’entrée du palais

 

Histoire

A partir de la fin du XVIIIe siècle, l’ethnie Hmong établit sa domination sur le nord de la province vietnamienne, tout près de la frontière chinoise. C’est la famille Vương, du clan Huang, qui s’impose au pouvoir dans les districts de Dong Van et Meo Vac, position approuvée par la dynastie Nguyễn.

Durant la période coloniale, les Français souhaitent maintenir leur emprise sur ce territoire frontalier de la Chine. Pour s’allier avec cette ethnie, ils reconnaissent Vương Chính Đức roi des Hmong en 1900. Le roi se révèle un fidèle allié des Français, les aidant notamment à réprimer la rébellion d’une tribu locale. Il reçoit même le titre de Général de l’Armée française.

Alors que l’opposition du peuple vietnamien à la colonisation s’accroît, le roi est contraint d’adopter une position plus neutre. Suite à son décès en 1944, c’est son fils Vương Chú Sển qui lui succède et prend le pouvoir. Il change radicalement de position vis-à-vis de la collaboration avec les français puisqu’il décide de s’allier à Hô Chi Minh en faveur de l’indépendance du Vietnam.

 

Architecture

Sur une superficie totale de 1120 m2, le palais se compose de quatre bâtiments reliés par des ailes latérales, formant trois cours intérieures carrées. Chaque maison s’élève sur deux étages. On compte environ soixante pièces comprenant des chambres, des cuisines, des dépendances et la célèbre cave à opium. Le tout est entouré d’un mur d’enceinte de deux mètres de hauteur, conférant à la structure un air de forteresse.

 

Vue sur l’une des cours intérieures depuis le second étage

 

Le palais est un subtil mélange entre principes architecturaux chinois et ornements traditionnels des Hmong. Les matériaux qui ont servi à sa construction – principalement la pierre et le bois – proviennent des deux pays, à la fois du plateau de Dong Van ainsi que du Yunnan, la région située au sud de la Chine et frontalière du Vietnam.

 

Vue depuis l’intérieur de la cour

 

La demeure a été bâtie selon des principes de géomancie utilisés dans l’architecture chinoise, notamment durant la dynastie des Qing (1644-1911) et que l’on retrouve dans de nombreuses maisons du sud de la Chine. Ces principes visent à déterminer le meilleur emplacement et la meilleure orientation possibles pour un bâtiment. En l’occurrence, le géomancien a choisi un terrain entouré de montagnes, la chaîne située derrière le palais rappelant un mur destiné à protéger la demeure et les deux montagnes devant symbolisant la prospérité.

En se promenant dans le palais, on peut observer de nombreux motifs sculptés, notamment sur les colonnes : dragons, chauve-souris, phénix… Ces animaux symbolisent la longévité et la prospérité de la famille royale. Il a fallu dépenser 150 000 pièces d’argent, soit l’équivalent de 150 milliards de dôngs vietnamiens (environ 5,5 millions d’euros) pour construire le palais. Exceptés les murs porteurs qui sont en pierre, le reste est en bois précieux, des planchers aux cloisons en passant par les colonnes.

 

 

 

LA TOUR DU DRAPEAU DE LUNG CU

Il s’agit d’une tour emblématique dans la région de Hà Giang, tant pour sa position géographique – elle constitue le point le plus septentrional du Vietnam – que pour ce qu’elle symbolise : la souveraineté nationale du pays.

Elle culmine à 1700 m au sommet du mont le plus élevé de la commune de Lung Cu, la montagne Rông, qui signifie littéralement « dragon ». Plusieurs légendes se disputent l’origine de ce nom. Pour les Lolos, un dragon aurait atterri sur la montagne et aurait fait cadeau aux villageois de ses yeux, qui se seraient alors transformés en deux lacs. Il est dit que ces lacs ne s’assèchent jamais, et l’on peut les voir depuis le sommet de la tour.

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Pour les Hmong, « Lung Cuu » signifie « vallée de maïs », parce que le maïs est la seule plante cultivée dans la région.

Une autre légende prend racine au temps de la dynastie Tây Sơn. En 1789, après sa victoire contre la Chine, l’empereur Quang Trung aurait ordonné l’installation d’un tambour géant en bronze au sommet de la montagne. Toutes les deux heures, les soldats frappaient trois fois sur le tambour pour affirmer l’intégralité territoriale du pays. Ainsi, certains pensent que Lung Cu dérive de « Long Co », qui signifie littéralement « tambour du roi ».

Quelle que soit la légende que l’on retient, la tour est un symbole national sacré qui fait la fierté des Vietnamiens. Elle est un emblème de la souveraineté du Vietnam face au géant chinois. Le drapeau qui ondule tout en haut de son mât est gigantesque : 54 m2 (9 m x 6 m) pour représenter les 54 ethnies du Vietnam.

Historiquement parlant, il faut revenir au XIe siècle pour comprendre l’origine de la tour : le commandant en chef Lý Thường Kiệt est le premier à faire construire un mât pour marquer la souveraineté territoriale de son pays.

