Viêt Nam, un brin d’histoire : Partie 3
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Viêt Nam, un brin d’histoire : Partie 3

La guerre du Vietnam est la première guerre médiatisée, télévisée, radiodiffusée de l’histoire. Chaque moment, même le plus horrible, a été enregistré. Le cinéma ne nous a montré qu’une vision, le point de vue des soldats américains. Des films comme Voyage au bout de l’enfer ou Apocalypse Now ne donnent pas le beau rôle aux GI ; d’autres comme Rambo II nous présentent les Vietnamiens comme les grands méchants. On croyait donc la connaître cette guerre, et lorsque nous avons visité le Musée des vestiges de la guerre d’Hô-Chi-Minh-Ville, nous nous sommes rendus compte qu’on ne la connaissait pas si bien que ça.

C’est dans ce musée vieillissant, à la scénographie hors d’âge, que nous avons compris comment le Vietnam perçoit cette guerre.

 

L’origine

 

Suite à la défaite française de Diên Biên Phu, le Vietnam est coupé au niveau du 17e parallèle : la République démocratique du Vietnam, régime communiste fondé par Hô Chi Minh, au nord et la République du Vietnam, pro-américaine, au sud.

Dès 1955, la République démocratique du Vietnam affiche sa prétention de réunifier le pays dans un régime communiste soutenu par la Chine et la Russie. Avec l’aide du Front de Libération National du Sud-Vietnam (le fameux Viêt Công), des infiltrations commencent au sud.

La République du Vietnam est quant à elle alliée au bloc libéral de l’ouest et avant tout aux Etats-Unis. En pleine guerre froide, c’est donc au Vietnam que vont s’affronter le plus férocement les blocs de l’ouest et de l’est.

Par l’envoi de conseillers militaires américains au sud, l’Amérique entre en guerre en 1955.

 

Le Musée des vestiges de la guerre

 

Le deuxième étage du musée est entièrement consacré à deux expositions photographiques.

Les murs sont blancs. Il n’y a que très peu d’informations sur la guerre, pas de chronologie détaillée. Seules environ 150 photographies sont accrochées suivant un plan chronologique.

Nous commençons avec la première guerre d’Indochine, des photos de l’armée française au Tonkin. Nous voyons les combats, les soldats, les prisonniers, les champs de bataille. Ne sont présentées que quelques photos sur la guerre d’Indochine et sans transition nous enchaînons avec la guerre du Vietnam dite aussi « deuxième guerre d’Indochine ». Nous comprenons alors à quel point la guerre d’Indochine et celle du Vietnam sont liées.

Nous n’avons pas le droit de prendre des photos au Musée des vestiges de la guerre. Et nous n’en montrerons pas dans cet article. A vrai dire, l’envie n’est pas là. Rien ne sert de photographier des photographies qui ont déjà immortalisé l’horreur. Et puis la puissance des mots suffit. Dans ce musée, rien ne nous est épargné et les abominations nous frappent de plein fouet.

Les photos d’abord en noir et blanc évoluent avec le temps et deviennent couleurs. Le corps d’un guérillero du Viêt Cong déchiqueté par une bombe américaine et c’est tout le sang rouge sombre qui ressort. Ce morceau de cadavre dont pend la tête, porté du bout des doigts par un soldat américain tel un vulgaire trophée, et la nausée prend.

Des cartels indiquent les noms des photographes. Ils sont venus des quatre coins du monde et ont tout mis en image. Certains ont reçu des prix pour des photos historiques : la célèbre photo de Kim Phuc, cette jeune fille courant nue en pleurs brulée par le napalm est là devant nos yeux.

Certains photographes sont morts pendant les combats, d’une balle ou d’une mine. Leur dernier cliché est présent.

 

Nous comprenons par l’image que le Viêt Cong – ces paysans-résistants menant guérilla au sud du Vietnam – est dénué de toute logistique militaire. On les voit en guenilles, pieds nus, armés de fourches et de vieux fusils.

