Villes et villages : une traversée du New South Wales
Australie Patrimoine bâti

Villes et villages : une traversée du New South Wales

Lorsque j’étais enfant, je passais une ou deux semaines chaque année dans un hameau corrézien de sept maisons et quelques granges perdues au milieu des bois. La maison qui nous accueillait portait la date de sa construction gravée dans la pierre située au-dessus de la porte : 1647. Cette petite maison est plus vieille que n’importe quelle construction australienne.
Une guide de la maison historique dite « Roto » de Port Macquarie, et sur laquelle nous allons revenir, nous disait avec emphase que « la France est un pays avec une histoire millénaire, ce qui n’est pas le cas de l’Australie et c’est pour cela que nous devons mettre en avant ce qui reste de plus vieux ». Et, en effet, notre traversée du New South Wales nous a montré combien le patrimoine bâti est mis en avant. Il n’est pas un village que nous ayons traversé qui n’ait pas une Heritage Walk (balade patrimoniale) ou un Heritage Memorial (mémorial concernant la ville et/ou son fondateur). Les bornes et totems expliquant l’histoire des lieux parcourus sont légions. Chaque ville, aussi petite soit elle, a également son musée dédié à l’histoire de la commune.

 

 

 

 

 

 

La main street de Bellingen

 

Notre dernier article évoque la conquête des terres par les colons anglais pour le charbon ou pour l’or. Prenons donc l’exemple du petit village de Morpeth, situé à une trentaine de kilomètres de Newcastle, au nord de Sydney. La création de ce village au milieu des champs n’a pas pour cause l’exploitation minière, mais celle du fleuve. Morpeth est parfaitement située au bord de la Hunter River, fleuve qui court à travers la Hunter Valley, célèbre région viticole. Comme beaucoup de villes australiennes, Morpeth est jeune et résulte en l’installation première d’un ou d’une poignée de colons. C’est seulement en 1821 que Edward Charles Close décide d’acquérir une large bande de terre au bord du fleuve, d’y bâtir sa ville personnelle et d’y constituer un port fluvial d’où partirons les matières premières extraites et produites dans la région. Morpeth allait devenir le point d’entrée de la ruée vers l’or et de tous les anglais désireux d’aller tenter l’expérience coloniale dans la Hunter Valley et vers le Queensland. Jusqu’au début du siècle suivant, Morpeth va se barder d’une série d’hôtels de voyageurs et de bars à destination des gens de passage. Juste au devant du fleuve, que l’on traverse grâce à un superbe pont en bois à l’ossature typique, se déroule la rue principale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pont de Morpeth

 

Chose étonnante, les colons anglais, qu’ils soient partis aux Amériques ou dans ces terres australes, ont créé un style d’habitat caractéristique et assez similaire qui donne l’impression d’être dans le farwest américain lorsque nous sommes au coeur des vallées australiennes (Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me croire, dans ces villages, au milieu de la Main Street de Disneyland Paris construite sur le même modèle). Les façades ouvragées, mélange indescriptible de nombreux styles, se succèdent, ouvrant sur des commerces surplombés d’un large auvent en métal auquel sont accrochées les enseignes.

 

La main street de Dungog

 

 

 

La main street de Gloucester

 

Les rues de ces villages vont se constituer comme un damier, à l’image de toutes les villes coloniales créées ex-nihilo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les plans en damier de Clarence Town et de Morpeth

 

La municipalité de Morpeth met en avant son patrimoine au travers d’une brochure historique à destination des touristes. Les habitants ne semblent pas pour autant intéressés par le patrimoine alentour. Par exemple, un panneau proche du vieux pont de la ville indiquait que l’Heritage Walk Brochure était disponible dans les commerces de la ville. Les cinq commerçants à qui nous avons demandé cette brochure n’en avait jamais entendu parler. Le dernier nous indiqua le musée proche, auprès duquel je trouverais cette brochure. Nous étions en semaine, il était 11h du matin et le musée, manque de chance, était fermé.
Nous n’avons donc pas trouvé d’informations sur les constructions de Morpeth. De surcroît, hormis un vieux commerce désaffecté – qui évoque des images de films de western : La scène du bar et de la « fausse note » de Charles Bronson dans Il était une fois dans l’ouest, pour les connaisseurs – les habitations de Morpeth ne semblaient pas avoir véritablement grand intérêt pour nous qui sommes amoureux du patrimoine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le commerce désaffecté de Morpeth

