Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Road Trip à moto au Vietnam : notre expérience

Après l’aventure en van en Australie, on rêvait d’Asie. Et d’un nouveau défi à relever. On a donc décidé de partir en road trip à moto dans le nord du Vietnam. C’est la région qui nous faisait le plus rêver et qui nous semblait la plus prometteuse en termes de paysages et de rencontres puisque c’est là que vit un grand nombre d’ethnies minoritaires du Vietnam.

 

Des Hmongs Fleurs au travail dans des rizières en terrasse

 

PARTIE 1 : CONDUIRE UNE MOTO AU VIETNAM

 

 

Acheter ou louer une moto ?

Au départ, on avait l’idée un peu folle d’acheter une ou deux motos à Hanoï et de partir à l’aventure. Avec le recul, on est bien content d’avoir changé d’avis et d’avoir préféré louer, pour plusieurs raisons :

  • On n’avait jamais conduit de scooter automatique ni de moto semi-automatique, sans parler d’une manuelle, donc acheter directement aurait été hasardeux voire dangereux dans notre cas ;
  • On n’avait pas assez de connaissances pour distinguer une moto en bon état d’une autre en mauvais état, sans compter les répliques chinoises répandues sur le marché des backpackers, réputées être de mauvaise qualité et souvent mal entretenues ;
  • La circulation à Hanoï est terriblement dense et, même si certains backpackers apprennent à conduire en ville, le trafic nous a fait peur et on n’a pas voulu prendre le risque d’avoir un accident. En plus de ça on a assisté à un accident en pleine rue. Deux conducteurs de scooters se sont rentrés dedans de plein fouet alors qu’il était 5h du matin et qu’il n’y avait personne d’autre sur la route… On a donc décidé de réfléchir à deux fois avant de nous lancer !
  • Voyager à moto est terriblement fatiguant, ce dont on ne se rendait pas compte avant d’entreprendre ce voyage. Pouvoir prendre un bus facilement entre deux villes et louer de nouveau nous paraissait plus simple que de devoir faire tous les jours de longues étapes à moto ;
  • Prévoir suffisamment de temps pour revendre après avoir acheté nous stressait étant donné qu’on venait de vivre cette situation avec notre van en Australie. On n’avait pas envie de se relancer dans l’achat et la vente aussi tôt.

 

Le trafic à Hô Chi Minh Ville !

 

Arrivés à Hanoï, on a donc revu nos plans et on a décidé de partir en bus jusqu’à la ville de Hà Giang, située à 7h de bus dans le nord. Une fois à Hà Giang, on s’est senti plus en sécurité pour tester des motos et apprendre la conduite d’une semi-automatique. C’est une ville plus petite que Hanoï, avec beaucoup moins de trafic. Finalement, on a opté pour la location d’une seule moto, comme la plupart des couples que nous avons rencontrés par ailleurs. On a laissé nos gros sacs à dos à la homestay, et on est parti avec le minimum pour ne pas être trop chargés.

 

On a fait énormément d’arrêts sur la route devant des paysages sublimes comme celui-là

 

Pour la location au Vietnam, on a payé entre 180 000 et 250 000 dôngs par jour, dépendant des villes et du type de moto, soit entre 6 et 10 dollars par jour.

 

 

Dangereux ou pas ?

Conduire au Vietnam est dangereux, on ne va pas mentir. Il ne suffit pas toujours de suivre les règles de prudence de base pour se sentir en sécurité, étant donné que ce sont souvent les autres conducteurs qui ont des comportements dangereux et imprévisibles.

Pour notre part on s’en est bien sorti, mais on l’avoue, on a eu quelques frayeurs…

 

#1 La loi du plus gros

Ce qu’il faut savoir, et qui peut être assez désarmant, c’est qu’au Vietnam, c’est le plus gros qui prime. A partir de là, on comprend qu’un piéton est situé tout en bas de l’échelle alors que les camions vont être prioritaires. Pour nous, occidentaux, cette loi du plus gros ne semble pas vraiment logique. A priori, on a tendance chez nous à faire attention aux plus faibles, donc aux piétons. Au Vietnam, ce n’est pas du tout la même façon de penser ! Un piéton n’aura jamais la priorité. Pour traverser une route, il ne sert à rien d’attendre que les véhicules s’arrêtent pour vous céder le passage, il faut s’engager sur la voie et prier pour que les dizaines de scooters vous voient suffisamment tôt et vous évitent.

Sur la route, c’est la même chose. A moto, on est quasi tout en bas de l’échelle. Les voitures, les mini-bus et les camions vont avoir la priorité. C’est donc à nous de leur céder le passage en nous rabattant sur le côté pour les laisser passer. Souvent, ils s’annoncent en klaxonnant – ce qui est très énervant quand on est dans un bus de nuit et que le chauffeur joue du klaxon toutes les deux minutes.

Jusque-là, il n’y a pas vraiment de problème, il suffit juste de savoir que les véhicules plus gros que nous ont la priorité. Le problème vient plutôt du terrain et du comportement des conducteurs de voitures et de camions.

Les routes du nord du Vietnam forment des lacets à flanc de montagne, comportent des virages parfois très serrés et peuvent être très étroites, parfois trop pour laisser passer deux véhicules de front. La visibilité peut être grandement réduite, surtout lorsque le beau temps n’est pas au rendez-vous et que le brouillard se lève. Les voitures et les camions prennent souvent leur priorité comme une chose acquise et n’hésitent pas à doubler en plein virage, ne klaxonnent pas toujours pour s’annoncer et roulent beaucoup trop vite sur de petites routes de montagnes, sans aucune prudence.

 

Les routes sont très impressionnantes dans les montagnes !

 

Il nous est arrivé plusieurs fois de nous faire surprendre, au détour d’un virage, par une voiture qui se trouvait au milieu de la voie et qui n’avait pas klaxonné alors qu’il n’y avait aucune visibilité. Rouler doucement est donc de mise, et il faut rester constamment attentif. Des virages peuvent cacher des voitures et des camions qui ne se décaleront pas pour une moto. La courtoisie au volant n’est pas chose commune au Vietnam… C’est à nous, motards, de faire attention.

Notre plus grosse frayeur s’est produite dans la région de Cao Bang. Alors que nous descendions tranquillement une petite côte, nous avons aperçu une voiture un peu plus loin devant nous en train de monter. Surgie de nulle part, une seconde voiture a déboulé derrière la première et a déboîté sur la file d’à côté – notre file donc – afin de la doubler, sans regarder. On était à deux doigts de lui rentrer dedans, et Thibaut a été obligé de donner un grand coup de guidon pour éviter ce chauffard. Quelques secondes à peine et on s’y encastrait de plein fouet. Notre moto est partie dans le fossé, sur le bas côté, et on a failli s’écraser sur la barrière qui nous séparait du vide. La voiture n’a pas ralenti, et ne s’est pas arrêté non plus pour vérifier que nous allions bien…

La loi du plus gros oblige les motos et scooters à être responsables de leur propre sécurité. Je ne compte même plus les fois où on a été frôlés de très près par des camions qui n’avaient pas la patience d’attendre que la route s’élargisse davantage pour leur permettre de passer sans prendre le risque de nous toucher. Les camions et les voitures n’ont quasiment aucune considération pour les petits scooters, c’est vraiment ce qu’il faut garder à l’esprit quand on prend la route !

 

#2 Les animaux sur la route

Si un virage peut cacher un énorme camion qui prend tout l’espace, il peut aussi cacher une basse-cour entière. Les animaux laissés en liberté sont loin d’être rares au Vietnam, il faut donc faire attention à eux aussi. Poules, cochons, vaches, buffles, chiens… Nous en avons croisé des centaines. Leur comportement peut être imprévisible aussi, d’où l’importance encore une fois de ne pas rouler trop vite.

Nous avons aussi croisé beaucoup de troupeaux gardés par des femmes, qui les faisaient avancer en plein milieu de la route. Spectacle dépaysant du bout du monde, nous nous sommes souvent arrêtés pour les regarder passer.

 

Un troupeau de vaches au milieu de la route

 

#3 L’état des routes

Comme en Australie, toutes les routes du Vietnam ne sont pas goudronnées ! Il est important de se renseigner sur l’état des routes avant de les emprunter. A Hà Giang, nous avons dû faire demi-tour en voulant rallier le petit village de Du Gia depuis Bac Me. La route était extrêmement mauvaise et on a abandonné après à peine un kilomètre pour finalement rentrer directement sur Hà Giang City. Prendre des routes complètement défoncées à moto est vraiment désagréable, chaque trou nous fait sauter sur la selle, c’est une horreur. Dès qu’il y a une flaque, il faut en vérifier la profondeur avant de rouler dedans.

La pire route que nous avons prise, c’était dans le district de Hoang Su Phi. On a voulu prendre un raccourci, une route d’une dizaine de kilomètres. Le début était goudronné, très lisse. Après plusieurs centaines de mètres, il n’y avait plus de goudron, seulement de la terre. Criblée d’énormes trous, constellée de rochers, la route est vite devenue infernale mais on a tout de même continué. On a dû descendre de la moto à certains moments tant c’était difficile de rester en équilibre dessus. On a dû franchir des cours d’eau, et on a fini dans une couche de plusieurs centimètres de boue… Il nous a fallu plus de deux heures pour en parvenir au bout. On en a eu des sueurs froides, persuadés qu’on allait devoir abandonner la moto à un moment ou à un autre et qu’on n’arriverait pas à la ramener sur l’asphalte. Après cette expérience, on n’a plus voulu jouer les aventuriers et on ne s’est plus risqués sur des routes de terre si on ne savait pas jusqu’où elles allaient exactement.

 

La route pour aller jusqu’à la tour du drapeau de Lung Cu était l’une des plus mauvaises que nous ayons empruntée !

 

 

PARTIE 2 : NOTRE ITINÉRAIRE

 

Nous sommes partis environ trois semaines dans le nord, le long de la frontière chinoise. On a pris notre temps, les routes sont extrêmement scéniques et parfois on avait envie de nous arrêter à chaque virage pour prendre des photos.

 

Le dernier kilomètre qui sépare le Vietnam de la Chine

 

 

Boucle d’Hà Giang

On a commencé par la boucle la plus connue, celle dite « de Hà Giang ». Elle démarre à Hà Giang, sans surprise. Pour l’instant, elle n’est pas encore très touristique mais je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que le tourisme dans la région ne prenne de l’essor.

Nous avons mis sept jours pour faire la boucle et revenir à notre point de départ, en passant par Tam Son, Dong Van, Lung Cu, Meo Vac, Bao Lac, Khuoi Khon et Bac Me.

C’est une boucle magnifique qui offre des paysages de montagnes à couper le souffle et qui fait passer par des formations naturelles impressionnantes telles que le plateau de Dong Van classé géopark UNESCO ou le col de Ma Pi Leng. C’est l’ethnie Hmong qui est la plus répandue dans la région, il est facile de se rendre dans leurs villages en suivant les petites routes de terre.

 

Un petit village dans la province d’Hà Giang

 

 

Hoang Su Phi

Là encore, c’est une boucle qui a nous a pris sept jours en partant de Hà Giang et en passant par Nam Ty, Vinh Quang, Ban Phung, Coc Pai, Quang Nguyen et Thong Nguyen.

Cette fois-ci, nous n’avons croisé peut-être qu’une poignée de touristes comme nous en une semaine. Le district de Hoang Su Phi n’est pas du tout visité, tout simplement parce que les touristes se concentrent non loin à Sapa. C’est une région magnifique pour voir des rizières en terrasse impressionnantes bâties sur les montagnes par les minorités. Les ethnies que l’on peut rencontrer de ce côté sont les Tay, les Nung, les Dzaos, les La Chi ou encore les Hmong.

 

Rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

 

Petite boucle à Cao Bang

C’est la dernière boucle à moto que nous ayons faite dans le nord, cette fois pendant quatre jours. Partis de Cao Bang, la capitale de la région, nous avons visité le lac Thang Hen, la cascade de Ban Gioc et les villages Nung connus pour la fabrication de couteaux.

Cette région est assez peu visitée également, et elle offre des paysages complètement différents de ce que nous avions pu voir précédemment. Ce sont surtout des rizières plates ponctuées de montagnes karstiques. C’est similaire à ce que l’on peut voir du côté de Ninh Binh, mais certainement plus rural et moins touristique.

 

La vue sur les monts karstiques de Cao Bang depuis une colline près des chutes de Ban Gioc

 

 

Pourquoi a-t-on évité Sapa ?

Dans le nord du Vietnam, Sapa est sur toutes les lèvres. On l’a rapidement constaté en arrivant à Hanoï, toutes les agences de voyage proposent des excursions et des treks dans les rizières en terrasses là-bas. Sapa est un haut lieu du tourisme, tout visiteur du nord du pays se doit d’y aller. La région est réputée abriter les plus belles rizières du Vietnam. Pour le coup, on ne saura pas si c’est vrai ou non, mais on a en tout cas vu de magnifiques rizières en terrasse dans la région de Hoang Su Phi, qui est proche de celle de Sapa.

 

Magnifiques rizières en terrasse d’Hoang Su Phi

 

C’est principalement pour éviter le tourisme de masse que nous avons décidé de ne pas nous y rendre. On a vite compris que les rencontres avec les minorités ethniques risquaient d’être biaisées par les rapports à l’argent. Nous avions entendu beaucoup de rumeurs disant que les locaux en habits traditionnels réclamaient de l’argent pour être pris en photo, vendaient énormément de souvenirs conçus spécialement pour les touristes… On voulait essayer de sortir des sentiers battus et d’aller dans des régions moins prisées des touristes, plus authentiques. En étant motorisé, c’était parfaitement possible.

 

 

 

PARTIE 3 : LE QUOTIDIEN

 

 

Le voyage à moto : ce que nous avons fait et vu

Beaucoup de nos amis nous ont demandé comment nous avions fait pour nous débrouiller dans ces régions reculées. Nous avons traversé des villages ethniques, et effectivement personne ne parlait anglais. Parfois même, les habitants ne parlaient pas le vietnamien, juste leur propre dialecte.

La première boucle que nous avons faite nous a permis de réaliser l’ampleur des choses et de mettre en place une sorte de routine. On avait une carte, on nous avait recommandé des routes et des villages, donc on a suivi plus ou moins ce qu’on nous avait dit. Sur la route, nous avons rencontré d’autres voyageurs qui nous ont donné de nouveaux conseils venus s’ajouter aux premiers. Ils nous ont parlé de détours possibles, des bonnes routes ou au contraire des mauvaises, qu’il valait mieux ne pas emprunter.

Les premiers jours, nous sommes partis avec un autre couple de français, puis nous nous sommes séparés et nous avons rencontré d’autres couples avec qui nous avons partagé d’autres sections de route.

Le quotidien à moto, c’est principalement de la route. Dans le nord du Vietnam, les routes sont scéniques, il faut donc en profiter pour rouler, s’arrêter, prendre des photos, et recommencer.

 

Pour voir notre sélection de photos du Vietnam, suivez le lien !

 

Paysage de la province de Cao Bang

 

Les paysages sont absolument grandioses. Entre montagnes, rizières en terrasses, et monts karstiques, les routes sont très impressionnantes. Il fallait parfois compter deux heures pour parcourir seulement une vingtaine de kilomètres tellement on s’arrêtait pour prendre des photos. Lorsque l’on voyage à moto au Vietnam, ce n’est pas la destination qui compte mais bien le voyage !

 

Le plateau de Dong Van dans la province d’Hà Giang

 

Le seul bémol, c’est la pollution. Pendant plusieurs jours, on pouvait voir un voile gris recouvrir les montagnes au loin. La région du Yunnan, dans le sud de la Chine, est située non loin de la frontière vietnamienne et est exploitée pour ses mines. On en a déduit que ce nuage de pollution venait de là et on a entendu à plusieurs reprises des explosions provenant probablement des mines.

Au-delà des paysages sensationnels, on a aussi pu faire quelques visites plus culturelles. Il existe des sites historiques très intéressants, notamment dans la province de Hà Giang. On peut citer le palais du roi Hmong, la tour du drapeau de Lung Cu ou encore l’ancienne prison de Cang Bac Me. Un article viendra prochainement sur ces sites !

 

Edit : l’article sur les sites historiques et culturels d’Hà Giang et Cao Bang est disponible ici !

 

La tour du drapeau de Lung Cu

 

Et bien évidemment, les villages ethniques constituent un autre attrait du voyage à moto. Nous n’avons pas hésité à suivre de petites pistes pour arriver jusqu’à des villages du bout du monde. Les enfants sur la route se montrent le plus souvent très enthousiastes en voyant des étrangers : coucous de la main, « hello » criés après nous, grands sourires…

 

Des enfants Hmong rencontrés sur la route !

 

Parfois, les adultes prenaient un air plus méfiant, et on comprenait alors qu’ils ne devaient pas voir d’occidentaux passer souvent dans leur village. Ça a été le cas à Ban Phung, le village des La Chi, une communauté très minoritaire au Vietnam. Perché sur les flancs des montagnes, non loin de la frontière chinoise, le village était niché dans un cadre grandiose, entouré de rizières en terrasses. Mais personne dans le village ne nous a rendu nos sourires… Les gens se sont montrés très méfiants, surtout en voyant notre appareil photo. Ils n’hésitaient pas à se tourner dos à nous pour que nous ne les photographiions pas. Nous n’avons pas insisté.

