Un petit tour dans les Flinders Ranges
Australie Patrimoine bâti

Un petit tour dans les Flinders Ranges

Les Flinders forment la plus grande chaîne de montagnes d’Australie-Méridionale. Découvertes par le capitaine Matthew Flinders au tout début du XIXe siècle, ces montagnes sont situées dans l’Outback quelques 300 kilomètres au nord d’Adélaïde et de la côte. Nous avons choisi d’y passer deux jours, et ce petit détour a gardé une saveur incroyable car nous savions que ce serait notre dernière expédition dans l’Outback.

Depuis Port Augusta, il n’y a qu’une centaine de kilomètres à parcourir pour accéder au parc national des Flinders. La route suit l’ancienne voie ferrée jusqu’au village de Quorn, qui a été notre premier arrêt. Ce petit village de 1000 habitants s’est développé grâce à la construction, entre 1878 et 1891, d’une voie de chemin de fer reliant Port Augusta à Oodnadatta. En 1926, commencent des travaux pour étendre la voie jusqu’à Alice Springs et créer ainsi la célèbre ligne du « Afghan Express ». La voie ferrée est complétée en 1929 et nommée en hommage aux chameliers afghans qui conduisaient les caravanes dans le désert avant la construction de la voie ferrée. Il est même dit que c’est à Quorn que le surnom de « Ghan » a été utilisé pour la première fois en 1923. Le train est encore populaire aujourd’hui, permettant de traverser tout l’Outback d’Adélaïde à Darwin.

 

La gare de Quorn

 

Le village de Quorn est devenu un point de jonction important grâce à l’ouverture de la ligne le reliant à Peterborough en 1881 puis de celle traversant le Nullarbor, appelée Trans-Australia Railway. Finalement, la gare de Quorn est fermée définitivement en 1972 suite à la construction d’une nouvelle ligne du Ghan. Six mois dans l’année, il est tout de même possible de rejoindre Port Augusta depuis Quorn en empruntant la ligne originale du Ghan, appelée Pichi Richi sur ce tronçon. La gare de Quorn témoigne de l’importance que la ville a pu connaître.

Typique de l’Outback, on a comme l’impression de faire un saut dans le temps en parcourant les rues du village. Le centre-ville a gardé ses vieux bâtiments coloniaux ; leurs façades nous ramènent au XIXe siècle.

 

 

Les boutiques de Quorn

 

 

Les boutiques de Quorn

 

Quorn marque l’entrée dans l’Outback et les Flinders. La route qui mène au cœur du désert et des montagnes offre des vues à couper le souffle. Au loin se détachent les pics des monts au milieu d’une végétation jaunie, ponctuée de quelques arbres assoiffés. Malgré la sécheresse ambiante, la faune est abondante. Il n’est pas rare d’apercevoir des groupes de kangourous sauter dans les hautes herbes, ou même des émeus marcher tranquillement près des routes.

 

Un émeu sauvage

 

Kangourou !

 

De nombreuses bâtisses jalonnent la route. Ce sont les ruines d’anciens villages ou de stations qui parsèment la région. Les édifices abandonnés donnent à ce décor une touche quelque peu décalée, comme hors du temps.

 

L’un des bâtiments abandonnés du village de Wilson

 

Les restes de la civilisation coloniale sont nombreux ici. Les conditions sont extrêmes dans la région, le manque d’eau et l’isolement ont rendu l’agriculture et l’élevage presque impossibles, et nombreux sont les fermiers et bergers qui ont dû renoncer.

Au XIXe siècle, l’Australie est encore un pays en exploration, et il est difficile pour les fermiers de savoir exactement où s’installer pour prospérer. C’est ainsi qu’en 1865, l’arpenteur en chef George Goyder est envoyé en Australie-Méridionale dessiner une carte divisant les terres qui reçoivent suffisamment d’eau, et celles qui au contraire connaissent de fortes sécheresses. Après une traversée de 3200 km à cheval, il soumet au gouvernement d’Australie-Méridionale sa carte incluant une ligne de démarcation appelée Ligne de Goyder. Cette ligne divise les régions nord, trop arides, de celles du sud qu’il déclare arables. Il est déconseillé de s’installer au nord de la ligne, c’est-à-dire au nord de Port Augusta. Certains tentent pourtant, et échouent, d’où le nombre important de stations abandonnées dans les Flinders, situées dans la zone aride.