Le mât a été reconstruit à plusieurs reprises, la dernière datant de 2010. Pour y accéder, il faut d’abord grimper 389 marches jusqu’à la tour, puis les 140 marches de l’escalier en colimaçon à l’intérieur de celle-ci. Au sommet, une vue époustouflante sur les rizières en terrasse et les villages ethniques s’étend à perte de vue, jusqu’à la Chine.

 

La vue depuis le haut de la tour

 

 

 

L’ANCIENNE PRISON DE CANG BAC ME

Ce site, situé à quelques kilomètres de la commune de Yên Phù, était à l’origine un poste militaire français, construit pour contrôler la route reliant les trois provinces de Hà Giang, Cao Bang et Tuyen Quang. En 1938, les Français le convertissent en prison afin d’y enfermer les révolutionnaires vietnamiens qui luttent pour l’indépendance de leur pays. En 1942, la prison est abandonnée.

 

L’entrée de la prison

 

Aujourd’hui, on peut toujours voir la tour de guet et les différentes salles de la prison. Le tout est entouré d’un mur de pierre de 190 mètres de long. Si certains bâtiments ont été restaurés au début des années 2000, la majorité sont en ruines. Exceptées quelques plaques qui indiquent en vietnamien la fonction de certains bâtiments, il n’y a aucune explication, le site semble délaissé.

 

Bâtiments en ruine

 

Nous avons passé un bon moment à déambuler au milieu des ruines, et nous sommes même montés tout en haut de la tour de guet. Nous étions seuls sur le site, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’il est extrêmement difficile à trouver. Sur la route, il n’y a aucune indication, aucun panneau. L’ancienne prison est loin d’être mise en valeur, et c’est bien dommage parce qu’il se dégageait des ruines une atmosphère quelque peu romantique et mystérieuse.

 

Les anciennes cellules

 

 

 

LA STÈLE COMMÉMORATIVE DE MA PI LENG

Le col de Ma Pi Leng est l’un des quatre plus hauts cols du nord et surnommé « Roi des cols » du Vietnam. D’une longueur de 24 km, ce n’est pas le col le plus long mais il atteint les 2000 m d’altitude et appartient au Parc géologique du Plateau calcaire de Dong Van, reconnu depuis 2010 comme membre du Réseau global des parcs géologiques (GGN). La route de Ma Pi Leng a été classée site national en 2009.

Selon la langue locale, (le quan-hoa, qui est un idiome chinois), Ma Pi Leng signifie « nez du cheval », allusion aux flancs abrupts et périlleux des montagnes et au fait que les chevaux qui empruntaient le col arrêtaient de respirer. Jusque dans les années 1960, le seul moyen de transport possible pour passer le col est le cheval. La passe de Ma Pi Leng est réputée être ainsi la plus dangereuse du Vietnam.

Au centre du col se situe le canyon de Tu San, au fond duquel on peut voir couler la rivière Nho Qué. C’est le canyon le plus profond du Vietnam et de toute l’Asie du Sud-Est avec ses 800 mètres de profondeur pour une longueur de moins de deux kilomètres.

En 1959 commencent les travaux de la route. Plus de 20 000 volontaires des ethnies du nord du Vietnam unissent leurs efforts pendant cinq ans afin de relier sur 200 km la ville de Hà Giang aux districts de Dong Van et Meo Vac, en passant par le col de Ma Pi Leng sur une vingtaine de kilomètres. Après l’achèvement de cet ouvrage extraordinaire, la route du col de Ma Pi Leng prend le nom de Hanh Phuc, qui signifie « route du bonheur ». C’est un nom bien choisi car cette route permet d’améliorer grandement la vie des locaux, de faciliter la communication et les échanges entre les villes enfin reliées.

Pour commémorer le sacrifice des jeunes bâtisseurs, une stèle a été installée sur le col. Les conditions de vie durant la construction étaient en effet très précaires avec des températures parfois négatives, le manque d’eau, et la nécessité de se suspendre au-dessus du vide sur les parois rocheuses…

 

La stèle en haut du col

 

La stèle en pierre représente un groupe de cinq personnages en costume traditionnel. On peut voir deux femmes et trois hommes, chacun brandissant un outil : une pioche, une lanterne, un maillet, une pelle et une sorte de bouquet de fleurs. Ce sont des constructeurs dont les regards convergent tous vers le même point lointain. Au-dessus d’eux flotte un énorme drapeau gravé de la faucille et du marteau communiste. Sur la base de la stèle ont été gravées des scènes sur chacun des côtés, représentant des décors de montagnes avec des familles réunies et des animaux.

 

Vue de face

 

La route du col de Ma Pi Leng est l’une des plus belles que nous ayons empruntées au Vietnam. Avec ses lacets à flanc de montagne, elle est assurément très impressionnante et les paysages qu’elle offre sont splendides tout du long.