 

Un petit village près de la frontière chinoise

 

Voyager à moto a été un excellent moyen de nous rendre dans des villages isolés et de rencontrer des gens. Nous avons été invités à plusieurs reprises à boire le thé, manger et même dormir. Un article suivra bientôt sur nos rencontres avec les minorités.

 

Edit : Suivez ce lien pour lire notre article sur les minorités du nord du Vietnam

 

 

La communication sans parler anglais

 

#1 Manger

Pour manger, il ne faut pas être difficile. Il y a des enseignes au-dessus ou à côté des maisons. Les tables et chaises en plastique mettent aussi la puce à l’oreille. Il suffit de s’installer. En général, si on ne dit rien, le propriétaire va nous apporter du bouillon, le fameux phô.

Si on veut autre chose qu’une soupe, c’est tout de suite plus compliqué. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter soit à désigner directement ce qu’on veut du doigt, soit à utiliser un traducteur sur son téléphone. On avait appris les mots basiques en vietnamien tel que « riz », « bœuf », « poulet », « pas de piment », etc., et ça nous a servi. Parfois, la dame nous faisait signe de la suivre et nous emmenait directement dans sa cuisine, où elle attendait qu’on lui montre ce qu’on voulait. Il ne faut pas hésiter à faire de grands gestes pour bien se faire comprendre. La personne en face en fera tout autant pour vérifier qu’elle a bien compris.

Après une semaine à ne manger que des bouillons et du riz, on est arrivés dans la ville de Bac Me. On y a trouvé une petite épicerie, et la dame vendait des boîtes de Vache Qui Rit. On n’a pas pu résister à l’envie de nous faire des sandwichs avec le pain des traditionnels banh mi ! On a refait ça à plusieurs reprises quand on commençait à saturer des nouilles et du riz…

Pour connaître le coût du repas, soit on utilisait une calculatrice pour afficher le prix, soit la personne nous montrait directement le total avec des billets. Au marché, c’est le même principe. A chaque fois qu’on a voulu acheter des fruits, la vendeuse nous montrait les billets qu’on devait donner pour payer.

 

#2 Dormir

Pour dormir, on ne peut pas utiliser d’applications telles que Booking. Les Vietnamiens ne parlent pas anglais donc les homestays ou hôtels ne sont pas référencés sur internet. En arrivant en fin de journée dans un village, il faut juste s’y balader et chercher les enseignes « Nha Ngi », qui signifie « chambre d’hôtes ».

En entrant, il vaut mieux demander à voir la chambre avant d’accepter de s’y installer. Pour cela, rien de plus simple : on montre ses yeux avec ses doigts. Pour éviter les mauvaises surprises, il vaut mieux toujours s’accorder sur le prix avant de passer la nuit. C’est le même principe que pour manger, on utilise sa calculatrice pour demander le prix et éventuellement essayer de négocier.

En général, on n’a jamais payé plus de 200 000 dôngs la chambre, soit 8 dollars.

 

La salle commune de la maison où nous avons eu la chance d’être accueillis le temps d’une nuit dans la province d’Hoang Su Phi. C’est là que nous avons dormi !

 

Tous les hôtels et autres homestays sont obligés de prendre nos passeports pour enregistrer nos numéros de passeport et de visa. La loi vietnamienne les y oblige. Il faut donc donner son passeport dès l’arrivée. Certains vont juste prendre en photos les informations, d’autres vont garder les passeports jusqu’au check out. A Bao Lac, nous avons payé la nuit et le lendemain matin nous avons tout simplement oublié que la dame avait gardé nos passeports. C’est plus d’une heure plus tard, sur la route, qu’on a réalisé qu’on était partis sans. Heureusement, on allait juste voir le petit village des Lolos noirs situé à une dizaine de kilomètres et on savait qu’on allait forcément repasser par Bao Lac le jour même ou le lendemain.

En arrivant dans une petite homestay à Dong Van, on n’était pas encore habitués à devoir donner nos passeports directement. Ce n’était que notre deuxième nuit de road trip. La dame qui nous recevait ne parlait pas un mot d’anglais. Elle s’est mise à faire des gestes qu’on a mis beaucoup de temps à comprendre. Elle montrait son visage avec ses mains, puis mettait ces dernières en coupe qu’elle ouvrait et refermait. Elle essayait juste de mimer un passeport… Devant notre incompréhension, elle a fini par prendre un livre et a désigné son visage. On a enfin compris et on a été étonné, alors qu’elle devait recevoir des étrangers régulièrement, qu’elle n’ait pas juste appris le mot passport en anglais…

 

 

 

PARTIE 4 : QUELQUES ANECDOTES ?

 

#1 Inondation

Arrivés à Cao Bang, nous avons rapidement compris que l’attraction principale de la province était la cascade de Ban Gioc. Il s’agit d’une cascade qui marque la frontière entre la Chine et le Vietnam, elle est donc à cheval sur les deux pays ! C’est d’ailleurs la quatrième plus grande cascade située sur une frontière nationale après les chutes Victoria, du Niagara et d’Iguaçu. Nous avons donc décidé d’inclure les chutes dans notre road trip à Cao Bang. En arrivant dans un petit village à seulement 2 km de la cascade, nous nous sommes installés pour la nuit dans une petite homestay. Le village, enfoncé dans une vallée, était entouré d’une petite rivière et donc accessible uniquement par un pont.

En parlant avec les locaux, il apparaît que la homestay est en fait commune à l’ensemble du village. Les habitants se relaient pour s’occuper des visiteurs. Ainsi, nous étions les seuls à y passer la nuit, excepté un autre touriste coréen. Ce système nous a beaucoup plu parce qu’il incluait de prendre les repas dans la maison d’une famille du village.

Durant la nuit, un violent orage a éclaté. La pluie tombait tellement fort que l’eau ruisselait sur nous à travers le plafond ! C’était un véritable déluge, qui n’a pris fin qu’au matin. Lorsque je suis sortie sur la terrasse, j’ai eu la surprise de constater que le pont et la route que nous avions empruntés hier avaient complètement disparu ! Engloutis sous des trombes d’eau. La petite rivière qui coulait tranquillement la veille encore avait débordé et était sortie de son lit, créant un immense torrent puissant d’eau boueuse. La homestay était entourée d’eau, et le courant semblait si intense que nous n’avons pas tenté de traverser à pied. De l’autre côté, quelques villageois assemblés nous ont fait des signes de la main.

Les toilettes étaient en fait situées au rez-de-chaussée tandis que nous dormions à l’étage ; heureusement d’ailleurs ! Il était tout simplement impossible d’accéder aux toilettes, le niveau de l’eau avait tellement augmenté qu’elles étaient inondées jusqu’à environ 1,50 m de hauteur ! C’était la première fois que nous assistions à un tel spectacle et nous avons été impressionnés de voir à quel point les éléments pouvaient se déchaîner. Nous étions prisonniers de notre homestay.

 

Pendant la crue

 

Après la crue

 

Cette situation pour le moins inhabituelle a changé nos plans. Coincés par la crue, nous avons dû prendre notre mal en patience et attendre environ quatre heures que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir enfin rejoindre le reste du village, en pataugeant tout de même dans la boue. Sur notre petit îlot, nous avons été surpris de voir à quel point le paysage avait changé après seulement une nuit d’orage. Les dégâts n’ont pas eu l’air d’être trop conséquents, heureusement. La famille chez laquelle nous avons déjeuné avait pu mettre en sûreté les meubles du rez-de-chaussée au premier étage. Une fois que le niveau de l’eau a baissé, les villageois ont uni leurs efforts pour dégager le pont et la route de toute la boue accumulée.

On a pu finalement sortir en début d’après-midi et aller voir la fameuse cascade ! Sur les photos que nous avions vues, les chutes sont magnifiques. Il s’agit de la plus grande cascade du Vietnam, dont les eaux sont censées être d’un bleu presque surnaturel. Pour nous, le spectacle a été beaucoup moins photogénique que ce qu’on pensait… Les eaux de la cascade étaient marrons, boueuses, et il avait tellement plu que le flot était plus important que la normale. Une bruine s’échappait des chutes et rendait toute prise de photo quasiment impossible, ou alors il aurait fallu noyer son appareil dans l’opération. On aura vu cette cascade sous un jour que personne ne montre !

 

#2 Les freins qui lâchent

Voilà une histoire qui confirme le fait que conduire au Vietnam peut devenir vraiment dangereux ! Alors que nous roulions depuis plusieurs jours déjà, nous avons décidé d’emprunter une route à flanc de montagne. Après une longue montée, il a bien fallu redescendre et les freins de la moto ont été tellement sollicité qu’ils ont tout simplement arrêté de fonctionner alors que nous nous engagions dans une nouvelle pente. Heureusement, Thibaut a réussi à arrêter la moto grâce au frein au pied avant qu’on ne prenne trop de vitesse. On a eu une peur bleue, et par chance l’incident est survenu à quelques mètres seulement d’un garage situé au beau milieu de nulle part. Une chance pour nous !

Nous avons réussi tant bien que mal à expliquer au mécanicien qu’il devait vérifier les freins en les lui désignant du doigt. Personne ne parlait anglais, évidemment. Après quelques minutes, il a enfourché la moto et l’a conduite un peu pour vérifier que tout était en ordre, et nous avons pu repartir. Au Vietnam, il faut savoir que quasiment tout le monde a des connaissances en termes de mécanique. En cas de panne ou de pneu crevé, il est très facile de trouver de l’aide rapidement, même au milieu de nulle part !

 

#3 Aller en Chine pour une minute

Dans la province d’Hà Giang, la route principale passe parfois très près de la frontière de la Chine. Nous avons pu, à plusieurs reprises, apercevoir les montagnes de la Chine, qui sont tout à fait similaires à celles du Vietnam soit dit en passant ! Au détour d’un virage, Thibaut n’a pas pu résister : on ne se trouvait qu’à quelques mètres de la frontière ! Il a donc décidé d’aller voir de plus près, et de passer les quatre rangées de barbelés qui séparent les deux pays. Une fois de l’autre côté, il est tombé sur ce panneau très rassurant.

 

Le panneau du côté chinois…

 

Il était bien décidé à continuer, mais le bruit d’une voiture à l’approche l’a fait détaler de peur de se faire prendre. On ne plaisante pas avec les autorités chinoises…

 

#4 Conjonctivite et côte cassée

Oui, le road trip à moto a failli virer à la catastrophe !

Après trois jours de route, j’ai commencé à avoir mal à l’œil droit. Je ne portais pas de lunettes de soleil pour protéger mes yeux sur la moto, et c’est probablement ce qui a causé l’infection. Entre le vent, la poussière et la pollution, il est facile de se blesser, ce dont je n’avais pas conscience en partant évidemment. Lorsque la conjonctivite s’est déclarée, nous étions à Lung Cu, à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise et donc au beau milieu de nulle part ! Pas de médecin ni de pharmacie dans les environs… Avec un œil rouge et purulent, il fallait pourtant faire quelque chose. Il a donc fallu soigner ça de manière naturelle, à l’aide d’eau minérale, de sel et de jus de citron vert… Heureusement, en quelques jours c’était fini.

Pour Thibaut, ça a été une autre expérience. Après une chute malheureuse près de Cao Bang, il s’est carrément cassé une côte ! Nous avons malgré tout continué le road trip, parce qu’il n’y avait pas grand chose à faire à part attendre que l’os se ressoude de lui-même. Conduire avec une côte cassée, c’est possible ! Apparemment, c’est douloureux aussi, surtout quand la route n’est pas lisse…

 

#5 Rencontres sur la route

Le voyage à moto a grandement permis de faciliter les rencontres avec les locaux. Les arrêts photos ont souvent poussé les gens des abords à venir nous parler. C’est de cette façon que nous avons pu être invités à manger et dormir, ou juste à voir l’intérieur de maisons traditionnelles. Devant un paysage impressionnant, c’est toute une famille de Vietnamiens qui s’est arrêtée et nous a offert des épis de maïs fraîchement grillés. Un peu plus loin, nous avons croisé un groupe d’enfants qui avaient l’air d’attendre un bus… Ils se sont précipités vers nous, intrigués de nous voir là. Une petite fille a pointé du doigt notre bouteille d’eau, et nous la lui avons donnée. Elle a fait gentiment boire tous les enfants du groupe les uns après les autres.

Nous avons aussi croisé beaucoup de motards aux cargaisons parfois insolites… La moto reste un moyen rapide pour transporter des marchandises telles que des sacs de riz ou des animaux. Nous avons vu bon nombre de cochons vivants littéralement ficelés à l’arrière des motos ou encore des cages remplies de poules, de poussins ou de canards.

 

Une cargaison un poil déséquilibrée…

 

Certains villageois étaient aussi trop pauvres pour pouvoir acheter une moto et marchaient donc simplement sur le bord de la route. Parfois, les femmes portaient leurs bébés à l’aide d’un foulard noué dans le dos. D’autres fois, elles avaient une sorte de panier en rotin ou en plastique pour transporter des marchandises, notamment les jours de marché. Nous nous sommes souvent arrêtés pour les prendre en photo, toujours en demandant la permission.

 

Une Hmong avec son panier en plastique

 

 

BILAN

Ce road trip dans le nord du Vietnam reste l’un des souvenirs les plus forts de notre voyage. On a vu des paysages tous plus splendides les uns que les autres, on a rencontré des gens d’une générosité sans pareille, on a appris qu’on pouvait quasiment tout dire juste avec des gestes et des sourires… C’est une expérience que nous recommandons à tous ceux qui souhaitent vivre une expérience forte et sortir des sentiers battus. Être motorisé confère une liberté quasiment sans limites. Il faut juste garder une chose à l’esprit : ce n’est pas la destination qui importe, mais bien le voyage en lui-même !

 

 

Vue sur le col de Ma Pi Leng

 

Cat Ba : une déception ?

Cat Ba : une déception ?

Il est 8h du matin lorsque nous accostons enfin dans le port de Cat Ba. Le trajet a été long depuis notre départ de Cao Bang la veille, jusqu’à Haiphong où nous avons pris le bateau. On y est enfin, la plus célèbre baie du monde nous attend. Notre excitation ne tarde pourtant pas à retomber dès le premier pied posé sur l’embarcadère. Des immeubles, des chantiers, des touristes… On se retrouve au milieu d’un flot humain qu’on n’attendait pas sur cette île de la baie d’Along.  

La ville de Cat Ba et son port

  « Ah… Il y a du monde… » murmure Thibaut à côté de moi, les yeux écarquillés face à l’ampleur de la ville. En nous baladant, on se rend vite compte qu’on a atterri dans un Disneyland géant. Des hôtels, des restaurants, des spas… La ville entière semble avoir été conçue uniquement pour accueillir des touristes. Notre marche est ponctuée ici et là des « motorbike ! » que nous lancent les Vietnamiens désireux de nous emmener faire un tour sur leurs motos.  

Les immeubles de Cat Ba

  Ce n’est pas vraiment l’image qu’on se faisait de la plus grande île de la baie d’Along. Classé Réserve mondiale de biosphère en 2004 par l’UNESCO, l’archipel de Cat Ba abrite plus de 3860 espèces animales et végétales, dont certaines en voie d’extinction. Notre déception est donc grande alors que nous découvrons une île en construction. Partout poussent d’immenses hôtels en béton. Il est difficile de trouver un endroit où dormir au calme, sans le bruit des marteaux piqueurs qui vient résonner de bon matin dans toute la ville. A mesure que nous prenons le temps de partir à la découverte de l’île, notre sentiment s’accroît.  

L’hôtel en construction sur Cat Co 3

  On ne tarde pas à comprendre que les chantiers ne se cantonnent pas à la ville seule. Sur les plages, la côte ou même à l’intérieur du parc national, d’immenses resorts vont voir le jour. Des projets de grande ampleur destinés aux touristes. Et pour cause, plus d’un million de visiteurs se rendent chaque année sur Cat Ba. En 2011, l’île a accueilli 1,1 million de visiteurs, dont 30 % d’étrangers. Face à l’essor touristique qui s’empare de l’île, la ville de Haiphong et le groupe vietnamien Sun Group se sont unis autour d’un projet de développement touristique de Cat Ba. L’objectif est, d’ici 2020, de transformer l’île en zone d’écotourisme. L’éco-projet vise notamment à améliorer le réseau routier, le réseau d’égouts et à installer un téléphérique d’une vingtaine de kilomètres de long afin de relier les villes de Cat Ba et Cat Hai. De même, seuls des véhicules électriques seront autorisés. Le projet inclut également la construction d’un parc d’attraction, d’une gare, de trois terrains de golfe et du resort situé dans le parc national.  

Une file de véhicules électriques

  Le but poursuivi par Haiphong et Sun Group est de faire de Cat Ba un centre touristique international, attractif et pratique. Un grand centre touristique, c’est précisément ce que nous voulions éviter en choisissant Cat Ba plutôt que la classique croisière sur la baie d’Along. Accessible depuis l’île, la baie de Lan Ha est réputée moins touristique que son aînée, plus calme et authentique. Si environ 600 jonques jalonnent la baie d’Along, seulement 100 bateaux parcourent celle de Lan Ha chaque jour. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994, la baie d’Along est considérée comme le site incontournable à visiter au Vietnam. Revers de la médaille, la baie est prise d’assaut par les touristes, accueillant jusqu’à 3 millions de visiteurs par an. Les jours d’affluence, il peut y avoir plus de 20 000 touristes dans la baie. Son succès s’explique par son paysage féérique. Constituée de plus de 1600 îles et îlots disséminés sur une eau tirant sur le vert et le turquoise, la baie d’Along a été nommée parmi les sept nouvelles merveilles de la nature en 2011. Même si ce paysage presque mystique nous faisait rêver, nous avions entendu parler d’une véritable « usine à touristes » et avons préféré opter pour la baie de Lan Ha, dont les paysages sont tout à fait similaires à Along. Depuis notre barque de pêcheur, nous avons la sensation que la baie nous appartient. Nous ne croisons qu’une poignée de bateaux pendant la journée. Notre pêcheur, avec sa petite embarcation, a aussi accès à des endroits plus reculés et isolés de la baie. Contemplatifs, nous passons plusieurs heures à observer les formations rocheuses spectaculaires posées sur l’eau calme. Sculptés par l’eau et le vent, les monts karstiques caractéristiques de la baie nous envoûtent, embrumés de leur voile de mystère. Nous dirigeons tranquillement le pêcheur, lui demandant de nous emmener dans de petits recoins formés par les rochers, et même sur une plage déserte au milieu de la baie qui sera nôtre pendant quelques heures l’après-midi.  