 

Si notre road trip nous a mené dans les grandes villes comme Newcastle, Coffs Harbour ou Port Macquarie, c’est aussi dans ces petits villages de l’intérieur des terres que nous sommes allés chercher les perles rares. Dungog, Clarence Town, Gloucester ou encore Wingham, toutes ces villes sont des créations coloniales du milieu du XIXe siècle, ayant pour origine l’exploration d’une terre alors inconnue et les différentes exploitations minières et agricoles qui s’y développeront. Chacune de ces villes se ressemble, une rue principale qui traverse l’entièreté du village, entourée par un damier de rues toutes identiques. Dungog était déjà plus prolifique dans les informations apportées sur ses habitations. Nous y apprenions avec beaucoup de joie, par une petite plaque métallique apposée sur la devanture, que la maison aux murs peints du 126 Dowling Street avaient été bâtie en 1922 par Walter Hebert Green pour servir de magasin général et de librairie. Hilares, nous nous rendions compte que chaque maison de la rue avait son « incroyable » explication.
C’est à Dungog également que se trouve le plus vieux cinéma encore en activité d’Australie. Ce dernier date de 1914 et la façade au style espagnol qui le décore date de 1930.

Le cinéma de Dungog

 

Sentant poindre une forme de déception quant à la folle découverte du patrimoine bâti des petits villages de la Hunter Valley, il fallait que nous nous rendions à Wingham, un peu plus au nord, pour nous rendre compte que ce n’est pas au coeur des campagnes australiennes que nous trouverions notre bonheur patrimonial. La brochure de la Wingham Self-guided Heritage Walk vante une « mise en lumière signifiante de l’histoire de la ville ». Cette balade permet de découvrir l’école, la poste, la mairie, le poste de police, l’église, le musée, l’hôtel central, la banque, le centre commercial, le ponton sur le fleuve, quelques étables et même la boucherie du village construite en 1911. La plupart de ces bâtiments datent du XXe siècle. Au plus vieux, nous pouvons admirer un bâtiment datant de 1867.

Nous avons remarqué que chaque petite ville, de la plus petite à la plus grande, dispose en Australie des mêmes caractéristiques. Nous trouvons en permanence un Post Office, lien nécessaire avec l’extérieur, qui marque pour ainsi dire le centre de la ville – origine historique de l’extension municipale.

 

Le post office de Dungog

 

On trouve toujours – en plus du City Hall, de l’école communale, de la Fire Station et de la Police Station – un mémorial des soldats morts pendant les deux guerres mondiales. Très souvent, il s’agit de l’Anzac Memorial (L’Anzac Day, commémoré le 25 avril, est l’équivalent de notre 11 novembre – hommage aux soldats australiens morts pendant la Première Guerre mondiale, et pour la plupart lors de la bataille de Gallipoli – dite aussi des Dardanelles – en Turquie actuelle qui s’est déroulée du 25 avril 1915 à début janvier 1916. Quasiment inconnu en France métropolitaine, cet Anzac Day est également commémoré en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française).
On retrouve enfin un parc communal, très important, souvent géré par le Lion’s club local, et toujours bien équipé en toilettes, eau potable et barbecues électriques en libre service. Point important du village, le cimetière municipal est la plupart du temps excentré et qualifié de « colonial ».
Point anecdotique qui nous a amusés, dans le cimetière de Stratford, au coeur de la Hunter Valley, les tombes sont positionnées dans un champ et classées par groupes religieux. Nous y avons vu un grand nombre de tombes au niveau de la zone « Church of England » (A leur arrivée, les colons anglais ont mis en place l’église anglicane en Australie). Il y avait une unique tombe sous le panneau « Presbyterian », quelques « Baptist », quelques « Methodist », un grand nombre de « Undenominational » et, chose étonnante alors que l’église catholique est aujourd’hui dominante en Australie, aucune tombe sous le panneau « Catholic ».

 


Le cimetière de Stratford

 

Enfin, pour ce qui compose le pavillonnaire de ces petites villes de campagne, les habitations sont toutes identiques, construites en bois, toujours de plain-pied. Les jardins sont ouverts sur la rue et, adaptation au climat chaud du pays, les maisons sont pourvues de larges balcons et terrasses extérieures très aérées. Vous l’aurez compris, quoique intéressante, la traversée de ces villes et villages ne s’est pas révélée d’une profonde émotion patrimoniale.