 

 

 

LES MONTAGNES JUMELLES DE QUAN BA

Ces monts ne sont situés qu’à une quarantaine de kilomètres de la ville de Hà Giang, ce qui en a donc fait notre premier arrêt. Il s’agit de deux montagnes calcaires qui constituent une caractéristique unique du plateau de Dong Van en ce qu’elles évoquent la forme de deux seins.

D’un point de vue géologique, ces montagnes jumelles résultent d’un processus d’érosion des roches calcaires ayant eu lieu il y a plusieurs millions d’années. Chaque mont occupe une surface de 3,6 hectares.

Selon les habitants de la région, ces montagnes sont issues d’une légende qui se transmet de génération en génération. La fée Hoa Dao tomba éperdument amoureuse d’un jeune homme Hmong qui jouait du Dan Moi, un instrument de musique en bambou traditionnel. Elle quitta alors le Ciel pour se marier avec lui, sans le dire à l’Empereur du Ciel. Le couple eut un fils, mais l’Empereur, furieux, envoya sa cour chercher la fée. Avant de partir, la fée Hoa Dao laissa ses seins sur terre pour s’assurer que son enfant ne manque pas de lait maternel. Grâce à elle, son fils a pu être bien nourri et s’est changé en un homme fort et vigoureux. Plus tard, les seins de la fée furent transformés en deux montagnes, appelés dorénavant « Montagne doublée de fée ». La légende dit que grâce à son lait, la région est devenue très fertile et possède des récoltes abondantes de céréales, de légumes et de fruits.

Il est dit aussi que les larmes que la fée Hoa Dao a versé au moment de quitter sa famille ont formé le fleuve Mien.

 

Les montagnes de Quan Ba (au centre)

 

Malheureusement pour nous, il ne faisait vraiment pas beau lorsque nous sommes passés voir les montagnes. Une brume opaque recouvrait le paysage et il pleuvait, d’où la photo de piètre qualité qui ne reflète en rien la beauté du lieu.

 

 

 

LES COUTEAUX DES NUNG

Dans la province de Cao Bang, la route qui mène aux célèbres chutes de Ban Gioc nous a conduit dans une série de petits villages appartenant à la commune de Phuc Sen. Ces hameaux sont réputés dans tout le nord du pays pour leurs ateliers de forgerons et leur production de couteaux d’excellente qualité. Plus de 150 familles vivent de la forge dans la commune de Phuc Sen. Elles sont réparties sur six hameaux, la commune en comptant dix. Leur savoir-faire se transmet depuis des centaines d’années. Si les couteaux sont les plus réputés et suffisamment tranchants pour couper les os des carcasses, les forgerons fabriquent également des outils agricoles tels que des marteaux ou des faucilles.

Nous nous sommes arrêtés le temps d’une après-midi pour les rencontrer et les observer travailler. Nos pas étaient rythmés par les coups de marteau frappés sur les enclumes qui résonnaient dans les ruelles. En nous baladant dans le hameau, nous avons trouvé une immense forge où tout le minerai est stocké.

 

Le minerai d’acier

 

L’acier est chauffé dans un four pour être transformé en lamelles de plusieurs mètres de longueur. La rumeur veut que les Nung utilisent des matériaux récupéré, notamment l’acier des ressorts de suspension de voitures d’occasion. Personnellement, nous n’en avons pas vu mais peut-être que c’est effectivement le cas dans d’autres hameaux que celui que nous avons visité.

 

Les lamelles de métal

 

Une fois les lamelles froides, elles sont de nouveau chauffées à blanc pour être passées à la presse et étirées. Un homme vient ensuite les charger sur sa moto pour les distribuer dans les différents ateliers du village.

 

Les lamelles sont chauffées pour être passées à la presse à gauche

 

Là, le forgeron pèse ce dont il a besoin puis coupe sa lamelle pour obtenir les dimensions appropriées à la lame qu’il va fabriquer.

 

La pesée

 

L’acier est chauffé au rouge puis martelé sur une enclume à l’aide d’un marteau. Chez les Nung, le manche en bois est fabriqué en dernier.

 

Le martelage sur l’enclume

 

Les couteaux sont ensuite vendus tout le long de la route. Il est possible de s’arrêter pour étudier les différents modèles et tester les lames. Certains forgerons vendent directement leur production devant chez eux tandis que certains vendeurs n’ont pas d’atelier et semblent récupérer les couteaux ailleurs dans le hameau pour les revendre.

 

Les couteaux prêts à être vendus

 

 

 

En racontant notre expérience de road trip, nous avions surtout évoqué les paysages magnifiques dont regorge le nord du Vietnam. Il ne faut pas oublier que les régions frontalières de la Chine ne sont pas que paysages sublimes. Un road trip peut conduire sur de très beaux sites historiques ou dont l’identité culturelle est forte. Ces arrêts sont vraiment à ne pas manquer ! Les traditions, monuments et légendes des ethnies du Nord peuvent donner une tout autre vision du Vietnam.

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