La baie de Lan Ha

  Malgré la beauté des lieux, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les effets bel et bien visibles du tourisme. L’impact environnemental, d’abord. Si l’on est très satisfait d’être les seuls touristes, de pouvoir prendre des photos « authentiques » et de nous sentir aventuriers sur une petite plage déserte, le constat est tout de même amer : la baie est complètement polluée. Déjà dans le port nous avions pu le voir : des déchets plastiques, des morceaux de polystyrène, des bouteilles en plastique et autres canettes de soda qui flottent, ballottés par les vagues, ou encore des flaques d’essence qui brillent dans l’eau.    

Les déchets dans l’eau du port

  Le reste de la baie n’est pas mieux. Lors de notre virée sur la plage, nous n’hésitons pas à rassembler les détritus qui y ont échoué, nombreux. Lors de notre repas au restaurant, nous voyons le serveur ouvrir un paquet de cigarettes et jeter nonchalamment l’emballage plastique dans l’eau. Impuissants, nous ne pouvons que contempler le désastre. Les bateaux de croisières et les hôtels rejettent déchets et essence dans l’eau de la baie, perturbant les écosystèmes fragiles. A Along, il faut compter en plus avec les rejets des mines de charbon situées à proximité qui viennent contaminer l’eau[1]. Alors que notre journée dans la baie touche à sa fin, notre pêcheur nous guide vers l’un des villages flottants installés dans la baie. C’est l’une des particularités de la baie de Lan Ha. La petite embarcation se faufile dans les canaux formés par les rangées de maisons flottantes et nous entrons pour quelques minutes dans le quotidien de ces gens. Les enfants nous saluent depuis les petites terrasses flottantes. Une dame étend son linge à sécher. Une autre saute dans sa barque et dirige son embarcation à l’aide d’une longue rame. Les maisons sont dominées par les monts karstiques dont l’ombre commence à s’allonger à mesure que le soleil termine sa course dans le ciel.  

Un village flottant de la baie de Lan Ha

  Dans la baie d’Along, c’est un spectacle dont on ne peut presque plus profiter. En 2012, la province de Quang Ninh a pris la décision de déplacer progressivement les habitants des villages flottants vers la terre ferme. A l’origine au nombre de sept, ces villages, constitués d’environ six cents maisons flottantes, étaient habités par des pêcheurs et leurs familles. En raison de leur impact sur l’environnement et l’écosystème marin, ainsi qu’aux risques liés à leur sécurité pendant la saison des typhons, les autorités ont décidé de les retirer de la baie. Les habitants ont été déplacés sur le continent, dans une zone conçue spécialement pour eux appelée Cai Xa Cong, à environ 10 km de la ville d’Halong[2]. Le problème qui se pose est que les pêcheurs vivaient depuis des décennies sur la mer et dépendaient d’elle pour survivre. Loin de la mer et sans aucun soutien des autorités, la vie de ces gens a complètement changé. Ces dernières années, la province a cependant réalisé que le mode de vie des habitants des villages flottants présentait un caractère unique et original, qu’il fallait conserver. Les villages constituaient aussi une destination touristique attractive. Certains sont donc restés en place dans la baie d’Along, mais uniquement pour le tourisme. L’objectif est là encore de faire de ces derniers villages un pôle touristique[3]. Notre impression est mitigée. Après quatre jours passés sur l’île de Cat Ba, on peut dire que le conflit entre protection et développement du tourisme est bien palpable. Dans un pays émergent comme le Vietnam, le tourisme est un pôle économique important. Mais jusqu’où ira cette course au développement ? La surfréquentation des lieux touristiques comme la baie d’Along, la construction d’infrastructures inopportunes, ou encore la mauvaise gestion des déchets finiront par poser de graves problèmes à ces sites surexploités. L’attrait principal de Cat B, outre sa proximité immédiate avec la baie d’Along, c’est aussi son parc national. Pour s’extraire un moment de l’agitation de la ville et du port, c’est l’endroit idéal où se balader. La randonnée qui serpente au sein du parc offre des points de vue éblouissants sur le reste de l’île et les montagnes de verdure qui la composent. Du haut du belvédère, un léger vent nous rafraîchit après l’heure de marche passée dans la forêt chargée d’humidité. Un énorme rocher nous permet de nous asseoir quelques minutes pour récupérer et admirer la vue qui s’étend jusqu’à la mer au dessus des monts verdoyants.  

Vue sur le parc national de Cat Ba

  Difficile d’imaginer qu’un lieu aussi préservé puisse devenir le terrain de jeu de Sun Group. Certaines parties de Cat Ba comme celle-ci sont encore empruntes de sérénité. Pourquoi venir y construire un parc d’attraction ? Ce projet ne va-t-il pas dénaturer le paysage et transformer un lieu qui se voulait calme et reposant au milieu de la baie d’Along en un temple du tourisme de masse ? Construire un hôtel dans les limites du parc national ne risque-t-il pas de mettre à mal les habitats naturels ?  

Vue sur la baie de Lan Ha et les chantiers de construction

  Autant de questions que l’on se pose et qui n’obtiendront réponse que dans quelques années après l’aboutissement des différents chantiers. Même si le projet de Sun Group et d’Haiphong se veut écologique, il semble illusoire de penser qu’un ouvrage de si grande ampleur n’aura pas d’impact sur la faune et la flore, aussi bien marines que terrestres de l’île. A titre d’exemple, l’île de Cat Ba est le refuge d’une espèce de singe en danger critique d’extinction, le semnopithèque de Cat Ba. Chassés massivement dans les années 1970 et 1980 pour la médecine traditionnelle, on ne compte aujourd’hui plus qu’une cinquantaine d’individus[4]. Refaire le réseau routier à proximité du parc national pourrait bien attirer plus de chasseurs de singes de Cat Ba et leur faciliter la tâche…   BILAN Cat Ba, une déception ? Je pense que oui. Le bilan est quelque peu paradoxal. D’un côté, la beauté exceptionnelle de la baie de Lan Ha n’est plus à prouver. Nous avons adoré notre journée en bateau dans la baie et en avons profité d’autant plus que les bateaux de touristes n’étaient que peu nombreux. D’un autre côté, le sentiment de gâchis a tout de même été présent. Les constructions en béton qui poussent partout et viennent détruire l’environnement, les déchets qui s’accumulent sur l’eau et les plages ne permettent pas d’apprécier pleinement l’île de Cat Ba. La volonté du gouvernement de transformer l’archipel en un centre touristique ne va probablement rien arranger à ces problèmes, qui vont se multiplier avec le nombre de touristes.         [1] http://whc.unesco.org/fr/soc/1144 [2] https://www.indochina-junk.com/fr/baie-halong-village-flottant-passe-aujourd-hui/ [3] https://www.lecourrier.vn/danciens-villages-flottants-ouverts-aux-touristes/451173.html [4] https://tuoitrenews.vn/business/40995/vietnams-cat-ba-archipelago-faces-threats-from-mammoth-tourism-project
The Road is Home : la vie en van

The Road is Home : la vie en van

Cet article s’adresse à toutes les personnes qui nous ont questionnés sur notre quotidien dans le van. « Mais alors, comment ça se passe ? Vous dormez dedans ? Et vous pouvez cuisiner aussi ? Et comment vous faites pour vous laver ? »

Après un an passé sur les routes australiennes, je crois qu’on peut enfin répondre de manière éclairée.

L’article étant extrêmement long, j’ai pris la liberté de faire un sommaire qui, je l’espère, vous aidera à mieux vous repérer et naviguer dans ce retour d’expérience.

 

PARTIE 1 : GÉNÉRALITÉS

Pourquoi un van ?

 

Dans notre cas, la question ne s’est pas vraiment posée. Avant même de mettre les pieds en Australie, on savait déjà qu’on achèterait un campervan pour voyager. Il faut dire que la plupart des backpackers optent pour ce moyen de transport et que ça nous a paru être l’option la plus logique, celle qui offrait la liberté dont on rêvait.

En arrivant à Sydney, on savait que notre objectif principal allait être de trouver la perle rare, le van qui allait à la fois devenir notre petit chez-nous et notre moyen de voyager à travers l’Australie. On a pas mal douté, on pensait que ce serait plus facile. On avait cru comprendre que tous les backpackers revendaient leurs véhicules à Sydney et qu’on n’aurait aucune difficulté à en trouver un bien rapidement. Finalement, il a fallu qu’on en voie neuf en cinq jours avant de trouver le nôtre. Gumtree.com (le Ebay local) a été notre meilleur ami cette semaine-là, et on n’a pas arrêté de parcourir les offres à la recherche du van parfait.

On est tombé sur pas mal d’arnaques pendant ces cinq jours. En général, la démarche est simple : on voit une offre qui nous plaît, on contacte le propriétaire et on se donne rendez-vous pour voir le van et le conduire un moment. On a eu quelques mauvaises surprises : on arrive sur le lieu du rendez-vous pour constater que le van – qui était impeccable sur toutes les photos de l’annonce – n’a plus de phares ni de pare-choc suite à un accident malencontreux. « Ce sera à vous de payer les réparations si vous l’achetez, et vous devez vous décider maintenant parce que nous quittons l’Australie demain ». Non merci.

On est tombé sur des vendeurs « très occupés » durant la journée, qui ne pouvaient nous recevoir qu’après la nuit tombée… ce qui n’est pas l’idéal quand on veut inspecter un van avant de l’acheter, on préfère pouvoir l’examiner sous toutes les coutures à la lumière du jour.

On a rencontré aussi des vendeurs très zélés, qui nous ont assuré que leur van avait été contrôlé régulièrement par leur ami mécanicien, qui du coup ne leur avait pas fait de factures…

Ou encore ce gars qui avait mis en vente son van immatriculé dans le Victoria sans avoir fait de contrôle technique alors que c’est obligatoire, et qui a essayé de nous convaincre de faire l’aller-retour Sydney-Melbourne pour faire valider le changement de propriétaire… « Il n’y a que six heures de route, ça vous prendra maximum trois jours, c’est pas grand chose quand on a un an de visa ». On s’est rendus compte plus tard qu’il avait dû être mal renseigné parce que visiblement il n’y avait pas besoin d’aller à Melbourne pour valider la vente.

On a fini par avoir le coup de cœur pour le 9e van que nous avons vu. On avait en tête des critères assez précis que le van de nos rêves devait remplir :

  • Un aménagement confortable : on n’est pas des personnes vraiment manuelles et douées en bricolage, donc on n’avait pas envie de prendre un van vide ou peu aménagé et de nous débrouiller ensuite. On voulait au moins un lit et une cuisine aménagée à l’arrière, ce qui nous paraissait le minimum.
  • Une seconde batterie : indispensable pour pouvoir recharger ordinateurs, appareils photos, et tous nos appareils électriques comme tondeuse ou épilateur
  • Pas plus de 300 000 km au compteur : il est dit que les vans en Australie peuvent tenir jusqu’à 500 000 km. On savait qu’on partait pour un an et qu’on allait ajouter au moins 30 000 km au compteur. Pour pouvoir revendre notre van à la fin sans trop de difficultés, on a pensé que moins de 300 000 km ce serait mieux. Les vieux vans se revendent, mais pour moins cher évidemment, et ils inspirent moins confiance.
  • Une registration Western Australia : dite « rego », la registration est en quelque sorte l’immatriculation du van. Sans elle, on n’a pas le droit de rouler. Chaque Etat a sa propre registration, qui va de pair avec ses propres règles. La moins chère et la plus simple à renouveler, administrativement parlant, c’est celle du Western Australia. On peut la renouveler pour 3, 6, 9 ou 12 mois, dépendant de combien de temps on souhaite garder son véhicule, et on peut le faire en ligne depuis n’importe où. Et il n’y a pas besoin de passer un contrôle technique.
  • Un budget raisonnable : on ne voulait pas mettre plus de 5 000 dollars dans un van. En Australie, on peut trouver de tout sur le marché : des vans à 2000 dollars pas vraiment équipés, jusqu’à des vans hyper spacieux et confortables, de véritables petites maisons roulantes avec four, évier, etc., à 10 000 dollars.

 

Notre van, Mitch de son petit nom, remplissait tous ces critères et dès qu’on l’a vu, on a su que c’était le bon !

 

 

La « vraie » liberté

Vivre dans un van, ça rime avec aventure, vie nomade, liberté… On a l’impression qu’on va pouvoir aller où on veut, quand on veut, sans rien demander à personne. Qu’on va pouvoir partir à l’aventure sur les routes, trouver des coins magiques connus de nous seuls, se poser sur des spots déserts dont on est les seuls à profiter. Mener une vie simple, réduite au minimum de possessions matérielles. Découvrir un pays de manière économique.

Tout ça est vrai. On a eu de beaux moments à pique-niquer sur des plages désertes. On a parfois trouvé des coins où dormir où nous étions complètement seuls, à des kilomètres de toute civilisation. On a passé des soirées assis dans nos chaises de camping à regarder les étoiles. On a regardé la carte de l’Australie et dit « on ira là demain ». Et on y est allé.

 

Nullarbor

 

Sur la côte du South Australia

 

Mais il ne faut pas oublier que la vie en van c’est aussi des contraintes !

 

 

Les contraintes de la vie en van

Toute médaille a son revers. Certes, vivre et voyager dans son van apporte son lot d’avantages, mais aussi d’inconvénients, il faut en être conscient.

 

#1 Les routes bitumées et non bitumées

L’Australie a la particularité d’être un pays jeune. Ça, on l’a entendu encore et encore, on nous l’a dit et répété : « l’Australie n’a pas d’histoire ». Les Européens n’ont pris possession des terres il y a seulement 200 ans, et c’est alors qu’a débuté le processus de transformation et d’urbanisation du continent. Aujourd’hui, ce processus est loin d’être achevé dans le sens où un bon nombre de routes restent des « gravel roads », des routes en terre ou en gravier. Ces routes, notre petit van ne pouvait pas les emprunter. Lorsqu’elles sont bien lisses et sèches, ça peut être possible, mais il suffit d’un trou pour risquer de casser l’essieu du van ou d’une flaque pour finir embourbé. Le plus énervant, ce sont ces routes pleines de « corrugations », des vaguelettes formées par le passage des véhicules et qui sont un vrai cauchemar : le van vibre de partout, on est secoué dans les sens et on ne peut pas aller à plus de 20 km/h.

Dans l’outback et sur la côte ouest, ce sont des milliers de kilomètres de routes qui n’ont pas été bitumés, et d’ailleurs où que nous soyons passés sur la côte est, on a toujours croisé des « roadworks », des travaux sur les routes.

Il faut bien l’admettre : notre van est vieux et n’a que deux roues motrices. Pour ne pas prendre de risques, il faut rester sur les routes bitumées. Ce qui signifie qu’un certain nombre de parcs nationaux voire même de régions nous ont été inaccessibles. On s’y est confrontés plusieurs fois : en voulant aller dans les Barrington Tops, on s’est rendus compte que toutes les routes menant à ce parc classé au patrimoine mondial de l’UNESCO étaient gravel. Demi-tour, tant pis. Même problème pour visiter la péninsule du Cap York : après Cooktown, il n’y a plus de routes goudronnées.

 

Fin d’une route bitumée !

 

L’une de mes amies en Australie m’a dit un jour : « Nous on aimerait aller voir l’Uluru puis partir à Perth directement ». En van, c’est tout simplement impossible, la route reliant le Centre rouge à Perth n’est pas bitumée : il y a plus de 1 200 km de gravel road. Nous, on n’a pas voulu s’y essayer, on a fait plutôt un petit détour d’environ 8000 km pour rejoindre d’abord Darwin, puis on a rallié Perth en suivant la côte ouest.

Il ne faut pas dramatiser non plus. Certes, on n’a pas vu le Purnululu National Park, réputé pour être l’un des plus beaux parcs nationaux d’Australie. Mais il y a suffisamment de choses à découvrir en van en passant par les routes de bitume sans pour autant qu’on soit resté sur notre faim. Et des gravel roads, on a quand même fini par en emprunter un bon nombre, à chaque fois en nous disant « celle-ci c’est la dernière qu’on fait, on va vraiment finir par avoir un problème avec le van si on continue ». On a continué jusqu’en Tasmanie…

 

#2 Les coûts liés au van

Voyager de manière économique au quotidien grâce au van, c’est possible. On l’a fait pendant un an. Malgré tout, l’entretien du véhicule, l’essence, l’assurance et la registration ont un coût parfois élevé. Dans les coins reculés, le prix de l’essence augmente, jusqu’à 2 dollars le litre dans le centre du pays. Il est important de faire des contrôles réguliers du van, surtout si on roule beaucoup comme nous et surtout si on s’apprête à partir dans le désert. On ne veut pas tomber en panne au milieu de nulle part, n’est-ce pas ?