On perçoit l’incompréhension des soldats américains face à cette guérilla nouvelle. On voit les meurtres faciles commis, l’irrespect des règles de la guerre et des droits de l’homme, parfois les viols, et pour lesquels ils n’ont jamais été sanctionnés par un tribunal international.

Le moment où un officier américain exécute arbitrairement des paysans Vietnamiens est figé pour l’éternité. Tout comme celui où les prisonniers sont attachés par des sangles qui leur empêchent le moindre mouvement musculaire, bétail prêt pour l’abattoir.

 

L’évolution de guerre

 

Les américains sont dépassés par la guerre. Les GI s’enlisent dans les rizières et la jungle tropicale. Ils sont pris dans la mousson qui transforme les lieux de combat en champs de boue et qui change le moindre ruisseau en fleuve.

Si les forces mécaniques américaines sont cent fois supérieures à celles du Viêt Cong, les soldats ne sont pourtant pas préparés à ces hommes habiles, résistants aux pluies et maladies tropicales, qui s’abattent par centaines sur les campements à n’importe quel moment du jour et de la nuit, guérilléros aguérris.

Les hommes du Viêt Cong se cachent dans les campagnes, ils se font passer pour de simples paysans et se rendent quasiment indétectables. C’est la folie qui prend alors l’armée américaine et ses commandants.

Pour dégager le terrain et en finir avec cette résistance anarchique, l’armée investit des sommes astronomiques dans cette guerre. Des centaines d’avions bombardent les campagnes de bombes de napalm – cette essence en gelée qui colle à la peau et brûle profondément les tissus et les chairs.

Pour comparatif, pendant la Seconde Guerre mondiale les américains lâchèrent sur toute la surface de l’Europe près de 5 millions de tonnes de bombes. Sur le seul Vietnam du Sud, en 17 ans, 14 300 000 de tonnes de bombes sont lâchées.

Et pourtant le Viêt Cong résiste toujours.

Un herbicide, défoliant hautement chimique, l’agent orange, est alors pulvérisé par avion sur les forêts et les jungles pour tuer la végétation, dégager le terrain et empêcher les résistants de se cacher. Des millions de litres d’agent orange pour un véritable écocide.

 

Toujours plus de photos

 

La deuxième partie de l’exposition photographique se consacre à montrer les horreurs dues au napalm.

Le pays est rasé, jusqu’à la capitale impériale d’Hué en partie détruite par les bombes américaines.

Tandis que l’opinion internationale est rivée sur sa télévision et descend dans la rue pour dénoncer cette guerre dévastatrice, les images exposées montrent les mutilés, les enfants criblés d’impacts et brûlés par le feu napalm, les hommes démembrés, les familles sans toit, les hôpitaux surchargés, le monde impuissant.

Au fur et à mesure que nous avançons dans l’exposition, nous prenons conscience de l’ignominie déclenchée par la folie américaine. Et nous ne comprenons pas comment une telle puissance a pu en arriver là. Nos gorges sont nouées. Certains visiteurs pleurent. Nos yeux à nous arrivent à rester secs, frappés d’effroi.

Il faut savoir que les Américains ne commettrons jamais de nouveau l’erreur de donner l’accès aux combats aux appareils photo et aux caméras. La guerre du Vietnam est la première et la dernière guerre ultra-télévisée de l’histoire des Etats-Unis.

 

La fin de la guerre

 

Au plus fort de la guerre, en 1968, 549 000 soldats américains se battent au Vietnam. En face d’eux, toujours plus de résistants du Viêt Cong épaulés par l’armée communiste du Vietnam du nord et la Chine : près d’un million d’hommes en tout.

La guerre est un échec. Les décisionnaires américains s’en rendent compte et décident de quitter le Vietnam. Le dernier GI s’envole en 1973, laissant derrière lui un pays à feu et à sang, exsangue. 68 000 américains ont perdu la vie dans les marécages et les jungles tropicales du Vietnam.

