Sydney
Australie Patrimoine bâti

Sydney

Nous venons de quitter la capitale du New South Wales après trois semaines de travail et de découvertes. Avant de partir en road trip pour un mois et demi le long de la côte est de l’Australie pour rejoindre Cairns, nous devons vous présenter cette incroyable ville qu’est Sydney.
Un article serait bien trop court pour présenter l’entièreté de la ville qui, comme nous le disions dans un autre article, est gigantesque. À l’instar de Redfern, chaque quartier a sa petite histoire et ses points d’intérêts. Le centre historique et touristique de la ville est principalement concentré autour du quartier des affaires, le CBD.

                                                     Le CBD de nuit

 

Beaucoup ne connaissent de Sydney que son opéra – qui est une prouesse architecturale et (même si cet avis est bien subjectif) une merveille pour les yeux – le centre historique regorge pourtant de lieux patrimoniaux tous aussi intéressants que diversifiés.

En face de l’opéra, dominant la baie et visible à plusieurs dizaines de kilomètres, se trouve le Harbour Bridge (on l’a tous vu au moins une fois au journal télévisé, embrasé d’un feu d’artifice, lors du passage au premier de l’an). Le Harbour Bridge permet de relier le sud et le nord de la baie de Sydney. Y passent voitures, lignes de métro et piétons, dans les deux sens. Nous l’avons traversé à pied et il faut avouer que la vue est époustouflante. Le Harbour Bridge a été ouvert en 1932. Il est entièrement construit de poutres et poutrelles de fer ; comme la Tour Eiffel, c’est un mécano géant.

 

                                                      Le Harbour Bridge devant l’Opéra

 

L’Opéra de Sydney a été inauguré quant à lui en 1957. C’est une oeuvre de l’architecte danois Jørn Utzon. Pour beaucoup il ressemble à un bateau surmonté de voiles immenses. Petit élément que nous ignorions et que l’on constate lorsqu’on s’approche de ces « voiles » : celles-ci sont entièrement recouvertes de carreaux de céramique blanche et écru. L’opéra est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. Il représente une innovation majeure dans les méthodes de construction. L’UNESCO le définit lui-même comme « une magnifique sculpture urbaine soigneusement intégrée dans un remarquable paysage côtier et un édifice à valeur d’icône de renommée mondiale ».

 

                                                     Les « voiles de l’Opéra »     

 

Ces deux édifices ne sont pas situés côte à côte à cet endroit par hasard. Le tablier du pont échoue au sud de Sydney dans le tout premier quartier de la ville : The Rocks. C’est au niveau du Harbour Bridge qu’a débarqué la première flotte anglaise le 26 janvier 1788.
Le lieutenant William Dawes installa à l’emplacement des piles du pont actuel un observatoire dans lequel il passa trois ans. La petite histoire veut qu’il y ait rencontré une femme aborigène Cadigal, Patyegarand, qu’ils soient devenus amis et qu’ils aient appris leurs langues respectives.
Juste sous le pont actuel est placé également le premier fort défensif de la baie dès 1791.

 

                                                   Les piles du Harbour Bridge, lieu du premier débarquement

 

Comme d’autres villes coloniales, les rues de Sydney vont s’étendre selon un plan en damier, réseaux de rues parallèles horizontales et verticales se croisant perpendiculairement. Les trois rues principales, qui traversent la grande partie du CBD du nord au sud, sont Elisabeth Street (pas loin de 9 kilomètres de long), Macquarie Street, et George Street, la première rue d’Australie qui court de The Rocks à Central Station.

 

                                                    George Street

 

Cette dernière, ouverte en 1788, était pavée de bois, comme la majorité des rues de Sydney à la fin du XIXe siècle. Autour de 1880, les rues de la ville étaient encore en terre, poussiéreuses et boueuses après la pluie. Le conseil de Sydney eut alors l’idée de recouvrir les rues de pavés de bois, woodblocks, qui se révélaient silencieux, durables, élégants et simples à mettre en place. Les blocs de bois étaient nettoyés à l’eau chaque nuit et désinfectés pour éviter les maladies. Durant la journée, des employés qu’on appelait les block boys étaient chargés de ramasser les détritus et les excréments des chevaux. Les derniers blocs furent posés autour de 1930. Aujourd’hui recouvertes de bitume, certaines sections existent toujours, comme le montre la photo ci-dessous.

 

                                                   Les woodblocks

 

George Street traverse tranquillement le quartier d’affaires et ses tours immenses puis plonge jusqu’à Central Station, la plus grande gare ferroviaire australienne vieille de 100 ans.
Elisabeth Street, une centaine de mètre à l’est, débute parallèlement au niveau de l’Opéra, traverse le CBD et longe Hyde Park, puis s’enfonce dans la banlieue sud de la métropole. Un peu plus loin encore, et toujours parallèle, débute Macquarie Street au niveau de l’Opéra. Le long de cette rue, qui s’élance jusqu’au sud de Hyde Park, se trouvent les principaux lieux historiques de la ville.

Nous ne les évoquerons pas tous. Il serait bien trop rébarbatif d’évoquer le jardin botanique historique, le monument aux morts d’Hyde Park, la maison du Parlement du New South Wales, l’ancienne maison du gouvernement, la court de justice et d’autres encore. Nous allons nous contenter d’évoquer brièvement trois bâtiments d’importances situés aux alentours d’Hyde Park : The Mint, l’Hyde Park Barracks et la Cathédrale Sainte-Marie.