 

L’essence à plus de 2 dollars le litre

 

Il a fallu également toujours avoir un petit bidon d’huile de moteur. Le van était vieux (1996), il brûlait donc beaucoup d’huile et environ tous les 3 000 km il fallait en remettre. L’avantage était qu’on n’a jamais eu à faire de vidange… Mais il a toujours fallu acheter des bidons d’huile et prévoir aussi du liquide de refroidissement.

La fameuse « rego » (registration) apporte son lot de galères administratives aussi. Notre van était immatriculé en Western Australia, il nous a fallu débourser plus de 700 dollars pour étendre son immatriculation jusqu’à 12 mois. Apparemment, nous ne sommes pas à plaindre puisque nous avons pu le faire par Internet depuis le Queensland, et que la rego du Western Australia est l’une des moins chères. Dans certains Etats, il faut passer un contrôle technique avant de pouvoir étendre sa registration, et parfois il faut se trouver obligatoirement dans l’Etat où le véhicule est enregistré pour pouvoir le faire…

 

Au total, sur une année, nous avons dépensé à peu près 9 588 dollars pour le van.

 

[su_box title= »

Nos postes de dépenses
 » style= »soft » box_color= »#87a9e6″ title_color= »#000000″ class= »block »]– Essence : 4 668 AUD
– Huile de moteur et liquide de refroidissement : +/- 100 AUD
– Réparations et entretien : 4130 AUD
– Assurance : 490 AUD
– Aménagement et décoration : +/- 200 AUD[/su_box]

 

#3 Dormir dans son van en Australie

Dormir dans son van peut s’avérer compliqué parfois. En Australie, le camping sauvage est tout simplement interdit. Dans les villes, on n’est pas autorisés à dormir dans sa voiture. La plupart des panneaux des parkings le rappellent constamment : « NO OVERSTAY NIGHT ». Ceux qui tentent de rester sur des zones où ce n’est pas autorisé ne l’oublient pas de sitôt quand ils doivent payer une amende de 250 $. A Sydney, on s’est essayé au camping sauvage pendant cinq nuits en garant le van dans des banlieues résidentielles pour ne pas trop attirer l’attention. On a été contraints de faire la même chose à Adélaïde, sur un parking où c’était apparemment toléré, le temps de trois nuits. Ce ne sont pas les nuits les plus reposantes tant la peur d’être réveillé par un policier est grande. Et puis une fois couché, on évite de sortir pour aller aux toilettes afin de ne pas alerter le voisinage. De la même façon, lorsqu’on dort « en sauvage » on se lève très tôt, avant les premiers promeneurs.

L’application Wikicamps facilite quand même les choses puisqu’elle recense tous les campings, gratuits ou non, de l’Australie. Pendant une année autour de l’Australie, nous n’avons quasiment dormi que dans des campings gratuits, les free camps. Parfois difficiles à trouver, ils pouvaient être situés loin des villes d’intérêt et nous obligeaient à rouler encore 50 km pour atteindre le plus proche. Autour des grandes villes, il n’y en a pas, ou très peu.

Dans l’outback, dormir s’avère beaucoup plus simple. On n’a pas hésité à nous arrêter n’importe où, au milieu de nulle part. Il n’y avait qu’une chance infime pour qu’un rangers passe exactement là où nous nous étions arrêté. L’outback offre une liberté quasi infinie, seuls au milieu du désert.

 

Seuls au milieu du désert

 

 

PARTIE 2 : LA VIE QUOTIDIENNE DANS LE VAN

 

Alors concrètement, ça ressemble à quoi de vivre dans un van ?

 

L’aménagement de notre van

Pour nous, c’était assez simple. Notre van était déjà aménagé quand nous l’avons acheté, on ne se sentait pas vraiment capable de l’aménager par nous-mêmes.

A l’intérieur se trouve le lit, constitué de deux planches en bois reposant sur les sièges arrière repliés. On avait trois matelas qu’on pouvait caler dans le sens de la largeur du van, des oreillers et couvertures. Dans l’outback, les températures peuvent descendre très vite à la nuit tombée et on a eu besoin plus d’une fois de non pas une, mais deux couvertures l’une sur l’autre. Au contraire, dans le nord le climat était tropical. On a vite dû installer des moustiquaires sur les vitres pour pouvoir les maintenir ouvertes sans pour autant laisser entrer tous les moustiques, et on a dû acheter un petit ventilateur pour nous rafraîchir étant donné la chaleur humide étouffante qui persistait la nuit.

 

 

Au-dessus du lit, nous avons installé des paniers qui nous permettaient de ranger nos petites affaires comme lunettes de vue, stick à lèvres, mouchoirs, liseuse, etc. sans avoir constamment à les chercher dans le lit. Ces paniers faisaient office de table de nuit et c’était bien pratique.

 

 

En dessous du lit, nous avions suffisamment de place pour ranger nos sacs à dos vides et mettre deux grandes boîtes. Celle au fond du van, accessible en enlevant d’abord la première boîte, contenait les objets dont nous n’avions pas souvent besoin, comme nos gros manteaux, le ventilateur quand nous n’étions pas dans le nord, etc. Dans la première boîte, facilement accessible, étaient rangés nos vêtements.

A l’arrière du van, juste en ouvrant le coffre, se trouvait le coin cuisine, constitué d’un grand meuble divisé en deux parties : tout en haut, une étagère en bois dans laquelle nous pouvions stocker tous les aliments secs, condiments et conserves. En bas, des étagères permettaient de mettre encore plus de conserves et sur deux d’entre elles des tiroirs avec des ustensiles de cuisine et nos affaires de toilettes. Cette partie était cachée par une planche qui, lorsqu’elle était abaissée, pouvait servir de plan de travail pour cuisiner. Le meuble, surélevé, permettait de ranger encore des choses directement dessous. Ainsi, nous avions trois ou quatre bidons d’eau de 10 L chacun, un réchaud à gaz, un bidon d’essence et une glacière directement accessibles en ouvrant le coffre.

 

 

Derrière, donc sur le sol au milieu du van, étaient rangés des chaises de camping, une table pliable, une énorme bâche pour s’abriter en cas de pluie, deux tentes de deux personnes et une énorme caisse orange contenant une multitude d’outils, des parapluies et les bidons d’huile et de liquide de refroidissement.

 

 

A l’avant se trouvait la seconde batterie qui nous permettait à tout moment de brancher nos appareils électroniques. Elle était en fait branchée sur la batterie principale du van. Pour la recharger, il fallait activer un interrupteur. L’interrupteur permet à la seconde batterie de se recharger directement sur la batterie principale, il ne doit donc être allumé que lorsque le van roule. S’il est laissé en position on alors que le moteur est éteint, on vide tout simplement la batterie principale. Et là, il n’y a plus qu’à espérer que quelqu’un passe pour nous aider à relancer la batterie. En plein désert, ça peut poser problème. Heureusement, ça nous ne est arrivé que trois fois, le premier mois. On n’était pas encore vraiment rôdés avec ce système et on a donc oublié d’éteindre l’interrupteur. En voulant repartir, plus de batterie. A chaque fois, on a eu beaucoup de chance parce que nous étions arrêtés sur des parkings ou des routes fréquentées, donc on n’a eu aucun mal à trouver une personne prête à mettre les pinces.

 

 

Au départ, on n’avait aucune idée de la meilleure manière de ranger le van. Au fur et à mesure, on a vite compris que le rangement devait s’apparenter à un Tétris géant. Tout doit avoir une place précise selon sa forme et son utilité. Les choses qui servent peu ne doivent pas rester devant. On a amélioré notre confort tout au long de notre voyage, en nous débarrassant après quelques temps des objets qui ne nous étaient d’aucune utilité, et en changeant de place les choses qui au contraire nous servaient souvent.

 

 

Le voyage en van

 

#1 Construire l’itinéraire jour après jour

Avant de quitter Sydney, on n’avait pas spécialement prévu d’itinéraire. On a pu construire notre parcours au fur et à mesure surtout grâce aux offices de tourisme. Pas une ville australienne n’est dépourvue d’un Visitor Information Center. Ces centres d’information ont été très pratiques pour nous organiser et nous renseigner sur les choses à voir et à faire dans toutes les régions que nous avons traversées. Dès qu’on arrivait dans une ville, notre premier réflexe était donc de passer faire le plein de catalogues, de cartes et de brochures, tous gratuits.

Au jour le jour, nous ne savions pas pour autant quelles routes précises nous allions prendre. Même si nous savions où nous voulions aller, chaque matin nous partions tout de même à l’aventure.

 

#2 Prendre une douche et aller aux toilettes

Les villes australiennes sont très bien équipées en termes d’infrastructures. Toilettes, tables de pique-nique, barbecues électriques, voire même des douches… Tout est public et gratuit, ce qui facilite bien la vie aussi quand on a une envie pressante entre deux visites ou qu’on cherche tout simplement un endroit où se poser pour déjeuner.

L’application Wikicamps, encore une fois, a été une vraie bible. Elle ne recense pas que les campings, mais aussi les douches gratuites et payantes, les toilettes, les endroits où trouver du wifi gratuit, les lieux d’intérêt, etc.

Sur la côte est, qui est plus urbanisée, nous n’avons eu aucun mal à trouver des toilettes. Il y a toujours des toilettes gratuites dans les villes. Les free camps en étaient quasiment tous pourvus. Des douches sont très souvent installées sur les plages aussi. Intérieures ou extérieures, nous en avons bien profité sur la côte est. Par contre, l’eau était la plupart du temps toujours froide. C’était un vrai bonheur de trouver une douche chaude gratuite.

Dans les terres, la plupart des campings gratuits n’avaient que le strict minimum en termes d’infrastructures. Dans les Atherton Tablelands, nous avons passé huit jours sans pouvoir prendre de vraie douche, juste en faisant des toilettes de chat. C’est bête à dire, mais après un moment nous ne ressentions plus vraiment le besoin de nous doucher tous les jours. Une douche tous les deux ou trois jours suffisait quand le climat n’était pas trop chaud ni humide.

Dans le désert, ça a été une autre histoire. Les campings gratuits sont nombreux, mais la plupart du temps ce sont juste des aires, sans rien. Parfois, des toilettes sèches qui n’ont pas été vidées ou nettoyées depuis un bon moment. Jamais de douche. Avant de partir dans l’outback, nous avons donc investi dans une douche solaire. Il s’agit tout bêtement d’un réservoir d’eau de 20l, noir. On le remplit, on le met au soleil, et après quelques minutes l’eau devient chaude. Il n’y a plus qu’à l’accrocher à un arbre ou sur le toit du van, on insère le pommeau en plastique, et on peut se doucher.

Dans l’outback, on était quasiment toujours seuls sur les aires de camping. On a pu à de nombreuses reprises accrocher notre douche solaire au milieu du désert et prendre une douche complètement nus au milieu de nulle part. On attendait quand même qu’il fasse nuit histoire d’être sûrs que si un véhicule passait sur la route, il ne nous verrait pas !

Pour les toilettes dans le désert, je vous laisse deviner…

Il faut toutefois préciser que l’eau est une denrée rare. Il nous est donc arrivé à plusieurs reprises de ne pas nous laver du tout pendant plusieurs jours. Seul le lavage des dents était quotidien.

 

#3 La lessive

Pour laver nos vêtements, nos serviettes et nos draps, on a fait usage le plus souvent des Lavomatics. Il faut compter entre 3 et 5 dollars pour une lessive. En général, on ne payait pas pour le sèche-linge. Pour tout faire sécher, on étendait nos habits à l’intérieur du van, à l’aide de tenders qu’on installait en travers du plafond.

Comme on a suivi le soleil pendant un an, on n’a eu quasiment que du beau temps toute l’année donc on n’avait aucun mal à tout faire sécher rapidement. Il n’est arrivé qu’une seule fois, dans les Montagnes bleues, que les vêtements ne sèchent pas à cause du temps froid et humide. On a passé quatre jours avec toute la lessive étendue dans le van, et quasiment rien ne séchait !

On a aussi acheté un savon pour lessive à la main et il nous est arrivé plusieurs fois de laver nos sous-vêtements ou quelques t-shirts à la main quand on n’avait pas besoin de faire une grosse lessive.

 

#4 La gestion de l’eau

Une fois achetés nos quatre bidons d’eau, il fallait les remplir régulièrement pour toujours avoir de l’eau pour boire, faire la vaisselle ou simplement nous laver les mains. Sur la côte est, ça n’a jamais été un problème, il y avait très souvent des robinets d’eau potable dans les freecamps. Tous les soirs, on pouvait remplir nos bidons, nos bouteilles d’eau et faire notre vaisselle directement au robinet.

En revanche, les choses se sont drastiquement compliquées dans le désert. On a dû parfois attendre plusieurs jours avant de trouver un robinet d’eau et on était sur nos réserves. L’application Wikicamps est vraiment utile dans ces moments-là puisqu’elle recense les robinets d’eau potable. On n’a jamais manqué d’eau mais il a fallu être économes. Si on a quasiment toujours réussi à trouver un robinet dans les villes de l’outback, il fallait parfois attendre plusieurs jours avant de tomber sur la ville suivante. Pour ce qui est de la vaisselle dans le désert, nous n’utilisions pas nos réserves pour laver nos assiettes et nos couverts. Ça aurait été trop coûteux en eau. Nous ne faisions que les essuyer puis les réutiliser, en attendant le prochain robinet.

 

#5 Les repas et les courses

Nous n’avions qu’un réchaud à gaz, il fallait donc faire preuve d’inventivité pour varier les plaisirs. Pour le petit déjeuner, on faisait chauffer de l’eau sur le réchaud avec une petite casserole prévue à cet effet uniquement, pour le café et le thé. Accompagné de tartines de confiture, beurre de cacahuète ou faux Nutella, parfois de brioche quand il y avait des réductions au supermarché.

En général, le midi on mangeait vite et léger, donc des sandwichs (vive le thon en boîte !) préparés le matin même avec des chips ou bien des nouilles instantanées de temps en temps.

Pour le dîner, nos stocks de pâtes, riz, lentilles, polenta et boîtes de conserve nous ont été bien utiles.

Nous ne nous sommes jamais servi de notre glacière en fait. Sur la côte est, les températures n’étaient pas très élevées donc nous pouvions garder du frais quelques jours sans glace. Une fois dans le nord du Queensland, nous n’achetions que peu de produits frais, et nous les consommions le jour même.

Les pains de glace coûtaient 5 dollars dans les stations services, et dans le désert il faut en racheter tous les jours parce qu’elle fond très vite. On a donc décidé de faire cette économie et de nous débrouiller autrement. Les légumes, salades et fruits étaient consommés rapidement. Pas de fromage, pas de beurre ni de yaourt ni de viande ou de poisson, ou alors achetés pour être consommés directement le soir même.

Ça ne nous a pas posé particulièrement de problème, nous avons réussi à garder une alimentation saine et équilibrée pendant un an. Il faut juste réfléchir aux quantités avant d’acheter. Pour être sûr de ne rien perdre avec la chaleur, il suffit de prendre en plus grande quantité les fruits et légumes qui peuvent résister longtemps à température ambiante, et prendre en moins grande quantité ceux qui ne tiendront pas, de manière à pouvoir tout manger dans les temps impartis.

Réduire notre consommation de viande ne nous a pas fait de mal, au contraire. Nous mangions des œufs régulièrement ainsi que des lentilles, des haricots blancs ou encore du thon en boîte donc on avait notre lot de protéines malgré tout.

 

Coles et Woolworths sont les plus grandes enseignes de supermarchés en Australie. On trouve toujours l’un ou l’autre dans les villes de la côte est et du sud. Lorsque la date de péremption des aliments approche, les prix sont réduits proportionnellement. En allant au supermarché plutôt le soir avant la fermeture, on avait plus de chance de trouver des produits avec des réductions allant jusqu’à 80 %. Du chocolat à 70 centimes, du saumon fumé à 2 dollars, un pot de yaourt à 1 dollar, des pavés de colin à 1,25 dollars, un poulet rôti à 3,50… On a trouvé des trésors.

Aldi est probablement l’enseigne la moins chère, mais il y a moins de choix et Aldi n’existe que sur la côte est et ponctuellement dans les autres grandes villes.

Dans le désert, encore une fois, les choses sont différentes. Coles et Woolworths n’existent pas sur la côte ouest ni dans le Centre rouge. Il faut faire les courses dans de petites épiceries, comme IGA, où tout coûte plus cher évidemment. C’est là qu’on a dû faire le plus attention mais il y a toujours moyen de trouver des produits à prix réduits, comme chez Coles et Woolworths.

On était plutôt Team Coles d’ailleurs. A chaque fois qu’il y avait les deux magasins, on préférait Coles contrairement à nos travel mates Marina et Matt qui fonçaient à chaque fois au Woolworths…

 

Il était parfois primordial de réfléchir à ce qu’on allait manger, parce qu’on savait qu’on ne trouverait pas de magasin avant plusieurs jours. En partant du Queensland vers le Centre rouge, on a donc rempli notre van de conserves. On savait que ce serait la solution la moins chère : remplir le van de denrées non périssables sur la côte est alors que les prix étaient encore normaux. On en a eu pour 90 dollars de courses, mais on a tenu un bon mois. A chaque fois qu’on en avait l’occasion, on refaisait le plein de conserves. Petits pois, maïs, haricots verts, mélanges de légumes, pois chiches, etc., on misait surtout sur des légumes plus que sur des plats préparés type raviolis en boîtes, parce qu’il n’y en avait pas tellement et que ces conserves-là étaient excessivement chères, et pas toujours très bonnes.