Une rue de Morpeth

 

Pour nous Français qui voyons au quotidien dans nos villes et villages des bâtiments plusieurs fois centenaires, il est difficile d’imaginer qu’un bâtiment du milieu du XIXe siècle résulte, pour les Australiens, en une antiquité membre d’un patrimoine local à mettre en valeur et à préserver. Tout est une question de point de vue. En Australie, posséder un bâtiment vieux de 150 ans est une véritable fierté communale, autant donc en parler !

L’Unesco n’a pourtant classé, hormis l’Opéra de Sydney et les bagnes, aucun élément bâti à sa liste du patrimoine mondial. Le gouvernement australien a constitué sa propre Heritage List et ce sont très peu de bâtiments qui la constituent. Nous devions donc aller chercher notre bonheur dans les villes plus importantes.
Un élément qui nous aura marqué par ailleurs dans le New South Wales, ce sont les paysages vallonnés que nous ne pensions pas trouver dans ce pays. Les seules images de l’Australie que nous connaissons étant celles du désert rouge, de ses énormes rochers ou encore des grandes villes, rouler au travers d’une vallée aux innombrables monts, succession de zones boisées et de pâturages où broutent les vaches, était donc un réel plaisir. Au sommet de l’un d’eux, la famille Laurie est rassemblée – quatre tombes au même nom, au faîte d’une colline offrant une vue panoramique à 360 degrés. Belle demeure pour l’éternité. Mais revenons à nos moutons.

La famille Laurie dans la Hunter Valley

 

La première ville que nous avons visitée est Newcastle. Nous ne créerons pas un suspens inutile. Nous pouvons dire dès à présent que les trois autres grandes villes le long de la côte du New South Wales et avant l’entrée dans le Queensland – Port Macquarie, Coffs Harbour et Byron Bay – n’ont rien de captivant patrimonialement parlant. Newcastle, deuxième plus grande ville du New South Wales, aurait, elle, pu se révéler d’une richesse historique sans pareille. Que nenni ! Newcastle qui est pourtant l’une des premières villes à avoir été créée après Sydney, au départ comme colonie pénitentiaire puis en tant que port fluvial, n’a rien de véritablement intéressant. Elle est l’image d’une ville industrielle tournée en désuétude. Newcastle s’est développée autour des mines de charbons et de l’exportation de cette matière première. De nos jours, Newcastle conserve son statut de premier port mondial d’exportation du charbon. La vue du port n’est pas « belle » au point de l’évoquer dans les guides touristiques sur la région, les hangars, usines et docks de chargements se succédant le long d’une mer maussade. Autre image d’une ville industrielle passée, la première ligne de chemin de fer a quitté Sydney en 1887 pour atteindre le coeur de Newcastle. Cette ligne de train a stoppé dans les années 70 et, si les infrastructures – quais et stations – sont toujours en place, les rails ont quant à eux disparus, remplacés par une large bande d’herbe qui traverse toute la ville.

 

Les restes du chemin de fer de Newcastle

 

Les bâtiments que l’on peut observer le long des rues du centre-ville ne sont, eux non plus, pas marqués d’un passé remarquable. Nous avons pu observer par exemple une construction impressionnante, toute en pierre et colonnades de la fin du XIXe siècle laissée à l’abandon, aux mains des tagueurs, et sans aucun panneau explicatif des locataires originels du lieu.

 

Le Great Nothern Hotel à l’abandon

 

Un tour au Musée principal de Newcastle aurait pu nous permettre d’en apprendre davantage. C’est avec une grande déception que nous sommes ressortis d’un espace où tout se mélangeait, sans cohérence aucune. Au sein d’un espace dit « pic-nic area », les responsables du musée avaient placé une locomotive à charbon, un orgue d’église, une maquette de bateau et un jouet pour créer des cercles à l’aide d’un balancier. La zone « historique » du musée plaçait côte à côte, une histoire générale de l’immigration en Australie, des ossements archéologiques trouvés dans la région et l’histoire du club de rugby de la ville… Cherchez l’erreur.

Port Macquarie, autre cité par laquelle nous sommes passés, n’avait pour intérêt que le Koala Hospital, dont nous avons évoqué les mignons pensionnaires dans un post facebook, ainsi que la Roto House, évoquée plus haut.