The Mint est le plus vieux bâtiment existant de Sydney et donc de l’Australie. Il a l’aspect d’une imposante maison coloniale à deux étages entourés de colonnades et de balcons. C’est en fait le premier hôpital de Sydney dont la construction en 1810 est due à l’un des gouverneurs militaires les plus emblématique de l’histoire de Sydney, arrivé un an plus tôt en Australie : le Major General Lachlan Macquarie. Gouverneur durant douze ans, il organise la colonie, le commerce et l’agriculture, ainsi que l’administration et le système légal. Il développe le réseau de routes et de ponts et fait construire pas moins de 250 bâtiments dont l’hôpital, achevé en 1816. Pouvant accueillir 200 patients dans trois ailes, le complexe hospitalier va rapidement évoluer. L’aile nord va être utilisée par le Conseil législatif dès 1829 ; c’est aujourd’hui la Maison du Parlement.
De 1855 à 1926, c’est au sein du bâtiment que seront frappées les monnaies d’or australiennes. Pendant 70 ans, 1200 tonnes d’or y seront transformées en pièces. Seule l’aile sud, donnant sur la rue Elisabeth, a conservé son aspect originel et se visite de nos jours.

 

                                                    The Mint

 

Quelques mètres plus loin sur la rue, un portail encadré de deux guérites de pierre nous permet d’accéder à une cour au centre de laquelle trône l’Hyde Park Barracks. Ce bâtiment d’un seul bloc de trois étages fait partie des 11 sites australiens à avoir été inscrits en 2010 sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO, et qui présentent l’histoire pénitentiaire de l’Australie.
Entre 1788 et 1868, près de 166 000 détenus hommes, les convicts, furent transportés, via 960 bateaux et huit mois de voyage, en Australie. 50 000 d’entre eux passèrent par les Hyde Park Barracks. Ceux-ci pouvaient normalement accueillir 600 détenus en même temps, mais ce sont près de 1300 hommes qui s’y trouvèrent simultanément au plus fort de l’occupation du lieu.
Aujourd’hui, un Australien sur dix a un ancêtre détenu. Tabou pendant des décennies, avoir un ancêtre prisonnier est aujourd’hui une fierté familiale.
Nous comptons durant notre tour de l’Australie aller découvrir d’autres de ces lieux exceptionnels, nous reparlerons alors de l’histoire pénitentiaire de ce pays, de la vie des détenus et de leur implication dans la construction de la ville de Sydney.

 

                                                                 L’Hyde Park Barracks

 

Enfin, le troisième bâtiment que nous voulions évoquer est la cathédrale. Naïvement, nous aurions pu espérer trouver dans cet édifice religieux une originalité voire un trait caractéristique propre à l’Australie, que ce soit dans son architecture ou son ornementation. C’était une erreur. A leur arrivée en Australie, les Anglais ont appliqué le culte catholique comme en Europe et ont construit un édifice entièrement dédié à ce culte selon un schéma totalement similaire aux églises anglaises. (précisons que le culte anglican est lui aussi appliqué en Australie et que l’église anglicane principale de Sydney est St-James, édifiée en face de l’Hyde Park Barracks au moment où Lachlan Macquarie était gouverneur). Les travaux de la cathédrale, dédiée à Sainte-Marie de la Croix, ont débuté en 1838 et se sont achevés en l’an 2000 avec la construction des deux flèches. Elle revêt le plus pur style néo-gothique européen : plan en croix, façade à deux tours ressemblant à Notre-Dame de Paris, longue nef de pierre, choeur de grès jaune avec un bel autel en marbre blanc, tour du transept à l’anglaise à l’image de la Cathédrale de Canterbury, et partout les effigies des saints.

 

      

               La Cathédrale Sainte-Marie

 

Sydney regorge par ailleurs de petits lieux de culte (de nombreux courants religieux sont représentés) qui n’ont pas, à notre avis, de grand intérêt ni esthétique ni historique. Il serait bien trop long d’en faire une liste.

 

                                                       Une église de Sydney

 

La banlieue de Sydney s’étend, quant à elle, à perte de vue, sans unité architecturale. De rares bâtiments présentent en façade une année de construction antérieure à 1900. Petit élément esthétique que nous retrouvons cependant sur beaucoup de maisons individuelles dans les quartiers proches du CBD, des balustrades en fer forgé aux motifs de dentelle, pouvant parfois entourer le balcon par des liserés sculptés en bordure des toits.

 

                                                           Liserés de fer forgé

 

Les traces historiques et les points d’intérêt se limitent cependant au coeur de la ville. En nous éloignant pour poursuivre notre route vers le nord, nous ne voyons de Sydney que des banlieues pavillonnaires éloignées qui se succèdent par d’interminables rangées de maisons toutes identiques : pavillons de plein pied, grosse berline ou 4×4 garés dans l’allée, jardins ouverts sur la rue sans barrière, verdure taillée au cordeau, et partout la répétition des Macdonalds, KFC, Woolworths, Coles, Big W et autres enseignes qui marquent l’expansion urbaine du Sydney moderne.

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01 Comment

  1. Duigou

    Commentaires passionnants

    13 mai 2017 Répondre

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