 

Nos provisions

 

C’était le même problème avec les bonbonnes de gaz pour alimenter le réchaud : il fallait toujours en prévoir suffisamment pour tenir longtemps sans avoir besoin d’en racheter. Ce n’est pas la chose la plus facile à trouver dans le désert…

On a tellement rempli le van, qu’en sortant du Karijini National Park on s’est rendu compte que le meuble de la cuisine commençait à s’enfoncer dans le sol ! On a été obligés de remettre de nouveaux pieds parce que le sol du van s’affaissait complètement…

 

#6 Sous la pluie

Au total, sur une année, on n’a pas dû avoir plus de 5 journées de pluie. On voulait suivre le beau temps, et on a bien réussi ce pari.

 

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Notre année en Australie par saison
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Automne : Sydney et la côte est
Hiver : Outback et Centre rouge
Printemps : Le Top End et la côte ouest (saison des pluies dans le Nord)
Eté : La côte sud et la Tasmanie
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Retrouvez notre itinéraire complet ici

 

Les grosses averses qui nous ont bloqués pour la journée entière peuvent se compter sur les doigts d’une main. Et quand ça arrive, il n’y a pas le choix : si on est en plein road trip, il faut s’enfermer dans le van et tout simplement attendre que ça passe. En Tasmanie, le temps est très instable et même si on a visité l’île en plein été, on a quand même eu deux journées de pluie. C’est l’occasion de se reposer, de lire, de regarder des séries ou d’écrire… A Darwin, les fois où le déluge s’est abattu sur nous, nous étions en plein volontariat, donc dans une maison, ce qui était plus facile à gérer.

Le moins agréable est que si on se fait surprendre par une averse, comme ça nous ait arrivé dans le parc national Karijini, il faut rentrer dans le van avec les vêtements trempés. Pour éviter de mouiller le lit, on a dû s’installer à l’avant, attraper des vêtements secs puis nous changer sur les sièges et ensuite nous contorsionner pour nous installer dans le lit derrière. Pas hyper pratique, mais s’il ne doit pas y avoir de soleil avant plusieurs jours, ça évite de se retrouver avec des draps, matelas et oreillers humides… Les vêtements mouillés étendus sur les sièges avant, il n’y a plus qu’à attendre.

Les soirs où on pensait qu’il allait pleuvoir, on pouvait aussi installer notre bâche en l’attachant au van et à des arbres autour. Ça n’a été utile que deux ou trois fois.

 

Sous la bâche…

 

 

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En Australie, il faut faire attention aux saisons pour voyager. Le pays est tellement grand (14 fois la France), qu’il semble impossible de pouvoir en faire le tour et de se trouver à chaque fois au bon endroit au bon moment. Non seulement il faut prendre garde au temps, mais aussi aux animaux. Par exemple, les baleines commencent à remonter la côte est à partir des mois de juin et juillet. Pour voir les requins-baleines, les plus gros poissons du monde, sur le récif de Ningaloo sur la côte ouest, c’est d’avril à juillet… Il vaut mieux visiter le centre du pays entre juillet et août parce que c’est à cette période qu’il fera le moins chaud pendant la journée (contre jusqu’à 45°C en été à partir de décembre). Au contraire, il faut éviter de se trouver dans le nord entre décembre et mars parce qu’on sera en pleine saison des pluies, mais c’est en janvier qu’on a le plus de chance de voir un orage électrique à Darwin. Bref, il faut bien se renseigner. Pour notre part, nous nous sommes retrouvés en pleine saison des pluies dans le nord et finalement nous n’avons pas eu beaucoup de pluie, ça n’a pas été vraiment dérangeant. En revanche en descendant la côte ouest, on s’est rendu compte qu’on tombait mal parce que pile au moment où se lève le Fremantle Doctor, un vent qui commence à souffler au milieu de l’après-midi. Imaginez devoir cuisiner dehors avec un réchaud en plein vent…

 

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PARTIE 3 : ANECDOTES ET SOUVENIRS

Nos pires galères avec le van

 

En un an de voyage en van, ça aurait été vraiment trop beau de ne jamais avoir aucun problème. En achetant notre van, on se doutait bien qu’on aurait forcément des galères un jour ou l’autre.

 

#1 Coincés une semaine dans un camping sans douche

Sur la côte est, rien de notable. Les deux premiers mois de road trip avec le van se sont extrêmement bien déroulés.

C’est en arrivant dans les Atherton Tablelands, au nord du Queensland, que nous avons décidé de faire un contrôle dans un garage avant de partir dans l’outback. Et c’est donc là qu’on a eu notre première frayeur : on s’est rendu compte à ce moment-là que la courroie de distribution n’avait pas été changée depuis un bon moment. Elle était complètement fissurée…

Il fallait attendre une semaine pour que le garagiste puisse recevoir le kit et s’en occuper. Une semaine pendant laquelle on a eu tellement peur de rouler et d’exploser le moteur qu’on a décidé de ne pas bouger de notre camping. Et malheureusement pour nous, ce camping n’avait pas de douche… Si jusque-là on avait toujours réussi à prendre une douche tous les deux ou trois jours, on a battu un record personnel cette semaine-là !

 

Au final, le pire ne s’est pas produit. On a passé notre semaine à faire des toilettes de chat à l’aide des robinets du camping et on a fini par repartir avec une courroie de distribution toute neuve… vers un camping avec une douche !

 

#2 Le sort s’acharne à Alice Springs

C’est à Alice Springs, dans le Centre rouge, qu’on a enchaîné les galères. On avait entendu dire qu’en Australie, tout peut aller très vite : en une journée, tu peux trouver du travail, un logement, un véhicule ou des compagnons de route. C’est la sensation qu’on a eue à Alice Springs. A peine arrivés, nous avons chacun trouvé un voire deux emplois, un logement, nos amis nous ont rejoint et on a rencontré d’autres copains étrangers.

Mais l’inverse est vrai aussi : en une journée, on peut tout perdre. Et c’est aussi ce qui s’est passé pour nous. Après trois semaines, on a dû faire face à la perte d’un emploi et à la perte de notre logement en auberge de jeunesse. Située juste à côté du restaurant où l’on travaillait, c’était pour nous la meilleure option et on s’était tout de suite bien entendu avec les personnes qu’on y a rencontrées. Souvenez-vous, le camping sauvage est interdit en Australie donc nous n’avions pas le droit de dormir dans notre van en ville.

Malheureusement, après nous être fait virer de l’auberge du jour au lendemain, on n’avait plus vraiment le choix : on est retournés dans notre petit van, qu’on a installé dans le camping situé derrière un hôtel d’Alice Springs. Camping où l’on avait le droit de ne rester qu’une semaine maximum.

C’est une fois dehors en train de préparer le dîner qu’il s’est mis à pleuvoir. Oui, en plein désert, et pour la première fois depuis des mois. C’était vraiment un gros manque de chance qu’on soit dehors à ce moment-là.

Le lendemain matin, impossible de démarrer le van.

Là, on commence à comprendre que la chance a bel et bien tourné.

On ne panique pas, on ne travaille que le soir à 18h, donc on a toute la journée pour s’occuper du problème. Malheureusement, le mécanicien qui fait le déplacement dans l’après-midi pour regarder ne parvient pas à le redémarrer et n’a qu’une vague idée de la cause du problème. Il pense que c’est la pompe à essence qui a lâché, il faut compter entre 500 et 700 dollars pour la remplacer…

Evidemment, on est vendredi, donc il faut laisser passer le week-end avant que quelqu’un puisse venir dépanner le van et s’en occuper.

Le camping est situé à plus de 3 km du centre-ville où nous travaillons, on passera donc notre week-end à marcher pour aller travailler, lorsque nos amis ne peuvent pas jouer les taxis pour nous déposer ou nous récupérer.

Le stress a bien eu le temps de monter cette semaine-là, et la perspective de devoir payer 700 dollars n’a pas arrangé les choses.

 

Mitch dépanné à Alice Springs !

 

Après cette série de galères, la roue a tourné : le lundi matin, une dépanneuse est venue chercher le van pour l’emmener au garage. On a pu le récupérer quelques heures plus tard seulement, parce que la pompe à essence fonctionnait bien. C’était simplement le moteur qui s’était encrassé à cause de l’essence de mauvaise qualité qui est vendue dans les roadhouses de l’outback. Coût du nettoyage : 15 dollars !

 

Après cet épisode, on nous a conseillé d’acheter plutôt de l’essence premium, de l’unleaded 95 ou 98 et d’éviter la 91. Ça nous a coûté plus cher, mais on n’a plus jamais eu ce problème.

Avant de partir dans l’outback, nous avions rempli notre bidon de 20 L d’unleaded 91, et il s’en dégageait une odeur entêtante et écœurante. On devait sortir le bidon du van pour dormir parce que l’odeur d’essence était trop forte. En le remplissant d’essence premium, il n’y avait par contre aucune odeur… C’était pour nous bien la preuve que la 91 n’était définitivement pas de bonne qualité.

 

#3 Conduire 300 km avec un système de refroidissement défectueux

L’épisode le plus épique que nous avons eu à vivre avec le van ne s’est produit que quelques semaines plus tard. En arrivant dans un camping à environ 50 km de Katherine, dans le nord de l’Australie le long de la Stuart Highway, on a constaté une fuite du liquide de refroidissement. Nouveau coup d’arrêt, on est bien embêté parce qu’on est alors au milieu de nulle part et on est bien conscient du coût d’une dépanneuse… Et c’était mon anniversaire !

Heureusement, un vieil Australien est arrêté lui aussi sur ce freecamp et décide de nous aider. Il s’y connaît en mécanique, en tout cas c’est ce qu’il dit, et il jette un œil au van. Pour lui, c’est la pompe à eau qui a lâché. Il nous explique qu’on peut faire les 50 km jusqu’à Katherine en veillant bien à remplir le radiateur d’eau pour ne pas risquer la surchauffe. On décide de tenter le coup et on arrive sans encombre jusqu’au garage. Le constat est amer : le mécanicien nous annonce qu’il faut changer tout le système de refroidissement, incluant le radiateur, la pompe à eau, le thermostat, etc. Il va falloir attendre deux semaines qu’il reçoive toutes les pièces et ça va nous coûter 2000 dollars au minimum.

C’est la catastrophe, on ne peut pas attendre deux semaines à Katherine, il n’y a rien dans cette ville. On décide de prendre un second avis et on se rend chez un autre garagiste. Celui-ci nous conseille de conduire les 300 km jusqu’à Darwin, où selon lui on aura plus de choix au niveau des mécaniciens, on attendra moins longtemps l’arrivée des pièces et on paiera moins cher.

C’est parti, nous voilà sur la dernière portion de la Stuart Highway ! mais il y a un mais… Il faut impérativement qu’on s’arrête tous les 10 km pour remplir le radiateur et qu’on laisse passer une heure tous les 50 km pour permettre au moteur de refroidir suffisamment. Je vous laisse imaginer les 300 km… On a mis quatre jours pour arriver à Darwin !

 

Finalement, on a de suite trouvé un mécanicien qui nous a fait un devis à 1400 dollars, et on n’a eu qu’une semaine à attendre, pendant laquelle on a fait un petit volontariat pour être logés gratuitement et qui nous a permis de visiter la ville et de nous reposer. On ne s’en est pas si mal sorti !

La fuite à Katherine a été notre plus grosse frayeur avec le van. Après ça, le road trip sur la côte ouest et au sud s’est bien passé.

 

#4 Mésaventures tasmaniennes

C’est en Tasmanie qu’on a rencontré nos dernières galères :

  • Sur le mont Wellington, qui offre un panorama magnifique sur la vallée de Hobart, on a garé le van face à un vent glacial et extrêmement puissant. Après une vingtaine de minutes, le froid a complètement vidé la batterie et le van ne démarrait plus. En voulant se servir de la pente pour redémarrer, on a juste réussi à coincer le van quasiment à contresens, à deux mètres du vide… Le numéro d’urgence du Mont n’était en fait pas un vrai numéro d’urgence puisqu’on est tombé sur la mairie, qui ne pouvait rien faire pour nous aider. Après un moment, on a finalement réussi à trouver une personne qui a bien voulu utiliser les pinces pour un jump start. Mais le vent était tellement fort que toute l’opération a été extrêmement compliquée, le capot relevé de la voiture menaçait d’être arraché. Le van a pu redémarrer mais n’est pas reparti du mont Wellington complètement indemne : la porte conducteur a été pliée par le vent et sortie un peu de son axe. Elle ne fermait plus hermétiquement et on a dû taper sur les gonds avec un marteau pour essayer de la redresser du mieux qu’on a pu. C’était la première fois qu’on faisait face à un vent d’une telle puissance, on s’en souviendra…
  • Sur une piste de cailloux au milieu de la forêt tasmanienne, (j’avais bien expliqué au début que ce n’était pas des routes pour nous…), on a voulu faire demi-tour en pleine pente et on a coincé le van dans le fossé du bas-côté. Le pare buffle et le pot d’échappement se sont complètement coincés dans le talus. Après une heure passée à creuser et à enlever des pierres pour tenter de dégager les roues arrière, la nuit commençait à tomber et il n’y avait personne. Heureusement pour nous, on avait du réseau et on a pu appeler un restaurant situé à 8 km pour leur demander de l’aide. Le gérant est venu vers 22h pour nous tirer de là avec son 4×4. Ça lui a pris à peine cinq minutes, juste le temps d’accrocher les chaînes au pare buffle. En pleine nuit, il a donc fallu conduire jusqu’au freecamp le plus proche. C’était sans compter sur les petits pademelons nocturnes qui étaient présents tout le long de la route. On a été obligé de conduire à 20 km/h pour ne pas en écraser un, et on a eu quelques frayeurs ! Ces petits marsupiaux sont imprévisibles et peuvent décider de se jeter littéralement sous les roues du van au dernier moment. Les quelques kilomètres que nous avions à parcourir jusqu’au camping ont été terriblement éprouvants, nos yeux essayant de percer l’obscurité pour dénicher les animaux et tenter d’anticiper leurs mouvements.
  • Et on peut aussi être malade alors qu’on vit dans le van. Ce n’est pas une expérience des plus agréables, mais c’est ce qui m’est arrivé le dernier jour en Tasmanie. Une grosse indigestion m’a maintenue éveillée et m’a obligée à faire des allers-retours plusieurs fois en pleine nuit pour ne surtout pas vomir à l’intérieur du van… Une nausée ne m’a d’ailleurs laissée le temps que d’ouvrir la porte latérale avant de vomir littéralement « par-dessus bord ». C’est là qu’on se rend compte qu’habiter dans le van peut parfois manquer cruellement de praticité.

 

#5 Parce qu’on ne pouvait pas le vendre sans vivre une dernière galère…

Le tout dernier problème, on l’a eu la veille de vendre le van… La veille du rendez-vous, nous avons voulu faire un dernier tour avec et partir à la plage pour la journée. Après 3 km, le van s’est tout simplement arrêté, en plein milieu de la route. C’était juste devant un parking donc on l’a simplement poussé pour le garer. C’était un samedi, donc personne ne pouvait intervenir avant le lundi. On a dû décaler le rendez-vous avec les acheteurs pour la semaine d’après. Quelques jours plus tard, un mécanicien est intervenu directement sur le parking pour changer la pompe à essence qui avait finalement décidé de nous lâcher après quelques mois…

 

On a toujours eu de la chance dans nos malheurs, et après quelques mois on peut maintenant en rire !

 

 

Nos meilleurs souvenirs en van

 

En un an, on accumulé énormément de souvenirs dans ce van. Le revendre à la fin de notre périple a été un vrai crève-cœur. C’était notre maison pendant de nombreux mois, et on s’y est attaché. Pendant une année, le van a été notre point de repère. A chaque fois qu’on partait en randonnée ou en visite, c’était vers lui qu’on devait retourner. Il est où le van ? On se pose dans le van ? On se rejoint dans le van ? C’étaient les questions qui revenaient le plus souvent et qui ont ponctué notre année.

Le voir partir avec un autre couple à la fin a été un moment d’une grande tristesse.

 

Dernière photo avec Mitch

 

Maintenant, nous restent les meilleurs souvenirs de cette année en van en Australie.

 

#1 Avec les animaux

L’Australie est une île peuplée d’animaux qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et des péripéties avec des marsupiaux ou autres mammifères trop mignons, on en a eu beaucoup.

 

Un petit kangourou curieux

 

Pendant nos cinq jours à la découverte du parc national du Cape Range, sur la côte ouest, nous avons campé tous les soirs sur les plages du parc. Le premier soir, en revenant d’une session snorkeling, Thibaut a voulu se laver les mains avec un bidon d’eau avant de faire à manger. L’eau commence à couler par terre et là, sortis de nulle part, deux kangourous s’approchent tout doucement derrière lui. Une maman et son bébé. Attirés par l’eau, ils avaient visiblement très soif. La maman est restée assez méfiante et n’a pas voulu s’approcher trop prêt de nous, mais le bébé n’était pas farouche et n’a pas hésité à venir se coller à Thibaut. Ils étaient tellement mignons qu’on leur a rempli un petit bol d’eau. Dans les campings du Cape Range, il n’y a ni eau potable, ni douche. On a donné plusieurs petits bols d’eau à ces kangourous, ça valait bien qu’on partage un peu nos réserves.