 

 Yoda Koala

 

Cette dernière est une des plus vieilles maisons de Port Macquarie et est aménagée comme un musée. La maison a été construite en 1891 et est entièrement conservée dans ses dispositions d’origine. L’intérieur bourgeois victorien est reconstitué à partir des meubles et des objets présents en ce lieu depuis sa construction. On y apprend l’histoire de la famille qui y habita et qui en est toujours propriétaire. La Roto House constitue, avec le Koala Hospital, l’attraction touristique majeure de Port Macquarie. Sans nous laisser un souvenir patrimonial impérissable, ce fut tout de même une belle découverte assortie d’une charmante discussion avec la guide de ce lieu hors du temps.

 

La Roto House de Port Macquarie

 

Coffs Harbour, dernière grande ville de la côte, bien plus au nord, est quant à elle célébrissime pour sa banane géante. Quand il s’agit de parler du patrimoine bâti, on atteind ici un sacré niveau ! Pourtant la « Big Banana » fait bel et bien partie du patrimoine matériel de la East Cost. Cette banane a été édifiée en 1964 pour promouvoir l’industrie bananière de Coffs Harbour et de sa région. La banane a généré un engouement des entrepreneurs de toute l’Australie qui ont voulu en faire de même. Est né le mouvement des « Big Things », forme de promotion touristique des richesses d’un territoire via ces éléments artistiques. On pourra admirer la crevette géante de Ballina, le gros tonneau de vin de Maleny ou encore le « Big Pineapple », de Nambour.

 

 The Big Prawn in Ballina

 

Le patrimoine bâti se fait rare alors que notre progression vers le nord continue. Celui qui est davantage mis en avant par les autorités et les communes est naturel. Nous avons pu le voir à Byron Bay, qui est le point par lequel tout voyageur doit passer, puisque le plus à l’est du continent australien. Le lever de soleil, par beau temps, y est fabuleux, et les dernières minutes sombres nous permettent encore d’admirer le faisceau du phare qui domine les falaises, seul bâtiment remarquable de la petite ville touristique. Le « Cape Byron Lighthouse » a été construit en 1901. Byron Bay était au XIXe siècle un port de marchandises important dans l’exportation du bois et des productions agricoles. Des 30 phares construits le long de la côte entre 1858 et 1903, celui de Cape Byron était donc le plus important puisqu’il éclaire (toujours) jusqu’à 50 kilomètres.

 

Le phare de Byron Bay

 

Une trentaine de kilomètres après Byron Bay, arrive la frontière qui sépare le New South Wales du Queensland, au lieu-dit Point Danger, historiquement et géographiquement emblématique. James Cook y est en effet passé en 1770 lors de son voyage de découverte de la côte est. Le matin du 17 mai 1770, il signe son journal de bord et précise « ce point où s’étendent ces bancs de rochers, où il est difficile de naviguer, je l’ai nommé Point Danger ». Le phare que l’on voit aujourd’hui a été édifié pour le bi-centaine de ce passage, en 1970.

 

Le phare de Danger Point

 

Les 2200 kilomètres que nous avons effectués à travers le New South Wales (et nous n’avons traversé durant trois semaines que le nord de ce territoire) nous ont permis de constater des modes d’habitats et de vie locales des Australiens. Que ce soit dans les grandes villes ou dans les plus petites, l’effort est fait par les mairies pour la mise en valeur (nous ne parlons pas ici de protection ou de sauvegarde mais uniquement de mise en avant touristique) de leur patrimoine vernaculaire. A l’échelle de l’histoire australienne, certains bâtiments ont une importance considérable et, en se départissant de certains a-priori, sont d’un réel intérêt tant historique que patrimonial et touristique. A l’échelle du monde, que met en avant l’UNESCO par sa fameuse liste, le bâti australien trop jeune, que nous avons rencontré, n’a que peu d’importance.

Pour finir, il nous faut évoquer les Aborigènes qui sont en quelque sorte le fil rouge de notre projet. La plupart des Australiens, dans lesquels certains universitaires, considèrent que l’histoire a commencé en 1770, le jour où le capitaine James Cook a effleuré de son vaisseau les terres de Sydney. Pourtant les Aborigènes sont là depuis au moins 40 000 ans. Presque toutes les petites villes que nous avons traversées, au sein de tous les parcs dans lesquels nous avons marché, ont des panneaux évoquant les peuples primitifs dont ces lieux étaient le lieu de vie. Tous précisent qu’il faut leur rendre hommage et être respectueux du fait qu’ils aient possédé un jour cette terre qui ne leur appartient, malgré tout, plus.

 

Hommage au peuple aborigène

 

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