La guerre ne s’arrête pourtant pas là. Vietnamiens du sud et du nord continuent de se massacrer. Sans l’appui américain, le sud, pourtant en supériorité numérique, perd du terrain jusqu’à capituler après la prise de Saigon en 1975.

 

L’horreur après l’horreur

 

On considère que la guerre du Vietnam est l’une des plus longues du XXe siècle : 20 ans de conflit. Pourtant certains disent qu’elle n’a jamais cessé.

L’agent orange, les mines et le napalm répartis sur le territoire continuent de faire des désastres. Les enfants brûlés par le napalm sont aujourd’hui des adultes défigurés. Des mines continuent d’arracher des membres dans les campagnes les plus reculées. L’agent orange se transmet de génération en génération. Si des adultes ont été contaminés, ce sont leurs enfants et petits-enfants qui en subissent les conséquences.

La seconde exposition du musée est également photographique. Image après image, nous voyons les ravages des produits chimiques sur les populations. Il faut le voir pour le croire. Ce que les films d’épouvante ont du mal à mettre en image, l’homme l’a créé de toutes pièces.

Les enfants touchés par l’agent orange sont difformes : têtes trois fois plus grosses que les corps, bras avec deux mains, mains sans doigts, yeux qui tombent sur les visages, absence de bouche, jambes aux longueurs inégales, hanches formant un angle droit avec le reste du corps ou encore enfants siamois réunis par la tête, le dos ou le ventre.

Les photographies sont horribles mais nous nous forçons à les regarder jusqu’au bout.

Comble de l’horreur, certains Vietnamiens ne réalisent que des années plus tard qu’ils ont été contaminés lorsque naissent leurs enfants déformés par les produits chimiques. Dans les campagnes après la guerre, les habitants continuent de pêcher des poissons et de cultiver des légumes dans des rivières et sur des terres contaminées…

À la sortie du musée, des enfants malades jouent de la musique. Et nous sommes frappés de stupeur lorsque nous voyons ce jeune garçon sans yeux, les paupières collées, comme dans un film fantastique où un tour de magie sordide prive un personnage de la vue ou de sa bouche.

 

Tran Thi Hoan, jeune Vietnamienne de 23 ans, a écrit une lettre à Barack Obama en 2009. La voici telle que présentée dans le musée.

« My name is Train The Hoan. I am 23 years old and was born in Duc Linh District, Vietnam. I am a second generation victim of Agent Orange… Agent Orange has not only killed people living during the war, but gradually kills several generations of their children, like me. It damages my country and other nations beyond imagination.

I was deeply moved by the love you have for your daughters and the dreams you have for children of other countries, and I dream that you include children in Vietnam…

I dream that you were including innocent children slowly killed by dioxin, and their sufferings. I dream you had in mind what to do to help every child to have the same chances to learn and to dream and grow and thrive like your daughters…

I hope that you will consider the damage that the poison Agent Orange does to the lives of its victims with as much urgency because every life is important to the future of humanity… »

Barack Obama n’a jamais répondu.

 

La guerre du Vietnam est une abomination. Le Musée des vestiges de la guerre d’Hô-Chi-Minh-Vill est extrêmement dur et choquant mais son rôle est de sensibiliser les publics (comme cet article). Nous sommes conscients qu’il y a peut-être une part de propagande anti-américaine dans la sélection des photos, cependant, malgré tous les défauts scénographiques qu’on pourra y trouver, il doit être vu. Pour se défaire des clichés sur le Viêt Cong transmis par les films américains et pour percevoir un peu mieux la vision des populations et des soldats du Vietnam, une visite dans ce musée s’impose. Et avant tout pour comprendre, pour transmettre et pour ne pas oublier.

 

PS : la photo de couverture de cet article représente des soldats Vietnamiens prêts pour la défense de Hanoï contre le bombardement américain en 1967.

 

 

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