 

Trop mignons…

 

Dans le Centre rouge, il y a des dingos. On s’en souviendra. Après avoir garé le van dans un camping tout en haut de Kings Canyon, nous nous sommes installés pour la nuit. Peu de temps après notre arrivée, nous avons vite aperçu un couple de dingos rôder dans le camping, visiblement en quête de nourriture. Ils nous ont regardé un moment mais ne se sont pas approchés. Ils sont restés en retrait, à une distance respectueuse. On a compris qu’ils avaient peur des humains, donc on ne s’est pas méfié. On a continué notre installation sans trop nous préoccuper d’eux puis nous sommes allés nous asseoir près du canyon pour admirer le coucher de soleil. Aussitôt le dos tourné, il n’a pas fallu plus de trente secondes au mâle pour se faufiler dans le van et en ressortir avec le sachet plastique contenant notre réserve de gâteaux… Les deux dingos ont filé dans le bush, leur précieux butin dans la gueule. On les a suivi pour voir et on n’a pas tardé à tomber sur une petite clairière remplie de sacs plastiques éventrés. On n’était pas les premiers à se faire avoir !

 

Le dingo et le van !

 

En Tasmanie, en plein cœur du Southwest, nous nous sommes installés là encore pour la nuit. Et cette fois ce ne sont pas des dingos qui se sont approchés, mais des chats natifs ! Appelés quolls en anglais, ils ressemblent à de petits furets marrons, noirs et blancs. Ces petits coquins se sont amusés tout autour de nous, jusqu’à monter sur notre table de camping pour venir lécher nos assiettes. L’un d’entre eux a réussi à grimper dans la glacière que nous avions laissée ouverte un peu plus loin, on a donc été obligés de tout rentrer avant de nous coucher.

 

Sur la côte est, à Airlie Beach précisément, nous avons eu de drôles de réveils pendant nos quelques jours sur place. Tous les matins, des dizaines de perroquets venaient se poser sur le toit du van, faisant un boucan d’enfer ! Pendant notre petit-déjeuner, ils étaient tout autour de nous, posés sur nos chaises et sur le van.

 

Sur certains freecamps situés près de plages ou de cours d’eau, on a souvent vu le panneau « Attention aux crocodiles », qu’on a toujours trouvé très exotique et qui nous a sans cesse rappelé qu’on était bien en Australie. Dans ce genre de camping, on a toujours fait bien attention à ne pas mettre le van trop près de l’eau et à ne pas trop nous éloigner pour aller aux toilettes.

 

#2 Feux de camp et barbecue

Le dîner préféré des Australiens, c’est probablement le barbecue ! Viande, légumes, poisson, tout y passe. Et bien évidemment, on s’est mis à cette mode nous aussi.

Dans le van, nous avions une grille que nous pouvions placer directement sur un feu de camp pour faire griller des aliments. On s’en est pas mal servi. Dans certains parcs, faire du feu était interdit, mais dans le désert nous avons pu en faire souvent, à condition de trouver du bois.

 

Les McDonnells Ouest, près d’Alice Springs, ont été notre première destination avec Marina et Matt, qui sont restés nos compagnons de route pendant plusieurs semaines. Le premier soir, on s’est installés dans le lit d’une rivière asséchée. Les garçons sont partis dans les alentours chercher du bois. A deux, ils ont transporté une énorme bûche et on a pu faire un gros feu de camp qui a illuminé la nuit pendant un bon moment. Les soirées qui ont suivi dans ces montagnes ont été aussi conviviales, dans un cadre magnifique de monts désertiques.

 

Coucher de soleil et feu de camp dans les McDonnells !

 

A Katherine, nous avons fêté mon anniversaire dans le bush, autour d’un feu. Marina avait fait cuire des pâtes aux crevettes et je crois que c’est la fois où on a le mieux mangé en camping.

 

Pour fêter Noël, le barbecue est le plus simple et le plus convivial également. Avec Matthias, un autre compagnon de route, nous nous sommes rendus sur une plage de Perth équipée de barbecues électriques et on a mangé des burgers maison le 24 décembre. C’était bon, il faisait chaud, il y avait de la musique et beaucoup d’Australiens qui avaient décidé de faire comme nous (ou plutôt, c’est nous qui nous sommes mis à la mode australienne et qui avons fait comme eux).

 

#3 Contemplation

La vie en van, c’est aussi pouvoir se poser au beau milieu de nulle part et profiter de ciels étoilés absolument magnifiques. Dans le désert, il n’y a aucune pollution lumineuse, on peut observer une splendide voie lactée qui descend jusqu’à l’horizon. On a passé pas mal de soirées, assis dans nos chaises de camping, à regarder les étoiles.

 

Une nuit, vers 2h du matin, on est sorti du van suite à une envie pressante. Au beau milieu du désert, on a vu un halo lumineux qui se diffusait derrière une petite montagne près de laquelle nous étions garés. On l’a observé un moment, pensant aux phares d’une voiture. Quelques minutes plus tard, on a vu tout simplement la lune émerger. C’était un lever de lune, et c’était magnifique. On est restés là, debout au milieu du désert, à la regarder.

 

Cette année a aussi été riche en termes de levers et couchers de soleil. On a pu garer le van près de lacs, de rivières, de la mer, au milieu de champs ou de collines et voir des lumières fabuleuses.

 

Coucher de soleil près du Wiporie General Store, l’une de nos premières soirées dans l’Outback

 

Sur la côte sud

 

Dans le désert

 

On a eu l’occasion de camper et dormir dans des lieux splendides et préservés. Ces endroits presque magiques nous ont permis d’apprécier des paysages magnifiques et de jouer aux aventuriers en allant marcher seuls dans les alentours.

 

Camping en Tasmanie sur les rives du lac Bradys

 

La vue qu’on a eue un matin, au réveil…

 

#4 Antenne radio et feux de brousse

C’est probablement la nuit dans le désert australien qui restera la plus emblématique pour nous. Il n’y a quasiment jamais de réseau dans l’outback, mais de temps en temps on peut trouver d’énormes antennes radio. Un soir, on a quitté la route principale pour rejoindre l’une de ces antennes. On a décidé d’y passer la nuit. Comme de coutume, nous étions seuls, au milieu de rien. Après un moment passé à cuisiner, la nuit est tombée et l’horizon s’est embrasé. Les couleurs du coucher de soleil se sont estompées mais on voyait toujours au loin cet orangé caractéristique. Sur la route, on avait vu beaucoup de parcelles complètement brûlées donc on a vite compris qu’il s’agissait de feux de brousse, qui se propageaient dans la végétation aride de l’outback. On est resté un moment à observer ces couleurs chatoyantes, sans trop savoir s’il était dangereux de rester où l’on était ou non. Un moment un peu hors du temps, où l’on a pris conscience de la beauté mortelle des feux de brousse.

 

Pour en savoir plus sur l’outback et ce qu’on y a vu, je vous renvoie à cet article.

 

#5 Dormir dans le van

Chaque soir où nous nous sommes couchés dans notre van a été un réel plaisir. Où que nous soyons garés, sur un parking, dans un champ, seuls dans le désert ou sur une plaine au milieu de cinquante autres vans, on oubliait le monde extérieur pour ne plus voir que notre lit. Les rideaux bien épais nous protégeaient de la lumière extérieure s’il y en avait et faisait paraître l’intérieur du van comme celui d’un cocon. Nous avions installé des guirlandes lumineuses à piles que nous allumions à la nuit tombée et qui rendait ce cocon très cosy.

 

 

Le matin, c’était une sensation incroyable que celle qui nous prenait lorsque l’on ouvrait la porte latérale du van et que l’on redécouvrait l’endroit où nous nous étions arrêtés la veille, face à la mer, en haut d’une falaise, dans un champ au milieu des kangourous, ou encore près d’un lac sur lequel s’élève la brume matinale. Parfois lorsque nous arrivions sur le lieu de notre camping, il faisait déjà nuit le temps de nous installer. Ce n’est donc que le matin que nous découvrions les alentours toujours plus beaux les uns que les autres.

 

#6 Conduire le van

L’important n’est pas la destination, c’est le voyage pour y parvenir. Rouler n’a jamais été synonyme d’ennui en Australie. Au contraire, on a vite pris goût à la conduite au milieu d’étendues désertiques. Si le paysage pouvait parfois sembler monotone, la sensation est terriblement grisante : on sait qu’on peut rouler sur des milliers de kilomètres, quasiment en ligne droite, sans que rien ne vienne nous arrêter.

 

Conduire sur la plus longue route en ligne droite d’Australie

 

On a beaucoup cherché à débusquer les animaux, très nombreux dans le désert : kangourous, émeus, chevaux et chameaux sauvages, dingos… Même après quelques mois passés en Australie, c’était toujours un ravissement de voir des kangourous sauter au loin. On ne s’y est jamais vraiment habitués et on est restés émerveillés face à eux tout au long du voyage.

 

 

 

BILAN

Au-delà des péripéties vécues directement avec le van, tout ce que nous avons vu pendant un an n’a été possible que parce que nous étions motorisés. Nous sommes allés dans des centaines d’endroits où aucun bus ne passe, où aucun voyage touristique organisé ne se rend et où peu de voyageurs, qui ont moins de temps que nous à passer sur les routes, vont.

Nous avons voulu faire le tour complet de l’Australie et passer un mois en Tasmanie, nous avons donc dû planifier un minimum les mois à venir. Si nous avions passé un mois de plus sur la côte est par exemple, nous n’aurions sans doute pas pu aller en Tasmanie. Cependant en 7 mois et demi de pur voyage et un peu plus de 36 000 kilomètres parcourus, nous n’avons jamais eu l’impression de devoir nous dépêcher. Nous sommes restés libres pendant tout ce temps. Du moment que nous roulions à gauche, nous pouvions faire ce que nous voulions.

L’idée de savoir que parce qu’on a un lit, du gaz, de la nourriture et de l’eau, nous pouvons nous arrêter sans aucun problème cinq jours sous un arbre en bordure d’une rivière asséchée de l’Outback est particulièrement enivrante.

Plus de photos de notre tour de l’Australie ici !

Nous avons dormi dans plus d’une centaine de lieux différents. Il est impossible de tous les compter. Ce qui est certain c’est que nous ne cessons de nous souvenir par moment de tel ou tel free camp. 

« Tu te rappelles du soir où on dormi près de la rivière ? Mais si, on est arrivés tard, il y avait des vaches, on s’est mis à gauche près des bambous…
Ah oui! Il était super celui là. Et puis c’est ce matin là où on avait un kangourou juste devant la porte ».

Des souvenirs comme celui-ci, il y en a des milliers, et qui nous reviendront les uns après les autres, petit à petit, et pendant longtemps.

 

A ceux qui hésitent encore à vivre un temps en van, par peur des difficultés ou par manque de temps : lâchez-tout, faites-le !
A ceux qui disent que c’est surfait, commun et à la mode de faire le tour de l’Australie en van : donnez vous l’occasion de changer d’avis, faites-le !

A ceux qui disent qu’aller en Australie n’est pas synonyme de dépaysement : venez découvrir le cœur de l’Australie, venez vous y perdre en van, venez changer vos idées reçues, faites-le !

 

« The road is home ». Thibaut a fabriqué ce slogan lors de notre volontariat dans la ferme de l’Outback et l’a collé sur la vitre arrière du van. L’expérience vécue lors de cette année en van autour de l’Australie y est lisible. La route et le van deviennent notre maison.

 

 

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

Immersion dans la Zone de nature sauvage de Tasmanie

C’est le dernier Etat dans lequel nous conduira notre van : l’île de Tasmanie. Aussi appelée « île de l’inspiration » pour sa nature sauvage et préservée, elle est connue pour sa faune endémique – comme le diable – et sa flore incroyable. Plus d’un tiers du territoire de la Tasmanie est en effet protégé grâce au classement en parcs nationaux ou en réserves naturelles.

Il y a 10 000 ans, lors de la dernière période glaciaire, la Tasmanie était rattachée au continent australien. Avec la fonte des glaciers et la montée des eaux, elle s’en est séparée, permettant à sa faune et sa flore d’évoluer différemment.

Parmi les zones protégées, six parcs nationaux et deux réserves ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de « Zone de nature sauvage de Tasmanie » (Tasmanian Wilderness) :

  • Le parc national de Cradle Mountain-Lake Saint Clair
  • Le parc national Southwest
    • Le parc national des Franklin-Gordon Wild Rivers
    • Le parc national des Hartz Mountains
    • Le parc national de Mole Creek Karst
    • Le parc national des Walls of Jerusalem
    • L’aire de protection du Plateau central
    • La réserve nationale Devils Gullet

L’inscription remonte à 1982 et la zone a été élargie en 1989. La justification principale de ce classement tient au fait que cette zone est l’une des dernières régions sauvages tempérées du monde. Correspondant à environ 20 % du territoire de la Tasmanie, il s’agit d’une des plus vastes zones protégées en Australie.

Lors de notre road trip, nous nous sommes aperçus que pour visiter bon nombre de ces parcs, le meilleur moyen serait de marcher. Certaines zones restent complètement inaccessibles en voiture, et dans certains parcs existent des parties dans lesquelles il n’y a même plus de sentier, il faut créer soi-même son chemin au milieu de la végétation. Difficile de trouver mieux pour s’immerger en pleine nature.

 

 

Le parc national de Cradle Mountain-Lake St Clair

Si vous venez faire un tour en Tasmanie, vous entendrez forcément parler de Cradle Mountain. C’est probablement le parc national le plus célèbre de Tasmanie, étant considéré comme un « incontournable » à visiter absolument. Sa réputation vient de l’Overland, ce chemin de randonnée d’environ 70 km qui le jalonne du nord au sud, et qui a été classé parmi les plus belles randonnées du monde.

 

Le lac Dove

 

En haute saison, l’accès à ce trek est limité et il faut payer un permis de 200 dollars par personne. Nous ne pouvions pas vraiment nous le permettre, nous nous sommes donc contentés de passer deux journées à marcher dans le parc, l’une du côté du lac St Clair, l’autre du côté du Mont Cradle.

Le lac St Clair, en haute saison, est le point d’arrivée de l’Overland. Après une semaine de marche, les trekkeurs finissent là. Plusieurs chemins serpentent dans la vallée tout autour du lac et permettent de partir en randonnée sur une ou plusieurs journées. Nous sommes partis pour l’ascension du Mont Rufus, d’où nous attendait une vue magnifique sur le lac. Il faisait beau et pourtant nous n’avons croisé quasiment personne.

 

Le lac Saint-Clair vu depuis le mont Rufus

 

Au contraire, du côté de Cradle Mountain nous n’avons pas eu le même ressenti, pour différentes raisons :

  • Le parc semble être victime de sa réputation : entre les marcheurs d’un jour et les trekkeurs venus se lancer sur l’Overland, les chemins de randonnées étaient quelque peu bondés. Difficile de prendre une photo sans personne devant et d’apprécier réellement les points de vue, tous pris d’assaut.
  • Les infrastructures sont assez développées : les parkings situés juste devant le départ des randonnées sont limités à quelques dizaines de voitures. Tôt le matin, on ne pouvait déjà plus y accéder. Un système de navettes permet d’être déposé, mais les premières que nous avons voulu prendre étaient déjà pleines et il n’était pas possible de monter à bord. L’attente dans ce cas peut être longue si l’on n’attend pas directement au premier arrêt.

 

Nous avons tout de même pu nous extraire du flot de randonneurs après quelques heures de marche, sur le chemin du retour. En suivant un petit chemin de terre qui longeait Cradle Mountain au lieu de tenter l’ascension du mont, nous nous sommes éloignées du chemin principal. Ce petit détour nous aura permis de bénéficier de vues incroyables sur quelques lacs du parc, et sans personne pour nous gêner !

 

Le petit chemin qui contourne le mont Cradle

 

Le lac Dove mais depuis l’autre côté !

 

Les paysages offerts par le parc national de Cradle sont magnifiques, mais le lieu est victime de son succès. Même si l’Overland Track est limité à 60 personnes par jour en haute saison, il y avait beaucoup de monde. Pourtant, à quelques kilomètres de là, un autre parc tout aussi beau et faisant partie de la zone UNESCO est complètement ignoré des randonneurs.

 

L’Overland Track et le mont Cradle

 

 

Le parc national des Walls of Jerusalem

Moins connu, le parc national du Walls of Jerusalem est situé juste à côté de Cradle Mountain. Sa particularité : il n’est accessible qu’à pied, aucune route ne traverse le parc. Il faut laisser sa voiture dans un parking à quelques kilomètres de l’entrée puis marcher pour l’atteindre. Une journée de randonnée ne suffit pas pour le découvrir, nous avons donc opté pour un trek de deux jours, le minimum.

 

Plusieurs éléments nous ont surpris dans ce parc.

  • Les noms tirés de la Bible : le parc a été nommé d’après les murs de Jérusalem, auxquels ses caractéristiques géologiques ressembleraient, à savoir un haut plateau entouré de monts. En conséquence, de nombreux autres noms de lieux au sein du parc portent des noms bibliques, comme le trône de Salomon, le bassin de Bethesda, le pic du roi David, les joyaux de Salomon, la porte d’Hérode, etc. Ces noms donnent aux lieux un aspect un peu mystique, exacerbé par le fait que nous étions quasiment seuls à marcher dans le parc.

 

Le bassin de Bethesda, un endroit magnifique où la montagne se reflétait dans l’eau !