La région est contrastée. D’un côté, la colonisation est palpable et les ruines des stations témoignent de la difficulté des premiers colons à s’installer dans les Flinders. De l’autre, les sites aborigènes montrent que les premiers habitants de la région savaient comment vivre en harmonie avec la nature, aussi hostile soit-elle.

Les Aborigènes Adnyamathanha – Peuple des Collines ou des Rochers – vivaient depuis près de 40 000 ans dans les Flinders lorsque les colons européens ont pris possession de leurs terres. Aujourd’hui, ils sont reconnus comme les propriétaires traditionnels des Flinders. Leur mode de vie a changé avec l’arrivée des premiers colons dans les années 1850. Le mode de vie traditionnel a complètement disparu après 50 ans d’installation européenne, les Aborigènes travaillant dans les exploitations pastorales. Les deux groupes, pourtant différents, se sont unis pour fonder l’industrie pastorale d’Australie-Méridionale. Aujourd’hui, bon nombre de ces fermes ont été abandonnées, mais la culture aborigène demeure.

Les premières distributions de terres dans la région ont lieu en 1851, et les stations de Aroona, Arkaba et Wilpena sont établies cette même année. Wilpena est restée fonctionnelle pendant 135 ans avant d’être délaissée. Elle fait aujourd’hui partie de la liste du patrimoine d’Australie-Méridionale car elle témoigne du riche passé pastoral des Flinders. La station était aussi pourvue de bâtiments visant à accueillir les voyageurs se rendant dans le désert. Dans les années 1850, des gisements de cuivre sont découverts dans la région et l’intérêt pour le « Far North » s’en voit décuplé. Des maisons sont ainsi établies le long des routes sur les exploitations pastorales. Les voyageurs peuvent s’y arrêter pour dormir, manger, acheter des fournitures au magasin, faire des réparations auprès du forgeron ou encore permettre à leurs chevaux de se reposer dans les étables ou les prés alentours.

 

L’ancienne station de Wilpena

 

Au sein de l’ancienne station de Wilpena, un espace a été dédié à un projet aborigène promouvant un futur tourné vers la tolérance et le respect. Appelé « Ikara – the meeting place » (le lieu de rencontre), il s’agit d’une spirale historique racontant l’histoire aborigène au travers de la perte de leurs terres, de leur adaptation à la vie coloniale, et de la survie de leurs traditions. Des bancs ont été placés tout autour de la spirale pour permettre aux visiteurs de s’asseoir et de prendre le temps de s’imprégner de l’histoire.

 

Ikara – The meeting place

 

Le terme « Ikara » désigne également, pour les Aborigènes, ce que les colons ont nommé « Wilpena Pound ». L’un des attraits touristiques des Flinders est cet amphithéâtre naturel formé par les montagnes au sein de la chaîne. Les premiers habitants du Pound étaient bien sûr les Adnyamathanha. Selon leur légende, l’amphithéâtre est formé des corps de deux Akurra (Serpents du Temps du Rêve) ayant encerclé un groupe de personnes rassemblées pour une cérémonie. Le groupe vit d’abord des étoiles dans le ciel, qu’ils prirent comme le signe qu’ils attendaient pour commencer la cérémonie. Mais les étoiles étaient en fait les yeux des deux Serpents qui les regardaient. Ces derniers mangèrent tout le groupe. La tête du serpent mâle a formé alors Saint Mary’s Peak, le plus haut sommet du Pound mais aussi des Flinders. La tête du serpent femelle a quant à elle formé Beatrice Hill. La légende est illustrée au sein de l’abri aborigène appelé Akurra Adnya ou Arkaroo Rock.

Située à la base du Wilpena Pound, la grotte doit son nom aux serpents ancestraux appelés Akurra ou Arkaroo. Les peintures sont vieilles de plusieurs milliers d’années et ont été réalisées au charbon et à l’ocre rouge. Elles représentent des animaux comme des serpents et des oiseaux, des trous d’eau et même des êtres humains.