 

  • Le réseau hydraulique : le parc est strié de canaux d’eau de source complètement cristalline et de lacs alpins plus ou moins grands. On la trouve en grande quantité dans le parc. Partout, on la voit jaillir directement du sous-sol et s’épanouir entre les massifs végétaux. Cette eau est tellement pure qu’on peut observer des vasques profondes immergées et recouvertes de mousses et de plantes aquatiques. Elle est apparemment potable et nous n’avons eu aucun problème à la consommer pendant deux jours. Les paysages du Walls of Jerusalem nous ont semblé vraiment singuliers et nous n’avons jamais rien vu de similaire ailleurs en Tasmanie.

    L’eau parfaitement transparente

 

Le réseau de canaux

 

  • Le peu d’infrastructures : le parc est quasiment resté sauvage, presque rien n’a été installé pour aider les randonneurs. Il n’y a qu’un seul camping aménagé situé à quelques kilomètres du parking d’accès au parc, constitué de plateformes en bois et de toilettes sèches. De ce camping, Wild Dog Creek, le chemin est formé de platelages en bois, jusqu’à une autre aire de camping nommée Dixon’s Hut, qui cette fois n’est pas aménagée. Si on veut continuer à marcher au-delà de ce camping, il faut trouver soi-même son chemin dans les marais et la végétation sur environ 2 kilomètres. Aucun sentier n’a été tracé pour préserver la flore, il faut donc avancer prudemment et bien s’orienter avec une carte pour ne pas se perdre. Dans ces cas-là, si on est en groupe, il est recommandé de ne pas marcher l’un derrière l’autre pour ne pas abîmer la végétation et créer un sentier visible qui pourra être de nouveau emprunté par d’autres personnes. Les groupes constitués de plus de 6 personnes ne sont par ailleurs pas encouragés à venir dans le parc parce que leur impact sur l’environnement sera forcément plus important. L’objectif est vraiment de maintenir le parc le plus sauvage possible et d’en préserver la nature.

 

Notre campement, sans plateforme en bois !

 

  • La faune : étant donné que le parc n’est pas très fréquenté, la faune y abonde. Il est possible de voir plusieurs espèces de marsupiaux tout au long de la randonnée, et surtout pendant la nuit. Kangourous, possums, wombats… ils sont nombreux à vivre dans la végétation basse et à laisser leurs excréments absolument partout ! Après notre nuit de camping, nous sommes partis dans les marécages seuls étant donné qu’il n’y avait plus de chemin et nous avons observé dans les flaques d’eau des petits os… En avançant encore et en suivant ces traces, nous avons eu la chance de tomber sur un terrier de diable ! Nous n’avons pas pu voir l’animal lui-même, étant nocturne il devait probablement dormir au chaud à l’intérieur, et c’est certainement mieux ainsi, étant donné qu’il s’agit d’un animal très agressif…

 

Le terrier de diable avec les os

 

  • Les anciennes maisons de trappeurs : le parc national des Walls of Jerusalem a été un lieu de chasse au XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est la découverte du cèdre de Tasmanie qui accélère le développement de la chasse à cette époque. Ce bois permet aux trappeurs de faire sécher les peaux des animaux directement sur place, dans les montagnes. Très vite, les chasseurs construisent des petites maisons en bois pour passer l’hiver à chasser, saison pendant laquelle les animaux portent une fourrure plus épaisse pour se protéger du froid.
    Pendant nos deux jours de randonnée, nous avons croisé deux anciennes huttes de trappeurs. La première, construite en 1946 par deux frères trappeurs et leur oncle, a la particularité d’être divisée en deux parties : la pièce à vivre et la pièce où étaient mises à sécher les peaux. En principe, les trappeurs construisaient plutôt deux huttes différentes, l’une pour vivre et l’autre pour mettre à part les peaux. Dans cette région, c’est la chasse au collet qui est pratiquée, c’est-à-dire qu’on place des pièges sur les sentes des animaux pour les attraper. Cette technique de chasse, qui a débuté au milieu du XIXe siècle, connaît son apogée dans les années 1930-1940. Au moment où les frères Dick et Ray « Boy » Miles, accompagnés de leur oncle Roy Walters, construisent leur hutte en 1946, cette tradition commence à décliner. Le métier de trappeur est difficile et requiert de vivre dans des conditions isolées et marquées par les intempéries. La fluctuation des prix des peaux rend le métier encore plus incertain. La pratique de la chasse au collet, considérée de plus en plus comme cruelle envers les animaux, est continuellement régulée jusqu’à être complètement interdite en Tasmanie. La hutte a été utilisée comme base par les trois hommes pendant huit ans, avant de n’être plus utilisée que de manière occasionnelle.
    La seconde hutte que nous avons vue a été construite également par Ray « Boy » Miles et quelques compagnons. C’est à l’âge de 5 ans que Boy se rend pour la première fois dans la région avec son père, un éleveur de bétail. Il y apprend à pêcher et chasser, et il surveille les animaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier de guerre et retenu dans un camp japonais. A la fin de la guerre, il décide de retourner dans le centre de la Tasmanie pour y chercher apaisement et réconfort. Il meurt en 1978 pendant la construction d’une nouvelle hutte. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des meilleurs trappeurs du XXe siècle.
    D’autres huttes sont dispersées dans le parc, en pleine nature. Il n’est pas possible de dormir à l’intérieur.

 

La hutte de trappeur des frères Miles

 

Le parc national des Walls of Jerusalem offre des paysages incomparables. Entre ses lacs et ses canaux d’eau cristalline, nous avons adoré chaque instant de ce trek.

 

 

Le lac Ball

 

La vue depuis le sommet du Trône de Salomon : on peut bien voir l’eau présente dans toute la vallée

 

 

Le parc national Southwest

Enfin, le parc national Southwest est le plus grand des parcs nationaux de Tasmanie, l’un des plus isolés et difficiles d’accès. Une route goudronnée mène au barrage Gordon et une piste de terre rejoint le barrage du pic Scott, c’est tout. Pour découvrir le parc, il faut marcher ! Là encore, la meilleure option pour découvrir sa nature sauvage est de partir plusieurs jours en trek. Etant donné notre équipement quasiment inexistant et la météo, nous avons décidé de faire plusieurs randonnées d’une journée. Ce sont ces journées de marche qui nous ont probablement offert les plus beaux panoramas de Tasmanie, voire d’Australie.

 

Les Monts Eliza et Anne

La première journée a été consacrée à l’ascension du Mont Eliza et du Mont Anne.

 

Le Mont Eliza

 

Le Mont Eliza culmine à 1272 mètres. La randonnée pour monter jusqu’au sommet est difficile. On commence par des volées de marches inégales sur plusieurs kilomètres. Le dénivelé est important et la pente est raide. Après les marches viennent les rochers, qu’il faut escalader. Certaines parties sont vraiment périlleuses, le chemin n’est plus vraiment indiqué et c’est à nous de trouver un passage parmi les roches en équilibre. Nous avons croisé plusieurs personnes qui avaient décidé de faire demi-tour tellement ils avaient peur. Passer de rocher en rocher au-dessus du vide est plus qu’incertain, surtout qu’ils ne sont pas tous stables. Il faut vraiment avancer prudemment.

 

Les énormes rochers sur lesquels il faut grimper et le lac Pedder en arrière-plan

 

Arrivés au sommet, on est largement récompensés par une vue magnifique sur le lac Pedder et ses îles, dont le Mont Solitaire et le pic Scotts. Ce point de vue incroyable ne marque toutefois pas la fin de la randonnée. Pour ceux qui ont soif de beaux paysages et veulent continuer à en prendre plein les yeux, il faut alors continuer vers le Mont Anne.

 

La vue depuis le mont Eliza

 

Les kilomètres suivants sont beaucoup plus reposants, ils permettent de traverser le Plateau d’Eliza et ses petits lacs d’altitude. En s’approchant du précipice, il est possible d’apercevoir le lac Judd dans la vallée en contrebas. A partir de ce moment, on a vraiment l’impression de s’immerger dans une nature complètement sauvage.

 

Un lac alpin sur le plateau d’Eliza

 

Le lac Judd

 

Après le plateau, un passage conduit jusqu’au pied du Mont Anne, le plus haut sommet du Southwest. Là encore, le chemin se transforme en un énorme amas de rochers qu’il faut descendre. Un autre passage difficile et dangereux. Pour notre part, c’est à la fin de cette partie que nous avons décidé de rebrousser chemin. Arrivés au pied du mont, nous nous sommes aperçus que l’ascension finale allait être vraiment ardue… Le sommet est très escarpé, et la fin de la randonnée consiste en de l’escalade pure de parois verticales, formées d’énormes colonnes de dolérite lisses. Nous n’avons pas osé grimper sans matériel, et nous avons vu les deux groupes qui nous précédaient et qui avaient entamé l’ascension faire demi-tour avant d’atteindre la moitié. Il est certainement possible d’atteindre le sommet sans matériel, mais ça paraît extrêmement risqué étant donné qu’il faut escalader sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur sans protection !

La randonnée qui mène au pied du Mont Anne ne manque toutefois pas de charme. On traverse des paysages à couper le souffle, avec des points de vue fabuleux sur le parc national. On est vraiment au cœur de la chaîne de montagnes, les pics disparaissant les uns derrière les autres dans une ligne qui semble presque infinie. Dans les vallées, il est possible d’apercevoir des lacs complètement inaccessibles, nichés en altitude entre les monts. Ces paysages majestueux sont dominés par le Mont Anne et ses pics de dolérite.

 

La vue sur les montagnes du Southwest depuis le pied du mont Anne

 

Le Mont Wedge

Après cette première journée de marche, nous étions enchantés. Pour découvrir encore un peu plus le parc, nous sommes partis à la découverte du Mont Wedge. Cette randonnée est beaucoup plus courte et plus facile que celle qui monte jusqu’au mont Eliza. La pente est raide là encore, mais le chemin est vraiment bien indiqué et il y a des repères partout sur les arbres. Il n’y a pas d’obstacles majeurs sur la route, quelques rochers ici et là mais dans l’ensemble c’est un chemin de terre tamisée.

La majeure partie de la randonnée se fait dans la forêt, ce qui fait qu’on ne voit ni le sommet ni la vue sur la vallée. Au fur et à mesure que l’on gagne en altitude, la végétation change. Ce n’est qu’en arrivant à la fin, alors qu’il reste quelques centaines de mètres avant le sommet, qu’on émerge enfin des arbres et que la vue sur le lac Gordon et les montagnes s’offre à nous. Cette fois, nous avons vu sur le lac Pedder d’un côté, et sur le lac Gordon de l’autre, séparés par des chaînes montagneuses incroyables. La vue au sommet est sensationnelle, un 360 degré parfait sans aucun obstacle.

 

Le lac Gordon depuis le mont Wedge

 

La chaîne de montagnes Sentinel vue depuis le mont Wedge

 

Les barrages et les lacs

Les lacs Pedder et Gordon que l’on voit si bien depuis le sommet du Mont Wedge sont en réalité des lacs artificiels, créés par plusieurs barrages construits dans les années 1970. Les barrages Serpentine, du pic Scott, Edgar et Gordon ont été mis en service par la Hydro-Electric Commission afin de fournir la Tasmanie en énergie hydro-électrique. Les deux lacs, reliés par un canal, forment la plus grande réserve d’eau en Australie mais ont été l’objet de controverses importantes.

Le lac Pedder était à l’origine un lac glaciaire, constitué de caractéristiques géologiques uniques au monde. En plein cœur de la zone de nature sauvage de Tasmanie, le lac était un lieu de randonnée important. Les barrages ont eu pour effet de créer un réservoir de plus grande taille, qui a englouti le lac naturel et transformé son paysage, sa taille et son écosystème. Ces barrages ont donc été grandement contestés, leurs détracteurs souhaitant préserver la nature tasmanienne, sans succès. Les groupes sont toujours actifs aujourd’hui et prônent la restauration de l’ancien lac.

 

Le mont Solitaire au milieu du lac Pedder

 

Quant au lac Gordon, ce projet a été le plus controversé mais il a tout de même vu le jour. Les barrages ont des conséquences à la fois sociales et environnementales : ils impliquent parfois le déplacement de populations, l’inondation de sites culturels aborigènes, la modification d’habitats naturels, la destruction d’écosystèmes, etc.

 

Le barrage Gordon

 

Malgré tout, le barrage du lac Gordon est un impressionnant ouvrage de génie civil, coincé entre deux pans de montagnes escarpées. Nous avons pu marcher au centre de l’arche d’où la vue plongeante donne des frissons. Du haut de ses 140 mètres, c’est le plus haut barrage d’Australie.

 

Depuis le haut du barrage, 140 mètres au-dessus du vide !

 

Un autre projet de barrage sur les rivières Gordon et Franklin, appelé Gordon-below-Franklin, devait voir le jour dans les années 1970 mais a été abandonné dans les 1980 après le classement UNESCO de la zone de nature sauvage de Tasmanie en 1982.

L’eau reste une ressource dont la gestion est difficile en Australie, réputée être le continent le plus sec du monde. Cependant la controverse liée au barrage Gordon-below-Franklin montre que le gouvernement a souhaité donner raison à la protection de la nature plutôt qu’au développement économique.

 

Protection des parcs nationaux

Au final, Cradle Mountain est le parc le plus réputé de Tasmanie, celui qu’il faut absolument visiter d’après tous les guides. Ce n’est pas celui que nous avons préféré. Rendu accessible pour les touristes, il est du coup très fréquenté. Les autres parcs du Wilderness, moins connus mais d’autant plus beaux, offrent une nature mieux préservée, presque immaculée, parce qu’ils sont plus difficiles d’accès et que moins d’infrastructures ont été conçues pour le confort des visiteurs. Pour visiter le Southwest ou les Walls of Jerusalem, il faut être prêt à laisser son confort derrière soi pour s’immerger dans une nature brute.

C’est probablement le meilleur moyen de protéger : en laissant la nature à l’état pur. Nous l’avons vu, l’impact humain dans le Southwest et les Walls of Jerusalem est minime. Pour continuer sur cette voie, il est interdit de faire du feu dans ces parcs, et la pêche a également été interdite dans le Southwest. Bien sûr, il est aussi interdit de nourrir les animaux sauvages et il faut garder ses déchets sur soi. Un minimum d’infrastructures ont été installées, destinées surtout à la protection de la flore et non à faciliter la marche pour les visiteurs. Ces derniers ne sont pas autorisés à sortir des sentiers balisés pour ne pas abîmer la végétation fragile, sauf dans les cas où il n’y a plus de chemin.

L’offre touristique au sein de la Zone de nature sauvage de Tasmanie est concentrée sur Cradle Mountain. Les autres parcs en sont d’autant plus protégés. Nous étions venus chercher une nature intacte, c’est ce que nous avons trouvé.

Une conscience écologique en Australie ?

Une conscience écologique en Australie ?

L’Australie est un pays quatorze fois plus grand que la France, avec trois fois moins d’habitants. Pourtant, le pays est l’un des dix plus gros pollueurs du monde. L’économie du pays s’est développée autour du secteur minier et des énergies fossiles telles que le charbon. Tony Abbott, Premier ministre de 2013 à 2015, n’a pas souhaité réduire l’émission de gaz à effet de serre, étant lui-même climatosceptique ! Pour lui, l’Homme n’est pas responsable du réchauffement climatique.

Et effectivement, en un an de voyage tout autour de cette île gigantesque, nous avons fait parfois face à des situations qui nous ont surprises en matière de préservation de l’environnement. En voici quelques-unes.

 

L’utilisation à outrance des sacs plastiques

En arrivant à Sydney en avril l’année dernière, nous avons été surpris de constater que tous les magasins distribuaient gratuitement des sacs plastiques. En France, la distribution des sacs plastiques a drastiquement diminué depuis des années, il est devenu rare d’en trouver dans les supermarchés, d’où notre étonnement.

Certains Etats d’Australie ont commencé à interdire les sacs de ce type. Nous n’en avons pas vu ni en Tasmanie, ni en Australie-Méridionale ni dans le Territoire du Nord. En revanche, les Etats les plus peuplés, la Nouvelle-Galles du Sud, le Queensland, le Victoria et l’Australie-Occidentale en distribuaient.

Ce qui est fou c’est qu’en faisant nos courses, nous nous retrouvions parfois avec une bonne dizaine de sacs dont nous ne savions plus que faire. Chaque caissière a encore pour tâche de mettre les produits dans les sacs. Un unique paquet de rouleaux de papier toilette va par exemple être mis dans un sac. Une bouteille d’eau, parce qu’elle est lourde, va être mise dans deux sacs l’un dans l’autre. Si l’on achète un seul article, la question ne se pose pas, il est mis instinctivement dans un sac plastique par l’employé de caisse. En Australie, c’est un excès irréfléchi !

Les sacs plastiques ont une longue durée de vie, ils ne se décomposent pas. De ce fait, le nombre de ceux que l’on retrouve dans la nature augmente chaque année un peu plus. Etant étanches et légers, ils peuvent flotter ou être emportés par le vent sur de longues distances. Les dégâts qu’ils peuvent faire sont considérables : les tortues marines, les dauphins ou encore les baleines peuvent les confondre avec de la nourriture – notamment des méduses – et les ingérer, ce qui va entraîner une lente agonie étant donné qu’ils sont incapables de les digérer.

Il est important de recycler, mais en une année nous avons constaté que l’Australie est aussi en retard sur ce point. Le verre, le carton et le papier ne sont jamais triés ! Dans les quelques maisons où nous avons été accueillis, nous n’avions qu’une poubelle unique où tous les déchets étaient stockés. Nous avons travaillé dans un restaurant où, chaque soir, nous mettions dans de grandes bennes plusieurs sacs poubelles remplis de tous les déchets du restaurants, sans aucun tri préalable.

 

Des décharges à ciel ouvert

Pire encore, nous avons à plusieurs reprises trouvé des décharges au milieu de nulle part.

Pendant notre volontariat dans la ferme de l’Outback, nous avons vite réalisé qu’il n’existait pas d’entreprise de traitement des déchets. Nelia étant un village quasi fantôme situé au milieu de nulle part, il était plus simple pour les fermiers de jeter directement leurs poubelles dans un énorme trou creusé au milieu du désert.

 

La décharge de Nélia

 

Pendant notre traversée du Nullarbor, nous nous sommes arrêtés un soir sur une aire de camping gratuite, et avons eu la joie de découvrir une autre de ces décharges. Cette fois, nous n’avons pas vraiment compris d’où pouvaient venir tous ces détritus, étant donné qu’il n’y avait aucun village ni aucune ferme aux alentours…

 

La décharge du Nullarbor

 

Enfin, notre dernier volontariat effectué dans la campagne de la Nouvelle-Galles du Sud nous a apporté son lot de surprises également. Alors que cette fois la propriété où nous vivions était située à seulement 3 km de la première ville, notre hôte préférait jeter toutes ses ordures dans un trou creusé à proximité de sa maison… Plus pratique pour lui. Et dans ce trou, nous trouvions des déchets hautement toxique pour l’environnement : fer, béton, câbles électrique. A noter aussi que des vaches viennent paître au bord de ce trou…

Et si ce ne sont pas à proprement parler des décharges sauvages, nous ne pouvons compter le nombre de carcasses de voitures, de vieux bidons, de pneus, de sommiers rouillés et d’objets ménagers abandonnés que nous avons vus au bord des routes et dans le bush tant il y en a.

 

Des voitures abandonnées dans l’Outback

 

Le gaspillage de l’eau

En plein Outback, il y a des kangourous, du sable rouge et quelques arbustes rabougris… Pourtant, les gens qui vivent là veulent à tout prix faire pousser du gazon. C’est ainsi qu’à Alice Springs, nous avons constaté que l’arrosage automatique tournait toute la journée pour ne pas que l’herbe des jardins ne finisse brûlée par le soleil. Le lit de la rivière est à sec quasiment toute l’année, pourtant les habitants trouvent le moyen d’utiliser l’eau courante pour arroser un gazon qui ne pourra jamais pousser de façon naturelle et dont on se demande bien comment ils comptent en profiter.

Dans notre ferme de l’Outback, on a fait plus ou moins face à la même situation. Les propriétaires, pour se débarrasser de mauvaises herbes vraiment tenaces, ont décidé de faire brûler un parterre de buissons. Le feu a aussi abîmé un conduit d’eau. La fuite était énorme, c’étaient des dizaines de litres d’eau qui s’écoulaient de tous les côtés à la minute. Mais le fermier a décidé de ne s’en occuper que deux jours plus tard. A ce moment-là, c’était quasiment un lac qui s’était formé. Située sur une immense nappe phréatique appelée Bassin artésien, la ferme jouit d’une eau courante presque illimitée toute l’année, c’est pourquoi notre hôte n’avait pas jugé utile de couper l’eau immédiatement.

Nous qui voyagions en campervan, nous avons fait très attention à nos réserves d’eau. Nous avions quatre bidons de 10 litres d’eau chacun et qui pouvaient nous servir jusqu’à 10 jours. Nous remplissions nos bidons avec de l’eau potable lorsque nous pouvions avoir accès à un robinet gratuit dans les villes. Cette mission s’est parfois avérée délicate tant l’eau manque dans certaines parties de l’Australie. Nombre de fois, nous avons pourtant vu les villes arroser au petit matin le carré de gazon du parc ou le stade qui allait brûler sous le soleil quelques heures plus tard. Ces mêmes villes qui refusaient de laisser un accès à l’eau potable pour les voyageurs pour cause de « manque d’eau ». Dans l’excès encore une fois.

 

Le parc national de Nambourg et ses pinacles

Ce paysage est connu juste au nord de Perth. Ces formations rocheuses dispersées sur un désert de sable jaune intriguent tant les scientifiques qui cherchent à découvrir leurs origines que les visiteurs qui viennent les photographier.

Des chemins de randonnées jalonnent ce petit désert : on peut se promener tranquillement et s’imprégner de l’atmosphère donnée par les milliers de pinacles dressés sur le sable. Ces véritables sculptures de pierre sont de tailles et de formes différentes. Les plus hauts atteignent les 3,5 mètres. Sous la lumière déclinante de la fin du jour, les ombres de ces aiguilles rocheuses s’allongent et le désert s’embrase. Caché au milieu des piliers de pierre, un kangourou sort timidement la tête pour nous regarder. C’est le moment idéal pour prendre une photo et capter cette ambiance si particulière, comme hors du temps.

C’est aussi le moment choisi par deux jeunes australiens pour démarrer une course de voitures au milieu du désert. Les moteurs vrombissent, le kangourou s’enfuit, paniqué.

 

Une voiture qui circule au milieu des pinacles

 

Difficile à concevoir, mais une route permet aux véhicules tous terrains de circuler, au détriment des piétons mais aussi des animaux qui vivent là. Les chemins de randonnée, qui nous semblaient pourtant suffisants pour voir le parc, sont coupés ça et là par une route qui traverse le désert des pinacles. Il faut faire attention en se baladant, certains conducteurs n’étant pas attentifs voire irresponsables comme ces deux jeunes qui ont pris le désert pour un terrain de jeu.

 

La route des pinacles

 

Les plages et les 4×4

L’Australie est un pays réputé pour ses plages de sable blanc, son eau turquoise, ses coraux et ses surfers… Et c’est certainement dans l’Etat d’Australie-Occidentale que nous avons vu les plages les plus paradisiaques. Seulement certaines de ces plages étaient accessibles aux 4×4.

Cable Beach, la plage principale de Broome, est réputée pour ses fabuleux couchers de soleil avec les caravanes de dromadaires. Nous avons eu la surprise de voir qu’une partie de la plage pouvait être empruntée par les véhicules, la même partie où se déroule le tour en dromadaire. Les caravanes slaloment entre les 4×4 arrêtés face à la mer. On est loin de l’image de rêve qu’on nous avait vendue. Cette plage est aussi un lieu de ponte des tortues de mer, et nous avons vu des nids entourés de plastique rouge pour montrer qu’il faut les éviter et ne pas écraser les œufs…

 

Le tour en dromadaire au milieu des 4×4, le rêve !

 

Dans le parc national de Cap Legrand, Lucky Bay est certainement pire. Nous en avions beaucoup entendu parler, et pour cause ! une plage de sable blanc idyllique sur laquelle viennent jouer des kangourous. Ça semble trop beau pour être vrai. Effectivement, on ne parle pas des centaines de 4×4 qui prennent la plage pour une autoroute. En plein après-midi, on vient s’allonger pour bronzer et respirer les pots d’échappement, dans le hurlement des moteurs. Des enfants jouent littéralement au milieu des voitures. Quant aux kangourous, nous en avons bien aperçu deux, apeurés, qui ont sauté le long de l’eau en évitant les véhicules. Tout ce chaos est encadré par un ranger qui tente de réguler la vitesse des voitures. « C’est un vrai cauchemar » nous confie-t-il, accablé. « Des accidents se sont déjà produits ces dernières années » ajoute-il. D’après lui, ce sont les habitants de la région qui se battent contre l’administration du parc national pour maintenir l’accès aux véhicules sur cette plage. Un véritable désastre.

 

Lucky Bay, entre 4×4, piétons et kangourous !

 

L’autre plage célèbre du parc, Cape Legrand Beach, est également accessible aux véhicules et après notre expérience à Lucky Bay, nous avons préféré faire l’impasse dessus.

La déception a fait rapidement place à l’incompréhension. Pourquoi autoriser l’accès aux 4×4 sur ces plages ? Les gens qui y viennent ne semblent pas dérangés par la circulation des voitures et laissent leurs enfants jouer au milieu du trafic, malgré la dangerosité évidente de la situation. Pourtant, il y a bien des parkings juste à côté de Cable Beach et de Lucky Bay. N’importe qui pourrait y laisser son véhicule et simplement marcher quelques dizaines de mètres pour se retrouver sur la plage. Mais les Australiens et les touristes préfèrent visiblement ne pas se fatiguer et conduire pour se garer directement sur la plage, à notre grand désarroi.

 

Les dizaines de voitures garées le long de Lucky Bay

 

En plus d’être dangereux, les véhicules polluent également ces plages : on a pu voir les sillons creusés dans le sable par les pneus des véhicules, de l’huile de moteur sur le sable immaculé… Un beau gâchis.

 

L’exploitation du métal et du gaz

L’Australie est un pays qui regorge de matières premières minérales. Elle détient d’ailleurs les plus grosses réserves d’uranium, de zinc, de plomb et de nickel du monde. C’est l’un des premiers pays exportateurs de minerais, et une partie de son économie repose donc sur le secteur minier. Environ 400 mines sont exploitées en Australie.

En roulant dans l’Outback, nous avons souvent aperçu d’énormes chantiers miniers ainsi que des trains immenses remplis de minerais. La mine que nous avons pu voir d’un peu plus près est celle de Marandoo, située dans l’Etat d’Australie-Occidentale. Entourée du parc national de Karijini, on peut la voir depuis le sommet du Mont Bruce. Il s’agit d’une mine de minerai de fer qui appartient au groupe Rio Tinto.

 

La mine de Mandaroo vue du sommet du Mont Bruce

 

Ce groupe industriel vient d’annoncer, en mars dernier, la vente de sa dernière mine de charbon. Plus soucieux de l’environnement et du réchauffement climatique, Rio Tinto souhaite se désengager de l’extraction de cette énergie fossile. Il a été prouvé qu’à la fois l’extraction et l’exploitation du charbon émettent de grandes quantités de CO2 et peuvent entraîner la pollution de nappes phréatiques. L’Australie était le troisième producteur mondial de charbon en 2016.

Si le géant minier fait un pas en avant avec cette décision, il en fait aussi un en arrière avec le projet Amrun. Situé sur la péninsule du Cap York, ce projet est dénoncé par les associations écologiques et destiné à étendre les activités d’une mine déjà existante – South of Embley. Il inclut la construction d’énormes infrastructures telles qu’un port, une centrale électrique, des ateliers et hangars ainsi qu’une usine de transformation entre Weipa et Aurukun et verra la destruction de 30 000 hectares de forêts et jungles intouchées. Le gouvernement australien a approuvé le projet en 2013, en l’assortissant de 76 conditions visant à limiter son impact écologique, notamment sur la Grande Barrière de corail.

Le gouvernement australien soutient également un autre projet d’envergure : la mine Carmichael du groupe Adani, projet également dénoncé par les associations écologiques et dont nous parlions déjà ici.

Les mines perturbent le relief par la construction de routes, d’infrastructures destinées à l’exploitation des ressources et l’excavation même du terrain. L’utilisation de produits chimiques ou encore les déchets et les émissions de CO2 qu’elles émettent peuvent aussi affecter la faune et la flore et les ressources hydrauliques. Sans parler des milliers de camions à cinq remorques remplies de minerai qui sillonnent l’Outback. Ces projets gigantesques auront forcément des impacts sur le long terme.

 

Un train de minerais, composé de centaines de wagons

 

Enfin, lors de notre passage à Darwin, nous avons eu l’opportunité d’accompagner l’une de nos hôtes à une manifestation contre le fracking ou fracturation hydraulique. Il s’agit d’une technique qui consiste à injecter des produits chimiques pour fracturer des roches et permettre l’extraction notamment du gaz de schiste. Le Territoire du Nord, qui interdisait cette pratique depuis plusieurs années, a finalement levé cette interdiction en avril dernier. Pourtant, l’impact du fracking sur l’environnement peut être très néfaste, les liquides d’injection pouvant contaminer les nappes phréatiques. Le territoire pense avant tout au développement économique engendré par cette mesure : création d’emplois, investissements, exploitation du gaz de schiste… Nos hôtes à Darwin étaient bien conscients des risques et avaient fabriqués des t-shirts « No Fracking » que nous avions aidé à vendre durant la manifestation.

 

L’utilisation des animaux

En Australie nous avons été choqués par l’utilisation touristique qui est faite des animaux.

Dans tous les territoires que nous avons traversés, nous avons vu comme offre touristique la possibilité de visiter des zoos – souvent appelés « refuges », « orphelinats » ou « sanctuaires » – et de caresser et nourrir des animaux, voire même se prendre en photo avec eux dans les bras.

Si l’exploitation des tigres et des éléphants à des fins touristiques en Asie fait polémique, on oublie que les pratiques australiennes ne sont pas plus respectables. Prendre un kangourou, un koala ou un bébé alligator dans ses bras, les nourrir, faire une balade à dos de dromadaire, appâter un crocodile ou un requin blanc, nourrir des dauphins, observer des diables de Tasmanie maintenus en cage… voici quelques-unes des activités proposées qui font passer le plaisir de l’homme avant celui de l’animal.

Beaucoup d’espèces sont endémiques en Australie et la plupart d’entre elles sont menacées. Voir ces animaux rares fait donc en quelque sorte partie du voyage. Nous-mêmes avons pu observer des koalas, des casoars ou des ornithorynques. Jamais pourtant nous n’avons payé pour les voir, encore moins pour les approcher de près, et surtout pas pour les toucher et les nourrir.

Le sujet emblématique est celui des koalas. L’une des photos souvenirs la plus facile à se procurer est celle d’un koala tenu dans ses bras. Il suffit pour cela d’aller dans n’importe quel refuge vendant l’attraction, de payer gracieusement ses deux minutes de bonheur et de repartir gaiement la photo dans la poche. Un koala n’est pas une peluche ! Certains Etats australiens l’ont bien compris et ont déjà interdit cette pratique, comme le Victoria ou la Nouvelle-Galles du Sud. Le Queensland et l’Australie-Méridionale sont les deux seuls Etats à poursuivre cette pratique.

 

Venez prendre un koala dans vos bras pour faire une photo !

 

À l’hôpital des koalas de Port Macquarie – structure associative qui vient en aide aux koalas blessés – on nous l’a dit : le koala n’aime pas l’homme, le porter ou le nourrir nuit à sa santé. Dans ces zoos qui vendent une photo, on tient pourtant un koala éveillé, apathique, et on le passe de bras en bras pour le plaisir des touristes. Et on ose en plus nous parler de protection de l’espèce.

Dans tous ces pseudos « orphelinats », les animaux sont très bien traités et soignés, or les structures ont besoin de l’argent des touristes pour vivre et continuer à soigner les animaux. Le problème est que les touristes ne veulent pas donner leur argent s’ils n’ont pas une forme de compensation derrière, autre que simplement voir l’animal au loin. Alors, il faut toucher, il faut nourrir. Le mensonge de ces zoos est de nous faire croire que l’on fait une bonne action en les aidant alors qu’on ne fait que nuire aux animaux en leur provoquant énormément de stress.

En Tasmanie, l’animal emblématique est bien sûr le diable. Nous avons été vraiment déçus de ne pas y trouver de refuge ou d’hôpital comme celui des koalas à Port Macquarie. Pour voir ces animaux – de plus en plus rares car décimés par une tumeur faciale – il faut payer l’entrée de zoos. Les touristes adorent venir les voir pendant l’heure des repas : les diables sont très agressifs et en viennent à se battre pour la nourriture, qui constitue l’attraction principale vendue par tous les zoos. Nous n’avons pas trouvé de structures qui s’occupent d’eux de manière bénévole comme le fait l’hôpital des koalas de Port-Macquarie, ou qui recueillent des diables blessés. Ne voulant pas payer une entrée à 30$ comprenant des sacs de graines à donner aux kangourous et pademelons du zoo, nous avons préféré ne pas aller voir de diables enfermés dans des cages. Nous aurons tout de même vu un terrier de diable pendant notre trek dans le Walls of Jerusalem National Park !

Dernière attraction honteuse : la cage aux requins ! Il s’agit d’aller en mer et de plonger quelques minutes (moyennant plusieurs centaines de dollars) dans une cage immergée. Ensuite, il faut attendre la venue des requins blancs. Evidemment, il est rare que les requins viennent par eux-mêmes, il faut donc les appâter en utilisant du sang frais et des morceaux de viande. Pour effrayer les plongeurs, les appâts sont tendus tout près de la cage pour exciter les requins et les faire attaquer. Naturellement, le requin blanc n’attaque pas l’homme mais cette pratique tend à modifier le comportement des squales, qui vont associer homme avec nourriture. On dénature leur comportement naturel en les excitant. Certains peuvent aussi se blesser en nageant trop près de la cage, qui bouge à cause du mouvement de l’eau.

A quel moment va-t-on cesser d’être aussi égoïste et d’utiliser les animaux pour notre petit plaisir ?

Nous ne comprenons pas cette utilisation massive et excessive des animaux comme de simples jouets et peluches à touristes. Nous nous opposons strictement à dépenser une quelconque somme pour voir, toucher ou nourrir des animaux. Et nous dénonçons ces pratiques, d’autant qu’il est très facile d’observer des animaux dans leur milieu naturel en Australie ; la faune abonde dans les parcs nationaux et le désert.

 

La préservation de l’environnement ne nous a pas semblé être une priorité en Australie. A nous, touristes, de voyager de manière plus éclairée et responsable.

 

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