 

La randonnée vers Arkaroo Rock

 

Les peintures d’Arkaroo Rock

 

Détail

 

Pour les premiers colons, le Wilpena Pound a un intérêt tout autre. Les premiers explorateurs comprennent immédiatement le potentiel de la formation géographique. Ses murs naturels, sa source d’eau permanente et son unique entrée en font un endroit parfait pour y élever du bétail.

 

Le Wilpena Pound vu de l’intérieur

 

Le premier gérant du bail pastoral à Wilpena a été Henry Price, jusqu’en 1889. Après sa mort, les terres du bail sont divisées et c’est la famille Hill qui en obtient une partie en 1901. Contre toute attente, ils décident de se lancer dans la production de blé. Si loin au nord de la ligne de Goyder, l’entreprise semble impossible. Mais le Pound bénéficie de pluies plus importantes que dans le reste de la région autour d’Hawker et les Hill parviennent à produire du blé dès 1902. Le plus dur était de sortir le blé du Pound, entreprise très difficile étant donné qu’il n’existe qu’un seul passage, appelé The Gap, constitué de marécages et d’énormes rochers. Les frères Hill doivent construire une route ainsi qu’un pont pour enjamber la rivière, et tout doit être fait à la main. La construction prend des années. La route finit par être détruite en 1914 suite à de fortes pluies et inondations. Découragés, les Hill abandonnent le Pound. Ne reste aujourd’hui plus que leur maison, Glenallen.

 

La maison de Glenallen au sein du Wilpena Pound

 

La maison de Glenallen

 

De nombreuses fermes des Flinders ont subi le même sort que celle de la famille Hill. Leurs ruines sont éparpillées partout dans les montagnes, comme l’ancienne église d’Arkaba, qui a aussi servi d’école de 1888 à 1918. Le village d’Arkaba est l’un des premiers à être fondé dans les Flinders, dès 1851, la même année que Wilpena et Aroona.

 

L’ancienne église d’Arkaba

 

Un an plus tard est établie la station de Kanyaka, à seulement 40 km au nord de Quorn. C’est d’ailleurs la première que nous avons visitée. Construite en 1852 par Hugh Proby, c’était au départ une cattle station, édifiée pour l’élevage du bétail, avant d’être transformée en sheep station, c’est-à-dire en élevage de moutons. La station s’agrandit jusqu’à abriter plus de 70 familles, sur 945 km2. La région des Flinders étant très sèche et isolée, il était important pour la station de devenir auto-suffisante pour que ses résidents puissent survivre. Ce sont finalement plusieurs périodes de sécheresse qui ont causé le départ des habitants de Kanyaka, notamment entre 1863 et 1867, années durant lesquelles plus de 20 000 moutons trouvent la mort. L’ouverture d’une nouvelle ligne de train en 1881, qui ne fait pas d’arrêt à Kanyaka mais à Wilson, 10 kilomètres plus loin, semble aussi avoir été une cause de l’abandon de la station, en 1888.

 

Les ruines de la station de Kanyaka

 

Les ruines de la station de Kanyaka

 

Les bâtiments en pierre ont résisté au temps, et l’on peut se promener dans les maisons et les anciens ateliers. Un cimetière a été établi un peu plus loin au bout d’un petit chemin.

 

Le cimetière de Kanyaka

 

A quelques centaines de mètres de la station, on peut marcher jusqu’au Death Rock (Rocher de la Mort) et au Kanyaka Waterhole, deux lieux sacrés pour les Aborigènes. Le trou d’eau permanent offrait aux Aborigènes, avant l’arrivée des Européens, un endroit sûr où camper. Le rocher, quant à lui, est lié à une légende voulant que les mourants s’allongent dans son ombre pour y attendre la mort.

 

Kanyaka Waterhole

 

En marchant vers le bassin, nous avons dérangé bon nombre de kangourous qui venaient s’y abreuver. Un peu plus loin, le long de la route, on peut aussi trouver les restes de l’ancienne voie du Ghan, à moitié enterrée dans le sol.

 

L’ancienne voie ferrée du Ghan

 

La petite randonnée qui ramène vers la station, l’une des plus grandes que la région ait compté, permet de marcher vers le passé, entre sites coloniaux et sites aborigènes. C’est l’impression que nous auront laissées les Flinders – une marche dans le passé, une impression un peu mélancolique, mais pleine de charme.

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